Promis il y a un an par Jared Isaacman, le grand virage nucléaire de la NASA est officiel. Avec le projet Space Reactor-1 Freedom prévu pour 2028, l'agence spatiale américaine compte réduire drastiquement le temps de trajet vers Mars. Une révolution technologique décisive pour protéger la santé des futurs astronautes, et qui s'appuie sur des décennies de recherches théoriques.
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Promis il y a un an par Jared Isaacman, le grand virage nucléaire de la NASA est officiel. Avec le projet Space Reactor-1 Freedom prévu pour 2028, l'agence spatiale américaine compte réduire drastiquement le temps de trajet vers Mars. Une révolution technologique décisive pour protéger la santé des futurs astronautes, et qui s'appuie sur des décennies de recherches théoriques.
Le bestiaire de l'infiniment petit s'agrandit ! Le CERN vient de débusquer un nouveau cousin du proton, bien lourd et étonnamment furtif. Une découverte qui va permettre d'approfondir la recherche fondamentale et tester certains modèles physiques très pointus.
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15 000 € le kW. Sept fois plus que lors du plan Messmer de 1974. À force d’empilement de normes, le coût de construction du nucléaire a explosé en Europe et aux États-Unis. Tant pis pour nos factures, pour l’industrie et pour le climat. Pour changer les choses, il faut changer d’état d’esprit : accepter le risque.
Le nucléaire est devenu beaucoup trop sûr. Les accidents le concernant constituent un problème financier, pas un problème sanitaire. Et cette confusion, entretenue depuis des décennies par une partie de la classe politique, particulièrement en Europe, s’avère mortelle.
Sa permanence est liée à ce que Jack Devanney, ancien professeur au MIT, également concepteur principal et architecte du réacteur ThorCon (à sels fondus MSR), appelle les « 2 mensonges » contradictoires du complexe nucléaire. Le premier : tout rejet significatif de matière radioactive serait une catastrophe inacceptable. Le second : la probabilité d’un tel rejet est si faible que nous pouvons supposer qu’il ne se produira pas.
Ces 2 mensonges forment un véritable piège. Le premier justifie des dépenses illimitées pour prévenir l’accident. Le second berce le public dans une fausse sécurité. Et quand un rejet survient – comme c’est inévitable avec des milliers de réacteurs sur des décennies – la confiance est anéantie pour une génération.
Nucléaire belge : balancier perpétuel entre idéologie et rationalité
Nous vivons dans un monde de ressources limitées. L’argent dépensé pour sauver une vie devrait être à peu près équivalent d’un domaine à l’autre. Sauver une année de vie par la vaccination ou les ceintures de sécurité coûte entre 100 et 1 000 dollars. Dans le nucléaire, à cause de réglementations trop précautionneuses, nous dépensons plus de 2,5 milliards de dollars pour sauver une seule année de vie.
C’est une allocation catastrophique de ressources. La preuve que l’on peut faire autrement existe : la France l’a démontré. Le plan Messmer a permis de construire 58 réacteurs à eau pressurisée en moins de 2 décennies, avec des durées de construction moyennes de 6 ans et un coût total estimé à 83 milliards d’euros (valeur 2010). Ce parc, standardisé et construit en série, fournit encore aujourd’hui près des 2 tiers de l’électricité française à un coût compétitif !
Aux États-Unis, les centrales bâties dans les années 1960, avant l’explosion réglementaire, produisaient de l’électricité à environ 3 centimes le kilowattheure en dollars constants – et elles fonctionnent toujours, plus de 50 ans plus tard, sans avoir blessé personne. À ces niveaux de coûts, le charbon aurait été balayé et une part énorme de la pollution aux particules fines aurait été évitée, sans parler des gigatonnes de CO₂ jamais émises.
3 expériences grandeur nature
L’industrie nucléaire vit dans la terreur d’un rejet radioactif majeur. Pourtant, nous disposons de 3 « expériences » grandeur nature dont les résultats sont des plus rassurants, mais les conséquences très discutables.
Three Mile Island (28 mars 1979). À 4 h du matin, une panne des pompes d’alimentation en eau du circuit secondaire provoque l’arrêt automatique du réacteur n°2, mais une vanne de décharge coincée en position ouverte vide le circuit primaire de son eau de refroidissement sans que les opérateurs s’en rendent compte à cause d’une mauvaise indication en salle de contrôle. Cela entraîne une fusion partielle du cœur (environ 50 % du combustible fond), avec un dégagement de gaz radioactifs et la formation d’une bulle d’hydrogène, mais sans explosion.
Le scénario redouté s’est produit à cause d’une succession d’erreurs humaines. Pourtant, on ne déplore… aucun blessé. Quant à la dose moyenne de radiation reçue par la population, elle n’a pas dépassé 0,015 mSv, soit moins qu’un vol transatlantique.
Fukushima (2011). Un rejet 100 000 fois plus important que TMI. Quinze ans plus tard, là encore, le bilan est sans appel. En 2021, le Comité scientifique des Nations unies sur les effets des rayonnements atomiques (UNSCEAR) n’a identifié aucun préjudice sanitaire lié aux radiations parmi la population. Sans évacuation, peu de membres du public, voire aucun, n’aurait reçu 2 mSv ou plus en une journée. Quant à la possibilité d’une augmentation des cancers liée à des débits de dose bien inférieurs à 20 mSv/jour, même lorsque ces débits ont été subis pendant des décennies, elle a été invalidée. Même les travailleurs de la centrale, dont certains ont passé des heures dans les salles de contrôle situées à quelques mètres des réacteurs percés et en fusion, n’ont pas présenté d’effets sanitaires détectables après plus de dix ans de suivi. Leurs analyses sanguines ne montrent aucune différence avec la population masculine japonaise en bonne santé.
Tchernobyl (1986) reste un cas à part dans l’histoire des accidents nucléaires. Il résulte avant tout d’un système soviétique défaillant à tous les niveaux : le réacteur RBMK présentait un coefficient de vide positif, un défaut de conception connu qui rendait l’installation instable à basse puissance. Il était par ailleurs dépourvu d’enceinte de confinement étanche, si bien que lorsque le toit a sauté, le cœur du réacteur s’est retrouvé à l’air libre. L’essai de sécurité qui a précipité la catastrophe a été réalisé en violation flagrante des procédures, par des opérateurs insuffisamment formés, dans un contexte où les alertes remontaient mal. Cet accident était évitable, et cette technologie spécifique est aujourd’hui interdite de construction.
Le rejet radioactif de Tchernobyl fut de 9 à 140 fois plus important que celui de Fukushima. Sur les 134 personnes hospitalisées pour syndrome d’irradiation aiguë, 28 sont mortes dans les mois suivants dans d’horribles conditions, auxquelles s’ajoutent 2 décès lors de l’explosion elle-même.
Parmi les quelque 600 000 liquidateurs qui se sont relayés sur le site dans les années suivantes, les études épidémiologiques ont mis en évidence une augmentation modeste de certains cancers (notamment la leucémie chez les plus exposés) et de cataractes.
Cependant, le bilan sanitaire va au-delà de ces chiffres immédiats. L’effet le plus clairement documenté concerne les cancers de la thyroïde chez les enfants et adolescents exposés : selon les données compilées par l’UNSCEAR jusqu’en 2015-2018, près de 20 000 cas ont été enregistrés entre 1991 et 2015 chez les personnes âgées de moins de 18 ans en 1986 dans les zones touchées (Biélorussie, Ukraine et régions russes les plus contaminées), dont environ un quart (soit 4 800 à 5 000 cas) sont attribuables à l’exposition à l’iode-131. Bien que la mortalité liée à ces cancers reste faible – une quinzaine de décès confirmés dans les premières décennies, grâce à un dépistage précoce et à des traitements efficaces –, ces milliers de cas ont entraîné des opérations chirurgicales répétées, des traitements à vie, des hypothyroïdies iatrogènes et des souffrances physiques et psychologiques importantes pour de jeunes patients.
Concernant les décès à long terme, le consensus des organismes internationaux (UNSCEAR, OMS, AIEA, Forum Tchernobyl de 2005-2006) en projette environ 4 000 supplémentaires attendus sur la durée de vie des populations les plus exposées – liquidateurs de 1986-1987, évacués et résidents des zones les plus contaminées –, incluant les cas d’ARS, une quinzaine de décès par cancer de la thyroïde et environ 3 900 cancers ou leucémies radio-induits. Cette estimation reste conservatrice, limitée aux groupes les plus irradiés, et l’augmentation reste statistiquement difficile à distinguer du bruit de fond des cancers spontanés. Mais, encore une fois, évoquer les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, c’est bien davantage éclairer l’incurie d’un système soviétique persuadé de sa toute puissance et de son infaillibilité, malgré l’incompétence flagrante des responsables de la centrale, que les dangers de l’atome.
Par ailleurs, d’autres accidents industriels majeurs entraînent bien plus régulièrement des blessés et des morts. En France, le 21 septembre 2001, l’usine chimique AZF explose à Toulouse et fait 31 morts et 2 500 blessés, en plus de dévaster une bonne partie de la ville. Un drame aux conséquences humaines immédiates infiniment supérieur aux accidents ayant touché des installations nucléaires.
Le dogme au cœur du système
Alors pourquoi avons-nous si peur des radiations ? Sans doute à cause du modèle Linéaire Sans Seuil (LNT), qui considère le postulat envisageant que chaque dose de radiation, aussi infime soit-elle, provoque des dommages proportionnels à une dose massive. Suivre cette logique revient à affirmer que prendre une aspirine par jour pendant un an serait aussi mortel qu’avaler 365 aspirines d’un coup.
Le LNT ignore un fait biologique fondamental : nos cellules savent réparer les conséquences des radiations. La vie a évolué alors qu’elles étaient bien plus intense qu’aujourd’hui. La nature nous a dotés de systèmes de reconstruction de l’ADN remarquablement efficaces, développés à l’origine pour gérer les dommages métaboliques internes – qui abiment notre ADN à un rythme au moins 25 000 fois supérieur au taux de rayonnement naturel moyen.
Les Académies françaises des Sciences et de Médecine l’ont confirmé dans un rapport conjoint en 2005 : le dogme LNT est invalidé par la capacité de réparation cellulaire. Elles confirment l’absence d’effet cancérigène en dessous de 100 mSv reçus en dose flash. Le débit fait toute la différence : la biologie n’est pas une simple addition.
Ce que les Académies valident sur le plan des principes, les données empiriques le confirment également sur le terrain. Au Kerala, en Inde, la radioactivité naturelle atteint jusqu’à 60 mSv/an dans certaines zones. Une étude portant sur près de 70 000 personnes suivies pendant plus de 10 ans n’a montré aucune hausse de cancer. Le risque relatif du groupe le plus exposé était même légèrement inférieur à celui de ses voisins moins irradiés. L’étude, mise à jour en 2021 avec un échantillon élargi à près de 150 000 personnes confirme ces résultats avec des marges d’erreur considérablement réduites.
Les données réelles montrent qu’aucune hausse des cancers n’est détectable en dessous de 20 mSv/jour – soit 7 000 fois la limite légale de 1 mSv/an.
Les évacuations qui tuent
C’est le LNT qui a motivé l’évacuation de 160 000 personnes à Fukushima alors que personne n’aurait reçu plus de 50 mSv la première année en restant sur place. Cette panique a tué plus de 50 personnes âgées en quelques jours. Au total, les décès liés à l’évacuation et à l’exil dépassent les 2 300 dans la seule préfecture de Fukushima. Zéro mort par radiation. Des milliers de morts par la peur.
Et les conséquences ne s’arrêtent pas là. Quand le Japon a fermé l’ensemble de ses réacteurs après l’accident, le prix de l’électricité a bondi d’environ 40 %. La consommation hivernale a chuté de 15 %, entraînant selon une étude de Neidell et al. environ 310 décès supplémentaires par an liés au froid. Au-delà de ces réglementations paranoïaques et de ces évacuations meurtrières, c’est l’explosion des coûts de construction et l’effondrement du nombre de nouvelles centrales qui constituent la conséquence la plus dévastatrice du LNT.
La peur du nucléaire a fait prospérer le charbon et tué des millions de personnes.
L’honnêteté de l’aviation
Nous acceptons des risques négligeables tous les jours. L’aviation commerciale est considérée à raison comme sûre, et pourtant des avions s’écrasent parfois. Quand cela arrive c’est tragique.
Mais nous ne clouons pas les avions au sol et nous ne rendons pas le billet inabordable pour vendre un risque zéro. L’industrie aéronautique est honnête sur le risque. Elle va jusqu’à installer des boîtes noires (enregistreur de vol et enregistreur de conversations) dans chaque appareil, conçues pour survivre à un crash qui tue tout le monde à bord – reconnaissant ouvertement que de tels événements se produiront.
Le nucléaire doit adopter cette même honnêteté. L’objectif ne doit pas être d’empêcher tout rejet radioactif, mais d’avoir la capacité de gérer les conséquences d’un rejet éventuel par une régulation appropriée.
Si un accident survient, l’opérateur doit indemniser automatiquement et immédiatement les riverains exposés. Un confinement doit être réalisé s’il s’avère nécessaire, mais l’évacuation de zones où les doses de radiation sont infimes ne peut se justifier. Et rappelons que les pires rejets de centrales construites depuis les années 1960 ne tuent personne.
L’urgence morale
Les chiffres donnent le vertige. Les centrales américaines des années 1960 coûtaient moins de 1000 €/kW en euros constants 2025. Le plan Messmer a livré le parc français à environ 2 200 €/kW. L’EPR de Flamanville, après 17 ans de chantier, atteint près de 15 000 €/kW. Les futurs EPR2, présentés comme un retour à la raison, sont estimés à 7 800 €/kW, et même 10 800 €/kW par la cour des comptes – 5 fois le coût raisonnable. Pendant ce temps, la sûreté française exige une probabilité de fusion du cœur de 10⁻⁷ par an et par réacteur, soit un accident tous les 10 millions d’années par réacteur. Tant que chaque pico sievert évité est censé « sauver des vies » au nom du modèle linéaire sans seuil, cette spirale n’a aucune raison de s’arrêter.
En revenant à la science et en libérant le nucléaire de ses entraves réglementaires, ses coûts peuvent s’effondrer et rendre le charbon obsolète, tout en éradiquant la pollution aux particules fines, permettant de sauver de très nombreuses vies chaque année et de faire chuter les émissions de CO₂.
Il y a 15 ans, le tsunami du Tōhoku a tué près de 20 000 personnes en quelques heures. La centrale nucléaire de Fukushima, elle, n’en a tué aucune par radiation. Pourtant c’est le nucléaire qui a été condamné. Il est temps de rétablir la vérité – et de mesurer le coût monstrueux de ce mensonge.
Le monde médiatique et politique l’a appelé « catastrophe de Fukushima ». Pourtant, il y a 15 ans, c’est bien le séisme du Tōhoku qui a ravagé le Japon. Une confusion aux conséquences écologiques et sanitaires bien plus graves que l’accident de la centrale lui-même.
11 mars 2011, 5 h 46. Un séisme de magnitude 9,1, l’un des plus puissants jamais enregistrés, se déclenche à 130 km au large du Japon. Depuis des décennies, le pays construit ses infrastructures pour résister aux tremblements de terre, très courants sur la ceinture de feu du Pacifique. Mais il ne peut rien face au tsunami et à ses vagues monstrueuses. Dans la région de Miyako, le mur d’eau atteint près de 40 m, l’équivalent d’un immeuble d’une douzaine d’étages.
Tout au long de la côte, les accidents industriels s’enchaînent. Près de 25 millions de tonnes de débris sont générées. 300 ports de pêche, principaux pourvoyeurs de ressources alimentaires du pays, sont endommagés. 125 000 bâtiments sont entièrement détruits. Rayés de la carte. Des centrales électriques fossiles, des ports charbonniers et des usines d’électronique stratégiques sont anéantis, perturbant l’ensemble de la logistique mondiale.
Surtout, le bilan humain est particulièrement lourd : 16 000 personnes ont péri dans la catastrophe.
À Kesennuma, le tsunami emporte 22 des 23 bacs du dépôt pétrolier portuaire, déversant 12 800 m³ d’hydrocarbures dans la baie. L’huile flottant en surface s’enflamme et crée d’immenses nappes de feu sur la mer. L’incendie se propage aux bâtiments d’évacuation. Une trentaine de personnes périssent. À Kamaishi, la fonderie de fer et les usines de ciment et de contreplaqué sont immédiatement inondées. Une boue contaminée aux métaux lourds envahit le port, impactant durablement les communautés de pêche locales. À Ishinomaki, de l’acide chlorhydrique, du chrome, des PCB et des produits agrochimiques se déversent dans les rizières côtières. Le séisme entraîne la rupture du barrage d’irrigation de Fujinuma, qui emporte 5 maisons et tue 8 personnes. Les réservoirs de GPL de la raffinerie Cosmo Oil d’Ichihara explosent. L’incendie est visible depuis Tokyo et brûle pendant 10 jours. Des images souvent confondues, dans les médias, avec celles de Fukushima…
Car une seule installation industrielle concentre toute l’attention : la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Construite par General Electric au cours des années 70, elle est équipée de 6 réacteurs à eau bouillante de 460 à 1 100 mégawatts, et exploitée par Tokyo Electric Power Company (Tepco).
La centrale réagit initialement comme prévu : la détection des secousses sismiques entraîne l’arrêt des réacteurs en fonctionnement, et les groupes électrogènes de secours démarrent. L’installation reste alors partiellement alimentée par le réseau électrique local.
Mais lorsque le tsunami frappe, il détruit simultanément les diesels de secours, les batteries du système de contrôle-commande et les connexions au réseau. La centrale se retrouve en perte totale d’alimentation électrique, interne comme externe — l’un des scénarios les plus critiques pour une installation nucléaire.
Privé de systèmes de refroidissement efficaces, le cœur des réacteurs 1, 2 et 3 évacue de plus en plus mal sa puissance résiduelle. La température du combustible grimpe, provoquant la fusion des cœurs et la production d’hydrogène qui s’accumule dans plusieurs zones du site. Face à la montée en pression des enceintes de confinement, les opérateurs procèdent à des rejets contrôlés de gaz radioactifs.
Dans le même temps, la piscine de combustible usé du réacteur 4 suscite de fortes inquiétudes. Les équipes sur place, avec l’aide des pompiers, injectent alors de l’eau de mer pour tenter de rétablir un refroidissement suffisant. Cette opération génère d’importants volumes d’eau hautement contaminée, stockés sur le site.
L’hydrogène produit par la réaction entre le zirconium des gaines de combustible et l’eau finit par former une atmosphère inflammable, qui entraîne l’explosion des bâtiments des réacteurs 1, 3 et 4 et provoque des rejets radioactifs incontrôlés.
La bonne conception des réacteurs limite toutefois l’ampleur des conséquences sanitaires. Malgré la fusion de trois cœurs, les rejets radioactifs restent inférieurs à ceux provoqués par l’explosion du réacteur 4 de la centrale de Tchernobyl. L’exposition du public demeure faible. Neuf ans plus tard, après une vague de dépistage sans précédent, les conclusions de l’UNSCEAR sont sans appel : « Aucune augmentation des taux d’incidence du cancer ou d’autres maladies qui pourrait être attribuée à l’exposition aux radiations n’a été documentée. »
Seul un travailleur du site, décédé d’un cancer, a vu la nature radiologique de sa maladie reconnue, à l’issue d’une procédure judiciaire. C’est, aujourd’hui encore, le seul mort répertorié en lien avec la centrale de Fukushima.
Il y a pourtant eu d’autres victimes, liées à l’évacuation précipitée des habitants de la zone. Organisé dans l’urgence et la confusion, ce déplacement brutal de populations fragiles a provoqué plus de 1 800 décès. Bien sûr, il est facile de s’interroger a posteriori. Mais la peur de l’atome a-t-elle conduit à des mesures disproportionnées ? Le risque supplémentaire de cancer était en effet très faible, dans une population dont l’âge moyen atteignait 66 ans.
Une catastrophe écologique et industrielle mondiale
Le séisme en déclenche un autre, politique celui-là, d’une ampleur planétaire : le nucléaire en tant que source d’énergie est alors contesté dans la plupart des pays, alors qu’il commençait à regagner en popularité les années précédentes.
En Allemagne notamment, sous la pression du public, est décidé le plus grand changement de stratégie énergétique du siècle : l’Energiewende, son programme de transition énergétique, ordonne la fermeture au plus tôt de la totalité des centrales locales et l’abandon définitif de cette source d’énergie, en parallèle d’une augmentation des capacités de production en charbon, gaz (importé) et renouvelables, solaires et éoliennes.
D’autres pays subissent de plein fouet les conséquences du tsunami japonais, alors même qu’ils avaient déjà tourné le dos à l’atome. C’est notamment le cas de l’Italie et de la Lituanie. En 1987, après un premier référendum consécutif au désastre de Tchernobyl, Rome ordonne l’arrêt immédiat du nucléaire. Mais un second vote est prévu en juin 2011, sous le gouvernement de Silvio Berlusconi, pour proposer aux Italiens de revenir sur leur choix et de se doter de réacteurs EPR de conception franco-allemande. Un résultat sans appel, trois mois après la catastrophe de Fukushima : le non l’emporte avec 94 % des suffrages et le pays reste dépendant du gaz et importateur d’électricité nucléaire française.
Quant à la Lituanie, elle est alors alimentée par les derniers modèles de réacteurs RBMK soviétiques, d’une puissance bien supérieure à ceux de Tchernobyl, qui lui fournissent 70 % de son électricité. Mais, dans le cadre de l’entrée du pays dans l’Union européenne en 2004, Bruxelles demande la fermeture de la centrale du fait de lacunes structurelles incontestables en matière de sûreté nucléaire. Ce que le peuple refuse après avoir été consulté par un référendum finalement invalidé du fait d’une participation trop faible. La dernière tranche est déconnectée le 31 décembre 2009. En 2012, un autre référendum doit décider de la construction d’un nouveau réacteur de conception japonaise à la place. Il aboutit naturellement à un échec. Depuis, les Lituaniens sont alimentés par des importations d’électricité russe et suédoise, par des centrales gazières construites en urgence et par une maigre production d’énergie renouvelable.
En Chine, les nouveaux chantiers nucléaires sont gelés pendant plusieurs mois après le tsunami, le temps d’effectuer un audit commandé par l’État sur la sûreté du parc local. Le pays instrumentalise aussi la peur des radiations pour stigmatiser la pêche japonaise. Les rejets de tritium du site de Fukushima, mesurés à 22 térabecquerels par an, sont dénoncés comme une pollution inacceptable. Sauf qu’un réacteur à eau légère standard rejette sans risque 10 térabecquerels de tritium par an, alors que la centrale de Fukushima en possède 6. Elle rejette donc moins de tritium qu’avant l’accident…
En France, pays le plus nucléarisé du monde, le retour d’expérience du drame japonais se traduit par une multiplication de projets dits « post-Fukushima ». Ces exigences supplémentaires complexifient l’exploitation des réacteurs dans la durée et accroissent durablement les coûts d’investissement, désormais estimés à 49 milliards d’euros.
Le nucléaire devient également une variable d’ajustement des négociations politiques lors de la campagne présidentielle de 2012 : le Parti socialiste conclut alors un accord avec Europe Écologie Les Verts, prévoyant un abandon progressif de l’atome en échange de leur soutien. La puissance maximale du parc est plafonnée à 63,2 GW, avec l’objectif de ramener la part du nucléaire à 50 % du mix électrique et de fermer 14 réacteurs d’ici 2025.
Cette orientation, d’abord reportée à 2035, est finalement abandonnée par le Parlement, à l’exception de la fermeture de la centrale de Fessenheim, en Alsace (2 × 900 MW), décidée en anticipant la mise en service de l’EPR de Flamanville (1 650 MW).
Fukushima : quel impact réel sur l’environnement ?
In fine, le tsunami de 2011 et ses exploitations politiques ont entraîné un ralentissement mondial du développement du nucléaire. En remplaçant largement une source d’électricité bas carbone par des combustibles fossiles, ces décisions ont surtout généré un surplus inimaginable d’émissions de CO₂.
En France, la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim illustre ce paradoxe. Si le pays n’a pas relancé le charbon, l’arrêt de la centrale a conduit à accroître la production gazière et à réduire les exportations d’électricité décarbonée vers l’Allemagne et l’Italie, poussant ces voisins à recourir davantage aux centrales à gaz et à charbon. La SFEN estime le surplus annuel entre 6 et 10 millions de tonnes de CO₂. À l’époque, Fessenheim produisait à elle seule plus d’électricité bas carbone que l’ensemble du parc solaire national.
En Chine, le moratoire imposé juste après l’accident a retardé de plusieurs années la mise en service d’une capacité estimée à 22 GW. En suivant les estimations du Columbia Center on Global Energy Policy, les émissions additionnelles sur la période 2011–2024 pourraient largement atteindre plusieurs centaines de millions de tonnes.
Le recul a été encore plus marqué au Japon, où l’arrêt quasi total du parc a nécessité un recours accru aux importations de gaz et de charbon. Avec l’Allemagne, ils auraient émis 640 millions de tonnes de dioxyde de carbone supplémentaires entre 2011 et 2017. D’autres pays, comme les États-Unis ou le Vietnam, ont abandonné ou reporté des projets. Au total, ces émissions inutiles ont dépassé les 2,5 gigatonnes de CO₂ entre 2011 et 2024 — l’équivalent de huit années totales de la France, tous secteurs confondus.
Ce paradoxe climatique est d’autant plus frappant que ce ralentissement est survenu alors que l’urgence de la réduction des gaz à effet de serre devenait incontestable.
L’aube d’une renaissance
Depuis, le Japon a profondément réévalué sa politique énergétique. Après une refonte de sa stratégie de sûreté nucléaire et de longues enquêtes techniques, les réacteurs ont redémarré progressivement, un par un (15 sur 33 construits). Le pays envisage désormais la construction de nouvelles centrales. En 2022, Mitsubishi Heavy Industries a présenté le réacteur SRZ-1200, un modèle de génération 3+ de 1 200 MWe, intégrant pleinement le retour d’expérience de Fukushima — signe que la catastrophe a été analysée et intégrée par les autorités japonaises.
L’immaturité occidentale se fait quant à elle encore sentir : pour preuve, la bataille ardue pour faire reconnaître le nucléaire comme énergie verte auprès de la Commission européenne, en pleine crise gazière internationale. Il semble pourtant que nous soyons à la veille d’un changement de paradigme. En témoignent les propos de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, prononcés hier lors de l’ouverture du Nuclear Energy Summit, à Boulogne-Billancourt. Elle a rappelé qu’en « 1990, un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire ; aujourd’hui, ce n’est plus que proche de 15 % ». Avant d’ajouter : « Cette réduction […] a été un choix. Je crois que c’était une erreur stratégique pour l’Europe de tourner le dos à une source d’énergie fiable, abordable et à faible émission. » Un aveu bien tardif…
Cependant, les exigences techniques de sûreté mises en place après Fukushima continuent de peser sur les performances du parc nucléaire français, actuel comme futur, ainsi que sur celles du parc européen. Les nouveaux projets sont onéreux, longs et complexes à construire, et peu compétitifs. Après quinze années d’hystérie, il reste à espérer que la raison l’emporte sur le dogmatisme et l’instrumentalisation des peurs. Pour que le nucléaire puisse redevenir une énergie d’avenir et un levier majeur de la décarbonation.
C'est un virage à 180° qui s'opère au sujet du nucléaire. Hormis les pays comme la France qui ont continué à miser dessus au cours des trente dernières années, d'autres ont réduit la voilure, ou abandonné l'atome. Une « erreur stratégique », analyse aujourd'hui Bruxelles. Le temps de la remontée en puissance est venu.
Retiré sans motif public après avoir attiré plusieurs centaines de milliers de dollars, un pari de Polymarket sur une possible explosion nucléaire remet en lumière la place croissante des marchés liés aux conflits armés sur la plateforme de paris en ligne.
La France va-t-elle abandonner à l’Europe sa souveraineté nucléaire ? Certains veulent le faire croire. Pourtant, loin de renoncer à sa puissance, elle se pose au contraire en protectrice du continent. Une doctrine déjà esquissée sous de Gaulle.
Sur la base brestoise de l’île Longue, qui héberge les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la force de frappe française, Emmanuel Macron a prononcé, le 2 mars dernier, un discours sur la dissuasion nucléaire qui marque un changement d’ère. Alors que la menace russe se précise et que la protection américaine s’étiole, ses propos annoncent une européanisation de notre dissuasion nucléaire et un renforcement de notre arsenal atomique.
Partager le sceptre de la « monarchie nucléaire » française ?
Le spectre d’un partage avec d’autres pays européens de l’arsenal nucléaire français, voire de la décision de son emploi, a été agité par des responsables politiques de divers bords jusqu’à la veille de ce discours. Ces derniers ont pour la plupart feint d’être « rassurés » par l’absence d’annonce de ce partage, qui pourtant n’a jamais été réellement sur la table.
Au final, et suivant une doctrine constante, la décision d’utiliser le feu nucléaire reste entre les mains du seul président de la République française. Elle n’est ni partagée avec le chancelier allemand, ni transférée à la présidente (également allemande) de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, quoi qu’en disent certaines figures populistes.
À ce sujet, la France a une histoire singulière : nous sommes le seul pays au monde qui a vu son arsenal nucléaire influer sur les institutions politiques. L’une des justifications apportées par le général de Gaulle à son projet — abouti — de faire élire le président au suffrage universel direct était que celui-ci aurait la responsabilité d’employer le feu nucléaire. L’importance de la bombe à la tête de l’exécutif français a même conduit à parler de « monarchie nucléaire », expression que l’on pourrait aussi appliquer à la manière dont la France sacralise son statut de puissance dotée.
Monarque nucléaire par excellence, François Mitterrand soulignait que la « pièce maîtresse » de la dissuasion est le chef de l’État, le reste n’étant que « matériaux inertes ». C’est au président de la République d’apprécier en dernier ressort ce que sont les intérêts vitaux de la France, et s’ils sont atteints ou menacés.
S’il n’est nullement question de partager le sceptre nucléaire avec nos voisins européens, la question est de savoir dans quelle mesure leurs intérêts vitaux pourraient être liés à ceux de la France. Et donc si le territoire couvert par la dissuasion pourrait s’étendre.
Quelle dimension européenne à la dissuasion française ?
« La seule dissuasion certaine que puisse exercer l’Europe vient de ses propres forces nucléaires. C’est dire qu’aujourd’hui l’Europe tout entière est intéressée directement par la force nucléaire française […] Mais il convient d’observer d’abord que du seul fait que la France est en Europe, sa force joue pleinement et automatiquement au bénéfice de l’Europe, dont la défense est inséparable physiquement et géographiquement de la sienne propre, ce qui n’est pas le cas pour des forces, même alliées, extérieures au continent européen. »
Ces mots sont-ils ceux d’un Emmanuel Macron prenant prétexte, en 2026, des incertitudes entourant la protection américaine pour mieux européaniser la dissuasion nucléaire française, et trahir ainsi l’héritage gaullien ? Ou ceux d’une officine européiste cherchant à lier les intérêts vitaux de la France à ceux du reste du continent et l’entraîner dans une guerre contre la Russie ?
Ce sont en réalité ceux de Georges Pompidou, s’exprimant devant l’Assemblée nationale le 2 décembre 1964 comme Premier ministre. Et ce sous la présidence d’un Charles de Gaulle qui avait donné, la même année, instruction aux armées françaises de considérer que « la France doit se sentir menacée dès que les territoires de l’Allemagne ou du Benelux seraient violés ». On ne peut être plus clair.
La dissuasion nucléaire française a d’abord été pensée pour la protection du « sanctuaire » national, c’est-à-dire du territoire métropolitain. Mais comme le montrent les déclarations de de Gaulle, il était entendu sous la guerre froide qu’une invasion des voisins de la France par les divisions soviétiques constituerait une menace suffisamment grave pour que le nucléaire soit mis dans la balance au niveau continental.
Une idée perpétuée par les présidents suivants, y compris après la chute du mur de Berlin, comme en témoigne la déclaration franco-britannique de 1995 selon laquelle les intérêts vitaux des deux pays seraient nécessairement liés. François Hollande avait résumé ainsi cette dimension européenne de la dissuasion française post-guerre froide : « la définition de nos intérêts vitaux ne saurait être limitée à la seule échelle nationale, parce que la France ne conçoit pas sa stratégie de défense de manière isolée, même dans le domaine nucléaire. […] La France a en plus, avec ses partenaires européens, une solidarité de fait et de cœur. Qui pourrait donc croire qu’une agression, qui mettrait en cause la survie de l’Europe, n’aurait aucune conséquence ? »
L’idée que la dissuasion française dépasse le cadre de l’Hexagone est donc aussi ancienne que cette dissuasion elle-même. Mais le discours d’Emmanuel Macron apporte une nouveauté majeure : pour la première fois, la France s’ouvre à l’idée de déployer des armes nucléaires dans des pays alliés, et à ce que ces derniers puissent épauler notre pouvoir atomique par des moyens conventionnels (défense aérienne, dispositifs d’alerte avancés, etc.). Huit pays voisins ont déjà accepté cette proposition de partenariat : le Royaume-Uni, la Pologne — ce qui constitue une inflexion notable pour ce pays —, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède, le Danemark, et surtout l’Allemagne, signal encourageant après tant d’années de blocage et de mauvaise volonté en matière de coopération militaire.
La renucléarisation française, une première depuis la guerre froide
Les limites persistantes de la dissuasion française
Le nucléaire ne dissuade ni certaines menaces directes pour les Français (à commencer par le terrorisme), ni d’autres visant le pays dans son ensemble, comme pourrait le faire un conflit d’ampleur qui l’impliquerait sans menacer ses intérêts vitaux.
D’aucuns déplorent que le nucléaire serait devenu une nouvelle ligne Maginot, en référence à ce réseau de fortifications qui devait, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, protéger la France de l’invasion hitlérienne, et fut facilement contourné par la Wehrmacht.
À force d’avoir réduit ses capacités militaires conventionnelles, tant la survenue d’un conflit majeur paraissait hypothétique, la France pourrait pâtir d’un manque catastrophique de moyens dans un tel scénario, sans que le nucléaire entre en jeu.
C’est le piège du « tout ou rien ». S’il arrivait aux limites de ses capacités conventionnelles dans un conflit majeur, l’Hexagone se résoudrait-il à ne plus pouvoir se battre que de manière extrêmement limitée, ou se poserait-il la question d’un avertissement nucléaire ? On peut légitimement douter que nous soyons prêts à risquer la vitrification de Paris pour protéger Varsovie ou Tallinn. La seule manière de sortir de ce dilemme consiste donc à renforcer nos forces conventionnelles pour être capable de durer dans un conflit majeur.
Or ce n’est pas encore la direction choisie par les dirigeants français : faute de marges de manœuvre budgétaires, voire industrielles, ceux-ci n’ont pas encore engagé une massification des armées françaises, à la différence de l’Allemagne ou de la Pologne, qui enchaînent les commandes de blindés, canons ou encore systèmes de défense aériens. Si la France souhaite retrouver un leadership militaire en Europe à travers l’extension de son parapluie nucléaire, elle court un sévère risque de déclassement en ne revoyant pas le format de ses forces conventionnelles.
Si l’augmentation historique de l’arsenal nucléaire français a capté l’attention, le discours d’Emmanuel Macron prononcé le 2 mars 2026 à l'Île-Longue cache une autre révolution stratégique. Pour garantir la crédibilité de la menace nucléaire, le chef de l'État a insisté sur l'urgence de renforcer nos capacités conventionnelles. Détection spatiale, missiles hypersoniques, frappes en profondeur : décryptage.
Si l’augmentation historique de l’arsenal nucléaire français a capté l’attention, le discours d’Emmanuel Macron prononcé le 2 mars 2026 à l'Île-Longue cache une autre révolution stratégique. Pour garantir la crédibilité de la menace nucléaire, le chef de l'État a insisté sur l'urgence de renforcer nos capacités conventionnelles. Détection spatiale, missiles hypersoniques, frappes en profondeur : décryptage.
Métamorphoser l’agriculture en Afrique, mettre fin aux expériences médicales sur les animaux, lancer la première centrale à fusion, combattre la maladie de Lyme avec un champignon hallucinogène, supprimer la douleur et lutter contre la maladie de Parkinson… C’est parti pour Électroscope 16.
L’Éthiopie à l’aube d’une révolution agricole
Face aux caprices d’un climat de plus en plus imprévisible et à l’appétit vorace de ravageurs impitoyables, l’Éthiopie s’apprête à tourner une page décisive de son histoire agraire. Le pays de la Corne de l’Afrique entame la commercialisation à grande échelle du maïs TELA, une variété hybride OGM qui agit comme une véritable « bouée de sauvetage » pour les producteurs locaux. Il s’agit de la première culture vivrière transgénique destinée à la consommation humaine autorisée sur le territoire éthiopien.
Le feu vert, matérialisé par un permis environnemental d’une durée de dix ans, s’impose comme une réponse à une double menace qui asphyxie les petits exploitants du pays. D’une part, les épisodes de sécheresse qui frappent la région et déciment régulièrement les récoltes, menaçant la sécurité alimentaire d’une population dépendante de cette céréale de base. D’autre part, les champs éthiopiens sont le théâtre d’une invasion destructrice : celle de la chenille légionnaire d’automne. Ce nuisible redoutable a transformé la culture du maïs en un parcours du combattant, imposant aux agriculteurs des traitements chimiques onéreux et souvent hors de portée.
C’est sur ce front qu’intervient le maïs TELA. Fruit d’un partenariat public-privé coordonné par la Fondation africaine pour les technologies agricoles (AATF), cette variété hybride agit comme une forteresse biologique. Génétiquement repensée pour exprimer des protéines protectrices, elle offre une résistance innée contre ces insectes dévastateurs, tout en bénéficiant d’une forte tolérance au stress hydrique. En pratique, grâce à un gène issu de la bactérie naturelle Bacillus thuringiensis, ce maïs sécrète une substance qui détruit spécifiquement le système digestif de la chenille lorsqu’elle tente de le dévorer, tout en garantissant une innocuité totale pour l’homme, le bétail et les insectes pollinisateurs.
Alors que les semences sont déployées dans six grandes zones agro-écologiques du pays pour des démonstrations en plein champ, l’espoir renaît dans les campagnes. Les promesses agronomiques sont spectaculaires : en combinant la résistance à la sécheresse et la protection contre les insectes, les essais démontrent une capacité à préserver les récoltes là où le rendement s’effondre de 60 % chez les cultures classiques en conditions hostiles !
Avec cette initiative, l’Éthiopie emboîte le pas à d’autres nations pionnières du continent, à l’instar de l’Afrique du Sud, du Kenya et du Nigeria, affirmant ainsi sa volonté de s’appuyer sur les biotechnologies pour garantir sa souveraineté alimentaire.
Vers la fin des essais sur les animaux ?
Le rat de laboratoire est-il en passe de prendre sa retraite ? Longtemps considérée comme le passage obligé de la recherche biomédicale, l’expérimentation animale vit aujourd’hui une révolution silencieuse. Selon Nature, les études scientifiques portant sur sept principales maladies et s’appuyant exclusivement sur les « nouvelles approches méthodologiques » (NAM) sont désormais trois fois plus nombreuses que celles recourant encore aux modèles animaux…
Derrière l’acronyme NAM se cache un arsenal technologique de pointe : organes sur puce, organoïdes (des mini-organes cultivés en 3D), modélisation informatique et intelligence artificielle. Et si les préoccupations éthiques concernant le bien-être animal ont longtemps alimenté le débat, c’est aujourd’hui le pragmatisme scientifique qui précipite cette transition.
En effet, le modèle animal montre souvent d’importantes failles prédictives. Les statistiques sont cruelles : environ 86 % des médicaments expérimentaux validés chez l’animal échouent lors des essais cliniques sur les humains ! L’exemple de la septicémie est symptomatique : plus d’une centaine de traitements jugés prometteurs chez les rongeurs se sont révélés totalement inefficaces chez l’homme, trahissant un fossé immunologique insurmontable.
Face à cette impasse, la technologie moderne offre des substituts d’une précision inédite, capables d’imiter fidèlement la biologie humaine. Des dispositifs comme les « puces hépatiques » (de la taille d’une clé USB et tapissées de véritables cellules humaines) identifient la toxicité de nouveaux médicaments avec une fiabilité bien supérieure aux tests classiques. En parallèle, l’IA repousse les limites de la modélisation : le modèle AnimalGAN, par exemple, peut simuler avec justesse les réactions biologiques à des milliers de composés chimiques !
Convaincues par cette fiabilité accrue, les agences réglementaires mondiales, de la FDA américaine à la Commission européenne, adaptent leurs législations pour faire du test sur l’animal l’exception plutôt que la norme. La science médicale s’écrira de plus en plus « in silico ».
Une première centrale à fusion nucléaire en Bavière
Longtemps reléguée au rang de lointain mirage, la fusion nucléaire – cette promesse d’une énergie propre, sûre et inépuisable reproduisant le cœur des étoiles – est, semble-t-il, en passe de franchir le mur de la réalité industrielle. Preuve que l’écosystème énergétique mondial est en pleine ébullition, un accord sans précédent vient d’être scellé en février 2026 pour construire la toute première centrale à fusion commerciale d’Europe, en Allemagne.
Ce projet est porté par Proxima Fusion, une audacieuse start-up issue de l’Institut Max-Planck de physique des plasmas, qui a su rallier à sa cause le géant européen de l’énergie RWE et le Land de Bavière. Une première installation de démonstration, baptisée « Alpha », doit voir le jour à Garching dans quelques années pour prouver la capacité à générer un gain énergétique net. Elle laissera ensuite sa place à « Stellaris », centrale commerciale qui sera érigée sur l’ancien site nucléaire de Gundremmingen, la connectant directement au réseau électrique européen.
Pour réaliser cet exploit, Proxima Fusion parie sur la technologie du « stellarator », une architecture complexe d’aimants supraconducteurs qui permet de confiner le plasma à plus de 100 millions de degrés °C, avec une stabilité jugée supérieure à celle des célèbres réacteurs de type tokamak (comme celui d’ITER). Cet élan bénéficie d’un soutien financier majeur, la Bavière ayant acté un investissement potentiel de 400 millions d’euros pour propulser ce projet.
Surtout, cette annonce européenne spectaculaire s’inscrit dans une véritable frénésie mondiale. La quête de la fusion s’accélère sur tous les continents : aux États-Unis, les milliards affluent vers des poids lourds privés comme Commonwealth Fusion Systems, tandis qu’en Asie, la start-up chinoise Startorus Fusion vient tout juste de lever la somme record de 143 millions de dollars. L’Hexagone n’est pas en reste : la pépite grenobloise Renaissance Fusion, soutenue par le CEA et le plan France 2030, a obtenu 32 millions d’euros pour accélérer la conception de son propre stellarator. Partout, la domestication du feu stellaire n’est plus une question de « si », mais de « quand ». Mais surtout de déterminer qui sera le premier.
Une lueur d’espoir face à la maladie de Lyme
Transmise par les tiques, la maladie de Lyme est souvent guérie grâce à une simple cure d’antibiotiques. Un sujet ayant fait naître de nombreuses polémiques entre ceux qui considèrent l’existence d’une persistance de la maladie après traitement et le relatif consensus médical, qui pense que l’infection est bien éradiquée malgré la réactivation potentielle de certains symptômes. Mais pour ceux qui sont touchés par ce prolongement douloureux, c’est un véritable cauchemar qui s’installe dans la durée. Le syndrome post-traitement de la maladie de Lyme (PTLDS) se traduit par une fatigue écrasante, des douleurs articulaires chroniques et un « brouillard cognitif ». Face à une errance médicale démunie de traitements efficaces, une piste inattendue vient d’émerger des prestigieux laboratoires de l’université Johns Hopkins : la psilocybine.
Longtemps reléguée aux marges de la contre-culture (les « champignons magiques »), cet hallucinogène est en train de gagner ses lettres de noblesse cliniques. Une étude pionnière menée par Johns Hopkins sur 20 adultes souffrant d’un syndrome de Lyme post-traitement vient de livrer des résultats particulièrement encourageants.
Le protocole, encadré par un dispositif médical strict, a consisté à administrer cette molécule psychoactive lors de séances de psychothérapie assistée. Les conclusions sont frappantes : les chercheurs ont observé des bénéfices cliniques significatifs, mais aussi et surtout durables. Les patients ont rapporté une amélioration globale de leur qualité de vie, une baisse de l’anxiété et de la détresse psychologique liées à la chronicité de leur état, ainsi qu’une meilleure gestion de la fatigue et de la douleur physique, et ce bien au-delà de la phase active du traitement.
Si les mécanismes biologiques précis exigent encore d’être affinés, les scientifiques estiment que la psilocybine favorise sans doute la neuroplasticité. Elle permettrait donc au cerveau de « réinitialiser » certains réseaux neuronaux dysfonctionnels, brisant la boucle infernale de la sensibilisation centrale à la douleur et de la détresse qui emprisonne les malades.
Bien qu’il s’agisse d’une cohorte restreinte appelant à la réalisation de futurs essais cliniques de grande ampleur, cette avancée est majeure. Elle prouve que la « renaissance psychédélique » ne se cantonne plus aux seuls troubles psychiatriques (comme la dépression ou le stress post-traumatique), mais qu’elle pourrait bien détenir la clé de pathologies somatiques complexes.
Une « éponge » cellulaire pour absorber la douleur
La prise en charge de la douleur chronique est l’un des plus grands défis de la médecine. Jusqu’à présent, l’approche médicale a privilégié les opioïdes, avec tous leurs avantages, mais aussi leurs inconvénients : effets secondaires, accoutumance, épidémie d’overdoses à l’échelle mondiale, etc. Cherchant une alternative, la biotech SereNeuro Therapeutics vient de dévoiler une approche radicalement novatrice : neutraliser la douleur à la source, grâce à la biologie.
Leur percée repose sur un concept ingénieux. Plutôt que d’essayer d’éteindre le signal de la douleur une fois qu’il a atteint le cerveau, ces chercheurs ont créé une « éponge à douleur ». Le processus débute en laboratoire, où des cellules souches sont minutieusement cultivées et programmées pour se différencier en neurones sensoriels spécialisés dans la détection des signaux de la douleur.
Ils sont dotés d’une surface saturée de récepteurs ultrasensibles aux molécules inflammatoires. Une fois injectées ou appliquées sur une zone douloureuse (comme une articulation rongée par l’arthrose ou un nerf lésé), ces cellules agissent comme des leurres magnétiques. Telles des éponges biologiques, elles « absorbent » et capturent les médiateurs inflammatoires avant même que ceux-ci n’aient le temps de se lier aux nerfs du patient.
Le résultat préclinique obtenu est fascinant : privé de son carburant inflammatoire, le signal douloureux n’est tout simplement jamais transmis à la moelle épinière ni au cerveau. La douleur n’est plus ressentie. Cette stratégie thérapeutique d’avant-garde, si elle est confirmée par les essais cliniques, ouvrirait des perspectives pour les millions de personnes souffrant de neuropathies ou de rhumatismes chroniques.
Et si la maladie de Parkinson était durablement vaincue ?
En juillet 2024, une vidéo touchante a fait le tour du monde : Damien Gath, un Britannique de 52 ans diagnostiqué avec la maladie de Parkinson depuis 2012, y apparaît tremblant violemment en tentant de préparer un simple café. Quelques jours plus tard, après avoir reçu pour la première fois un médicament, le Produodopa, le même geste devient fluide, presque naturel. Sa femme avait filmé la différence avant/après, révélant un changement spectaculaire : les tremblements, réduits de plusieurs heures par jour à quelques minutes ; les douleurs, atténuées ; le sommeil, retrouvé ; et la possibilité de reprendre des activités ordinaires. Ce traitement, administré en continu via une petite pompe portable et une perfusion sous-cutanée, a marqué un tournant pour ce patient, premier dans les East Midlands à en bénéficier, et a popularisé cette innovation auprès du grand public.
Produodopa (ou Vyalev aux États-Unis) est une combinaison qui fournit en permanence une forme soluble de lévodopa – qui se transforme en dopamine dans le cerveau – associée à un inhibiteur pour prolonger son effet. Contrairement aux comprimés, qui provoquent des pics et des chutes, cette infusion stabilise les niveaux de dopamine, atténue les fluctuations motrices brutales, diminue les périodes invalidantes, les dyskinésies et améliore souvent le sommeil et la qualité de vie globale.
Depuis cette vidéo virale, le traitement a connu un déploiement rapide et des avancées confirmées. Mais la grande nouveauté est que le traitement bénéficie, depuis quelques semaines, d’une couverture Medicare, rendant l’accès plus large pour les patients éligibles.
L’autre nouveauté vient de la publication de l’étude observationnelle ROSSINI, dont les résultats intermédiaires montrent, en conditions de vie réelle, des améliorations stupéfiantes pour les patients, mesurées par des échelles validées. Une extension à long terme de l’étude se poursuit depuis le début de l’année pour évaluer les effets du médicament sur le temps long. Aujourd’hui, il s’impose comme une option intermédiaire précieuse entre les traitements oraux classiques et les approches plus invasives, comme la stimulation cérébrale profonde.
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Dans le film culte Wargames, un supercalculateur menaçait de lancer une guerre nucléaire. En 2026, la réalité dresse un constat tout aussi plus inquiétant : placées aux commandes de simulations géopolitiques, les intelligences artificielles de pointe comme GPT-5.2 ou Gemini 3 Flash choisissent l'escalade atomique dans 95 % des cas.
Dans le film culte Wargames, un supercalculateur menaçait de lancer une guerre nucléaire. En 2026, la réalité dresse un constat tout aussi plus inquiétant : placées aux commandes de simulations géopolitiques, les intelligences artificielles de pointe comme GPT-5.2 ou Gemini 3 Flash choisissent l'escalade atomique dans 95 % des cas.
En marge du sommet de New Delhi, le PDG d’OpenAI a justifié la consommation énergétique de l’IA en la comparant à celle d’un être humain, tout en qualifiant de « fausses » les affirmations sur la consommation d’eau de ChatGPT.
Le rapport tant attendu d’EDF sur la modulation du parc nucléaire est enfin là. Le diagnostic industriel est impeccable et nous rappelle que le nucléaire n’échappe pas aux lois de la physique. L’analyse économique, en revanche, ressemble à un bilan comptable où l’on aurait oublié la colonne « recettes ». Plusieurs centaines de millions d’euros manquent à l’appel. Et avec eux, la clé d’un débat que la France ne peut plus se permettre de bâcler.
C’est un document que le monde de l’énergie attendait depuis des mois. La PPE3 vient d’être publiée au Journal officiel, la France affiche l’ambition de porter sa production décarbonée à 70 % de la consommation finale en 2035, et la question du coût réel de chaque filière est devenue le nerf de la guerre politique. Dans ce contexte, EDF met sur la table son rapport sur la modulation du parc nucléaire. Un sujet central et mal compris, qui touche à l’avenir de nos 57 réacteurs, au déploiement des renouvelables, et — c’est là que ça vous concerne — au prix que vous payez chaque mois pour allumer la lumière.
Le document est sérieux. Rigoureux. Mais à sa lecture, une question s’impose : pourquoi un rapport de cette ampleur oublie-t-il de chiffrer ce que la modulation rapporte ?
Le yoyo nucléaire
La modulation, c’est le fait pour EDF de réduire la puissance de ses réacteurs quand une alternative existe sur le réseau ou que celui-ci n’a pas besoin de toute leur production. Le phénomène a toujours existé — la nuit, on baisse le régime. Mais il a changé d’échelle. En 2010, EDF a modulé 13 TWh. En 2025, 33 TWh. En 2028, on pourrait dépasser 42 TWh — soit la moitié de la consommation électrique annuelle de la Belgique.
La raison tient en un triptyque : soleil, vent et consommation atone. Avec la montée en puissance du photovoltaïque, un nouveau creux de production est apparu entre 11 h et 17 h. Les panneaux solaires inondent le réseau en pleine journée, et le nucléaire doit baisser le régime. Paradoxe de l’histoire : le parc français sait moduler depuis plus de trente ans — c’est même une de ses spécificités mondiales, longtemps présentée comme une fierté nationale. Mais ce qui était décrit comme une routine sans impact revient sur le devant de la scène avec l’augmentation de son amplitude et de sa fréquence. À la baisse nocturne classique s’ajoute désormais cette sieste forcée de l’après-midi. En face, la consommation reste en berne : selon RTE, elle demeure inférieure d’environ 6 % — soit 30 TWh — à ses niveaux moyens de la période 2014-2019, pour la troisième année consécutive. Trop de production, pas assez de demande : l’équation de la modulation est posée. C’était d’ailleurs la même équation à la fin des années 1990, qui avait mené à des niveaux historiquement élevés de modulation (51 TWh en 1994). On s’en émouvait peu, confiant dans la croissance à venir de la consommation.
Le rapport d’EDF documente méticuleusement ce que cela coûte au parc : usure accélérée des turbines, des alternateurs, des systèmes de contrôle. Surcoûts de maintenance pouvant atteindre plusieurs centaines de millions d’euros par an. Désorganisation des plannings d’équipes. Faire danser le tango à un valseur, ça laisse des traces sur les articulations.
Précision essentielle : tout cela se fait dans le strict respect des règles de sûreté. On ne négocie pas avec la sûreté. Le rapport est clair là-dessus, c’est sa première vertu.
La colonne manquante
Sa seconde vertu, paradoxalement, c’est de révéler ce qu’il ne dit pas. Le rapport présente la modulation presque exclusivement comme un coût. Comme si EDF, les jours de grand soleil ou de faible consommation, n’avait le choix qu’entre produire à perte ou moduler pour limiter la casse. Or la réalité est tout autre. La production nucléaire d’EDF n’est pas vendue uniquement au jour le jour. Elle est très majoritairement commercialisée en avance : sur les marchés à terme, via l’ARENH (jusqu’à fin 2025), ou dans le cadre de contrats avec des clients industriels ou résidentiels. Le prix est fixé des mois, parfois des années avant la livraison.
Quand EDF module un réacteur un mardi à 14 h, l’engagement de livraison qu’il avait pris n’a pas disparu. Pour l’honorer, EDF rachète l’énergie sur le marché spot plutôt que de la produire. Et c’est précisément à ce moment-là que le spot est au plancher : entre 0 et 20 €/MWh, parfois même négatif : 508 heures en 2025, soit 5,8 % du temps.
La différence entre le prix de vente à terme et le prix de rachat spot, c’est un gain. Net. Mécanique. Sur plus de 30 TWh de modulation annuelle, ce différentiel représente potentiellement plusieurs centaines de millions d’euros de marge.
Et ce gain est totalement absent du rapport. Tout comme le gain provenant de la maximisation de la disponibilité nucléaire en hiver, autre raison d’être de la modulation.
Le vrai sujet est ailleurs
Comprenons-nous bien : il ne s’agit pas de dire que la modulation est une bonne affaire sans nuance. Les surcoûts industriels sont réels, documentés, et le bilan net — gains d’arbitrage moins coûts de maintenance — reste à établir rigoureusement. C’est justement le travail qu’on attendrait d’un tel rapport. Mais l’absence de cette mise en balance crée une distorsion dans le débat public, en laissant croire uniquement à une perte sèche liée à une sous-production imposée, qui aurait en plus des impacts sur le vieillissement du matériel. Si la modulation n’est présentée que comme un tribut que le nucléaire paie aux renouvelables, la conclusion politique coule de source : il faut freiner les ENR pour protéger le nucléaire, car cela coûte trop cher. Raisonnement séduisant. Surtout incomplet. Car si on regarde les ordres de grandeur, il est probable que le vrai impact économique des ENR sur EDF dépasse largement le sujet de la modulation. Il passe par les prix à terme.
Le mécanisme est implacable : plus les renouvelables se déploient, plus elles tirent les prix de gros vers le bas. Et quand les prix à terme baissent, ce sont les revenus futurs de tout le parc nucléaire qui fondent. Depuis la fin de l’ARENH et l’absence de nouvelle régulation du nucléaire — « la nouvelle régulation du nucléaire, c’est le marché », ont indiqué les pouvoirs publics en 2023 —, EDF est directement exposé à ces baisses de prix.
Cet effet-là ne se compte pas en centaines de millions. Il se compte en milliards d’euros par an. C’est lui, l’éléphant dans la pièce. Pas la modulation.
Et maintenant, on fait quoi ?
Il serait facile de s’arrêter là, sur un constat amer. Cette histoire contient pourtant une excellente nouvelle. Si le bilan net de la modulation s’avère moins défavorable qu’on le présente — voire positif certaines années —, cela signifie que le système électrique français est plus résilient et plus intelligent qu’on ne le croit. L’arbitrage entre production nucléaire et rachat sur un marché spot déprimé par les ENR, c’est de l’optimisation. Jusqu’en 2024, cela ne semblait gêner personne.
Mais pour que cette bonne nouvelle serve à quelque chose, il faut que toutes les cartes soient posées sur la table. Toutes. Les coûts industriels comme les gains d’arbitrage. Les surcoûts de maintenance comme les marges de rachat. Et la répartition de la valeur entre l’exploitant et le consommateur. C’est à cette condition que la France pourra sortir de la guéguerre stérile entre pro-nucléaires et pro-renouvelables, qui monopolise le débat énergétique depuis trop longtemps. Car derrière cette querelle de chapelles se cache un dossier qui fâche, mais qui devient incontournable : ne faut-il pas, enfin, donner au parc nucléaire historique la sécurité financière et la visibilité dont il a besoin ? Ce parc est l’allié de tout le monde, parce qu’il est d’abord l’allié, de par sa compétitivité, d’une hausse de consommation que l’on appelle tous de nos vœux. Un prix garanti sur quinze ans — via un CfD, un contrat pour différence — lui permettrait de planifier sereinement ses investissements tout en l’incitant à produire au maximum, dans l’intérêt de tous.
Sécuriser l’avenir du parc nucléaire historique, c’est mettre ce sujet derrière nous. C’est aussi — et surtout — se donner les moyens d’entamer sereinement les discussions qui comptent vraiment : celles sur les coûts du futur. Comment garantir au consommateur et à l’industriel une électricité compétitive sur la durée ? Ces questions-là méritent mieux qu’un rapport borgne. Elles méritent un débat éclairé. Et un débat éclairé commence par des chiffres complets.
Une bombe au domicile d’un ingénieur : vendredi 13 février, l’écoterrorisme antinucléaire a franchi un point de non-retour. En s’attaquant à ce qui répond à leur peur des déchets, ces activistes tombent le masque : ils ne veulent pas de solution. La science est donc leur ennemie.
Le nucléaire est à nouveau l’énergie favorite des Français et bénéficie d’un soutien majoritaire et consensuel dans les urnes et au Parlement. Malgré tout, une nébuleuse radicale et violente s’efforce d’entraver par tous les moyens l’avancement des projets d’infrastructure autour de l’atome. Sont-ils de vertueux irréductibles gaulois protégeant la planète ou de dangereux extrémistes ?
Une nouvelle bombe (anti)nucléaire
La réponse à cette question a été donnée le 25 janvier dernier. Ce jour-là, un groupuscule sans nom décide de passer à l’action, fidèlement aux termes de son appel « pour un printemps noir en 2026 » contre « CIGEO [Centre Industriel de stockage GEOlogique], le nucléaire, et son monde de merde ! » (sic). Soit le projet d’enfouissement géologique profond des déchets radioactifs les plus dangereux, prévu à environ 500 m de profondeur dans une couche d’argile près de Bure (Meuse/Haute-Marne).
Deux semaines plus tard, un engin explosif artisanal est retrouvé et désamorcé au domicile d’un ingénieur de l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) qui pilote le projet. Un article de revendication est publié le lendemain et signé par une mystérieuse « Commission Informelle pour la Promotion des Contes d’hiver qui Finissent Bien ». Le conte d’hiver en question étant la vie du pauvre ingénieur.
CIGEO est l’énième victime du rejet maladif de toute solution de développement industriel et technologique, particulièrement quand il concerne le nucléaire, brandi au nom du sacro-saint principe de précaution et du tristement incompris « le risque zéro n’existe pas ». Cette fronde est d’autant plus absurde que cette infrastructure a tout pour plaire aux écologues rationnels : on réduit le déchet à la source par la séparation des matières recyclables des matières inutiles et dangereuses. Puis, on concentre et stabilise ces dernières dans des contenants adaptés et durables que l’on sépare de la biosphère, le temps que les matières voient leur danger naturellement baisser par la décroissance radioactive, le tout dans une zone géologique sans intérêt (ni matériaux à miner, ni hydrocarbures, ni géothermie). Mais cette solution, fruit d’un consensus scientifique, se heurte à l’entêtement d’écologistes qui, reprenant la fausse antienne de notre « incapacité à gérer les déchets radioactifs », notamment portée par Nicolas Hulot, n’ont qu’une réelle idée en tête : fermer les centrales électronucléaires. D’où leur préférence pour le stockage en surface, plus dangereux et plus anxiogène, mais permettant de servir leur cause et de leur permettre de dénoncer, comme Greenpeace, cette « montagne de déchets ».
Déchets nucléaires : la Terre a déjà trouvé la solution
Malgré tous les avantages du projet et le sérieux technique, réglementaire, législatif qui le caractérise, Bure est le centre d’une lutte symbolique, traditionnelle des milieux anarchistes et écologistes radicaux d’Europe de l’Ouest. Dès l’annonce des 4 sites potentiels pour l’étude du stockage géologique, des groupes se sont organisés pour occuper les zones. Depuis, les débats publics donnent lieu à des pugilats et à des captures des échanges par des militants déterminés à empêcher le projet de progresser. L’ANDRA suit malgré tout les procédures et s’adapte, y compris dans sa communication, aux inquiétudes des riverains et des opposants.
L’adaptation du projet et les avancées dans la compréhension des problématiques techniques via un laboratoire souterrain permettent de passer un à un les jalons réglementaires auprès de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, mais chaque avancée entraîne une radicalisation des militants. Les affrontements avec les forces de l’ordre sont réguliers et des occupations du terrain, prévues sur le modèle des Zones à défendre (ZAD), sont menées à la gare désaffectée de Luméville, achetée en 2007, pour bloquer l’accès des trains de colis au site. Des actions dont l’illégalité a été prononcée en octobre 2025. D’autres contestations sont menées au bois Lejuc, d’où part en 2017 un cortège de 37 activistes qui saccagent et incendient un hôtel-restaurant accueillant des salariés de l’ANDRA.
La bascule entre la dégradation des biens et l’attaque sur les personnes est un phénomène connu de l’histoire du nucléaire européen. Le tout premier chantier du plan Messmer, Fessenheim, a été attaqué par une bombe, en 1975 ; moment vécu comme fondateur dans l’histoire de l’écoféminisme en France par la participation de Françoise d’Eaubonne, membre du MLF.
Le programme nucléaire est ponctué de manifestations massives, de sabotages et d’incendies d’équipements de construction, culminant avec l’attentat contre le PDG historique d’EDF, Marcel Boiteux, qui voit sa maison en partie soufflée par une puissante explosion en 1977. Puis avec une attaque au lance-roquettes sur le chantier de Superphénix, Creys-Malville étant au cœur de la montée de la culture du militantisme antinucléaire, tout comme Plogoff et le Carnet, dont des représentants entreront au gouvernement avec la gauche plurielle. Avec pour conséquence l’arrêt du programme de construction de nouveaux réacteurs et la fermeture anticipée de Superphénix en 1997.
Pourtant, le nucléaire est à ce jour l’application la plus poussée du principe fondamental de l’énergie : à conditions logistiques équivalentes, plus la source initiale est dense, moins elle présente d’inconvénients. On est passé du bois au charbon car il était 2,25 fois plus énergétiquement dense, puis du charbon au pétrole pour les mêmes raisons, et du pétrole au nucléaire, dont la densité est, elle, 1 million de fois supérieure à celle de son prédécesseur.
Grâce à cette densité, la France, pays le plus nucléarisé du monde, ne consomme que 7 000 tonnes d’uranium par an pour produire 70 % de son électricité. Par ailleurs, l’atome est la seule filière industrielle qui s’embête à traiter intégralement les déchets qu’elle produit afin de s’assurer de l’absence d’effet sur la population bénéficiant de sa production. Heureusement d’ailleurs. Les déchets nucléaires ne pouvant être ignorés, comme le sont hélas les polluants atmosphériques ou les gaz à effet de serre, puisqu’ils sont à l’état solide, donc impossibles à répandre de manière non risquée dans la biosphère.
D’où l’idée de la solution de stockage souterrain durable de CIGEO, rendue indispensable du fait de l’intensité de la radioactivité des déchets et de leur longue vie. Celle-ci allant de 31 ans (la demi-vie du césium-137) à plusieurs millions d’années pour ceux de haute activité (issus des combustibles usés).
Bâtir ce centre de stockage géologique est l’aboutissement d’un long processus législatif. Il est issu de la loi Bataille de 1991 qui a ordonné des recherches extensives pour trouver une solution pour 2006 parmi 3 propositions : le stockage géologique profond, l’entreposage temporaire en surface et la transmutation (soit la transformation des radionucléides les plus durablement dangereux en isotopes beaucoup moins radioactifs). En juin 2006, après la construction d’un laboratoire souterrain à Bure, il est acté que le stockage géologique profond sera la référence pour la France. Ses modalités sont précisées par le Plan National de Gestion des Matières et Déchets Nucléaires (PNGMDR) de 2016, bien loin du mythe du nucléaire antidémocratique.
Comme nous l’avons vu, CIGEO est rendu possible du fait de la fantastique densité de l’énergie nucléaire. Il contiendra la totalité des déchets HA produits depuis le début du nucléaire civil en France, avec le parc actuel, et ceux qui le seront jusqu’en 2130. Soit 10 000 m³ de colis de déchets coulés dans du verre pour plusieurs dizaines de milliers de TWh produits, évitant l’émission de plusieurs milliards de tonnes de CO₂. Le choix naturel de la conception de CIGEO se porte sur des galeries souterraines, creusées à 500 m de profondeur en dessous d’une couche d’argile étanche au sein d’une zone géologique stable et dépourvue de toute ressource naturelle. Elles sont associées à des installations de support en surface permettant d’insérer ou de retirer les colis de déchets jusqu’en 2130, au moment où le site sera scellé et simplement surveillé sans aucune intervention.
Le confinement à long terme des déchets est basé sur une véritable matriochka de barrières : le verre qui contient les déchets, l’acier inoxydable qui contient le verre, l’alvéole en béton qui contient le colis et la couche géologique dans laquelle est creusée l’alvéole. CIGEO est donc capable de garder confinés les éléments radioactifs les plus volatils comme le chlore ou l’iode suffisamment longtemps pour qu’ils aient terminé leur décroissance naturelle en arrivant à la surface.
Et combien va coûter aux caisses publiques cette folie de sur-ingénierie ? Assez peu en réalité. Car la loi de juin 2006 ordonne aux exploitants de préparer un fonds d’investissement dédié au financement du projet, via un surcoût de 1 centime par kWh vendu, et intégré au bilan financier public d’EDF. Déjà 10,4 milliards d’euros ont été réunis pour un coût estimé de 26 à 37 milliards sur toute la période d’exploitation du site. Si seulement il était possible de financer d’autres politiques publiques par l’investissement et l’utilisation des intérêts composés…
Malheureusement, tout ceci ne suffira pas à contenter les opposants. Le projet ne sera jamais assez beau : en contestant si violemment CIGEO, ils confirment que leur but n’est pas la préservation de la santé publique ou de l’environnement, mais de conserver un symbole puissant de la lutte contre l’atome.
Dix ans de dépenses, de subventions et de choix énergétiques viennent d’être présentés avec la Programmation pluriannuelle de l’énergie. Un catalogue paradoxal cédant aux désirs des opérateurs. Hélas, le réel va présenter l’addition. Et elle sera salée.
Vous avez peut-être raté l’info, noyée entre deux polémiques sur les cancers et un énième rebondissement judiciaire. La France vient de présenter sa feuille de route énergétique pour les dix prochaines années : la PPE3. Un sujet qui devrait constituer le cœur du débat politique de cette fin de quinquennat et du prochain. Même si rien n’est moins sûr, hélas.
Elle était attendue depuis deux ans, et a été sans cesse repoussée sur l’autel de l’instabilité politique. Mais voilà ! Nous y sommes. Notre PPE3 a enfin été dévoilée par Sébastien Lecornu et aussitôt publiée au Journal officiel. Elle prétend fixer un cap clair de souveraineté énergétique. Elle vise une forte réduction de la dépendance aux énergies fossiles et une augmentation de la production électrique décarbonée. L’objectif ? La porter à 60 % de la consommation finale en 2030 et 70 % en 2035. Le document, à rebours de la précédente PPE qui souhaitait la fermeture de 14 réacteurs nucléaires, place l’atome au cœur de la stratégie présentée, avec l’optimisation du parc existant de 57 réacteurs pour atteindre 380 à 420 TWh dès 2030. Une bonne chose, même si elle souligne une certaine incohérence d’une décennie l’autre, et s’avère économiquement peu compatible avec l’autre grosse annonce dans ce domaine. À savoir, la confirmation de la construction de six EPR2 et la possibilité de lancer huit réacteurs supplémentaires dans le courant de l’année. Quand on aime on ne compte pas… tragique erreur. Parallèlement, notre PPE prévoit une poursuite raisonnée du développement des énergies renouvelables terrestres, avec des objectifs revus à la baisse par rapport aux versions antérieures : environ 48 GW de solaire photovoltaïque en 2030 et 55-80 GW en 2035 et un développement mesuré de l’éolien terrestre privilégiant la remotorisation, ainsi qu’un maintien de la croissance de l’éolien offshore.
Bref, un texte qui, derrière les objectifs affichés, semble surtout très politique, tant il veut donner des gages à tout le monde. Qu’importent les évidents paradoxes de la démarche. D’autant qu’elle ne répond ainsi pas aux plus pressantes urgences en matière de stratégie énergétique que représentent les questions du coût, de la demande et de la consommation. On se retrouve alors face à une bataille de chiffres entre pro-nucléaires et pro-renouvelables. Combien d’EPR2 ? Combien d’éoliennes ? Quelle puissance installée en 2035 ? On croirait un concours de gigawatts.
Pendant ce temps, un éléphant se promène tranquillement au milieu de la pièce. La France dépense chaque année environ 60 milliards d’euros pour acheter du pétrole, du gaz et du charbon à l’étranger. Soixante milliards qui partent chaque année en fumée — au sens propre du terme.
Et personne, dans ce grand débat sur les capacités, ne semble s’attaquer frontalement au seul sujet qui compte, soit : comment éviter cette dépense colossale en s’exemptant de ces importations ?
Le problème avec les gigawatts
Une situation découlant d’une erreur tentante — à laquelle nos dirigeants succombent depuis des décennies : croire qu’il suffit de planifier l’offre pour que la demande suive. Or c’est faux…
Prenez votre propre cas. Vous chauffez votre maison au gaz. Votre chaudière fonctionne parfaitement. Pour que vous passiez à une pompe à chaleur électrique, de quoi avez-vous besoin ? Qu’on vous montre un beau graphique de puissance installée en 2050 ? Ou qu’on vous prouve, facture en main, que l’électricité sera durablement moins chère que le gaz ? La réponse est facile.
C’est la même chose à l’échelle industrielle. Quand ArcelorMittal, Lafarge ou n’importe quel autre chimiste décide du lieu d’implantation de sa prochaine usine — ou s’il électrifie ses fours — il compare les coûts énergétiques, pays par pays. Pas la qualité rédactionnelle des communiqués de presse.
Or, et c’est là où le constat pique : la demande française d’électricité stagne. L’industrie temporise. L’électrification des procédés avance au ralenti. Les relocalisations tant promises restent, pour beaucoup, à l’état de vœux pieux.
La raison n’est pas mystérieuse. Tant que le mégawattheure électrique n’est pas clairement, avec visibilité et structurellement plus attractif que le gaz, personne ne bougera. Ni les industriels, ni les ménages. Décarboner à coups de PowerPoint n’a jamais permis de faire baisser une facture.
Le trésor qu’on gaspille
Regardons les choses en face. La France a un avantage colossal, envié par la plupart de ses voisins : un mix de production d’électricité déjà décarboné.
Elle le doit à un parc nucléaire existant, très largement amorti, les centrales ayant été payées il y a des décennies. Mais aussi à son renouvelable installé, dont le coût marginal est quasi nul : une fois l’éolienne ou le panneau solaire posé, chaque MWh supplémentaire est presque gratuit. Et enfin, à un système électrique globalement exportateur. Rappelons que si la France vend régulièrement du courant à ses voisins, l’inverse est très rare.
Nous ne sommes pas l’Allemagne de 2022, qui fermait ses centrales nucléaires tout en brûlant frénétiquement du lignite pour compenser. Nous ne sommes pas davantage le Royaume-Uni, qui jongle avec un réseau vieillissant. Notre chance est d’avoir les cartes énergétiques en main.
La question se pose donc : pourquoi ne jouons-nous pas cette main ?
Le débat se focalise sur les investissements futurs — nouveaux EPR, nouvelles fermes éoliennes — et semble oublier une question beaucoup plus immédiate : tire-t-il le meilleur parti de ce que nous possédons déjà ?
Le coût affiché du parc nucléaire existant intègre des investissements futurs massifs (le Grand Carénage, les programmes de prolongation), des exigences de sûreté renforcées — légitimes — et des méthodologies comptables très prudentes. Si prudentes, parfois, qu’un parc amorti finit par apparaître artificiellement coûteux.
Soyons clairs : la sûreté nucléaire n’est pas un paramètre ajustable. On ne négocie pas avec la physique. Mais la manière dont on traduit nos atouts en signal économique relève en revanche d’un choix politique. Or, aujourd’hui, ce choix nous dessert. Un parc amorti devrait être une arme commerciale. Pas une ligne comptable anxiogène.
Construire, oui — mais pas n’importe comment
Aucune personne sérieuse ne conteste la nécessité de renouveler le parc nucléaire à terme, comme d’investir dans de nouvelles capacités et de préparer l’outil industriel de la prochaine génération. La question n’est pas si, mais quand et dans quel ordre.
La France de 2025 n’est pas celle de 1973. Nous ne faisons pas face à un risque de pénurie imminente. Nous n’avons pas besoin de construire dans l’urgence. Nous devons construire pour accompagner une montée en puissance de la demande. Mais ce phénomène aura seulement lieu si notre électricité est compétitive.
C’est un cercle, et il peut être vicieux ou vertueux.
Il sera vicieux si on lance des chantiers pharaoniques. On alourdira alors le système de coûts fixes, renchérissant l’électricité, provoquant une fuite des industriels, une stagnation de la demande et l’obligation de faire tourner les centrales en sous-régime. Flamanville, quand tu nous tiens…
Notre cercle épousera en revanche la vertu si on commence par rendre l’électricité existante imbattable. De quoi faire décoller la demande, permettre le lancement d’investissements au bon moment, et amener les nouvelles capacités en face de clients prêts à consommer. La filière se structure, les coûts baissent.
Le vrai courage politique
La PPE3 semble parfois guidée par une nostalgie — celle du grand volontarisme industriel, du moment où de Gaulle (ou Messmer, au choix) décidait d’une trajectoire voyant le pays suivre sans broncher… ou presque.
Ce monde n’existe plus. Le capital est mondial et mobile. Les finances publiques françaises sont dans un état qui interdit les paris à 100 milliards sans filet. La concurrence entre pays pour attirer les usines se joue à quelques centimes par kWh.
Le vrai courage, ce n’est pas d’annoncer des gigawatts depuis un pupitre — qu’il soit à Belfort ou à l’Élysée. C’est de poser la question qui dérange : comment rend-on l’électricité française suffisamment attractive pour que toute l’économie ait intérêt à basculer ?
Cela veut dire revoir la régulation. Revoir le signal tarifaire. Assumer que le parc existant est un avantage à exploiter, pas un héritage embarrassant. Et séquencer les investissements nouveaux en fonction de la demande réelle, pas du calendrier politique.
Si nous réussissons cela, la demande viendra. Les industriels investiront. L’électrification des transports, du chauffage, des usines cessera d’être un objectif sur un slide pour devenir une réalité économique. Et les 60 milliards d’importations fossiles commenceront enfin à fondre.
Alors oui, construire de nouvelles capacités aura tout son sens.
Sinon, nous aurons planifié l’offre. Mais pas créé le mouvement.
Dans cet article, dont vous retrouverez la version thread Twitter ci-après, je vous propose une petite rétrospective maison du processus réglementaire et scientifique de la gestion des déchets radioactifs aujourd’hui dédiés au stockage géologique : ceux de haute activité ainsi que ceux de moyenne activité à vie longue. Pourquoi ? Parce que les politiques, décennies après décennie, n’ont eu vocation qu’à repousser la prise de décision, comme vous allez pouvoir le constater, et donc nourrir la fausse idée selon laquelle on ne saurait « pas gérer les déchets radioactifs »…
Bien, bien… J'ai de la lecture pour vous ce soir. Un nouveau #thread sur la gestion des #déchets#radioactifs les plus crachou de la filière #nucléaire…
Si le format vous rebute, je mettrai tout ça sur mon blog dans le courant du week-end.
Le Parlement demande au CEA, au CNRS et à l’ANDRA d’étudier diverses solutions pour gérer au long terme les déchets les plus radioactifs. La feuille de route leur donne 15 ans pour rendre leur copie. On se référera à ce point de départ comme la « Loi Bataille », et Alexis a quelques anecdotes à son sujet.
Les discussion vont bon train, et après deux lectures et une CMP, le projet de loi est adopté le 18 décembre 1991. Elle sera connue sous le nom de Loi Bataille. Et puisqu'on va troller des insoumis, intéressons nous à la discussion au Sénat.https://t.co/uE4PmeREkO
L’article 4 de cette loi est celui qui nous intéresse ici.
« Le Gouvernement adresse chaque année au Parlement un rapport faisant état de l’avancée des recherches sur la gestion des déchets radioactifs à haute activité et à vie longue et des travaux qui sont menés simultanément pour :
la recherche de solutions permettant la transmutation des éléments radioactifs à vie longue présents dans ces déchets ;
l’étude des possibilités de stockage réversible ou irréversible dans les formations géologiques profondes, notamment grâce à la réalisation de laboratoires souterrains ;
Ce rapport fait également état des recherches et des réalisations effectuées à l’étranger.
À l’issue d’une période qui ne pourra excéder quinze ans à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement adressera au Parlement un rapport global d’évaluation accompagné d’un projet de loi autorisant, le cas échéant, la création d’un centre de stockage des déchets radioactifs à haute activité et à vie longue et fixant le régime des servitudes et des sujétions afférentes à ce centre.
Le Parlement saisit de ces rapports l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. »
Ainsi, lors de ce point zéro, il était bien question d’étudier différentes alternatives et, si le stockage géologique devait ressortir comme l’option la plus crédible, se préparer dès 2006 à la création d’un centre de stockage. Notons également qu’il était déjà alors question d’éventuelle réversibilité du stockage géologique.
Toujours 1991
La DSIN, qui deviendra plus tard l’ASN, édicte la « Règle fondamentale de sûreté » (RFS) III.2.f qui définit les objectifs à retenir pour le stockage définitif des déchets radioactifs en formation géologique profonde.
2005
L’ANDRA, l’Agence nationale pour la gestion des matières et déchets radioactifs, remet le « Dossier argile ». Celui-ci prétend aboutir à la conclusion qu’un stockage de déchets radioactifs dans la couche argileuse où le laboratoire est déjà implanté est faisable.
Ce dossier fait l’objet d’une instruction par l’IRSN, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. En deux mots, le stockage y est qualifié de « faisable » et le dossier ne présente pas « d’élément rédhibitoire ». Et donc si une décision parlementaire devait être prise en 2006 en faveur du stockage géologique, l’IRSN juge que les données disponibles le justifieraient.
Cet avis de l’IRSN est alors présenté au « Groupe permanent d’experts de l’ASN pour les installations destinées au stockage à long terme des déchets radioactifs. » Ce groupe conclut :
Des résultats majeurs relatifs à la faisabilité et à la sûreté d’un stockage ont été acquis.
2006
Tous les experts ont rendu leur avis sur le stockage géologique. À l’Autorité de sûreté nucléaire, l’ASN, de trancher. Puis viendra le tour pour le Gouvernement et le Parlement de se décider.
L’ASN considère que le stockage en formation géologique profonde est une solution de gestion définitive qui apparaît incontournable.
C’est sans ambiguïté et un appel du pied explicite au Parlement.
Lequel, toujours en 2006, trouve malgré tout que ces quinze années sont passées drôlement vite, et que l’on ne serait toujours pas en mesure de décider. La décision est repoussée à 2012, et les études et recherches vont pouvoir continuer. L’ANDRA prend notamment alors en charge les recherches sur l’entreposage de longue durée.
En 2006, et ben on se rend compte qu'on n'a pas de quoi prendre une décision définitive, donc est repartie pour quelques années de recherche, comme le dit l'article 3 de la la loi 2006-739https://t.co/wSlJpQgqpj
L’article 3 de la loi 2006-739 du 28 juin 2006 propose d’approfondir toujours les trois mêmes axes de recherche :
« La séparation et la transmutation des éléments radioactifs à vie longue. Les études et recherches correspondantes sont conduites en relation avec celles menées sur les nouvelles générations de réacteurs nucléaires […] afin de disposer, en 2012, d’une évaluation des perspectives industrielles de ces filières et de mettre en exploitation un prototype d’installation avant le 31 décembre 2020 ;
Le stockage réversible en couche géologique profonde. Les études et recherches correspondantes sont conduites en vue de choisir un site et de concevoir un centre de stockage de sorte que, au vu des résultats des études conduites, la demande de son autorisation […] puisse être instruite en 2015 et, sous reserve de cette autorisation, le centre mis en exploitation en 2025 ;
L’entreposage. Les études et recherches correspondantes sont conduites en vue, au plus tard en 2015, de créer de nouvelles installations d’entreposage ou de modifier des installations existantes, pour répondre aux besoins, notamment en termes de capacité et de durée […]. »
Que voit-on ? Que l’on repart pour un tour, déjà, sur avis du Parlement, contre celui de l’Autorité de sûreté, n’en déplaise à ceux qui crient à la technocratie ou à l’absence de démocratique en la matière. L’on voit aussi apparu que le stockage doit à présent être réversible. Et on note des dates qui, vues de 2022, nous font bien rire : un prototype d’installation de séparation ou transmutation avant fin 2020 quand Astrid a été abandonné en 2019, ou une demande d’autorisation de création de Cigéo en 2015 quand on l’attend pour 2023 ou 2024…
2008
La RFS III.2.f est abrogée par l’ASN qui la remplace par un « guide », le premier guide de l’ASN, sur le stockage définitif des déchets radioactifs en formation géologique profonde.
2009
L’ANDRA présente un rapport d’étape sur Cigéo, marquant le passage d’une phase de faisabilité à une phase d’avant-projet.
2010
Le CEA, alors encore Commissariat à l’énergie atomique, présente un rapport d’étape sur l’évaluation technico-économique des perspectives industrielles des filières de séparation et transmutation des substances radioactives à vies longues.
2012
Sur cette base, l’IRSN rend un avis sur la séparation/transmutation. L’institut y déclare que la faisabilité n’est « pas acquise » et que les gains espérés, y compris en termes de sûreté, « n’apparaissent pas décisifs. »
L’ANDRA est également à l’heure au rendez-vous et livre son bilan des études et des recherches sur l’entreposage et conclut que cette solution constitue un soutien au stockage géologique plus qu’une alternative.
2013
L’ASN s’appuie sur les deux rapports du CEA et sur l’avis de l’IRSN et conclut sur la transmutation : cette option ne devra pas être « un critère déterminant pour le choix des technologies examinées ».
Côté État, on se lance dans un débat public avant de trancher, et c’est de manière assez prévisible, l’option du stockage géologique qui en ressort.
A l'issue des ces travaux, la solution proposée est le stockage en couches géologiques profondes. Cette solution est proposée lors d'un débat public en 2013, et vous pouvez trouver les documents correspondant ici :https://t.co/r8WfuJZ14E
Forte fut la procrastination, mais cette année-là, le Parlement, et à une très grande majorité, vote l’adoption du stockage géologique comme solution de référence.
La loi 2016-1015 du 25 juillet 2016 précise « les modalités de création d’une installation de stockage réversible en couche géologique profonde des déchets radioactifs de haute et moyenne activité à vie longue ».
La même année, l’ANDRA dépose auprès de l’IRSN, pour instruction, les deux Dossiers d’options de sûreté (DOS) de Cigéo, pour les phases d’exploitation et post-fermeture.
L’ANDRA saisit également l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’AIEA, pour demander une revue internationale sur les DOS. Celle-ci rendra rapidement ses conclusions : projet robuste, méthode adaptée. La revue internationale suggèrera des thématiques à investiguer davantage.
Le contenu du DOS et les discussions engagées au cours de la mission ont donné à l’équipe de revue une assurance raisonnable quant à la robustesse du concept de stockage. Constatant que, dans de nombreux domaines, la recherche est toujours en cours pour la démonstration ou la confirmation de la sûreté, l’ERI a identifié quelques domaines supplémentaires qu’il serait utile d’approfondir, afin de renforcer la confiance existante dans la démonstration de sûreté : production et transport des gaz, description du vieillissement des composants du centre de stockage au cours de la période d’exploitation, incertitudes liées au temps de resaturation des alvéoles de stockage et effet sur la dégradation des colis de déchets, rôle des microbes et formation potentielle de biofilms au cours de la période d’exploitation, et conséquences des défaillances non détectées.
À son tour, l’IRSN rend la sentence de ses experts sur le DOS. Le projet fait état d’une « maturité technique satisfaisante au stade du DOS », mais il demeure des points durs. En particulier, la démonstration de maîtrise du risque d’incendie pour une certaine une famille de déchets de moyenne activité est insatisfaisante. Si cela n’est pas rédhibitoire pour l’avancement du projet Cigéo, pour ces déchets, pas de stockage possible en l’état, les études doivent continuer. Soit en vue d’une amélioration de la démonstration de sûreté, soit en vue d’un reconditionnement des déchets pour neutraliser leur réactivité chimique.
Les Groupes permanents d’experts de l’ASN pour les installations destinées au stockage à long terme des déchets radioactifs et pour les laboratoires et usines du cycle vont dans le même sens que l’IRSN :
En conclusion, les groupes permanents estiment que le DOS transmis par l’ANDRA montre que les options de sûreté de Cigéo sont dans l’ensemble satisfaisantes, hormis le cas particulier des bitumes. Sur cette base et compte tenu des engagements pris par l’ANDRA, une démonstration probante de la sûreté du projet de stockage devrait pouvoir être présentée dans le dossier de demande d’autorisation de création correspondant, sous réserve d’un traitement satisfaisant des points soulevés dans le présent avis, dont certains pourraient nécessiter des modifications d’éléments de conception.
2018
L’ASN rend son avis sur le DOS et le soumet à consultation du public. Bilan : « maturité satisfaisante » à ce stade. L’ASN reprend certaines recommandations précédemment émises pour les étapes futures (lesquelles seront la Déclaration d’utilité publique, attendue en 2022, et le Décret d’autorisation de création, dont la demande est prévue pour 2023 ou 2024).
La même année, une commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires soumet un rapport qui préconise de « poursuivre l’étude de la solution de l’entreposage de longue durée en subsurface comme alternative éventuelle au stockage géologique. » Et ce en dépit de tous les acquis précédents contestant la pertinence de l’entreposage comme alternative, motivé par les seules postures de militants antinucléaires.
2019
La députée LREM Émilie Cariou, rapporteure du débat public susmentionné, propose l’entreposage comme alternative au stockage géologique. En tirant, là encore, un trait sur les travaux scientifiques et parlementaires depuis 1991.
La même année, la Commission nationale du débat public, dans le cadre du débat public sur le PNGMDR 2019-2021, demande à l’IRSN une revue bibliographique des recherches internationales sur les alternatives au stockage géologique. L’IRSN répond à cette demande, j’en parlais dans cette série d’articles. Je résumais ainsi l’avis IRSN :
Arrêter de produire des déchets ainsi que l’entreposage en (sub)surface ne sont pas retenus car, par essence, ils ne sont pas des alternatives au stockage géologique.
De même pour la séparation-transmutation, qui est au mieux un complément, pas une alternative.
L’immersion et le stockage dans les glaces polaires ont des limites techniques sérieuses et, surtout, des verrous politiques et éthiques.
L’envoi dans l’espace est une catastrophe en termes de sûreté et de coût.
Le stockage en forage a un potentiel très intéressant pour certains déchets, plus discutable pour d’autres mais sans problème majeur.
La Commission d’enquête sur la demande de reconnaissance d’utilité publique du projet Cigéo rend son rapport. En résumé :
La commission d’enquête considère que le projet est à la fois opportun, pertinent et robuste au regard des textes réglementaires qui stipulent un stockage des déchets en couche géologique profonde sur un site disposant d’un laboratoire souterrain.
Au terme de ce bilan entre d’une part le risque, et d’autre part les mesures de précaution la commission d’enquête estime la proportionnalité acquise et pertinente.
La commission d’enquête émet un AVIS FAVORABLE à la Déclaration d’Utilité Publique du projet de centre de stockage en couche géologique profonde des déchets de haute et moyenne activité à vie longue (Cigéo), assorti de CINQ recommandations ci-après.
Les cinq recommandations sont les suivantes ;
D’établir un échéancier prudent des aménagements préalables dans l’occurrence de l’obtention des autorisations ;
De veiller à une insertion paysagère harmonieuse avec le paysage rural ;
De procéder à un défrichement progressif du bois Lejuc, aux seuls besoins de la DRAC afin de préserver au maximum la biodiversité ;
De maintenir un écran visuel sur la partie sud pour préserver les vues depuis les villages environnants ;
De compléter la communication envers le public de son territoire proche et l’adapter en fonction de la phase opérationnelle de Cigéo, tout en reconnaissant l’importance de la communication déjà réalisée par le maître d’ouvrage.
Toutefois, en parallèle, la Banque publique d’investissement (BPI) lance un appel à projets appelant à chercher des solutions alternatives au stockage géologique profond.
Conclusion
Ce thread débute en 1991. La décision devait être prise en 2006. Elle a été repoussée jusqu’en 2016, pour des raisons… Variables, souvent politiques. Depuis, toutes les étapes ont conforté la décision faite alors. Et pourtant, 30 ans après la loi de 1991, 15 ans après la loi de 2006, on n’a pas encore mis le premier coup de pelle pour Cigéo. On repousse…
Et surtout, les décideurs (ça te va, les décideurs ?) font énormément d’efforts… Pour ne pas décider ni devoir décider, pour revenir en arrière, remettre en question les décisions et acquis précédents, essayer encore et encore de nous faire repartir vers 1991.
C’est pour cela qu’il est encore si facile de clamer « on sait pas quoi faire des déchets » ! Si, on sait quoi faire, depuis 15 ans, et chaque jour depuis, on sait un peu mieux. Mais on procrastine. Les opposants n’ont évidemment pas intérêt à encourager la prise de décision. Les élus… Pareil. Le statu quo est confortable, devoir s’engager sur un tel sujet est terrifiant. Chacun lègue à la « génération » (électorale) future.
Et encore, ma chronologie est ultra franco-centrée ! Mais la démarche parallèle a lieu dans des tas de pays, et les résultats sont cohérents !
Dans ce thread ci-dessous, je décortiquais un rapport de l’Agence pour l’énergie nucléaire de l’OCDE. Son joli nom : Management and Disposal of High-Level Radioactive Waste : Global Progress and Solutions.
J'ai attaqué la lecture de ce document de la #nuclear Energy Agency @OECD_NEA de l'OCDE. Daté de cette année, il fait un état des lieux scientifique, technologique et politique des solutions de gestion des #déchets hautement radioactifs et du combustible #nucléaire usé.#thread
Les optimistes me rétorqueront que la recherche sur les alternatives est nécessaire pour justifier de l’intérêt de la réversibilité du stockage géologique, et pour l’acceptation par les politiques et le public, et qu’elles n’empêchent pas le projet d’avancer. En effet, l’idée d’avoir un stockage réversible pendant environ un siècle est de pouvoir changer d’avis si une alternative émergeait d’ici là. Donc, évidemment, il faut chercher des alternatives, quand bien même sait-on qu’il n’y a rien à espérer qui remettrait en question la pertinence du choix du stockage géologique.
J’espère seulement qu’effectivement, ces errements ne freineront pas à nouveau le projet, et que les différentes formations politiques au pouvoir se garderont de nous renvoyer sans cesse en 1991 à vouloir étudier les alternatives, encore et encore, avant de prendre une décision.
Les clés pour décider, on les a déjà. L’enquête pour la DUP de Cigéo est bouclée et, d’ici deux ou trois ans viendra celle pour le Décret d’autorisation de création. Le moment ultime de prendre cette lourde décision.
Le processus accompagnera le mandat du Président élu en 2022 et le Décret d’autorisation de création pourrait être prêt en toute fin de mandat, donc à la veille d’une échéance électorale. Que faut-il attendre ? En tout cas, je pense que ce thread le montre assez bien, il n’y aura, sauf révélation majeure, aucune raison d’encore procrastiner. Alors, que fera-t-on ?
Je vous laisse entre les mains du Président de l’ASN. Parce qu’il a l’intelligence d’être d’accord avec moi.
(Joke, hein)
DECHETS : A propos du Plan National de Gestion des Matières et Déchets Radioactifs (PNGMDR) : l'ASN souligne qu'il faut vraiment prendre des décisions. On a les solutions, mais on ne les met pas en œuvre. La tendance est à la « procrastination »… pic.twitter.com/UaP33y1syc