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Un sèche-cheveux et 2,5 milliards de dollars : comment cet incroyable réseau de contrebande a inondé la Chine de puces Nvidia

Le 19 mars 2026, le département américain de la Justice a inculpé trois personnes liées à Super Micro Computer, un fabricant californien de serveurs coté en bourse. Leur crime présumé : avoir orchestré un vaste réseau de contrebande de semi-conducteurs à destination de la Chine, principal rival technologique des États-Unis.

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Cuba, enfer romantique

C’était un nouvel espoir : l’alliance d’un politicien modéré et d’un révolutionnaire marxiste allait mettre fin à un pouvoir autoritaire, à l’impérialisme et aux inégalités. Mais en quelques mois seulement, les héros célébrés en Occident ont transformé le rêve en cauchemar.

1er janvier 1959, 2 h du matin. Batista monte dans un avion avec 40 millions de dollars et fuit vers Saint-Domingue. L’armée cubaine se rend sans combattre. Dans les rues de La Havane, c’est l’explosion de joie : le peuple cubain est libre.

Le Che arrive dès le lendemain et fait de la forteresse de La Cabaña son quartier général. Fidel Castro le rejoint une semaine plus tard, après une marche triomphale depuis Santiago. Il est accueilli par des centaines de milliers de Cubains ivres d’enthousiasme. Alors que des colombes blanches se posent sur ses épaules — une mise en scène soigneusement préparée — il promet des élections libres, la liberté de la presse, le pluralisme politique.

Des plus pauvres à la classe moyenne havanaise, nombreux sont ceux qui y croient. Car Castro bénéficie d’une excellente image, au-delà même des frontières de son île. Deux ans plus tôt, le New York Times l’a présenté comme un démocrate romantique luttant ardemment pour la liberté contre une dictature corrompue. Nationaliste cubain, il n’est d’ailleurs pas un marxiste-léniniste convaincu.

Pourtant, dès les premières heures de sa prise de pouvoir, la réalité est toute autre.

Les premières purges

Les tribunaux révolutionnaires créés par le Che tournent à plein régime. Les exécutions se multiplient, à l’issue de procès expéditifs : des soldats de Batista, des informateurs, des « criminels de guerre », mais probablement aussi des innocents. Ernesto Guevara ne fait aucun secret de ses motivations : « Un révolutionnaire doit devenir une machine à tuer froide, mue par la haine pure. » En quelques mois, des centaines de personnes sont fusillées devant les murs de La Cabaña.

Fidel Castro et lui se sont rencontrés quatre ans plus tôt, à Mexico. Le premier, politicien cubain sans scrupules, a vendu une révolution au second, médecin argentin et idéologue, qui cherche un pays à convertir au marxisme.

Leur alliance forme une machine de guerre redoutablement efficace. Fidel séduit les démocrates américains, rassure les classes moyennes cubaines et charme la presse internationale. Le Che, lui, fusille sans hésiter, impose une discipline de fer et incarne la pureté révolutionnaire. D’un côté le visage aimable, de l’autre le bras armé.

À l’époque, Cuba est un pays prospère : 3e revenu par habitant d’Amérique latine ; ses foyers possèdent plus de téléviseurs que la plupart des pays européens. La mortalité infantile est assez basse et le taux d’alphabétisation frôle les 80 %.

Mais 40 % de la population vit dans la misère, exploitée par les grandes compagnies sucrières américaines. Les Afro-Cubains restent de facto relégués aux marges de la société, victimes de discriminations persistantes. La richesse est concentrée entre très peu de mains — celles de l’oligarchie locale, mais aussi de la mafia américaine, très présente dans l’économie du jeu et du tourisme. Et depuis la prise du pouvoir par Batista, les perspectives se restreignent progressivement, y compris pour une partie de la classe moyenne éduquée.

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Redistribuer ? Non, collectiviser

Castro promet le retour de la démocratie, la fin de la tutelle américaine et de la corruption. Les paysans pauvres et les guajiros (métayers, journaliers), à qui le Che distribue des terres et fait miroiter un lopin après le coup d’État, gonflent ses troupes révolutionnaires.

Pourtant, sa réforme agraire, immédiatement mise en œuvre, est radicalement différente. Donner la terre aux agriculteurs pour créer une classe de petits propriétaires capitalistes ? Certainement pas. Il veut des fermes d’État collectivisées, sur le modèle soviétique, avec des ouvriers disciplinés au service de la révolution.

Les grandes plantations cubaines sont nationalisées et passent sous le contrôle de l’INRA, l’Institut national de réforme agraire qu’il dirige. Les paysans se retrouvent ouvriers agricoles d’État, avec un salaire fixe et aucune autonomie — une situation peu différente du servage.

La Havane fixe des quotas de production sans rapport avec les réalités locales. Le paysan ne décide plus ni ce qu’il plante, ni comment il le vend, ni à quel prix. Toute vente directe sur un marché libre est déclarée illégale. Le marché noir devient la seule alternative. Des inspecteurs d’État armés parcourent les campagnes cubaines. Un paysan qui abat sa propre vache sans autorisation risque plus de prison qu’un meurtrier.

La réforme entraîne un exode rural massif. Les ouvriers agricoles fuient les campagnes, aggravant les pénuries alimentaires. Certains prennent même les armes. Débute une guérilla paysanne anticommuniste, largement oubliée de l’histoire officielle. Elle est brutalement réprimée. Des familles paysannes entières sont déplacées de force pour « nettoyer » la zone des résistants, dans une opération cyniquement appelée « la Récolte ».

Sans incitation personnelle, la productivité s’effondre. Cuba, île fertile qui exportait massivement sucre, tabac et fruits, devient en quelques années incapable de nourrir sa population. Le peuple ne mangera plus jamais à sa faim.

La fin des libertés

Les Cubains commencent à comprendre que les promesses initiales ne seront jamais tenues. Une partie de la classe moyenne — avocats, médecins, ingénieurs, commerçants — fuit le pays. Miami commence à se remplir de Cubains éduqués et furieux de la traîtrise du régime.

Progressivement, Castro élimine un par un les modérés de son gouvernement. Huber Matos, commandant révolutionnaire héroïque, démissionne pour protester contre l’influence communiste croissante. Il est immédiatement arrêté pour « trahison » et condamné à 20 ans de prison. Le président Urrutia, façade démocratique du pouvoir, poussé à la démission par Fidel, est remplacé par Osvaldo Dorticós Torrado, fervent révolutionnaire communiste.

La presse est mise au pas. Les journaux, qui pouvaient critiquer discrètement le pouvoir de Batista, voient leur tirage saisi, leurs locaux occupés et leurs journalistes menacés à la première incartade. Seul Bohemia, qui avait soutenu Castro, garde un semblant de liberté éditoriale.

Une société sous contrôle

En novembre, le Che est nommé directeur de la Banque nationale de Cuba. Pour la première fois, un révolutionnaire qui méprise ouvertement l’argent et le capitalisme est placé aux commandes de l’institution financière centrale d’un pays. Par dérision envers l’institution, il signe les nouveaux billets cubains d’un simple « Che » désinvolte.

À l’été 1960, la quasi-totalité de l’économie cubaine est nationalisée. Des miliciens armés se présentent aux portes des usines, des banques, des hôtels, des casinos et des commerces. Les propriétaires ont 24 à 48 heures pour céder leurs biens. Ceux qui résistent sont incarcérés. Les techniciens et managers cubains fuient massivement. En quelques jours, l’industrie se retrouve sans personnel qualifié. La production s’effondre, malgré l’envoi de conseillers par Moscou.

En septembre, Castro annonce sans ambages la création des Comités de défense de la révolution : « Nous allons établir un système de vigilance révolutionnaire collective. » 100 000 sont créés en quelques mois. Des millions de Cubains ordinaires deviennent des informateurs à la solde du régime. Chaque citoyen surveille son voisin. Des pères de famille sont dénoncés par leurs propres enfants endoctrinés ; des voisins rapportent des conversations privées entendues à travers les murs ; des collègues de travail signalent des « attitudes contre-révolutionnaires ». La vie quotidienne cubaine ne sera plus jamais comme avant.

Le mois suivant, tout le parc immobilier locatif est nationalisé. Les propriétaires perdent leurs biens du jour au lendemain. La mesure est populaire à court terme, puisque les loyers sont purement et simplement supprimés. Mais petit à petit, les logements se dégradent. Personne n’est responsable de leur entretien. En quelques années, les immeubles cubains ressemblent à ceux d’un pays en guerre.

Les États-Unis ne rompent leurs relations diplomatiques avec l’île que deux ans après la révolution. Au même moment, le Che quitte la Banque nationale et devient ministre de l’Industrie. Il souhaite ardemment réindustrialiser Cuba pour construire une économie socialiste autosuffisante. Il fixe des objectifs de production délirants. Pour éviter les sanctions, les directeurs d’usine falsifient leurs chiffres. Une culture du mensonge statistique s’installe — les rapports officiels n’ont plus aucun lien avec la réalité. Les conseillers soviétiques, pragmatiques, préconisent des incitations matérielles pour les travailleurs, que le Che refuse catégoriquement. Pour lui, l’homme nouveau socialiste travaille par amour de la révolution, pas pour une prime. Mais dans les faits, les usines cubaines tournent à 30 % de leur capacité.

Fierté du régime, une grande campagne d’alphabétisation est lancée au printemps 1961. 100 000 jeunes « brigadistes » sont envoyés dans les zones rurales pour apprendre à lire aux paysans. Techniquement, c’est une réussite, puisque l’analphabétisme recule significativement. Mais les manuels sont de la pure propagande. Apprendre à lire, c’est apprendre à lire le Castro.

La fin des dernières illusions

Au même moment, 1 400 exilés cubains entraînés par la CIA débarquent à la baie des Cochons. Mais, paralysé par la peur du scandale international, Kennedy retire in extremis la couverture aérienne promise. Les exilés sont écrasés en 72 heures. 1 189 sont faits prisonniers. Pour Fidel Castro, c’est le cadeau politique rêvé. Il proclame le caractère « socialiste » de la révolution et peut désormais présenter toute opposition intérieure comme des « agents de l’impérialisme américain ». Des milliers de Cubains suspects sont arrêtés préventivement et entassés dans les stades de La Havane.

C’est désormais acté : les élections promises n’auront jamais lieu. Les derniers journaux indépendants sont fermés ou nationalisés. Bohemia devient un organe d’État. Pour la classe moyenne, c’est le sauve-qui-peut. Les aéroports sont pris d’assaut. Mais le pire est à venir.

En août 1961, le pouvoir annonce à la radio le remplacement de tous les pesos cubains existants par de nouveaux billets. La population a 72 heures pour procéder à l’échange, limité à 200 pesos par personne. Au-delà, c’est la confiscation. L’épargne de toute une vie s’envole en un week-end. Les personnes âgées sont parmi les plus durement frappées par la réforme. Sans propriété, sans épargne, sans retraite privée, elles deviennent entièrement dépendantes de l’État — et c’est précisément ce que le régime cherche à obtenir.

Dans les mois qui suivent, syndicats, associations professionnelles, fraternités… toutes les organisations civiles indépendantes sont dissoutes les unes après les autres. La vie sociale cubaine doit être contrôlée par les organisations d’État.

Le rationnement alimentaire est instauré. La libreta de abastecimiento — le carnet qui fixe les quotas — devient le document central de la vie quotidienne cubaine. Riz, haricots, sucre, huile, viande : tout est alloué et contrôlé. Cuba la fertile ne parvient plus à nourrir sa population.

Cuba, le pantin de la Guerre froide

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Le temps du Bloqueo

Ce n’est qu’en février 1962 que les États-Unis instaurent un embargo commercial total. Castro a désormais un argument clé en main : les pénuries, les échecs économiques, les difficultés quotidiennes — tout est la faute du « bloqueo » américain. Un bouc émissaire providentiel qu’il utilisera pendant 60 ans, malgré l’immensité de l’aide internationale : 300 milliards de dollars entre 1962 et 1990. Trois plans Marshall pour un pays de 10 millions d’habitants.

Reste que les files d’attente s’allongent devant les magasins d’État. Les rayons se vident. Les premières pénuries touchent les médicaments, puis certains aliments. Les Cubains commencent à pratiquer le « resolver » — se débrouiller, trouver, échanger, contourner. La survie quotidienne devient le seul horizon.

Le pouvoir exhorte la population à rester forte face à l’adversité. Dans le même temps, la répression des homosexuels s’intensifie. Le guérillero barbu, viril et endurant — incarné par Castro et le Che, qui fustige la supposée « faiblesse » des gays — devient le modèle de l’homme révolutionnaire. Dans l’orthodoxie marxiste-léniniste soviétique, l’homosexualité n’est-elle pas présentée comme une « déviance bourgeoise et décadente », produit de la corruption capitaliste ? Raúl Castro, le frère de Fidel, organise la répression. Des rafles ont lieu dans les parcs et les lieux de rencontre de La Havane. Des hommes sont arrêtés, humiliés, emprisonnés et surtout envoyés « en redressement » dans les champs, où la main-d’œuvre manque.

Cuba a changé du tout au tout en seulement trois ans. Plus de presse libre, plus de partis politiques, plus de syndicats, plus de liberté de déplacement, plus de propriété ni d’épargne. L’industrie s’est effondrée. L’agriculture, autrefois exportatrice, ne peut plus nourrir la population. Et tout cela avant le blocus.

Fragilisé par ses échecs patents, le Che part exporter la révolution au Congo et en Bolivie. Fidel Castro régnera une quarantaine d’années sans partage, se constituant au passage une fortune colossale.

Soixante ans après la révolution, Cuba est bien plus pauvre qu’en 1958.

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Embargo mon amour : l’atout maître du régime castriste

Le régime castriste, les Cubains n’y croient plus. L’excuse de « l’embargo », usée jusqu’à la corde, a fait son temps. Attisée par des années de violence et de despotisme, la révolte gronde, et pourrait faire vaciller le pouvoir en place. Au grand dam des activistes occidentaux.

« ¡El bloqueo, mi hermano ! », « L’embargo, mon frère ! ». Dans la bouche de la quasi-totalité des Cubains, l’expression est désormais employée, selon les cas, comme un gimmick, une antienne, un running gag, une antiphrase, une ironie… Une locution vidée de son sens à force d’avoir été usée (jusqu’à la corde) par la propagande castriste. À la mort de Fidel Castro, le 25 novembre 2016, la formule n’était pourtant plus brandie avec autant de véhémence par le pouvoir autocratique de La Havane. Désigné comme successeur de son grand frère Fidel, Raúl Castro avait en effet entamé, depuis deux ans, un rapprochement historique avec les États-Unis, le « meilleur ennemi » du régime, jusqu’alors désigné comme la cause de tous les malheurs à Cuba.

Depuis décembre 2014, le président américain Barack Obama était devenu un interlocuteur privilégié, qui débarquerait bientôt avec les honneurs à La Havane, précédant les Rolling Stones et Rihanna. Les dirigeants cubains se frottaient déjà les mains : ce rapprochement avec les États-Unis promettait une « pluie de dollars » — notamment grâce aux revenus liés au tourisme — pour la caste militaire qui contrôle entièrement l’économie du pays. L’euphorie soudaine des « apparatchiks » cubains contrastait pourtant avec la réalité de la rue, où la situation était toujours aussi précaire : d’un côté, une nomenklatura désormais décomplexée qui dégustait des mojitos à 12 dollars à la terrasse des hôtels internationaux ; et de l’autre, un peuple qui devait toujours survivre avec un salaire commun « égalitaire » d’une quarantaine de dollars par mois. La rhétorique anti-impérialiste s’était radoucie à la chaleur du nouveau climat diplomatique avec les États-Unis, mais l’austérité économique et les restrictions restaient les mêmes, sur le plan économique comme idéologique (avec la persécution constante de tous les opposants). De cette « lune de miel » avec les États-Unis, l’immense majorité des Cubains ne gardera que l’espoir de lendemains meilleurs… Car l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump en 2017 mettra fin au rapprochement et rétablira le statu quo en vigueur depuis 1962… Avec le retour en grâce de la vieille rengaine : « ¡El bloqueo, mi hermano ! ».

La désillusion provoquée par cette ouverture entrevue sera suivie par les grandes manifestations contre le régime des 11 et 12 juillet 2021, très durement réprimées par le nouveau président, Miguel Díaz-Canel. Avec des incarcérations par milliers, et des peines allant jusqu’à trente ans de prison pour ceux qui avaient osé défiler pacifiquement dans les rues pour demander un peu de liberté.

Où sont passés les milliards ?

« De toute façon, à Cuba, plus personne ne croit depuis longtemps que nos malheurs viennent des États-Unis », soupire Yamila Ribero, originaire de Santa Clara, et qui a quitté son pays en 2023 pour s’installer à Madrid. Sa mère et sa grand-mère, restées sur l’île, ne subsistent que grâce à l’argent qu’elle leur envoie. Comme elle, plus de 850 000 Cubains ont fui le pays ces dernières années ; depuis 2021, la population serait passée de 11,3 à 8,6 millions d’habitants, selon le démographe Juan Carlos Albizu-Campos. Les « remesas », c’est-à-dire l’argent et les biens envoyés par les Cubains de l’étranger, représentent plus de la moitié des revenus à Cuba. Et 80 % de ces ressources proviennent des États-Unis, où vit la grande majorité des Cubains exilés… y compris d’anciens hauts dignitaires du régime castriste, tels Manuel Menéndez Castellanos ou Rogelio Bolufé. Eux aussi ont fui, à cette différence qu’ils font partie de ceux qui ont totalement détruit les capacités de production du pays, malgré les mannes financières reçues au fil des décennies.

Un chiffre suffit à comprendre à quel point l’embargo est utilisé comme faux prétexte par le régime castriste : entre 1962 et 1990, Cuba aurait perçu quelque 300 milliards de dollars de la part de l’Union soviétique et de ses « pays frères » (argent, biens d’équipement et de consommation, pétrole, matières premières, armement, dons humanitaires, ainsi que des prêts internationaux… qui n’ont jamais été remboursés, comme c’est le cas pour la France), soit l’équivalent de trois fois le plan Marshall (à taux de change équivalent), pour un pays qui comptait à l’époque moins de 10 millions d’habitants !

« Plutôt que de parler d’embargo ou de blocus, il faudrait se demander où est passé tout cet argent, non ? », s’interroge faussement Yamila Ribero. Une fortune qui est allée en grande partie dans les poches de ceux qui ont gouverné le pays depuis 1959, à commencer par Fidel Castro (dont le magazine Forbes estimait le patrimoine à 900 millions de dollars). Comme pour renforcer le contraste, Yamila Ribero montre sur son téléphone les nombreuses vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, montrant un pays dévasté par la misère : les façades délabrées de La Havane dont les maisons coloniales tombent en ruines, les visages fatigués dans les longues queues devant des vitrines pratiquement vides, les vieillards faméliques qui fouillent dans les tas d’ordures, les mines tristes dans les boutiques d’approvisionnement par « libreta » (carnet de rationnement) pour aller mendier deux œufs et une poignée de riz par semaine… Il faut ajouter le manque de médicaments, des hôpitaux à l’abandon (à l’exception des quelques établissements de soins dédiés aux dignitaires du régime), la quasi-absence de transports en commun, les pannes constantes du service d’eau, et ces coupures d’électricité qui n’en finissent plus : 14 heures, 16 heures, jusqu’à 18 heures par jour ! Des interruptions de courant qui se sont intensifiées à la suite du blocus énergétique imposé par Washington depuis l’arrestation de Nicolás Maduro.

L’esclavage des médecins cubains

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Une dictature aux abois

« La vie au quotidien est une bataille constante à La Havane », résume Ernesto, qui vit près d’une station-service dans le quartier de Centro Habana, où la distribution d’essence est plus qu’aléatoire, et limitée à 20 litres par véhicule : « Chaque jour c’est le même cirque, avec des voitures stationnées dans la file dès le petit matin, avant même l’ouverture, pour être sûr d’être servi ». L’attente peut durer des heures, alors le ton monte : « Ce sont des cris, des insultes, des bagarres… ça va mal finir. Et puis les gens commencent à protester contre le gouvernement et le « singao » ! C’est normal, on n’en peut plus ». Le « singao », « l’enculé », c’est Miguel Díaz-Canel, une obscénité communément associée dans la bouche des Cubains à un président qui fait l’unanimité contre lui.

Pour Yaxys Cires, directeur des stratégies de l’Observatoire cubain des droits de l’homme (OCDH), les Cubains ne croient plus en l’élite au pouvoir, ils la méprisent même : « Ils ne croient plus en ses promesses et ils n’acceptent pas qu’on leur demande davantage de sacrifices pour maintenir la soi-disant Révolution. Nous sommes face à la fin d’un cycle historique et ce seront les citoyens et la géopolitique qui y mettront un terme ».

Ce discours tranche pourtant avec ceux de certains dirigeants politiques européens. Dont l’eurodéputée Irene Montero (Podemos), qui a récemment lancé un message sur les réseaux sociaux pour accuser Donald Trump de « noyer Cuba sous un blocus criminel », et demander au gouvernement espagnol d’augmenter l’aide au gouvernement castriste. En retour, l’ex-ministre de Pedro Sánchez a reçu une volée de critiques de la part des citoyens cubains ; des commentaires rappelant la triste réalité sur l’île : « L’interdiction de créer des partis politiques, l’absence d’élections libres, les violences contre la dissidence, le manque de libertés fondamentales, la censure, le contrôle absolu du pouvoir par le gouvernement de Miguel Díaz-Canel »… Car le pays reste l’un des plus répressifs à l’encontre des voix d’opposition, qu’elles émanent d’artistes, de politiques, d’intellectuels ou de simples citoyens anonymes. Au 31 décembre dernier, 1 192 prisonniers politiques étaient incarcérés à Cuba, selon l’organisation Prisoners Defenders, et la situation ne fait qu’empirer avec chaque jour de nouvelles arrestations arbitraires.

D’autant que depuis l’intervention des États-Unis à Caracas, la dictature castriste est aux abois, isolée, privée de son principal soutien international. Au point de miser désormais sur un changement « à la vénézuélienne » pour préserver son pouvoir. Miguel Díaz-Canel a lui-même reconnu les négociations en cours avec le gouvernement américain, menées notamment par le petit-fils de Raúl Castro, Raúl Guillermo Rodríguez Castro. Et le temps presse, car malgré la répression policière, la colère populaire paraît de plus en plus difficile à contenir.

Ces jours-ci, la forte vague d’indignation a littéralement embrasé la ville de Morón, dans la province de Ciego de Ávila, où des dizaines de manifestants ont incendié le siège du Parti communiste pour protester contre les coupures d’électricité incessantes, réclamer la liberté et dénoncer les pénuries alimentaires. Des événements qui rappellent, sur l’île, les scènes de guérilla des années 1950 contre le dictateur Fulgencio Batista. « Ces actions étaient alors présentées comme faisant partie de la lutte révolutionnaire contre la dictature », rappelle la journaliste cubaine Iliana Hernández, « et bon nombre de ceux qui occupent aujourd’hui le pouvoir à Cuba ont participé à ce type de tactiques ou les ont soutenues ».

Des militants occidentaux à la rescousse

D’une révolution l’autre, et d’une dictature à l’autre, les mêmes causes pourraient provoquer les mêmes effets. C’est pourtant le moment choisi par des activistes occidentaux pour porter secours au régime cubain. Ainsi, après celle pour Gaza, la flottille Nuestra América entend briser le blocus américain, présentant de fait le peuple cubain en victime non pas de la dictature, mais de l’ennemi extérieur. L’eurodéputée insoumise, Emma Fourreau, a déjà annoncé la rejoindre. Greta Thunberg, elle aussi, semble de la partie. C’est en tout cas ce que laissent à penser ses mots baroques relayés sur X par l’ambassade castriste à Paris : « Cuba a défendu le monde à maintes reprises, et il est temps maintenant pour le monde de défendre Cuba ». De quoi aggraver encore un peu plus sa grotesque fuite en avant en faveur des totalitarismes. Pas un mot pour les Iraniens martyrisés par les mollahs, silence assourdissant sur les exactions du Hamas. Au lieu de défendre les opprimés du régime, ils défendent les régimes contre les opprimés. Un classique…

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