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Rakuten ferme son site de vente Français dès cette année

Le groupe Rakuten ferme son site de VPC en France. La confirmation de la fin de sa place de marché française née suite au rachat de PriceMinister il y a maintenant seize ans est actée. Cette décision confirme les rumeurs des grosses difficultés de la plateforme a être rentable et le manque de perspectives de développement. 

Rakuten ferme malgré sa recherche de repreneurs. La marque japonaise mais n’a pas trouvé de formule viable adaptée à ses réquisitions. La marque a donc annoncé la fin de son activité en France dès cette année. 180 salariés du groupe seront affectés par cette décision et on ne sait pas dans quelle mesure la structure pourra les réemployer ni même si c’est envisagé.

Rakuten est une place de marché où se retrouvent pêle-mêle des profils de vendeurs très différents. Il faut dire qu’à l’origine, PriceMinister était un mélange de particuliers et de pros qui se retrouvaient ensemble à proposer du neuf et de l’occasion. Quand le site est repris par la marque japonaise en 2010, les choses changent mais gardent un côté fourre-tout assez étrange. On, peut ainsi retrouver des magasins mono-produits qui disparaissent dès que le stock est écoulé pour renaitre quelques mois plus tard à l’annonce d’une nouveauté. Des entités plus ou moins étranges aux prix incroyables… Je me souviens de la grande époque des centaines de  microserveurs HP Proliant N54L vendus 139€ sur PriceMinister en 2014… Mais on peut également y dénicher des boutiques d’autres revendeurs, des marques très établies en France, qui proposent sur ces pages probablement moins visibles des lots de produits en déstockage.

Rakuten ferme

Rakuten ferme à cause d’un déficit d’image

Le problème de ce type d’offre, c’est qu’elle n’apporte pas grand-chose de plus que ses concurrents comme Darty et Fnac qui proposent… exactement la même chose. Quand Rakuten rachète PriceMinister, l’entité a une image de discounter et une approche assez originale. Elle est aussi une place de marché quand Fnac et Darty n’en sont toujours pas. Cela permet à la marque d’être parmi les poids lourds de l’e-commerce en France en 2010. Pas au niveau d’Amazon mais pas loin derrière, au coude à coude avec la Fnac. 

Aujourd’hui l’offre Rakuten est la même que celle de Darty et Fnac, Amazon a pris le large et tous les autres pataugent dans le même bourbier des places de marché qui ressemblent plus à un bazar de foire qu’à un centre d’expertise. Sauf que la Fnac et Darty ont fusionné et sont plus implantés dans l’esprit des Français comme des marques de confiance que Rakuten. 

L’essor d’Amazon, mais également l’arrivée de nouveaux acteurs comme Joybuy ou la force de frappe du groupe LDLC ont rendu l’offre moins alléchante. L’explosion de sites capitalisant sur le reconditionné comme Backmarket ou la reprise de Pixmania a également brouillé les pistes d’une visite naturelle chez Rakuten. Les particuliers revendent désormais sur LebonCoin ou Vinted et ne vont plus chercher du côté de PriceMinister. Tout cela a dû faire perdre énormément en trafic et en image le groupe. Au début des années 2010 il était normal de dire « tu as regardé chez PriceMinister ? » à quelqu’un qui cherchait un produit d’occasion.

Aujourd’hui je n’entends personne aller conseiller d’acheter chez Rakuten. Hormis pendant les périodes de soldes, quand la marque aligne des prix extrêmement bas avec son système de cashback. Des prix qui ne doivent pas permettre de renflouer les caisses. Si ce système joue sur la carte de l’enfermement du client avec des points a dépenser chez Rakuten uniquement, il ne permet pas de compenser le manque d’attrait de son catalogue classique.

La Marketplace n’a donc pas trouvé de repreneur et toute son activité va donc disparaitre. Les garanties sur les produits d’occasion, les matériels reconditionnés mais également le neuf seront normalement pris en charge par les vendeurs de la place de marché et je vous invite à noter soigneusement les coordonnées de ceux-ci quelque part pendant que le site existe toujours pour faire valoir vos droits. Pour ce qui est du cashback et des autres avantages liés à la plateforme… Tout cela va disparaitre.

Les liseuses et l’écosystème Kobo sont indépendants de la place de marché et vont donc continuer à être distribués. Les autres activités du groupe restent en place, ce sont uniquement les activités de la plateforme qui sont touchées.

Rakuten ferme également parce qu'elle a laissé volontairement entrer les loups  dans la bergerie.

Rakuten ferme également parce qu’elle a laissé volontairement entrer les loups dans la bergerie.

Rakuten perd trop d’argent

Il est à la fois étonnant et logique qu’aucune offre de reprise n’ait trouvé grâce aux yeux de la marque. L’ancien PDG de PriceMinister, Pierre Kosciusko-Morizet, avait fait une offre de reprise qui n’a pas été approuvée. D’autres acteurs étaient sur les rangs : Casino pour CDiscount, Carrefour, Pixmania et même BackMarket étaient également intéressés. Leurs offres n’ont probablement pas dû être jugées crédibles. 

Il faut dire que le site a beaucoup à éponger. S’il conserve un beau potentiel avec 9.5 millions de visiteurs uniques à la fin de l’année dernière selon la Fevad (en très nette baisse suivant son historique), le chiffre d’affaires reste autour de 50 millions d’euros et le volume des ventes est de 370 millions d’euros pour 2025. Ce qui laisse au final des pertes opérationnelles situées entre 10 et 15 millions d’euros. Si le fondateur de PriceMinister voulait relancer la machine et croyait à son potentiel retour en coenrcant le personnel, les autres voulaient surtout faire main basse sur le catalogue de produits d’occasion et surtout le fichier client de la marque. Avec, éventuellement, un peu de savoir-faire. Pour en savoir plus, l’article du Parisien éclaire sur le sujet. Pour le groupe, le fait que Rakuten ferme son activité de VPC  en France semble donc être plus simple qu’une opération de reprise. Avec 11 milliards d’euros de CA sur l’ensemble de la planète, les pertes de l’expérience française ne devraient pas se faire sentir trop violemment.

Je ne serais pas surpris de voir une nouvelle consolidation après le foisonnement des places de marché ces dernières années. Les plus actifs comme BackMarket, qui a de bonnes idées marketing, et des nouveaux entrants comme JoyBuy qui s’appuie sur un grand groupe, vont probablement attaquer peu à peu la concurrence sur de nouveaux segments.

Les places sur le podium des ventes risquent d’être de plus en plus étroites, surtout sur le secteur du reconditionné. Et les années à venir risquent d’être vraiment tendues sur ce segment particulier, surtout en informatique et en téléphonie. La hausse des prix a ralenti les achats de matériel, ce qui a raréfié cette offre particulière. Il est vraisemblable d’imaginer une période de creux dans les années à venir. Tous les postes ne seront pas remplacés au rythme habituel avec des prix d’achat neuf qui ont explosé. Pire, les machines qui seront remplacées ne le seront plus en masse comme autrefois mais plus au coup par coup quand elles seront vraiment inexploitables ou hors service. Ce qui va faire durer cette crise des machines d’occasion encore un long, très long moment.

Si Rakuten ferme en 2026 ce n’est probablement qu’un moyen de gagner du temps et éviter une fermeture avec de nouvelles dettes en 2027. Il aurait sûrement fallu faire quelque chose avant, bien avant, pour tenter de se distinguer de toute la concurrence qui s’est construite autour d’eux.

Rakuten France : une disparition de l’enseigne cet été ?

Rakuten ferme son site de vente Français dès cette année © MiniMachines.net. 2026

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Taxe petits colis : la double peine européenne

Sans surprise, la promesse d’une taxe petits colis « indolore » pour les acheteurs mais qui aurait forcé les plateformes à revoir leur modèle économique n’a pas fait long feu. Ce sont bien les clients finaux qui ont vu les prix augmenter de manière importante sur leurs achats. La taxe promettait d’impacter les plateformes sans impacter les consommateurs, mais évidemment cette promesse n’avait aucun sens économique.

Si vous faites vos emplettes de matériel électronique en ligne, vous connaissez probablement AliExpress. Le temple de la vente internationale, la place de marché planétaire, le lieu de pèlerinage des composants. Un site souvent cité dans le lot des trois que l’on met en avant pour justifier la taxe sur les petits colis avec Shein et Temu. Mais AliExpress propose bien davantage que des vêtements et des gadgets. Le site est la référence en électronique pour trouver des composants absolument indisponibles en France. Des références exotiques qu’aucune boutique ne propose plus.

Ce chargeur de batterie commandé en mai 2026 à 1.52€ les deux pièces pour un projet a largement augmenté de tarif. Ce type de produit est proposé dans ces eaux tarifaires depuis de nombreuses années.

En novembre 2019 par exemple, lors d’une promo, j’ai acheté 10 unités identiques de ce même produit pour 1.86 €. Chacun de ces modules ne coûtait que quelques centimes.

La taxe petits colis fait mal

Le même chargeur chez le même commerçant que pour ma dernière commande est passé à 5.29€ les deux pièces. La taxe petits colis « indolore » est bien passée par là.

Tout le monde commande au même endroit, tout le monde est taxé

AliExpress facture de la TVA aux acheteurs européens avant de la reverser aux différents pays concernés. La place de marché joue le jeu depuis des années en laissant apparaitre sur chaque commande le prix des taxes suivant les pays. La différence principale entre un achat en France ou en Europe dans un magasin d’électronique et un achat sur AliExpress, c’est que le site européen se fournit en amont chez un des fabricants qui vend lui directement sur AliExpress… Vous évitez donc un intermédiaire.

Une société qui revend du matériel stocké en Europe, cela a du sens, et suivant notamment la disponibilité de ce que vous achetez, il est parfois valable de commander dans une boutique spécialisée plus locale. Pour un projet urgent ou un dépannage rapide, commander en Chine va poser un souci de délai avec souvent entre 10 et 15 jours entre la commande et la réception de votre composant. Avoir un relais qui stocke les pièces et qui vous livre en 2 ou 3 jours est donc parfaitement justifié, et cela entre en ligne de compte pour comprendre le prix proposé. Ainsi, il n’est pas rare de voir des éléments vendus 1 ou 2 € les 10 unités sur AliExpress se retrouver à 5 ou 6 € en local. On paye le fait que le produit soit proche. Une boutique comme MC Hobby en Belgique est également une mine d’or de conseils et de compétences. Éléments dont il faut apprendre à se passer ailleurs. Tout cela justifie leurs tarifs.

Mais pour beaucoup d’autres produits, notamment en électronique, on fait du réassort. On va commander un paquet de résistances, de condensateurs, d’interrupteurs, de LEDs et autres. Et là, la distance n’est plus un problème. 

Depuis l’entrée en vigueur de la taxe Européenne sur les petits colis, les prix d’AliExpress ont largement augmenté. Les 3 € de taxe par type de produit que doivent payer les marchands se font sentir… Et les paniers ont explosé. Si les chantres de la Fast Fasion sont finalement peu impactés avec des vêtements qui sont passés de 12 € en moyenne à 15 €, les vendeurs de composants et leurs clients sont beaucoup plus exposés.

Un projet électronique classique avec une dizaine de composants vendus quelques euros chacun il y a un mois est désormais surtaxé de dix fois 3 € supplémentaires. Un panier de produits qui coûtait 15 € au total est passé à… 45 €. Le fait que le législateur ait choisi de taxer aveuglément les produits de 3 € par type de produit a un impact énorme sur certains achats et presque aucun sur d’autres. 

L'idée vaporeuse des acteurs / payeurs qui cache bien mal le fait que le consommateur paye, parfois injustement, plusieurs fois la taxe.

L’idée vaporeuse des acteurs / payeurs qui cache bien mal le fait que le consommateur paye, parfois injustement, plusieurs fois la taxe.

La double peine de la taxe petits colis et de la TVA

Mais le pire est que cette augmentation de prix pratiquée par les vendeurs pour absorber la taxe petits colis est largement amplifiée par la TVA qui apparait par-dessus. Ainsi mon projet qui ne coutait que 15 € de composants en juin 2026 avec 20% de TVA coute désormais 45 € en juillet 2026 avec… toujours 20% de TVA. Je paye largement plus de taxes que de produits et je paye en plus une taxe sur cette taxe.

Pire que cela, les vendeurs n’ayant aucune idée de comment gérer cette taxe, le client final est impacté même si les produits ne devraient pas être taxés.

 

Un exemple ? En février dernier, j’ai commandé ces LEDs WS2812 pour un projet. Elles étaient proposées à 3,09 € les 5 pièces. TVA comprise.

Aujourd’hui, les mêmes LEDs du même vendeur sont proposées à 6.19€ TTC. La taxe petits colis a largement fait augmenter le prix.

Mais si je rajoute un autre lot de LEDs du même type, vendues par un autre commerçant qui a lui-même appliqué une hausse de tarif pour compenser la nouvelle taxe, je me retrouve donc à devoir la payer deux fois. Je ne peux pas y échapper alors que le texte prévoit bien que ces deux produits identiques devraient être taxés une seule et unique fois. Le fait que les vendeurs aient appliqué l’augmentation sur le prix des produits en amont ne me laisse pas le choix. 

L’impact de cette taxe sur les petits colis est particulièrement visible lorsque l’on achète des lots. Si la plateforme AliExpress n’a pas – pour le moment – la possibilité de gérer les produits en provenance de plusieurs commerçants pour fusionner les taxes sur des éléments de nomenclature identiques, les vendeurs ont de leur côté bien compris le procédé. Ci-dessus, un module de chargement de batterie 18650. À la pièce, il est proposé à 4.09€. Il y a encore quelques jours, il était vendu entre 50 et 70 cents.

Mais si j’en commande 10 unités, la taxe petit colis est diluée dans le lot. Et là, le prix à la pièce « fond » à 0,74 centimes. Et c’est logique puisque les 3 € de taxe sont divisés par 10, cela n’impacte donc plus que de 30 cents chaque produit. Pour 20 unités, le prix de chaque élément est de 55 centimes… Et on tombe à 0,44 centimes par 100.

Le mécanisme de la taxe vise à côté et ne résoud rien

Rien n’est prévu dans le mécanisme de cette taxe pour améliorer la surveillance des produits entrant dans l’Union européenne. Les 3 € par colis sont dérisoires par rapport à leur trafic. Les 5.8 milliards de colis de ce type réceptionnés dans l’UE en 2025 ne vont pas diminuer et la taxe ne suffira jamais à permettre aux agents de vérifier la qualité des produits importés. Le résultat de ce changement est donc uniquement une entrée d’argent pour les États membres.

La taxe sera plus ou moins visible sur les paniers, mais ne va vraiment pas impacter les secteurs de la même manière. Je reste persuadé qu’une entreprise de Fast Fashion comme Shein ou de gadgets comme TEMU ne sera pas empêchée par l’apparition de la taxe petits colis. Encore une fois, leurs prix vont augmenter de manière bien moins visible que d’autres secteurs parce qu’ils vendent essentiellement des produits finis. Et surtout ces marques ont la possibilité de cumuler les éléments identiques, taxés une unique fois, en mettant en avant l’intérêt d’en commander plusieurs via des incitations et des réductions. Autrement dit, si le prix de leurs produits vont bien augmenter de manière marginale, ils peuvent finalement faire de la taxe petits colis un argument d’achat pour augmenter leurs ventes.

Acheter un pantalon à 15 € le premier et, en ajoutant, un second pantalon à 15 €, voir apparaitre une « ristourne » de 3 € sur le second qui sera uniquement liée au fait que la taxe petits colis ne s’applique qu’une seule fois par type de produit. Ou proposer un T-shirt à 15 € pièce et en faire la promotion pour une paire à… 27 €. Tout cela ne prendra probablement que quelques jours pour être mis en place par la Fast Fashion si ce n’est pas déjà fait.

Pour les composants électroniques ou l’informatique et autres produits vendus sur AliExpress, la donne est différente. Chaque produit a augmenté de manière importante et la TVA est collectée sur la totalité de ceux-ci. Le résultat de cette taxe petits colis risque donc de ne pas donner les résultats espérés. On aura d’un côté les acteurs principalement visés parce qu’ils vendent des produits non conformes à nos règles, qui ne vont pratiquement rien sentir. Et de l’autre, des vendeurs annexes  qui payent la TVA et qui fournissent déjà les boutiques Européennes de composants qui vont impacter énormément les Européens.

Non seulement cette taxe petits colis ne va probablement rien résoudre au problème de la Fast Fashion et des produits non conformes, mais il commence déjà à coûter très cher au client final qui paye plusieurs fois ces 3 € de manière injustifiée. Le seul moyen de compensation est assez triste, il consiste à diluer la taxe en achetant plus de produits que nécessaire… Soit en augmentant le nombre des éléments pour répartir la taxe, soit en dépassant les 150€ à partir desquels elle n’est plus en vigueur. Au vu de l’impact de ces 3 € multipliés à l’infini sur les paniers d’électronique, il va être rapidement beaucoup rentable de commander énormément de produits plutôt que projet par projet. Et donc faire transiter encore plus de produits…  Pas vraiment, je suppose, le résultat escompté.

Taxe sur les petits colis, adieu les 2€ français et bienvenue aux 3€ européens

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Taxe petits colis : la double peine européenne © MiniMachines.net. 2026

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Taxe sur les petits colis, adieu les 2€ français et bienvenue aux 3€ européens

C’est avec une force et une intelligence impressionnantes que notre monde politique a lancé il y a quelques mois la taxe de 2€ sur les petits colis. Prenant ainsi de l’avance sur celle qui devait entrer en vigueur un peu plus tard dans l’année sur tout l’univers économique européen.

Qui aurait pu prédire ?

Grâce à cette taxe nationale, nous sommes parvenus à un brillant résultat pourtant anticipé avant sa promulgation. Celui d’un système de fret notional totalement désorganisé. D’une disparition de centaines d’emplois directs et indirects et de la récolte d’une somme colossale : 2.3 millions d’euros sur les 400 millions anticipés.

La brillante idée trouvée par notre gouvernement le premier mars de cette année était de faire payer un montant de 2€ par type de nomenclature de produit douanier pour tous les colis de moins de 150€ à entrer sur le territoire depuis un pays en dehors de la Communauté économique européenne. En clair, vous commandiez un paquet avec une paire de chaussettes, deux cravates, et trois pantalons, vous vous acquittiez de 6€ de taxes supplémentaires. 2€ pour chaque type de produit. Si, et seulement si, votre colis faisait par exemple Londres -> Toulouse. Ou Singapour -> Marseille.

Si votre colis faisait une escale entre-temps dans un pays d’Europe qui n’avait pas encore ajouté de taxe de ce type, comme, au hasard, la Belgique, la Pologne ou l’Espagne. Alors il n’était pas taxé. Chose incroyable, des géants du ecommerce ont investi en masse ces pays pour implanter des centres logistiques. La Belgique pour Alibaba. La Pologne pour de nombreux depuis que le pays est le terminus des trains en provenance des nouvelles routes de la soie terrestre de Chine. L’Espagne également comme une plaque tournante du commerce vers de nombreux pays d’Europe.

Évidemment, il s’est passé ce qu’il devrait se passer. Du jour au lendemain, les différents acteurs du marché qui importaient en France ont simplement demandé à atterrir ailleurs. Les zones de logistique des aéroports français se sont retrouvées vides et des sociétés de gestion de colis et de dédouanement ont vu leur gagne-pain disparaitre. La distorsion concurrentielle posée par l’acte isolé du gouvernement français ne pouvait pas se solder par un autre scénario.

Une pièce de 3€ slovène

Une pièce de 3€ slovène

Changement de méthode

Réjouissons-nous, il n’aura fallu que 4 mois pour que le gouvernement se rende compte de la boulette. Ce 30 juin, la taxe petits colis de 2€ franco-française est suspendue. A terme, elle va totalement disparaitre au profit de la taxe de 3€ Européenne. L’effort de réflexion est louable, d’autant qu’au départ le gouvernement voulait proposer un combo. La taxe nationale de 2€ devait accompagner la taxe commune de 3€ pour un très joli 5€ par type d’objet livré. Cela ne sera finalement pas le cas. Le ministère du commerce a finalement reconnu qu’il serait mieux de proposer une taxe unique étant donné que nous sommes dans un « marché unique ».

Il faut surtout dire que si les 2€ cocorico s’ajoutaient aux 3€ de base, la distorsion concurrentielle persisterait. Les premiers bilans de l’expérience ont établi que 90% des colis qui débarquaient sur le sol français avaient été expédiés ailleurs quelques jours après l’entrée en vigueur de la taxe 2€ le premier mars. Et les rentrées d’argent espérées étaient retombées chez nos chers voisins européens. Les compagnies internationales extra-européennes préférant encore et toujours payer 3€ de taxe en Belgique que 5€ en France. Là encore, personne n’avait cru bon de le signaler au gouvernement français en amont… Ah si, on me dit dans l’oreillette que de nombreux spécialistes avaient tiré la sonnette d’alarme. Pas assez fort probablement.

Méthode Coué Premium++

Aujourd’hui, la communication gouvernementale ne manquera pas de surprendre. La décision de la taxe européenne de 3€ a été entérinée le 12 décembre 2025 après de longs conciliabules pour mettre les 27 membres de l’Union économique d’accord. Mais le gouvernement estime que c’est son impulsion au 1ᵉʳ mars 2026 avec la taxe à 2€ qui a permis de « pousser l’Europe à prendre des mesures ». Que la France a obtenu « gain de cause » sur un projet déjà signé et entériné pour se lancer au premier juillet 2026. On est en plein développement personnel et autocongratulation devant ses actes même s’ils n’ont fait que créer des problèmes.

L’impression d’un amateurisme total n’est donc qu’une vue de l’esprit et les effets de bord sur l’emploi de cette décision de créer une zone plus taxée au sein de l’union ont forcément été mûrement réfléchis.

La taxe sur les petits colis se heurte à l'ampleur phénoménale de la tâche

Ce que cela va donner en pratique et pendant deux ans

Imaginez que vous commandiez du matériel électronique pour un projet personnel. Par exemple un kit pour établir la pollution de l’eau tel que celui-ci décrit sur Instructables. Il vous faudra commander 9 types d’éléments différents. Des capteurs, des résistances, des câbles, une batterie, une carte de développement ESP-32 etc. Cela fait donc 9 x 3 : 27€ de taxe sur votre colis. Si je regarde rapidement le prix des composants un à un, il y en a pour 45 à 50€ de produits et donc 50% de taxe petits colis sur ce montant. Bien entendu, si vous commandez un kit de 600 résistances, vous ne paierez que 3€ de taxe. 

Évidemment, personne ne va vérifier les contenus de vos paquets, tout va passer par les documents électroniques fournis par les exportateurs à la douane et un jeu de codes-barres. Et comme les colis sont concentrés en amont dans différents centres de collecte pour limiter le prix du port, une grande partie des colis seront estampillés d’un très vague descriptif. Je reçois depuis des années des colis souples qui enferment des produits variés. Le tout est estampillé de manière très vague. Je souhaite bien du courage au douanier junior qui se fera confier la tâche de vérifier la différence de nomenclature douanière entre une carte contrôleur de moteur pas à pas et un relais 12V, une ESP32 d’une solution sous RP2040. À part pour un bizutage bon enfant de ses supérieurs devant une tâche impossible, les agents devront forcément faire confiance aux expéditeurs. Deviner au toucher si votre colis contient des chaussettes, des slips et des t-shirts et non pas uniquement des sweats me parait légèrement hasardeux et chronophage.

Pour tenter de faire face au tsunami de travail qui va s’abattre sur les agents des douanes et payer les agents privés à qui l’État confie également le rôle de surveillance de ce fret, une surtaxe supplémentaire est prévue en novembre. Celle-ci sera fixée par colis et non en fonction des différents types d’objets importés. On parle pour le moment de quelque chose comme 2€.

Au final, ce sont les entreprises qui devront payer les taxes. Ce qui voudrait dire que la société qui vous propose un jeu de 100 LEDs RGB à 8€ va prendre le risque de payer 3€ de taxe ? Bien sûr que non. Les marchands vont augmenter leurs prix de 3€ par produit dès la mise dans le panier, histoire de se couvrir. Cette « surtaxe » disparaitra si vous dépassez les 150€ fatidiques. La taxe de traitement sera ajoutée en plus.

Que va-t-il se passer en amont ?

La réponse est assez évidente. Les différents acteurs de l’e-commerce mondial vont tout faire pour éviter de payer la taxe. Préférant payer un montant plus global à leurs antennes locales et profiter de leur infrastructure déjà en place. Aliexpress, par exemple, va profiter de ses dizaines de milliers de mètres carrés déjà implantés en Belgique pour y importer ses produits en masse. De manière à ne pas payer la taxe petit colis ensuite. Les entreprises ayant développé des entrepôts gigantesques en Pologne ou en Espagne feront de même. Ce changement de régime ne devrait pas inciter les plateformes à revenir dédouaner directement en France si elles ont déjà l’infrastructure et les emplois dans des pays limitrophes. Importer un ensemble de conteneurs complets de produits identiques sera toujours plus rentable et bien plus rapide à dédouaner. Cela condamnera donc le fret aérien en France que l’on connaissait avant mars 2026.

Pour les particuliers, la meilleure idée sera rapidement de grouper ses achats pour dépasser les 150€, surtout si votre commande est composée de dizaines de types de produits différents.

En attendant un prochain changement déjà anticipé d’une réforme en profondeur de notre système Européen de taxation qui est prévu pour 2028.

Taxe sur les petits colis : les aéroports français se vident

Taxe petit colis, un bilan ridicule de 2.3 millions d’euros

 

Taxe sur les petits colis, adieu les 2€ français et bienvenue aux 3€ européens © MiniMachines.net. 2026

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