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Cancer du sein chez les hôtesses de l’air : le coupable est-il à bord ?

40 % de cancers du sein supplémentaires chez les hôtesses de l’air. Un chiffre spectaculaire qui a participé à la première reconnaissance de cette pathologie comme maladie professionnelle. Mais travailler à bord d’un avion augmente-t-il réellement le risque ?L’article Cancer du sein chez les hôtesses de l’air : le coupable est-il à bord ? est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

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Cadmium : la méta-analyse pipée qui a fait basculer l’opinion

« Manger bio permet de réduire de 48 % son exposition au cadmium. » Depuis des mois, médias et politiques répètent ce chiffre avec aplomb. Pourtant, entre manipulation statistique et soupçons de conflits d'intérêts, son histoire est proprement sidérante.L’article Cadmium : la méta-analyse pipée qui a fait basculer l’opinion est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

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Dessaler l’eau de mer, l’angle mort de la « guerre de l’eau »

À Mayotte, l'eau est partout… Sauf au robinet. Une usine de dessalement pourrait mettre fin à la pénurie, mais son chantier est aujourd'hui suspendu, après l'action en justice d'associations environnementales. Prudence légitime, ou dogmatisme ?L’article Dessaler l’eau de mer, l’angle mort de la « guerre de l’eau » est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

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Prolétaires de tous les pays, capitalisez !

Faire fructifier nos cotisations plutôt que les engloutir ? La retraite par capitalisation est une nécessité, tant notre système par répartition est au bord du gouffre. La transition est possible. Refuser de la faire, c’est laisser les plus précaires au bord du chemin.

Dans le débat présidentiel qui s’amorce, les candidats sont (enfin) frappés d’une même épiphanie : notre système de retraite est à bout de souffle et il est temps d’en réformer le financement. L’ancien haut fonctionnaire Jean-Pascal Beaufret en a chiffré le déficit réel à 81 milliards d’euros par an, contributions de l’État comprises. Et la démographie censée le supporter est en berne. Même Marine Le Pen, pourtant rétive au libéralisme, s’y est mise, en plaidant désormais pour une capitalisation « volontaire », « pour ceux qui le peuvent ». La précision est savoureuse, car la France reste (heureusement) un pays libre où chacun peut (encore) placer son épargne comme il l’entend. Le mécanisme proposé existe déjà et a été renforcé en 2019, via la création du Plan d’épargne retraite (PER), ayant déjà séduit près de treize millions de souscripteurs et franchi les 150 milliards d’euros d’encours. Avec le ralliement du Rassemblement national, presque toutes les principales forces politiques – hormis certains partis de gauche, La France insoumise en tête – se disent désormais ouvertes à une dose de capitalisation. Le moment est idéal pour regarder de près ce mécanisme, et ce qu’il peut vraiment apporter.

Comment ça marche ?

À la différence du système par répartition régissant actuellement nos retraites, la capitalisation mise sur le temps pour générer ses ressources. Dans la répartition, les cotisations des actifs sont transférées chaque mois vers les retraités pour payer leurs pensions. Dans la capitalisation, elles sont investies, puis reviennent à l’actif sous forme de dividendes le jour où il cesse de travailler. L’économiste Patrick Artus avait illustré l’apport concret de la capitalisation sur le long terme. Selon ses calculs, un euro placé en 1982 valait deux euros quarante ans plus tard dans la répartition, quand il aurait pu en valoir vingt-deux dans la capitalisation. Une dose de capitalisation permet donc de générer des pensions plus généreuses ou d’amoindrir le poids des cotisations dans le salaire net.

La capitalisation au Krach-test !

J’approfondis
Un mannequin en combinaison orange pilote un kart tout en brandissant de l'argent sur un paysage surréaliste de graphiques boursiers.

Où cela marche déjà ?

Nul besoin de chercher bien loin des exemples de réussites. Les Pays-Bas ont adossé leur système à un puissant pilier de capitalisation, quasi universel. Le résultat est éloquent. Ils profitent d’un taux de remplacement (ratio de la pension par rapport au dernier salaire versé) parmi les plus élevés de l’OCDE, supérieur à 90 %, contre 60 % en moyenne en France. Une performance obtenue avec un poids des retraites dans le PIB deux fois inférieur au nôtre (7 % contre plus de 14 % chez nous) et qui permet à leurs fonds de pension de peser désormais une fois et demie la richesse de leur pays.

En France, il n’y a pas que les titulaires d’un PER qui profitent de la capitalisation. Depuis 2005, les fonctionnaires cotisent à un régime par capitalisation obligatoire, le RAFP, quand d’autres professions (les pharmaciens en tête, devant les agents de la Banque de France et les élus) disposent du leur, créé pour faire face à une démographie déclinante. Solides et bien provisionnés, ces régimes traversent les crises sans dommage. Ce qui fonctionne pour eux pourrait fonctionner pour tous.

Le rendez-vous manqué de 1999

La France a failli généraliser ce procédé à tous les salariés. En 1999, le gouvernement Jospin crée le Fonds de réserve pour les retraites, précisément pour amortir le choc du papy-boom à venir grâce à de l’épargne collective. Si l’intuition était bonne, la réalisation n’a pas suivi. Ce fonds n’a jamais vraiment capitalisé pour nos vieux jours. Dès 2010, les ressources qui l’alimentaient et les dividendes qu’il générait ont été redirigées vers la CADES pour éponger la dette sociale. Notre seule réserve de long terme a fini en tirelire pour boucher les trous du passé. Le rendez-vous était pris, mais nous l’avons manqué.

Combien faudrait-il, et comment y parvenir ?

Posons un ordre de grandeur. Pour verser 350 euros de plus chaque mois à 18 millions de retraités (chiffre projeté en 2045), il faudrait disposer d’un fonds d’environ 1 500 milliards d’euros qui, placé à 5 % net (soit légèrement moins que la performance annuelle moyenne des bourses mondiales depuis 1900), dégagerait 75 milliards de revenus par an. On peut l’amorcer en transférant les réserves déjà constituées – environ deux cents milliards entre l’Agirc-Arrco, le reliquat du Fonds de réserve et les encours du PER –, puis l’alimenter de 25 à 30 milliards par an, correspondant à 10 % des cotisations retraites versées actuellement par les salariés (qui imposera donc en parallèle une baisse des pensions du même montant). À 5 %, la mécanique des intérêts composés permet d’atteindre la cible en vingt ans. La transition a un coût, qui pèsera d’abord sur les pensions d’aujourd’hui (les salariés ne pourront être mis à contribution dans le cadre d’un double versement, leur pouvoir d’achat étant déjà bien amputé par les cotisations actuelles). Mais c’est le prix pour cesser de cotiser à perte et offrir aux suivants une retraite digne de ce nom.

Comment financer notre économie ?

À l’inverse de la répartition qui ne produit aucun capital, la capitalisation constitue un trésor de guerre patient, investi sur des décennies. Or la France en manque cruellement. Faute de fonds de pension nationaux, la moitié du capital du CAC 40 est aujourd’hui aux mains d’investisseurs étrangers, selon la Banque de France. Nos fleurons sont financés par les fonds de pension néerlandais, canadiens ou américains, qui empochent les dividendes que nous ne savons pas capter. Un fonds collectif à la française inverserait la donne. Il orienterait l’épargne des Français vers les entreprises françaises, les start-up et les infrastructures, et garderait chez nous les fruits de cette croissance. Le PER montre déjà la voie, avec plus de 80 % de ses actifs placés en France et en Europe. Il suffirait de changer d’échelle.

Le vrai débat : obligatoire, collective ou volontaire ?

C’est sur cette modalité que tout se joue. La capitalisation volontaire, chacun la pratique déjà s’il en a les moyens, à coups de plan d’épargne retraite, d’assurance-vie ou d’achats immobiliers. Mais qui peut réellement épargner ?

Prenons un salarié payé 1 600 euros net par mois. Chaque mois, environ 565 euros quittent son salaire brut pour financer la retraite par répartition, quand l’INSEE évalue sa capacité d’épargne personnelle à 80 euros. Il épargne donc sept fois moins que ce qu’il cotise. Et pour récupérer les quelque 290 000 euros qu’il aura versés sur sa carrière, il lui faudrait vivre jusqu’à quatre-vingt-neuf ans. Dans le cadre d’une capitalisation financée par 10 % de ses cotisations, il récupérerait 103 000 € à la retraite (31 000 € de versements et 72 000 € d’intérêts). En plaçant à 3 %, il pourrait se verser un complément de revenu de 300 € par mois sans toucher au capital qu’il pourra léguer à ses enfants.

Seule une capitalisation à la fois obligatoire et collective renverse la table. Obligatoire, elle embarque tout le monde et élargit l’assiette des cotisants. Collective, elle mutualise les risques, comprime les frais de gestion et profite d’abord aux plus modestes. C’est la seule forme permettant à tous les salariés les plus précaires de toucher, eux aussi, un dividende le jour de leur retraite.

Choisir la capitalisation collective et obligatoire, c’est faire œuvre de justice sociale, en relevant les petites pensions au lieu de réserver l’épargne aux plus aisés. C’est aussi cesser de voir nos fleurons passer sous pavillon étranger en dirigeant l’épargne des Français vers leurs propres entreprises. Non, la capitalisation n’est pas l’ennemie de notre modèle social. Elle pourrait même en devenir l’alliée la plus solide.

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Éric Servat : « L’eau ne doit pas être otage des luttes politiques »

Bassines, sécheresse, Plan Eau, dessalement… Figure majeure de l'hydrologie française, Éric Servat sonne l'alarme face à un débat qu'il juge gangrené par l'idéologie. Il appelle à revenir d'urgence aux faits, à la science et aux réalités locales.

Hydrologue spécialiste de la gestion de la ressource en eau, Éric Servat a passé plusieurs décennies à l'étudier sur le terrain, en particulier en Afrique, avant de diriger des institutions de recherche de premier plan. Directeur honoraire du Centre international UNESCO sur l'eau, qu'il a créé en 2020, directeur de recherche à l'IRD et professeur associé à l'université de Montpellier, il observe aujourd'hui avec inquiétude la tournure prise par le débat français.

Au point de prendre la plume. Dans Le Grand Défi de l'eau, publié il y a quelques mois, il s'attaque aux idées reçues, aux postures militantes et aux solutions toutes faites qui, selon lui, ont progressivement contaminé la gestion d'une ressource pourtant trop vitale pour devenir un champ de bataille idéologique.

Les Électrons Libres : Vous décrivez votre livre comme « un plaidoyer pour la raison, l'espoir et l'action ». Que voulez-vous dire par là ?

Éric Servat : J'en avais assez d'entendre n'importe qui dire n'importe quoi. Dans les pays où j'ai vécu, notamment en Afrique, j'ai approché de près la problématique de la ressource en eau. J'ai vu des gens en grande difficulté par manque d'eau ou parce qu'elle était de mauvaise qualité. C'est pourquoi j'aimerais qu'on retrouve un peu de sérénité sur cette question en France, où tous les sujets sont devenus clivants et polémiques, générant de l'hystérie et de la violence, de façon presque indécente au regard de la situation des pays sahéliens par exemple. Pour l'eau comme pour d'autres sujets nous avons, en France, une capacité d'analyse, de décision et d'action que beaucoup nous envient.

Les débordements du printemps 2023 autour des « mégabassines » à Sainte-Soline m'ont choqué. C'est en partie la raison de ce livre : répondre à des discours souvent purement militants, donner au grand public des clés de compréhension et souligner les progrès accomplis ces dernières décennies en matière de gestion de la ressource. Certes, en tant que scientifique, il est compliqué de se positionner car le débat est fréquemment préempté par des visées de politique politicienne. Des gens qui n'y connaissent rien martèlent des affirmations erronées parce que leur projet politique sous-jacent est de renverser le « système » et de mettre en place un autre modèle de société. L'eau ne doit pas être otage de ces luttes politiques. Elle mérite mieux que ça.

Un discours rationnel est-il encore audible ?

Difficilement, car une partie de la communauté scientifique est elle-même partie prenante. On l'a vu lors des débats sur la loi Duplomb : les faits et les données ne sont pas pris en compte. Il faut revenir aux fondamentaux. Nos sociétés se sont construites depuis la nuit des temps autour de l'eau, dont on oublie trop souvent aujourd'hui les dimensions économique, sociale et culturelle.

« La quantité totale de précipitations ne change pas beaucoup, mais l'irrégularité s'accroît »

Comment le changement climatique affecte-t-il le cycle de l'eau ?

Le cycle hydrologique (précipitations, ruissellement, infiltration, évaporation) est modifié par le réchauffement : davantage d'évaporation, davantage de transpiration par les plantes. Résultat, une partie de l'eau remonte plus vite et plus fort vers l'atmosphère et les sols se dessèchent plus rapidement, notamment en surface. Autrement dit, le cycle de l'eau s'accélère et l'atmosphère stocke davantage de vapeur d'eau supplémentaire : 7 % de plus pour une hausse de température de 1 degré.

On observe déjà les conséquences de cette situation. Dans l'arc méditerranéen, que je connais bien puisque je vis à Montpellier, les classiques épisodes dits « cévenols » surviennent dans une atmosphère bien plus chargée en vapeur d'eau, entraînant des pluies potentiellement plus intenses, des crues violentes et un ruissellement accru puisque l'eau s'infiltre mal dans le sol imperméabilisé par la sécheresse. La quantité totale d'eau précipitée ne change pas beaucoup mais l'irrégularité des pluies s'accroît. Au final, une grande partie de cette eau est « perdue » pour la recharge des aquifères.

D'une autre manière, les Pyrénées-Orientales subissent aussi ce changement : de 2022 à 2024, on y a observé une sécheresse d'une intensité telle que certains paysages et certaines contraintes d'usage de l'eau ont temporairement évoqué ceux de régions semi-désertiques, ce qui a fortement impacté l'économie locale (agriculture et tourisme).

« Le mille-feuilles administratif doit être revisité en profondeur. Il faut simplifier le système »

Vous jugez sévèrement les politiques publiques menées depuis des années dans ce domaine. Pourquoi ?

Excessivement complexe, le mille-feuilles administratif doit être revisité en profondeur. Certes, les grandes agences de bassins (dédiées aux principaux fleuves comme le Rhône, la Loire ou la Seine) sont à conserver, leurs Comités de Bassin étant de vrais lieux de discussion et de décision entre tous les types d'acteurs de l'eau. Mais en matière d'exploitation de la ressource en eau, c'est l'échelle du bassin versant qui est pertinente. Or, les compétences sont aujourd'hui éparpillées entre les communes, communautés de communes, départements et régions, auxquelles s'ajoutent celles des agences locales de l'eau, des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE), des schémas d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE), des PTGE, des CLE, etc. Il faut simplifier le système et s'appuyer sur les contraintes locales.

Vous n'êtes guère plus indulgent pour le Plan Eau, lancé en 2023.

Ce plan n'a rien d'innovant, ni dans ses constats – les mêmes qu'il y a dix ans – ni dans ses recommandations. S'il s'agit juste de prôner la sobriété (mot valise et culpabilisant car évoquant une addiction, auquel je préfère « économies d'eau » ou « optimisation des usages de l'eau ») et l'amélioration de la qualité de l'eau, on n'a pas besoin de grand Plan Eau ! Sauf peut-être dans un État aussi jacobin que le nôtre, dans lequel on a toujours besoin d'un signal « venu d'en haut » …

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Loi d’urgence agricole : menace sur les zones humides ?

C’est un petit point-virgule. Une minuscule ponctuation qui a compliqué l’adaptation de notre agriculture à la sécheresse. Un détail diabolique, qui montre comment le lobbying des ONG peut entraver des projets sur près d’un tiers du territoire français.

Des mesures « cataclysmiques ». C’est en ces termes que nos confrères de Reporterre ont qualifié la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles récemment adoptée par le Parlement. Sur le devant de la scène : le retour de l’acétamipride, évidemment. Érigé à tort en péril sanitaire majeur, l’insecticide a vampirisé le débat public. Il faut dire que, dans l’arène médiatique, la peur reste l’un des moteurs les plus efficaces pour mobiliser l’opinion.

Pourtant, dans l’ombre de cette controverse, d’autres mesures ont également suscité une vive opposition. Parmi elles figure l’assouplissement des règles encadrant la création de réserves d’eau agricoles et, dans son sillage, l’évolution des procédures de compensation écologique liées à la destruction de zones humides.

Pour les associations environnementales et une partie de l’écologie politique, il s’agit d’un recul majeur. France Nature Environnement dénonce ainsi un « démantèlement de la protection des zones humides, ouvrant la voie à la disparition de près de la moitié d’entre elles ». Certains commentateurs vont même jusqu’à affirmer que ces dispositions seraient contraires au droit européen.

Mais ces accusations résistent-elles vraiment à l’examen des faits ? Pour répondre à cette question, il faut remonter à plus d’une décennie en arrière. Car avant de débattre de leur protection, encore faut-il comprendre comment les zones humides ont été définies… et pourquoi cette définition fait encore débat aujourd’hui.

Des zones à défendre

Revenons donc aux fondamentaux : qu’est-ce qu’une zone humide ?

C’est avant tout un espace de transition. Un trait d’union naturel entre la terre et l’eau. Selon le rapport publié par l’Observatoire national de la biodiversité (ONB) en février 2025, ces milieux recouvrent une extraordinaire diversité de paysages : marais, tourbières, lagunes, estuaires, prairies inondables ou encore forêts alluviales. Leur point commun ? Une présence d’eau permanente ou simplement saisonnière, qui façonne des écosystèmes parmi les plus riches de la planète.

Leur rôle écologique est tout aussi remarquable. Véritables « éponges » naturelles, les zones humides absorbent les pluies intenses, limitent les inondations et restituent progressivement l’eau lors des périodes de sécheresse. Elles filtrent naturellement les polluants, stockent d’importantes quantités de carbone et abritent une biodiversité exceptionnelle. En France, 100 % des amphibiens, près de la moitié des oiseaux et 30 % des plantes remarquables en dépendent.

Face à leur disparition, la France a progressivement renforcé leur protection. Mais contrairement à une idée largement répandue, les zones humides ne sont pas des sanctuaires intouchables. L’agriculture, les aménagements ou d’autres activités humaines peuvent toujours s’y développer. En revanche, lorsqu’un projet — comme la construction d’une réserve d’eau agricole — entraîne la destruction d’une zone humide, son maître d’ouvrage doit compenser cette perte. En pratique, chaque hectare détruit doit être associé à la restauration, la création ou la préservation d’une surface plus importante ailleurs, généralement comprise entre 1,5 et 2 hectares selon les cas. Une obligation dont le coût financier et la complexité administrative constituent un puissant frein pour les aménageurs.

Sur le principe, le compromis paraît équilibré. Mais pour exiger une telle compensation, encore faut-il savoir où commence… et où s’arrête une zone humide. Comment enfermer un milieu vivant, dont les contours évoluent au rythme des saisons, dans une définition juridique figée ? C’est précisément en cherchant à tracer cette frontière que la machine s’est grippée.

Une définition consensuelle ?

La première tentative de définition commune remonte au 2 février 1971. Ce jour-là, dans la ville iranienne de Ramsar, la communauté internationale signe un traité historique consacré à la protection des zones humides. Son article premier en propose une définition fondatrice : il s’agit « d’étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux […] permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante ».

Le message est simple, presque intuitif : une zone humide est avant tout un milieu où l’eau est suffisamment présente pour façonner durablement l’écosystème.

Cette approche fait rapidement consensus. Aux États-Unis, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) considère qu’une zone humide doit être inondée suffisamment longtemps pour permettre le développement d’une végétation caractéristique. L’Union européenne retient la même logique : l’eau doit constituer le principal facteur qui contrôle la composition de la végétation. Partout, le principe est donc le même : une zone humide résulte de la combinaison de deux critères indissociables, un sol durablement humide ET une flore adaptée. L’un ne va pas sans l’autre.

Lorsque la France adopte sa loi sur l’eau en 1992, elle s’appuie logiquement sur ce socle international. Le Code de l’environnement évoque d’abord des terrains « habituellement inondés ou gorgés d’eau », puis la présence d’une végétation hygrophile, c’est-à-dire adaptée aux milieux humides. Mais entre ces deux critères, le législateur glisse un simple… point-virgule.

Un détail de ponctuation ? En droit, rien n’est jamais anodin. Ce point-virgule signifiait-il « ET », comme le laissait entendre le consensus international, ou pouvait-il se lire comme un « OU » ? Une ambiguïté qui allait bientôt tout faire basculer.

L’amendement du « ou »

En apparence, la logique voudrait qu’un sol gorgé d’eau abrite nécessairement une flore aquatique. Les deux critères — la nature du sol (pédologie) et la présence de plantes spécifiques (botanique) — semblent indissociables. Pourtant, la réalité est tout autre.

Pour valider le critère pédologique, les experts traquent les traces d’oxydoréduction : des taches rouille ou grises laissées par le fer dans un sol longtemps saturé en eau. Or, ces marques géologiques sont particulièrement persistantes. Un terrain drainé et cultivé depuis des siècles peut conserver cette véritable « mémoire » de l’eau dans son sol, alors même que toute végétation humide a disparu depuis longtemps.

C’est sur ce décalage que la bataille juridique s’est engagée. Exploitant l’ambiguïté de la loi de 1992, où les deux critères étaient séparés par un simple point-virgule, des associations contestent des projets d’aménagement implantés sur des terrains parfaitement secs en surface, mais présentant ces fameuses traces en sous-sol. Face aux litiges, le Conseil d’État tranche en février 2017 : le point-virgule signifie « et ». Les critères sont donc cumulatifs.

L’affaire d’Aménoncourt : le plan d’eau qui a mis le feu aux poudres

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Une silhouette lumineuse de la carte de la France se dresse sous un ciel d'orage et se reflète dans un lac.

Chez les écologistes, qui craignent un déclassement massif, la décision provoque une vive inquiétude. Mais le calendrier va alors offrir une opportunité inattendue, car au même moment, le Premier ministre Édouard Philippe confie aux parlementaires Frédérique Tuffnell et Jérôme Bignon une mission sur l’avenir des zones humides. Déjà acquis à la préservation de ces milieux, ils prêtent une oreille attentive aux ONG et intègrent leur revendication dans le rapport : il faut remplacer l’exigeant critère cumulatif par un simple « ou ».

En 2019, cette proposition trouve alors son chemin jusqu’au Parlement. Un amendement est intégré à la loi créant l’Office français de la biodiversité. Adoptée sans véritable débat public, cette modification, qui semblait n’être qu’un simple ajustement de rédaction, allait pourtant bouleverser en profondeur la définition juridique des zones humides.

Le piège des zones humides « fantômes »

Les conséquences de cet amendement trouvent leur origine dans l’histoire de nos paysages. Pendant des siècles, la France a drainé une grande partie de ses marais, un mouvement encore accéléré après les années 1950 par le développement agricole moderne. Mais si l’eau a disparu, le sol, lui, en conserve souvent les traces : une pédologie caractéristique, qui peut désormais suffire à requalifier des parcelles cultivées en zones humides.

L’ampleur du phénomène est considérable. Les cartographies les plus récentes estiment que 29,5 % du territoire métropolitain répond désormais à cette définition, contre seulement 0,4 % si l’on applique à la France le référentiel de l’enquête européenne LUCAS. Un écart qui illustre combien la définition française est devenue atypique.

Sur le terrain, les conséquences sont bien réelles. Lorsqu’un agriculteur souhaite créer une réserve d’eau — particulièrement dans le quart sud-ouest, ancienne terre de marais —, il découvre souvent que son champ est une zone humide « cachée ». Le couperet tombe : il doit compenser la surface détruite en restaurant ou recréant 1,5 à 2 fois cette superficie ailleurs. Une contrainte considérable, d’autant que la compensation constitue le talon d’Achille des projets, souvent ciblé lors des recours juridiques des opposants.

Sous les Landes en feu, le fantôme des marais

J’approfondis
Vue en coupe d'une forêt en feu au-dessus de l'eau et d'un monde aquatique mystérieux en dessous.

Comment en est-on arrivé là ? Parce que la réforme de 2019 a été adoptée par amendement, donc sans étude d’impact préalable. Il faudra attendre une récente note sénatoriale alertant sur l’extension des zones humides pour que le législateur profite de la loi d’urgence agricole pour revenir sur le sujet.

Ce que change la loi d’urgence agricole

Pour sortir de cette impasse, la nouvelle loi introduit une dose de pragmatisme : le principe de proportionnalité. Désormais, un aménagement s’implantant sur une zone humide ayant totalement perdu ses fonctions naturelles (les fameuses zones « fantômes ») pourra être dispensé de compensation. Le texte prévoit bien sûr des garde-fous. Ce sera au porteur de projet de prouver, études à l’appui, l’absence absolue de fonctionnalité du milieu. Mais sur le terrain, face à la pression, ces garanties suffiront-elles à éviter les dérives ?

La question se pose d’autant plus que l’obstacle juridique est immense. En droit de l’environnement, le sacro-saint principe de « non-régression » interdit d’affaiblir une protection acquise. Avec cet assouplissement, le texte s’expose directement à la censure du Conseil constitutionnel ou du Conseil d’État, tout en attirant sur la France les foudres de l’Union européenne.

L’ironie de l’histoire est mordante. En 2019, un simple changement de ponctuation, poussé par les ONG écologistes dans l’indifférence parlementaire totale, a classé un tiers du pays sous une étiquette inadaptée. En voulant sanctuariser jusqu’aux vestiges de marais disparus, le système s’est piégé lui-même, rendant tout retour à la normale presque irréalisable. Face à cette usine à gaz bureaucratique, une question s’impose : plutôt que de s’écharper sur la compensation de champs asséchés, ne ferait-on pas mieux de concentrer nos moyens pour protéger les vraies zones humides qui, elles, respirent encore ?

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Origine du Covid : six ans après, que disent les preuves ?

L'audition d'Anthony Fauci par le Sénat américain a immédiatement embrasé internet. Preuve de complot pour les uns, chasse aux sorcières pour les autres… Dans ce vacarme, une question passe presque inaperçue : que dit réellement l'enquête scientifique des origines du Covid ?

Alors que le Dr Anthony Fauci, ancien directeur de l'Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) et figure centrale de la réponse sanitaire au Covid-19 aux États-Unis, vient d'être auditionné par le Sénat, la question des origines du SARS-CoV-2 revient au centre du débat. Ses accusateurs lui reprochent d'avoir menti sur le financement américain de recherches menées à Wuhan, d'avoir joué sur la définition du gain de fonction, terme qui désigne au sens large des expériences visant à faire acquérir à un organisme (tel qu'un virus) une propriété nouvelle, par exemple une meilleure capacité d'un virus à infecter des cellules ou à se multiplier, et d'avoir trop rapidement écarté publiquement l'hypothèse d'un accident de laboratoire. Fauci a invoqué à plusieurs reprises le cinquième amendement, qui permet de ne pas témoigner contre soi-même lorsque ses réponses pourraient conduire à une mise en cause pénale. De quoi alimenter les soupçons autour d'une pandémie qui aurait causé plus de 20 millions de morts et coûté jusqu'à 16 000 milliards de dollars à l'économie mondiale. Mais l'enquête sur l'origine du virus de la Covid n'est évidemment pas la motivation première de ceux qui mènent le procès politique de Fauci. Devenu une figure honnie et presque un totem pour une partie du mouvement MAGA, il est aujourd'hui au cœur d'une véritable chasse aux sorcières qui déchaîne les passions et nous éloigne nécessairement de la neutralité indispensable à toute démarche scientifique.

C'est précisément l'intérêt du texte publié en février 2026 dans Nature par 23 des 27 membres originels du SAGO, le Groupe consultatif scientifique sur les origines des nouveaux agents pathogènes créé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Après trois ans et demi de travaux, ils avaient remis en juin 2025 un rapport de 78 pages au directeur général de l'OMS.

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L’histoire mouvementée de la chimie

Des alchimistes à Mendeleïev, elle a transfiguré la condition humaine. Mais depuis les scandales de Bhopal, de l’amiante ou encore de la chlordécone, la confiance s’est brisée. La chimie est-elle devenue notre ennemie ?

En 1751, l’encyclopédiste Gabriel-François Venel reconnaissait déjà qu’« il ne sera pas une affaire aisée […] de déterminer d’une manière incontestable et précise ce que c’est que la Chimie ». Merci, Monsieur Venel. Avec des encyclopédistes comme vous, on n’a plus besoin d’ennemis. Comment peut-on parler de l’histoire de la chimie si même les grands esprits des Lumières avaient du mal à dire ce qu’est la chimie ? Car, à la vérité, la chimie a eu une histoire avant d’avoir un nom. Si l’on accepte, faute de mieux, une définition moderne, celle du Robert, alors la chimie est la « science qui étudie les divers constituants de la matière, leurs propriétés, transformations et interactions ». Selon cette définition, l’humanité fait de la chimie depuis fort longtemps : produire du cuivre par fusion de minerais vers 5400 av. J.-C. dans les Balkans, utiliser de l’amandier broyé pour potabiliser de l’eau en Égypte dès 2000 av. J.-C., fabriquer du verre en chauffant un mélange de sable, de calcaire et de cendres de salicorne à Ninive vers 2500 av. J.-C., c’est faire de la chimie.

Ceux qui, de nos jours, ont le privilège d’assister à une coulée de fonte ou de verre sont fascinés. Imaginez alors le regard que devaient porter les hommes de l’époque sur ces artisans capables de produire du cuivre ou du verre. Étaient-ils des mages bienveillants ou de dangereux sorciers ? Sans doute un peu des deux. Cette ambiguïté traverse toute l’histoire de la chimie, des alchimistes aux industries chimiques modernes.

Alchimie, la naissance d’une science

« Nil, Nil, Nil, fleuve impétueux et tumultueux, tu es comme notre reine, la source de la vie. »

C’est à Alexandrie, grand carrefour intellectuel et marchand du monde antique, que naît l’alchimie. Grecs, Égyptiens, Juifs et Phéniciens s’y croisent. Les marchandises y affluent de toute la Méditerranée, mais aussi d’Arabie, de Nubie et parfois d’Inde. Là, les premiers alchimistes, philosophes grecs imprégnés de traditions hermétiques orientales, cherchent à répondre à une question fondamentale : de quoi le monde est-il fait, et pourquoi la matière se transforme-t-elle ?

Au tournant des IIIᵉ et IVᵉ siècles, Zosime de Panopolis, dont les écrits sont les plus anciens textes alchimiques conservés, décrit des ateliers remplis de fours, d’alambics et de creusets. Derrière leurs théories erronées, comme les quatre éléments d’Aristote et la transmutation des métaux, les alchimistes mettent pourtant au point une méthode féconde : observer, manipuler, chauffer, distiller, consigner les résultats et les transmettre.

L’alchimie échoue à fabriquer de l’or, mais elle réussit quelque chose de bien plus précieux. Elle invente les fondements qui donneront naissance à la chimie.

De Boyle à Domagk, la Grande Promesse

À partir du XVIIᵉ siècle, le nom d’alchimie laisse progressivement place à celui de chimie, mais la discipline conserve son ambition fondamentale de comprendre le monde afin de l’améliorer. La différence est ailleurs. Peu à peu, les intuitions, les symboles et les spéculations cèdent la place à l’observation, à la mesure et à l’expérience.

Lorsque Robert Boyle publie The Sceptical Chymist en 1661, il invite les savants à se méfier des certitudes héritées de la tradition. Un siècle plus tard, Antoine Lavoisier donne à cette révolution ses outils les plus puissants. Armé d’une simple balance, il démontre que la matière ne disparaît ni ne se crée au cours des transformations chimiques : elle se conserve. La chimie cesse alors d’être un art des métamorphoses pour devenir une science de la mesure.

L’étape suivante consiste à dépasser une autre frontière, celle qui sépare le monde vivant du monde minéral. En 1828, Friedrich Wöhler réalise la synthèse de l’urée à partir de composés minéraux. Pour la première fois, une substance associée aux êtres vivants est obtenue artificiellement en laboratoire. Ce qui relevait jusque-là de la nature devient accessible à l’expérimentation humaine.

Les éléments chimiques sont identifiés, classés, ordonnés. En 1869, Dmitri Mendeleïev propose sa classification périodique : une carte du monde matériel, capable d’organiser les éléments connus et même de prévoir l’existence de ceux qui n’ont pas encore été découverts. Les molécules cessent alors d’être des curiosités de laboratoire pour devenir des outils. Avec la mauvéine de William Perkin, la chimie ouvre l’ère des colorants de synthèse. Avec la dynamite de Nobel, elle révolutionne les mines et les grands travaux, mais aussi la guerre. Avec les engrais minéraux, les antiseptiques, les anesthésiques et les premiers médicaments de synthèse, elle entre dans les champs comme dans les hôpitaux. Pour la première fois, elle ne se contente plus d’observer la matière mais commence à la concevoir. Désormais, la chimie s’impose comme l’un des grands moteurs de la révolution industrielle, transformant durablement l’agriculture, la médecine, les transports, l’habitat et l’industrie textile.

1950 – 1990, la trahison

Au milieu du XXᵉ siècle, la chimie semble donc avoir tenu ses promesses. Pourtant, à partir des années 1960, le doute s’installe progressivement.

Thalidomide, DDT, amiante, Seveso, Bhopal, chlordécone… Autant de noms étranges, autant de scandales sanitaires. Certains désignent des médicaments, d’autres des pesticides, des matériaux industriels ou des accidents d’usine. Tous sont différents. Tous relèvent, sous un aspect ou un autre, du domaine de la chimie. Et dans l’esprit du public, ils finissent par raconter une histoire commune : celle d’un progrès qui aurait échappé à ses créateurs.

La réalité est naturellement plus complexe. Certaines de ces affaires relèvent de l’accident industriel, d’autres de l’erreur scientifique, d’autres encore de la fraude ou de l’inaction politique. Pourtant, derrière leur diversité apparente, trois mécanismes reviennent sans cesse : l’ignorance, la perte de maîtrise et l’incapacité à agir malgré les connaissances disponibles.

La thalidomide : dès 1957, on prescrit la thalidomide contre les nausées de la grossesse, un médicament présenté comme remarquablement sûr. Quelques années plus tard, des médecins constatent une augmentation spectaculaire des cas de phocomélie, une malformation congénitale rare caractérisée par l’absence ou le raccourcissement des membres. L’enquête finit par établir le lien avec la prise de thalidomide pendant la grossesse. Plus de dix mille enfants seraient nés avec des malformations dans le monde.

Cette tragédie ne révèle pas une fraude ou une dissimulation délibérée. Elle révèle surtout les limites des connaissances de l’époque. Les protocoles d’évaluation des médicaments étaient encore rudimentaires et les effets tératogènes des médicaments étaient alors mal connus et insuffisamment recherchés lors des essais préalables.

Bhopal : dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, une fuite massive d’isocyanate de méthyle survient dans une usine de pesticides de la société Union Carbide à Bhopal, en Inde. Le gaz toxique se répand sur les quartiers environnants. Panique, asphyxies, brûlures pulmonaires : plusieurs milliers de personnes meurent dans les jours qui suivent. Les conséquences sanitaires se feront sentir pendant des décennies.

Contrairement à la thalidomide, les dangers du produit étaient connus. La catastrophe résulte d’une accumulation de défaillances : maintenance insuffisante, systèmes de sécurité désactivés, procédures dégradées et graves manquements dans la gestion du site.

Le chlordécone : cet insecticide est utilisé pour lutter contre le charançon du bananier. Son efficacité est réelle, sa toxicité aussi, et connue depuis longtemps. Dès les années 1970, plusieurs études alertent sur ses effets sanitaires et sa persistance exceptionnelle dans l’environnement. Le produit est interdit aux États-Unis à partir de 1977, après une intoxication massive de travailleurs dans une usine de Virginie. En France, son autorisation de mise sur le marché n’est retirée qu’en 1990 et, grâce à plusieurs dérogations, son utilisation se poursuit aux Antilles françaises jusqu’en 1993, soit seize ans après son interdiction américaine.

Le résultat est aujourd’hui bien connu : une contamination durable des sols, des cours d’eau et de certaines productions alimentaires. Cette fois, le problème n’est pas l’ignorance. Les risques étaient connus. C’est l’incapacité à traduire suffisamment vite ces connaissances en décision publique. Une question demeure : pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps ?

Amiante : la mère de tous les scandales sanitaires

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Illustration 3D du buste d'une personne révélant des poumons enflammés et brisés.

Rebâtir la confiance

Les scandales sanitaires de la seconde moitié du XXᵉ siècle ont profondément marqué les opinions publiques, allant jusqu’à faire le lit des théories du complot les plus absurdes. Pourtant, ils ont produit un effet moins visible. Ils ont conduit à la création ou au renforcement de dispositifs de contrôle sans précédent dans l’histoire des sciences et de l’industrie.

Aujourd’hui, la mise sur le marché d’un médicament, d’un pesticide ou d’une substance chimique s’inscrit dans des cadres réglementaires beaucoup plus exigeants qu’autrefois. Toxicité aiguë, toxicité chronique, cancérogénicité, mutagénicité, reprotoxicité, écotoxicité, devenir environnemental : chaque propriété doit être documentée, discutée et évaluée. La société n’a pas supprimé le risque ; elle a appris à le surveiller.

En France, cette surveillance repose sur un ensemble d’institutions spécialisées. L’ANSES évalue les risques sanitaires liés aux produits chimiques, aux pesticides ou à l’alimentation. Les Agences de l’eau suivent l’état chimique des rivières, des nappes phréatiques et des milieux aquatiques. Les DREAL inspectent les installations industrielles, contrôlent les sites classés et veillent à l’application des réglementations environnementales. À l’échelle européenne, le règlement REACH impose aux industriels de produire les données nécessaires à l’évaluation des risques et de démontrer que les usages prévus des substances sont maîtrisés, renversant ainsi une logique ancienne où la preuve du danger incombait souvent à la collectivité.

Ces institutions ne sont ni infaillibles ni omniscientes. Elles commettent des erreurs, comme toute organisation humaine. Mais elles constituent probablement l’un des héritages les plus importants des crises sanitaires du siècle dernier. Derrière ces acronymes parfois austères travaillent des milliers de femmes et d’hommes — ingénieurs, chimistes, toxicologues, hydrogéologues, inspecteurs et techniciens — dont le métier consiste précisément à douter, vérifier, mesurer et contrôler.

Cette réalité est souvent méconnue du grand public. La chimie contemporaine compte parmi les activités humaines les plus encadrées et les plus surveillées. Chaque prélèvement d’eau, chaque mesure atmosphérique, chaque inspection d’usine, chaque étude toxicologique est le produit d’une leçon tirée des erreurs du passé.

L’histoire de la chimie moderne n’est ni celle d’un progrès ininterrompu, ni celle d’une succession de catastrophes. C’est l’histoire d’une discipline qui a permis à l’humanité de se nourrir, de se soigner, de se chauffer, de se déplacer et de s’habiller, tout en découvrant, parfois douloureusement, les conséquences inattendues de ses propres inventions.

La confiance n’est pas un état permanent. Elle se construit pas à pas, se perd très vite et se reconstruit difficilement. Peut-être est-ce là la véritable leçon de cette histoire mouvementée. Il ne s’agit pas de faire confiance par principe, mais de comprendre comment cette confiance se construit, se mérite et se préserve, jour après jour.

Les années folles du radium

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Portrait surréaliste d'un mannequin translucide souriant les yeux fermés.

Pourquoi avons-nous peur de la chimie ? Et à qui profite cette peur ?
Tout l’été, Les Électrons Libres publient quelques extraits de leur nouveau livre, disponible en précommande (-5%) : Naturellement chimique.

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Les limites planétaires : faut‑il vraiment paniquer ?

Jour du dépassement, limites planétaires, théorie du Donut… autant de concepts séduisants, qui finissent pourtant par brouiller les priorités et transformer la transition en catalogue d’interdits. Que disent‑ils vraiment — et, surtout, que ne disent‑ils pas ?

To do or to DONUT, telle est la question

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Un donut artistique garni d'un glaçage vert et de mousse, dont une part illuminée est soulevée par une main.

Cette semaine, l’actualité nous le rappelle avec le Jour du dépassement : l’humanité vit à crédit écologique, consommant en quelques mois ce que la Terre régénère en un an.

Pourtant, dans les cercles scientifiques et politiques, c’est un autre outil qui s’est imposé comme boussole ultime de la transition : le cadre des limites planétaires.

Mais attention à ne pas les confondre. Là où le Jour du dépassement mesure un flux annuel de ressources (empreinte vs biocapacité), les limites planétaires identifient neuf seuils biophysiques globaux (climat, biodiversité, cycles de l’azote, etc.) qu’il ne faudrait pas franchir sous peine d’instabilité majeure.

Jour du dépassement : l’art d’additionner des choux et des carottes

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Une équation visuelle sur un tableau vert combinant un chou et une carotte pour égaler de la fumée.

Présenté comme la référence absolue, ce concept comporte pourtant, lui aussi, de sérieuses limites.

La Terre est une grosse boule de roche qui ne va pas grossir de sitôt. Son rayon est fixe, et sa quantité d’atomes aussi. Voici des limites de la Terre clairement établies et indiscutables. Soit. Mais depuis 2009, un nouveau concept a envahi les médias : les « limites planétaires ». Popularisé par le chercheur suédois Johan Rockström, ce cadre nous dit qu’il y aurait neuf « lignes rouges » à ne pas dépasser pour que l’humanité reste en sécurité.

Ces limites concernent le climat, la biodiversité, les engrais (azote et phosphore), la déforestation, l’eau, les produits chimiques, l’acidification des océans, la couche d’ozone et les poussières dans l’air (aérosols).

Aujourd’hui, on nous annonce que sept de ces neuf limites sont franchies. Mais avant de crier à la fin du monde, il faut regarder ce que ces chiffres disent vraiment — et ce qu’ils ne disent pas.

Infographie circulaire présentant le concept des limites planétaires et l'état des dépassements écologiques.

Une accélération soudaine ?

Quand on lit les gros titres, on a l’impression que la Terre est sur le point d’exploser. Un peu comme une jauge de « points de vie » dans un jeu vidéo. On se dit : « Gaïa a perdu 7 cœurs sur 9, le Game Over est proche ! ». C’est faux. Franchir une limite de plus signifie simplement que nous nous éloignons toujours un peu plus de notre port d’attache pour naviguer dans des eaux toujours plus troubles. Contrairement à l’idée reçue d’un effondrement environnemental récent, la plupart de ces frontières ont été franchies il y a déjà longtemps.

L’industrie a bousculé la limite des produits chimiques dès les années 1850 en synthétisant les premiers colorants, tandis que l’effondrement de la biodiversité et la déforestation ont dépassé les seuils conseillés avant 1900. Le cycle de l’eau a suivi dès 1905, et le climat a franchi la barre arbitraire des 350 ppm de CO₂ aux alentours de 1990. En réalité, seule l’acidification des océans constitue un basculement récent, survenu quelque part entre 2015 et 2020. Il est d’ailleurs essentiel de préciser que ce franchissement récent de la septième limite ne correspond pas à un « point de bascule » physique : il n’y a pas d’emballement en cours, mais la confirmation statistique que nous nous écartons davantage encore de l’Holocène.

Un prisme réducteur face à la complexité des enjeux

Si le concept jouit aujourd’hui d’un succès médiatique incontestable, une analyse rigoureuse révèle des faiblesses structurelles.

Il faut d’abord souligner que ce cadre n’apporte en réalité aucune connaissance fondamentale nouvelle. Qu’il s’agisse du réchauffement climatique, de l’érosion de la couche d’ozone ou de l’effondrement de la biodiversité, ces phénomènes sont documentés et compris depuis des décennies. Les auteurs n’ont en fait pas réalisé de découverte majeure, mais ont plutôt produit un travail de synthèse, principalement sous forme d’un graphique, pensé pour sensibiliser le grand public mais dont la pédagogie se révèle bancale.

Le malentendu le plus persistant concerne la nature même de ces limites. Contrairement à une idée reçue, elles ne constituent en rien des lois de la physique immuables, à l’image du point d’ébullition de l’eau à 100 °C. Ces seuils sont en réalité des conventions établies par des chercheurs à partir d’un postulat simple : l’humanité ayant prospéré durant les 10 000 dernières années de l’Holocène, il conviendrait de ne rien changer pour demeurer dans cette zone de confort. Bien que cette position de prudence soit raisonnable, sorte de principe de précaution planétaire, elle ne peut être assimilée à une démonstration scientifique rigoureuse qui prouverait notre incapacité à prospérer au‑delà de ces frontières.

Cet arbitraire se manifeste par le lien flou entre les « points de bascule » écologiques et les seuils chiffrés du rapport. Fixer la limite à 350 ppm de CO₂ plutôt qu’à 412 relève d’un choix arbitraire et non d’une frontière physique démontrée. En privilégiant des chiffres ronds pour établir une marge de sécurité, les auteurs figent ainsi une simple évaluation prudente, mais celle‑ci est souvent comprise comme une vérité absolue.

Par ailleurs, le concept souffre d’une confusion regrettable entre des échelles locales et globales. Si le climat est effectivement un enjeu global où une tonne de CO₂ émise à Paris possède le même impact qu’à Tokyo, la majorité des autres limites sont purement locales. Un stress hydrique en Californie n’assoiffe pas les habitants de Sainte‑Soline, et l’effondrement des stocks de cabillaud dans l’Atlantique, aussi tragique qu’il soit, n’impacte aucunement la survie du rhinocéros noir au Botswana. En amalgamant ces crises disparates dans un panier planétaire unique, on finit par masquer la spécificité des territoires et des solutions.

L’absence de hiérarchisation constitue une autre faiblesse de l’approche. En mettant toutes les limites sur un même pied d’égalité, on s’empêche de prioriser. Or toutes les menaces n’ont pas la même importance pour l’avenir de l’humanité. L’existence même d’organismes spécialisés comme le GIEC pour le climat ou l’IPBES pour la biodiversité est là pour le rappeler.

De plus, les indicateurs retenus s’avèrent souvent simplistes : tenter de résumer l’infinie richesse de la biodiversité mondiale à seulement deux variables chiffrées (le taux d’extinction des espèces et l’indice d’intégrité de la biodiversité) est un exercice extrêmement réducteur qui ne rend pas justice à la complexité des écosystèmes.

Ce cadre conceptuel n’ajoute donc aucune couche de compréhension aux problèmes que nous devons résoudre, voire ajoute de la confusion. Plus grave encore, il ne propose aucun levier d’action et pourrait même pousser à ne rien faire.

Le piège du Jenga : quand tout devient paralysant

Le concept des limites planétaires repose sur une interconnexion très forte entre les limites : une déforestation massive en Amazonie pourrait perturber le cycle de l’eau jusqu’au Tibet, écrivent les auteurs. Si certains liens sont indiscutables — comme l’augmentation du CO₂ qui acidifie les océans —, d’autres interactions demeurent plus complexes à formaliser. Or cette vision systémique risque de générer un « effet Jenga », où la peur de déplacer une seule bûchette paralyse toute action de peur de faire s’écrouler l’édifice.

Ce biais de la « solution parfaite » se manifeste nettement dans le débat sur la voiture électrique : bien que l’extraction du lithium impacte localement la forêt, la biodiversité et l’eau, refuser cette transition au nom de la préservation absolue de chaque limite revient à favoriser le statu quo climatique. En refusant de hiérarchiser les urgences, on transforme la complexité en puissant moteur de l’inaction. Plutôt qu’une prison de verre, ce cadre devrait être un outil d’arbitrage acceptant certains compromis localisés pour préserver l’équilibre global du système Terre.

Des scientifiques aux politiciens : qui décide ?

Un dernier point crucial : les auteurs de cette étude sont des scientifiques, pas des élus. Pourtant, leur conclusion dépasse le strict cadre de l’observation. La toute dernière phrase de leur article stipule en effet que : « Les données disponibles à ce jour suggèrent que, tant que ces seuils ne sont pas franchis, l’humanité garde la liberté de poursuivre son développement social et économique à long terme. »

Cette affirmation, non étayée, contient un glissement dangereux : elle suggère en creux que le franchissement des seuils impose l’arrêt du développement économique. Or, transformer des statistiques en « ordres » indiscutables est une dérive. Si les chercheurs ont pour mission d’alerter sur les risques, ils n’ont pas la légitimité pour fixer les règles du jeu mondial. Le choix de nos modes de vie doit rester politique et démocratique, d’autant que c’est souvent le progrès économique qui permet de financer les innovations techniques indispensables à la transition.

Conclusion : miser sur les solutions « sexy »

Le concept des limites planétaires a le mérite d’exister et de nous alerter sur l’ampleur des crises environnementales en cours. Mais il peut aussi s’avérer confus et angoissant. Gardons ces indicateurs dans un coin de notre esprit, et concentrons‑nous plutôt sur la route devant nous.

Aujourd’hui, deux leviers majeurs permettent de répondre à l’essentiel du défi. D’un côté, la décarbonation — en abandonnant le pétrole, le gaz, le charbon et éventuellement la biomasse — agit de front sur le réchauffement et donc l’acidification des océans, la déforestation et donc la biodiversité, mais aussi les émissions d’aérosols. De l’autre, une transition vers une alimentation plus végétale permet de réduire les surfaces cultivées et donc de limiter la déforestation, voire de reforester, et donc de préserver la biodiversité et les ressources en eau, mais aussi de stabiliser les cycles de l’azote et du phosphore. En activant ces deux leviers, nous pourrions régler environ 95 % du réchauffement climatique et 75 % de l’érosion de la biodiversité.

Au lieu de subir l’effet « Jenga » d’une menace complexe qui paralyse, il est plus efficace de proposer des solutions claires et attractives. Des technologies comme la voiture électrique, plus agréable à conduire, ou les pompes à chaleur réversibles qui permettent de faire des économies, décarboner l’hiver et se rafraîchir l’été, montrent que nous pouvons rester dans une zone de sécurité tout en améliorant notre confort et notre économie. L’être humain s’adapte toujours davantage par le désir d’améliorer son existence que sous la contrainte ou par l’interdit.

Infographie illustrant les neuf limites planétaires et les deux leviers d'action que sont l'énergie et l'alimentation.
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Laissons la science éclairer, pas la peur gouverner

Depuis des mois, la question de la réintroduction de l’acétamipride affole le débat public. Elle est à nouveau soumise au vote des parlementaires. Et, une fois de plus, l’instrumentalisation militante prend le pas sur la raison et tourne le dos aux principes des Lumières.

Il est grand temps de revenir au temps des Lumières.

Non par nostalgie d’un âge d’or qui n’a jamais existé, ni par idéalisation naïve d’un progrès qui résoudrait tout, mais pour retrouver ce qui constituait l’exigence première de ceux qui décidèrent de lutter contre l’obscurantisme, les dogmes, les superstitions et l’arbitraire de l’autorité : soumettre nos croyances, nos intuitions et nos peurs à l’épreuve de la raison, des faits et de la contradiction.

Force est de constater qu’aujourd’hui, alors même que nous n’avons jamais disposé d’autant de connaissances ni d’outils pour comprendre le monde, le débat public emprunte trop souvent le chemin inverse. L’émotion y tient lieu de preuve, l’indignation de démonstration, la répétition d’un récit militant ou politicien de vérité établie. Un chiffre sorti de son contexte, une trace détectée, une association statistique ou un risque simplement imaginable suffisent parfois à imposer une conclusion et à réclamer une décision politique avec véhémence, voire violence.

Le doute, pourtant consubstantiel à la démarche scientifique, est alors soit présenté comme une faiblesse, soit détourné pour prétendre que toutes les opinions se valent. Or la science ne consiste ni à affirmer que l’on sait tout, ni à renoncer à distinguer le vrai du faux. Elle consiste à rechercher patiemment ce qui résiste à l’examen des faits, à mesurer l’incertitude et à accepter de corriger ses conclusions lorsque les preuves l’exigent.

Cette distinction est essentielle lorsqu’il s’agit d’éclairer les politiques publiques. La science ne décide pas à la place des citoyens ou des élus. Elle doit en revanche préciser ce que nous savons, ce que nous ignorons, la solidité des preuves, l’ampleur des effets et les conséquences prévisibles de nos choix. Les scientifiques doivent participer au débat de l’agora, mais les considérations politiques ne devraient jamais guider son prisme analytique en amenant à une présentation des résultats biaisée et incomplète. À défaut, la politique publique ne repose plus sur la connaissance, mais sur la peur, l’émotion ou l’idéologie et donc, in fine, sur de la désinformation.

L’épidémiologie des cancers diagnostiqués avant 50 ans en offre un premier exemple. Avec mon confrère le Pr Jacques Robert, nous avons été interpellés par la manière dont les chiffres du nombre de cancers dans le monde pouvaient être déformés dans certains articles grand public puis repris à des fins politiques ou militantes par certains peu scrupuleux à jouer avec les peurs. Ainsi le chiffre de 80 % d’augmentation du nombre de cas dans le monde en 30 ans chez les moins de 50 ans a été repris et amplifié, rapidement présenté comme un doublement et donc une « explosion », « une épidémie » voire un « tsunami » de cancers. Ce chiffre était juste et publié, mais en reprenant l’évolution du nombre d’habitants dans le monde, du vieillissement de la population, on obtenait en fait une augmentation de l’ordre de 30 % des cas par rapport au nombre de cas attendus. Plus complexe encore, cette augmentation ne pouvait pas s’étendre sans analyse complémentaire à la France compte tenu des disparités mondiales, notamment par exemple en termes de proportion des moins de 50 ans très disparate ou encore de facteurs de risque évitables (par exemple hépatite virale et cancers du foie) très dépendants des politiques vaccinales selon les pays étudiés.

Nous avons donc mené une étude originale que nous avons voulu réserver en exclusivité à la revue Science et Pseudo-Sciences de juillet 2026 afin d’en faire profiter très rapidement et largement le grand public, publication très complémentaire du dernier rapport de l’épidémiologie des cancers en France récemment publié par l’Institut national du cancer (INCa).

Environ 430 000 cancers sont diagnostiqués chaque année en France et près de 90 % surviennent toujours après 50 ans. Les cancers diagnostiqués entre 20 et 49 ans représentent approximativement 40 000 cas par an, soit moins d’un cancer sur dix, et leur poids dans l’ensemble du fardeau du cancer n’a que peu changé, voire a diminué en 30 ans : ils représentaient 15 % de l’ensemble des cancers en 1990 contre 9,3 % en 2023. Conséquence directe du fait que le nombre des plus de 50 ans a augmenté de 75 % en France depuis 1990, passant de 16 à 28 millions d’habitants. Loin de « l’épidémie » annoncée par certains, le cancer demeure, avant tout, une maladie liée à l’âge et au hasard au gré de mutations clés survenant au cours de la vie.

Notre analyse a permis malgré tout de mettre en évidence une réalité encore non rapportée : les évolutions de l’incidence des cancers chez les moins de 50 ans diffèrent radicalement selon le sexe. Entre 1990 et 2023, le nombre annuel de cancers chez les hommes de 20 à 49 ans est resté globalement stable, passant d’environ 13 500 à 13 200 cas. Chez les femmes, il est passé d’environ 16 700 à 25 300 cas, soit une augmentation de plus de 50 %, cohérente avec les taux d’incidence standardisés passés de 103 cas pour 100 000 habitants en 1990 à 106 en 2023 chez l’homme, et de 127 pour 100 000 en 1990 à 198 en 2023 chez la femme.

La dynamique observée avant 50 ans est donc essentiellement féminine. Elle est portée pour une large part par quelques localisations, notamment le cancer du sein, qui représente à lui seul près de la moitié des cancers féminins avant 50 ans, mais aussi par l’évolution du cancer du côlon (environ 7 % de la hausse) ou du poumon (environ 6 % de la hausse) chez les femmes et par certains diagnostics plus précoces. Chez l’homme, il y a eu des hausses (cancers du côlon également), mais aussi des baisses (cancers du poumon, grâce à la baisse du tabagisme chez les jeunes dans les années 90) qui globalement ont équilibré les comptes.

Cette réalité complexe ne plaide donc pas pour l’existence d’une cause unique et cachée, d’un « facteur X » qui résoudrait tout. Elle évoque plutôt l’addition de phénomènes déjà en partie identifiables : effets de cohorte liés au tabagisme féminin, évolutions hormonales et reproductives, recul de l’âge de la première grossesse, réduction du nombre d’enfants, augmentation du surpoids, modifications des modes de vie, amélioration de l’imagerie et diagnostics réalisés plus précocement.

Il reste indispensable de poursuivre la recherche et de surveiller cette population. Il faut identifier les sous-groupes dans lesquels l’incidence augmente réellement, comprendre les causes évitables et adapter les stratégies de prévention. Mais cibler les adultes jeunes ne nécessite pas d’inventer une épidémie générale ni un facteur environnemental unique. L’inquiétude peut être légitime sans que l’exagération le soit.

Le débat sur les pesticides obéit souvent aux mêmes mécanismes.

Nos moyens analytiques permettent aujourd’hui de détecter des quantités extraordinairement faibles de substances : quelques nanogrammes dans l’eau de pluie, des traces dans le liquide céphalorachidien d’enfants, dans le sperme, le miel ou une pâte à tartiner. Ces résultats sont ensuite présentés comme la démonstration d’une contamination générale et d’un danger sanitaire imminent.

Mais détecter n’est pas démontrer une toxicité. Et identifier le danger potentiel d’une molécule ne suffit pas à quantifier le risque réel. Tout dépend de la dose, de la durée, de la voie d’exposition et des concentrations susceptibles d’atteindre un organe. Présenter une concentration en nanogrammes sans la comparer à la dose journalière admissible, aux niveaux d’exposition habituels, aux doses sans effet observé ou aux doses toxiques utilisées chez l’animal revient à retirer au chiffre toute signification sanitaire.

Ainsi, une étude pilote suisse a été largement mobilisée lors des mobilisations anti-loi Duplomb pour affirmer que l’acétamipride « baignait dans le cerveau des enfants ». Elle portait pourtant sur seulement quatorze enfants âgés de 3 à 18 ans, tous hospitalisés pour une leucémie ou un lymphome, sans groupe témoin composé d’enfants en bonne santé. Le principal composé retrouvé n’était pas l’acétamipride lui-même, mais son métabolite, la N-desméthyl-acétamipride, détectée dans 93 % des échantillons de liquide céphalorachidien. La concentration médiane mesurée était de 0,0123 nanogramme par millilitre, soit environ une molécule de ce métabolite pour 1 000 milliards de molécules d’eau. Rapportée à la totalité du liquide céphalorachidien d’un enfant, elle correspondrait à seulement un à deux nanogrammes de substance, sous réserve que cette concentration soit homogène dans tout le compartiment.

Pour restituer l’ordre de grandeur, des études ont mesuré dans le liquide céphalorachidien des concentrations de nicotine comprises entre 6 et 215 nanogrammes par millilitre, soit environ 500 à 17 500 fois davantage. Pour la cotinine, principal métabolite de la nicotine, les concentrations rapportées atteignent 3,5 à 30,4 nanogrammes par millilitre chez des personnes non-fumeuses exposées au tabagisme passif, soit environ 300 à 2 500 fois la concentration médiane de N-desméthyl-acétamipride observée dans cette petite étude. Chez les fumeurs, elles peuvent être plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers de fois supérieures.

Cette confusion entre présence, danger et risque permet toutes les instrumentalisations. Le cancer, parce qu’il effraie et touche presque toutes les familles, devient alors un outil rhétorique extrêmement puissant. Il suffit d’associer le nom d’une molécule au mot « cancer » pour donner à une hypothèse fragile l’apparence d’une urgence sanitaire.

C’est dans ce contexte que certains souhaitent étendre ou constitutionnaliser un principe de précaution sanitaire toujours plus large. L’intention peut sembler louable et raisonnable. Pourtant, un principe de précaution privé d’analyse des ordres de grandeur, du niveau de preuve, des bénéfices attendus et des conséquences alternatives devient rapidement l’inverse de la rationalité des Lumières.

Il ne s’agit plus alors de précaution, mais d’un principe de peur.

Une innovation, une technologie, une molécule ou une politique pourraient être rejetées dès lors qu’un risque hypothétique ne peut être totalement exclu. Or le risque zéro n’existe pas. Refuser une décision comporte également des risques : pertes agricoles, augmentation des importations, recours à d’autres substances parfois moins évaluées, renoncement technologique, aggravation des inégalités ou détournement de ressources publiques au détriment de risques beaucoup plus importants.

Le principe de précaution ne doit pas devenir un principe d’inaction. Il ne doit pas davantage servir d’instrument juridique permettant à celui qui suscite le plus de peur d’imposer ses croyances à l’ensemble de la collectivité. Un tel système serait non seulement scientifiquement irrationnel, mais démocratiquement dangereux.

Une démocratie éclairée doit donc réapprendre à hiérarchiser les risques. Cela ne signifie pas nier les risques faibles, mais les replacer à leur juste niveau. Cela signifie distinguer une hypothèse d’une preuve, une association d’une causalité, une trace d’une dose toxique, un danger théorique d’un risque réel.

Revenir aux Lumières, c’est accepter que la réalité résiste parfois à nos préférences politiques. C’est reconnaître que la science est révisable sans être relative, incertaine sans être impuissante. C’est demander aux chercheurs d’exposer leurs incertitudes, aux journalistes de restituer les ordres de grandeur et aux responsables politiques de ne pas transformer chaque signal en arme émotionnelle.

La démocratie ne demande pas à la science de gouverner. Elle lui demande d’éclairer.

Encore faut-il accepter la lumière à tous les étages, y compris lorsqu’elle dérange nos croyances.

Portrait 3D d'un homme souriant portant des lunettes de soleil et un casque audio.

Par Benjamin Sire

Une réintroduction de l’acétamipride ? Pas vraiment…

Nous y revoilà ! Après avoir été retoquée par le Conseil constitutionnel dans le cadre de son examen de la loi Duplomb, l’été dernier, la réintroduction de l’acétamipride a été votée par les députés, hier soir, avant de passer devant le Sénat aujourd’hui.

Mais le texte adopté diffère largement du précédent et s’inscrit dans le projet de loi d’urgence agricole qui était l’objet global du scrutin. Il reprend les compromis nés de la commission mixte paritaire qui s’est réunie le 16 juillet.

Ce que la commission mixte paritaire a changé

Censuré le 7 août 2025, l’article 2 de la loi Duplomb ouvrait une large dérogation en faveur de la réintroduction du néonicotinoïde interdit en 2018. Un décret pouvait, à titre exceptionnel et pour faire face à une menace grave compromettant la production agricole, autoriser son emploi dès lors qu’aucune alternative satisfaisante n’existait et qu’un plan de recherche était engagé. Aucune filière n’était nommée, aucune durée n’était fixée, aucun mode d’application n’était exclu. Un conseil de surveillance rendait un avis au terme de trois ans, puis chaque année, sur le maintien des conditions.

C’est précisément sur ces trois aspects que le Conseil constitutionnel a fondé sa censure. Il relève que la dérogation vaut pour toutes les filières agricoles sans que le législateur ait identifié celles où pèse une menace particulière, qu’elle n’est accordée pour aucune période déterminée, et qu’elle couvre tous les types de traitement, y compris la pulvérisation, qui présente des risques plus élevés de dispersion. Pour se justifier, le Conseil a notamment brandi l’article 1er de la Charte de l’environnement.

La version issue de la commission mixte paritaire du 16 juillet 2026, inscrite à l’article 2 quater du projet de loi d’urgence agricole, répond à ces trois griefs. La filière est nommée : l’acétamipride ne pourra être employé que pour les noisettes, pour une durée de trois ans. La dérogation n’est plus délivrée par décret sur avis d’un conseil de surveillance créé pour l’occasion, mais par le ministère de l’Agriculture après avis de l’Anses, saisie au cas par cas. Le flupyradifurone, l’autre substance visée, est réservé à l’enrobage des semences de betterave et à la pulvérisation sur les pommes et les cerises.

Le compromis a été adopté par huit voix contre quatre, celles de la gauche, et deux abstentions du camp présidentiel. Ses promoteurs y voient une architecture désormais constitutionnelle, même si elle reste contestée.

L’article Laissons la science éclairer, pas la peur gouverner est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

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Le triple mirage des crèmes solaires bio

« Filtres chimiques » d’un côté, « minéraux » de l’autre ? En jouant sur les peurs, les crèmes solaires bio fleurissent. Au détriment de la santé des consommateurs, qui, avec des produits inefficaces, mettent leur santé en danger.

Au tournant du XXe siècle, une révolution renverse des siècles de canons esthétiques. Le teint pâle, longtemps synonyme de distinction, cède la place au hâle, soit le bronzage, promu au rang de signe de bonne santé et d’atout de séduction. Mieux qu’une preuve de vitalité, il s’agit quasiment d’un remède. Les revues médicales de l’époque vantent l’héliothérapie (traitement par exposition au Soleil) et l’actinothérapie (traitement par exposition à des lampes émettant dans le domaine ultraviolet), réputées venir à bout d’affections dermatologiques, et parfois même de la tuberculose.

Reste un détail que la mode a négligé. Tout le monde ne bronze pas avec le même bonheur. Les peaux claires, plus promptes à rougir qu’à dorer, brûlent là où les autres se colorent, introduisant la notion devenue si familière de « coups de soleil ». C’est particulièrement à destination de ces carnations que naissent les premiers produits de protection, formulés avec de faibles quantités de filtres, soit organiques comme le salicylate de benzyle ou l’acide para-aminobenzoïque, soit inorganiques comme l’oxyde de zinc ou le dioxyde de titane. L’ambition affichée par les réclames des années 1930 tient en une promesse simple. Bronzer sans brûler, donc « en toute sécurité ».

Deux familles de filtres s’imposent alors. Les filtres organiques absorbent le rayonnement ultraviolet et le dissipent sous forme de chaleur. Les filtres inorganiques, eux, le réfléchissent et le dispersent à la surface de la peau.

Le reste est affaire de patience. Les galéniques s’affinent, des méthodes d’évaluation sont mises au point, la première remontant à 1956, et la chimie livre des filtres toujours plus performants. Le chemin est long. Dans les années 1970, un indice de protection de 10 constitue encore un plafond honorable. De décennie en décennie, les fournisseurs d’ingrédients repoussent cette limite, jusqu’à gagner, dans les meilleurs cas, deux unités SPF (Sun Protection Factor) par pourcentage de filtre incorporé.

L’affaire aurait pu être simple si avait été prise la décision d’associer filtres organiques et inorganiques au sein d’une même formule pour cumuler leurs propriétés, les premiers, peu photostables, trouvant auprès des seconds la stabilité qui leur manque, et l’ensemble couvrant à la fois le domaine UVB, rayonnement responsable des coups de soleil, et le domaine UVA, rayonnement provoquant le vieillissement de la peau. Elle aurait pu, si certains n’avaient flairé un marché lucratif : le bio. Une protection et un bronzage directement connectés à la nature. Qu’espérer de mieux ? En misant en plus sur l’émotion, le meilleur vecteur de l’acte d’achat.

Ainsi le bio entre-t-il dans la danse, semant le doute dans l’esprit d’acheteurs jusque-là sereins. Il s’exprime sur l’innocuité des produits qu’ils utilisent depuis toujours, à la fois fondé sur la nocivité des formules traditionnelles pour la peau, mais surtout, pour l’environnement.

Aux alentours de l’an 2000, le marché regorge alors de crèmes solaires associant filtres organiques et minéraux, affichant des SPF très élevés. On y voit grimper ce fameux indice jusqu’à 60, 80, parfois 100. Des chiffres flatteurs, et trompeurs. Le 22 septembre 2006, la Commission européenne y met bon ordre, en recommandant de limiter à une valeur unique « 50+ » tous les indices supérieurs à 50, et en interdisant les mentions d’« écran total » ou de « protection totale ». À raison. Un consommateur, persuadé de porter une protection absolue, s’expose sans mesure, convaincu qu’une application matinale le met à l’abri pour la journée entière. Or aucune formule, quelle qu’elle soit, n’arrête la totalité des ultraviolets.

L’industrie du cosmétique bio, encore naissante, entend bien prélever sa part de cette manne que chaque départ en vacances ramène avec régularité. Sa stratégie est limpide. Discréditer les filtres organiques, rebaptisés pour l’occasion « filtres chimiques », afin d’en souligner la prétendue écotoxicité, et sacrer à leur place les filtres inorganiques, présentés comme naturels et sans danger pour le vivant, à commencer par le milieu marin. Le mot « chimique » fait ici tout le travail. Il suffit de l’accoler à un ingrédient pour le condamner, et de brandir l’adjectif « minéral » pour absoudre l’autre, sans que jamais un fait vienne étayer cette assertion.

Le procédé est habile, mais, hélas, mensonger. Car les filtres inorganiques ne sont ni naturels, ni écologiques. Aussi synthétiques que leurs cousins organiques, l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane perturbent, eux aussi, les écosystèmes marins. Ils s’avèrent même inférieurs aux filtres organiques en matière de protection. Un filtre minéral seul, ou l’association des deux, ne rivalisera jamais avec une association de quatre ou cinq filtres organiques. Et pour ne rien arranger, des contraintes de formulation interdisent d’incorporer l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane à fortes concentrations.

Le vrai SPF de nos crèmes solaires

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Un tube de crème solaire SPF 50+ posé sur une surface orange éclairée par le soleil avec l'ombre du chiffre 100

Voilà pourquoi la prétendue supériorité des solaires bio repose sur un triple mirage. Ils ne sont pas naturels. Ils ne sont pas écologiques. Ils ne protègent pas aussi bien que les associations de filtres organiques. Quelques marques commencent d’ailleurs à faire amende honorable, confessant à leurs communautés, sur les réseaux sociaux, une naïveté passée, et réintroduisent dans leurs formules les filtres organiques qu’elles vouaient hier aux gémonies. Elles demeurent l’exception. La plupart campent sur leurs positions, trop soucieuses de leur image et de leurs marges pour reconnaître leur erreur.

L’affaire n’a rien d’anodin. On sait depuis un bon moment que les ultraviolets sont cancérigènes et qu’il faut s’en protéger au moyen des produits les plus efficaces possibles. Continuer de propager des contre-vérités relève, dès lors, du problème de santé publique.

Le malentendu ne s’arrête pas là. Ces mêmes produits sont volontiers vantés comme la protection idéale du nourrisson, certains fabricants osant même la mention « dès la naissance ». Rien n’est plus faux, puisqu’un enfant de moins de trois ans n’a tout simplement pas à être exposé au soleil. Une dangereuse omission qui, au passage, ne concerne pas uniquement le secteur du bio.

Reste un dernier paradoxe. Ces crèmes que la population applique pour se prémunir des cancers cutanés n’ont pas le droit de revendiquer cet effet protecteur. Le règlement (CE) n° 1223/2009 est sans ambiguïté. Un cosmétique n’est pas un médicament, et ne saurait donc ni prévenir ni guérir la moindre maladie.

Pour dissiper ces mirages, une seule solution s’impose. Ranger enfin les crèmes solaires dans la catégorie qui leur revient, celle du médicament, tout en arrêtant de témoigner d’une indulgence coupable envers le sacro-saint terme « bio ». L’idée n’est pas extravagante. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration traite de longue date les produits solaires comme des médicaments en vente libre. L’Europe, elle, s’obstine à les considérer comme des produits cosmétiques. La santé cutanée du consommateur commanderait pourtant qu’on franchisse le pas. L’industrie s’y refuse, peu disposée à sacrifier un marché florissant, imposant même désormais un usage quotidien, que l’on soit exposé ou non. On n’hésite plus à effrayer jusqu’à celui qui reste chez lui, rivé à son écran, en lui soufflant que là encore, les ultraviolets le menacent.

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Réchauffement climatique, la faute au capitalisme ?

Sous la canicule, il faut un coupable, et le capitalisme fait un accusé commode. C’est pourtant le meilleur allié du climat.

La faim dans le monde ? La faute du capitalisme. Les guerres ? Le capitalisme. La crise du logement ? Le capitalisme. La pandémie ? Le capitalisme. La pauvreté ? Le capitalisme. L’hôpital à bout de souffle, le réchauffement climatique ? Le capitalisme, le capitalisme vous dis-je ! On croirait entendre la Toinette du Malade imaginaire répondant « le poumon » à chaque symptôme qu’on lui décrit. Le diagnostic est tout aussi imaginaire, mais il a le mérite d’avoir le confort de la simplicité pour celui qui le formule.

Accuser le système, c’est absoudre tout le monde. De l’électeur qui se cabre contre la taxe carbone aux puissances qui carburent au charbon, nul n’est ainsi plus comptable de rien puisque le coupable est partout. Pour une frange de l’écologie politique, le réquisitoire cache d’ailleurs un autre agenda. Le climat sert de cheval de Troie au projet bien plus ancien d’en finir avec le marché, la propriété et le profit. Le carbone n’est que le prétexte d’une opération dont le collectivisme est le but. Vous voulez sincèrement sauver la planète ? Chiche. Instruisons le dossier, et regardons qui la salit, et qui la nettoie.

De quoi le capitalisme est-il le nom ?

Tout procès commence par la vérification de l’identité de l’accusé. Avant d’être une idéologie ou un complot, le capitalisme est une mécanique de coordination, la plus puissante jamais inventée. Des millions d’individus, propriétaires de leurs moyens et libres de leurs choix, échangent sur des marchés où les prix éclairent sur la rareté. C’était l’une des démonstrations les plus éclairantes de Friedrich Hayek : les prix sont des agrégateurs instantanés de milliers d’informations éparpillées dans la tête de chaque producteur et consommateur, que nul bureau central ne serait capable de compiler. Le prix d’une chose condense tout ce que le monde sait d’elle, ce qu’elle coûte à produire et ce qu’on consent à sacrifier pour l’obtenir. C’est le système nerveux de l’économie. Débranchez-le, et plus rien ne répond.

L’accusé a ses turpitudes, nul ne songe à les nier. Il engendre des excès et des externalités qui sont mesurables, notamment en matière environnementale. En brûlant du pétrole, chacun rejette dans l’atmosphère une facture qu’il ne paie pas. Mais la faute ne gît pas dans le marché en tant que tel, elle réside dans l’absence d’un prix réel donné à ces émissions néfastes pour le climat.

Le carbone ne doit pas être gratuit

Fixer des prix est la fonction même du marché. William Nordhaus a reçu le Nobel d’économie en 2018 pour avoir fait entrer le climat dans l’équation économique et établi que la voie la moins coûteuse pour le préserver passe par le prix du carbone plutôt que par l’interdit ou le rationnement. Christian Gollier, l’un de nos meilleurs économistes du climat, auteur de Le climat après la fin du mois, démontre qu’un signal-prix unique, universel et appliqué sans exception demeure le moyen le plus efficace d’atteindre sa cible. Son collègue toulousain Jean Tirole, Nobel en 2014, enfonce le clou. À quoi bon empiler normes et subventions quand un simple prix suffirait à réaliser la transition écologique ?

Si l’émission de carbone est taxée à sa source, tout le reste de la chaîne des comportements s’adapte. Le capital délaisse les activités sales au profit des solutions propres et le pollueur paye le juste prix de son empreinte. Soit très exactement l’inverse de ce que font nos gouvernements en cassant le signal-prix à chaque flambée de l’essence, à coups de ristournes et de boucliers. Savoureuse ironie que de voir ceux dépeints en zélotes du marché, passer leur temps à tenter de le bâillonner.

Le dividende carbone, ou l’art de faire aimer une taxe

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Le grand découplage

La théorie n’est pas uniquement séduisante dans les manuels d’économie, elle s’observe de manière empirique. Depuis trente ans, les économies avancées réussissent ce que l’on jurait impossible, à savoir produire davantage de richesses en émettant moins de CO2. Et en matière de découplage, la France est particulièrement performante. Depuis 1990, son PIB a progressé de 65 %, pendant que ses émissions territoriales ont diminué d’un tiers, jusqu’à atteindre l’année dernière le point le plus bas jamais enregistré.

Et elle n’est pas la seule. L’étude publiée en décembre 2025 par l’Energy and Climate Intelligence Unit, passant au crible 113 pays et plus de 97 % du PIB mondial, montre que le découplage PIB-CO2 est devenu la norme et non l’exception. Depuis l’accord de Paris, 92 % de la richesse mondiale se crée dans des économies ayant décorrélé croissance et carbone, et près de la moitié dans des pays dont les émissions baissent en valeur absolue pendant que leur PIB monte.

Reste l’objection rituelle. N’aurions-nous pas simplement délocalisé notre pollution, en balayant nos fumées sous le tapis chinois ? L’usine part à Shenzhen, l’émission disparaît de nos registres, et nous voilà vertueux à peu de frais. Le soupçon fut longtemps fondé. Il ne l’est plus. Les auteurs de l’étude ECIU ont mesuré les émissions du côté de la consommation, en réintégrant chaque tonne de carbone importée avec les jouets, l’acier ou les smartphones fabriqués au bout du monde. Le verdict ne bouge pas, même en incluant les importations, la baisse est confirmée. Le découplage n’a rien d’un tour de passe-passe comptable, notre production de richesse est de plus en plus vertueuse.

Les pollueurs ne sont pas ceux que l’on croit

Vient alors la pièce du dossier qui embarrasse le plus l’accusation. Les plus gros pollueurs se trouvent parmi les économies les moins capitalistes. Rapportées au PIB, les émissions recensées par la base Edgar de la Commission européenne dressent un classement sans appel. Pour produire un million de dollars de richesses, le monde émet en moyenne 316 tonnes d’équivalent CO2 avec une hétérogénéité selon les pays. Quand la Chine en émet 491 et la Russie 458, l’Union européenne se situe à 134 tonnes et la France à 108. Le hasard n’y est pour rien. Les nations les plus sobres du monde développé sont des économies de marché, la France adossée à son nucléaire, le Royaume-Uni à son prix plancher du carbone. Les plus émettrices sont des économies administrées, gavées de charbon subventionné et sourdes aux signaux de prix.

Le casier de l’économie planifiée plaide dans le même sens. Le collectivisme n’a jamais protégé la nature, comme le rappellent tristement la mer d’Aral asséchée, Tchernobyl, le ciel empoisonné de Norilsk ou les campagnes d’extermination des moineaux dans la Chine maoïste. Le palmarès peu glorieux de l’économie planifiée devrait être réétudié par ses thuriféraires voulant abolir l’économie de marché.

La prospérité est la meilleure politique écologique

Les prêcheurs de la décroissance occultent une vérité pourtant simple : nul ne devient écologiste s’il a le ventre vide. C’est la base de ce que les économistes appellent la courbe de Kuznets environnementale. Ce n’est qu’à partir d’un certain seuil de richesse qu’une société se met à améliorer la qualité de l’air, sauvegarder la biodiversité et prendre soin de ses paysages, tout simplement parce qu’elle en a enfin les moyens. En deçà, elle a d’autres urgences, et le peuple qui compte ses fins de mois fera toujours passer la fin de la semaine avant la fin du monde.

Or c’est précisément ce seuil que le capitalisme a fait franchir à la planète. En 1990, près de quatre humains sur dix vivaient dans l’extrême pauvreté (en dessous de 2,15 $ par personne et par jour). C’est moins de un sur dix aujourd’hui (au nouveau seuil de 3 $), alors que la Terre compte près de trois milliards d’habitants de plus. L’ouverture des marchés a arrimé la Chine, l’Inde et l’Asie émergente au train de la prospérité mondiale, et pour la première fois depuis la révolution industrielle, les inégalités entre nations reculent au lieu de se creuser. Cette convergence des niveaux de vie, en plus d’être une grande victoire sociale, est également la condition silencieuse de la transition. Des populations entières, absorbées autrefois par la survie, ont désormais les moyens de se soucier de leur air et de leurs fleuves. Si le découplage est devenu la norme mondiale, c’est parce que la prospérité l’est devenue avant lui. Le capitalisme a sorti les Hommes de la misère, qui se sont mis alors à prendre soin de la planète.

La vertu climatique est donc un bien supérieur qui s’achète avec de la prospérité, jamais avec de la pénurie. Appauvrir les gens pour sauver le climat, c’est scier la branche sur laquelle se développe l’écologie.

Le pari Ehrlich-Simon

L’incitation est l’arme la plus puissante contre le carbone. Paul Romer, co-lauréat du Nobel la même année que Nordhaus, en a écrit la théorie. La croissance naît des idées, et les idées surgissent là où les incitations les appellent. Si les performances des technologies au service du climat s’améliorent, ce n’est pas parce qu’une autorité centrale l’a décrété, mais bien parce que des ingénieurs ont trouvé leur compte dans l’exploration de ces segments de recherche.

L’économiste Julian Simon avait mis cette confiance à l’épreuve de la façon la plus loyale qui soit, en y engageant son argent. En 1980, le biologiste Paul Ehrlich, auteur de La Bombe P, best-seller promettant famines et effondrement par surpopulation, incarnait la certitude de la pénurie. En désaccord avec cette affirmation, Simon lui proposa un pari. Ehrlich devait choisir cinq matières premières et une échéance. Si leurs prix montaient d’ici là – signe que la rareté gagnait – Simon devait payer 1 000 $. S’ils baissaient – signe que l’ingéniosité humaine avait déjoué la pénurie – Ehrlich réglerait la note. Le prophète choisit le cuivre, le chrome, le nickel, l’étain et le tungstène, à l’horizon de dix ans. En 1990, les cinq avaient baissé. Ehrlich posta son chèque sans un mot.

Quand une ressource se raréfie, son prix monte, et cette hausse déclenche aussitôt une réponse du marché, cherchant substituts, gisements nouveaux et économies de matière. La rareté appelle l’invention, à condition qu’un prix la signale. C’est très exactement ce que l’on demande aujourd’hui au prix du carbone. L’ingéniosité humaine, cette « ressource ultime » selon le mot de Simon, dame le pion à Malthus depuis deux siècles. Étrangler la prospérité, comme en rêvent les décroissants, reviendrait à débrancher la machine qui fabrique nos solutions.

Que faut-il donc pour gagner ? Un prix du carbone qui explicite la vérité des coûts, des profits capables de financer les milliers de milliards d’investissements dans la transition, des inventions qui rendent le propre moins coûteux que le polluant, des incitations qui fassent tirer des millions d’acteurs dans le même sens sans qu’aucun commissaire n’ait à le décréter. Ce cahier des charges correspond en tout point au fonctionnement du capitalisme. Aucune société appauvrie n’a jamais rien financé. Au terme du procès en pyromanie, l’accusé mérite la relaxe, mais sous conditions. Donnez-lui un prix, une règle et un cap, et c’est lui qui éteindra l’incendie.

Transition écologique : l’engrenage toxique du capitalisme de connivence

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Stockage de l’eau : 12 mythes qui nous condamnent à la sécheresse

La canicule s’achève à peine qu’une nouvelle crise menace : la sécheresse. Même scénario, même retard dans l’adaptation, même indignation tardive. Pourquoi ? Parce que le débat public sur l’eau reste pollué par de tenaces idées reçues.

Le contraste est saisissant. En vingt-cinq ans, la France n’est parvenue à créer que 5 à 10 millions de mètres cubes de nouvelles réserves d’eau. Pendant ce temps, le Maroc en construisait près de 2 milliards tandis que l’Espagne, notre voisine dont la production est quasi équivalente à la nôtre, avec un climat similaire à celui qui nous attend en 2100, dispose d’environ 22 milliards de mètres cubes de stockage pour sécuriser son irrigation.

Pourtant, l’Hexagone ne manque pas de pluie. Chaque année, le cycle des précipitations représente environ 500 milliards de mètres cubes d’eau. Le problème n’est pas la quantité qui tombe, mais l’impossibilité d’en conserver une petite partie jusqu’à l’été. La capacité de stockage agricole française représente à peine l’équivalent de quelques heures de précipitations à l’échelle nationale. Et pourtant, à Bruxelles comme à Paris, des députés sont à l’offensive pour essayer de couper les financements de nouveaux dispositifs.

Le cycle de l’eau

Avant même de discuter des conflits d’usage entre mégabassines, irrigation du maïs, arrosage des golfs ou refroidissement des datacenters, le débat français bute sur une incompréhension fondamentale : le cycle de l’eau.

L’eau n’est pas un stock qui pourrait venir à s’épuiser. C’est un flux perpétuel. L’eau consommée ne disparaît pas. Elle revient. Toujours. Mais pas forcément au bon moment. Ni là où elle est nécessaire.

Approximations hydrologiques…

Idée reçue #1 : « Les nappes phréatiques sont les meilleures des réserves… Pas besoin de bassines »

C’est vrai en Picardie, c’est faux dans le Poitou. Tout dépend de la géologie locale et du type d’aquifère. Dans une nappe inertielle (comme en Picardie), l’eau circule lentement. La nappe constitue effectivement une excellente réserve naturelle, et stocker son eau en surface serait absurde. À l’inverse, dans les zones ciblées par les retenues de substitution (comme les Deux-Sèvres), les aquifères sont fissurés ou karstiques. Dans ces nappes dites « réactives », l’eau circule à grande vitesse et n’y reste en moyenne qu’un mois avant de rejoindre l’océan. La nappe déborde l’hiver et se vide naturellement très vite à l’approche de l’été. Dans ce contexte géologique précis, le stockage de surface constitue une option adaptée pour conserver l’eau hivernale avant qu’elle ne file à la mer.

Idée reçue #2 : « Il existe des dispositifs de recharge des nappes phréatiques, qui sont plus écologiques que les mégabassines, pour un résultat similaire »

La recharge artificielle (par injection ou bassins d’infiltration) est une idée séduisante sur le papier, et qui fonctionne ailleurs, mais elle est totalement inadaptée dans ce contexte hydrogéologique précis. On l’a vu, les nappes du Poitou sont déjà saturées à 100 % par les pluies naturelles en hiver. Y injecter artificiellement de l’eau serait donc un non-sens physique. Non seulement on ne peut pas remplir une bouteille déjà pleine, mais l’eau ajoutée s’échapperait rapidement. Dans ce cas précis, le stockage en surface reste la seule solution technique pour conserver l’eau.

Idée reçue #3 : « Les petites retenues collinaires, c’est bien, mais les mégabassines, ce n’est pas pareil : on pompe dans la nappe ! »

Les retenues collinaires, qui captent le ruissellement, exigent un relief accidenté absent des plaines du Poitou. De plus, capter l’eau directement dans les cours d’eau en crue endommage le matériel à cause des sédiments et des débris. Le pompage hivernal en nappe résout ces contraintes en offrant une eau naturellement filtrée par le sol, prélevée au plus près des cultures. Une eau qui, dans un contexte karstique où nappes et rivières communiquent intensément, est hydrologiquement la même partout. L’enjeu n’est donc pas l’endroit où l’on pompe, mais la période : en hiver exclusivement, lorsque ces nappes réactives sont pleines.

Idée reçue #4 : « Quand on remplit les retenues d’eau, ça vide les nappes pour l’été »

On l’a vu, dans les zones de nappes réactives concernées par les projets de retenues, l’eau circule à grande vitesse et rejoint la mer en l’espace d’un mois environ. Le pompage hivernal n’a donc aucun impact sur le niveau estival des nappes.

Idée reçue #5 : « Lorsqu’on remplit les retenues, l’eau pompée manque aux écosystèmes, y compris marins, pendant l’hiver »

L’eau hivernale bénéficie aux milieux naturels avant d’atteindre la mer. Les apports d’eau douce jouent aussi un rôle important pour les estuaires et les écosystèmes côtiers. Mais l’objection oublie les ordres de grandeur en jeu. Dans les Deux-Sèvres, le remplissage complet requiert à peine 1,3 % de la pluie efficace hivernale, ne réduisant le débit des cours d’eau que de 1 % selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Un niveau bien insuffisant pour affamer le phytoplancton côtier. D’autant que les prélèvements sont strictement interdits si le niveau de la nappe est trop bas.

Idée reçue #6 : « La moitié de l’eau est perdue par évaporation »

Ce chiffre de 20 % à 60 % provient d’une grossière erreur d’interprétation d’une étude sur des lacs nord-américains. Celle-ci disait que l’évaporation représente 20 % à 60 % des pertes d’eau, et non que 20 % à 60 % du volume total d’eau est perdu par évaporation. Une nuance de taille. En réalité, l’évaporation est en grande partie compensée par les pluies qui tombent directement dans la retenue en hiver. Les retours d’expérience en Vendée et les données de l’Académie d’agriculture de France estiment la perte nette moyenne entre 2,3 % et 5 % du volume stocké, une perte qui, en période de canicule extrême, plafonne à 7,7 %. Très loin du gouffre hydrique annoncé.

Idée reçue #7 : « Les bassines, on n’arrivera pas à les remplir dans le futur à cause du réchauffement climatique »

L’impact du réchauffement sur le remplissage hivernal fait l’objet de prévisions contrastées. Si, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les précipitations hivernales ne devraient pas diminuer, l’augmentation de l’évapotranspiration à l’automne pourrait retarder la recharge des sols. Le risque n’est de toute façon pas écologique, aucun prélèvement n’étant autorisé si la nappe n’a pas atteint un niveau suffisant. Les milieux naturels restent donc sanctuarisés.

Idée reçue #8 : « Les retenues d’eau, c’est mauvais pour la biodiversité »

C’est vraisemblablement tout le contraire. D’après l’étude du BRGM dans les Deux-Sèvres, substituer les prélèvements d’été par du stockage hivernal permettrait d’augmenter le débit estival des cours d’eau jusqu’à +40 % sur certains tronçons. Un gain crucial pour limiter l’assec des zones humides remarquables, comme le Marais poitevin, et protéger la faune aquatique au moment le plus critique de l’année. Par ailleurs, l’accès à cette eau est conditionné à des engagements agroécologiques stricts pour les agriculteurs : réduction des pesticides, plantation de haies et création de corridors écologiques. Autant de mesures directement favorables à la restauration de la faune et de la flore locales.

Arguments d’autorité…

Idée reçue #9 : « Les mégabassines, c’est forcément de la maladaptation »

Là encore, c’est le contraire. Le GIEC les inclut explicitement dans ses rapports comme des solutions d’adaptation, tout en rappelant que leur efficacité aura des limites en cas de réchauffement trop important. Pour éviter ce piège, elles ne doivent pas être l’unique réponse mais s’inscrire dans une stratégie globale, comme c’est le cas dans les Deux-Sèvres, où le stockage est conditionné, on vient de le voir, à des engagements agroécologiques stricts et à une baisse globale des volumes prélevés.

Idée reçue #10 : « Les mégabassines, les scientifiques sont contre »

Disons que les « scientifiques en rébellion » ont tendance à prendre leur cas pour une généralité. Comme le rappelle Patrick Lachassagne, président du Comité français d’hydrogéologie (CFH) : affirmer de manière générale qu’une mégabassine n’est pas soutenable n’est « factuellement pas vrai », car l’impact est « très site-dépendant ». Il souligne qu’il faut faire la part des choses entre l’expertise technique et les opinions, dénonçant l’usage par certains de « pseudo-arguments hydrologiques » pour faire passer un message avant tout politique. Des institutions de référence comme le GIEC, le BRGM ou l’Académie d’agriculture confirment d’ailleurs la pertinence technique de ces projets sous conditions géologiques et réglementaires strictes.

… Et arrière-pensées idéologiques

Idée reçue #11 : « C’est une privatisation de l’eau ! »

C’est oublier que l’eau fait déjà l’objet de prélèvements légaux par de nombreux acteurs (distributeurs, barrages hydroélectriques ou particuliers), et surtout que ces retenues génèrent un bénéfice collectif. Remplacer les pompages d’été par du stockage d’hiver permet de relâcher la pression sur les nappes au moment le plus critique. Un dispositif qui profite aux milieux naturels et à tous les usagers en limitant les restrictions estivales.

Idée reçue #12 : « Les mégabassines, ça ne profite qu’à une poignée de privilégiés »

Encore une rhétorique qui ne résiste pas à l’examen des faits. Dans le projet des Deux-Sèvres, deux tiers des exploitations irrigantes de la zone sont engagées, soit 202 fermes sur 300. À Sainte-Soline, les 26 exploitations participantes ont une taille économique similaire, voire inférieure, à la moyenne régionale. On est bien loin de l’accaparement par une minorité d’agro-industriels voraces. D’autant que tous les agriculteurs, connectés ou non, bénéficient des réductions de restrictions estivales que permettent ces installations.

Les soulèvements de la raison

L’eau consommée (non restituée aux milieux) chaque année en France s’élève à 3,8 milliards de mètres cubes. L’agriculture représente à elle seule 61 % de cette consommation nationale, 60 % de la consommation annuelle se faisant entre juin et août, au moment précis où les cours d’eau ne transportent plus que 15 % de leur volume annuel. Le stockage hivernal de l’eau n’est donc ni un caprice productiviste, ni une hérésie écologique : employé à bon escient, c’est un levier de bon sens, mis en œuvre par l’humanité depuis la nuit des temps, pour pallier le déphasage entre besoins et disponibilité de la ressource.

Sécheresse : ces solutions adoptées ailleurs dont la France se prive

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Pourtant, en France, ce sujet subit le même traitement irrationnel que le nucléaire, la climatisation ou les OGM : un dénigrement systématique et une guérilla juridique permanente. Résultat : la France est à la traîne par rapport à ses voisins et doit se préparer à souffrir jusqu’à ce que l’évidence finisse, là aussi, par s’imposer. L’idéologie ne fait pas tomber la pluie. Elle n’arrose pas les cultures. Elle ne rafraîchit pas les logements. En revanche, elle essaie de torpiller les solutions. Opposons-lui enfin le soulèvement de la raison.

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Le réenchantement du monde

La France invente le progrès, mais ne l’adopte qu’à reculons, lorsque la nécessité lui force la main. Anatomie d’un peuple qui a cessé de désirer pour se contenter de subir.

Quand les contemporains de Max Weber montaient dans les premiers tramways, ils n’en connaissaient pas les rouages. Ils n’en avaient pas besoin. Il leur suffisait d’en saisir les grands principes et de savoir qu’un ingénieur, lui, les maîtrisait, et qu’aucune force occulte ne gouvernait la course de ce tube d’acier. Dans Le Savant et le Politique, opus d’une actualité saisissante, le sociologue allemand nommait cela le « désenchantement du monde », à savoir la disparition des explications magiques ou religieuses de notre environnement au profit d’une vision rationnelle, scientifique et bureaucratique. Le surnaturel reflue, les sorciers cèdent la place aux ingénieurs, et on laisse émerger une société de connaissance, basée sur la confiance dans ceux qui la produisent, la maîtrisent et la transforment en confort.

Le tramway est emprunté parce qu’on le comprend et que l’on a foi dans ceux qui le conçoivent. Le progrès, chez Weber, avançait à la vitesse d’une confiance, et la modernité pour lui était une marche triomphale vers la rationalité où l’innovation s’imposait par sa seule évidence.

Le paradoxe français : être à la pointe de la technologie et lui tourner le dos

Un siècle plus tard, la France semble avoir tourné le dos à cette ère. Le tramway est redevenu suspect. Nous avons réenchanté le monde et nous y avons projeté nos peurs : l’OGM est un Frankenstein, le nucléaire un prophète de l’apocalypse, la chimie un empoisonneur et la climatisation un climaticide. Nous avons même hissé le principe de précaution au rang constitutionnel, insigne honneur fait à une hésitation ayant sacralisé le risque hypothétique et excommunié quiconque ose le calculer ou le défier.

Notre pays, pourtant terre de génies — de Pasteur à Emmanuelle Charpentier, des frères Lumière à Yann LeCun, en passant par les utopies de Jules Verne —, invente un futur qu’il n’adopte qu’à contrecœur. Nous excellons dans l’invention, la recherche et l’imagination. Nos laboratoires, nos écoles et nos romans ont façonné des révolutions scientifiques et culturelles. Pourtant, dès qu’il s’agit de passer à l’action, nous tergiversons, nous débattons et nous attendons.

Et puis un jour la crise arrive, et soudain ce qui était un tabou devient une évidence.

L’art d’accepter l’innovation après la catastrophe

Dans un monde réenchanté, on n’embrasse plus ce que l’on comprend, mais ce que l’on subit. Toute notre histoire technologique tient dans la phrase de Jean Monnet : « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. » La chaleur que nous subissons depuis quelques jours en est l’exemple parfait.

Nous avons longtemps raillé la climatisation comme un vice américain, un gadget énergivore et polluant. Tandis qu’à Singapour, l’ancien Premier ministre Lee Kuan Yew déclarait que « la climatisation est la clé du progrès, qui a changé la nature de la civilisation » et en avait équipé un maximum de bâtiments publics, les Français, au motif de leur climat tempéré, étaient fiers de s’en passer. Les bâtiments sont construits sans elle, et les entreprises hésitent à investir. Il a fallu les 15 000 morts de 2003 pour qu’on impose, du bout des lèvres, une pièce rafraîchie dans nos Ehpad. Et nous revoilà, en cette fin de printemps 2026, démunis face à l’une des pires canicules de notre histoire récente, entre des classes devenues saunas, des hôpitaux étouffants et des logements irrespirables. Résultat, la climatisation devient un enjeu de santé publique et les ventes bondissent depuis quelques années. Trop tard pour les personnes âgées qui meurent chaque été et les enfants qui n’ont pu étudier correctement dans ces étuves.

Nous avons été le peuple de l’atome, par contrainte. Nous avons bâti une cinquantaine de réacteurs en deux décennies pour sortir de la dépendance au pétrole révélée par le choc de 1973, grâce à l’action de Pierre Messmer. Pourtant, dès les années 1990, le débat public se radicalise autour des risques, de la gestion des déchets et de la peur d’un nouveau Tchernobyl. Le nucléaire est devenu clivant, presque honteux, en dépit du confort qu’il apporte. Pendant des décennies, les gouvernements successifs freinent son développement et programment sa réduction de moitié, sous la pression du parti écologiste et d’une partie de l’opinion dans le cadre de tortueuses et cyniques négociations politiques. Il aura fallu la guerre en Ukraine, l’explosion des prix de l’énergie qu’elle a provoquée et les menaces de coupure de courant pour nous (re)convertir à ce que nous avions mis des années à renier. Face aux pénuries, le nucléaire redevient une solution, le président de la République annonce la relance des EPR et les écologistes les plus modérés admettent que le tout-renouvelables n’est pas pour demain. Une épiphanie trop tardive, car les délais de construction s’allongent et les coûts explosent. Nous aurions pu anticiper. Nous avons subi.

Nous avons mené la chasse aux passoires thermiques comme une croisade, jusqu’à ce que l’offre locative se tarisse et que l’on s’aperçoive que l’on ne peut retirer des centaines de milliers de logements du marché sans dommage. Le DPE a été allégé en urgence pour atténuer la crise du logement. Trop tard pour des millions de Français qui ont subi une inflation locative sans profiter d’une rénovation énergétique efficace.

Nous voyions le télétravail comme une menace pour la productivité et une atteinte à l’équilibre vie pro/vie perso. Il aura fallu un double confinement pour y convertir un quart des actifs et en faire une pratique normalisée de notre vie professionnelle. Trop tard pour les années perdues à subir des trajets épuisants.

Nous avons ignoré le poids des cotisations sociales jusqu’au jour où — voulant augmenter le pouvoir d’achat des salariés pour lutter contre l’inflation et endiguer les pénuries de recrutements — nous avons buté sur leur importance qui engloutit la moitié de la rémunération du travail. L’immense majorité de la classe politique se dote d’une offre programmatique pour les baisser dès 2027. Trop tard pour des générations de travailleurs dont le pouvoir d’achat s’est érodé année après année.

Les OGM et les vaccins, les prochains sur la liste ?

Parmi les nombreuses technologies encore honnies dans le débat public (comme le véhicule autonome, les phytosanitaires et, dans une moindre mesure, l’intelligence artificielle), deux sont particulièrement taboues malgré leur immense potentiel : l’édition génomique, héritière raffinée des OGM, nous offrant des cultures résistantes à la sécheresse et sevrées de pesticides ; et le vaccin, envers lequel les Français comptent parmi les peuples les plus défiants de la planète. Nous avons à moitié vécu la leçon avec le Covid, une pandémie jugulée en un temps record par une technologie à ARN messager que tant de Français ont reçue à contrecœur. Faudra-t-il une famine ou une nouvelle pandémie pour que nous acceptions enfin leur utilité ? Devrons-nous toujours payer en morts le prix d’une hésitation que la raison avait déjà levée ?

Le rôle du politique

Rien n’y oblige, si nos élus consentaient à tenir leur fonction. Réduits au commentaire, ils critiquent leurs prédécesseurs et leurs oppositions, déplorent des effets qu’ils n’ont pas su prévoir, s’indignent de carences qu’ils ont laissé prospérer, s’inventent des volontés qu’ils n’ont pourtant jamais exprimées.

Weber prônait pourtant une distinction établie des rôles : au savant de désenchanter le monde, d’établir ce qu’une technologie permet et ce qu’elle coûte ; au politique de trancher et d’agir. De l’homme d’État, il exigeait « la passion, le sentiment de responsabilité et le coup d’œil », ce don de voir venir et de répondre des conséquences avant qu’elles ne frappent.

Nous n’attendons pas de l’élu qu’il déplore le naufrage, mais qu’il l’évite. Non pas qu’il commente la technologie, mais qu’il en porte les usages bénéfiques. Non pas qu’il subisse le présent, mais qu’il se propose de tracer un avenir. La place du politique n’est pas dans le commentaire, mais dans la projection.

Lever le blocage technophobe

D’où vient ce blocage ? D’un recul de l’habitus scientifique et d’un rapport faussé à la modernité. La France aime le progrès en idée, elle qui a fait les Lumières, et le redoute en pratique, par crainte de la perte de contrôle, de l’inégalité, de la déshumanisation. C’est le pays du « oui, mais » : le nucléaire, c’est bien… mais c’est dangereux. Les OGM, c’est utile… mais c’est pas naturel. La climatisation, c’est pratique… mais ça consomme. Nous tenons le débat pour une vertu et l’action pour une faute, et nous délibérons jusqu’à ce que la crise tranche à notre place.

Le travers est ancien. Nous avons donné au monde le métier à tisser de Jacquard et laissé l’Angleterre en faire une révolution. Voilà notre signature, pionniers à l’atelier et timorés à l’usine. Le talent de l’amont, la peur de l’aval.

La France n’a pas un problème de génie, mais de désir. Et le désir, ça se travaille, ça s’attise, ça s’entretient. Nous inventons plus que nous n’osons employer. Nous préparons l’avenir dans nos laboratoires et nos romans, et nous l’enterrons dans nos lois. Il serait temps de l’en sortir. Faisons confiance à la science. Cessons de rougir du confort que nos inventions nous offrent, comme s’il fallait l’expier. Apprenons à anticiper plutôt qu’à réparer. Les Français n’attendent rien d’autre de ceux qui les gouvernent que de tracer un cap plutôt que de le subir. Ce sera l’un des grands enjeux de 2027.

Un peuple qui n’avance que sous la contrainte ne choisit jamais. Il subit, il s’incline, il regrette. Mais rien ne nous y condamne. Réapprenons à désenchanter le monde avant que la nécessité ne s’en charge, et à embrasser le progrès au lieu de l’attendre acculés. Le tramway de Weber est à l’arrêt. Montons-y par désir, non par peur.

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Climatisation : ces 12 idées reçues qui empêchent la France de s’adapter

À chaque canicule, le rituel est bien rodé. La France suffoque. Les écoles ferment. Les hôpitaux calfeutrent leurs fenêtres avec des couvertures de survie. Les médias conseillent de dormir dans des draps mouillés. Et l’État dégaine un numéro vert pour nous rappeler de boire. C’est alors qu’invariablement arrive quelqu’un pour expliquer que la climatisation ne serait pas la solution.

Répétés jusqu’à plus soif, les arguments culpabilisants, les freins administratifs et les idées reçues ont fini par imprégner profondément les esprits. Aujourd’hui, une majorité de Français reste persuadée que se priver de climatisation est un acte citoyen, 78 % considérant encore qu’elle n’est pas respectueuse de l’environnement. Conséquence : on continue, au nom de la sobriété énergétique, à construire des hôpitaux neufs partiellement climatisés comme à Nantes. Un pari de moins en moins justifiable, à mesure que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses.

L’exception culturelle française

C’est en 2024 que cette singularité française a éclaté aux yeux du monde. Tout à son ambition d’organiser les Jeux olympiques « les plus écologiques de l’histoire », Paris avait choisi de bannir la climatisation du village olympique, misant sur l’architecture bioclimatique pour garantir le confort des athlètes. L’expérience a tourné court. Les sportifs de haut niveau, dont la performance dépend du sommeil et de la récupération, ont refusé de servir de cobayes. Dès les premiers signes de forte chaleur, les délégations étrangères ont commandé en urgence des milliers de climatiseurs portatifs.

Deux ans plus tard, la réalité rattrape Paris, contrainte d’acheter dans l’improvisation 1 200 climatiseurs mobiles — moins de deux par école. Une démonstration par l’absurde des conséquences du bannissement moral de la clim : elle revient en urgence sous la forme de milliers d’engins mobiles, inefficaces et énergivores. L’exact opposé du but recherché.

Aux racines de cette diabolisation bien française de la climatisation, trois mythes qui ont la vie dure : le péché écologique, la solution parfaite et la chaleur supportable.

Le mythe du péché écologique

Idée reçue #1 : La climatisation est incompatible avec la lutte contre le réchauffement climatique

Cette critique repose sur une vision dépassée. En France, la plupart des climatiseurs sont des pompes à chaleur air / air réversibles, restituant 3 à 5 kWh de fraîcheur (ou de chaleur) pour 1 kWh consommé. Grâce à notre électricité largement décarbonée, la climatisation ne pèse que 0,8 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. Ce bilan, essentiellement lié aux fuites de fluides frigorigènes, est d’ailleurs amené à s’améliorer avec les nouvelles réglementations (cf. point suivant). À l’inverse, le chauffage hivernal émet 15 fois plus et reste le premier point noir du bâtiment. La pompe à chaleur réversible est en réalité un formidable atout écologique : en remplacement d’une chaudière fossile dans une maison normalement isolée, elle permet d’obtenir le même confort l’hiver plus la fraîcheur l’été, tout en réduisant les émissions de CO₂ de 95 %.

Idée reçue #2 : le principal problème de la clim, ce sont les gaz frigorigènes qui ont un pouvoir de réchauffement des milliers de fois plus puissant que le CO2

Certains fluides frigorigènes ont un Potentiel de Réchauffement Global (PRG) très important comparé au CO₂. Mais ce problème est en cours de résolution réglementaire et technologique. Les anciens fluides comme le R410A (PRG de 2088) ont déjà cédé la place au R32 (PRG de 675). Avec la réglementation européenne F-Gas, l’industrie va basculer d’ici 2027-2030 vers des fluides comme le propane R290, dont le PRG n’est que de 3. Le véritable enjeu n’est plus la technologie, mais la maintenance par des professionnels et le recyclage des anciens appareils pour éviter le rejet de fluides dans la nature.

Idée reçue #3 : L’air chaud rejeté par les clims contribue au réchauffement de la planète

Une climatisation ne crée quasiment pas de chaleur supplémentaire. Elle se contente de déplacer les calories de l’intérieur du logement vers l’extérieur, n’y ajoutant que la très faible énergie thermique dissipée par son moteur. Qu’un bâtiment rejette ses calories par réflexion solaire, par ventilation nocturne ou par climatisation, celles-ci finissent de toute façon à l’extérieur. Il n’y a donc pas plus de raison d’accuser sa clim de réchauffer la planète que ses fenêtres ou son isolation thermique.

Idée reçue #4 : La climatisation crée des îlots de chaleur urbaine

Les climatiseurs ne créent pas l’îlot de chaleur, qui naît de la minéralisation des sols (bitume, béton), du manque de végétation et d’une densité du bâti qui bloque la circulation de l’air. En rejetant la chaleur dans la rue, les climatiseurs peuvent aggraver le phénomène la nuit (+0,5 °C à +2 °C selon les métropoles). Dans un scénario extrême à Paris (neuf jours de canicule type 2003 avec 100 % des logements climatisés à 23 °C), la hausse nocturne pourrait atteindre +3,6 °C. Un chiffre global qui, selon l’auteur de l’étude, pourrait masquer de très fortes hétérogénéités locales, la chaleur pouvant s’accumuler dans les rues étroites ou les cours d’immeubles closes. Mais ce n’est pas une fatalité : la végétalisation, les toits réfléchissants et la centralisation des rejets en toiture ou vers des réseaux de froid collectifs peuvent fortement réduire cet effet.

Idée reçue #5 : La climatisation est un luxe de riche

Si le taux d’équipement est aujourd’hui inégal, la fraîcheur est d’abord un enjeu de santé publique. Les canicules frappent en priorité les plus vulnérables : les personnes âgées, les malades chroniques et les habitants prisonniers de bouilloires thermiques. Comme l’automobile, le réfrigérateur ou le lave-linge en leur temps, toutes les grandes innovations ont commencé par être l’apanage des plus aisés avant de devenir des outils d’émancipation du quotidien. En s’équipant les premiers, ils contribuent à faire baisser les coûts de production pour tous, un moyen très concret de faire “contribuer les riches”. Le progrès, c’est la démocratisation de l’accès au froid, pas l’égalité par la privation généralisée.

Il y a un siècle, la France diabolisait le chauffage

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Le mythe de la solution parfaite (Tout sauf la clim)

Idée reçue #6 : la climatisation est une maladaptation

La climatisation est l’exact inverse d’une maladaptation : ses effets secondaires se gèrent ; son absence, elle, tue. La lecture du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique est révélatrice de l’immense angle mort de l’administration française. Sur près de 400 pages, le mot « climatisation » n’apparaît que onze fois : huit concernent les transports, une le confort des animaux de ferme, et l’usage domestique n’est évoqué qu’à trois reprises, de manière négative. Dans un guide au titre évocateur, modifié depuis, Vivre avec la chaleur — Pourquoi éviter la climatisation ?, Santé Publique France prodiguait même ce conseil, finalement retiré : « Si vos moyens financiers le permettent, louez pendant quelques jours un logement mieux isolé de la chaleur. » Une indigence coupable pour un pays confronté à des canicules de plus en plus sévères.

Idée reçue #7 : Une maison bien isolée n’a pas besoin de climatisation

L’isolation et la climatisation sont complémentaires, pas concurrentes. L’isolation est passive (elle retarde l’entrée de la chaleur), la climatisation est active (elle extrait les calories accumulées). Lors d’une canicule prolongée, le bâti finit par saturer et l’isolation emprisonne la chaleur, transformant le logement en four. Les normes françaises de confort d’été (comme la RE 2020) reposent d’ailleurs sur des hypothèses déconnectées du réel, supposant par exemple, à l’heure du télétravail, qu’un logement est inoccupé durant les heures les plus chaudes de la journée. Isolation parfaite ou non, la clim devient désormais indispensable. D’autant que les chantiers de rénovation thermique globale étant lourds et coûteux, conditionner le droit au frais à une isolation parfaite revient de facto à condamner une majorité de Français à souffrir encore pendant plusieurs décennies.

Idée reçue #8 : Végétaliser les villes permet de se passer de climatisation

C’est l’ADEME qui le dit : un arbre mature équivaut à cinq climatiseurs fonctionnant 20 heures par jour. Le calcul physique est juste, mais la conclusion politique est trompeuse. Paris compte près de 200 000 arbres. Si cette équivalence était valable, cela reviendrait à dire que la capitale dispose déjà de l’équivalent d’un million de climatiseurs. Un arbre dissipe l’énergie en milieu ouvert par évapotranspiration, ce qui ne baisse la température de l’air que de 0,8 °C en moyenne et dans un périmètre limité. Surtout, en période de canicule extrême, le stress hydrique bloque la transpiration des arbres qui cessent alors de rafraîchir. La réalité est impitoyable : végétaliser Paris à hauteur de 10 % exigerait 12,2 millions de m³ d’eau par jour de canicule, soit cinq fois la consommation en eau potable de toute la région parisienne, ou la quasi-totalité du débit journalier de la Seine en 2100.

Idée reçue #9 : La climatisation va faire exploser le réseau électrique

C’est un classique de la rhétorique anxiogène, le même que pour les datacenters. Le véritable défi du réseau français reste l’hiver, où les pointes de chauffage exigent jusqu’à 50 GW de puissance supplémentaire. Les pics de climatisation estivaux ne représentent que 15 à 21 GW à l’horizon 2050, une situation qui, selon RTE, « ne fait pas apparaître de contraintes d’approvisionnement spécifiques aux vagues de chaleur ». De plus, la climatisation bénéficie d’une complémentarité unique : la demande de froid culmine précisément au moment où les panneaux photovoltaïques produisent le plus d’électricité solaire, constituant un élément stabilisateur majeur pour le système.

Idée reçue #10 : La solution, c’est la géothermie

Invoquée comme la nouvelle solution miracle par les discours politiques, la géothermie est séduisante car elle renvoie les calories dans le sol sans réchauffer la rue. Mais elle se heurte à un mur économique et structurel. Le chantier du siège de l’ADEME à Angers (3 kilomètres de forage pour plusieurs centaines de milliers d’euros) démontre que si cette solution est adaptée au tertiaire neuf, elle est inapplicable à grande échelle aux millions de logements existants, copropriétés dégradées ou écoles. En zone dense, où le sous-sol est déjà saturé par les réseaux de transports, de télécoms et d’énergie, les réseaux de froid urbains collectifs sont bien plus réalistes.

Le mythe de la chaleur supportable

Idée reçue #11 : Les pays chauds vivent très bien sans clim et les ventilateurs suffisent (variante : les brumisateurs, les bouteilles d’eau glacée, les draps humides aux fenêtres, les volets, etc)

À chaque canicule, le débat français se transforme en concours Lépine du système D (bouteille d’eau glacée devant un ventilo, vitres peintes au blanc de Meudon, draps mouillés). D’autres regrettent que Paris ne soit pas une médina ou un village troglodyte et proposent d’installer partout des tours persanes. Sauf qu’un climatiseur ne fait pas que refroidir : il déshumidifie l’air, ce qui est capital pour le confort physiologique. Un ventilateur ne refroidit ni ne déshumidifie rien ; il accélère simplement l’évaporation de la sueur et devient dangereux au-dessus de 35 °C. Les architectures en pisé, elles, ne fonctionnent que si les nuits restent fraîches. Enfin, l’argument de la sobriété des pays chauds repose sur une vision condescendante et obsolète : dès qu’ils en ont les moyens, ils s’équipent massivement. Débattre sérieusement de suspendre des draps mouillés plutôt que d’installer des pompes à chaleur performantes confine à l’absurde pour la septième puissance économique mondiale.

Idée reçue #12 : On peut très bien supporter d’avoir chaud

Cette injonction morale à endurer la souffrance thermique nie la réalité biologique et médicale. Selon l’Universal Thermal Climate Index, le stress thermique commence dès 26 °C, devient « fort » à 32 °C et « très fort » à 38 °C, alors qu’à l’inverse, face au froid, il ne débute qu’en dessous de 9 °C. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), le stress thermique détruira l’équivalent de 80 millions d’emplois à temps plein dès 2030 par pure perte de productivité, tout en faisant grimper en flèche les accidents du travail. Une étude de Harvard note une baisse de 13 % des capacités cognitives durant une canicule, tandis que plusieurs travaux associent la hausse des températures à une augmentation des comportements agressifs. Maintenir les intérieurs au frais est donc le socle du progrès social et de la santé publique. En atteste l’exemple de Singapour, qui combine chaleur et humidité suffocantes toute l’année. Selon son père fondateur, Lee Kuan Yew : « La climatisation est la clé du progrès. Elle a changé la nature de la civilisation. »

Pour en finir avec l’hypocrisie française

La France entretient une véritable névrose vis-à-vis de la climatisation. Nous acceptons que nos serveurs informatiques, nos centres commerciaux, nos studios de télévision et nos centres de décision soient climatisés en permanence, mais nous refusons que nos salles de classe, nos Ehpad, nos hôpitaux ou nos chambres à coucher le soient. Les critiques les plus virulentes contre le froid domestique sont d’ailleurs presque toujours formulées bien au frais, depuis des bureaux ministériels ou des plateaux de médias parfaitement régulés.

Cette asymétrie n’est plus tenable. Sauf à vivre dans une grotte ou dans une abbaye du XIIIᵉ siècle, la chaleur finit toujours par rentrer lorsque les températures extérieures restent élevées plusieurs jours d’affilée. L’isolation passive ne fait que retarder l’échéance ; pire, elle finit par emprisonner la chaleur et transformer l’habitation en thermos.

Face à des canicules appelées à devenir plus fréquentes, plus longues et plus intenses, disposer d’un outil capable d’extraire activement la chaleur des logements n’est plus un luxe. C’est un droit élémentaire : celui de ne pas mourir de chaud chez soi.

Pour un Plan Messm’air : Adapter la France aux canicules

En 1974, le Plan Messmer sécurisait la France face au choc pétrolier et au froid par l’atome. En 2026, un Plan Messm’air doit garantir notre sécurité face au chaud par le refroidissement. L’objectif n’est pas de subventionner à fonds perdus, mais de lever les verrous administratifs pour laisser les Français s’adapter. Une stratégie de bon sens en quatre piliers.

  • Choc de simplification : Libérons l’installation des équipements. Il faut revoir les normes qui la pénalisent, à commencer par la RE 2020, et mettre fin aux blocages abusifs des copropriétés et à l’arbitraire des autorisations d’urbanisme, y compris dans les périmètres protégés par les Architectes des Bâtiments de France.
  • Réalisme économique : Sortons du piège de MaPrimeRénov’, qui complexifie les démarches et dope artificiellement les devis. La pompe à chaleur réversible n’a pas besoin de perfusion publique : elle s’autofinance grâce aux économies massives de chauffage générées l’hiver. L’État doit simplement faciliter des prêts simplifiés, fléchés vers des équipements assemblés en Europe.
  • Urgence sanitaire : Protégeons les plus vulnérables. Le marché équipera naturellement le logement privé ; l’argent public, lui, doit se concentrer là où la chaleur tue. La climatisation doit devenir un équipement de sécurité obligatoire dans les écoles, les crèches, les Ehpad et les hôpitaux.
  • Souveraineté industrielle : Évitons le piège qui a détruit le photovoltaïque européen au profit de la Chine. La France doit préserver ses centres de R&D et ses usines en prenant une longueur d’avance sur les fluides à très faible PRG, comme le propane R290, et lancer un plan d’urgence de formation pour les frigoristes.

Le prix de l’idéologie

La balance bénéfice-risque de la climatisation est aujourd’hui extraordinairement favorable en France. Ses externalités négatives sont limitées et des réponses techniques matures existent pour les réduire.

La climatisation n’est ni une solution unique, ni une baguette magique. Elle est d’autant plus pertinente quand elle vient en complément de solutions passives comme l’architecture bioclimatique, les protections solaires ou encore la végétalisation urbaine. Mais en matière de coût, de rapidité de déploiement et d’efficacité immédiate, aucune autre technologie ne peut protéger aussi vite les populations. Nous l’accepterons, comme nous avons accepté le chauffage central, l’eau courante ou les vaccins — tous contestés, en leur temps, par les mêmes combats d’arrière-garde.

La question n’est plus de savoir s’il faut déployer la climatisation pour adapter le pays à la nouvelle donne climatique : la réalité biologique s’en chargera. La question est de savoir combien de temps nous mettrons encore à admettre l’évidence. Et combien de vies, d’accidents, d’échecs scolaires et de souffrances évitables auront été le prix de notre retard.

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À quand un entrepreneur au Panthéon ?

C’est une anomalie mondiale qui en dit beaucoup. Alors que Marc Bloch entre ce jour au Panthéon, nous constatons et déplorons l’absence totale d’entrepreneurs et bâtisseurs dans les temples mémoriels du monde entier.

Le Panthéon, temple républicain de la mémoire nationale, honore des hommes et des femmes politiques, des militaires, des savants, des écrivains, des résistants. Il n’honore pas, en revanche, les entrepreneurs, ces bâtisseurs qui, par leurs innovations, leurs industries et leurs visions, ont façonné la France moderne et contribué à son rayonnement mondial.

Le 9 octobre 2025, c’était Robert Badinter (1928–2024), avocat et homme politique, qui entrait au Panthéon. Ce 23 juin 2026, c’est au tour du grand Marc Bloch (1886–1944), historien et résistant, de voir la patrie lui être reconnaissante. À ce jour, aucun entrepreneur n’a jamais été admis ni même proposé à cette reconnaissance de la nation.

Quels obstacles pour panthéoniser un entrepreneur ?

Du point de vue du droit, le Panthéon n’est pas une institution dont l’accès serait régi par un règlement ou des critères légaux formalisés. Depuis la loi du 4 avril 1791 qui transformait l’église Sainte-Geneviève en « Panthéon des grands hommes », puis les décisions révolutionnaires et impériales qui ont suivi, le choix des personnalités inhumées ou célébrées relève de la décision souveraine du chef de l’État. Aujourd’hui encore, c’est le Président de la République qui, seul ou après consultation informelle d’historiens et de conseillers, prononce la panthéonisation. Aucune loi, aucun décret d’application, aucune charte du Centre des monuments nationaux ne définit de catégories admissibles ou exclues. Il n’y a pas de « jury d’admission », pas de critères objectifs écrits, pas de condition de nationalité stricte (ainsi Joséphine Baker, née aux États-Unis, y repose).

L’obstacle réside donc dans l’interprétation politique et historiographique de la maxime gravée sur le fronton : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Au fil des deux siècles, les présidents successifs ont opéré une sélection implicite fondée sur une hiérarchie des mérites : le service de l’État (hommes politiques), le sacrifice militaire ou résistant, la création intellectuelle et artistique, l’invention scientifique. L’entrepreneur, lui, a été rangé dans la sphère du privé, de l’intérêt personnel et du commerce, perçus comme étrangers à l’idéal républicain du service public. Cette doxa n’a jamais été inscrite dans un texte, mais elle s’est imposée comme une convention.

Des « panthéons » ailleurs

En Allemagne, la Walhalla, érigée en Bavière sur l’initiative du roi Louis Ier, fonctionne comme un temple germanique de la gloire. Ses bustes honorent des personnalités de langue germanique — écrivains, souverains, scientifiques, compositeurs et militaires — mais y règne une conception essentiellement culturelle et politique de l’excellence ; l’industriel ou le chef d’entreprise n’y a pas sa place.

Au Royaume-Uni, la mémoire nationale s’incarne dans une institution religieuse : l’abbaye de Westminster. Outre les sépultures royales, le Poets’ Corner et les chapelles rassemblent écrivains, musiciens, hommes d’État et savants (Newton, Darwin). L’anglicanisme britannique a sanctifié le génie politique, militaire et scientifique ; l’entrepreneur, lui, n’y est guère représenté.

Les États-Unis n’ont pas de panthéon unique, mais le National Statuary Hall au Capitole, où chaque État offre deux statues de ses grandes figures, en constitue l’approximation la plus proche. On y trouve une palette plus large que dans le Panthéon français — militants des droits civiques, éducateurs, scientifiques, parfois inventeurs — mais les chefs d’entreprise y demeurent exceptionnels. Notons toutefois que le désormais oublié Hall of Fame for Great Americans, créé à New York à la fin du XIXe siècle, avait, lui, intégré dès l’origine des figures techniques et industrielles comme Thomas Edison ou Eli Whitney, ce qui en fait une rare exception occidentale.

Plus proche de nous, le Panteão Nacional portugais (Lisbonne), le Panthéon des Hommes Illustres espagnol (Madrid) ou encore la Rotonde des Personnes Illustres au Mexique reproduisent le schéma français : elles consacrent des présidents, des résistants, des écrivains et des intellectuels, sans jamais élever au rang de héros national un bâtisseur d’entreprise.

De ce tour d’horizon ressort une constance frappante : qu’ils soient monarchiques, religieux ou républicains, les panthéons modernes honorent avant tout le souverain, le soldat, le penseur, le poète et, plus rarement, l’inventeur. La République française n’est donc pas seule à réserver ses plus hautes marques de reconnaissance publique aux vertus politiques, militaires et littéraires. Cette convergence transnationale révèle que la mémoire collective occidentale a longtemps considéré la création de richesses et l’audace industrielle comme des vertus privées, indignes du monument public.

Aux grands entrepreneurs, la patrie reconnaissante

Or, l’entrepreneur incarne des valeurs profondément républicaines : le mérite, la persévérance, le progrès, l’émancipation collective et le rayonnement universel. Constituer une « promotion entrepreneuriale » au Panthéon, rassemblant des figures issues de différents secteurs — infrastructures, mode, industrie, aéronautique, consommation, luxe, pharmacie — et de différentes époques, permettrait d’honorer la continuité d’un génie français de l’entreprise.

Nul chef de l’État n’a encore fait entrer au Panthéon de tels bâtisseurs. Pourtant, entreprendre est aussi honorable que représenter, diriger, combattre, résister, écrire, inventer, soigner ou plaider.

Cette reconnaissance donnerait aux entrepreneurs leur place légitime, rétablirait une mémoire collective au profit des générations futures, où l’économie et l’innovation compteraient autant que la politique, la guerre et les arts, et rappellerait que les œuvres de ces entrepreneurs parlent au monde entier.

Si la France panthéonisait des bâtisseurs, elle ne comblerait pas seulement une lacune nationale, elle deviendrait pionnière dans un monde où les grands pays ont tous un Panthéon qui les exclut.

Osons enfin « panthéoniser » des entrepreneurs

Plusieurs candidats méritent certainement d’avoir leur place dans notre récit national. Alors osons enfin « panthéoniser » des figures qui sauront redonner de l’optimisme et de l’audace aux Français. De l’artisan du XIXe siècle à l’industriel du XXe, du luxe aux infrastructures, voici dix noms qui disent la diversité et la pérennité de cet engagement :

  • Émile et Isaac Pereire (1800–1875, 1806–1880) — Banquiers et industriels, architectes de la révolution ferroviaire et de l’urbanisme haussmannien. Ils incarnent la modernité économique du XIXe siècle.
  • Joseph-Auguste Pavin de Lafarge (1806–1876) — Inventeur du ciment moderne, dont l’entreprise bâtira les grandes infrastructures de la France et du monde.
  • Louis Vuitton (1821–1892) — Artisan devenu entrepreneur, fondateur d’une maison devenue emblème du luxe et du savoir-faire français.
  • Gustave Eiffel (1832–1923) — Ingénieur et industriel, bâtisseur de la tour Eiffel, architecte de la statue de la Liberté, symbole mondial de la France républicaine.
  • Jeanne Lanvin (1867–1946) — Créatrice et chef d’entreprise, fondatrice d’une maison de couture encore active, pionnière de l’entrepreneuriat féminin.
  • André Citroën (1878–1935) — Industriel visionnaire de l’automobile, pionnier du marketing et de la production de masse à la française.
  • Marcel Dassault (1892–1986) — Industriel de l’aviation, figure de l’indépendance nationale et du génie aéronautique français.
  • Marcel Bich (1914–1994) — Cofondateur de Bic, inventeur d’objets universels, stylo, rasoir, briquet, adoptés par des milliards de personnes dans le monde.

Bien sûr, ces parcours ne sont pas tous sans ombres ; mais ceux des militaires et des hommes politiques déjà distingués le sont-ils davantage ? L’entrée au Panthéon n’est pas une canonisation papale, elle ne sacralise pas des saints.

Le moment est peut-être venu. Panthéoniser les grands entrepreneurs, c’est affirmer que la République se construit aussi par le travail, l’innovation et l’audace industrielle. C’est reconnaître que derrière chaque objet du quotidien, chaque symbole national, il y a des femmes et des hommes qui ont osé entreprendre. C’est ne pas oublier qu’aux yeux du monde et des Français, le Panthéon parle autant de ses hôtes que de la société qui les choisit.

Quatre-vingt-quatre personnalités sont panthéonisées en comptant Marc Bloch. Les fonctions de femme/homme politique et de militaire concernent 67 % d’entre elles (une personne peut endosser plusieurs fonctions). À ce jour, aucun entrepreneur n’y a été admis.

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