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Le prix de l’électricité explose sur les marchés suite au conflit iranien

Les prix du gaz naturel en Europe flambent avec l’arrêt de la production de gaz naturel liquéfié au Qatar suite aux attaques iraniennes. Il entraîne dans sa flambée celui de l’électricité sur les marchés, sans conséquence pour l’instant sur les factures des abonnés aux offres classiques.

La bourse du gaz (TTF) a bondi en quelques heures à 47 euros le mégawattheure (€/MWh) alors qu’elle s’établissait à 30 €/MWh en février. À l’origine de cette explosion des prix, l’attaque des États-Unis et d’Israël à laquelle l’Iran répond. L’Iran a bombardé le complexe Ras Laffan et Mesaieed au Qatar, forçant l’entreprise nationale à stopper sa production. Le Qatar est le sixième producteur mondial de gaz fossile dans le monde.

Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour une partie des exportations mondiales de pétrole et de GNL, est paralysé. Par ailleurs, les stocks de gaz en Europe sont actuellement inférieurs à la normale pour la saison, autour de 30 % de remplissage contre 40 % l’année dernière.

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Un rappel à notre dépendance aux énergies fossiles

Le gaz reste un combustible marginal lorsqu’on regarde la production totale d’électricité (3 % de la production en France, 17 % en Europe). Paradoxalement, il est indispensable pour sécuriser le réseau en dernier recours. Et lorsqu’une centrale à gaz est activée, c’est généralement elle qui fixe le prix. Ainsi, le coût de production de l’électricité réagit rapidement à celui du gaz.

On observe présentement cet effet. Même en France, un pays à forte production nucléaire, les prix spot observés sont parmi les plus élevés le matin et le soir par rapport à nos voisins européens alors qu’en journée, ils sont parmi les plus faibles grâce à la production solaire. Le 4 mars à 8 h, par exemple, le mégawattheure d’électricité sur le marché Spot atteignait 291 €, contre 97 €/MWh une semaine auparavant à la même heure. Le prix moyen quotidien est passé de 17,7 €/MWh les derniers jours précédents le conflit iranien à 72,5 €/MWh depuis.

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L’impact est limité pour le moment

Sur les consommateurs, l’impact direct devrait rester limité. Hormis pour les contrats indexés sur les marchés de gros qui pourraient voir leurs tarifs augmenter lors des prochains renouvellements notamment pour les gros industriels. L’effet sur les factures des ménages dépendra de plusieurs facteurs : la durée des tensions géopolitiques, la structure des contrats d’énergie et l’évolution des prix internationaux du gaz et de l’électricité. La période de reconstitution des stocks de gaz avant l’hiver prochain pourrait prolonger la pression haussière sur les marchés.

Pour l’électricité, aucune conséquence pour le moment sur les offres classiques et le tarif réglementé. Cependant, les rares clients de contrats à tarification dynamique sont immédiatement impactés. Le prix du kilowattheure via l’offre dynamique Sobry a ainsi atteint un pic à 0,36 €/kWh TTC le 4 mars entre 7 et 9 h, contre 0,20 €/kWh TTC une semaine auparavant.

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Envoyer des datacenters dans l’espace : pourquoi ce n’est pas une idée si loufoque

Le développement exponentiel de l’intelligence artificielle se heurte à un problème de taille : comment l’alimenter en énergie ? Car il s’avère que l’approvisionnement en énergie devient progressivement un des principaux goulots d’étranglement de toute la filière. Et face à cela émerge une réponse originale : placer les centres de données dans l’espace.

En 2024, les datacenters ont consommé 415 TWh par an, d’après l’Agence internationale de l’énergie, soit près de 1,5% de la consommation électrique mondiale. Et l’agence de constater une croissance de l’ordre de 12% par an. D’après Goldman Sachs, la puissance appelée pourrait atteindre 122 GW en 2030. Pour donner un ordre de grandeur, rappelons que le supercalculateur Colossus de xAI (une entreprise d’Elon Musk), basé à Memphis dans le Tennessee, pourrait dépasser une consommation de 1,5 GW avant fin d’année – soit à lui tout seul l’équivalent de la production d’un réacteur nucléaire de type EPR.

Et la conséquence ne tarde pas à apparaître : l’approvisionnement en énergie des datacenters devient un enjeu crucial de leur développement. Ainsi, pour prendre un exemple, Amazon a communiqué sur le fait que les délais de raccordement au réseau devenaient un des facteurs décisifs pour la décision d’investissement. Aux USA, ces délais sont en moyenne de trois ans, et ils peuvent dépasser dans certains cas sept ans ; la situation est similaire en Europe. Et ce sont des délais bien trop importants au regard des deux ans nécessaire pour construire le datacenter lui-même.

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Aller là où l’énergie se trouve

Pour produire de l’énergie en masse, on peut aller là où elle est abondante. Et il n’y a pas d’endroit où elle est plus abondante que dans l’espace. Au-delà de notre atmosphère, en effet, au niveau de l’orbite de notre planète, le rayonnement solaire est particulièrement intense. Chaque mètre carré reçoit 1,37 kilowatt (kW) ; chaque kilomètre-carré reçoit l’équivalent d’une grosse centrale nucléaire. Mieux : si l’orbite est convenablement choisie, l’éclairement des satellites peut être permanent. Et cette abondance d’énergie stimule la création d’une multitude de projets visant à expédier des datacenters en orbite.

La startup Axiom Space, par exemple, est déjà bien avancée en la matière. Depuis 2025, elle a déjà installé et fait fonctionner un prototype de calculateur IA sur la station spatiale internationale (ISS). Starcloud, une autre startup, quant à elle soutenue par Nvidia et Google, est également bien avancée : elle a réussi le lancement de Starcloud-1 en novembre 2025. Et le satellite a démontré pour la première fois la possibilité d’entraîner en orbite un modèle d’IA.

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Des projets colossaux sont dans les tuyaux

Le projet de SpaceX sur les datacenters spatiaux sont à l’image du créateur de la société, Elon Musk, dont nous sommes habitués aux déclarations fracassantes. Car la société astronautique, qui vient de fusionner avec xAI en ce début 2026, projette de placer en orbite l’équivalent en termes de consommation d’énergie de plusieurs centaines de gigawatts (GW), avec un rythme de lancement de l’ordre de 100 GW/an.

Pour ce faire, SpaceX déploierait son réseau de calcul à partir d’une d’infrastructure qu’elle connaît bien : ses propres satellites Starlink, dont elle a lancé en orbite plus de 10 000 exemplaires. Si l’on considère que chaque satellite est déjà capable de produire de l’ordre de 10 kW grâce à ses panneaux photovoltaïques, il est facile de conclure que la société a déjà déployé en orbite près de 100 mégawatts (MW). Du point de vue de SpaceX, le passage à plusieurs dizaines, voire centaines de gigawatts est ainsi seulement une question d’échelle. Dont les coûts de lancement seront contenus par l’utilisation de la gigantesque fusée Starship, la plus puissante du monde et actuellement en développement.

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D’autres acteurs se lancent dans le concept

Google n’est pas en reste, et dispose de son propre projet : Suncatcher, qui sera équipé de puces TPU (puces IA de Google), avec deux premiers satellites prototypes prévus pour 2027. Blue Origin, la firme astronautique de Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et donc d’AWS, acteur géant du cloud, a également annoncé ses projets, liés à son futur réseau internet par satellites TeraWave ; pour ce dernier, il est aujourd’hui prévu un déploiement à partir de fin 2027 avec la fusée New Glenn.

Au regard de cette avalanche de projets, l’Europe paraît bien à la traîne. Elle mène toutefois une étude de faisabilité baptisée ASCEND (Advanced Space Cloud for European Net zero emission and Data sovereignty), financée par Horizon Europe, et menée par les grands acteurs du spatial et du cloud européen. En France, la startup française Latitude, qui développe le lanceur léger Zephyr, s’est alliée avec l’entreprise émiratie Madari Space pour lancer les datacenters spatiaux qui seront construits par cette dernière ; les premiers tests sont prévus pour 2026.

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Des défis colossaux

Le concept a un mérite : placer les datacenters là où l’énergie est abondante. Mais cela s’accompagne de contraintes pour le moins significatives. En premier lieu les coûts de lancement. Et ceci même en anticipant une baisse radicale du kilogramme en orbite avec des fusées géantes comme le Starship. La dissipation de l’énergie est également une problématique de taille dans le vide spatial, car les datacenters produisent une énorme quantité de chaleur – et c’est bien pour cela que certains opérateurs envisagent de les placer sous l’eau.

La durée de vie des datacenters dans les conditions très difficiles de l’espace est également une question particulièrement critique. En effet, en cas d’avarie, il est difficile d’imaginer envoyer une mission de maintenance – qui serait alors extraordinairement coûteuse. Les radiations auront en outre un effet délétère sur le matériel informatique. Et, dans le même ordre d’idée, on peut se poser en outre la question de l’impact d’une tempête solaire géante sur de tels systèmes.

Au total, nous constatons bien qu’en pratique, le concept de datacenters orbitaux n’en est encore principalement qu’au stade des études et des prototypes. Quant aux visions grandioses, comme celles d’Elon Musk, elles restent encore à mettre à l’épreuve, avant même de pouvoir les mettre à l’échelle. Ainsi, demain, les datacenters seront-ils tous dans l’espace ? Il est bien difficile de répondre aujourd’hui par l’affirmative. Mais nous vivons une époque qui sait encore se montrer chaque jour un peu plus étonnante.

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