Vue lecture

Polarisation : et si l’humilité était l’antidote

Y a-t-il encore un sujet que l’on puisse aborder sans risquer de heurter son interlocuteur ? La société française n'est plus seulement tendue, elle est fragmentée, et peut-être même irréconciliable. Au point qu'une question devrait tous nous hanter : « Quand avons-nous changé d’avis pour la dernière fois ? »

Israël, Iran, cadmium, acétamipride, taxe Zucman, dette, islam, immigration, A69 : la liste de nos fractures ne cesse de s’allonger. Nous en sommes venus à nous déchirer pour des réserves d’irrigation (méga-bassines), transformant de simples chantiers agricoles en champs de bataille symboliques d’une quasi-guerre civile. Ce climat n’est pas seulement tendu, il est le symptôme d’une pathologie démocratique profonde : la polarisation. Ce mécanisme ne se contente pas de nous diviser ; il fracture la société en deux blocs antagonistes où la nuance est perçue comme une trahison et l’hostilité envers le camp adverse comme un devoir moral. Dans ce processus, le dialogue s’évapore au profit de l’anathème.

Dans notre logiciel social actuel, l’inflexibilité est trop souvent confondue avec la force de caractère. Pourtant, cette capacité à réviser son jugement face à des preuves nouvelles est le cœur battant de la démarche scientifique — une forme d’humilité intellectuelle qui constitue le socle indispensable d’une démocratie saine. Nous assistons aujourd’hui à l’érosion de ce jardin intérieur, cet espace de réflexion intime, au profit de tranchées idéologiques où l’on ne cherche plus à comprendre le réel, mais seulement à ne pas perdre la face.

Le dilemme du bio : quand les faits imposent la nuance

Pour sortir de cette impasse, il faut réhabiliter une distinction fondamentale : la différence entre le descriptif (ce qui est) et le prescriptif (ce que l’on souhaite). Même avec les meilleurs faits du monde, la décision reste souvent un arbitrage de valeurs, domaine complètement étranger à la science. La science ne dit pas que le chocolat est meilleur que la vanille, Nantes plus belle qu’Angers ou la liberté plus importante que l’égalité.

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Fortune des autocrates

Dictateur : le métier le mieux payé du monde ? Inventaire des fortunes accumulées par 11 hommes au pouvoir entre 2010 et aujourd’hui.

Musique : Benjamin Sire alias @erisermusic

1. Sources gouvernementales et judiciaires officielles

Departement de la Justice americain (DOJ) / OFAC Treasury

DOJ — Actes d’inculpation Maduro et associes (narco-terrorisme, corruption, trafic de drogue) — Page DOJ principale sur les inculpations Venezuela — acte initial 2020 + superseding indictment 2026

https://www.justice.gov/archives/opa/pr/nicol-s-maduro-moros-and-14-current-and-former-venezuelan-officials-charged-narco-terrorism

DOJ SDNY — Communique de presse inculpation Maduro — Southern District of New York — details des charges retenues

https://www.justice.gov/usao-sdny/pr/manhattan-us-attorney-announces-narco-terrorism-charges-against-nicolas-maduro-current

OFAC / US Treasury — Sanctions Venezuela, liste SDN — Gel d’avoirs, interdictions de transactions, sanctions individuelles et sectorielles

https://ofac.treasury.gov/sanctions-programs-and-country-information/venezuela-related-sanctions

Departement d’Etat americain

Rapport au Congres 2022 — Fortune de la famille Assad (archive administration precedente) — Rapport commande par le Congres — estime la fortune Assad entre 1 et 2 Mds$ (publie partiellement)

https://2017-2021.state.gov/reports/report-on-the-assets-of-syrian-regime-officials

Sanctions Venezuela — Cartel de los Soles, PDVSA — Sanctions sectorielles et individuelles, dont dirigeants PDVSA et membres du gouvernement

https://www.state.gov/venezuela

Commission judiciaire du Senat americain

Temoignage de Bill Browder — Fortune de Poutine estimee a 200 Mds$ (2017) — Temoignage sous serment devant la commission judiciaire du Senat — reference principale

https://www.judiciary.senate.gov/imo/media/doc/07-26-17%20Browder%20Testimony.pdf

Congressional Research Service (CRS) / Congress.gov

North Korean Cyber Capabilities — inclut Bureau 39 et financement illicite du regime — Rapport CRS sur les capacites nord-coreennes, revenus illicites 500 M a 1 Md$/an

https://www.congress.gov/crs-product/R44912

US Government Accountability Office (GAO)

Rapports sur les flux financiers illicites du Venezuela — Rapports sur le contournement des sanctions et le blanchiment d’argent

https://www.gao.gov

2. Enquetes journalistiques et medias de reference

Reuters

Khamenei — fond Setad, empire economique de 95 milliards de dollars (2013) — Enquete en 5 parties sur le fond Setad. Reference principale pour la fortune de Khamenei

https://www.reuters.com/investigates/iran/#article/part1

Bloomberg

Famille Xi Jinping — actifs caches, beau-frere Deng Jiagui (2012) — Article censure en Chine immediatement apres publication

https://www.bloomberg.com/news/articles/2012-06-29/xi-jinping-millionaire-relations-reveal-fortunes-of-elite

The Guardian

Fortune de Mubarak — 40 a 70 milliards de dollars (2011) — Enquete au moment de la chute du regime — estimation d’un professeur de Princeton

https://www.theguardian.com/world/2011/feb/04/hosni-mubarak-family-fortune

Fortune de Kadhafi — cables WikiLeaks Gaddafi Incorporated : interets dans petrole, telecom, hotels et immobilier — Cables WikiLeaks (cable ambassade US mai 2006) relaye par Financial Times et presse internationale

Financial Times

Assad — 250 M$ en billets physiques achemines vers Moscou sur 21 vols (2018-2019) — enquete Financial Times — Via Irish Times qui cite les documents obtenus par le FT · FT derriere paywall strict

https://www.irishtimes.com/world/middle-east/2024/12/15/assad-dispatched-250m-of-syrias-cash-to-moscow

The New Yorker

How Syria Became the Middle East’s Drug Dealer — captagon, 10 milliards de dollars par an (2024) — Enquete sur le role de Maher al-Assad dans le narco-Etat syrien

https://www.newyorker.com/magazine/2024/11/11/how-syria-became-the-middle-easts-drug-dealer

OCCRP — Organized Crime and Corruption Reporting Project

Panama Papers — Poutine : reseau Bank Rossiya, Rolduguine, 2 Mds$ via societes-ecrans — Reseau de 86 societes-ecrans + role du musicien Roldouguine

https://www.occrp.org/en/project/the-panama-papers/russia-banking-on-influence

Wall Street Journal

Assad — 250 M$ achemines vers la Russie · via Moscow Times citant le FT (WSJ et FT derriere paywall) — Relais de l.enquete FT sur les transferts de cash Syria-Russie 2018-2019

https://www.themoscowtimes.com/2024/12/16/assad-regime-airlifted-250m-from-syria-to-russia-ft-a87348

Le Devoir

Des milliards caches par le clan al-Assad — jusqu’a 12 milliards de dollars (decembre 2025) — Bilan un an apres la chute du regime — familles al-Assad et Makhlouf

https://www.ledevoir.com/monde/moyen-orient/940098/milliards-caches-clan-al-assad

France 24

Sur les traces de la fortune cachee du clan de Bachar al-Assad (decembre 2024) — SCI francaises, holdings dans paradis fiscaux, appartements Moscou

https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20241218-sur-les-traces-de-la-fortune-cach%C3%A9e-du-clan-de-bachar-al-assad

Jeune Afrique

Sur la piste des milliards du clan Kadhafi — LIA, chasse au tresor (2016) — Afrique du Sud premier pays d’accueil des fonds, devant Suisse et Italie

https://www.jeuneafrique.com/mag/300221/economie-entreprises/libye-piste-milliards-clan-kadhafi

Fortune Magazine / CoinDesk

Rumeur 60 Mds$ Bitcoin Venezuela — Project Brazen (janvier 2026) et refutation par Nansen et Chainalysis — Pas d’adresse de portefeuille fournie — non verifiable on-chain. Rejetee par les experts

https://fortune.com/2026/01/09/rumors-swirling-about-venezuela-bitcoin-crypto-experts-are-skeptical

Navalny / Fondation Anti-Corruption (FBK)

Palais de Poutine a Guelendjik — enquete video (janvier 2021) — Video visionnee 120+ millions de fois, valeur estimee ~1 milliard de dollars

3. Organisations internationales et rapports d’experts

Nations Unies — Conseil de securite

Comite de sanctions 1970 — Libye, liste des sanctions, actifs geles du clan Kadhafi — Groupe d’experts du Conseil de Securite sur la Libye

https://main.un.org/securitycouncil/en/sanctions/1970/materials

Sanctions Coree du Nord — resolutions 1718, 2270, 2321 — Regime de sanctions incluant le Bureau 39 et ses ramifications

https://www.un.org/securitycouncil/sanctions/1718

Banque mondiale / ILO

Donnees salariales par pays — references pour salaires medians — Travailleurs salaries en % de l.emploi — source ILO/Banque mondiale pour comparaisons salariales

https://data.worldbank.org/indicator/SL.EMP.WORK.ZS

CEIC Data

Salaires mensuels Egypte — donnees historiques 1999-2024 — Salaire moyen Egypte 2011 : ~180 $/mois (source de reference pour Mubarak)

https://www.ceicdata.com/en/indicator/egypt/monthly-earnings

4. Classements et sources specialisees

Forbes — fortunes Castro (2006), Kadhafi, Obiang — Classements annuels des dirigeants les plus riches. Castro estime a 900 M$ en 2006

https://www.forbes.com

Celebrity Net Worth — Loukachenko, Saddam Hussein — Estimations avec fourchettes larges, sources secondaires

https://www.celebritynetworth.com

Criminal Justice International Associates (CJIA, 2010) — Fortune famille Chavez — Site hors ligne. Rapport estimant les detournements du clan bolivarien a ~100 Mds$ sur 14 ans via PDVSA. Reference citee dans de nombreux medias

Trading Economics — Salaires moyens Russie, Bielorussie, Venezuela — Donnees officielles des instituts de statistiques nationaux

https://tradingeconomics.com/country-list/gross-average-monthly-wages

Numbeo — Salaire median Chine 2025 — Donnees participatives + sources officielles chinoises

https://www.numbeo.com/cost-of-living/country_price_rankings?itemId=105

WorldData.info — Revenus moyens par pays — Methode Atlas Banque mondiale, donnees 2024

https://www.worlddata.info/average-income.php

Bitcoin Treasuries — Holdings officiels Venezuela (240 BTC = ~21 M$) — Seule source publique verifiable sur les avoirs Bitcoin d’Etat du Venezuela — contredit la rumeur des 60 Mds$

https://bitcointreasuries.net

5. Ouvrages de reference

Bill Browder — Notice Rouge (Red Notice), Simon & Schuster, 2015 — Temoignage de premiere main sur les mecanismes d’enrichissement de Poutine via les oligarques

https://www.simonandschuster.com/books/Red-Notice/Bill-Browder/9781476755748

Anders Aslund — Russia’s Crony Capitalism, Yale University Press, 2019 — Analyse economique du systeme kleptocratique russe sous Poutine

Note méthodologique

Toutes les estimations de fortune des autocrates sont par nature incertaines — aucun ne déclare sa fortune réelle. Les chiffres compilent sources gouvernementales, enquêtes journalistiques d’investigation, rapports d’experts et témoignages sous serment.

Les fourchettes reflètent le degré d’incertitude : plus une fourchette est large, moins les actifs ont été localisés. Une fourchette comme 70–200 Mds$ pour Kadhafi ou 1–12 Mds$ pour Assad indique que des milliards restent activement recherchés à ce jour.

Les données salariales proviennent de sources officielles (Banque mondiale, Trading Economics, ILO) sauf pour les pays fermés ou en guerre : Corée du Nord (~5–10 $/mois, sources de déserteurs), Cuba (~26 $/mois, salaire d’État officiel 2016) et Syrie (~50 $/mois, estimation Banque mondiale en contexte de guerre civile). Ces estimations sont signalées comme telles dans l’infographie.

Cas particulier — Maduro et la rumeur des 60 Mds$ en Bitcoin : cette affirmation, publiée par Project Brazen en janvier 2026, n’est corroborée par aucune adresse de portefeuille ni donnée on-chain. Les firmes de forensique blockchain Nansen et Chainalysis se montrent sceptiques. Les données publiques vérifiables créditent le Venezuela de 240 BTC officiels (~21 M$). La fourchette 1–5 Mds$ retenue correspond aux actifs documentés par le DOJ américain (>700 M$ saisis) et aux estimations issues d’enquêtes journalistiques indépendantes.Cas particulier — Khamenei à 200 Mds$ : ce chiffre circule dans certains classements mais n’est étayé par aucune source académique ou journalistique sérieuse. L’estimation de référence reste celle de Reuters (2013) sur le fond Setad : ~95 Mds$. Les 200 Mds$ intègrent probablement les revenus futurs de l’IRGC extrapolés sur plusieurs décennies, ce qui constitue une méthodologie non standard.

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Espagne : terre promise des nouveaux antisémites ?

On les célèbre comme les nouveaux héros pacifistes. La réalité est beaucoup plus sombre : l’Espagne bascule radicalement dans l’antisémitisme. En cause, la « convergence des luttes » entre partis au pouvoir et mouvances islamistes. Et une ingérence étrangère, celle des ayatollahs.

Profanation d’un cimetière juif il y a quelques semaines à Barcelone, tentative d’incendie d’un restaurant casher à Madrid, expulsion du musée d’art national Reina Sofía de trois touristes juives, manifestations contre l’équipe cycliste israélienne sur la « Vuelta », débarquement forcé de jeunes Juifs français à l’aéroport de Valence… Ce ne sont là que quelques exemples des violences que subissent les Juifs en Espagne, et qui ont été multipliées par cinq au cours des trois dernières années !

Des manifestations d’antisémitisme dont la fréquence s’est sensiblement accélérée depuis le 7 octobre 2023, au rythme de la banalisation d’une rhétorique largement véhiculée par les représentants des partis d’extrême gauche, dont la vice-présidente du gouvernement Yolanda Díaz (« La Palestine sera libre de la rivière à la mer »), la ministre de la Jeunesse Sira Rego, la secrétaire générale de Podemos Ione Belarra (comparant, sur X, les actions d’Israël à celles du nazisme), et par le propre président du gouvernement, le socialiste Pedro Sánchez, qui a été l’un des premiers à accuser son homologue israélien de « génocidaire ». Il vient d’ailleurs de rappeler son ambassadeur en Israël, une première pour un pays de l’UE, en réponse à l’interdiction d’entrée sur le territoire de l’État hébreu infligée à Díaz et Rego après leurs propos. Un simple chargé d’affaires sera désormais à la tête de la représentation diplomatique espagnole.

« Ces discours portent effectivement des éléments d’antisémitisme », confirme le sociologue Alejandro Baer. « Mais en réalité, ce sont des questions de politique intérieure qui sont ici en jeu. La question juive en soi, et Israël en particulier, n’est qu’un prétexte ; c’est une instrumentalisation, une manipulation de certains sentiments, qui peuvent être provoqués par les images de la souffrance à Gaza, les images des bombardements en Iran ou au Liban. Mais tout cela ne vise qu’à conforter une mobilisation à usage de politique interne ». Une dynamique dont Pedro Sánchez a grandement besoin : son parti est gangrené par la corruption et les affaires de harcèlement – particulièrement délétères pour un gouvernement qui s’était présenté en champion du féminisme –, sans majorité stable au Parlement, incapable de faire adopter un budget depuis trois ans.

La cause palestinienne, voile pudique des affaires

J’approfondis

Pour tenir politiquement, le leader socialiste a compris tout le crédit qu’il pouvait récupérer auprès de ses alliés de gauche en se posant (en paroles tout au moins) en principal opposant au « trumpisme ». « Son « non à la guerre » est bien sûr une position opportuniste », ajoute Alejandro Baer, « mais il marque aussi une insensibilité totale et un déni de ce que représentent l’Iran et ses mandataires par rapport à l’État d’Israël, ce qui nourrit et renforce le substrat de l’antisémitisme en Espagne ». D’autant que ce discours « infuse » largement au sein d’une société espagnole où 71 % des Espagnols qualifient l’action d’Israël à Gaza de génocide (contre 34 % en France, où les actes antisémites explosent également). Or, pour le sociologue, le lien entre cette rhétorique et la banalisation des actes de violence envers les Juifs ne fait aucun doute.

Les universités, pépinières de l’antisémitisme

Ce narratif ne surgit pas par hasard : il est soigneusement élaboré et cultivé au sein des universités espagnoles avant d’être repris dans les milieux intellectuels et médiatiques, explique le grand reporter et spécialiste de l’Iran Emmanuel Razavi, qui enquête depuis longtemps sur ces sujets : « Les chercheurs qu’on invite sur les plateaux de télévision, présentés comme experts du Moyen-Orient, participent ainsi de cette dialectique pro-palestinienne, soi-disant antisioniste, qui en réalité est un discours antisémite ».

Des universités dont les amphithéâtres sont largement ouverts à des mouvements tels que Samidoun, interdit et considéré comme une entité terroriste en Allemagne, aux États-Unis, en Israël et au Canada. L’organisation, qui a soutenu la « Flottille de la liberté », revendique son attachement au Front populaire de libération de la Palestine. Le mouvement palestinien révolutionnaire Masar Badil impose également sa doctrine antisémite sur les campus espagnols pour y promouvoir la lutte armée et la destruction d’Israël, et revendique ses liens avec les organisations terroristes. De fait, observe Alejandro Baer, « il est pratiquement impossible d’organiser un événement universitaire en Espagne avec une position modérée, comme il est impossible d’inviter un professeur israélien, quelle que soit sa ligne politique, à moins qu’il ne soit ouvertement antisioniste à l’instar d’Ilan Pappé, par exemple ».

Pedro Sánchez dans le « train de Lénine »

C’est d’ailleurs sur les campus espagnols qu’est née la formation politique d’extrême gauche Podemos en 2014, profitant justement de financements iraniens, notamment pour la diffusion des émissions de propagande de son leader Pablo Iglesias (vice-président du gouvernement espagnol en 2020 et 2021) sur HispanTV. Une collaboration conforme à ce que le fondateur de Podemos justifiait alors selon « la théorie du train de Lénine » (convoyé par les Allemands en 1917 pour déstabiliser la Russie) : « Les Iraniens s’intéressent à la diffusion d’un discours de gauche en Amérique latine et en Espagne parce que cela affecte leurs adversaires… et nous en profitons ! Pour moi, celui qui fait de la politique doit assumer et surmonter ses contradictions (…) : les femmes qui travaillent sur HispanTV doivent être voilées. Est-ce que cela me plaît ? Non. Est-ce une raison suffisante pour refuser de travailler pour cette chaîne ? Non ! Car je pense que ce que nous faisons est plus efficace ».

En Espagne, le train de Lénine passe par Téhéran

J’approfondis

Aujourd’hui, le président du gouvernement espagnol adopte à son tour cette stratégie du train de Lénine. À moins qu’il ne la subisse, rétorque Emmanuel Razavi : « Pedro Sánchez a peur ! Il a peur du terrorisme iranien sur le sol espagnol, car cette menace est aujourd’hui extrêmement élevée. Il veut faire en sorte d’éviter des bombes dans des centres commerciaux, dans des stations de métro, parce que c’est le mode opératoire des réseaux qui organisent ces attentats sous le commandement de la force Al-Qods des Gardiens de la révolution, l’unité d’élite en charge des opérations extérieures iraniennes ». Un attentat comme celui qui a été commandité par Téhéran contre l’ancien vice-président du Parlement européen, Alejo Vidal-Quadras, le 9 novembre 2023, en plein cœur de Madrid. Ce dernier, qui a miraculeusement survécu à un coup de feu au visage, était alors considéré comme l’ennemi numéro un du régime des mollahs en Espagne, en raison de son soutien à l’opposition en exil. Depuis lors, selon des sources policières nationales, des dizaines de cellules terroristes ont été démantelées dans le royaume ibérique.

Des listes de Juifs

C’est sur cette peur que prospère l’antisémitisme en Espagne, ainsi que sur l’instrumentalisation de la cause palestinienne, commune à l’extrême gauche et à ses alliés objectifs islamistes. « Ce qu’il faut comprendre, c’est que la cause palestinienne constitue la matrice de la lutte anti-impérialiste globale et offre les infrastructures, armes, réseaux et même la légitimité révolutionnaire », ajoute Emmanuel Razavi. Dans son dernier livre, le grand reporter cite Michel Fayad, qui rapporte les propos de l’ayatollah Khomeini lors de la visite du leader palestinien Yasser Arafat à Téhéran, le 17 février 1979 : « Il n’y a pas de cause palestinienne, c’est une cause islamique ».

L’explosion de l’antisémitisme en Espagne prouve à quel point cet entrisme a réussi. C’est également la preuve de la dangerosité d’une convergence des luttes « révolutionnaires » islamistes, anticolonialistes et anti-impérialistes. Surtout, note Alejandro Baer, dans un pays où « il n’existe pas de culture de la mémoire de l’Holocauste, et où la communauté juive ne représente qu’une très petite partie de la population [entre 40 000 et 50 000 personnes, ndlr], ce qui signifie qu’elle n’a pas la masse critique, ni l’activité ou la force que peuvent avoir d’autres communautés pour répondre aux agressions antisémites ».

« Dans ce contexte, nul ne sait jusqu’où peuvent aller les dérives antisémites », s’inquiète David Benatar, président de la fédération des jeunes Juifs d’Espagne, accusant la mise en ligne récente d’une carte, sur la plateforme GoGoCarto, où étaient identifiées les entreprises et institutions de Barcelone « liées à Israël » : une liste de plus de 150 établissements étiquetés comme participant à « l’économie sioniste », dont des boutiques, des écoles juives, des restaurants casher, des agences immobilières, des cabinets d’avocats juifs, avec les noms exposés comme des cibles… « Pour rendre visible et dénoncer l’impact de leurs investissements sur notre territoire », expliquaient les promoteurs anonymes de cette page baptisée « Barcelonaz » (le lien est désormais inactif après dénonciation). Une « carte de la haine antisémite », se désole David Benatar.

Et l’on ne peut s’empêcher de s’interroger : qu’est-ce qui vient après le fichage et la publication haineuse d’une liste de Juifs ?

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Gouverner sans partage : le privilège des maires français ?

En France, 35 % des voix peuvent suffire pour gouverner une ville sans partage. Une anomalie en Europe, et une porte ouverte au clientélisme.

En France, les élections municipales sont souvent présentées comme le dernier refuge d’une démocratie de proximité. Le maire incarne la République à hauteur d’homme, l’élu accessible, voire « à portée de baffes », celui que l’on croise au marché ou à la sortie de l’école. Cette image est si solidement ancrée qu’on en oublie de se poser la question de la légitimité démocratique de son élection et du fonctionnement des communes.

Car dès que l’on compare la France à ses voisins, une étrangeté apparaît. Dans la plupart des pays européens, les élections municipales fonctionnent selon un principe assez banal : la proportionnelle. Les conseils municipaux reflètent, à peu près fidèlement, la diversité des votes exprimés. Le maire est ensuite élu directement (en Allemagne ou en Pologne, par exemple) ou désigné par cette assemblée pluraliste (en Scandinavie, en Espagne…). L’opposition existe, négocie, bloque parfois, oblige au compromis. La démocratie locale y ressemble à ce qu’on attend d’elle : imparfaite, conflictuelle, mais lisible.

Usine à baronnies ?

La France, elle, a choisi une autre voie. Dans les communes de plus de 1 000 habitants, la liste arrivée en tête obtient automatiquement la moitié des sièges au conseil municipal. Le reste est réparti proportionnellement entre toutes les listes ayant atteint le second tour. Une prime massive, conçue pour garantir la stabilité des exécutifs, qui produit un effet redoutable : 35 % des voix peuvent suffire pour gouverner sans partage pendant six ans. L’opposition est là, certes, mais souvent réduite à un rôle de figurant institutionnel. À noter qu’à partir de cette année, les petites communes n’y échapperont plus. Fini pour elles le scrutin majoritaire plurinominal qui offrait une certaine flexibilité, avec son panachage possible et ses candidatures individuelles, dans un contexte où se présentaient très souvent des listes uniques.

Seuls Paris, Lyon et Marseille conservent un scrutin spécifique, né de la loi PLM de 1982, révisée (et complexifiée) par celle du 21 mai 2025.

Paris-Lyon-Marseille, usines à gaz électorales ?

J’approfondis

Il n’y a que deux pays européens qui recourent à une prime majoritaire : l’Italie et la Grèce. Mais même là, l’idée est de garantir une majorité à une liste arrivée en tête avec un peu moins de 50 % des voix, pas d’obtenir une position hégémonique au conseil municipal. Ainsi, une liste qui arrive en tête avec 45 % des voix récupère 60 % des sièges en Italie ou en Grèce, contre environ 72,5 % en France.

Ceci n’est pas une anomalie technique, mais une préférence politique ancienne : en France, on préfère l’ordre, la continuité, l’efficacité supposée d’un exécutif fort. Mais en retour, nombre de communes se transforment en petites baronnies, où le pouvoir peut se conserver pendant des décennies au moyen de politiques clientélistes dont les victimes n’ont que l’exil comme alternative.

Baroque intercommunalité

Mais l’originalité française ne s’arrête pas au scrutin. Elle se prolonge (et s’aggrave) avec l’intercommunalité. Depuis trente ans, les communes ont transféré l’essentiel de leurs compétences stratégiques à des structures plus vastes : communautés de communes, d’agglomération, métropoles. Ce sont elles qui décident désormais des transports, du développement économique, de l’aménagement du territoire, parfois même de l’eau ou du logement.

Problème : ces structures ne sont pas élues directement. Leurs dirigeants ne font pas campagne. Leur programme n’est jamais soumis aux électeurs. À l’exception de la métropole lyonnaise, ils émergent soit d’un jeu de désignations entre élus municipaux, selon des règles aussi complexes qu’invisibles pour le citoyen, soit, depuis 2014, pour les plus grandes structures, via un fléchage sur les listes en lice dans chaque commune. On vote pour un conseil municipal, et on découvre plus tard qu’une grande partie du pouvoir s’exerce ailleurs, par des responsables qui n’ont pas défendu de projet spécifique au niveau intercommunal.

Ailleurs en Europe, la coopération entre communes existe, bien sûr. Mais elle reste généralement limitée, technique, ou au contraire repose sur des assemblées élues, comme les Landkreise en Allemagne. D’autres pays ont directement des communes de grande taille qui rendent ce niveau inutile. Ainsi, en Suède, il y a seulement 290 communes pour environ 10 millions d’habitants, contre environ 35 000 communes pour 70 millions chez nous. La France, elle, a inventé quelque chose de plus singulier : un niveau de gouvernance à part entière, doté de budgets considérables et de compétences décisives, sans véritables élections.

Ce système produit un double brouillage. D’un côté, des conseils municipaux hégémoniques sur le papier, souvent monocolores, qui écrasent la pluralité politique locale. De l’autre, des intercommunalités décisives, mais politiquement fantomatiques, quasi impossibles à sanctionner dans les urnes. Entre les deux, le citoyen oscille, sans jamais savoir clairement qui décide, ni à qui attribuer une politique réussie ou ratée.

C’est peut-être là que se situe le véritable coût démocratique du modèle français. Non pas dans une absence formelle d’élections, mais dans une dissociation croissante entre le vote et le pouvoir réel. La démocratie locale fonctionne encore, mais de manière oblique, indirecte, amortie. Elle protège la stabilité institutionnelle, au prix d’une responsabilité politique affaiblie.

Une remise en question des traditions démocratiques françaises pour s’éloigner du système majoritaire paraît nécessaire. Mais une telle évolution prendra du temps, et une première étape pourrait être d’appliquer une dose importante de proportionnelle au niveau municipal afin d’habituer le personnel politique aux pratiques de négociation et de coalition. Ensuite, des communes agrandies, ou des intercommunalités élues, ou fusionnées avec les départements, permettraient d’élargir le champ du débat démocratique à cette strate très présente dans notre quotidien.

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L’art délicat de la démocratie par les bombardements

Une intervention militaire étrangère peut-elle apporter la démocratie ? L’expérience semble montrer que ce n’est pas le cas. Pourtant, il existe quelques exceptions. L’Iran peut-il être l’une d’entre elles ?

Renverser les mollahs à Téhéran

Ce n’est peut-être pas, hélas, l’objectif prioritaire de la Maison-Blanche, qui a massé des forces militaires sans équivalent depuis plus de vingt ans et lancé à Téhéran un ultimatum expirant début mars, dont les termes sont clairs : signez un accord acceptable sur le nucléaire, les missiles balistiques et la fin des ingérences régionales, sinon…

Sinon, Washington déclenchera des raids aériens massifs détruisant non seulement les sites nucléaires et balistiques des mollahs, mais aussi (peut-être) son appareil de répression. Ce qui ouvrirait la voie à une nouvelle révolte pouvant emporter, cette fois, la République islamique. Comme un effet collatéral heureux d’une intervention ayant d’autres motivations. Un scénario plausible au risque toutefois de l’inconnu, même si est grand l’enthousiasme à l’idée de voir tomber un régime sanguinaire qui déstabilise le Proche-Orient. Car, au sein de l’opposition, monarchistes, républicains laïcs et ex-marxistes-léninistes se détestent cordialement, même s’ils tentent de se rapprocher depuis peu après plusieurs échecs. Ce qui pose la question : une intervention militaire extérieure peut-elle imposer la démocratie en général, et en Iran en particulier ?

Les raisons des fiascos

« Non, la démocratie n’arrive pas dans les valises des chars et les soutes des bombardiers d’un pays étranger », est la réponse, quasi instinctive, de la plupart des politiques et analystes. Ce qui peut se comprendre. Si la démocratie pouvait se décréter par la volonté des canons de puissances étrangères, la tentation serait grande de multiplier de telles interventions dangereuses entachées d’un paternalisme néocolonial.

En outre, les précédents historiques montrent bien plus d’échecs que de succès, faute de tenir compte de la complexité des dissensions politiques, ethniques et religieuses locales. Ne pas oublier non plus l’effet de ralliement autour du drapeau pouvant désigner l’étranger comme un « ennemi commun ». Même accueillies en sauveurs, les armées étrangères sont rapidement considérées pour ce qu’elles sont : des forces d’occupation. Qui devront partir pour laisser un peuple chercher seul de nouveaux équilibres institutionnels et partisans. Et précisément, après des décennies de dictature sanglante, ledit peuple manque de figures expérimentées, sauf dans les prisons, les cimetières ou en exil. Mais aussi, et surtout, de fondements institutionnels capables de piloter une marche pacifique vers le multipartisme, la liberté d’expression et de la presse.

Quelques contre-exemples

Mais ce dogme mérite d’être questionné. Il existe quelques contre-exemples historiques, à commencer par la première installation de la démocratie dans un grand pays européen, l’Angleterre à l’issue de la Glorieuse Révolution de 1688 ; le renversement du roi Jacques II par le corps expéditionnaire d’un prince batave (et son gendre), Guillaume d’Orange. L’instauration de la monarchie parlementaire y a ouvert la voie à deux siècles de stabilité et d’État de droit ; plus aucune révolution, situation insurrectionnelle, ou guerre civile, n’ont émergé depuis, alors que l’histoire de ce pays en était truffée à l’époque.

Plus récemment, en revanche, la plupart des tentatives ont échoué. Même si viennent à l’esprit quelques transitions réussies après la chute du nazisme en Allemagne, de Mussolini en Italie et de l’impérialisme japonais, en 1945. Des cas toutefois exceptionnels, avec des régimes hyper-criminels de guerre capitulant sans conditions et des pays intégralement occupés. Rien à voir avec ce qui pourrait s’envisager aujourd’hui, où le cahier des charges implicite défini par l’opinion publique occidentale est : peu de morts civils dans le camp d’en face, pratiquement aucun parmi nos militaires et une transition ordonnée. Quitte à oublier ce que disait Mark Twain : « Ceux qui veulent la démocratie sans un peu de désordre sont comme des paysans qui voudraient la pluie pour leurs récoltes mais sans les orages »…

Trois échecs majeurs et une illusion

La stratégie de « regime change » a ainsi connu trois échecs majeurs : en Afghanistan, les talibans renversés en 2001 sont revenus inéluctablement vingt ans plus tard, sans devenir « inclusifs », comme l’espérait avec une infinie naïveté, ou un cynisme consommé, Jean-Yves Le Drian, alors ministre des Affaires étrangères. Les États-Unis avaient mal évalué les complexités des inimitiés entre ethnies dans ce « cimetière des empires ». Leur action pouvait être résumée par la formule du sénateur Charlie Wilson, l’instigateur de l’aide américaine aux adversaires afghans des Soviétiques après leur invasion en 1979 : « On a tout bien fait au début et ensuite on a merdé, comme d’habitude ».

En Irak, après le renversement de Saddam Hussein, Washington a notamment sous-estimé – et surtout méconnu – les antagonismes entre chiites, sunnites et kurdes, conduisant à des arrangements et des rivalités dignes d’un mobile de Calder. Aussi, croire pouvoir tenir un pays de 27 millions d’habitants avec 130 000 soldats était particulièrement naïf. Quant à limoger les officiers sunnites de l’armée pour cause d’adhésion au parti Baas, et mettre ainsi au chômage 20 000 hommes formés à tuer pour qu’ils rejoignent Daech, ce n’était pas l’idée du siècle.

Enfin, après l’élimination de Kadhafi par les armées française et britannique durant le Printemps arabe, la démocratie n’a pas pu prendre racine dans un pays ravagé par 42 ans de terreur et de surveillance, surtout sur fond de pillage des arsenaux du régime.

Et si, il y a quelques semaines, certains ont rêvé que la capture du président vénézuélien, Nicolás Maduro, ouvrirait la voie à la démocratie, il ne faut pas se faire trop d’illusions. Le régime a sauvé sa peau en sacrifiant son numéro un lors d’un raid où il est invraisemblable que ses 32 gardes du corps cubains aient été neutralisés en quelques minutes par un commando américain héliporté et rentrant indemne. Or, leur élimination par une unité aux ordres de la vice-présidente Delcy Rodríguez paraît bien plus probable, signant une collusion avec l’Amérique dont le rétablissement de la démocratie n’était visiblement pas la priorité. Preuve en est la nouvelle tendance des deux pays à s’entendre comme larrons en foire, par la grâce de négociations encore inabouties sur les questions pétrolières.

Les leçons de l’Argentine et de la Serbie

Mais le pire n’est pas toujours sûr. On peut lister l’intervention américaine à Grenade en 1983 contre une dictature marxiste-léniniste, appuyée par quelques pays des Caraïbes, ayant vu la Première ministre de la Dominique, Eugenia Charles, saluer Ronald Reagan en ces termes cavaliers et laudateurs : « Mister President, you have big balls ! ».

Il en est de même du renversement du président gambien, Yahya Jammeh, ayant refusé de reconnaître une défaite électorale en Gambie en 2016 et éjecté de son poste par la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), menée par le Sénégal. On citera surtout l’Argentine, où la junte militaire totalement discréditée par l’humiliation nationale de la défaite face au Royaume-Uni durant la guerre des Malouines en juin 1982, a jeté l’éponge l’année suivante. Et la Serbie, en octobre 2000, où une révolte populaire majoritairement pacifique a emporté le régime délégitimé de Slobodan Milošević – affaibli par la perte du Kosovo suite à l’intervention de l’OTAN en 1999 –, ne faisant que 2 morts et 65 blessés, après des années de guerres fratricides et meurtrières.

Le point commun à ces opérations réussies ? Tout d’abord, pas de troupes étrangères sur le sol national et des pertes civiles faibles (aucune en Argentine). Les interventions militaires ont discrédité les régimes, mais ce sont les peuples qui ont achevé le travail. Deuxièmement, une situation économique, sociale et des libertés publiques très dégradées, accompagnées d’une inflation galopante, de pénuries critiques, d’une corruption endémique et d’un isolement international ayant rendu le régime très impopulaire. Troisièmement, une société civile relativement robuste, avec des syndicats, des ONG, des mouvements d’opposition tolérés, comme celui des mères de la place de Mai à Buenos Aires, ou Otpor (financé par Washington) à Belgrade, et des institutions étatiques fonctionnelles et pas entièrement peuplées de partisans du régime.

Une expérience préalable de la démocratie constitue aussi un plus, voire un must. Il faut admettre que la plupart des expériences réussies d’établissement de la démocratie par une intervention militaire extérieure ont plutôt été un… rétablissement ! L’Allemagne de 1945 avait connu une expérience d’État de droit robuste au XIXe siècle, quoique sous un régime autoritaire, ainsi qu’une période démocratique, bien que brève, avec la République de Weimar, malgré ses faiblesses originelles. Idem pour le Japon avec la période libérale Taisho entre 1913 et 1926. Grenade et la Zambie entrent aussi dans ce cas de figure. Quant à l’Argentine, elle avait vécu la majorité du temps sous le régime du multipartisme et des élections libres lors du siècle ayant précédé la junte militaire en 1976. La démocratie prend généralement du temps pour s’installer solidement. Rappelons que concernant la France, par exemple, il a fallu huit décennies et une ribambelle de révolutions, de coups d’État et de guerres perdues pour y parvenir.

Cinquième critère : des forces de répression qui n’étaient plus prêtes à « tirer dans le tas », comme résignées et conscientes de l’échec politique du régime qu’elles servaient. Les manifestants serbes ont ainsi pris d’assaut au bulldozer le siège de la télévision publique, puis le Parlement le 5 octobre 2000 sous l’œil placide de la police… voire en profitant de la complicité d’une partie du régime. La plupart des révolutions ont une composante discrète de coup d’État. Et la junte du général Galtieri à Buenos Aires a passé la main sans combattre.

L’Iran cocherait-il ces cases en cas de raids aériens américains ? Les points 1 et 2 certainement, un peu le point 3, considérant l’existence d’une société civile plus robuste qu’on ne pourrait le penser après 47 ans de théocratie, comme le montre le courage des étudiants ayant repris ces derniers jours leurs manifestations. L’Iran ne coche pas vraiment le point 4, malgré des ébauches de tentatives de démocratie jadis, mais sa jeunesse en grande partie éduquée et occidentalisée permet d’espérer. En revanche, pour le point 5, les Gardiens de la révolution et consorts semblent déterminés à ne rien lâcher…

L’article L’art délicat de la démocratie par les bombardements est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

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