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« Au début, on nous prenait pour des fous » : entretien avec William Méauzoone, co-fondateur du cloud français Leviia

Alors que le contexte géopolitique place la souveraineté numérique au cœur des débats et que la doctrine française en matière d'achats numériques priorise désormais clairement les acteurs français et européens, Numerama est allé à la rencontre des dirigeants qui composent l'écosystème tech souverain français pour retracer leurs aventures et analyser les défis actuels.

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Tim Apple, Musk, Huang : pourquoi Trump emmène la Silicon Valley à Pékin

Pour la première visite officielle d'un président américain en Chine depuis 2017, Donald Trump arrive à Pékin avec une délégation de 17 patrons, dont Tim Cook (Tim Apple, dans le texte), Elon Musk et, à la toute dernière minute, Jensen Huang, l'iconique boss de Nvidia. La composition de l'équipe en dit long sur l'objectif de ce voyage.

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Sommet Africa Forward : une opportunité française

C’est maintenant ou jamais. Après 30 ans de stagnation française, 20 ans d’offensive chinoise et 10 ans de propagande russe, la France peut et doit retrouver une place en Afrique. Non plus comme puissance tutélaire, ni dans la repentance permanente, mais comme un vrai partenaire.

Le sommet Africa Forward de Nairobi, qui s’achève aujourd’hui, a réuni la France, le Kenya, des chefs d’État africains, des entreprises, des investisseurs et des acteurs de la société civile. Avec pour objectif de refonder les partenariats entre notre pays et le continent africain autour de l’innovation et de la croissance. C’est la première manifestation de ce type accueillie et coprésidée avec un pays anglophone et elle a suscité de grands espoirs, nous encourageant, par-delà la diplomatie, à prouver que nous pouvons changer de logiciel économique dans nos relations bilatérales. Une mutation souhaitable, tant les opportunités sont nombreuses avec le partenaire africain.

Car le continent n’est plus un espace d’influence hérité dans le souvenir de la fameuse Françafrique de triste mémoire, mais un ensemble de marchés épris de souveraineté, où s’expriment de nombreux besoins dans le cadre d’une concurrence acharnée. Le FMI estime d’ailleurs que l’Afrique subsaharienne a connu en 2025 sa croissance la plus rapide en dix ans (autour de 4,5 %). Bien que toujours fragilisée par la dette, les tensions sur les financements et le coût de l’énergie, elle continue d’avancer. Reste à savoir si la France cheminera avec elle ou si elle regardera d’autres puissances saisir les opportunités de demain à sa place.

Il y a urgence. Les relations politiques se sont durcies dans une partie du continent, notamment à l’Ouest, où le recul militaire français est devenu le signe le plus visible d’une perte d’influence. Or, l’Afrique est l’un des rares espaces où nos intérêts peuvent rencontrer des besoins considérables en infrastructures, énergie, santé, agroalimentaire, formation, numérique et industrie. Non plus dans une logique colonialiste, mais dans l’affirmation d’un partenariat respectant la souveraineté des États locaux.

Les chiffres soulignent pourtant l’écart entre potentiel et réalité. En 2024, les échanges France-Afrique subsaharienne n’ont atteint que 24,1 milliards d’euros (dont 11 milliards d’exportations), un montant modeste au regard des besoins du continent. En 2023, nous n’étions plus que le 8ᵉ fournisseur avec 3,2 % de parts de marché, loin derrière la Chine (17,3 %). Pékin l’a bien compris : son commerce avec l’Afrique a atteint un record de 295 milliards de dollars en 2024, pour la 16ᵉ année consécutive en position de premier partenaire. Son modèle, bien que critiqué pour sa prédation et sa dépendance, allie entreprises, financements, infrastructures, diplomatie et exécution rapide.

Cette puissance chinoise, il faut le rappeler, se déploie sur un continent qui demeure un espace de conquête, notamment à travers la guerre informationnelle qui y fait rage, et dans laquelle la France subit de plein fouet les attaques et les campagnes de désinformation de Pékin, mais également de Moscou. De fait, le groupe Wagner, bien connu pour ses opérations aux méthodes indéfendables, s’est également spécialisé dans la guerre hybride, partiellement responsable de la rupture de certains pays africains avec la France. Avec pour arguments, souvent émaillés de fake news, un franc CFA présenté comme un outil de domination prédatrice, des entreprises françaises accusées de s’enrichir sur le dos des travailleurs africains, ou encore des diplomates décrits comme de simples agents d’une colonisation qui se serait poursuivie insidieusement. Une stratégie russo-chinoise qui s’est répandue comme une traînée de poudre auprès de nombreux gouvernements et de certaines opinions publiques africaines, notamment dans la zone sahélienne. De quoi mettre bien des bâtons dans les roues des ambitions tricolores. D’où l’importance de profiter du sommet pour développer une contre-offensive audacieuse permettant d’instaurer un partenariat sain, lucide et débarrassé des ressentiments accumulés depuis la colonisation.

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L’enjeu est d’autant plus stratégique que le marché africain est en train de changer de nature avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), rejointe par 54 des 55 pays de l’Union africaine. La France a donc besoin de voir se réduire les barrières commerciales, d’espérer la simplification des procédures douanières et de faire émerger des chaînes de valeur régionales. La Banque mondiale estime que cette zone pourrait permettre d’augmenter le revenu réel du continent de 7 % d’ici 2035, soit de près de 450 milliards de dollars, et sortir 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté. D’où la nécessité pour les entreprises françaises de se positionner tôt dans un espace continental en voie d’intégration pour bâtir un nouveau partenariat plus fiable, moins opaque, moins extractif, davantage tourné vers la valeur ajoutée locale. D’autant que dans l’énergie, les infrastructures, la santé, l’agroalimentaire, les télécommunications, l’intelligence artificielle ou l’industrialisation, les besoins africains croisent directement les savoir-faire français. Le programme d’Africa Forward s’appuie notamment sur ces sujets. Encore faut-il transformer ces thèmes en contrats et en débouchés concrets pour nos entreprises.

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La France dispose encore d’atouts. Selon la Direction générale du Trésor, en 2022, elle restait le deuxième pays investisseur en Afrique, avec 38,9 milliards d’euros de stock d’IDE, 2 440 filiales d’entreprises françaises et 235 000 emplois directs sur le continent. Mais cela ne suffit pas pour construire une stratégie de long terme efficace et, surtout, viable.

Nairobi doit donc accoucher d’une doctrine simple : faire de l’Afrique non plus un sujet diplomatique, mais une priorité productive. Cela suppose de mobiliser davantage les PME et ETI françaises, de sécuriser les financements et de construire des consortiums franco-africains.

Cette approche serait bénéfique pour toutes les parties. Nos entreprises cherchent des relais de croissance hors d’Europe. Nos filières industrielles ont besoin de volumes, de marchés et de projets exportables. Nos ingénieurs, nos énergéticiens, nos groupes de santé, nos logisticiens, nos entreprises agroalimentaires, nos acteurs du numérique disposent de compétences directement utiles au développement africain. Mais cette interdépendance vaut également dans l’autre sens : la France et l’Europe auront de plus en plus besoin des matières premières critiques du continent africain, qu’il s’agisse des minerais stratégiques nécessaires à la transition énergétique, aux batteries, aux infrastructures électriques ou encore de la bauxite guinéenne, indispensable aux chaînes de valeur de l’aluminium. La bonne stratégie n’est donc pas de vendre à l’Afrique comme à un simple débouché, ni de considérer ses ressources comme un seul réservoir extractif, mais de la considérer comme un partenaire dont la puissance est respectée. C’est ainsi que la France évitera à la fois le procès en verticalité et le déclassement économique. Nous avons besoin l’un de l’autre, dans l’espoir que le sommet Africa Forward marquera le début de cette nouvelle ère.

En somme, l’Afrique n’attendra pas la France. Elle arbitrera entre des offres chinoises, indiennes, américaines, européennes ou en provenance du Golfe. Elle choisira celles qui financent vite, exécutent bien et respectent ses priorités. Le sommet Africa Forward portera bien son nom s’il permet à la France de comprendre cette évidence. L’avenir de sa relation au continent se jouera moins par de pompeux discours historiques que dans la qualité des projets bâtis avec les entreprises, les États et les sociétés africaines. Le temps de l’influence automatique est terminé. Celui de l’investissement stratégique commence.

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700 millions de dollars saisis, 503 sites supprimés : comment ce gigantesque réseau d’arnaques crypto a fini par tomber

Fin avril 2026, les autorités américaines ont levé le voile sur une industrie structurée de l’arnaque aux cryptomonnaies, organisée depuis l’Asie du Sud-Est. Derrière des centaines de sites d’investissement, une opération d’ampleur révèle un système mêlant fraude financière, blanchiment et traite d’êtres humains.

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Il aurait piraté des recherches sur le covid pour la Chine : 6 ans après la pandémie, ce supposé hacker est extradé vers les États-Unis

Les autorités américaines ont annoncé le 27 avril 2026 que Xu Zewei, arrêté en Italie en juillet 2025, avait été extradé vers les États-Unis. Ce ressortissant chinois est accusé d’avoir participé, pour le compte du renseignement chinois, à des piratages visant des chercheurs américains travaillant sur le covid-19.

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Des équipements réseau iraniens tombent en panne malgré le blackout internet : voici les quatre hypothèses de Téhéran

En pleine crise armée, des routeurs et pare-feux made in USA ont subitement lâché sur le sol iranien — alors même qu’Internet y était coupé. Pour Téhéran, c’est la preuve irréfutable que des portes dérobées sont préinstallées dans ces équipements américains. Mais comment ?

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« Là-haut, c’est véritablement une guerre spatiale » : l’armée française face à l’inéluctable arsenalisation de l’espace

général satellite espace

Auditionné à l'Assemblée nationale, le général Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace, a livré un constat sans appel : l'orbite terrestre est devenue un champ de bataille. Face à une arsenalisation de l'espace jugée inexorable, la France muscle sa riposte capacitaire.

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« On ne peut pas gagner la bataille informationnelle si on ne mène pas la guerre » : les dessous de French Response, la riposte numérique du Quai d’Orsay

Dans le cadre d'un entretien avec Pascal Confavreux, Numerama a souhaité disséquer avec le porte-parole du ministère de l'Europe et des Affaires Étrangères, les mécanismes d'un OVNI diplomatique arrivé sur X il y a quelques mois : French Response.

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Drones, missiles, bunkers : Microsoft veut repenser ses datacenters pour survivre à la guerre

drone iran

La guerre en Iran aura bouleversé l’économie mondiale. Si le fragile cessez-le-feu acté le 8 avril 2026 laisse entrevoir une trêve dans la crise de l'énergie, certaines de ses conséquences les plus durables se dessinent peut‑être dans la manière dont les géants de la tech vont repenser la conception de leurs datacenters. C'est en tout cas la vision de Brad Smith, président de Microsoft.

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Microsoft est formel : le ransomware Medusa court toujours et il a un nouveau propriétaire

Le 6 avril 2026, Microsoft a publié un article de blog révélant les nouvelles capacités de frappe de Storm-1175. Ce groupe cybermalveillant affilié à la Chine, aux motivations financières, est au cœur des récentes paralysies d’acteurs économiques sensibles aux États-Unis. Parmi ses armes de prédilection : le ransomware Medusa, qui voyage sans relâche dans l’écosystème cybercriminel.

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Quand la Chine tente de “pêcher” Taïwan

Les manœuvres étaient visibles depuis l’espace. À Taïwan, la Chine a un plan : annexer sans combattre. Un patient travail de sape, pour, enfin, finaliser l’œuvre de Mao.

Depuis fin décembre 2025, d’étranges figures apparaissaient en mer de Chine, au large de Shanghai. Deux énormes lettres L inversées, presque aussi longues que l’île de Taïwan, étaient détectées par des satellites. Quelques semaines plus tard, c’était un rectangle qui se formait dans les eaux chinoises, puis, début mars, deux lignes parallèles. Ces figures étaient composées de près de 2 000 bateaux de pêche chinois qui manœuvraient avec rigueur et de façon coordonnée, puis restaient ainsi en place plus de 24 heures. Un phénomène étonnant, tant il est rare de voir des milliers de bateaux s’aligner ainsi sur des centaines de kilomètres.

À quoi bon peuvent servir de telles manœuvres ? La réponse est en réalité connue. Ces figures sont l’expression de la mise en place d’un blocus naval d’un type assez particulier, cherchant à entraver la liberté de circulation maritime par la saturation des eaux, sans avoir à recourir à la force militaire. Pratique car, officiellement, ces bateaux de pêche sont bien civils. Pourtant, Taïwan a raison d’observer ces exercices d’un œil inquiet, car la Chine semble bien se préparer à pouvoir bloquer un jour les accès portuaires de l’île.

Les pêcheurs de guerre chinois

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La réunification de la Chine : une priorité pour Xi Jinping

Xi Jinping a fait de la réunification de la Chine un objectif stratégique central. Récupérer Taïwan lui offrirait un poste avancé en mer de Chine et un accès plus libre au Pacifique. Son pays fait face à un corridor de territoires et d’îles relativement hostiles ou alliés aux États-Unis : Corée du Sud, Japon (une grande base américaine se situant à Okinawa), Philippines et l’île américaine de Guam. Sur le plan économique, la Chine mettrait également la main sur les chaînes de valeur des semi-conducteurs qui dominent le marché mondial : Taïwan dispose en effet de plus de 70 % de parts de marché dans leur fonderie, et même 90 % pour les systèmes les plus avancés.

Par ailleurs, Xi espère également finaliser l’œuvre de Mao Zedong et marquer l’histoire du régime. Le Grand Timonier avait établi le principe « d’une seule Chine » et appelait de ses vœux la « libération » de l’île, dans une lettre ouverte dévoilée le 6 octobre 1958. Intitulée « Message aux compatriotes taïwanais », elle est rééditée le 1er janvier 1979, posant clairement le principe d’une réunification concrète. Mais Xi Jinping va encore plus loin dans son discours du 2 janvier 2019, dans lequel il affirme que l’indépendance de l’île constituerait un « terrible désastre », et n’exclut pas de recourir à la force si nécessaire.

Cette unification de la Chine répond également à des symboliques beaucoup plus anciennes. Depuis le Grand État Yuan (créé par Kubilai Khan), premier régime à parvenir à l’objectif souhaité, tous les suivants ont partagé cet idéal. La crédibilité de l’État chinois repose sur sa capacité à assurer l’unité administrative de ce territoire immense, en dépit de la diversité des langues et des cultures. Dans l’imaginaire collectif local, ainsi que dans la propagande de Pékin, le fait de contrôler l’ensemble du « monde chinois » est un symbole important de légitimité.

Celle-ci est d’autant plus précieuse que l’économie du régime s’essouffle, contrairement à la perception que l’on peut en avoir vue d’Europe. Pourtant, depuis la répression des manifestations démocratiques de la place Tiananmen en juin 1989, Pékin tente d’établir un nouveau contrat social : le peuple renonce à la démocratie, mais en échange, le pouvoir lui assure une amélioration continue de ses conditions de vie grâce à la croissance et au développement économiques.

Mais ça coince désormais. Les marges de rattrapage par rapport aux Occidentaux diminuent. La croissance ralentit dans un contexte de crise immobilière, d’inflation faible et de tensions avec l’Occident. Et surtout, le sentiment de stagnation du niveau de vie, voire de déclassement économique et social des nouvelles générations, devient prédominant. Cela se traduit par un fort pessimisme, d’après une étude de Scott Rozelle (chercheur à l’université de Stanford) de septembre 2024 : alors qu’entre 2004 et 2014, 61,6 % des Chinois considéraient que l’effort était récompensé, ils ne sont plus que 28,3 % à le penser en 2023 et, surtout, sont persuadés que cette calcification sociale est liée à des causes structurelles. Ce pessimisme s’est récemment traduit par une expression en vogue à partir de 2023 : « garbage time », signifiant que les individus ne peuvent plus améliorer leurs conditions.

Face à cet essoufflement économique et social, et à l’incapacité du Parti communiste à garantir une hausse continue et régulière du niveau de vie, il est indispensable pour le régime de trouver un ressort de légitimité complémentaire auprès de son peuple. C’est pourquoi Xi Jinping fait appel au patriotisme dans ses discours, et mène une politique axée sur la puissance nationale, à travers le concept de « grand renouveau national », qui implique en premier lieu la réunification. Dans son discours d’ouverture du 19e Congrès du PCC, en octobre 2017, il a fait de ce thème le fondement même de la nouvelle dynamique insufflée par le pouvoir : « L’histoire a prouvé et prouvera que, sans la direction du PCC, le renouveau national ne sera qu’une chimère ». Il fixe l’objectif de faire de son pays, d’ici à 2049, la première « puissance globale » au monde. En définitive, l’accélération de Xi Jinping à l’égard de la question taïwanaise repose avant tout sur la nécessité de renforcer le régime (pseudo) communiste chinois, et son pouvoir personnel, dans un contexte de fragilisation du contrat social.

Une stratégie d’épuisement

Pour imposer sa souveraineté sur Taïwan, la Chine mène, depuis plusieurs années, une stratégie d’épuisement, fondée sur des exercices maritimes et aériens réguliers ainsi que sur une guerre informationnelle intense. Les incursions aériennes quasi quotidiennes visent à tester les forces taïwanaises et leurs réactions, à collecter du renseignement et à pousser la population à l’erreur pour légitimer une guerre ouverte ou un blocus strict. Pékin organise des exercices navals pour parvenir à ce dernier objectif avec sa milice maritime, composée de chalutiers dont les équipages sont réservistes. Quant aux nombreuses manœuvres de Pékin à proximité de Taïwan, elles visent à intimider, afin d’abaisser les forces morales des Taïwanais et de les contraindre à négocier. Enfin, dans l’espace informationnel, Pékin déploie des narratifs prochinois, s’ingère dans les élections et diffuse des fake news pour favoriser les candidats favorables à la Chine continentale et manipuler les opinions publiques en sa faveur, dans l’espoir d’une réunification pacifique.

De fait, une invasion militaire de Taïwan serait extrêmement complexe à réaliser pour l’APL (Armée populaire de libération), en raison des coûts humains exorbitants qu’entraînerait l’opération amphibie nécessaire, mais aussi à cause de la géographie montagneuse de l’île favorisant une résistance asymétrique, et enfin du niveau technologique avancé de son armée (dépenses à 3,3 % du PIB prévues en 2026), comme du risque majeur d’affrontement direct avec les États-Unis. En outre, l’idée d’une défaite, avec la perte de crédibilité qu’elle entraînerait, est élevée et probablement inacceptable pour le PCC. Ce scénario ne semble donc pas, à ce stade, le plus probable.

En revanche, un blocus strict et durable pourrait être décidé afin de forcer Taïwan à ouvrir les négociations. Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) a simulé, en juillet 2025, plusieurs scénarios de blocus de l’île via la milice maritime et les garde-côtes. Malgré tout, un blocus entraînerait forcément une escalade militaire, avec des pertes se comptant en milliers, et Taïwan ne pourrait résister sans aide directe de l’armée américaine. Une stratégie « à l’ukrainienne », à savoir un soutien important avec la fourniture d’armes mais sans implication directe des États-Unis dans le conflit, ne fonctionnerait pas en raison de la disproportion entre la masse de l’APL et celle de l’armée taïwanaise.

Une invasion peu probable à court terme

De fait, Pékin est confrontée à un dilemme : la solution pacifique s’éloigne tandis que l’option militaire reste extrêmement risquée. L’idée qui fait donc son chemin est celle d’un contrat proposé aux Taïwanais fondé sur « un pays, deux systèmes », sur le modèle de Hong Kong. Taïwan pourrait rejoindre la Chine sur le plan administratif, tout en conservant son propre système économique et juridique. Mais un sondage d’août 2025 révèle que 84 % des personnes interrogées s’opposent à cette formule.

Il est donc probable qu’à court et moyen termes, la Chine poursuive, voire accentue, sa stratégie d’épuisement à coups d’incursions aériennes et maritimes fréquentes, de lutte d’influence dans le champ informationnel et, éventuellement, de provocations et d’entraves à la circulation autour de l’île, pour l’affaiblir économiquement et moralement. À suivre de très près…

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