Vue lecture

Origine du Covid : six ans après, que disent les preuves ?

L'audition d'Anthony Fauci par le Sénat américain a immédiatement embrasé internet. Preuve de complot pour les uns, chasse aux sorcières pour les autres… Dans ce vacarme, une question passe presque inaperçue : que dit réellement l'enquête scientifique des origines du Covid ?

Alors que le Dr Anthony Fauci, ancien directeur de l'Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) et figure centrale de la réponse sanitaire au Covid-19 aux États-Unis, vient d'être auditionné par le Sénat, la question des origines du SARS-CoV-2 revient au centre du débat. Ses accusateurs lui reprochent d'avoir menti sur le financement américain de recherches menées à Wuhan, d'avoir joué sur la définition du gain de fonction, terme qui désigne au sens large des expériences visant à faire acquérir à un organisme (tel qu'un virus) une propriété nouvelle, par exemple une meilleure capacité d'un virus à infecter des cellules ou à se multiplier, et d'avoir trop rapidement écarté publiquement l'hypothèse d'un accident de laboratoire. Fauci a invoqué à plusieurs reprises le cinquième amendement, qui permet de ne pas témoigner contre soi-même lorsque ses réponses pourraient conduire à une mise en cause pénale. De quoi alimenter les soupçons autour d'une pandémie qui aurait causé plus de 20 millions de morts et coûté jusqu'à 16 000 milliards de dollars à l'économie mondiale. Mais l'enquête sur l'origine du virus de la Covid n'est évidemment pas la motivation première de ceux qui mènent le procès politique de Fauci. Devenu une figure honnie et presque un totem pour une partie du mouvement MAGA, il est aujourd'hui au cœur d'une véritable chasse aux sorcières qui déchaîne les passions et nous éloigne nécessairement de la neutralité indispensable à toute démarche scientifique.

C'est précisément l'intérêt du texte publié en février 2026 dans Nature par 23 des 27 membres originels du SAGO, le Groupe consultatif scientifique sur les origines des nouveaux agents pathogènes créé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Après trois ans et demi de travaux, ils avaient remis en juin 2025 un rapport de 78 pages au directeur général de l'OMS.

Article réservé à nos abonnés.

Lire la suite s'abonner dès 5€/mois

L’article Origine du Covid : six ans après, que disent les preuves ? est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

  •  

Face aux chaleurs records, la Corée du Nord conseille de manger de la viande de chien

Alors que la péninsule coréenne suffoque sous une canicule sans précédent, le régime nord-coréen a émis différents conseils pour sa population. Parmi eux, la consommation de viande de chien, censée apporter l’énergie nécessaire pour faire face à la chaleur.

© photo Kim Soo-hyeon/REUTERS

La Corée du Nord et la Corée du Sud font face à une vague de chaleur sans précédent. Photo prise le 5 août à Gwangmyeong, en Corée du Sud.
  •  

L’épidémie d’Ebola a fait plus de 1800 morts en RDC, et l’aide internationale tarde à arriver

Moins de trois mois après la déclaration de l’épidémie en République démocratique du Congo, le virus Ebola est hors de contrôle, avec plus de 4 000 cas confirmés et 1 850 décès enregistrés. Malgré l’expérimentation d’un vaccin et d’un antiviral, la situation sécuritaire du pays ne permet pas de briser les chaînes de transmission, alertent les organisations internationales.

© PHOTO BENOIT NYEMBA/REUTERS

Les passagers d’un bateau effectuent un test de diagnostic de la maladie d’Ebola après un décès suspect dans le bateau, à Kinshasa, capitale de la RDC, le 6 août 2026.
  •  

Des capsules fécales ont permis à six adultes de réduire leur allergie à la cacahuète

Une étude, parue le mercredi 5 août dans “Science Translational Medicine” et portant sur un nombre restreint de participants ayant expérimenté la transplantation fécale, présente des résultats prometteurs pour traiter les allergies alimentaires.

© PHOTO VOISIN/Phanie/AFP

La transplantation fécale, une piste contre les allergies alimentaires.
  •  

Naturellement chimique – le livre !

Pourquoi avons-nous peur de la chimie ? Et à qui profite cette peur ?

La chimie nous met-elle en danger ? Pesticides, vaccins, médicaments… Le doute s’est insinué dans l’esprit des français. Certains proposent de s’en passer, tandis que d’autres plébiscitent les produits “Naturels” ou “Organiques”. Mais est-ce seulement possible, ou même souhaitable, pour notre santé et pour l’environnement ?

À la manière de C’est pas sorcier ou des Il était une fois… de notre enfance, ce livre iconoclaste fait vaciller nos certitudes en nous plongeant avec malice dans la science. Puis, débute une enquête fascinante. Car la glorification du naturel cache une histoire bien plus trouble qu’il n’y paraît.

Lobbys dissimulés derrière de respectables ONG, charlatans prospérant grâce à des remèdes miracles, médias avides d’audience et de sensationnel… Peu à peu, se dévoilent les ressorts d’un véritable phénomène de société. Avant que n’apparaisse un univers inquiétant et inattendu : celui d’une organisation tentaculaire, dont l’influence s’étend jusque dans nos organismes de recherche et nos institutions. 

Disponible dès aujourd’hui !

L’article Naturellement chimique – le livre ! est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

  •  

Suisse : une épidémie de légionellose à Bâle fait un mort

Une épidémie de légionellose à Bâle a touché 26 personnes, dont une est décédée, selon les autorités suisses. Des tours de refroidissement d’un immeuble de bureaux sont suspectées d’être à l’origine de cette contamination.

© NICOLAS MAETERLINCK / AFP

La légionellose est une maladie qui touche le poumon, provoquée par une bactérie, la légionelle. 
  •  

Aux États-Unis, un mouvement contre l’abus des médicaments en psychiatrie prend de l’ampleur

Depuis les années 1980, relate “The New York Times Magazine”, la psychiatrie américaine est dominée par les traitements médicamenteux censés, à l’image du Prozac, offrir une réponse scientifique et presque miraculeuse aux troubles psychiatriques. Une approche remise en cause par un mouvement critique qui monte, ces dernières années, et qui a trouvé en Robert Kennedy Jr., le très controversé ministre de la Santé, un relais inattendu.

© Dessin d’Arcadio paru dans La Prensa, San José (Costa Rica)

  •  

Lunettes d’éclipse solaire : où acheter des modèles aux normes avant le 12 août 2026 ?

E-commerçants, pharmacie, opticien, boutique d’astronomie ou distribution gratuite : plusieurs solutions existent pour acheter des lunettes avant l’éclipse solaire du 12 août 2026. Voici les modèles dont nous avons vérifié les documents de conformité, leur prix et les précautions à prendre pour éviter les contrefaçons.

  •  

Incendie en Gironde : 5 millions de masques FFP2 ont été livrés en pharmacie

Face aux fumées d’incendie très irritantes, qui provoquent des effets respiratoires et ORL et peuvent conduire à des hospitalisations, «il est recommandé plutôt de rester, si c’est possible, à la maison», a rappelé Stéphanie Rist sur BFMTV.

© Florion Goga / REUTERS

Un homme porte un masque en Gironde, France, le 26 juillet 2026.
  •  

Le piège de l’invisible

Tous les jours ou presque, vous buvez l’urine de Napoléon. Ou plutôt, quelques milliers de molécules d’eau passées par son organisme. C’est tout le piège de l’invisible : confondre ce que l’on détecte avec ce qui nous menace. Et cela fausse complètement notre perception du risque.

Ce n’est pas une provocation de comptoir, mais une certitude statistique. Dans chaque verre d’eau que vous portez à vos lèvres, on compte environ 10²⁵ molécules d’eau (un 1 suivi de 25 zéros). Or, toute l’eau liquide de notre planète, essentiellement les mers et les océans, représente à peine 10²¹ verres d’eau. Grâce au cycle de l’eau, qui recycle inlassablement chaque goutte depuis des millénaires, la dilution est telle que chaque verre d’eau que vous buvez aujourd’hui contient statistiquement environ 3 000 molécules d’eau issues du dernier verre bu par l’Empereur. Évidemment, cela fonctionne tout aussi bien avec Jules César, Cléopâtre ou Gengis Khan.

Ce fait vertigineux illustre une limite fondamentale de notre esprit : notre difficulté à appréhender intuitivement l’infiniment grand et l’infiniment petit. C’est précisément dans cette faille cognitive, là où nos repères s’effondrent, que s’engouffre notre peur moderne de la chimie et des polluants invisibles. À en croire le climat d’anxiété ambiant, chaque respiration, chaque gorgée, chaque bouchée contiendrait des polluants chimiques nous rapprochant toujours plus d’un diagnostic de cancer.

À ce vertige des échelles s’ajoute celui de la complexité. La chimie est partout, mais elle est majoritairement invisible, silencieuse et infiniment plus subtile que ce que nos manuels scolaires nous laissent croire. Prenez la combustion d’une goutte de gazole : au collège, on nous l’enseigne sous la forme d’une équation-bilan d’une simplicité enfantine. En réalité, cette réaction implique une cascade chaotique de plus de 1 500 réactions chimiques intermédiaires totalement occultées par les modèles simplifiés. De même, l’air que nous respirons et l’eau qui nous entoure ne sont pas des fluides inertes ; ce sont des réacteurs dynamiques, sièges incessants de réactions chimiques invisibles initiées par les rayons ultraviolets, les gaz à l’état de traces ou les équilibres acido-basiques. Cette complexité sous-jacente nous échappe, et ce que notre esprit ne peut ni voir ni comprendre, il préfère le craindre.

Pourtant, un coup d’œil aux données démographiques révèle un paradoxe saisissant. Notre espérance de vie ne cesse de croître et semble même suivre une trajectoire inversement proportionnelle à la fréquence des pseudo-scandales sanitaires sortant dans la presse française. C’est simple, nous n’avons jamais vécu aussi longtemps, en si bonne santé, et dans un environnement aussi protégé des grands fléaux historiques. Comment expliquer que plus le risque réel diminue, plus notre peur et notre intolérance au risque résiduel augmentent ? La réponse ne se trouve pas dans la dégradation de notre monde, mais dans les replis de notre pensée. Pour comprendre cette panne de repères face à l’atome, il faut d’abord disséquer le fonctionnement de notre logiciel cérébral.

Notre cerveau, ce piètre statisticien de l’invisible

Notre cerveau n’a pas fait sa mise à jour depuis l’âge de pierre. Conçu pour survivre dans la savane face à des menaces immédiates et tangibles, telles que le bruissement d’un fauve dans les hautes herbes, il peine à évaluer rationnellement les risques abstraits, statistiques et invisibles du XXIᵉ siècle.

Le premier bug de notre pensée réside dans la confusion systématique entre deux concepts fondamentaux : le danger et le risque. Le danger est la propriété intrinsèque d’une chose à causer un dommage. Le risque, lui, est la probabilité que ce dommage survienne. La distinction repose entièrement sur une variable que notre esprit adore ignorer : l’exposition.

La formule scientifique est pourtant simple : Risque = Danger × Exposition

Un lion est un danger mortel. Mais si ce lion est enfermé derrière les barreaux d’un zoo, le risque pour le visiteur est nul, car l’exposition est nulle. Face à une molécule chimique, notre cerveau réagit trop souvent de manière binaire : « C’est un poison, donc c’est dangereux, donc je vais mourir. » Il refuse d’intégrer le fait que c’est la dose et la fréquence d’exposition qui créent la réalité du risque.

Infographie expliquant la notion de risque selon l'exposition face à un danger représenté par un lion.

Cette faille est amplifiée par le biais de contrôle. Pourquoi acceptons-nous de rouler à 130 km/h sur l’autoroute, ce qui représente pourtant un risque réel, statistique et mortel, tout en paniquant à la vue d’une antenne relais ou de traces de glyphosate sur une pomme ? Parce que lorsque nous tenons le volant, nous avons l’illusion de maîtriser la situation (un risque actif et choisi). Face à une molécule invisible dans notre alimentation, nous subissons la situation (un risque passif et subi). L’absence de contrôle manuel déclenche instantanément l’alarme de notre anxiété. Et c’est précisément ce sentiment d’impuissance face à l’invisible qui nourrit notre hantise la plus profonde, le roi incontesté de nos cauchemars modernes : le cancer.

Cancer : causes évitables et loterie funeste

J’approfondis
Un homme accroché à l'aiguille d'une roue de la fortune pointant vers un segment rouge symbolisant un virus.

Le piège des traces, ou l’art de mesurer le néant

C’est le grand paradoxe de notre époque : nous exigeons de la science médicale qu’elle nous protège tout en développant une suspicion maladive à l’égard de ses applications industrielles. Cette méfiance s’est nourrie d’une révolution technologique silencieuse, celle de la métrologie. En voulant traquer l’invisible pour nous rassurer, nous avons fini par concevoir des instruments si sensibles qu’ils ont redéfini la notion même de pureté, transformant chaque mesure en source de panique.

Dans les années 1970, nous mesurions les substances en parties par million (ppm, soit 10⁻⁶). Aujourd’hui, nous détectons couramment la partie par milliard (ppb, 10⁻⁹), voire la partie par trillion (ppt, 10⁻¹²). Pour matérialiser cette échelle, détecter une partie par trillion revient à repérer une goutte d’eau spécifique diluée dans une vingtaine de piscines olympiques.

En atteignant cette précision divine, nous sommes tombés dans le piège des traces : pour le grand public, « détectable » est devenu synonyme de « toxique ». Nous confondons la performance de nos outils de mesure avec la contamination de notre environnement. En réalité, ce n’est pas la pollution de notre monde qui s’est envolée, c’est notre capacité technologique à mesurer le néant qui est devenue extraordinaire.

En dessous d’un certain seuil, notre organisme, rodé par des millions d’années de confrontation avec des toxines environnementales, métabolise et élimine ces traces infinitésimales sans la moindre difficulté. Notre quête d’une « pureté absolue » exempte de la moindre trace est une chimère technologique. Une quête qui s’accompagne d’une profonde amnésie : pour trembler devant des fractions de milliardièmes de gramme, il faut avoir oublié la brutalité d’un monde qui n’en contenait aucune. Il serait bon de se rappeler ce principe fondamental de Paracelse :

« Toutes les choses sont poisons, et rien n’est sans poison, seule la dose fait qu’une chose n’est pas poison »

Ce célèbre principe, énoncé par le médecin suisse du XVIᵉ siècle, reste aujourd’hui encore un pilier fondamental de la toxicologie moderne. Son message est simple : la frontière entre un aliment inoffensif et un poison n’est pas une question de nature, mais de quantité. Même l’eau, indispensable à la vie, devient mortelle si l’on en ingère 6 à 7 litres en quelques heures, provoquant un œdème cérébral par dilution du sodium sanguin. À l’inverse, des molécules réputées mortelles comme l’arsenic ou le cyanure sont présentes à l’état de traces naturelles dans le riz ou les pépins de pommes sans aucun impact sur notre santé, notre corps sachant les éliminer tant qu’un certain seuil biologique n’est pas franchi.

Perturbateurs endocriniens : la dose ne fait pas tout

J’approfondis
Silhouette humaine translucide enflammée d'énergie bleue et orange en position d'effort.

Pour évaluer le danger, la toxicologie moderne sépare deux réalités.

Premièrement, la toxicité aiguë : c’est l’effet d’une dose massive unique avec un risque immédiat. On la mesure historiquement par la DL50 (Dose Létale 50), la quantité qui tue la moitié d’une population de test. À ce jeu, la reine absolue est la toxine botulique (le Botox) : il suffit de 70 nanogrammes pour tuer un adulte de 70 kg (un grain de poussière invisible). À l’inverse, il faudrait enchaîner près de 80 expressos d’un coup pour atteindre la dose létale de caféine (~12 grammes).

Infographie présentant la toxicité de différentes substances classées de la moins dangereuse à la plus toxique.

Deuxièmement, la toxicité chronique : c’est le risque à long terme qui naît ici de la répétition de petites doses sur des décennies. Pour les substances classiques, liées à un effet d’accumulation (comme le plomb), on calcule la DJA (Dose Journalière Admissible) à partir du seuil sans effet mesuré chez l’animal (le NOAEL). Pour les substances génotoxiques (qui mutent directement l’ADN), la science applique par prudence un modèle « sans seuil » : chaque dose, aussi infime soit-elle, ajoute une probabilité statistique de développer la maladie.

Les seuils DL50 et NOAEL sont déterminés classiquement sur des rats. À partir du NOAEL, on calcule ensuite une dose journalière admissible (DJA) pour les humains en tenant compte de la différence de poids et de métabolisme entre humains et rats et en divisant par un facteur 100 ou plus par sécurité.

L’amnésie historique : quand la chimie nous protégeait du chaos biologique

Notre époque fantasme volontiers les années 1950 et 1960 comme une ère de pureté originelle et de communion avec la nature. C’est un contresens historique majeur. À cette époque, l’alimentation n’était pas plus saine ; elle était simplement beaucoup plus dangereuse.

En 1954, à peine 8 % des ménages français possédaient un réfrigérateur. La chaîne du froid était un concept théorique. En été, les intoxications collectives à la salmonelle ou au staphylocoque doré après des banquets étaient courantes et parfois mortelles. Les conserves de légumes faites maison, mal stérilisées, propageaient régulièrement le botulisme, une toxine biologique d’une virulence extrême qui paralyse et tue en quelques jours. Boire du lait naturel au sortir de la ferme exposait directement à la tuberculose bovine ou à la brucellose.

C’est la chimie de synthèse qui a dressé un bouclier sanitaire entre l’humanité et la violence biologique de la nature et permis d’éradiquer le choléra et la typhoïde de nos réseaux d’eau ou d’empêcher la prolifération des mycotoxines, des poisons naturels sécrétés par des moisissures, sur les céréales.

Nous avons collectivement troqué un risque aigu, immédiat et naturel (la bactérie, la pourriture ou la famine) contre un risque statistique, chronique et hypothétique (l’additif ou le conservateur). Or, c’est précisément cette disparition des menaces immédiates qui a ouvert la voie à notre nouvelle névrose.

Pour une écologie de la raison

« Moins on est exposé à la mort, plus chaque mort résiduelle devient insupportable. » Dans notre société ultra-sécurisée, la disparition des grands périls biologiques a laissé la place à une intolérance absolue envers la moindre incertitude.

Cette hypersensibilité aux micro-risques nous égare. À force de mobiliser notre énergie politique, médiatique et financière à traquer des picogrammes de molécules synthétiques dans notre eau ou nos assiettes, nous commettons une tragique erreur d’échelle. Pendant que nous paniquons devant l’invisible théorique, nous fermons les yeux sur les vrais facteurs de mortalité évitable qui se mesurent, eux, en grammes ou en kilogrammes dans notre quotidien : la sédentarité, le manque de sommeil, l’alcool, le tabac et la surcharge pondérale.

Il est temps de sortir de l’hypocondrie environnementale. Pour notre propre santé mentale et physique, réapprenons à mesurer ce qui compte vraiment.

Pourquoi avons-nous peur de la chimie ? Et à qui profite cette peur ?
Tout l’été, Les Électrons Libres publient quelques extraits de leur nouveau livre, disponible en précommande (-5%) : Naturellement chimique.

L’article Le piège de l’invisible est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

  •  

États-Unis : davantage de peptides en pharmacie malgré le peu d’informations sur leurs risques ?

Alors que les experts de la Food and Drug Administration (FDA) se sont prononcés contre l’élargissement de la liste des peptides accessibles sur le marché, une commission consultative a voté en sa faveur. Un premier pas vers la commercialisation du BPC-157, dit “Wolverine”.

© DADO RUVIC/REUTERS

Une seringue prélevant un liquide dans une fiole devant le logo de l’agence américaine du médicament (image d’illustration).
  •  

Noyades mortelles : 274 personnes ont perdu la vie, dont 37 enfants et adolescents, depuis le 1er mai

Au total, 925 noyades ont eu lieu entre le 1er mai et le 15 juillet, dont sept sur dix n’ont pas été mortelles - mais peuvent être suivies de lourdes séquelles -, ce qui marque une augmentation de 14% comparée à l’an dernier.

© Tom Nicholson / REUTERS

Environ quatre noyades mortelles sur cinq (79%) ont eu lieu lors des jours de «vigilance canicule», entre le 1er mai et le 15 juillet. (Photo d’illustration)
  •  

Une nature chimiquement pure ?

Les « produits chimiques » sont partout : sur notre peau, dans l’air, dans l’eau, dans nos assiettes. Ils inquiètent et révoltent… Une menace invisible, dont le coupable semble évident : l’industrie. Car dans l’imaginaire collectif, chimique rime avec synthétique. Et pourtant…

À table ! Au menu ce midi, un redoutable cocktail de substances chimiques : lycopène, quercétine, phytofluène, hexanal, ou encore kaempférol… Une énième atrocité ultra-transformée pondue par l’agro-industrie pour nous empoisonner ? Détrompez-vous. Il s’agit tout simplement… d’une banale tomate.

Nous avons pris l’habitude de trembler au seul mot de « chimie », l’associant d’emblée aux usines polluantes, aux laboratoires suspects et à la pollution. C’est oublier que la chimie n’est pas l’apanage de l’industrie, c’est la trame même de notre monde. Le vivant, en particulier, est le plus grand chimiste qui soit. Du brin d’herbe aux champignons, en passant par les animaux, chaque organisme est une véritable bio-usine foisonnante, capable de synthétiser des molécules organiques d’une diversité à donner le vertige.

Vouloir « fuir la chimie » est donc une quête totalement illusoire. La chimie, c’est la vie. C’est la matière qui nous constitue de la tête aux pieds. Agité comme un épouvantail, le terme « produit chimique » n’a donc finalement, d’un point de vue purement scientifique, aucune espèce de pertinence.

Mais admettons-le, dans notre langage courant, la force de l’usage a fini par donner un tout autre sens à cette expression : elle désigne plutôt les substances que l’humain fabrique lui-même, par des procédés artificiels. En bref, le produit de synthèse.

Ce qui nous amène à la véritable question : un produit synthétique est-il, par essence, plus dangereux qu’un produit naturellement issu du vivant ?

Appel à la nature

« 99 % d’ingrédients d’origine naturelle », « La nature a bon goût », « L’efficacité au naturel »… Impossible d’y échapper. Le marketing du « naturel » s’affiche partout, comme une promesse implicite de qualité et d’innocuité. C’est beau, c’est poétique, mais c’est surtout oublier un peu vite que Mère Nature ne nous veut pas que du bien.

Prenez la substance chimique la plus létale connue à ce jour : la toxine botulique. Elle n’a pas été concoctée dans un laboratoire militaire clandestin ou par une obscure multinationale de la pétrochimie. C’est une substance 100 % naturelle, produite par une simple bactérie, Clostridium botulinum. Une seule cuillère à soupe de ce redoutable poison suffirait, en théorie, à rayer de la carte l’intégralité de la population française. Et le catalogue des horreurs naturelles est sans fin : la tétrodotoxine du poisson-globe, la ricine de l’arbrisseau du même nom, l’amatoxine de l’amanite phalloïde… Un livre entier ne suffirait pas à lister l’arsenal mortel du vivant.

À l’inverse, « synthétique » ne rime pas forcément avec « toxique », simplement parce que la frontière entre les deux mondes n’est souvent qu’une pure illusion. Qu’on vous vende une vitamine C à prix d’or sous l’étiquette « extraite d’acérola sauvage » ou pour quelques centimes au rayon pharmacie, la molécule est strictement la même. Atome pour atome.

Mieux encore : la synthèse en laboratoire permet bien souvent d’améliorer les substances naturelles dont elle s’inspire. Qui se souvient du remède de cheval qu’utilisaient nos ancêtres pour faire baisser la fièvre, avant que les chimistes de Bayer ne s’en inspirent pour synthétiser l’aspirine, l’un des médicaments les plus consommés de l’histoire humaine ?

L’aspirine : quand la chimie corrige le brouillon de la nature

J’approfondis
Un grand comprimé effervescent décoré d'une illustration artistique posé à côté d'un verre d'eau.

Même logique dans l’agriculture, avec son croquemitaine du moment : les néonicotinoïdes. Des molécules de synthèse qui ont été conçues pour remplacer un insecticide « 100 % naturel » autrefois très populaire : la nicotine, extraite du tabac. Or, cette dernière est une neurotoxine extrêmement dangereuse pour l’être humain, notamment pour les agriculteurs qui la manipulaient. En la retravaillant en laboratoire, les chimistes ont mis au point des molécules capables de cibler efficacement les insectes ravageurs, tout en réduisant fortement leur toxicité pour les mammifères que nous sommes.

Exposés ?

Certains objecteront : « D’accord, la ciguë ou l’amanite phalloïde sont toxiques, mais on n’en sert pas au dîner ! Alors que les résidus de pesticides, si. » L’argument s’entend. Pourtant, croire que nos repas « naturels » sont des sanctuaires de pureté est une douce illusion. Sans vouloir vous couper l’appétit, les toxines s’invitent à chaque bouchée.

Pesticides bio vs. conventionnels : le vrai match des risques

J’approfondis
Vue en contre-plongée de deux figures translucides, l'une verte et l'autre bleue, se rejoignant du bout des doigts.

D’abord, parce qu’au fil de l’évolution, les plantes ont développé un arsenal de défense redoutable pour éviter d’être mangées. Des pesticides 100 % naturels, en quelque sorte. C’est ainsi que l’on retrouve des glucosinolates dans le chou, de la solanine dans la pomme de terre, de l’estragole dans le basilic, ou de l’acide caféique dans votre expresso.

Ensuite, parce que la cuisson génère elle-même certaines molécules problématiques. Prenez le sacro-saint barbecue dominical, symbole de la convivialité et du retour aux sources. Lorsque la graisse de votre belle entrecôte tombe sur les braises rougeoyantes, elle s’enflamme et libère des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) qui viennent se déposer sur la viande. Une délicieuse croûte au goût de fumé, qui s’avère être un cocktail de puissants cancérigènes naturels. Même constat au petit-déjeuner : cette odeur exquise de pain grillé est le résultat de la réaction de Maillard, qui synthétise naturellement de l’acrylamide, une molécule aux effets neurotoxiques classée « cancérogène probable ».

Enfin, la planète elle-même assaisonne nos plats. La croûte terrestre regorge de métaux lourds qui n’ont pas attendu l’industrie pour s’infiltrer dans la chaîne alimentaire. Votre riz, même estampillé 100 % bio, absorbe goulûment l’arsenic naturel des sols inondés. Et ce carré de chocolat noir d’exception vous livre au passage sa dose de cadmium, un métal lourd puisé par les racines du cacaoyer.

Face à ce palmarès, une objection tenace surgit souvent : « Nous sommes adaptés aux toxines naturelles depuis des millénaires, contrairement aux molécules de synthèse ! » Séduisant… mais faux. D’abord, parce que notre alimentation est extrêmement récente à l’échelle évolutive. L’agriculture n’a que 10 000 ans, et nombre de nos aliments quotidiens (café, tomate, pomme de terre…) proviennent de régions découvertes très tardivement. L’évolution humaine est ainsi bien trop lente pour avoir forgé une résistance « sur mesure », d’autant que les plantes ne sont pas figées : elles modifient sans cesse leur arsenal chimique.

En réalité, notre organisme ne fait aucune différence entre naturel et synthétique. Face à une molécule étrangère, il déploie des mécanismes de défense généralistes (enzymes de détoxification, réparation de l’ADN) qui traitent la menace de la même façon. Qu’elle sorte d’une usine… ou d’un potager.

Une question de dose

Mais il est vrai que ce catalogue de substances toxiques ne signifie pas grand-chose tant qu’on ne parle pas de quantités. Dès lors, une question s’impose : les doses de ces toxines naturelles ne sont-elles pas tout simplement trop faibles pour avoir la moindre importance ?

Oui… et non.

Car c’est précisément ici que les chiffres viennent dynamiter nos intuitions. En moyenne, nous ingérons chaque jour près de 1,5 gramme de toxines naturellement produites par les plantes. Une quantité qui, fort heureusement, reste sans conséquence notable pour notre santé, notamment parce que fruits et légumes apportent simultanément un véritable arsenal de composés bénéfiques : vitamines, fibres, polyphénols, antioxydants et bien d’autres.

Mais cette exposition, pourtant considérée comme faible, écrase littéralement celle aux résidus de pesticides de synthèse qui suscitent tant d’inquiétudes. En moyenne, notre exposition quotidienne à ces derniers atteint à peine 0,09 milligramme. Autrement dit, nous absorbons environ 15 000 fois plus de toxines naturelles que de résidus de pesticides synthétiques.

Une simple tasse de café contient, en masse, davantage de composés naturels identifiés comme cancérogènes que l’ensemble des résidus de pesticides de synthèse que vous consommerez au cours d’une année entière.

Infographie explicative sur la présence de pesticides naturels comme l'acide caféique dans une tasse de café.

Ce constat vertigineux, nous le devons au biochimiste Bruce Ames et à sa collègue Lois Swirsky Gold, de l’université de Berkeley. Dans les années 1990, leurs travaux provoquent une véritable déflagration dans le monde de la toxicologie. Et les deux chercheurs ne se contentent d’ailleurs pas de comparer des quantités : ils mettent au point un indicateur destiné à hiérarchiser objectivement les risques, l’indice HERP (Human Exposure / Rodent Potency).

Son principe est simple : rapporter la dose réellement ingérée par un être humain à la dose qui provoque un cancer chez 50 % des rongeurs de laboratoire. Une manière de replacer le danger dans son contexte réel d’exposition.

Lorsqu’ils appliquent cet outil à un panel de substances présentes dans notre alimentation, sans distinction entre « naturel » et « synthétique », les résultats bousculent de nombreuses certitudes. Loin derrière le tabac ou l’alcool apparaissent en bonne place plusieurs composés naturels pourtant présents dans des aliments ordinaires : l’estragole du basilic, certaines toxines des champignons de Paris ou encore l’acide caféique du café. Les résidus de pesticides de synthèse, eux, végètent tout en bas du classement, tant les quantités auxquelles nous sommes réellement exposés sont infinitésimales.

Infographie comparant l'indice HERP de différentes substances cancérigènes naturelles et synthétiques.

L’effet cocktail du pot-au-feu

Mais pas si vite. Car aujourd’hui, les toxicologues savent que la dose ne fait pas tout. Depuis plusieurs années, les inquiétudes se cristallisent autour du fameux « effet cocktail » : l’idée selon laquelle l’accumulation de nombreuses molécules présentes à l’état de traces pourrait produire des effets que chacune, prise isolément, ne provoquerait pas.

Une question qui soulève une autre question : pourquoi ce raisonnement ne s’appliquerait-il qu’aux molécules de synthèse ? Après tout, notre alimentation est déjà un gigantesque cocktail chimique. Si l’on pousse la logique jusqu’au bout, faudrait-il s’inquiéter des interactions entre les milliers de substances naturelles contenues dans nos fruits et légumes ? Un poireau associé à une carotte pourrait-il devenir un dangereux mélange explosif ?

Le même biais apparaît dans le débat sur les perturbateurs endocriniens. Souvent présentés comme la marque de fabrique de l’industrie chimique, ces composés capables d’interférer à très faible dose avec notre système hormonal sont pourtant loin d’être une invention humaine. La nature en produit elle aussi à profusion. Le soja, par exemple, contient de fortes concentrations d’isoflavones, des phytoœstrogènes naturels dont l’activité biologique est parfaitement documentée. De nombreuses plantes fabriquent également leurs propres leurres hormonaux afin de perturber la croissance, la reproduction ou le développement des insectes qui les attaquent.

Autrement dit, dès lors que l’on admet que de faibles doses peuvent avoir des effets biologiques significatifs, il devient difficile de réserver cette inquiétude aux seules molécules issues de l’industrie. Là encore, la frontière entre « naturel » et « synthétique » apparaît beaucoup moins nette qu’on ne l’imagine.

Malentendu chimique

Au fond, le véritable problème n’est peut-être pas la chimie, mais notre manière d’en parler.

Depuis des décennies, nous avons pris l’habitude de diviser le monde en deux catégories rassurantes : d’un côté le naturel, supposé bon et inoffensif ; de l’autre le synthétique, forcément suspect. Une grille de lecture séduisante, simple à comprendre, simple à vendre aussi. Mais la réalité refuse obstinément de s’y plier.

Les molécules n’ont ni intention ni origine morale. Elles ne savent pas si elles ont été fabriquées par une plante, une bactérie ou un réacteur industriel. Certaines sont dangereuses, d’autres bénéfiques, la plupart sont inoffensives aux doses auxquelles nous y sommes exposés. La seule manière de les distinguer n’est ni l’intuition, ni le marketing, ni l’appel à la nature : c’est l’évaluation scientifique.

Cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à surveiller les pesticides, les perturbateurs endocriniens ou les polluants industriels. Au contraire. Mais pour identifier les vrais risques, encore faut-il accepter de regarder les preuves plutôt que l’origine supposée des molécules.

Car la chimie n’est pas l’ennemie. Elle est partout autour de nous, partout en nous. Et la comprendre reste sans doute le meilleur antidote à la peur qu’elle inspire.

Pourquoi avons-nous peur de la chimie ? Et à qui profite cette peur ?
Tout l’été, Les Électrons Libres publient quelques extraits de leur nouveau livre, disponible en précommande (-5%) : Naturellement chimique.

L’article Une nature chimiquement pure ? est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

  •  

Canicule : 5764 morts en excès pendant l’épisode de juin en France, une surmortalité jamais observée depuis 2003

DÉCRYPTAGE - «Toutes les classes d’âge à partir de 15 ans», avec une «augmentation marquée dès 45 ans», ont été touchées par cette surmortalité, alors que presque toute la population hexagonale (98,5%) a été affectée par les chaleurs extrêmes du 17 juin au 2 juillet.

© Benoit Tessier / REUTERS

La canicule a fait plus de 5 700 morts en excès en juin.
  •  

Sihoo Doro C300 Pro V2 : la chaise ergonomique à soutien adaptatif qui bouscule le rapport qualité-prix [Sponso]

Cet article a été réalisé en collaboration avec Sihoo

Entre les chaises ergonomiques onéreuses, les modèles gaming ni esthétiques ni confortables et l’entrée de gamme risquée côté santé, Sihoo propose une alternative intéressante à plus d’un titre.

Cet article a été réalisé en collaboration avec Sihoo

Il s’agit d’un contenu créé par des rédacteurs indépendants au sein de l’entité Humanoid xp. L’équipe éditoriale de Numerama n’a pas participé à sa création. Nous nous engageons auprès de nos lecteurs pour que ces contenus soient intéressants, qualitatifs et correspondent à leurs intérêts.

En savoir plus

  •  

Pourquoi il ne faut jamais regarder le Soleil à l’œil nu (même pendant l’éclipse du 12 août 2026)

L'éclipse du 12 août 2026 visible en France est l'occasion de le rappeler : tenter de regarder le Soleil en face, même quelques secondes, est un défi complètement idiot. Avec ou sans éclipse, observer l'astre en vision directe sans protection expose à d'énormes risques, dont l'altération définitive de la vue.

  •  

Le lien entre exposition à la pollution plastique et maladies cardiaques se confirme

Les personnes victimes d’accidents cardiaques sont bien plus nombreuses à présenter des particules de plastique dans le sang que celles qui n’ont pas de pathologie cardiaque, d’après les résultats d’une nouvelle étude. L’exposition à ces polluants semble donc être un facteur de risque important en la matière, tout comme l’hypertension ou le fait de fumer.

© PHOTO ÉRIC GAILLARD/REUTERS

Un échantillon d’eau de la Méditerranée contenant des microplastiques qui sera examiné par une biologiste du CNRS, à Villefranche-sur-Mer (Alpes Maritimes), le 19 octobre 2018.
  •  

Laissons la science éclairer, pas la peur gouverner

Depuis des mois, la question de la réintroduction de l’acétamipride affole le débat public. Elle est à nouveau soumise au vote des parlementaires. Et, une fois de plus, l’instrumentalisation militante prend le pas sur la raison et tourne le dos aux principes des Lumières.

Il est grand temps de revenir au temps des Lumières.

Non par nostalgie d’un âge d’or qui n’a jamais existé, ni par idéalisation naïve d’un progrès qui résoudrait tout, mais pour retrouver ce qui constituait l’exigence première de ceux qui décidèrent de lutter contre l’obscurantisme, les dogmes, les superstitions et l’arbitraire de l’autorité : soumettre nos croyances, nos intuitions et nos peurs à l’épreuve de la raison, des faits et de la contradiction.

Force est de constater qu’aujourd’hui, alors même que nous n’avons jamais disposé d’autant de connaissances ni d’outils pour comprendre le monde, le débat public emprunte trop souvent le chemin inverse. L’émotion y tient lieu de preuve, l’indignation de démonstration, la répétition d’un récit militant ou politicien de vérité établie. Un chiffre sorti de son contexte, une trace détectée, une association statistique ou un risque simplement imaginable suffisent parfois à imposer une conclusion et à réclamer une décision politique avec véhémence, voire violence.

Le doute, pourtant consubstantiel à la démarche scientifique, est alors soit présenté comme une faiblesse, soit détourné pour prétendre que toutes les opinions se valent. Or la science ne consiste ni à affirmer que l’on sait tout, ni à renoncer à distinguer le vrai du faux. Elle consiste à rechercher patiemment ce qui résiste à l’examen des faits, à mesurer l’incertitude et à accepter de corriger ses conclusions lorsque les preuves l’exigent.

Cette distinction est essentielle lorsqu’il s’agit d’éclairer les politiques publiques. La science ne décide pas à la place des citoyens ou des élus. Elle doit en revanche préciser ce que nous savons, ce que nous ignorons, la solidité des preuves, l’ampleur des effets et les conséquences prévisibles de nos choix. Les scientifiques doivent participer au débat de l’agora, mais les considérations politiques ne devraient jamais guider son prisme analytique en amenant à une présentation des résultats biaisée et incomplète. À défaut, la politique publique ne repose plus sur la connaissance, mais sur la peur, l’émotion ou l’idéologie et donc, in fine, sur de la désinformation.

L’épidémiologie des cancers diagnostiqués avant 50 ans en offre un premier exemple. Avec mon confrère le Pr Jacques Robert, nous avons été interpellés par la manière dont les chiffres du nombre de cancers dans le monde pouvaient être déformés dans certains articles grand public puis repris à des fins politiques ou militantes par certains peu scrupuleux à jouer avec les peurs. Ainsi le chiffre de 80 % d’augmentation du nombre de cas dans le monde en 30 ans chez les moins de 50 ans a été repris et amplifié, rapidement présenté comme un doublement et donc une « explosion », « une épidémie » voire un « tsunami » de cancers. Ce chiffre était juste et publié, mais en reprenant l’évolution du nombre d’habitants dans le monde, du vieillissement de la population, on obtenait en fait une augmentation de l’ordre de 30 % des cas par rapport au nombre de cas attendus. Plus complexe encore, cette augmentation ne pouvait pas s’étendre sans analyse complémentaire à la France compte tenu des disparités mondiales, notamment par exemple en termes de proportion des moins de 50 ans très disparate ou encore de facteurs de risque évitables (par exemple hépatite virale et cancers du foie) très dépendants des politiques vaccinales selon les pays étudiés.

Nous avons donc mené une étude originale que nous avons voulu réserver en exclusivité à la revue Science et Pseudo-Sciences de juillet 2026 afin d’en faire profiter très rapidement et largement le grand public, publication très complémentaire du dernier rapport de l’épidémiologie des cancers en France récemment publié par l’Institut national du cancer (INCa).

Environ 430 000 cancers sont diagnostiqués chaque année en France et près de 90 % surviennent toujours après 50 ans. Les cancers diagnostiqués entre 20 et 49 ans représentent approximativement 40 000 cas par an, soit moins d’un cancer sur dix, et leur poids dans l’ensemble du fardeau du cancer n’a que peu changé, voire a diminué en 30 ans : ils représentaient 15 % de l’ensemble des cancers en 1990 contre 9,3 % en 2023. Conséquence directe du fait que le nombre des plus de 50 ans a augmenté de 75 % en France depuis 1990, passant de 16 à 28 millions d’habitants. Loin de « l’épidémie » annoncée par certains, le cancer demeure, avant tout, une maladie liée à l’âge et au hasard au gré de mutations clés survenant au cours de la vie.

Notre analyse a permis malgré tout de mettre en évidence une réalité encore non rapportée : les évolutions de l’incidence des cancers chez les moins de 50 ans diffèrent radicalement selon le sexe. Entre 1990 et 2023, le nombre annuel de cancers chez les hommes de 20 à 49 ans est resté globalement stable, passant d’environ 13 500 à 13 200 cas. Chez les femmes, il est passé d’environ 16 700 à 25 300 cas, soit une augmentation de plus de 50 %, cohérente avec les taux d’incidence standardisés passés de 103 cas pour 100 000 habitants en 1990 à 106 en 2023 chez l’homme, et de 127 pour 100 000 en 1990 à 198 en 2023 chez la femme.

La dynamique observée avant 50 ans est donc essentiellement féminine. Elle est portée pour une large part par quelques localisations, notamment le cancer du sein, qui représente à lui seul près de la moitié des cancers féminins avant 50 ans, mais aussi par l’évolution du cancer du côlon (environ 7 % de la hausse) ou du poumon (environ 6 % de la hausse) chez les femmes et par certains diagnostics plus précoces. Chez l’homme, il y a eu des hausses (cancers du côlon également), mais aussi des baisses (cancers du poumon, grâce à la baisse du tabagisme chez les jeunes dans les années 90) qui globalement ont équilibré les comptes.

Cette réalité complexe ne plaide donc pas pour l’existence d’une cause unique et cachée, d’un « facteur X » qui résoudrait tout. Elle évoque plutôt l’addition de phénomènes déjà en partie identifiables : effets de cohorte liés au tabagisme féminin, évolutions hormonales et reproductives, recul de l’âge de la première grossesse, réduction du nombre d’enfants, augmentation du surpoids, modifications des modes de vie, amélioration de l’imagerie et diagnostics réalisés plus précocement.

Il reste indispensable de poursuivre la recherche et de surveiller cette population. Il faut identifier les sous-groupes dans lesquels l’incidence augmente réellement, comprendre les causes évitables et adapter les stratégies de prévention. Mais cibler les adultes jeunes ne nécessite pas d’inventer une épidémie générale ni un facteur environnemental unique. L’inquiétude peut être légitime sans que l’exagération le soit.

Le débat sur les pesticides obéit souvent aux mêmes mécanismes.

Nos moyens analytiques permettent aujourd’hui de détecter des quantités extraordinairement faibles de substances : quelques nanogrammes dans l’eau de pluie, des traces dans le liquide céphalorachidien d’enfants, dans le sperme, le miel ou une pâte à tartiner. Ces résultats sont ensuite présentés comme la démonstration d’une contamination générale et d’un danger sanitaire imminent.

Mais détecter n’est pas démontrer une toxicité. Et identifier le danger potentiel d’une molécule ne suffit pas à quantifier le risque réel. Tout dépend de la dose, de la durée, de la voie d’exposition et des concentrations susceptibles d’atteindre un organe. Présenter une concentration en nanogrammes sans la comparer à la dose journalière admissible, aux niveaux d’exposition habituels, aux doses sans effet observé ou aux doses toxiques utilisées chez l’animal revient à retirer au chiffre toute signification sanitaire.

Ainsi, une étude pilote suisse a été largement mobilisée lors des mobilisations anti-loi Duplomb pour affirmer que l’acétamipride « baignait dans le cerveau des enfants ». Elle portait pourtant sur seulement quatorze enfants âgés de 3 à 18 ans, tous hospitalisés pour une leucémie ou un lymphome, sans groupe témoin composé d’enfants en bonne santé. Le principal composé retrouvé n’était pas l’acétamipride lui-même, mais son métabolite, la N-desméthyl-acétamipride, détectée dans 93 % des échantillons de liquide céphalorachidien. La concentration médiane mesurée était de 0,0123 nanogramme par millilitre, soit environ une molécule de ce métabolite pour 1 000 milliards de molécules d’eau. Rapportée à la totalité du liquide céphalorachidien d’un enfant, elle correspondrait à seulement un à deux nanogrammes de substance, sous réserve que cette concentration soit homogène dans tout le compartiment.

Pour restituer l’ordre de grandeur, des études ont mesuré dans le liquide céphalorachidien des concentrations de nicotine comprises entre 6 et 215 nanogrammes par millilitre, soit environ 500 à 17 500 fois davantage. Pour la cotinine, principal métabolite de la nicotine, les concentrations rapportées atteignent 3,5 à 30,4 nanogrammes par millilitre chez des personnes non-fumeuses exposées au tabagisme passif, soit environ 300 à 2 500 fois la concentration médiane de N-desméthyl-acétamipride observée dans cette petite étude. Chez les fumeurs, elles peuvent être plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers de fois supérieures.

Cette confusion entre présence, danger et risque permet toutes les instrumentalisations. Le cancer, parce qu’il effraie et touche presque toutes les familles, devient alors un outil rhétorique extrêmement puissant. Il suffit d’associer le nom d’une molécule au mot « cancer » pour donner à une hypothèse fragile l’apparence d’une urgence sanitaire.

C’est dans ce contexte que certains souhaitent étendre ou constitutionnaliser un principe de précaution sanitaire toujours plus large. L’intention peut sembler louable et raisonnable. Pourtant, un principe de précaution privé d’analyse des ordres de grandeur, du niveau de preuve, des bénéfices attendus et des conséquences alternatives devient rapidement l’inverse de la rationalité des Lumières.

Il ne s’agit plus alors de précaution, mais d’un principe de peur.

Une innovation, une technologie, une molécule ou une politique pourraient être rejetées dès lors qu’un risque hypothétique ne peut être totalement exclu. Or le risque zéro n’existe pas. Refuser une décision comporte également des risques : pertes agricoles, augmentation des importations, recours à d’autres substances parfois moins évaluées, renoncement technologique, aggravation des inégalités ou détournement de ressources publiques au détriment de risques beaucoup plus importants.

Le principe de précaution ne doit pas devenir un principe d’inaction. Il ne doit pas davantage servir d’instrument juridique permettant à celui qui suscite le plus de peur d’imposer ses croyances à l’ensemble de la collectivité. Un tel système serait non seulement scientifiquement irrationnel, mais démocratiquement dangereux.

Une démocratie éclairée doit donc réapprendre à hiérarchiser les risques. Cela ne signifie pas nier les risques faibles, mais les replacer à leur juste niveau. Cela signifie distinguer une hypothèse d’une preuve, une association d’une causalité, une trace d’une dose toxique, un danger théorique d’un risque réel.

Revenir aux Lumières, c’est accepter que la réalité résiste parfois à nos préférences politiques. C’est reconnaître que la science est révisable sans être relative, incertaine sans être impuissante. C’est demander aux chercheurs d’exposer leurs incertitudes, aux journalistes de restituer les ordres de grandeur et aux responsables politiques de ne pas transformer chaque signal en arme émotionnelle.

La démocratie ne demande pas à la science de gouverner. Elle lui demande d’éclairer.

Encore faut-il accepter la lumière à tous les étages, y compris lorsqu’elle dérange nos croyances.

Portrait 3D d'un homme souriant portant des lunettes de soleil et un casque audio.

Par Benjamin Sire

Une réintroduction de l’acétamipride ? Pas vraiment…

Nous y revoilà ! Après avoir été retoquée par le Conseil constitutionnel dans le cadre de son examen de la loi Duplomb, l’été dernier, la réintroduction de l’acétamipride a été votée par les députés, hier soir, avant de passer devant le Sénat aujourd’hui.

Mais le texte adopté diffère largement du précédent et s’inscrit dans le projet de loi d’urgence agricole qui était l’objet global du scrutin. Il reprend les compromis nés de la commission mixte paritaire qui s’est réunie le 16 juillet.

Ce que la commission mixte paritaire a changé

Censuré le 7 août 2025, l’article 2 de la loi Duplomb ouvrait une large dérogation en faveur de la réintroduction du néonicotinoïde interdit en 2018. Un décret pouvait, à titre exceptionnel et pour faire face à une menace grave compromettant la production agricole, autoriser son emploi dès lors qu’aucune alternative satisfaisante n’existait et qu’un plan de recherche était engagé. Aucune filière n’était nommée, aucune durée n’était fixée, aucun mode d’application n’était exclu. Un conseil de surveillance rendait un avis au terme de trois ans, puis chaque année, sur le maintien des conditions.

C’est précisément sur ces trois aspects que le Conseil constitutionnel a fondé sa censure. Il relève que la dérogation vaut pour toutes les filières agricoles sans que le législateur ait identifié celles où pèse une menace particulière, qu’elle n’est accordée pour aucune période déterminée, et qu’elle couvre tous les types de traitement, y compris la pulvérisation, qui présente des risques plus élevés de dispersion. Pour se justifier, le Conseil a notamment brandi l’article 1er de la Charte de l’environnement.

La version issue de la commission mixte paritaire du 16 juillet 2026, inscrite à l’article 2 quater du projet de loi d’urgence agricole, répond à ces trois griefs. La filière est nommée : l’acétamipride ne pourra être employé que pour les noisettes, pour une durée de trois ans. La dérogation n’est plus délivrée par décret sur avis d’un conseil de surveillance créé pour l’occasion, mais par le ministère de l’Agriculture après avis de l’Anses, saisie au cas par cas. Le flupyradifurone, l’autre substance visée, est réservé à l’enrobage des semences de betterave et à la pulvérisation sur les pommes et les cerises.

Le compromis a été adopté par huit voix contre quatre, celles de la gauche, et deux abstentions du camp présidentiel. Ses promoteurs y voient une architecture désormais constitutionnelle, même si elle reste contestée.

L’article Laissons la science éclairer, pas la peur gouverner est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

  •  

Canicule : la mortalité a plus que doublé en juin par rapport à la normale en Île-de-France

Ces chiffres sont les plus précis en date sur le bilan sanitaire de la canicule de juin en région parisienne, l’une des plus affectée en matière de mortalité par cet épisode encore plus intense que celui, jusqu’alors inégalé, de 2003.

© Sébastien SORIANO / LE FIGARO

Santé publique France avait, début juillet, dressé un premier tableau de la surmortalité lors de cette canicule. Elle avait évoqué une hausse de plus de 2000 décès sur l’ensemble de la France. (Image d’illustration)
  •  
❌