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☕️ Au Brésil comme en Europe, l’impartialité de la modération publicitaire de Meta questionnée



Les systèmes publicitaires de Meta font de nouveau des leurs. Ce 25 septembre, au Brésil, Meta a brièvement suspendu le recours à la publicité de la page Facebook de Luis Inácio Lula da Silva.

À 80 ans, ce dernier fait campagne pour un quatrième et dernier mandat électoral face à Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême-droite Jair Bolsonaro. Ses équipes ont déposé une plainte via les systèmes de la plateforme, et attendent des explications sur le sujet. 


Quelques semaines plus tôt, Amnesty International publiait un travail dans lequel elle constatait l’inefficacité des systèmes algorithmiques de Meta pour suspendre les publicités visant à diffuser de la désinformation sur ses différentes plateformes.

Alors que la population brésilienne doit se rendre aux urnes le 4 octobre prochain, le président sortant Lula a alerté contre les risques d’ingérence dans le débat public, rappelle Novara media, visant notamment le soutien que le président des États-Unis Donald Trump pourrait apporter à la candidature de Bolsonaro.

Illustration : Flock

En Europe, où Meta a adopté une lecture extensive du règlement européen sur la transparence et le ciblage de la publicité à caractère politique (TTPA), le (dys-)fonctionnement des outils publicitaires est aussi un enjeu récurrent pour comprendre l’état du débat public.

Début septembre, un théâtre de Barcelone, en Espagne, a vu Facebook et Instagram supprimer des publicités dédiées à l’adaptation théâtrale d’Une pièce à soi, de Virginia Woolf, au motif que ces travaux évoquaient des « sujets sociaux ». L’entreprise a précisé à l’institution culturelle que « toute mention de droits civiques, de féminisme ou de réformes sociales sont classifiée comme "sujets sociaux" par nos systèmes automatisés » et, à ce titre, empêchés de diffusion, rapporte the Guardian.

L’épisode rejoint des problématiques rencontrées en France, où la Fondation des Femmes a mis l’entreprise en demeure de diffuser l’une de ses campagnes, aux alentours de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars.

En France, dès les premières semaines qui ont suivi l’entrée en vigueur du TTPA, des ONG spécialisés dans des sujets aussi variés que la défense des droits des femmes, celle des droits des enfants, ou plus globalement à la défense des droits humains ont témoigné auprès de Next avoir constaté un raidissement net des pratiques de modération de leurs campagnes publicitaires.

Un an plus tôt, à l’inverse, une étude d’AI Forensics permettait d’établir que les systèmes de l’entreprise peinaient à modérer des publicités politiques dédiées à faire circuler des thèses pro-russes.

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☕️ Au Brésil comme en Europe, l’impartialité de la modération publicitaire de Meta questionnée



Les systèmes publicitaires de Meta font de nouveau des leurs. Ce 25 septembre, au Brésil, Meta a brièvement suspendu le recours à la publicité de la page Facebook de Luis Inácio Lula da Silva.

À 80 ans, ce dernier fait campagne pour un quatrième et dernier mandat électoral face à Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême-droite Jair Bolsonaro. Ses équipes ont déposé une plainte via les systèmes de la plateforme, et attendent des explications sur le sujet. 


Quelques semaines plus tôt, Amnesty International publiait un travail dans lequel elle constatait l’inefficacité des systèmes algorithmiques de Meta pour suspendre les publicités visant à diffuser de la désinformation sur ses différentes plateformes.

Alors que la population brésilienne doit se rendre aux urnes le 4 octobre prochain, le président sortant Lula a alerté contre les risques d’ingérence dans le débat public, rappelle Novara media, visant notamment le soutien que le président des États-Unis Donald Trump pourrait apporter à la candidature de Bolsonaro.

Illustration : Flock

En Europe, où Meta a adopté une lecture extensive du règlement européen sur la transparence et le ciblage de la publicité à caractère politique (TTPA), le (dys-)fonctionnement des outils publicitaires est aussi un enjeu récurrent pour comprendre l’état du débat public.

Début septembre, un théâtre de Barcelone, en Espagne, a vu Facebook et Instagram supprimer des publicités dédiées à l’adaptation théâtrale d’Une pièce à soi, de Virginia Woolf, au motif que ces travaux évoquaient des « sujets sociaux ». L’entreprise a précisé à l’institution culturelle que « toute mention de droits civiques, de féminisme ou de réformes sociales sont classifiée comme "sujets sociaux" par nos systèmes automatisés » et, à ce titre, empêchés de diffusion, rapporte the Guardian.

L’épisode rejoint des problématiques rencontrées en France, où la Fondation des Femmes a mis l’entreprise en demeure de diffuser l’une de ses campagnes, aux alentours de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars.

En France, dès les premières semaines qui ont suivi l’entrée en vigueur du TTPA, des ONG spécialisés dans des sujets aussi variés que la défense des droits des femmes, celle des droits des enfants, ou plus globalement à la défense des droits humains ont témoigné auprès de Next avoir constaté un raidissement net des pratiques de modération de leurs campagnes publicitaires.

Un an plus tôt, à l’inverse, une étude d’AI Forensics permettait d’établir que les systèmes de l’entreprise peinaient à modérer des publicités politiques dédiées à faire circuler des thèses pro-russes.

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Face à l’e-facturation, agriculteurs, petits commerçants et auto-entrepreneurs protestent

Technocomptabilité
Facturation électronique : fuite d’informations chez VosFactures à cause d’un prestataire

Dans plusieurs villes de France, des mobilisations s’organisent contre l’obligation de passage à la facturation électronique. LFI a déposé une proposition de loi pour imposer un moratoire sur cette évolution à destination des plus petites structures économiques.

L’évolution ne passe pas : partout en France, des petits entrepreneurs, paysans, commerçants se mobilisent contre le passage à la facturation électronique. Devenue obligatoire au 1ᵉʳ septembre pour toutes les sociétés assujetties à la TVA en France, l’évolution fait craindre de nouveaux casse-têtes administratifs à des professionnels d’Ille-et-Vilaine, de Loire-Atlantique ou d’Ariège.

En cause : l’éclatement des fournisseurs et le retard de près d’un tiers des petites et moyennes entreprises (PME) françaises. En Ariège comme en Bretagne, des réunions publiques sont désormais organisées pour mobiliser contre l’évolution imposée, rapporte Basta.

Un refus qui ne date pas d’hier

Les protestations remontent à plusieurs mois. À l’origine, l’État devait fournir un portail public de gestion des factures. Ce Portail Public de Facturation a été revu à la baisse courant 2024, pour ne plus devenir qu’un annuaire des plateformes agréées.

Le recul a inquiété de tous les côtés de l’échiquier politique et suscité des oppositions populaires. Ici on s’inquiète de voir les gestionnaires privés des plateformes d’e-facturation se muer en sociétés monétisant les données qui transitent par leurs services. Là, on crée une pétition contre la facturation électronique sur le site de l’Assemblée nationale (cette dernière compte 31 000 signatures fin septembre 2026, contre 24 000 au mois de juin).

Maintenant que l’évolution est entrée en vigueur, des rassemblements s’organisent, ce 28 septembre à Redon, en Ille-et-Vilaine, ou encore le 6 octobre à Foix, en Ariège. Olivier Niol, agriculteur breton, témoigne auprès de Reporterre des implications de l’évolution : lui n’a « toujours pas de smartphone », et vit dans un circuit où « les gens paient en chèque ou en liquide ». Il part d’une comptabilité encore entièrement papier et ne se voit pas passer au tout numérique.

Éleveuse de brebis, Anissa proteste dans Basta contre la nouvelle charge de travail que cela lui impose face à un écran, tandis que Léandre, gérant de foodtruck, s’inquiète de la probabilité que ses fournisseurs locaux, des PME, comme lui, ne soient pas équipés, donc incapables de lui fournir les justificatifs dont il aurait besoin. Nombreux sont ceux qui, par ailleurs, gèrent leur comptabilité par trimestre, ou par points ponctuels, au fil de l’année. Avec les nouvelles obligations d’e-reporting, l’État leur impose désormais de faire remonter leurs données chaque mois.

Des partis s’emparent du sujet

Si l’administration présente le passage à la facturation électronique comme une mesure de compétitivité française, il s’agit aussi, surtout, de lutter contre la fraude à la TVA.

Pour les petites structures, cette numérisation obligatoire représente une charge de travail numérique supplémentaire – qui implique potentiellement la prise en main de nouveaux outils. Quelques semaines après la révélation d’une triple intrusion dans le système d’information des impôts, nombreux sont ceux qui s’inquiètent, par ailleurs, de l’exploitation de leurs données par des acteurs tiers, qu’ils soient légitimes ou non.

Plusieurs partis politiques s’emparent du sujet. Fin août, le député Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy appelait ainsi à « suspendre » la réforme. Le 15 septembre, c’est la députée insoumise Mathilde Hignet qui a déposé une proposition de loi visant l’instauration d’un moratoire sur le déploiement de la facturation électronique. Tel que le texte est écrit, celui-ci viserait spécifiquement les autoentrepreneurs, les très petites entreprises (TPE), les PME et les agriculteurs et agricultrices. Le moratoire courrait jusqu’à la mise en place d’un réel portail public de facturation.

Devant les inquiétudes, l’entrée en vigueur a été allégée : elle se fait avec une période de tolérance, ce qui signifie qu’aucune sanction ne sera appliquée d’ici la fin de l’année.

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Face à l’e-facturation, agriculteurs, petits commerçants et auto-entrepreneurs protestent

Technocomptabilité
Face à l’e-facturation, agriculteurs, petits commerçants et auto-entrepreneurs protestent

Dans plusieurs villes de France, des mobilisations s’organisent contre l’obligation de passage à la facturation électronique. LFI a déposé une proposition de loi pour imposer un moratoire sur cette évolution à destination des plus petites structures économiques.

L’évolution ne passe pas : partout en France, des petits entrepreneurs, paysans, commerçants se mobilisent contre le passage à la facturation électronique. Devenue obligatoire au 1ᵉʳ septembre pour toutes les sociétés assujetties à la TVA en France, l’évolution fait craindre de nouveaux casse-têtes administratifs à des professionnels d’Ille-et-Vilaine, de Loire-Atlantique ou d’Ariège.

En cause : l’éclatement des fournisseurs et le retard de près d’un tiers des petites et moyennes entreprises (PME) françaises. En Ariège comme en Bretagne, des réunions publiques sont désormais organisées pour mobiliser contre l’évolution imposée, rapporte Basta.

Un refus qui ne date pas d’hier

Les protestations remontent à plusieurs mois. À l’origine, l’État devait fournir un portail public de gestion des factures. Ce Portail Public de Facturation a été revu à la baisse courant 2024, pour ne plus devenir qu’un annuaire des plateformes agréées.

Le recul a inquiété de tous les côtés de l’échiquier politique et suscité des oppositions populaires. Ici on s’inquiète de voir les gestionnaires privés des plateformes d’e-facturation se muer en sociétés monétisant les données qui transitent par leurs services. Là, on crée une pétition contre la facturation électronique sur le site de l’Assemblée nationale (cette dernière compte 31 000 signatures fin septembre 2026, contre 24 000 au mois de juin).

Maintenant que l’évolution est entrée en vigueur, des rassemblements s’organisent, ce 28 septembre à Redon, en Ille-et-Vilaine, ou encore le 6 octobre à Foix, en Ariège. Olivier Niol, agriculteur breton, témoigne auprès de Reporterre des implications de l’évolution : lui n’a « toujours pas de smartphone », et vit dans un circuit où « les gens paient en chèque ou en liquide ». Il part d’une comptabilité encore entièrement papier et ne se voit pas passer au tout numérique.

Éleveuse de brebis, Anissa proteste dans Basta contre la nouvelle charge de travail que cela lui impose face à un écran, tandis que Léandre, gérant de foodtruck, s’inquiète de la probabilité que ses fournisseurs locaux, des PME, comme lui, ne soient pas équipés, donc incapables de lui fournir les justificatifs dont il aurait besoin. Nombreux sont ceux qui, par ailleurs, gèrent leur comptabilité par trimestre, ou par points ponctuels, au fil de l’année. Avec les nouvelles obligations d’e-reporting, l’État leur impose désormais de faire remonter leurs données chaque mois.

Des partis s’emparent du sujet

Si l’administration présente le passage à la facturation électronique comme une mesure de compétitivité française, il s’agit aussi, surtout, de lutter contre la fraude à la TVA.

Pour les petites structures, cette numérisation obligatoire représente une charge de travail numérique supplémentaire – qui implique potentiellement la prise en main de nouveaux outils. Quelques semaines après la révélation d’une triple intrusion dans le système d’information des impôts, nombreux sont ceux qui s’inquiètent, par ailleurs, de l’exploitation de leurs données par des acteurs tiers, qu’ils soient légitimes ou non.

Plusieurs partis politiques s’emparent du sujet. Fin août, le député Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy appelait ainsi à « suspendre » la réforme. Le 15 septembre, c’est la députée insoumise Mathilde Hignet qui a déposé une proposition de loi visant l’instauration d’un moratoire sur le déploiement de la facturation électronique. Tel que le texte est écrit, celui-ci viserait spécifiquement les autoentrepreneurs, les très petites entreprises (TPE), les PME et les agriculteurs et agricultrices. Le moratoire courrait jusqu’à la mise en place d’un réel portail public de facturation.

Devant les inquiétudes, l’entrée en vigueur a été allégée : elle se fait avec une période de tolérance, ce qui signifie qu’aucune sanction ne sera appliquée d’ici la fin de l’année.

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Stargate : le data center Jupiter, caillou dans la chaussure des finances d’Oracle

Pas d'énergie, pas de data center. Pas de data center, pas de paiement. Pas de paiement... pas de paiement.
Datacenters : de l’Europe aux États membres, personne n’impose la transparence

Oracle prévoit un potentiel retard du projet de data center Jupiter, aux États-Unis, et cherche à obtenir des facilités de paiement dans un tel cas de « force majeure ». L’affaire illustre directement les tensions qui se cristallisent autour de l’infrastructure nécessaire à l’IA, aussi bien au niveau local qu’à l’échelle des marchés financiers.

Le data center « Projet Jupiter » sortira-t-il de terre à temps ? Partie intégrante du vaste plan d’investissement « Stargate » présenté par le gouvernement des États-Unis au retour de Donald Trump au pouvoir, le projet technique et immobilier semble inquiéter son principal bailleur de fonds, Oracle, ce qui crée en retour des tensions sur les marchés.

L’entreprise tente désormais de se protéger d’un éventuel retard dans la livraison du vaste projet de centre de données, prévu dans l’état du Nouveau-Mexique. Sur le terrain, l’opposition locale est active, au point de faire du Projet Jupiter l’une des images de l’opposition croissante de la population états-unienne à la trajectoire prise par les industries de l’intelligence artificielle et des centres de données.

Obtenir des délais de paiement en cas de retard

Le géant des bases de données a envoyé une alerte citant un cas de force majeur à Stack Infrastructure, le développeur du centre. Ce dernier est une émanation du fonds d’investissement Blue Owl Capital, impliqué dans d’autres grands centres de données, comme le projet Hyperion porté par Meta.

S’il ne quitte pas le navire, Oracle cherche à reculer, voire s’éviter des paiements au cas où le planning initial ne serait pas respecté. Concrètement, l’entreprise cherche à obtenir au moins trois ans de délais sur sa location du lieu si le centre de données n’est pas sorti de terre et connecté au réseau en 2028.

Auprès de Bloomberg, un porte-parole affirme que citer la force majeure est « courant » pour des projets de cette taille – ça l’est, de fait, dans le domaine énergétique, notamment pour se prémunir d’événements climatiques ou géopolitiques.

Il s’agirait, ici, de préciser les obligations contractuelles du principal bailleur en cas de retard. Le média économique pointe néanmoins que cela ne suffira peut-être pas à libérer entièrement le spécialiste des progiciels, qui se déclare de toute manière toujours « parfaitement aligné » avec le projet Jupiter.

Doutes sur la solvabilité d’Oracle

Copié par le président français, lorsque celui-ci a annoncé 109 milliards d’investissements dans l’intelligence artificielle et son infrastructure lors du Sommet sur l’IA, le projet Stargate n’en est pas moins suffisamment complexe à mettre en œuvre pour avoir rapidement été revu à la baisse.

Project Jupiter est l’un des éléments centraux de Stargate, supposé atteindre, à terme, une capacité de 2,45 gigawatts. C’est à peine moins que la puissance des réacteurs 1 et 2 de la centrale de Flamanville (1 300 MW chacun), et pourrait suffire à alimenter environ 1,8 million de foyers.

Un groupe de 20 banques ont par ailleurs fourni un prêt de 18 milliards de dollars pour financer sa construction, mais cette dette subit, elle aussi, les effets d’une opposition croissante. Les tentatives de la revendre à un plus grand nombre d’institutions bancaires restent pour le moment sans effet, rapporte le Financial Times, devant le manque croissant de confiance envers la solvabilité d’Oracle.

Mi-septembre, la décision brutale du cofondateur d’Oracle Larry Ellison d’annuler un plan de vente de 50 millions d’actions pour 7,5 milliards de dollars n’avait pas été de nature à rassurer les marchés.

Opposition locale féroce

Mais le cas du projet Jupiter est complexe en lui-même. Depuis le début des travaux, ce dernier s’est heurté à divers obstacles, dont le refus répété de l’État du Nouveau-Mexique de fournir des permis nécessaires à son approvisionnement énergétique. Ces refus ont notamment visé à limiter le recours à des turbines à gaz particulièrement polluantes. Le raccordement à un pipeline de gaz d’Energy Transfer LP, supposé entrer en service ce mois de septembre 2026, s’en retrouve désormais repoussé à février 2027.

Le projet est par ailleurs l’un des lieux où l’opposition croissante aux projets de centres de données et au développement de l’IA s’incarne le plus. Les riverains s’inquiètent essentiellement des effets de l’infrastructure sur les réserves d’eau et la qualité de l’air – selon certains sondages, 65 % des résidents du Nouveau-Mexique seraient contre le projet. Sur place, Oracle travaille donc activement à tenter de rallier certains opposants à sa cause.

Le projet est même devenu sujet de débat, dans la perspective des élections de mi-mandat : la candidate démocrate Deb Haaland a par exemple déclaré que, si elle était élue, elle imposerait une pause à tous les projets de développement de centres de données de l’État et obligerait leurs développeurs à investir clairement dans les énergies renouvelables.

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Stargate : le data center Jupiter, caillou dans la chaussure des finances d’Oracle

Pas d'énergie, pas de data center. Pas de data center, pas de paiement. Pas de paiement... pas de paiement.
Datacenters : de l’Europe aux États membres, personne n’impose la transparence

Oracle prévoit un potentiel retard du projet de data center Jupiter, aux États-Unis, et cherche à obtenir des facilités de paiement dans un tel cas de « force majeure ». L’affaire illustre directement les tensions qui se cristallisent autour de l’infrastructure nécessaire à l’IA, aussi bien au niveau local qu’à l’échelle des marchés financiers.

Le data center « Projet Jupiter » sortira-t-il de terre à temps ? Partie intégrante du vaste plan d’investissement « Stargate » présenté par le gouvernement des États-Unis au retour de Donald Trump au pouvoir, le projet technique et immobilier semble inquiéter son principal bailleur de fonds, Oracle, ce qui crée en retour des tensions sur les marchés.

L’entreprise tente désormais de se protéger d’un éventuel retard dans la livraison du vaste projet de centre de données, prévu dans l’état du Nouveau-Mexique. Sur le terrain, l’opposition locale est active, au point de faire du Projet Jupiter l’une des images de l’opposition croissante de la population états-unienne à la trajectoire prise par les industries de l’intelligence artificielle et des centres de données.

Obtenir des délais de paiement en cas de retard

Le géant des bases de données a envoyé une alerte citant un cas de force majeur à Stack Infrastructure, le développeur du centre. Ce dernier est une émanation du fonds d’investissement Blue Owl Capital, impliqué dans d’autres grands centres de données, comme le projet Hyperion porté par Meta.

S’il ne quitte pas le navire, Oracle cherche à reculer, voire s’éviter des paiements au cas où le planning initial ne serait pas respecté. Concrètement, l’entreprise cherche à obtenir au moins trois ans de délais sur sa location du lieu si le centre de données n’est pas sorti de terre et connecté au réseau en 2028.

Auprès de Bloomberg, un porte-parole affirme que citer la force majeure est « courant » pour des projets de cette taille – ça l’est, de fait, dans le domaine énergétique, notamment pour se prémunir d’événements climatiques ou géopolitiques.

Il s’agirait, ici, de préciser les obligations contractuelles du principal bailleur en cas de retard. Le média économique pointe néanmoins que cela ne suffira peut-être pas à libérer entièrement le spécialiste des progiciels, qui se déclare de toute manière toujours « parfaitement aligné » avec le projet Jupiter.

Doutes sur la solvabilité d’Oracle

Copié par le président français, lorsque celui-ci a annoncé 109 milliards d’investissements dans l’intelligence artificielle et son infrastructure lors du Sommet sur l’IA, le projet Stargate n’en est pas moins suffisamment complexe à mettre en œuvre pour avoir rapidement été revu à la baisse.

Project Jupiter est l’un des éléments centraux de Stargate, supposé atteindre, à terme, une capacité de 2,45 gigawatts. C’est à peine moins que la puissance des réacteurs 1 et 2 de la centrale de Flamanville (1 300 MW chacun), et pourrait suffire à alimenter environ 1,8 million de foyers.

Un groupe de 20 banques ont par ailleurs fourni un prêt de 18 milliards de dollars pour financer sa construction, mais cette dette subit, elle aussi, les effets d’une opposition croissante. Les tentatives de la revendre à un plus grand nombre d’institutions bancaires restent pour le moment sans effet, rapporte le Financial Times, devant le manque croissant de confiance envers la solvabilité d’Oracle.

Mi-septembre, la décision brutale du cofondateur d’Oracle Larry Ellison d’annuler un plan de vente de 50 millions d’actions pour 7,5 milliards de dollars n’avait pas été de nature à rassurer les marchés.

Opposition locale féroce

Mais le cas du projet Jupiter est complexe en lui-même. Depuis le début des travaux, ce dernier s’est heurté à divers obstacles, dont le refus répété de l’État du Nouveau-Mexique de fournir des permis nécessaires à son approvisionnement énergétique. Ces refus ont notamment visé à limiter le recours à des turbines à gaz particulièrement polluantes. Le raccordement à un pipeline de gaz d’Energy Transfer LP, supposé entrer en service ce mois de septembre 2026, s’en retrouve désormais repoussé à février 2027.

Le projet est par ailleurs l’un des lieux où l’opposition croissante aux projets de centres de données et au développement de l’IA s’incarne le plus. Les riverains s’inquiètent essentiellement des effets de l’infrastructure sur les réserves d’eau et la qualité de l’air – selon certains sondages, 65 % des résidents du Nouveau-Mexique seraient contre le projet. Sur place, Oracle travaille donc activement à tenter de rallier certains opposants à sa cause.

Le projet est même devenu sujet de débat, dans la perspective des élections de mi-mandat : la candidate démocrate Deb Haaland a par exemple déclaré que, si elle était élue, elle imposerait une pause à tous les projets de développement de centres de données de l’État et obligerait leurs développeurs à investir clairement dans les énergies renouvelables.

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☕️ France Travail publie sa plateforme dédiée aux métiers du numérique



Trouver un emploi dans le numérique via France Travail, c’est désormais possible, et même fléché. Ce 21 septembre, l’établissement public mettait en ligne sa plateforme numerique.francetravail.fr, dédiée à informer et centraliser les ressources sur les emplois de l’industrie technologique.

Avec cet outil, France Travail indique vouloir faciliter les recherches d’emploi dans sept familles de métiers du secteur numérique, mais aussi faciliter la recherche de potentiels employés pour les entreprises concernées.

Les métiers sont réunis dans les catégories développement et logiciels ; data, IA et cybersécurité ; réseaux, systèmes et infrastructures ; design et création ; marketing, communication et e-commerce ; gestion de projets et transformation numérique ; et support et services numériques.

Pour les personnes en recherche d’emploi, la plateforme propose un espace de « découverte & accompagnement », qui donne notamment accès à des fiches dédiées à plus de 140 emplois répartis dans les familles précitées. En quelques clics, il est ainsi possible d’en savoir plus sur le travail d’Analyste SOC (Security Operations Center), de technicien ou technicienne de data center, ou encore d’UX/UI designer.

Plus loin, l’espace Formation et certificat est principalement pensé pour aider celles et ceux qui se tournent vers la tech à la suite d’une reconversion. La page « Emploi et entrepreneuriat » permet quant à elle de « passer à l’action » après les collectes de renseignements.

Comme les pouvoirs publics cherchent depuis plusieurs années à accélérer la diversification des effectifs de l’industrie numérique, un dernier espace est plus spécifiquement dédié aux femmes qui envisageraient de rejoindre l’industrie. Concrètement, il s’agit de les rediriger vers une série d’organismes, de réseaux ou de formations tantôt généralistes, tantôt spécialisées dans l’accueil des femmes, comme Femmes @ Numériques, Elles bougent, Sista ou Cyberelles. 


Ce modèle correspond en tous points à celui proposé dans les trois autres axes piliers du service, où divers organismes d’accompagnement, d’immersion (pour ceux qui arriveraient dans le secteur), ou encore d’échanges avec des professionnels sont, chaque fois, proposés.

France Travail propose par ailleurs une page dédiée aux employeurs, via laquelle elle leur fournit de quoi identifier rapidement les profils susceptibles de répondre à leurs besoins.

Cet outil s’intègre directement dans « la dynamique des plateformes sectorielles » que propose France Travail. Aux côtés de ce portail dédié aux métiers du numérique, l’entité en propose en effet d’autres spécialisés dans les métiers du soin, ceux de la culture et du spectacle, ou encore ceux du transport et des mobilités.

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☕️ France Travail publie sa plateforme dédiée aux métiers du numérique



Trouver un emploi dans le numérique via France Travail, c’est désormais possible, et même fléché. Ce 21 septembre, l’établissement public mettait en ligne sa plateforme numerique.francetravail.fr, dédiée à informer et centraliser les ressources sur les emplois de l’industrie technologique.

Avec cet outil, France Travail indique vouloir faciliter les recherches d’emploi dans sept familles de métiers du secteur numérique, mais aussi faciliter la recherche de potentiels employés pour les entreprises concernées.

Les métiers sont réunis dans les catégories développement et logiciels ; data, IA et cybersécurité ; réseaux, systèmes et infrastructures ; design et création ; marketing, communication et e-commerce ; gestion de projets et transformation numérique ; et support et services numériques.

Pour les personnes en recherche d’emploi, la plateforme propose un espace de « découverte & accompagnement », qui donne notamment accès à des fiches dédiées à plus de 140 emplois répartis dans les familles précitées. En quelques clics, il est ainsi possible d’en savoir plus sur le travail d’Analyste SOC (Security Operations Center), de technicien ou technicienne de data center, ou encore d’UX/UI designer.

Plus loin, l’espace Formation et certificat est principalement pensé pour aider celles et ceux qui se tournent vers la tech à la suite d’une reconversion. La page « Emploi et entrepreneuriat » permet quant à elle de « passer à l’action » après les collectes de renseignements.

Comme les pouvoirs publics cherchent depuis plusieurs années à accélérer la diversification des effectifs de l’industrie numérique, un dernier espace est plus spécifiquement dédié aux femmes qui envisageraient de rejoindre l’industrie. Concrètement, il s’agit de les rediriger vers une série d’organismes, de réseaux ou de formations tantôt généralistes, tantôt spécialisées dans l’accueil des femmes, comme Femmes @ Numériques, Elles bougent, Sista ou Cyberelles. 


Ce modèle correspond en tous points à celui proposé dans les trois autres axes piliers du service, où divers organismes d’accompagnement, d’immersion (pour ceux qui arriveraient dans le secteur), ou encore d’échanges avec des professionnels sont, chaque fois, proposés.

France Travail propose par ailleurs une page dédiée aux employeurs, via laquelle elle leur fournit de quoi identifier rapidement les profils susceptibles de répondre à leurs besoins.

Cet outil s’intègre directement dans « la dynamique des plateformes sectorielles » que propose France Travail. Aux côtés de ce portail dédié aux métiers du numérique, l’entité en propose en effet d’autres spécialisés dans les métiers du soin, ceux de la culture et du spectacle, ou encore ceux du transport et des mobilités.

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Inclusion dans la tech : ce que les femmes disent de leurs parcours

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Inclusion dans la tech : ce que les femmes disent de leurs parcours

En plein raidissement politique contre les logiques d’inclusion, des professionnelles de la tech témoignent de leur expérience, entre persistance de stéréotypes et amélioration de leurs conditions de travail.

L’industrie de la tech manque-t-elle « d’énergie masculine », comme le laissait entendre Mark Zuckerberg début 2025, au micro du podcasteur Joe Rogan ? À l’époque, déjà, l’affirmation laissait dubitatif, dans la mesure où les effectifs de Meta n’avaient jamais dépassé un ratio de 37,1 % de femmes pour 62,9 % d’hommes (en 2022).

Mais Wired est allé plus loin en sondant 634 femmes employées à des postes d’ingénierie (à 38 %), de stratégie ou de conformité (25%), spécialisées dans la donnée (14 %) ou d’autres postes de l’industrie numérique sur divers éléments de leur vie professionnelle. De la femme de trente ans d’expérience qui rapporte subir encore des collègues qui lui « parlent comme si [elle était] une idiote » à celle soupçonnée de coucher pour obtenir certaines tâches, leurs récits ressemblent à ceux de nombre de femmes employées dans des secteurs masculins. 47 % des professionnelles de la tech interrogées déclarent même que leur industrie n’a pas changé ou est devenue pire pour les femmes.

10 ans après la vague #MeToo, 15 ans après la publication de l’essai Lean In, de l’ex-numéro 2 de Meta Sheryl Sandberg, qui appelait les femmes « s’affirmer » et simplement « se saisir » du pouvoir dans leur environnement professionnel, le constat est amer. Il varie néanmoins selon le niveau de granularité analysé : dans le détail, 70 % des femmes interrogées s’estiment payées de manière équitable, une sur deux (64 %) sont satisfaites de leurs carrières et trois sur quatre (76 %) considèrent que leur employeur prend les sujets de harcèlement et de discriminations sérieusement.

Satisfaction moins forte dans les plus grandes entreprises

Mais derrière ces chiffres aux apparences plus positives, plus d’un tiers des femmes interrogées rapportent des faits de harcèlement ou de biais fondés sur le genre dans le traitement qu’elles reçoivent au travail. Ainsi de celle qui se rappelle d’un de ses patrons, « qui insistait pour que je marche devant lui pour " améliorer la vue " », ou de celle qui a appris qu’un « groupe d’hommes classait régulièrement les détails anatomiques des femmes sur Slack », l’application de messagerie largement utilisée dans les entreprises.

Le sentiment de satisfaction exprimé par les femmes interrogées varie beaucoup selon la taille de l’entreprise : faible chez celles qui travaillent seules ou en freelance, il grimpe dans les sociétés de moins de 50 à moins de 500 employés, pour baisser de nouveau chez celles de 500 à 5000 employés, et dégringoler dans les plus grandes. Outre les questions purement liées au genre, cette insatisfaction est aussi liée à une ambiance de travail généralisée : une designeuse de la tranche d’âge 25 - 34 ans raconte ainsi avoir eu de multiples collègues lui dire « je ne sais pas qui je suis en dehors de mon travail » ou « mon travail est si prenant qu’il constitue l’intégralité de mon identité ». « J’ai perdu le compte du nombre de personnes qui m’ont dit ça, en particulier quand ils travaillent dans l’une des cinq plus grandes », autrement dit chez Alphabet, Apple, Meta, Amazon ou Microsoft.

Plusieurs sont satisfaites, sans nier les difficultés qui subsistent. « Mes collègues préférés sont des hommes, mais certains estimeront toujours par défaut qu’une opinion des femmes est nécessairement moins utile », raconte l’une d’elles. Et de préciser que « cette attitude n’a pas évolué sur les 10 à 15 dernières années ». Une de ses collègues de la tranche d’âge 55 - 64 ans, qui travaille depuis plus de 20 ans aux opérations d’une grande société de l’industrie, estime que l’environnement a globalement évolué positivement. Principal indicateur mentionné : elle se retrouve beaucoup plus rarement à être la seule femme présente qu’il y a une à deux décennies.

Un contexte (géo)politique qui freine les progrès

Au fil de la dernière décennie, les principales sociétés de la tech se sont mises à publier des données sur la diversité de leurs effectifs, et la part de femmes et de minorités relevée a peu à peu augmenté, sans atteindre la parité. Mais le retour de Donald Trump au pouvoir, soutenu, cette fois-ci, par l’essentiel des patrons de l’industrie, a acté un changement d’ambiance très net. Tout projet dédié à améliorer la diversité, l’équité et l’inclusion (réunis sous le sigle DEI) s’est vu frapper du sceau de l’infamie. Juridiquement parlant, les entreprises installées aux États-Unis ont craint d’être poursuivies sur la même base que l’université Harvard, dont la Cour suprême avait qualifié la politique d’admission de « discrimination positive raciale », décrétée en violation du 14ᵉ amendement de la Constitution américaine.

Meta, Microsoft et Alphabet ont cessé de partager les données relatives à la diversité de leurs effectifs. Parmi celles qui le font, la part de femmes à des postes techniques reste terriblement basse (17,4 % chez Nvidia). En parallèle de ce vent contraire sensible jusqu’en Europe – on se rappelle de l’allemand SAP, qui a mis fin à ses objectifs généraux d’atteindre 40 % d’effectifs féminins pour plaire aux requêtes américaines –, le déploiement de l’IA générative modifie les tâches de tous les travailleurs de la tech, travailleuses comprises.

Parmi celles interrogées par Wired, le recours à l’IA est perçu comme pratique, utile, ou inquiétant dans la mesure où il pourrait remplacer certains emplois ou les vider de sens. Alors que 86% des professionnelles interrogées déclarent l’utiliser au moins quelques fois par semaine, 51 % se déclarent relativement inquiètes et 27 % plutôt inquiètes de voir ce type de technologie renforcer les biais de l’industrie. En cela, elles participent aux questionnements qui agitent toute l’industrie.

Aux entreprises de s’adapter

Sur la question générale de la diversité dans la tech, en revanche, certaines des promotrices de l’approche consistant à former les femmes et à renforcer leur confiance en elles pour espérer équilibrer les effectifs changent de discours. Ainsi de Sheryl Sandberg, qui estime désormais que si plus de femmes quittent les entreprises avant d’atteindre des postes à responsabilités, ce n’est pas par manque d’ambition, mais parce que les entreprises ne se préoccupent pas de leurs besoins. « Lorsque les entreprises ont plus de femmes parmi leurs cadres, les performances sont meilleures, déclare-t-elle à Business Insider. Nous savons aussi qu’elles promeuvent de meilleures politiques, un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, un plus grand soin de leurs employés. »

Ces propos prolongent ceux d’autres spécialistes des questions de diversité dans le recrutement. Ainsi de Caroline Ramade, qui soulignait auprès de Next les biais visibles de promotion des femmes dans les industries françaises et européennes de la tech à mesure que les carrières progressent. Ou encore des travaux menés à toutes les étapes de la filière, des collèges et lycées aux formations supérieures comme celles de l’école 42, puis à certaines cultures d’entreprise, pour tenter de favoriser la diversité en adaptant les conditions de travail pour tout le monde. 


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Inclusion dans la tech : ce que les femmes disent de leurs parcours

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Inclusion dans la tech : ce que les femmes disent de leurs parcours

En plein raidissement politique contre les logiques d’inclusion, des professionnelles de la tech témoignent de leur expérience, entre persistance de stéréotypes et amélioration de leurs conditions de travail.

L’industrie de la tech manque-t-elle « d’énergie masculine », comme le laissait entendre Mark Zuckerberg début 2025, au micro du podcasteur Joe Rogan ? À l’époque, déjà, l’affirmation laissait dubitatif, dans la mesure où les effectifs de Meta n’avaient jamais dépassé un ratio de 37,1 % de femmes pour 62,9 % d’hommes (en 2022).

Mais Wired est allé plus loin en sondant 634 femmes employées à des postes d’ingénierie (à 38 %), de stratégie ou de conformité (25%), spécialisées dans la donnée (14 %) ou d’autres postes de l’industrie numérique sur divers éléments de leur vie professionnelle. De la femme de trente ans d’expérience qui rapporte subir encore des collègues qui lui « parlent comme si [elle était] une idiote » à celle soupçonnée de coucher pour obtenir certaines tâches, leurs récits ressemblent à ceux de nombre de femmes employées dans des secteurs masculins. 47 % des professionnelles de la tech interrogées déclarent même que leur industrie n’a pas changé ou est devenue pire pour les femmes.

10 ans après la vague #MeToo, 15 ans après la publication de l’essai Lean In, de l’ex-numéro 2 de Meta Sheryl Sandberg, qui appelait les femmes « s’affirmer » et simplement « se saisir » du pouvoir dans leur environnement professionnel, le constat est amer. Il varie néanmoins selon le niveau de granularité analysé : dans le détail, 70 % des femmes interrogées s’estiment payées de manière équitable, une sur deux (64 %) sont satisfaites de leurs carrières et trois sur quatre (76 %) considèrent que leur employeur prend les sujets de harcèlement et de discriminations sérieusement.

Satisfaction moins forte dans les plus grandes entreprises

Mais derrière ces chiffres aux apparences plus positives, plus d’un tiers des femmes interrogées rapportent des faits de harcèlement ou de biais fondés sur le genre dans le traitement qu’elles reçoivent au travail. Ainsi de celle qui se rappelle d’un de ses patrons, « qui insistait pour que je marche devant lui pour " améliorer la vue " », ou de celle qui a appris qu’un « groupe d’hommes classait régulièrement les détails anatomiques des femmes sur Slack », l’application de messagerie largement utilisée dans les entreprises.

Le sentiment de satisfaction exprimé par les femmes interrogées varie beaucoup selon la taille de l’entreprise : faible chez celles qui travaillent seules ou en freelance, il grimpe dans les sociétés de moins de 50 à moins de 500 employés, pour baisser de nouveau chez celles de 500 à 5000 employés, et dégringoler dans les plus grandes. Outre les questions purement liées au genre, cette insatisfaction est aussi liée à une ambiance de travail généralisée : une designeuse de la tranche d’âge 25 - 34 ans raconte ainsi avoir eu de multiples collègues lui dire « je ne sais pas qui je suis en dehors de mon travail » ou « mon travail est si prenant qu’il constitue l’intégralité de mon identité ». « J’ai perdu le compte du nombre de personnes qui m’ont dit ça, en particulier quand ils travaillent dans l’une des cinq plus grandes », autrement dit chez Alphabet, Apple, Meta, Amazon ou Microsoft.

Plusieurs sont satisfaites, sans nier les difficultés qui subsistent. « Mes collègues préférés sont des hommes, mais certains estimeront toujours par défaut qu’une opinion des femmes est nécessairement moins utile », raconte l’une d’elles. Et de préciser que « cette attitude n’a pas évolué sur les 10 à 15 dernières années ». Une de ses collègues de la tranche d’âge 55 - 64 ans, qui travaille depuis plus de 20 ans aux opérations d’une grande société de l’industrie, estime que l’environnement a globalement évolué positivement. Principal indicateur mentionné : elle se retrouve beaucoup plus rarement à être la seule femme présente qu’il y a une à deux décennies.

Un contexte (géo)politique qui freine les progrès

Au fil de la dernière décennie, les principales sociétés de la tech se sont mises à publier des données sur la diversité de leurs effectifs, et la part de femmes et de minorités relevée a peu à peu augmenté, sans atteindre la parité. Mais le retour de Donald Trump au pouvoir, soutenu, cette fois-ci, par l’essentiel des patrons de l’industrie, a acté un changement d’ambiance très net. Tout projet dédié à améliorer la diversité, l’équité et l’inclusion (réunis sous le sigle DEI) s’est vu frapper du sceau de l’infamie. Juridiquement parlant, les entreprises installées aux États-Unis ont craint d’être poursuivies sur la même base que l’université Harvard, dont la Cour suprême avait qualifié la politique d’admission de « discrimination positive raciale », décrétée en violation du 14ᵉ amendement de la Constitution américaine.

Meta, Microsoft et Alphabet ont cessé de partager les données relatives à la diversité de leurs effectifs. Parmi celles qui le font, la part de femmes à des postes techniques reste terriblement basse (17,4 % chez Nvidia). En parallèle de ce vent contraire sensible jusqu’en Europe – on se rappelle de l’allemand SAP, qui a mis fin à ses objectifs généraux d’atteindre 40 % d’effectifs féminins pour plaire aux requêtes américaines –, le déploiement de l’IA générative modifie les tâches de tous les travailleurs de la tech, travailleuses comprises.

Parmi celles interrogées par Wired, le recours à l’IA est perçu comme pratique, utile, ou inquiétant dans la mesure où il pourrait remplacer certains emplois ou les vider de sens. Alors que 86% des professionnelles interrogées déclarent l’utiliser au moins quelques fois par semaine, 51 % se déclarent relativement inquiètes et 27 % plutôt inquiètes de voir ce type de technologie renforcer les biais de l’industrie. En cela, elles participent aux questionnements qui agitent toute l’industrie.

Aux entreprises de s’adapter

Sur la question générale de la diversité dans la tech, en revanche, certaines des promotrices de l’approche consistant à former les femmes et à renforcer leur confiance en elles pour espérer équilibrer les effectifs changent de discours. Ainsi de Sheryl Sandberg, qui estime désormais que si plus de femmes quittent les entreprises avant d’atteindre des postes à responsabilités, ce n’est pas par manque d’ambition, mais parce que les entreprises ne se préoccupent pas de leurs besoins. « Lorsque les entreprises ont plus de femmes parmi leurs cadres, les performances sont meilleures, déclare-t-elle à Business Insider. Nous savons aussi qu’elles promeuvent de meilleures politiques, un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, un plus grand soin de leurs employés. »

Ces propos prolongent ceux d’autres spécialistes des questions de diversité dans le recrutement. Ainsi de Caroline Ramade, qui soulignait auprès de Next les biais visibles de promotion des femmes dans les industries françaises et européennes de la tech à mesure que les carrières progressent. Ou encore des travaux menés à toutes les étapes de la filière, des collèges et lycées aux formations supérieures comme celles de l’école 42, puis à certaines cultures d’entreprise, pour tenter de favoriser la diversité en adaptant les conditions de travail pour tout le monde. 


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Quand un « relou » numérique obtient une sanction… contre celle qu’il a insultée

Relou au carré
Quand un « relou » numérique obtient une sanction… contre celle qu’il a insultée

L’affaire est devenue virale sur LinkedIn et Instagram : insultée par message privé, une entrepreneure s’est retrouvée obligée par la justice de supprimer la publication qu’elle avait postée en réaction. Capture d’écran à l’appui, elle s’y indigne publiquement de la violence sexiste que les femmes subissent en ligne.

C’est l’histoire d’une internaute, sur LinkedIn. Tara Heuzé-Sarmini est entrepreneure, formatrice, et fondatrice de l’association Règles Élémentaires, qui agit contre la précarité menstruelle. Dans l’affaire qui nous occupe, cela dit, Tara Heuzé-Sarminin est avant tout une internaute, qui reçoit quelquefois des messages privés de prospection sur un réseau social professionnel.

Fin août, elle en reçoit un qu’elle juge « généré par une IA ». Comme le texte lui propose de rejoindre un cercle nommé « Band of Brothers », un projet qui se décrit comme « écosystème européen dédié à l’accélération des projets ambitieux », Tara Heuzé-Sarmini répond : « peu probable que je rejoigne un écosystème de bros ». Au bout de cinq minutes, elle reçoit une insulte en guise de réponse.

Une assignation en justice qui suscite l’indignation

Agacée, Tara Heuzé-Sarmini décide de prendre une capture d’écran de l’échange pour s’irriter publiquement du fait que, « 10 ans après #metoo, exister pour une femme, aussi bien sur les réseaux que dans l’espace public, c’est encore s’exposer au (cyber)harcèlement, aux insultes, au dénigrement… ». Des échanges d’insultes, provoquées ou gratuites, sur les réseaux sociaux… L’affaire est courante : elle aurait pu s’arrêter là. Mais la publication de Tara Heuzé-Sarmini gagne en viralité.

Extrait du message de Tara H-S qui explique sur LinkedIn avoir été insultée en message privé – capture d’écran

Deux semaines plus tard, l’entrepreneure publie un nouveau texte, dans lequel elle indique avoir été « assignée en 48 h. Condamnée en 24 h. » D’après l’extrait de la décision de justice qu’elle publie, l’entrepreneure est condamnée à verser 1 500 euros au titre de l’article 700 du code de la procédure civile, et à retirer, sous 24 h, son premier message public. À défaut, elle se retrouve « sous astreinte provisoire (…) de 150 euros par jour de retard ».

Dans les commentaires, on s’émeut de la réaction du plaignant, mais aussi, notamment dans les cercles féministes, de la réactivité de la justice. 48 h pour empêcher une femme insultée de s’agacer publiquement de cette insulte, ça paraît peu, quand on connaît la vitesse de traitement de certaines affaires de cyberharcèlement.

Au tribunal, en janvier 2025, la streameuse Ultia se déclarait par exemple épuisée par un cyberharcèlement ininterrompu depuis 2021. Dans l’affaire qui a opposé le rappeur Booba à la journaliste Linh-Lan Dao, les messages insultants ont été publiés en janvier 2024, le procès s’est tenu le 2 avril 2026 et la décision, rendue le 2 juin, soit deux ans et demi après les faits. Pour comprendre ces apparents écarts de temps, et le fonctionnement de la justice face aux affaires de violence en ligne, il faut se pencher sur les différentes procédures envisagées.

Plainte recevable, mais pas nécessairement fondée

D’autant que les captures d’écran de messages insultants brandies en ligne pour faire exemple, voilà un réflexe qui devient presque fréquent. Qu’on les croise sur LinkedIn, Instagram, TikTok ou d’autres plateformes, celles-ci s’émeuvent, souvent, de la violence gratuite ou de l’absence de modération. « Ce n’est pas parce que c’est courant que juridiquement, cela reste valable », prévient l’avocat Alexandre Archambault. Aux yeux de la Justice, si une insulte est formulée dans le cadre d’un échange privé, le cadre de sa diffusion reste, précisément, privé. Autrement dit, « sur le papier, toute personne qui en affiche une autre, même au nom d’une finalité parfaitement légitime, risque des poursuites au civil ».

Cette explication implique de se pencher sur le cadre des poursuites engagées par l’auteur de l’insulte contre Tara Heuzé-Sarmini. Les deux affaires de cyberharcèlement évoquées plus haut étaient jugées au pénal, c’est-à-dire selon la branche du droit qui se préoccupe des infractions commises contre l’ordre public ou la société.

Comme nous le rappelait Alexandre Archambault en 2024, il existe d’autres manières de se protéger contre les violences numériques, notamment devant une juridiction civile. Ces dernières se préoccupent des litiges entre personnes et entités privées. C’est cette voie qu’a choisie le plaignant, en recourant au référé.

Pour reprendre les explications du ministère de la Justice, le référé est une « procédure judiciaire d’urgence qui permet au juge de prononcer rapidement des mesures provisoires, dans le respect du débat contradictoire ». Dans ce type de mesure d’urgence, « le juge des référés ne se prononce pas sur le fond, juste sur l’évidence », explique l’avocat. Ici, l’évidence est la suivante : un échange privé reste privé, et « le rendre public constitue un trouble manifestement illicite ».

Procédure en appel

Du point de vue du droit, l’action du plaignant peut donc être recevable, quand bien même il est l’auteur de l’insulte initiale. Cela ne veut pas dire qu’elle ne puisse être démontrée infondée, estime Alexandre Archambault, « encore faut-il le soutenir devant le juge ». Et de préciser qu’en l’espèce, la défenderesse n’est pas « condamnée, au sens infamant » souvent accolé aux procédures pénales, mais bien visée par une décision prise au civil, qu’il est possible de contester.

Devant l’audience sollicitée au bout de 48 h, « à plus de 200 km » de chez elle, Tara Heuzé-Sarmini semble s’être trouvée dans l’impossibilité de se rendre au tribunal de Lille pour défendre sa cause (contactée par Next, elle n’avait pas répondu à l’heure de publier ces lignes). Dans de tels cas de figure, Alexandre Archambault enjoint les potentiels personnes assignées à appeler un avocat, dont c’est précisément le métier.

Lui s’interroge par exemple sur le respect des droits de la défense. La Cour européenne des droits de l’homme a déjà rappelé à l’ordre des juridictions françaises dans des cas relativement proches. Et dans la mesure où la défenderesse semble résider « dans un autre ressort que celui où est jugé l’affaire », il estime possible de questionner l’office du juge sur l’article 486 du Code de procédure civile. Ce dernier prévoit en effet : « Le juge s’assure qu’il s’est écoulé un temps suffisant entre l’assignation et l’audience pour que la partie assignée ait pu préparer sa défense. »

Quoiqu’il en soit, l’affaire ne s’arrêtera pas là : Tara Heuzé-Sarmini a déjà indiqué faire appel et ouvert une cagnotte pour financer ses frais de justice. Si elle collecte plus que nécessaire, elle indique avoir « décidé de reverser le différentiel à la Fondation des Femmes pour venir en aide à d’autres victimes de procédures-bâillons ».

Après s’être dé-taggé de la publication initiale de Tara Heuzé-Sarmini, et avoir enlevé les émojis éclair qui entouraient son nom, l’auteur de l’insulte a publié le 16 septembre au soir un message dans lequel il présente ses excuses à la principale concernée.

Après la procédure en référé, des excuses – capture d’écran post LinkedIn

Alexandre Archambault, lui, invite à la mesure dans les propos qui visent l’institution judiciaire : le Code pénal punit « le fait de chercher à jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice ou à son indépendance ».

« Non, les femmes victimes de comportements sexistes ou insultants en ligne ne doivent pas s’auto-censurer et restent parfaitement légitimes à les dénoncer, conclut l’avocat. À condition de rester dans les clous : on n’affiche pas le relou (car il faut partir du principe que le relou gagne toujours au jeu du plus relou), on reste factuelle, on ne se fait pas justice soi-même. » En cas de doute, insiste-t-il encore, « on n’hésite pas à consulter un professionnel du droit ».

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Quand un « relou » numérique obtient une sanction… contre celle qu’il a insultée

Relou au carré
Quand un « relou » numérique obtient une sanction… contre celle qu’il a insultée

L’affaire est devenue virale sur LinkedIn et Instagram : insultée par message privé, une entrepreneure s’est retrouvée obligée par la justice de supprimer la publication qu’elle avait postée en réaction. Capture d’écran à l’appui, elle s’y indigne publiquement de la violence sexiste que les femmes subissent en ligne.

C’est l’histoire d’une internaute, sur LinkedIn. Tara Heuzé-Sarmini est entrepreneure, formatrice, et fondatrice de l’association Règles Élémentaires, qui agit contre la précarité menstruelle. Dans l’affaire qui nous occupe, cela dit, Tara Heuzé-Sarminin est avant tout une internaute, qui reçoit quelquefois des messages privés de prospection sur un réseau social professionnel.

Fin août, elle en reçoit un qu’elle juge « généré par une IA ». Comme le texte lui propose de rejoindre un cercle nommé « Band of Brothers », un projet qui se décrit comme « écosystème européen dédié à l’accélération des projets ambitieux », Tara Heuzé-Sarmini répond : « peu probable que je rejoigne un écosystème de bros ». Au bout de cinq minutes, elle reçoit une insulte en guise de réponse.

Une assignation en justice qui suscite l’indignation

Agacée, Tara Heuzé-Sarmini décide de prendre une capture d’écran de l’échange pour s’irriter publiquement du fait que, « 10 ans après #metoo, exister pour une femme, aussi bien sur les réseaux que dans l’espace public, c’est encore s’exposer au (cyber)harcèlement, aux insultes, au dénigrement… ». Des échanges d’insultes, provoquées ou gratuites, sur les réseaux sociaux… L’affaire est courante : elle aurait pu s’arrêter là. Mais la publication de Tara Heuzé-Sarmini gagne en viralité.

Extrait du message de Tara H-S qui explique sur LinkedIn avoir été insultée en message privé – capture d’écran

Deux semaines plus tard, l’entrepreneure publie un nouveau texte, dans lequel elle indique avoir été « assignée en 48 h. Condamnée en 24 h. » D’après l’extrait de la décision de justice qu’elle publie, l’entrepreneure est condamnée à verser 1 500 euros au titre de l’article 700 du code de la procédure civile, et à retirer, sous 24 h, son premier message public. À défaut, elle se retrouve « sous astreinte provisoire (…) de 150 euros par jour de retard ».

Dans les commentaires, on s’émeut de la réaction du plaignant, mais aussi, notamment dans les cercles féministes, de la réactivité de la justice. 48 h pour empêcher une femme insultée de s’agacer publiquement de cette insulte, ça paraît peu, quand on connaît la vitesse de traitement de certaines affaires de cyberharcèlement.

Au tribunal, en janvier 2025, la streameuse Ultia se déclarait par exemple épuisée par un cyberharcèlement ininterrompu depuis 2021. Dans l’affaire qui a opposé le rappeur Booba à la journaliste Linh-Lan Dao, les messages insultants ont été publiés en janvier 2024, le procès s’est tenu le 2 avril 2026 et la décision, rendue le 2 juin, soit deux ans et demi après les faits. Pour comprendre ces apparents écarts de temps, et le fonctionnement de la justice face aux affaires de violence en ligne, il faut se pencher sur les différentes procédures envisagées.

Plainte recevable, mais pas nécessairement fondée

D’autant que les captures d’écran de messages insultants brandies en ligne pour faire exemple, voilà un réflexe qui devient presque fréquent. Qu’on les croise sur LinkedIn, Instagram, TikTok ou d’autres plateformes, celles-ci s’émeuvent, souvent, de la violence gratuite ou de l’absence de modération. « Ce n’est pas parce que c’est courant que juridiquement, cela reste valable », prévient l’avocat Alexandre Archambault. Aux yeux de la Justice, si une insulte est formulée dans le cadre d’un échange privé, le cadre de sa diffusion reste, précisément, privé. Autrement dit, « sur le papier, toute personne qui en affiche une autre, même au nom d’une finalité parfaitement légitime, risque des poursuites au civil ».

Cette explication implique de se pencher sur le cadre des poursuites engagées par l’auteur de l’insulte contre Tara Heuzé-Sarmini. Les deux affaires de cyberharcèlement évoquées plus haut étaient jugées au pénal, c’est-à-dire selon la branche du droit qui se préoccupe des infractions commises contre l’ordre public ou la société.

Comme nous le rappelait Alexandre Archambault en 2024, il existe d’autres manières de se protéger contre les violences numériques, notamment devant une juridiction civile. Ces dernières se préoccupent des litiges entre personnes et entités privées. C’est cette voie qu’a choisie le plaignant, en recourant au référé.

Pour reprendre les explications du ministère de la Justice, le référé est une « procédure judiciaire d’urgence qui permet au juge de prononcer rapidement des mesures provisoires, dans le respect du débat contradictoire ». Dans ce type de mesure d’urgence, « le juge des référés ne se prononce pas sur le fond, juste sur l’évidence », explique l’avocat. Ici, l’évidence est la suivante : un échange privé reste privé, et « le rendre public constitue un trouble manifestement illicite ».

Procédure en appel

Du point de vue du droit, l’action du plaignant peut donc être recevable, quand bien même il est l’auteur de l’insulte initiale. Cela ne veut pas dire qu’elle ne puisse être démontrée infondée, estime Alexandre Archambault, « encore faut-il le soutenir devant le juge ». Et de préciser qu’en l’espèce, la défenderesse n’est pas « condamnée, au sens infamant » souvent accolé aux procédures pénales, mais bien visée par une décision prise au civil, qu’il est possible de contester.

Devant l’audience sollicitée au bout de 48 h, « à plus de 200 km » de chez elle, Tara Heuzé-Sarmini semble s’être trouvée dans l’impossibilité de se rendre au tribunal de Lille pour défendre sa cause (contactée par Next, elle n’avait pas répondu à l’heure de publier ces lignes). Dans de tels cas de figure, Alexandre Archambault enjoint les potentiels personnes assignées à appeler un avocat, dont c’est précisément le métier.

Lui s’interroge par exemple sur le respect des droits de la défense. La Cour européenne des droits de l’homme a déjà rappelé à l’ordre des juridictions françaises dans des cas relativement proches. Et dans la mesure où la défenderesse semble résider « dans un autre ressort que celui où est jugé l’affaire », il estime possible de questionner l’office du juge sur l’article 486 du Code de procédure civile. Ce dernier prévoit en effet : « Le juge s’assure qu’il s’est écoulé un temps suffisant entre l’assignation et l’audience pour que la partie assignée ait pu préparer sa défense. »

Quoiqu’il en soit, l’affaire ne s’arrêtera pas là : Tara Heuzé-Sarmini a déjà indiqué faire appel et ouvert une cagnotte pour financer ses frais de justice. Si elle collecte plus que nécessaire, elle indique avoir « décidé de reverser le différentiel à la Fondation des Femmes pour venir en aide à d’autres victimes de procédures-bâillons ».

Après s’être dé-taggé de la publication initiale de Tara Heuzé-Sarmini, et avoir enlevé les émojis éclair qui entouraient son nom, l’auteur de l’insulte a publié le 16 septembre au soir un message dans lequel il présente ses excuses à la principale concernée.

Après la procédure en référé, des excuses – capture d’écran post LinkedIn

Alexandre Archambault, lui, invite à la mesure dans les propos qui visent l’institution judiciaire : le Code pénal punit « le fait de chercher à jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice ou à son indépendance ».

« Non, les femmes victimes de comportements sexistes ou insultants en ligne ne doivent pas s’auto-censurer et restent parfaitement légitimes à les dénoncer, conclut l’avocat. À condition de rester dans les clous : on n’affiche pas le relou (car il faut partir du principe que le relou gagne toujours au jeu du plus relou), on reste factuelle, on ne se fait pas justice soi-même. » En cas de doute, insiste-t-il encore, « on n’hésite pas à consulter un professionnel du droit ».

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Data center d’Étrechet : en protestation contre le projet de Google, la maire démissionne

Résiste, prouve que tu existes
Data center d’Étrechet : en protestation contre le projet de Google, la maire démissionne

En quelques jours, la maire, trois adjoints et une conseillère municipale ont démissionné de leurs fonctions politiques à la mairie d’Étrechet. En cause : des désaccords sur un projet de centre de données Google, porté par l’agglomération de la ville voisine de Châteauroux.

Après les adjoints, voilà que la maire démissionne. Ce 15 septembre, Florence Laurent a indiqué dans un communiqué quitter ses fonctions à la commune d’Étrechet, dans l’Indre.

Sa décision fait suite à une première démission collective. Dans une lettre du 10 septembre 2026, Bruno Deterne, Marie-Pierre Chabenat-Canals, Christian Jubard (adjoints au maire) et Sylvie Gessier, conseillère municipale, indiquaient avoir pris la décision « conjointe et mûrie » de démissionner collectivement de leurs mandats au sein de la commune.

La cause de ces départs en cascade ? Un projet de centre de données « hors-norme qui échappe totalement à toute capacité de décision de la commune, tout en faisant peser des risques cumulés lourds sur notre territoire (ressource en eau, tensions sur le réseau électrique, nuisances, opacité des calendriers administratifs) », pour reprendre les mots de ces derniers. La maire, elle, évoque « un désaccord sur la prise en compte des avis sur le projet Google sur notre territoire ».

Un centre de données en deux phases

En juin 2025, le conseil communautaire de la métropole de Châteauroux avait en effet voté la vente d’une parcelle de 195 hectares, sur la zone d’activité d’Ozans, à la filiale de Google Tricolore Computing. Cette dernière doit y construire un centre de données de huit à dix bâtiments en deux phases, d’après les informations de la Commission nationale du débat public (CNDP).

La première, qui s’étendrait de 2028 à 2029, prévoit la « mise en service du premier bâtiment de data-center et d’un raccordement au réseau 225 000 Volts par RTE ». La seconde, à partir de 2031, doit permettre la « mise en service progressive de 7 à 9 bâtiments de data-centers supplémentaires et d’un raccordement électrique par RTE ».

Localisation du projet de centre de données. / CNDP

En avril, la CNDP a estimé nécessaire une concertation préalable, concertation qui doit être organisée par Google France, Tricolore Computing et Violet Computing, les maîtres d’ouvrage du projet, et RTE, en charge du raccordement électrique. En parallèle, diverses entités organisent leurs propres débats, dont Les Écologistes avant l’été, ou l’association Indre Nature, qui s’émeuvait début septembre du manque d’informations relatives à la concertation. Next a sollicité la CNDP sur le sujet mais n’avait pas reçu de réponse à l’heure de publier ces lignes.

Sur le territoire, les contestations s’organisent depuis plusieurs mois, notamment sous les efforts du collectif citoyens Ozans dire non. Les démissions, elles, ont suivi des échanges à l’échelle intercommunale. Le 9 septembre, le maire de Châteauroux et président de Châteauroux Métropole Gil Avérous présentait des travaux relatifs au centre de données au conseil municipal d’Étrechet, rapporte La Nouvelle République. Le lendemain, plusieurs élus démissionnaient.

Manque de manœuvres des collectivités

Ce 15 septembre, la maire Florence Laurent les a suivis, indiquant dans un communiqué être « arrivée à la conclusion que différents éléments de ce projet méritaient un engagement précis de la part des porteurs de projets : nuisances visuelles, PFAS, dévalorisation des habitations, trafic routier ».

S’il la remercie pour son implication dans les projets portés par l’agglomération de Châteauroux, Gil Avérous souligne, lui aussi par voie de communiqué, que « les projets envisagés sur Ozans ont pourtant toujours reçu l’approbation de la commune d’Etrechet et de toutes les autres communes de l’agglomération à chaque fois qu’ils ont été débattus en conférence des Maires et en conseil communautaire ».

Auprès de France 3, il soulignait que même le monde agricole ne s’opposait pas frontalement au projet. Le vice-président écologiste de la Région Centre-Val de Loire, Jérémie Godet, s’inquiétait pour sa part des îlots de chaleur que pourraient provoquer les centres de données, ainsi que du recours à des liquides de refroidissement émetteurs de polluants éternels et de gaz à effet de serre.

Le manque de latitude de certaines collectivités dans la gestion des projets de centres de données n’est pas un sujet spécifique à Étrechet. À Paris-Saclay, des membres de la communauté d’agglomération s’inquiètent ainsi du manque d’outils de pilotage de ces arrivées, et des risques que cela fait peser sur le réseau électrique. Quant aux possibilités de débat, quand bien même encadrées par la CNDP, la chercheuse Ophélie Coelho regrettait par exemple de les voir organisées « après la prise de décision », c’est-à-dire plus pour relever des inquiétudes que pour orienter les projets.

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Data center d’Étrechet : en protestation contre le projet de Google, la maire démissionne

Résiste, prouve que tu existes
Data center d’Étrechet : en protestation contre le projet de Google, la maire démissionne

En quelques jours, la maire, trois adjoints et une conseillère municipale ont démissionné de leurs fonctions politiques à la mairie d’Étrechet. En cause : des désaccords sur un projet de centre de données Google, porté par l’agglomération de la ville voisine de Châteauroux.

Après les adjoints, voilà que la maire démissionne. Ce 15 septembre, Florence Laurent a indiqué dans un communiqué quitter ses fonctions à la commune d’Étrechet, dans l’Indre.

Sa décision fait suite à une première démission collective. Dans une lettre du 10 septembre 2026, Bruno Deterne, Marie-Pierre Chabenat-Canals, Christian Jubard (adjoints au maire) et Sylvie Gessier, conseillère municipale, indiquaient avoir pris la décision « conjointe et mûrie » de démissionner collectivement de leurs mandats au sein de la commune.

La cause de ces départs en cascade ? Un projet de centre de données « hors-norme qui échappe totalement à toute capacité de décision de la commune, tout en faisant peser des risques cumulés lourds sur notre territoire (ressource en eau, tensions sur le réseau électrique, nuisances, opacité des calendriers administratifs) », pour reprendre les mots de ces derniers. La maire, elle, évoque « un désaccord sur la prise en compte des avis sur le projet Google sur notre territoire ».

Un centre de données en deux phases

En juin 2025, le conseil communautaire de la métropole de Châteauroux avait en effet voté la vente d’une parcelle de 195 hectares, sur la zone d’activité d’Ozans, à la filiale de Google Tricolore Computing. Cette dernière doit y construire un centre de données de huit à dix bâtiments en deux phases, d’après les informations de la Commission nationale du débat public (CNDP).

La première, qui s’étendrait de 2028 à 2029, prévoit la « mise en service du premier bâtiment de data-center et d’un raccordement au réseau 225 000 Volts par RTE ». La seconde, à partir de 2031, doit permettre la « mise en service progressive de 7 à 9 bâtiments de data-centers supplémentaires et d’un raccordement électrique par RTE ».

Localisation du projet de centre de données. / CNDP

En avril, la CNDP a estimé nécessaire une concertation préalable, concertation qui doit être organisée par Google France, Tricolore Computing et Violet Computing, les maîtres d’ouvrage du projet, et RTE, en charge du raccordement électrique. En parallèle, diverses entités organisent leurs propres débats, dont Les Écologistes avant l’été, ou l’association Indre Nature, qui s’émeuvait début septembre du manque d’informations relatives à la concertation. Next a sollicité la CNDP sur le sujet mais n’avait pas reçu de réponse à l’heure de publier ces lignes.

Sur le territoire, les contestations s’organisent depuis plusieurs mois, notamment sous les efforts du collectif citoyens Ozans dire non. Les démissions, elles, ont suivi des échanges à l’échelle intercommunale. Le 9 septembre, le maire de Châteauroux et président de Châteauroux Métropole Gil Avérous présentait des travaux relatifs au centre de données au conseil municipal d’Étrechet, rapporte La Nouvelle République. Le lendemain, plusieurs élus démissionnaient.

Manque de manœuvres des collectivités

Ce 15 septembre, la maire Florence Laurent les a suivis, indiquant dans un communiqué être « arrivée à la conclusion que différents éléments de ce projet méritaient un engagement précis de la part des porteurs de projets : nuisances visuelles, PFAS, dévalorisation des habitations, trafic routier ».

S’il la remercie pour son implication dans les projets portés par l’agglomération de Châteauroux, Gil Avérous souligne, lui aussi par voie de communiqué, que « les projets envisagés sur Ozans ont pourtant toujours reçu l’approbation de la commune d’Etrechet et de toutes les autres communes de l’agglomération à chaque fois qu’ils ont été débattus en conférence des Maires et en conseil communautaire ».

Auprès de France 3, il soulignait que même le monde agricole ne s’opposait pas frontalement au projet. Le vice-président écologiste de la Région Centre-Val de Loire, Jérémie Godet, s’inquiétait pour sa part des îlots de chaleur que pourraient provoquer les centres de données, ainsi que du recours à des liquides de refroidissement émetteurs de polluants éternels et de gaz à effet de serre.

Le manque de latitude de certaines collectivités dans la gestion des projets de centres de données n’est pas un sujet spécifique à Étrechet. À Paris-Saclay, des membres de la communauté d’agglomération s’inquiètent ainsi du manque d’outils de pilotage de ces arrivées, et des risques que cela fait peser sur le réseau électrique. Quant aux possibilités de débat, quand bien même encadrées par la CNDP, la chercheuse Ophélie Coelho regrettait par exemple de les voir organisées « après la prise de décision », c’est-à-dire plus pour relever des inquiétudes que pour orienter les projets.

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Empreinte carbone de NVIDIA : ce que disent (et ne disent pas) les chiffres

Du greenwashing ou greenbashing
Empreinte carbone de NVIDIA : ce que disent (et ne disent pas) les chiffres

NVIDIA promeut l’idée selon laquelle l’IA serait nécessaire à la lutte contre le changement climatique. L’entreprise y contribue pourtant activement, la production et l’usage de ses puces provoquant une forte hausse de ses émissions carbone sur les six dernières années. NVIDIA ne donne d’ailleurs pas de chiffres précis sur ce dernier point. Un rapport les a estimés.

Quels sont les effets des activités de NVIDIA sur la planète ? Une analyse indépendante des données climatiques de NVIDIA montre que les émissions liées à la chaîne de fabrication de puces dédiées à l’intelligence artificielle générative ont explosé de 725 % depuis 2020, pour arriver à 10,7 millions de tonnes CO₂ équivalent.

Soutenu par les organisations Beyond Fossil Fuels, Greenpeace International, Green Screen Coalition, Climate Action against Disinformation et Stand.earth, un nouveau rapport titré « NVIDIA’s climate hoax » étudie l’évolution des émissions carbone produites par les activités de NVIDIA, alors que l’entreprise est celle qui profite le plus du déploiement actuel de l’IA générative. Le document se penche aussi sur les prises de parole de l’entreprise et de ses dirigeants en matière d’impact climatique. Si ces derniers tendent à dépeindre le rôle de NVIDIA comme bénéfique pour le climat, l’entreprise a déjà été classée dernière parmi diverses sociétés de la chaîne de valeur de l’IA en matière d’action pour décarboner ses activités.

La présente étude rejoint une série de travaux initiés par l’analyste et spécialiste des enjeux environnementaux et des problématiques de greenwashing Ketan Joshi. Ses travaux récents concernant l’industrie de l’IA ont, chaque fois, été commissionnés par une coalition d’organisations gouvernementales similaires à celle qui finance ici les travaux relatifs à NVIDIA.

Mais les données étudiées ne représentent qu’une partie des émissions, d’autres étant provoquées par celles liées à l’usage des puces. Ces dernières pourraient être jusqu’à deux fois plus importantes, selon des estimations appuyées sur les données parcellaires que fournit NVIDIA.

Exploration des impacts environnementaux de la course à l’IA

En février 2026, dans un rapport titré « Le mensonge climatique de l’IA », Ketan Joshi soulignait que malgré les promesses de mettre l’IA au service de la lutte contre le changement climatique, les modèles d’IA générative étaient les plus consommateurs d’énergie, et les modèles traditionnels (plus sobres) étaient les mieux à même d’aider les sciences environnementales. 




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Habituée de l’Europe, une campagne de désinformation russe se tourne vers les États-Unis



Habituée de l’Europe, une campagne de désinformation russe se tourne vers les États-Unis


Active depuis des années en France et en Europe, une campagne de désinformation animée par des acteurs pro-russes se tourne vers les États-Unis, alors que le pays prépare ses élections de mi-mandat.

Des vidéos accompagnées du hashtag #DémocratesDélinquants et du logo de la chaîne CNN. Des clips manipulés de l’actrice Alyson Hannigan, célèbre pour son rôle dans la série Buffy contre les vampires, prétendument en train d’affirmer : « Il n’y a aucun enfant américain qui ne soit pas menacé par les démocrates ». Des images de sa collègue Emma Caulfield, qui a joué dans la même série, déclarant que les démocrates « boivent notre sang ».

Ces vidéos et deepfakes générés par IA reprennent et manipulent divers contenus déjà présents en ligne. Dans certains, c’est Sarah Jessica Parker, l’une des principales actrices de Sex and the City, qui qualifie le président ukrainien Volodymyr Zelensky et les démocrates états-uniens de « nazis ».

Pour les spécialistes, cette campagne porte les traces du réseau Matriochka, ou « poupées gigognes », déjà repéré en France manipulant l’image du Figaro pour promouvoir les intérêts russes, ou usurpant les codes d’une série de médias pour tenter de détourner l’attention des travaux de fact-checking, en amont des Jeux Olympiques de Paris, en 2024. Fin août, le groupe avait encore été pointé par les autorités avec un degré de « confiance élevée », pour son rôle dans les manipulations visant la candidature de Gabriel Attal à l’élection présidentielle de 2027.

Acteurs et médias usurpés

Les acteurs dont l’image est usurpée sont démunis. Auprès de l’AFP, Emma Caulfield déclare se sentir « salie », tandis qu’Ed Begley Jr, connu pour son rôle dans Better Call Saul, se déclare « en désaccord total avec ce qui est dit » dans une vidéo reprenant son image. Quant à CNN, elle dénonce un usage « non autorisé » de son logo.

Sur Bluesky/Eurosky, le compte Antibot4Navalny alerte contre des manipulations de l’image d’acteurs états-uniens. / Capture d’écran

Les manipulations ont initialement été repérées par le réseau d’opposants russes Antibot4Navalny. Ces dernières visent aussi au moins une dizaine de candidats démocrates au Sénat, dont Jon Ossoff (candidat en Géorgie), James Talarico (au Texas) ou Mary Peltola (en Alaska). Brandy Zadrozny, une journaliste d’investigation qui travaille notamment pour MS Now, a elle aussi été visée.

Sur Bluesky/Eurosky, le compte Antibot4Navalny alerte contre des manipulations de l’image de candidats démocrates. / Caputre d’écran

Comme en France, ce n’est pas parce que les images de personnalités en vue sont manipulées qu’elles atteignent grand monde en ligne. Sauf exceptions qui parviennent à une certaine viralité – comme la fausse vidéo du Figaro –, l’essentiel de la production de Matriochka se contente de quelques centaines de vues.

La campagne fait suite à diverses tentatives de manipulation de l’information de la part de réseaux pro-russes au gré des rendez-vous électoraux états-uniens des dix dernières années. Dans la pratique, souligne Pablo Maristany de las Casas, analyste au sein de l’Institute for Strategic Dialogue, l’utilisation de certaines vidéos récupérées sur le site Caméo correspond à ce qui a été fait pour tenter de semer la discorde en amont d’élections locales et régionales allemandes, et d’élections tenues en Hongrie ou en Arménie.

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Habituée de l’Europe, une campagne de désinformation russe se tourne vers les États-Unis



Habituée de l’Europe, une campagne de désinformation russe se tourne vers les États-Unis


Active depuis des années en France et en Europe, une campagne de désinformation animée par des acteurs pro-russes se tourne vers les États-Unis, alors que le pays prépare ses élections de mi-mandat.

Des vidéos accompagnées du hashtag #DémocratesDélinquants et du logo de la chaîne CNN. Des clips manipulés de l’actrice Alyson Hannigan, célèbre pour son rôle dans la série Buffy contre les vampires, prétendument en train d’affirmer : « Il n’y a aucun enfant américain qui ne soit pas menacé par les démocrates ». Des images de sa collègue Emma Caulfield, qui a joué dans la même série, déclarant que les démocrates « boivent notre sang ».

Ces vidéos et deepfakes générés par IA reprennent et manipulent divers contenus déjà présents en ligne. Dans certains, c’est Sarah Jessica Parker, l’une des principales actrices de Sex and the City, qui qualifie le président ukrainien Volodymyr Zelensky et les démocrates états-uniens de « nazis ».

Pour les spécialistes, cette campagne porte les traces du réseau Matriochka, ou « poupées gigognes », déjà repéré en France manipulant l’image du Figaro pour promouvoir les intérêts russes, ou usurpant les codes d’une série de médias pour tenter de détourner l’attention des travaux de fact-checking, en amont des Jeux Olympiques de Paris, en 2024. Fin août, le groupe avait encore été pointé par les autorités avec un degré de « confiance élevée », pour son rôle dans les manipulations visant la candidature de Gabriel Attal à l’élection présidentielle de 2027.

Acteurs et médias usurpés

Les acteurs dont l’image est usurpée sont démunis. Auprès de l’AFP, Emma Caulfield déclare se sentir « salie », tandis qu’Ed Begley Jr, connu pour son rôle dans Better Call Saul, se déclare « en désaccord total avec ce qui est dit » dans une vidéo reprenant son image. Quant à CNN, elle dénonce un usage « non autorisé » de son logo.

Sur Bluesky/Eurosky, le compte Antibot4Navalny alerte contre des manipulations de l’image d’acteurs états-uniens. / Capture d’écran

Les manipulations ont initialement été repérées par le réseau d’opposants russes Antibot4Navalny. Ces dernières visent aussi au moins une dizaine de candidats démocrates au Sénat, dont Jon Ossoff (candidat en Géorgie), James Talarico (au Texas) ou Mary Peltola (en Alaska). Brandy Zadrozny, une journaliste d’investigation qui travaille notamment pour MS Now, a elle aussi été visée.

Sur Bluesky/Eurosky, le compte Antibot4Navalny alerte contre des manipulations de l’image de candidats démocrates. / Caputre d’écran

Comme en France, ce n’est pas parce que les images de personnalités en vue sont manipulées qu’elles atteignent grand monde en ligne. Sauf exceptions qui parviennent à une certaine viralité – comme la fausse vidéo du Figaro –, l’essentiel de la production de Matriochka se contente de quelques centaines de vues.

La campagne fait suite à diverses tentatives de manipulation de l’information de la part de réseaux pro-russes au gré des rendez-vous électoraux états-uniens des dix dernières années. Dans la pratique, souligne Pablo Maristany de las Casas, analyste au sein de l’Institute for Strategic Dialogue, l’utilisation de certaines vidéos récupérées sur le site Caméo correspond à ce qui a été fait pour tenter de semer la discorde en amont d’élections locales et régionales allemandes, et d’élections tenues en Hongrie ou en Arménie.

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☕️ À Hong Kong, des villages traditionnels détruits pour construire une « Silicon Valley »



L’opposition entre grands projets numériques et préoccupations environnementales se joue partout sur le globe. À Hong Kong, 30 000 hectares de marais (environ 1/3 du territoire), de terres agricoles, et de terrains accueillant 25 villages traditionnels (selon l’ONG Liber Research Community) sont en cours de démolition pour construire une nouvelle zone urbaine. Hong Kong est confronté depuis des décennies à un vrai problème : très densément peuplée, elle cherche par tous les moyens à s’étendre, dans le cas présent sur ses propres terrains historiquement préservés.

Nommé « Northern Metropolis », cet aménagement doit permettre de loger 2,5 millions de personnes et de fournir 650 000 emplois, selon les calculs gouvernementaux. Il doit aussi renforcer le développement technologique et les échanges avec neuf villes chinoises des environs, notamment Shenzhen, qualifiée par certains de capitale mondiale de la tech.

Pour les défenseurs de l’environnement comme des droits des habitants, le projet risque d’être très destructeur aussi bien pour la faune et la flore que pour les populations locales, voire les finances publiques, rapporte l’AFP. Des préoccupations qui font écho à celles constatées ailleurs dans le monde, alors que la vague de l’intelligence artificielle entraîne une accélération et/ou une refonte de certains projets immobiliers dédiés à l’industrie technologique.

Dans le cas de Northern Metropolis, la question des datacenters s’est rapidement invitée. « Le cluster Sandy Ridge Data Facility, d’une superficie totale de plus de 110 000 m², a été attribué à Hong Kong Range Intelligent Computing Technology Company Limited pour développer un cluster avancé de centres de données », indiquait en mars le gouvernement de Hong Kong.

Illustration : Flock

D’après le gouvernement, qui espère tirer 13 % du PIB hongkongais de cette future zone, le projet coûtera au moins 24,6 milliards d’euros pour être construit.

Initialement présenté en 2021, celui-ci pourrait apporter à la Chine, qui a renforcé sa mainmise sur la ville depuis 2020, un accès plus large à diverses connexions internationales, ainsi qu’au marché financier et à l’écosystème de recherche déjà développés sur place.

En août, la Northern Metropolis a déjà cédé de premiers terrains à un groupe de six entreprises, parmi lesquels JD.com, leader chinois du e-commerce.

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☕️ À Hong Kong, des villages traditionnels détruits pour construire une « Silicon Valley »



L’opposition entre grands projets numériques et préoccupations environnementales se joue partout sur le globe. À Hong Kong, 30 000 hectares de marais (environ 1/3 du territoire), de terres agricoles, et de terrains accueillant 25 villages traditionnels (selon l’ONG Liber Research Community) sont en cours de démolition pour construire une nouvelle zone urbaine. Hong Kong est confronté depuis des décennies à un vrai problème : très densément peuplée, elle cherche par tous les moyens à s’étendre, dans le cas présent sur ses propres terrains historiquement préservés.

Nommé « Northern Metropolis », cet aménagement doit permettre de loger 2,5 millions de personnes et de fournir 650 000 emplois, selon les calculs gouvernementaux. Il doit aussi renforcer le développement technologique et les échanges avec neuf villes chinoises des environs, notamment Shenzhen, qualifiée par certains de capitale mondiale de la tech.

Pour les défenseurs de l’environnement comme des droits des habitants, le projet risque d’être très destructeur aussi bien pour la faune et la flore que pour les populations locales, voire les finances publiques, rapporte l’AFP. Des préoccupations qui font écho à celles constatées ailleurs dans le monde, alors que la vague de l’intelligence artificielle entraîne une accélération et/ou une refonte de certains projets immobiliers dédiés à l’industrie technologique.

Dans le cas de Northern Metropolis, la question des datacenters s’est rapidement invitée. « Le cluster Sandy Ridge Data Facility, d’une superficie totale de plus de 110 000 m², a été attribué à Hong Kong Range Intelligent Computing Technology Company Limited pour développer un cluster avancé de centres de données », indiquait en mars le gouvernement de Hong Kong.

Illustration : Flock

D’après le gouvernement, qui espère tirer 13 % du PIB hongkongais de cette future zone, le projet coûtera au moins 24,6 milliards d’euros pour être construit.

Initialement présenté en 2021, celui-ci pourrait apporter à la Chine, qui a renforcé sa mainmise sur la ville depuis 2020, un accès plus large à diverses connexions internationales, ainsi qu’au marché financier et à l’écosystème de recherche déjà développés sur place.

En août, la Northern Metropolis a déjà cédé de premiers terrains à un groupe de six entreprises, parmi lesquels JD.com, leader chinois du e-commerce.

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Meta échoue à modérer des publicités pédocriminelles représentant de vrais enfants

Metagression
Meta échoue à modérer des publicités pédocriminelles représentant de vrais enfants

Alors même que l’entreprise s’apprêtait à affronter divers États américains au tribunal sur des questions de protection des mineurs, Meta a laissé des centaines de contenus pédocriminels, souvent générés par IA, être diffusés via ses réseaux publicitaires.

Au fil des derniers mois, Meta a fait circuler au moins 350 publicités représentant des images pédocriminelles générées par IA. Concrètement, l’entreprise a échoué à modérer des contenus diffusés via ses systèmes publicitaires, représentant des images de mineurs autour desquelles des textes suggérant des actes illégaux étaient inscrits.

Dans un premier temps, les analystes de l’ONG Tech Transparency Project (TTP) ont détecté une cinquantaine de contenus, souvent liés à des applications de « nudification » par IA. Publiées entre novembre 2025 et août 2026, les publicités en question ne « cherchaient ni à cacher les images, ni à cacher ce qu’elles promouvaient », a souligné la directrice de TTP auprès de Wired.

Dans un second temps, malgré les promesses de Meta de « mieux détecter et bloquer » ce type de contenu, TTP a détecté un nombre croissant de contenus représentant des formes d’exploitation sexuelle de mineurs (Child sexual abuse material, CSAM). Dans plus de 250 publicités de ce type, l’ONG a réussi à identifier les portraits de vrais enfants, détournés à des fins pédocriminelles. L’une de ces images était issue du portrait officiel d’un enfant mineur d’une famille royale européenne.

Des images d’enfants détournées pour inviter à la pédocriminalité

Dans certains cas, ces images représentaient de jeunes filles allongées, jambes écartées, avec un texte signifiant « je peux t’en montrer plus ». Dans d’autres, montrant un enfant assis sur le sol, elles incitaient l’internaute à « réaliser [ses] fantasmes inavoués grâce à l’IA générative ». D’après les données de l’Ad library, la bibliothèque publicitaire de la société, la publication de ces contenus a spécifiquement visé des hommes – certains messages de promotion d’applications de nudification affirment d’ailleurs : « voici l’IA que les hommes utilisent vraiment ».

Ces contenus, qui contreviennent aux propres conditions d’utilisation de Meta, ont été publiés via son système publicitaire. « Cela signifie qu’elles ont été révisées et approuvées » par l’entreprise, qui a de son côté « collecté les dollars publicitaires », souligne TTP. Si toutes les publicités n’étaient pas actives pendant la durée de cette première analyse, l’essentiel était au minimum disponible dans l’Ad library.

Au total, ces contenus ont tout de même été montrés à plus de 29 000 comptes de divers pays de l’Union européenne, dont la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Irlande, les Pays-Bas, la Suède, l’Espagne, et à plus de 7 000 comptes du Royaume-Uni. Elles ont aussi été diffusées aux États-Unis, en Australie ou encore en Inde, via quasiment toutes les plateformes de l’entreprise : Facebook, Instagram, Messenger et Threads.

Modération publicitaire défaillante

Pour tester le fonctionnement des systèmes de modération publicitaire de Meta, TTP indique avoir signalé 129 contenus CSAM à la plateforme. En retour, la plateforme a répondu dans 57 % des cas que ses équipes avaient « étudié la publicité et constaté qu’elle ne contrevenait pas à leurs standards publicitaires ».

Dans 43 % des cas, elle a indiqué que les contenus avaient été supprimés, « mais six restaient visibles dans l’Ad library », indique TTP dans son rapport. Le reste des contenus a été supprimé après que Wired ait contacté l’entreprise. À leur place, un message indique qu’elles ont outrepassé les conditions d’utilisation de la plateforme relatives à « l’exploitation sexuelle d’enfant » et à la « nudité adulte et activité sexuelle ».

Au milieu de l’été, Meta a indiqué travailler « sans cesse » à améliorer ses systèmes de modération. Elle précise avoir retiré « 36 millions de contenus relevant de l’exploitation sexuelle de mineurs ». Cela n’a pas empêché TTP de mettre la main sur de nouveaux contenus, les reliant cette fois-ci aux portraits de véritables enfants.

Pour l’essentiel, ces mineurs viennent des États-Unis. TTP souligne d’ailleurs que l’un d’eux tient un compte d’influenceur sur l’une des plateformes de Meta : ce sont ces images qui ont été détournées à des fins de publicités illégales. Dans un autre cas, ce sont des photos de stock, représentant un enfant réel, qui ont été détournées. Toutes ont été signalées au National Center for Missing & Exploited Children (NCMEC), organisation états-unienne grâce aux travaux de laquelle l’essentiel des plateformes opèrent une large part de leur détection automatisée de contenus pédocriminels.

L’IA générative renforce violence de genre et sur mineurs

Auprès de Next, la directrice de l’Observatoire de l’association de lutte contre le harcèlement et les violences numériques Véronique Béchu expliquait en mai que la multiplication de ce type de contenus générés par IA compliquait le travail des enquêteurs. En effet, ces derniers doivent désormais commencer par déterminer si les mineurs représentés sont réellement en danger, avant de pouvoir travailler à les extraire des griffes de leurs agresseurs. Autrement dit, cela ralentit certaines opérations critiques.

Plusieurs spécialistes s’inquiètent du phénomène. En mars, l’Internet Watch Foundation alertait ainsi contre l’explosion de contenus pédocriminels générés par IA. Quant à la juriste et spécialiste des violences sexistes et sexuelles Clare McGlynn, elle expliquait à Next que sans régulation, le déploiement à grande échelle d’IA générative renforçait, notamment par ce biais, les stéréotypes et violences de genre et sur mineurs réalisés via des technologies.

TTP indique avoir trouvé ces éléments alors qu’elle enquêtait sur des sociétés publicitaires chinoises, autrices d’un « déluge » de publicité pour des applications de « nudification ». L’une de ces sociétés, Meet Social, a un temps agi comme l’un des principaux partenaires de Meta pour gérer la publicité venue de Chine.

Si les réseaux sociaux de la plateforme sont bloqués dans le pays, cela n’empêche pas ses acteurs économiques de publier de la publicité à destination de publics internationaux, par l’intermédiaire d’acteurs tiers comme Meet Social. Fin 2025, diverses enquêtes démontraient d’ailleurs que Meta réalisait près de 10 % de son chiffre d’affaires en Chine, par l’intermédiaire de ces tiers lui permettant de vendre de la publicité. Outre les contenus pédocriminels, la Chine s’avérait, dans ces conditions, être la principale pourvoyeuse de publicités problématiques, car promouvant diverses arnaques.

Ces différentes découvertes ont par ailleurs été rendues publiques alors que Meta vient d’accepter de payer 18 milliards de dollars pour solder le procès qui l’opposait à quatre États américains sur la question de la protection des mineurs.

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