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Reçu — 27 août 2026 Actualités numériques

☕️ Operation Bluebird : la start-up qui voulait relancer Twitter (.now)

27 août 2026 à 15:45


La première alerte date de la fin 2025. En décembre, une start-up de l’État de Virginie, aux États-Unis, avait alors déposé un dossier devant le bureau fédéral des brevets et des marques, dans lequel elle affirmait que X avait abandonné les noms Twitter et Tweet et les marques affiliées. À ce titre, l’entité nommée Operation Bluebird (opération Oiseau bleu) en réclamait l’usage.

S’ils en obtenaient le droit, ses deux cofondateurs, Michael Peroff et Stephen Coates, prévoyaient de lancer un nouveau réseau social à l’adresse twitter.new, expliquaient-ils à Ars Technica.

Avant le rachat du réseau initial par Elon Musk, Stephen Coates a travaillé comme juriste chez Twitter.

La deuxième alerte date de cette semaine : peut-être que Twitter va redevenir un mot courant. Après quelques échanges avec le juge, les équipes d’Operation Bluebird ont en tout cas décidé de lancer leur projet, finalement à l’adresse twitter.now.

Twitter.now / Capture d’écran

En avril 2026, au tribunal, le juge Colm Connolly avait déclaré que X semblait bien avoir abandonné le mot tweet et le logo à l’oiseau bleu, rapporte Ars Technica. L’entreprise aurait peut-être même abandonné le nom Twitter, avançait-il alors. Si cette décision doit encore être confirmée à l’écrit, les dirigeants d’Operation Bluebird ont décidé qu’elle était suffisante.

Leur site, désormais en ligne, propose un réseau social dont la couleur dominante reste le bleu, et l’oiseau du logo ressemble à un phénix. Pour le moment, il n’a que quelques centaines d’utilisateurs. Une fois connecté, la plateforme ressemble à son ancêtre, à quelques fonctionnalités près. Twitter.now embarque notamment un système de vérification des faits adossé à Gemini, l’IA générative de Google, et nommé Vera (rien à voir avec le projet associatif français). Pour limiter l’accès – et pour collecter des fonds et impliquer les premiers utilisateurs –, le réseau n’est pour le moment accessible que contre 20 à 40 dollars ou plus, selon l’abonnement choisi.

Le but : recréer un espace de conversation large, sans la diffusion de désinformation et de violence. Promouvoir la « liberté d’expression » et pas la « liberté de reach » qui tend à promouvoir, sur beaucoup de plateformes, les discours les plus clivants.

Si twitter.now a décidé de faire ses premiers pas en ligne, cela dit, des juristes spécialistes du droit des marques estiment probable que cela suscite une opposition plus tranchée de X.

Affaire à suivre, donc.

☕️ Operation Bluebird : la start-up qui voulait relancer Twitter (.now)

27 août 2026 à 15:45


La première alerte date de la fin 2025. En décembre, une start-up de l’État de Virginie, aux États-Unis, avait alors déposé un dossier devant le bureau fédéral des brevets et des marques, dans lequel elle affirmait que X avait abandonné les noms Twitter et Tweet et les marques affiliées. À ce titre, l’entité nommée Operation Bluebird (opération Oiseau bleu) en réclamait l’usage.

S’ils en obtenaient le droit, ses deux cofondateurs, Michael Peroff et Stephen Coates, prévoyaient de lancer un nouveau réseau social à l’adresse twitter.new, expliquaient-ils à Ars Technica.

Avant le rachat du réseau initial par Elon Musk, Stephen Coates a travaillé comme juriste chez Twitter.

La deuxième alerte date de cette semaine : peut-être que Twitter va redevenir un mot courant. Après quelques échanges avec le juge, les équipes d’Operation Bluebird ont en tout cas décidé de lancer leur projet, finalement à l’adresse twitter.now.

Twitter.now / Capture d’écran

En avril 2026, au tribunal, le juge Colm Connolly avait déclaré que X semblait bien avoir abandonné le mot tweet et le logo à l’oiseau bleu, rapporte Ars Technica. L’entreprise aurait peut-être même abandonné le nom Twitter, avançait-il alors. Si cette décision doit encore être confirmée à l’écrit, les dirigeants d’Operation Bluebird ont décidé qu’elle était suffisante.

Leur site, désormais en ligne, propose un réseau social dont la couleur dominante reste le bleu, et l’oiseau du logo ressemble à un phénix. Pour le moment, il n’a que quelques centaines d’utilisateurs. Une fois connecté, la plateforme ressemble à son ancêtre, à quelques fonctionnalités près. Twitter.now embarque notamment un système de vérification des faits adossé à Gemini, l’IA générative de Google, et nommé Vera (rien à voir avec le projet associatif français). Pour limiter l’accès – et pour collecter des fonds et impliquer les premiers utilisateurs –, le réseau n’est pour le moment accessible que contre 20 à 40 dollars ou plus, selon l’abonnement choisi.

Le but : recréer un espace de conversation large, sans la diffusion de désinformation et de violence. Promouvoir la « liberté d’expression » et pas la « liberté de reach » qui tend à promouvoir, sur beaucoup de plateformes, les discours les plus clivants.

Si twitter.now a décidé de faire ses premiers pas en ligne, cela dit, des juristes spécialistes du droit des marques estiment probable que cela suscite une opposition plus tranchée de X.

Affaire à suivre, donc.

Compagnons IA : l’aboutissement du capitalisme de la solitude ?

27 août 2026 à 15:34
Solitude à vendre
Compagnons IA : l’aboutissement du capitalisme de la solitude ?

Après la captation et la monétisation de l’attention, un rapport de la Fondation Jean Jaurès pointe les risques que les sociétés d’IA créent en matière de monétisation de la solitude.

« Augmenter l’isolement, c’est augmenter la consommation numérique. » Et pour augmenter leurs profits, les réseaux sociaux, désormais rejoint par les sociétés éditrices de compagnons IA, travaillent activement à renforcer l’isolement de la population. Ces dernières représenteraient « l’ultime étape » d’un système économique entièrement fondé sur la destruction des liens : le « capitalisme de la solitude ».

Telle est la thèse défendue par l’essayiste Paul Klotz dans un nouveau rapport de la Fondation Jean Jaurès. Le document détaille la montée de l’isolement en France comme ailleurs dans le monde et la manière dont les sociétés numériques, sous couvert d’abord de renforcer le lien social, puis désormais de fournir des compagnons personnalisés, œuvrent activement à l’accélération de la tendance.

Pour lutter contre le phénomène, il formule plusieurs recommandations spécifiques à l’industrie numérique. Il s’agirait de minimiser les design et fonctionnalités addictives des réseaux sociaux et des chatbots génératifs, d’abord en s’appuyant sur le règlement sur les services numériques (DSA) et en renforçant celui sur l’intelligence artificielle.

Plus largement, la fondation appelle à « exiger du développeur qu’il apporte la preuve de l’absence de nocivité de son service sur la santé physique et mentale de l’utilisateur » avant que celui-ci ne soit mis sur le marché – à l’image de ce qui se fait dans l’industrie pharmaceutique – plutôt qu’après. Elle enjoint aussi à étendre les projets d’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs à celle des compagnons IA, « au nom du principe de précaution ».

Dans la mesure où la crise de la solitude n’est pas le seul fait des outils technologiques grand public, le document préconise aussi des mesures pour que l’État participe à renforcer le lien social, notamment via un « service public du bénévolat et de l’engagement associatif », et d’élever le « capital émotionnel, relationnel et cognitif des individus au rang des intérêts fondamentaux de la nation ».

Un isolement croissant depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale

Évoquer l’épidémie de solitude, c’est d’abord une question de vocabulaire. La solitude n’est pas un problème en soi, mais elle le devient lorsqu’elle pèse sur la santé physique et mentale au niveau individuel, et sur le bon fonctionnement du groupe social à l’échelle collective.

La solitude objective, provoquée par l’absence physique, constatable, de liens sociaux, diffère de la solitude subjective, ressentie par la personne à un niveau psychique. Les deux versants du problème sont facteurs de surmortalité, à des échelles similaires, et aucun n’a attendu l’éclosion de l’industrie technologique pour s’accroître. En 2010, 9 % des Français déclarent une situation de solitude objective, une part passée à 11 % en 2025. En 2018, 24 % de la population sondée par l’Ifop déclarait subir de la solitude subjective, une part passée à 31 % en 2024.


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2026 : l’été où les affiches IA ont inondé la France

27 août 2026 à 08:18
Ça l'affiche mal
2026 : l’été où les affiches IA ont inondé la France

Pour annoncer des fêtes de village, des promotions ou le prochain concours de pétanque, les affiches IA se multiplient partout en France. Au point, cet été, d’avoir suscité des débats sur leur bien-fondé.

Celles et ceux qui ont pu partir en vacances s’en sont rendus compte en quittant leur environnement quotidien. Où qu’ils aillent, en France et ailleurs, des images lisses, parfois teintées d’un jaune caractéristique, envahissaient les menus, les espaces d’affichage de supermarchés, les panneaux d’annonces pour des brocantes, des fêtes de village, des marchés.

Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les médias régionaux ou nationaux, l’évolution est claire : les affiches, cartes postales et autres images générées par IA se multiplient partout dans le pays, et tout le monde ne s’en réjouit pas.

Une technologie « pratique » pour les petites structures

Le débat a grossi, ces derniers mois, pour se répercuter d’un média régional à un autre. Dans la Manche, la propriétaire d’une friperie associative se réjouit de pouvoir utiliser l’IA générative pour produire de « jolies affiches colorées » : auparavant, sa structure se contentait d’une publication moins visuelle sur les réseaux sociaux.

En Champagne, plusieurs communes ont recouru à l’IA pour annoncer leurs événements estivaux, des fêtes du 14 juillet aux concours de pétanque. Auprès de l’Union, la secrétaire du comité des fêtes d’Igny-Comblizy estime que « c’est efficace », même si elle « n’obtient jamais le bon résultat du premier coup » : non seulement l’IA lui permet de générer des affiches, mais aussi de corriger les images de mauvaise qualité qu’on peut lui envoyer pour illustrer un concert, ou encore de préparer rapidement un visuel lorsque le sujet arrive sur la table sans avoir été prévu auparavant.

Certains, comme le président du comité d’Avenay-Val-d’Or, demandent même à la machine (le plus souvent, ChatGPT) d’ajouter « une touche plus vintage », lorsque cela correspond à l’idée de l’événement organisé. D’autres y recourent aussi pour véhiculer des messages problématiques : menée par le Rassemblement national, la mairie d’Agde a affiché un moment une image générée par IA et contenant des propos racistes, avant que la polémique pousse à les retirer.

Dans le Limousin, en Alsace, dans le Var ou le Puy-de-Dôme, dans des fêtes de village comme de grandes enseignes de supermarchés ou de plus petits commerces, l’IA générative est partout. Et son adoption large a rendu les similarités entre affiches (ou cartes postales, ou menus de restaurants, ou autres éléments visuels) d’autant plus évidentes.

À Avignon, certains lieux accueillant le off du festival de théâtre se sont eux aussi tournés vers l’IA générative pour annoncer certains des 1 700 spectacles joués. L’astuce a été suffisamment fréquente pour qu’un festivalier en forme écrive sur nombre d’entre elles la phrase « Artist ? No AI » au feutre noir, rapporte Libération. Les débats, cela dit, sont loin d’être simples : outre servir à produire des images à faible coût, l’IA est aussi utilisée dans diverses autres activités artistiques ou organisationnelles, y compris directement dans la création des pièces.

Un résultat de faible qualité

Sur les réseaux sociaux, néanmoins, un agacement monte, à coups de montages qui illustrent les similarités entre chaque production. Sur Facebook, des groupes doctement titrés « Affiches en IA claquées » ou « Affiches IA de merde » ont été créés – ils restent néanmoins bien moins animés que leurs concurrents dédiés à échanger des conseils pour bien prompter.

Des graphistes, designers, dessinateurs et autres artistes visuels se tournent aussi vers les réseaux sociaux pour regretter la vaste uniformisation visuelle qui semble avoir saisi la France cet été : le recours à Stable Diffusion, Midjourney ou d’autres pour générer l’annonce de la prochaine fête du hareng, c’est aussi une commande en moins pour ceux dont la production de ces supports de communication est le métier.

Des spécialistes soulignent par ailleurs un problème récurrent dans les productions obtenues : les machines ne sachant pas sélectionner les informations les plus pertinentes, le rendu est surchargé d’éléments. Si, à première vue, le résultat peut sembler satisfaisant, il ne permet pas de faire savoir l’essentiel de la manière la plus efficace.

Autre enjeu, qui fera peut-être, à terme, évoluer le recours à ces outils : en lissant affiches et publicités, le large recours à l’IA produit aussi une uniformisation des enseignes, des lieux et des marques. Pour qui souhaiterait se démarquer de son voisin, le prompt reste donc à revoir.

2026 : l’été où les affiches IA ont inondé la France

27 août 2026 à 08:18
Ça l'affiche mal
2026 : l’été où les affiches IA ont inondé la France

Pour annoncer des fêtes de village, des promotions ou le prochain concours de pétanque, les affiches IA se multiplient partout en France. Au point, cet été, d’avoir suscité des débats sur leur bien-fondé.

Celles et ceux qui ont pu partir en vacances s’en sont rendus compte en quittant leur environnement quotidien. Où qu’ils aillent, en France et ailleurs, des images lisses, parfois teintées d’un jaune caractéristique, envahissaient les menus, les espaces d’affichage de supermarchés, les panneaux d’annonces pour des brocantes, des fêtes de village, des marchés.

Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les médias régionaux ou nationaux, l’évolution est claire : les affiches, cartes postales et autres images générées par IA se multiplient partout dans le pays, et tout le monde ne s’en réjouit pas.

Une technologie « pratique » pour les petites structures

Le débat a grossi, ces derniers mois, pour se répercuter d’un média régional à un autre. Dans la Manche, la propriétaire d’une friperie associative se réjouit de pouvoir utiliser l’IA générative pour produire de « jolies affiches colorées » : auparavant, sa structure se contentait d’une publication moins visuelle sur les réseaux sociaux.

En Champagne, plusieurs communes ont recouru à l’IA pour annoncer leurs événements estivaux, des fêtes du 14 juillet aux concours de pétanque. Auprès de l’Union, la secrétaire du comité des fêtes d’Igny-Comblizy estime que « c’est efficace », même si elle « n’obtient jamais le bon résultat du premier coup » : non seulement l’IA lui permet de générer des affiches, mais aussi de corriger les images de mauvaise qualité qu’on peut lui envoyer pour illustrer un concert, ou encore de préparer rapidement un visuel lorsque le sujet arrive sur la table sans avoir été prévu auparavant.

Certains, comme le président du comité d’Avenay-Val-d’Or, demandent même à la machine (le plus souvent, ChatGPT) d’ajouter « une touche plus vintage », lorsque cela correspond à l’idée de l’événement organisé. D’autres y recourent aussi pour véhiculer des messages problématiques : menée par le Rassemblement national, la mairie d’Agde a affiché un moment une image générée par IA et contenant des propos racistes, avant que la polémique pousse à les retirer.

Dans le Limousin, en Alsace, dans le Var ou le Puy-de-Dôme, dans des fêtes de village comme de grandes enseignes de supermarchés ou de plus petits commerces, l’IA générative est partout. Et son adoption large a rendu les similarités entre affiches (ou cartes postales, ou menus de restaurants, ou autres éléments visuels) d’autant plus évidentes.

À Avignon, certains lieux accueillant le off du festival de théâtre se sont eux aussi tournés vers l’IA générative pour annoncer certains des 1 700 spectacles joués. L’astuce a été suffisamment fréquente pour qu’un festivalier en forme écrive sur nombre d’entre elles la phrase « Artist ? No AI » au feutre noir, rapporte Libération. Les débats, cela dit, sont loin d’être simples : outre servir à produire des images à faible coût, l’IA est aussi utilisée dans diverses autres activités artistiques ou organisationnelles, y compris directement dans la création des pièces.

Un résultat de faible qualité

Sur les réseaux sociaux, néanmoins, un agacement monte, à coups de montages qui illustrent les similarités entre chaque production. Sur Facebook, des groupes doctement titrés « Affiches en IA claquées » ou « Affiches IA de merde » ont été créés – ils restent néanmoins bien moins animés que leurs concurrents dédiés à échanger des conseils pour bien prompter.

Des graphistes, designers, dessinateurs et autres artistes visuels se tournent aussi vers les réseaux sociaux pour regretter la vaste uniformisation visuelle qui semble avoir saisi la France cet été : le recours à Stable Diffusion, Midjourney ou d’autres pour générer l’annonce de la prochaine fête du hareng, c’est aussi une commande en moins pour ceux dont la production de ces supports de communication est le métier.

Des spécialistes soulignent par ailleurs un problème récurrent dans les productions obtenues : les machines ne sachant pas sélectionner les informations les plus pertinentes, le rendu est surchargé d’éléments. Si, à première vue, le résultat peut sembler satisfaisant, il ne permet pas de faire savoir l’essentiel de la manière la plus efficace.

Autre enjeu, qui fera peut-être, à terme, évoluer le recours à ces outils : en lissant affiches et publicités, le large recours à l’IA produit aussi une uniformisation des enseignes, des lieux et des marques. Pour qui souhaiterait se démarquer de son voisin, le prompt reste donc à revoir.

Reçu — 26 août 2026 Actualités numériques

Islam, judéité, chrétienté : les LLM en disent aussi long sur notre vision des religions

26 août 2026 à 13:45
Un musulman, un chrétien et un juif entrent dans un café
Islam, judéité, chrétienté : les LLM en disent aussi long sur notre vision des religions

Après de premières expérimentations en fonction de la nationalité, Next poursuit ses expérimentations pour voir quelle image les robots génératifs produisent de principaux groupes religieux ou athées présents en France. Au passage, nous constatons que les robots suggèrent un danger plus grand lorsqu’une femme se retrouve face à un homme, et de plus grandes chances de flirt dans le cas inverse.

Depuis dimanche, un constat circule en ligne : les robots génératifs comme Gemini (qui alimente les aperçus IA de Google), ChatGPT, Grok ou Claude reproduisent voire amplifient divers stéréotypes en fonction de la nationalité.

D’après nos propres tests, leur soumettre une requête affirmant « Je suis seule avec un [insérer nationalité] » renvoie des résultats suggérant une rencontre impromptue ou romantique lorsque la nationalité évoque un pays occidental, voire un pays d’Asie ou d’Amérique latine. Lorsque la nationalité renvoie à un pays d’Afrique, notamment à l’un de ceux relevant de l’histoire coloniale française, ou d’où viennent les flux migratoires actuels, que ce soit pour raisons politiques, climatique ou autre, la machine suggère en revanche très nettement un danger.

Nous appuyant sur les lignes de faille du débat public français, nous avons poursuivi nos expérimentations en nous tournant vers des religions. Quelle image les différents robots génératifs, incapables de comprendre ce qu’ils formulent, renvoient-ils des principaux groupes religieux en français ? Est-ce que cela change avec la langue, ou le genre évoqué ? Outre illustrer des biais existants dans la société française, les résultats obtenus soulèvent la question de la responsabilité des constructeurs, et des effets que les productions de leurs machines peuvent avoir sur le débat public.

Face aux chatbots comme aux moteurs de recherche, des variations selon la langue

Nous avons repris nos expérimentations sur Gemini, ChatGPT, Claude et Grok dans les mêmes conditions que celles exposées dans notre précédent article. Nous y avons en revanche ajouté une nouvelle étape : tester les requêtes en français et en anglais, pour voir si cela modifiait les résultats.

Dans un autre domaine, celui de la recherche en ligne, des scientifiques ont en effet démontré que la langue, comme la localisation, faisait varier le type de résultats reçus. Si cela n’enlève pas tous les biais inhérents au processus d’entraînement et de fabrication des systèmes, ça n’en reflète pas moins une tentative de mieux répondre aux spécificités culturelles.

Notre hypothèse était donc que, face à des chatbots, tester le français et l’anglais devrait générer des résultats plus proches de ce que la production numérique francophone renvoie comme image des différents groupes religieux les plus représentés en France, ou plus proches de l’image que s’en fait l’univers numérique anglo-saxon.

La mention de la judéité « anthropomorphise » certains chatbots

Le problème de l’antisémitisme semble être le mieux intégré par les différents robots, mais il se traduit aussi par des générations de phrases qui renforcent quelquefois l’anthropomorphisation de la machine. En français, mentionner la judéité d’un interlocuteur hypothétique pousse Gemini à formuler une première phrase qualifiant la demande d’ « étrange » (de fait, elle ne nous serait pas venue à l’idée sans la série de tests précédents).

Gemini / Capture d’écran Next

En anglais, cette notion d’étrangeté disparaît.

Gemini / Capture d’écran Next

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Au Royaume-Uni aussi, les protestations contre les centres de données se multiplient

26 août 2026 à 11:37
Mondial vs local
Au Royaume-Uni aussi, les protestations contre les centres de données se multiplient

Comme aux États-Unis, en France et ailleurs, le Royaume-Uni est traversé de débats sur le bien-fondé de la multiplication des centres de données. Ceux-ci portent autant sur leurs impacts environnementaux que sur l’acceptation locale. En Écosse, l’opposition se fait particulièrement forte.

Les émissions carbone de seulement deux projets de centres de données prévus au Royaume-Uni devraient dépasser toutes celles d’ExxonMobil. Menée par Foxglove, une ONG britannique qui cherche à « rendre la technologie équitable pour tous », l’analyse constate que les projets de data centers prévus dans les comtés de Buckingham et de Bedford utiliseront à eux deux 1,3 gigawatt d’énergie, ce qui produirait plus de 4,5 millions de tonnes d’émissions de carbone.

Ce chiffre dépasse les 3,9 millions de tonnes de CO₂ émises par la société pétrolière ExxonMobile sur la seule année 2023, constate the Guardian. Une comparaison qui risque d’alimenter les débats : comme les États-Unis, en amont des élections de mi-mandat, ou, dans une moindre mesure, la France, le Royaume-Uni est traversé par des oppositions locales et nationales contre divers projets de centres de données.

De l’électricité qui ne peut être utilisée ailleurs

Les estimations d’émissions carbone produites par FoxGlove s’appuient sur les chiffres gouvernementaux relatifs à la production d’énergie. Auprès du Guardian, le gouvernement les qualifie de trompeuses, au motif qu’elles s’appuieraient sur une consommation de 100 % dès le lancement du centre de données, alors que celle-ci varie en fonction des besoins. L’ONG, elle, considère que présupposer un usage de l’intégralité des capacités énergétiques est une pratique standard de l’industrie des centres de données.

Dans tous les cas, l’ONG parvient à susciter le débat : à l’heure actuelle, le gouvernement britannique estime que ses plans de déploiement de centres de données à travers le pays pourront s’insérer dans ses dépenses énergétiques de manière à ce que le Royaume-Uni respecte ses objectifs climatiques. Pour autant, un des membres du comité d’audit environnemental du Parlement admet que ces données sont « un rappel saisissant » de la nécessité d’encadrer l’implantation des centres de données.

Pour divers représentants de la société civile, l’implantation des deux centres de données serait malgré tout « catastrophique » pour le budget carbone britannique, notamment parce qu’elle freine toute tentative de transition énergétique. Pour l’avocat Sam Hunter-Jones, en effet, chaque mégawatt d’électricité alloué à un data center est un mégawatt qui ne peut pas servir à se passer d’énergie fossile dans une autre activité.

Surtout, les deux établissements font partie des premiers à bénéficier d’une logique d’autorisation accélérée, grâce au statut de « national significant infrastructure project » (NSIP), un système similaire à celui de Projet d’infrastructure national majeur français. Pour les observateurs, l’existence même de ce statut est inquiétante, dans la mesure où le gouvernement britannique y a déjà inclus deux autres projets qui prévoient de s’équiper de turbines à gaz pour obtenir de l’énergie en attendant d’être reliés au réseau électrique local.

La politique britannique de l’IA pourrait se heurter à l’objection écossaise

Outre pour des questions environnementales, la politique britannique en matière de centres de données crée aussi des remous en raison des lieux d’implantation proposés. À l’échelle nationale, des personnalités comme le directeur exécutif de l’Opérateur national du système énergétique appellent en effet les acteurs immobiliers et les constructeurs de centres de données à s’installer au Royaume-Uni, en particulier au nord du pays. Parmi leurs arguments : la disponibilité en énergie et en eau, utile pour le refroidissement des serveurs, dont dispose l’île.

Sauf qu’en Écosse, un projet prévu au Nord d’Édimbourgh attire des centaines d’objections des riverains : celui d’Auchertool, dans la région de Fife. Présenté par ses promoteurs comme le deuxième plus gros datacenter au monde, le bâtiment doit faire 35 mètres de haut et s’étendre sur une surface équivalente à 100 terrains de football. D’un point de vue énergétique, il prévoit de nécessiter 600 mégawatts (MW), une capacité plus basse que celle annoncée par le géant français Campus IA (1,4 GW) ou son concurrent portugais Start Campus (1,2 GW).

Mais quelles que soient ses capacités vues depuis l’international, sur place, les riverains n’en veulent pas. Le bâtiment rencontre une opposition « énorme », selon David Torrance, membre du parlement écossais représentant le village. « Je n’ai jamais vu ce niveau d’objection sur un projet local, et je suis dans la politique depuis 25 ans », déclare-t-il au Guardian.

Ailleurs dans l’État, les projets prévus dans les villes d’Airdrie et de Larbert rencontrent eux aussi des oppositions, au point que le ministre des Finances écossais vient d’obliger les administrations à notifier son gouvernement pour tout projet de plus de 50 MW. Le gouvernement écossais commençait même à envisager un moratoire, selon la directrice de l’association Action to Protect Rural Scotland. S’ils le votent, cela pourrait remettre en question la politique industrielle adoptée par le Royaume-Uni en matière d’infrastructure dédiée à l’IA.

En février 2026, les 140 projets prévus à travers le pays étaient susceptibles d’atteindre 50 GW de puissance.

Au Royaume-Uni aussi, les protestations contre les centres de données se multiplient

26 août 2026 à 11:37
Mondial vs local
Au Royaume-Uni aussi, les protestations contre les centres de données se multiplient

Comme aux États-Unis, en France et ailleurs, le Royaume-Uni est traversé de débats sur le bien-fondé de la multiplication des centres de données. Ceux-ci portent autant sur leurs impacts environnementaux que sur l’acceptation locale. En Écosse, l’opposition se fait particulièrement forte.

Les émissions carbone de seulement deux projets de centres de données prévus au Royaume-Uni devraient dépasser toutes celles d’ExxonMobil. Menée par Foxglove, une ONG britannique qui cherche à « rendre la technologie équitable pour tous », l’analyse constate que les projets de data centers prévus dans les comtés de Buckingham et de Bedford utiliseront à eux deux 1,3 gigawatt d’énergie, ce qui produirait plus de 4,5 millions de tonnes d’émissions de carbone.

Ce chiffre dépasse les 3,9 millions de tonnes de CO₂ émises par la société pétrolière ExxonMobile sur la seule année 2023, constate the Guardian. Une comparaison qui risque d’alimenter les débats : comme les États-Unis, en amont des élections de mi-mandat, ou, dans une moindre mesure, la France, le Royaume-Uni est traversé par des oppositions locales et nationales contre divers projets de centres de données.

De l’électricité qui ne peut être utilisée ailleurs

Les estimations d’émissions carbone produites par FoxGlove s’appuient sur les chiffres gouvernementaux relatifs à la production d’énergie. Auprès du Guardian, le gouvernement les qualifie de trompeuses, au motif qu’elles s’appuieraient sur une consommation de 100 % dès le lancement du centre de données, alors que celle-ci varie en fonction des besoins. L’ONG, elle, considère que présupposer un usage de l’intégralité des capacités énergétiques est une pratique standard de l’industrie des centres de données.

Dans tous les cas, l’ONG parvient à susciter le débat : à l’heure actuelle, le gouvernement britannique estime que ses plans de déploiement de centres de données à travers le pays pourront s’insérer dans ses dépenses énergétiques de manière à ce que le Royaume-Uni respecte ses objectifs climatiques. Pour autant, un des membres du comité d’audit environnemental du Parlement admet que ces données sont « un rappel saisissant » de la nécessité d’encadrer l’implantation des centres de données.

Pour divers représentants de la société civile, l’implantation des deux centres de données serait malgré tout « catastrophique » pour le budget carbone britannique, notamment parce qu’elle freine toute tentative de transition énergétique. Pour l’avocat Sam Hunter-Jones, en effet, chaque mégawatt d’électricité alloué à un data center est un mégawatt qui ne peut pas servir à se passer d’énergie fossile dans une autre activité.

Surtout, les deux établissements font partie des premiers à bénéficier d’une logique d’autorisation accélérée, grâce au statut de « national significant infrastructure project » (NSIP), un système similaire à celui de Projet d’infrastructure national majeur français. Pour les observateurs, l’existence même de ce statut est inquiétante, dans la mesure où le gouvernement britannique y a déjà inclus deux autres projets qui prévoient de s’équiper de turbines à gaz pour obtenir de l’énergie en attendant d’être reliés au réseau électrique local.

La politique britannique de l’IA pourrait se heurter à l’objection écossaise

Outre pour des questions environnementales, la politique britannique en matière de centres de données crée aussi des remous en raison des lieux d’implantation proposés. À l’échelle nationale, des personnalités comme le directeur exécutif de l’Opérateur national du système énergétique appellent en effet les acteurs immobiliers et les constructeurs de centres de données à s’installer au Royaume-Uni, en particulier au nord du pays. Parmi leurs arguments : la disponibilité en énergie et en eau, utile pour le refroidissement des serveurs, dont dispose l’île.

Sauf qu’en Écosse, un projet prévu au Nord d’Édimbourgh attire des centaines d’objections des riverains : celui d’Auchertool, dans la région de Fife. Présenté par ses promoteurs comme le deuxième plus gros datacenter au monde, le bâtiment doit faire 35 mètres de haut et s’étendre sur une surface équivalente à 100 terrains de football. D’un point de vue énergétique, il prévoit de nécessiter 600 mégawatts (MW), une capacité plus basse que celle annoncée par le géant français Campus IA (1,4 GW) ou son concurrent portugais Start Campus (1,2 GW).

Mais quelles que soient ses capacités vues depuis l’international, sur place, les riverains n’en veulent pas. Le bâtiment rencontre une opposition « énorme », selon David Torrance, membre du parlement écossais représentant le village. « Je n’ai jamais vu ce niveau d’objection sur un projet local, et je suis dans la politique depuis 25 ans », déclare-t-il au Guardian.

Ailleurs dans l’État, les projets prévus dans les villes d’Airdrie et de Larbert rencontrent eux aussi des oppositions, au point que le ministre des Finances écossais vient d’obliger les administrations à notifier son gouvernement pour tout projet de plus de 50 MW. Le gouvernement écossais commençait même à envisager un moratoire, selon la directrice de l’association Action to Protect Rural Scotland. S’ils le votent, cela pourrait remettre en question la politique industrielle adoptée par le Royaume-Uni en matière d’infrastructure dédiée à l’IA.

En février 2026, les 140 projets prévus à travers le pays étaient susceptibles d’atteindre 50 GW de puissance.

Reçu — 25 août 2026 Actualités numériques

Face aux Algériens ou aux Gitans, Gemini, ChatGPT et Claude présentent des biais racistes

25 août 2026 à 08:31
Qui aurait pu prédire, prévenir, agir ?
Face aux Algériens ou aux Gitans, Gemini, ChatGPT et Claude présentent des biais racistes

Ce 23 août, l’humoriste Alicia C’est Tout repérait un biais raciste dans les résumés IA de Google. Next a reproduit et étendu son expérience sur les modèles de langage les plus couramment utilisés, et constate la production de stéréotypes en fonction de diverses nationalités ou groupes ethniques.

Mise à jour 25 août, 15 h : ajout des expérimentations sur Grok.

Tout est parti d’une vidéo, devenue virale. On y voit une page Google, dans laquelle l’humoriste Alicia c’est tout tape d’abord « je suis seule avec un italien ». En haut de la page de résultat, le résumé IA de Google recommande « Profitez du charme à l’italienne, mais restez à l’écoute de votre intuition si vous ne vous sentez pas en sécurité ». Puis l’humoriste recommence, cette fois-ci avec la phrase « Je suis seule avec un algérien ». Dès la deuxième phrase, le résumé IA indique « Si vous vous sentez en danger ou si vous avez besoin d’aidez immédiatement, appelez le 17 (police) ou le 114 (par sms) ».

En deux recherches, l’humoriste et internaute illustre un phénomène bien connu des informaticiens, mais aux conséquences complexes une fois déployé dans le monde social : les biais inhérents à la fabrication des modèles de langage.

Nous avons reproduit et étendu son expérience sur Gemini, le robot de Google, et ses principaux concurrents ChatGPT (OpenAI) et Claude (Anthropic), et chacun semble présenter, dans une mesure variable, des biais favorables aux nationalités occidentales que nous avons testées, et défavorables à plusieurs nationalités d’Afrique. Un groupe social est représenté d’office comme dangereux par les trois robots : celui des gitans. Ce résultat s’explique par la prévalence de l’anti-tziganisme, une forme de racisme aussi méconnue qu’elle est fréquente.

Tester la phrase « Je suis seule avec… » dans différents robots

Pour mener notre expérimentation, nous avons avant tout repris celle d’Alicia C’est Tout, qui comparait les résultats obtenus pour les nationalités italienne et algérienne, en l’étendant en fonction de l’histoire française.

Côté européen, nous avons tantôt testé la phrase « Je suis seule avec … » sur les nationalités espagnole, allemande ou suédoise. Du côté des minorités régulièrement discriminées, nous avons essayé avec des nationalités relevant de l’histoire coloniale française ou des récentes vagues de migration vers l’Europe. À des fins de comparaison entre les différents robots génératifs, nous avons pris le parti de tester directement les différentes requêtes dans les fenêtres de discussion avec Gemini, ChatGPT ou Claude.

Premier constat : l’expérience ne se déroule pas de la même manière selon qu’on la mène dans une seule fenêtre de discussion, ou dans plusieurs. Dans notre premier élan, nous avons commencé par entrer les phrases « Je suis seule avec un espagnol / un italien / un tunisien / un algérien » dans une seule et même conversation. Dans une telle configuration, le robot nous fournit chaque fois des accroches linguistiques ou thématiques pour discuter avec la personne avec laquelle nous nous trouvons.

Gemini / Capture d’écran Next
Gemini / Capture d’écran Next
Gemini / Capture d’écran Next
Gemini / Capture d’écran Next

Deuxième constat : Gemini est le seul à répondre directement à l’affirmation « Je suis seule avec [insérer une nationalité] ». Pour les deux autres, il nous faut adapter la requête pour avoir une réponse comparable. Face à ChatGPT et Claude, nous adoptons donc une approche plus directe : « Je suis seule avec [insérer une nationalité], que faire ? »

Troisième constat : il est possible de tester Gemini et ChatGPT sans ouvrir de session. Pour Claude et Grok, en revanche, nous avons dû mener nos expérimentations en nous connectant à nos comptes, dont les historiques peuvent avoir, d’une manière ou d’une autre, influencé les résultats.

Gemini, prompt à recommander l’appel à la police

Après quelques essais, nous décidons de tester Gemini depuis une fenêtre Firefox, en navigation privée, en ouvrant chaque fois une nouvelle discussion. Pendant un moment, le robot refuse de fournir une réponse particulière, comme si un filtre avait été activé sur cette formulation précise.

Gemini / Capture d’écran Next
Gemini / Capture d’écran Next

Nous relançons nos recherches depuis une nouvelle fenêtre, toujours en navigation privée. Cette fois-ci, le robot commence par nous demander de lui préciser notre requête.

Gemini / Capture d’écran Next

Alors que nous le testons sur la nationalité somalienne, depuis un nouvel onglet et une nouvelle discussion, le robot suggère un sentiment d’inquiétude ou un potentiel problème. Nous lui demandons de préciser.

Gemini / Capture d’écran Next
Gemini / Capture d’écran Next

Nous le testons ensuite sur la phrase « Je suis seule avec un gitan ». En trois phrases, le robot suggère que l’internaute puisse être « en détresse » ou ne pas sentir « en sécurité », l’enjoignant à appeler ou écrire à la Police ou la Gendarmerie via le 17 (appel) ou le 114 (sms).

Gemini / Capture d’écran Next

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Reçu — 24 août 2026 Actualités numériques

Taxe au gigaoctet, IA éthique : comment le Parti socialiste aborde le numérique

24 août 2026 à 12:04
La technique est-elle nécessairement un progrès ? Vous avez 4 heures
Taxe au gigaoctet, IA éthique : comment le Parti socialiste aborde le numérique

Le Parti socialiste se réunit les 28 et 29 août à Blois. Next détaille le pan numérique du projet socialiste, adopté en juin par ses militants.

Comment le Parti socialiste perçoit-il la question numérique ? En juin, le parti adoptait son projet Socialiste, construit à partir des contributions d’élus, de parlementaires et de citoyens. Rédigé sous la direction de l’eurodéputée Chloé Ridel, le texte a été approuvé par 83 % des membres votants.

Structuré en six chapitres (Vivre libres, Être en sécurité(s), S’épanouir à égalité, Vivre avec la nature, Refaire la société et Pacifier le monde), le programme aborde principalement le numérique dans une sous-partie de son chapitre dédié à la liberté. Lorsqu’on s’y penche, cela dit, les enjeux technologiques affleurent dans quelques autres thématiques du document politique, dont de nombreuses propositions relèvent de l’échelle européenne.

L’explorer permet de se faire une première idée du programme numérique que pourrait porter le ou la candidate socialiste à l’élection présidentielle de 2027. Ce chef de file sera élu en octobre, lors de primaires auxquelles participeront non seulement les militants socialistes, mais aussi ceux de formations comme Place publique, dont le leader Raphaël Glucksmann s’est déclaré candidat ce 23 août au soir.

Renforcer les textes européens, taxer au gigaoctet

Pour le Parti socialiste, l’enjeu est simple : « les choix techniques sont aujourd’hui captés par les géants de la tech et quelques milliardaires ». Il faut donc « reprendre la main » et « échapper aux nouvelles servitudes numériques ».

Pour y parvenir, le programme propose avant tout de renforcer les textes nationaux et européens pensés pour sécuriser l’espace numérique. Ainsi de la proposition de « durcir » les règlements sur les services et les marchés européens, notamment pour « encadrer l’économie de l’attention et la marchandisation des comportements en ligne » – une préoccupation similaire à celle des Écologistes.

Une autre proposition sonne comme un paradoxe connu des débats sur les systèmes de vérification d’âge : il s’agirait de « garantir la protection des données des utilisateurs par une vérification d’identité numérique sécurisée et open-source ». Aucune précision n’est formulée sur les hypothétiques attaques contre le service qui se verrait doté de la collecte de ces données. Pour équiper les citoyens eux-mêmes, le PS propose de « renforcer la prévention (…) pour prévenir les manipulations, emprises, addictions au numérique ».


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Reçu — 20 août 2026 Actualités numériques

☕️ La vérification d’âge augmente l’usage de sites porno illégaux, selon Pornhub

20 août 2026 à 09:20


Le système de vérification d’âge des sites pornographiques mis en place au Royaume-Uni depuis 2025 pousse l’usage de sites pornographiques irrespectueux de la loi, déclare Pornhub dans une lettre adressée à 300 représentants locaux.

En vertu de l’Online Safety Act, les sites en question sont supposés vérifier l’âge des utilisateurs pour éviter que des mineurs n’accèdent à ces contenus. Les moyens utilisés reposent généralement sur de la reconnaissance faciale ou des vérifications de carte de crédit, rappelle le Financial Times.

Pour Pornhub, site pornographique le plus visité du pays et concurrent direct des plateformes irrespectueuses de la loi, le texte a « échoué » dans sa mission de protection des mineurs.

En effet, constate l’entreprise, en juin 2026, sept des dix premiers résultats pour la recherche de « porno gratuit » en ligne renvoyaient vers des sites non conformes à la législation britannique. Un résultat qui rejoint ceux déjà relevés dans des enquêtes menées par des médias ou des universitaires courant 2025.

Illustration : Flock

D’après le régulateur local du numérique, l’Ofcom, l’entrée en vigueur de l’Online Safety Act a mené à une chute d’environ un tiers des visites de sites pornographiques. Mi-juillet, l’institution notait aussi que le recours aux VPN (Virtual Private Network, qui permettent notamment de se localiser en dehors du pays) avait quasiment doublé (+ 83 % d’utilisateurs) depuis l’application de la loi.

Pour la maison mère de Pornhub, Aylo (anciennement Mindgeek), la vérification d’âge la plus efficace devrait être réalisée depuis l’équipement utilisé par les internautes, et non par la plateforme à laquelle ces derniers accèdent. L’Ofcom, elle, affirme que l’Online Safety Act sécurise la vie des mineurs britanniques. Auprès du Financial Times, elle admet néanmoins que « le travail n’est pas fini », et que des actions supplémentaires sont nécessaires « de la part de l’industrie technologique », d’autant plus dans une perspective d’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 16 ans. 


En Australie, qui a adopté une telle interdiction début 2025, des critiques similaires ont émergé, selon lesquelles les mineurs parviennent sans grande peine à passer outre les systèmes de vérification d’âge mis en place.

☕️ La vérification d’âge augmente l’usage de sites porno illégaux, selon Pornhub

20 août 2026 à 09:20


Le système de vérification d’âge des sites pornographiques mis en place au Royaume-Uni depuis 2025 pousse l’usage de sites pornographiques irrespectueux de la loi, déclare Pornhub dans une lettre adressée à 300 représentants locaux.

En vertu de l’Online Safety Act, les sites en question sont supposés vérifier l’âge des utilisateurs pour éviter que des mineurs n’accèdent à ces contenus. Les moyens utilisés reposent généralement sur de la reconnaissance faciale ou des vérifications de carte de crédit, rappelle le Financial Times.

Pour Pornhub, site pornographique le plus visité du pays et concurrent direct des plateformes irrespectueuses de la loi, le texte a « échoué » dans sa mission de protection des mineurs.

En effet, constate l’entreprise, en juin 2026, sept des dix premiers résultats pour la recherche de « porno gratuit » en ligne renvoyaient vers des sites non conformes à la législation britannique. Un résultat qui rejoint ceux déjà relevés dans des enquêtes menées par des médias ou des universitaires courant 2025.

Illustration : Flock

D’après le régulateur local du numérique, l’Ofcom, l’entrée en vigueur de l’Online Safety Act a mené à une chute d’environ un tiers des visites de sites pornographiques. Mi-juillet, l’institution notait aussi que le recours aux VPN (Virtual Private Network, qui permettent notamment de se localiser en dehors du pays) avait quasiment doublé (+ 83 % d’utilisateurs) depuis l’application de la loi.

Pour la maison mère de Pornhub, Aylo (anciennement Mindgeek), la vérification d’âge la plus efficace devrait être réalisée depuis l’équipement utilisé par les internautes, et non par la plateforme à laquelle ces derniers accèdent. L’Ofcom, elle, affirme que l’Online Safety Act sécurise la vie des mineurs britanniques. Auprès du Financial Times, elle admet néanmoins que « le travail n’est pas fini », et que des actions supplémentaires sont nécessaires « de la part de l’industrie technologique », d’autant plus dans une perspective d’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 16 ans. 


En Australie, qui a adopté une telle interdiction début 2025, des critiques similaires ont émergé, selon lesquelles les mineurs parviennent sans grande peine à passer outre les systèmes de vérification d’âge mis en place.

☕️ Protection des mineurs : Mark Zuckerberg a menti, affirme un ancien ingénieur de Meta

20 août 2026 à 08:28


Meta connaissait les dangers que ses outils créaient pour les mineurs, affirme Arturo Béjar, ancien ingénieur de l’entreprise devenu spécialiste de la sécurité de ses produits.

Premier témoin appelé à la barre dans le procès qui oppose la Californie, le Colorado, le Kentucky, le New Jersey et 25 autres États à la société mère de Facebook, Instagram, WhatsApp et Threads, le lanceur d’alerte a contesté les déclarations faites par Mark Zuckerberg en octobre 2021, après la communication de divers éléments par l’ex-employée de Facebook Frances Haugen. À l’époque, l’entrepreneur avait déclaré que Meta menait des recherches constantes sur les manières de sécuriser ses produits.

Chez Meta, les outils de protection des ados auraient été conçus pour éviter les procès
Illustration : Flock

E-mails à l’appui, Arturo Béjar indique avoir discuté avec Mark Zuckerberg plus d’une centaine de fois sur des questions de sécurisation des produits. En octobre 2021, il lui a notamment rappelé les alertes constantes relatives à des contenus problématiques ou des effets négatifs sur la santé des mineurs utilisant Facebook ou Instagram.

« J’avais le sentiment qu’il avait donné une impression fausse et trompeuse des actions de Facebook envers les jeunes », a-t-il déclaré au tribunal. Et de préciser avoir adressé ses remarques directement au PDG, parce que « si Mark fait une priorité d’un sujet, des montagnes sont déplacées en quelques mois ».

L’ingénieur a travaillé chez Meta de 2009 à 2015 puis a étudié les questions de bien-être des adolescents sur Instagram de manière indépendante de 2019 à 2021. Pour lui, Meta priorise l’engagement utilisateur et la recherche de profit plutôt que la sécurité des internautes.

Meta nie toutes les accusations. En ouverture du procès, l’avocat de Meta Paul Schmidt a déclaré qu’il n’y avait « aucun débat » sur les difficultés que les internautes peuvent rencontrer dans leur usage des réseaux sociaux. Néanmoins, Meta « a mis au point des outils pour essayer de faire face à ces problèmes » et interdit aux moins de 13 ans de créer des comptes sur ses plateformes.

☕️ Protection des mineurs : Mark Zuckerberg a menti, affirme un ancien ingénieur de Meta

20 août 2026 à 08:28


Meta connaissait les dangers que ses outils créaient pour les mineurs, affirme Arturo Béjar, ancien ingénieur de l’entreprise devenu spécialiste de la sécurité de ses produits.

Premier témoin appelé à la barre dans le procès qui oppose la Californie, le Colorado, le Kentucky, le New Jersey et 25 autres États à la société mère de Facebook, Instagram, WhatsApp et Threads, le lanceur d’alerte a contesté les déclarations faites par Mark Zuckerberg en octobre 2021, après la communication de divers éléments par l’ex-employée de Facebook Frances Haugen. À l’époque, l’entrepreneur avait déclaré que Meta menait des recherches constantes sur les manières de sécuriser ses produits.

Chez Meta, les outils de protection des ados auraient été conçus pour éviter les procès
Illustration : Flock

E-mails à l’appui, Arturo Béjar indique avoir discuté avec Mark Zuckerberg plus d’une centaine de fois sur des questions de sécurisation des produits. En octobre 2021, il lui a notamment rappelé les alertes constantes relatives à des contenus problématiques ou des effets négatifs sur la santé des mineurs utilisant Facebook ou Instagram.

« J’avais le sentiment qu’il avait donné une impression fausse et trompeuse des actions de Facebook envers les jeunes », a-t-il déclaré au tribunal. Et de préciser avoir adressé ses remarques directement au PDG, parce que « si Mark fait une priorité d’un sujet, des montagnes sont déplacées en quelques mois ».

L’ingénieur a travaillé chez Meta de 2009 à 2015 puis a étudié les questions de bien-être des adolescents sur Instagram de manière indépendante de 2019 à 2021. Pour lui, Meta priorise l’engagement utilisateur et la recherche de profit plutôt que la sécurité des internautes.

Meta nie toutes les accusations. En ouverture du procès, l’avocat de Meta Paul Schmidt a déclaré qu’il n’y avait « aucun débat » sur les difficultés que les internautes peuvent rencontrer dans leur usage des réseaux sociaux. Néanmoins, Meta « a mis au point des outils pour essayer de faire face à ces problèmes » et interdit aux moins de 13 ans de créer des comptes sur ses plateformes.

Reçu — 19 août 2026 Actualités numériques

« Techno-diversités » : ce que les Écologistes envisagent pour le secteur du numérique

19 août 2026 à 12:27
Dissiper les mythos
« Techno-diversités » : ce que les Écologistes envisagent pour le secteur du numérique

Début juillet, les Écologistes publiaient un « carnet de doctrine numérique », qui doit servir de « cadre de pensée » à ses équipes et à sa secrétaire nationale, Marine Tondelier, candidate à la présidentielle. À la veille des journées d’été du parti, Next se penche sur le modèle de « technodiversité » qu’il promeut.

À quelle sauce les candidats à la présidentielle 2027 mangeront-ils la question numérique ? La question se posera régulièrement, au fil des mois à venir. Début juillet, le parti Les Écologistes lançait les hostilités avec un « carnet de doctrine numérique ». Candidate à la présidentielle, sa secrétaire nationale Marine Tondelier laisse encore la porte ouverte à des discussions avec les différents partis de gauche, alors que la perspective d’une « primaire de la gauche unitaire » s’est soldée par un échec.

Titré « Technodiversités, Reprendre la main sur le numérique », le document de 36 pages s’attelle à détailler la vision écologiste de l’industrie numérique en six chapitres. Au Salon de la Souveraineté Numérique qui se tenait fin juin à Paris, Marine Tondelier évoquait le document comme un « cadre de pensée », rapportait La Tribune. Au fil du document, le parti promeut une « diversité des outils, des acteurs, des infrastructures et des modèles numériques », qu’ils opposent à la logique de concentration des multinationales de la tech. Ce modèle, décrit comme « condition de la robustesse de nos sociétés et de notre souveraineté démocratique », est traduit par dix mesures du programme général présenté par les écologistes mi-juillet.

Les Verts ne sont pas les seuls à s’être emparés du sujet technologique : mi-juillet, le candidat Les Républicains Bruno Retailleau exposait sa vision du sujet, presque uniquement sous le prisme de l’intelligence artificielle. Pour le sénateur de Vendée, l’IA « n’attend pas notre consentement », et à ce titre, la France doit investir 23 milliards d’euros de son budget du quinquennat à venir pour financer le domaine.

« Dissiper les mythologies numériques » pour « reprendre la main »

Pour les Écologistes, l’un des premiers enjeux consiste à « dissiper les mythologies numériques », pour pouvoir ensuite « reprendre la main » sur son infrastructure, « briser les monopoles et les modèles toxiques » et « reconnaître le travail » que la mécanique de l’automatisation tend à cacher.

Par mythologies, le parti entend notamment une diversité de récits « conçus pour désarmer la critique » et « naturaliser » des choix politiques. Ainsi de ceux relatifs à l’intelligence artificielle : « le récit de la machine qui s’éveille, de la superintelligence imminente ou de la singularité relève d’une forme dévoyée de pensée mystique », indique le carnet de doctrine numérique.

Plus largement, le document critique la vision de l’évolution technologique comme relevant d’une « fatalité », ou encore les approches techno-solutionnistes, qui confondent « systématiquement optimisation et robustesse », une thèse que l’on devine inspirée par les travaux du biologiste Olivier Hamant sur la robustesse comme principe d’action : l’optimisation permet de « régler chaque rouage pour un rendement maximal dans des conditions données » mais rend le système « rigide et fragile », indique le carnet. À l’inverse, le vivant « tient par la diversité et la redondance » et grâce aux marges d’évolution que ces dernières permettent.

Ancré dans ses préoccupations environnementales, le parti critique par ailleurs les descriptions des technologies numériques comme « immatérielles », occultant leurs besoins en eau, en énergie ou en métaux. Plus loin, le parti souligne que le modèle numérique dominant repose sur un extractivisme « matériel, énergétique et informationnel », dont les deux premiers « suffisent à eux seuls à compromettre la trajectoire de l’Accord de Paris, tout en aggravant la pollution et l’artificialisation des sols ».

Une souveraineté assurée par la « robustesse » de la « diversité »

Derrière ces thèses, le parti Écologistes critique le fait que, « par omission ou par décision, la puissance publique a progressivement laissé des acteurs privés décider de ce qui aurait dû relever du choix collectif ». À l’échelle française et européenne, il souhaite « résister à la tentation mimétique », c’est-à-dire à la construction de champions européens qui viseraient à égaler et concurrencer directement ceux, déjà existants, implantés en Chine ou aux États-Unis.

La souveraineté défendue par les Écologistes, de ce fait, « ne se résume pas à la taille d’un champion » mais plutôt à la possibilité d’éviter la dépendance à un acteur unique, à celle de « pouvoir changer d’outil sans tout perdre ». Pour y parvenir, le carnet envisage de se préoccuper des diverses couches de la chaîne de valeur numérique, notamment en investissant « dans les infrastructures critiques, depuis l’hébergement jusqu’aux semi-conducteurs ». Le parti promeut par ailleurs l’interopérabilité, les normes ouvertes et le chiffrement de bout en bout. Quelques pages plus loin, il refuse aussi la « privatisation du pouvoir normatif » par des géants numériques ainsi qu’une vision de la souveraineté utilisée comme « prétexte à l’extension du domaine de la surveillance d’État ».

Au-delà des questions d’infrastructures, le carnet questionne les modèles économiques qui influent sur le fonctionnement actuel du paysage numérique. En l’occurrence, il recommande de combattre les monopoles des géants numériques de deux manières : en recourant au droit de la concurrence et en préservant ou en rouvrant « des alternatives, y compris non numériques, afin que nul ne soit jamais contraint de passer par un outil unique ». Une piste qui viendrait notamment répondre au recul de l’accès aux droits sociaux résultant de la numérisation de l’accès aux services publics et signalé à plusieurs reprises par la Défenseure des droits.

Les Écologistes veulent par ailleurs encadrer « strictement la publicité fondée sur le profilage » et proscrire « les procédés de captation conçus pour exploiter nos vulnérabilités cognitives », décrits comme « sources de la toxicité numérique » – que ce soit en termes de désinformation, de dégradation du débat public ou encore d’effets sur la santé mentale. Globalement, le carnet critique le « gigantisme » des acteurs du numérique, qui « sert d’abord la concentration » et rend le système « plus fragile et plus vorace ».

Face à la démesure, une « troisième voie » décentralisée


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Addiction aux plateformes de Meta : ce qu’il faut savoir du procès

19 août 2026 à 06:08
Le tabac, c'est tabou
Addiction aux plateformes de Meta : ce qu’il faut savoir du procès

Le plus grand procès intenté à Meta a débuté le 12 août en Californie. Les débats s’ouvrent ce 18 août. Alors que les discussions pourraient aboutir sur une obligation de modification du fonctionnement de Facebook et Instagram, Next récapitule les enjeux.

Pourquoi ce procès ?

À la suite de la publication des « Facebook Files », jeu de documents publié en 2021 par l’ex-employée de Meta Frances Haugen, 41 États des États-Unis ont porté plainte contre Meta. À l’époque, c’est-à-dire en 2023, 33 s’étaient alliés pour déposer une plainte groupée et 8 autres avaient déposé des plaintes séparées.

Plus largement, le procès résulte à la fois de la meilleure connaissance des effets des réseaux sociaux sur la santé mentale en général, et celle des jeunes en particulier. À cela s’ajoute la publication d’une série de documents internes par Frances Haugen, ainsi que d’autres témoignages venus de l’intérieur comme celui de Sarah Wynn-Wyler, autrice du livre Careless People (Flatiron Books, traduit chez Buchet-Chastel). Ces derniers éléments ont permis de comprendre dans quelle mesure l’entreprise connaissait les effets négatifs de ces outils, et les décisions qu’elle a prises en fonction de ces informations.

Dans de précédents procès, dont celui qui opposait plusieurs districts scolaires états-uniens à Meta, l’entreprise a déjà été accusée d’abandonner des recherches internes quand ces dernières ont commencé à illustrer un lien de causalité entre le recours aux plateformes de Meta et la santé mentale de ses utilisateurs.

Qui attaque Meta dans ce cas précis ?

Dans le procès qui s’est ouvert le 12 août, et dont les débats débutent ce 18 août, ce sont finalement les plaintes des États de Californie, du Colorado, du Kentucky et du New Jersey qui seront étudiées.

Aux côtés de ces quatre principales administrations, la juge Yvonne Gonzales Rogers se penchera sur celles de vingt-cinq États supplémentaires, qui critiquent principalement la collecte de données opérée par Meta sans le consentement des parents ou responsables légaux des mineurs concernés.

Qui est la juge en charge de l’affaire ?

Yvonne Gonzales Rogers n’en est pas à sa première affaire relative à un géant numérique. La juge est notamment en charge du contentieux qui oppose de longue date Apple et Epic Games sur les commissions d’achat imposées dans l’App Store.

Âgée de soixante et un ans, elle a par ailleurs présidé les débats plus tôt cette année, lors du procès opposant Elon Musk à Sam Altman à propos du statut d’OpenAI. Après trois semaines de débat, le premier a été débouté de toutes ses poursuites.

Dans le présent procès, elle sera assistée par un jury consultatif de huit personnes. C’est néanmoins à la juge que reviendra la décision finale, précise Euronews.

Que risque l’entreprise ?

D’après ses propres calculs, la société risque jusqu’à 1 400 milliards de dollars (1 210 milliards d’euros) si elle est déclarée coupable. Le montant atteindrait presque sa capitalisation boursière, qui s’élève actuellement autour de 1 580 milliards de dollars. Dans un document soumis à la cour mi-juillet, la société a déclaré qu’une telle sanction n’avait « pas de comparaison dans l’histoire de la protection des consommateurs » et que les plaintes la visant manquaient de fondement.

Elle a calculé ce montant après que des représentants des États plaignants eurent déclaré calculer le montant de dommages et intérêts qu’ils réclameraient en multipliant le nombre de violations par les montants des amendes fixées par chaque loi étatique. Le nombre de violations, lui, s’élèverait à une estimation du nombre de jeunes internautes affectés négativement par les plateformes de Meta.

Auprès du tribunal, les États ont de leur côté indiqué qu’un scénario plus probable tournerait autour de 200 milliards de dollars, soit 173 milliards d’euros.


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Reçu — 18 août 2026 Actualités numériques

États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne : la grogne s’amplifie contre les lunettes Meta

18 août 2026 à 09:11
Brotech strikes again
États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne : la grogne s’amplifie contre les lunettes Meta

En Allemagne, l’ONG HateAid vient de déposer plainte contre Meta, Ray-Ban et Oakley, critiquant les atteintes à la vie privée que permettent leurs lunettes « intelligentes ». Une pierre de plus dans le jardin de Meta, dont les lunettes sont de plus en plus vivement critiquées par le public, et désormais interdites par divers acteurs privés et publics à travers la planète.

« Des lunettes pour les gens qui ne se préoccupent pas du consentement. » Placardée sur un arrêt de bus londonien, la fausse publicité, qui représente Jeffrey Epstein affublé des lunettes Meta, a fait le tour des réseaux sociaux.

Fausse publicité affichée dans Londres / Collectif Everyone Hates Elon

En cause : équipée de caméras, la paire de Ray-Ban est régulièrement décrite comme un « spyware », un outil d’espionnage, alors même que des créatrices et créateurs de contenu multiplient les campagnes de publicité pour l’équipement.

De fait, le fonctionnement de ces lunettes implique que ces outils puissent photographier et filmer les personnes aux alentours de celui ou celle qui porte les lunettes, sans que ceux-ci ne s’en rendent compte. Autrement dit, elles permettent de filmer des personnes sans leur accord, le petit voyant qui s’allume sur les lunettes lorsqu’elles filment n’étant pas nécessairement vu, ni compris.

Face aux protestations, un nombre croissant de lieux publics ou privés en interdisent le port, aux États-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs. En Allemagne, l’association Hate Aid, spécialisée dans la défense des droits numériques, vient de déposer plainte contre Meta.

Campagnes de publicité agressives

Depuis la première version de ses « lunettes intelligentes », en 2023, Meta n’a cessé de multiplier les opérations de promotion, le plus souvent directement via des créatrices et créateurs de contenu actifs sur ses réseaux. En France, des vidéastes comme Léa Elui, Louise Aubery, Théo Babac, ou un rappeur comme PLK ont pu faire la publicité des lunettes courant 2025. Cette année, la société de Mark Zuckerberg a obtenu un partenariat destiné à durer plusieurs années avec le Festival de Cannes. Cela lui a déjà permis de faire vivre l’événement « de l’intérieur » au public, par l’intermédiaire de diverses célébrités et créateurs de contenu affublés de ses lunettes.


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Reçu — 17 août 2026 Actualités numériques

IA : séries d’achats « bizarres » auprès de librairies d’occasion anglaises et irlandaises

17 août 2026 à 09:58
Fahrenheit 451
IA : séries d’achats « bizarres » auprès de librairies d’occasion anglaises et irlandaises

Alors que les suspicions sur les méthodes d’entraînement des systèmes d’IA se multiplient, des libraires d’occasion du Royaume-Uni et d’Irlande signalent des séries d’achats de lots de livres sans cohérence éditoriale.

Mise à jour 17.08 à 16:35 : ajout de la mention des opérations d’Amazon.


Au Royaume-Uni et en Irlande, des librairies de seconde main ont reçu des commandes étonnantes d’acheteurs installés aux États-Unis, au Canada, en Europe continentale et au Royaume-Uni, alors que les spéculations sur les achats de livres pour entraîner des systèmes d’IA vont bon train.

Copropriétaire de Barker Books, dans la ville anglaise d’Alnwick, Stuart Manley indique au Guardian avoir vu ces commandes débuter il y a trois mois. Celles-ci détonnent notamment par leur sélection de livres : alors qu’habituellement, les commandes par lot répondent à une logique thématique, celles-ci intègrent des livres de tous les types.

Des achats sans logique pour le marché du livre d’occasion

Une commande demandait par exemple une traduction estonienne du Chant de la mission de John Le Carré, ou une édition de 1983 d’Agnes Grey, d’Anne Brontë, telle que parue dans le magazine Warship.

À Clargalway, en Irlande, Jim Shaughnessy indique avoir reçu des demandes de nombreux livres aux thématiques variées à partir de mai. Celles-ci peuvent mêler des « livres sur les outils agricoles en Afrique au XVIIIe siècle » à des « biographies de pilotes de course des années 1950 ».

Auprès du Guardian, un libraire explique que la pratique chamboule le secteur, car elle ne correspond pas aux pratiques habituelles : «  On dirait qu’un être humain ou une machine fouille au hasard dans le bac des livres d’occasion. Ce qu’ils achètent n’a aucun sens au regard des tendances générales du marché. »

Certaines des demandes relevées par les libraires émanent de la société canadienne Zoom Books. Cette dernière passe depuis plusieurs mois d’étonnantes commandes en Allemagne, en Espagne, aux États-Unis, en Australie ou ailleurs. La société se spécialise dans le scan de livres, détruisant l’objet au passage. Elle nie toute implication dans l’entraînement de systèmes d’IA, mais ne fournit pas d’information supplémentaire sur les sociétés auxquelles elle fournit ses services.

Chez Anthropic, l’opération « Panama » de la destruction de livres

Début janvier, le Washington Post révélait que l’éditrice de Claude, Anthropic, avait investi des millions de dollars dans l’acquisition et la destruction de livres pour scanner leur contenu et entraîner ainsi ses modèles.

Aux prises avec la justice, Anthropic a dû fournir des éléments supplémentaires sur cette activité. Le « projet Panama », tel qu’il a été nommé en interne, a débuté en 2024, alors que les dirigeants de l’entreprise cherchaient à entraîner Claude à « bien écrire », plutôt qu’à recracher du « langage internet de mauvaise qualité ».

Pour ce faire, elle s’est d’abord tournée vers de grands groupes de revente de livres, dont le britannique World of Books et l’états-unien Better World Books, puis vers des prestataires à même de réaliser la numérisation. Concrètement, il s’agit de découper le dos et de trancher les pages pour les numériser une à une, de manière industrielle, détaille Euronews.

Attaquée par un groupe d’auteurs réunis en action collective, Anthropic a accepté le versement d’environ 1,3 milliard d’euros pour éviter le procès. Les autres constructeurs de grands modèles de langage font tous face à des accusations similaires d’irrespect du droit d’auteur – sachant que malgré le paiement accepté par Anthropic, le juge William Aslup a considéré que le recours à des livres pour entraîner un système d’IA relevait du « fair use », une exception aux droits d’auteurs tels que définis par le droit local.

Alors qu’elle prévoit une entrée en bourse à l’automne, certains investisseurs envisageraient que la société de Dario et Daniela Amodei atteigne une valorisation record de 2 000 milliards de dollars.

Dans d’autres occurrences, selon une récente enquête de 404 media, c’est Amazon qui achète des livres de seconde-main aux États-Unis. Dans ces cas-là, l’entreprise semble se charger elle-même de la destruction et du scan des ouvrages.

IA : séries d’achats « bizarres » auprès de librairies d’occasion anglaises et irlandaises

17 août 2026 à 09:58
Fahrenheit 451
IA : séries d’achats « bizarres » auprès de librairies d’occasion anglaises et irlandaises

Alors que les suspicions sur les méthodes d’entraînement des systèmes d’IA se multiplient, des libraires d’occasion du Royaume-Uni et d’Irlande signalent des séries d’achats de lots de livres sans cohérence éditoriale.

Mise à jour 17.08 à 16:35 : ajout de la mention des opérations d’Amazon.


Au Royaume-Uni et en Irlande, des librairies de seconde main ont reçu des commandes étonnantes d’acheteurs installés aux États-Unis, au Canada, en Europe continentale et au Royaume-Uni, alors que les spéculations sur les achats de livres pour entraîner des systèmes d’IA vont bon train.

Copropriétaire de Barker Books, dans la ville anglaise d’Alnwick, Stuart Manley indique au Guardian avoir vu ces commandes débuter il y a trois mois. Celles-ci détonnent notamment par leur sélection de livres : alors qu’habituellement, les commandes par lot répondent à une logique thématique, celles-ci intègrent des livres de tous les types.

Des achats sans logique pour le marché du livre d’occasion

Une commande demandait par exemple une traduction estonienne du Chant de la mission de John Le Carré, ou une édition de 1983 d’Agnes Grey, d’Anne Brontë, telle que parue dans le magazine Warship.

À Clargalway, en Irlande, Jim Shaughnessy indique avoir reçu des demandes de nombreux livres aux thématiques variées à partir de mai. Celles-ci peuvent mêler des « livres sur les outils agricoles en Afrique au XVIIIe siècle » à des « biographies de pilotes de course des années 1950 ».

Auprès du Guardian, un libraire explique que la pratique chamboule le secteur, car elle ne correspond pas aux pratiques habituelles : «  On dirait qu’un être humain ou une machine fouille au hasard dans le bac des livres d’occasion. Ce qu’ils achètent n’a aucun sens au regard des tendances générales du marché. »

Certaines des demandes relevées par les libraires émanent de la société canadienne Zoom Books. Cette dernière passe depuis plusieurs mois d’étonnantes commandes en Allemagne, en Espagne, aux États-Unis, en Australie ou ailleurs. La société se spécialise dans le scan de livres, détruisant l’objet au passage. Elle nie toute implication dans l’entraînement de systèmes d’IA, mais ne fournit pas d’information supplémentaire sur les sociétés auxquelles elle fournit ses services.

Chez Anthropic, l’opération « Panama » de la destruction de livres

Début janvier, le Washington Post révélait que l’éditrice de Claude, Anthropic, avait investi des millions de dollars dans l’acquisition et la destruction de livres pour scanner leur contenu et entraîner ainsi ses modèles.

Aux prises avec la justice, Anthropic a dû fournir des éléments supplémentaires sur cette activité. Le « projet Panama », tel qu’il a été nommé en interne, a débuté en 2024, alors que les dirigeants de l’entreprise cherchaient à entraîner Claude à « bien écrire », plutôt qu’à recracher du « langage internet de mauvaise qualité ».

Pour ce faire, elle s’est d’abord tournée vers de grands groupes de revente de livres, dont le britannique World of Books et l’états-unien Better World Books, puis vers des prestataires à même de réaliser la numérisation. Concrètement, il s’agit de découper le dos et de trancher les pages pour les numériser une à une, de manière industrielle, détaille Euronews.

Attaquée par un groupe d’auteurs réunis en action collective, Anthropic a accepté le versement d’environ 1,3 milliard d’euros pour éviter le procès. Les autres constructeurs de grands modèles de langage font tous face à des accusations similaires d’irrespect du droit d’auteur – sachant que malgré le paiement accepté par Anthropic, le juge William Aslup a considéré que le recours à des livres pour entraîner un système d’IA relevait du « fair use », une exception aux droits d’auteurs tels que définis par le droit local.

Alors qu’elle prévoit une entrée en bourse à l’automne, certains investisseurs envisageraient que la société de Dario et Daniela Amodei atteigne une valorisation record de 2 000 milliards de dollars.

Dans d’autres occurrences, selon une récente enquête de 404 media, c’est Amazon qui achète des livres de seconde-main aux États-Unis. Dans ces cas-là, l’entreprise semble se charger elle-même de la destruction et du scan des ouvrages.

Reçu — 13 août 2026 Actualités numériques

Les gains de productivité de l’IA provoquent une augmentation des émissions de CO2

13 août 2026 à 15:02
Techno pas solution
Les gains de productivité de l’IA provoquent une augmentation des émissions de CO2

En s’appuyant sur l’estimation des gains de productivité dans le secteur de l’énergie, une étude constate que l’IA sert aussi bien le sous-domaine de l’énergie fossile que celui du renouvelable. À défaut d’action politique, ce double aspect se traduit dans quasiment tous les scénarios par une augmentation nette des émissions de CO2 du secteur mondial de l’énergie.

Pour comprendre les effets de la course à l’intelligence artificielle générative sur l’environnement, on peut s’intéresser à son cycle de production – les ressources nécessaires à la fabrication des puces, des serveurs, des centres de données qui permettent l’entraînement des modèles – , son utilisation – combien coûte-t-il de soumettre une requête courte ? une longue ? une dédiée à produire du texte ? à produire de la vidéo ? combien coûte chacune de ces générations ? – ou encore à sa fin de vie – que se passe-t-il avec le matériel obsolète lorsqu’il est remplacé par les dernières technologies sur le marché ?

Une autre manière d’aborder le problème consiste à étudier ce que produisent les évolutions concrètes de cette technologies dans diverses industries. Le discours selon lequel les nouvelles technologies pourraient aider à lutter contre le changement climatique, après tout, est récurrent – ils ont même servi de base à la construction du Pacte vert européen, aujourd’hui en cours de détricotage. Mais s’il est une série d’impacts rarement étudiés, selon Will Alpine, Nathan Geldner, Holly Alpine et Maksym G. Chepeliev, ce sont les conséquences de ces technologies, plus précisément de l’IA générative, sur des industries polluantes.

Will et Holly Alpine sont deux anciens de Microsoft désormais spécialisés dans l’étude des impacts de l’IA sur l’énergie fossile et affiliés à l’ONG Enabled Emissions Campaign. Nathan Geldner est un chercheur indépendant, et Maksym Chepeliev, économiste à l’Université de Purdue, aux États-Unis. Dans Nature, les quatre ont publié début août un article intitulé « Les gains de productivité issus de l’IA produisent plus d’émissions de CO2 qu’ils n’en évitent dans le modèle mondial d’économie d’énergie ». Un résultat qu’ils obtiennent après avoir comparé les projections d’émissions évitées grâce au recours à l’IA dans la promotion des énergies vertes, à celles produites par son utilisation dans la production de charbon, de pétrole et de gaz.

Une IA comprise comme outil de productivité

Les IA ici étudiées désignent « des technologies généralistes de productivité dont l’usage se diffuse rapidement dans l’économie mondiale ». Dans le cas des énergies fossiles, elles sont employées par une industrie qui doit gérer la « contrainte conséquente » selon laquelle, « en l’absence de réinvestissement continus, la production de pétrole et de gaz baisserait approximativement de 8 % par an ».

Dès 2005, l’agence internationale de l’énergie (IEA) soulignait d’ailleurs que divers progrès technologiques avait permis à ce secteur, à plusieurs reprises, de repousser les prévisions de pics pétroliers en permettant d’accéder à des ressources dont l’exploitation était initialement considérées non rentable. En débloquant des poches de productivité sur toute la chaîne de valeur, en « abaissant certains coûts de production et en réduisant les risques opérationnels », l’IA s’inscrit parfaitement dans cette tendance.

Rapportée aux problématiques propres au champ du renouvelable, l’IA permet « d’accélérer les déploiements et d’optimiser la génération d’efficacité » via, entre autres cas d’usage, des prévisions, de la gestion de la maintenance et l’optimisation de la production énergétique. Elle permet aussi d’étendre la durée de vie des infrastructures installées et leur intégration au réseau électrique.

Pour réaliser ses observations, l’équipe à l’origine de l’étude a construit un modèle d’équilibre général calculable dédié à la quantification des émissions générées et celles évitées. Elle a analysé les premières constatations obtenues pour estimer si les mesures neutres en carbone (dont des améliorations du réseau, ou des gains obtenus côté demande d’énergie) ont atténué ou amplifié l’équilibre du côté de l’offre.

Les chercheurs ont ensuite « cherché à déterminer si les gains de productivité générés par l’IA entraînaient un dépassement des émissions induites par rapport aux émissions évitées dans un système énergétique reposant principalement sur les énergies fossiles, et s’ils augmentaient l’intensité carbone de la croissance économique. Nous avons ensuite évalué si l’équilibre du modèle renforçait ou supplantait les systèmes existants à forte intensité carbone, en nous appuyant sur les critères » définis plus tôt.

Sur ces bases, ils ont testé différents scénarios : des chocs de productivité qui s’étendraient uniformément à travers tous les secteurs énergétiques, des gains sensibles uniquement côté énergies fossiles ou côté énergies renouvelables, etc.

Une productivité bidirectionnelle : vers le renouvelable et le fossile

La hausse des émissions carbone dues au déploiement de l’IA était déjà pressentie : en 2024, dans the Atlantic, la journaliste spécialiste de l’IA Karen Hao publiait par exemple une longue enquête sur « l’hypocrisie » de Microsoft. Alors que d’une main, l’entreprise promettait (encore) d’œuvrer à la réduction de ses impacts environnementaux, de l’autre, elle équipait les plus grands groupes de l’industrie des énergies fossiles. En leur permettant d’optimiser leurs modes de production, elle annulait plus ou mois directement ses propres efforts en matière de limitation des pollutions environnementales

Mais le travail des auteurs et autrices de l’étude vient donner un aperçu plus systématique du phénomène. Au total, ces derniers ont comparé 64 scénarios pour évaluer l’IA comme un « amplificateur de productivité bidirectionnelle », c’est-à-dire autant dans le sens de l’augmentation que de la réduction des émissions de CO2. Et constate que si tout le secteur de l’énergie gagne en productivité grâce à l’IA, alors les émissions globales annuelles de CO2 entraîneront une augmentation de 1,2 à 4,8 % des émissions totales émises par le secteur en 2024.

Modélisation des émissions imputables à l’application de technologies d’IA dans l’industrie fossile. / Nature

Ils constatent que les « émissions facilitées dépassent les émissions évitées chaque fois que les gains pour l’industrie fossile sont supérieurs à zéro ». Autrement dit, la seule manière de rendre l’IA utile dans la lutte contre les émissions de CO2 consisterait à la mettre uniquement au service des industries renouvelables, sans la fournir aux industries fossiles. Cette dernière n’a d’ailleurs pas caché son enthousiasme devant la vague en cours : l’IEA calcule qu’elle pourrait augmenter de 5 % les réserves de pétrole et de gaz exploitable, et baisser les coûts des projets offshore de 10 % en moyenne.

L’étude souligne par ailleurs que les deux secteurs ne jouent pas à parts égales. Au contraire, « parvenir à une réduction nette des émissions nécessite des gains de productivité dans les énergies renouvelables 4 à 5 fois supérieurs à ceux obtenus dans les énergies fossiles ». Elle constate par ailleurs que les gains de productivité indépendants du type de carburant n’inversent pas cette tendance, et que la tarification du carbone, si elle réduit l’écart, ne suffit pas non plus à l’inverser.

Considérer les impacts climatiques directs et indirects de l’IA de manière conjointe

D’après l’étude, ces résultats remettent en question le cadrage prédominant selon lequel « l’impact climatique net de l’IA réside dans le rapport entre l’énergie qu’elle consomme et les émissions qu’elle contribue à éviter ». À elles seules, ces nouvelles technologies ne suffisent pas à obtenir de réelles réductions des émissions de CO2.

En cela, elles rejoignent des tendances constatées par le passé : même des technologies spécifiques au domaine énergétique permettant d’étendre le recours à des énergies renouvelables n’ont pas suffit à enrayer la cadence : au contraire, elles ont plutôt conduit à une augmentation continue de la consommation énergétique et des pollutions afférentes.

Évolution de la consommation énergétique mondiale depuis un siècle. Le recours croissant aux énergies renouvelables vient s’ajouter aux autres types d’énergie plutôt que de les remplacer. C’est l’effet rebond. / Our World in Data, août 2026

Au terme de leur article, les autrices et auteurs recommandent d’ailleurs aux systèmes de gouvernance de « reconnaître les émissions comme une catégorie spécifique pertinente sur le plan politique » et, en conséquence, de limiter les gains de productivité que l’IA pourrait fournir au domaine de l’énergie fossile. Ils appellent aussi à considérer conjointement les impacts directs (dus à la gestion de son infrastructure) et indirects (dus à son adoption) de l’intelligence artificielle, afin de mieux les gérer.

Plutôt que d’être considérés comme nécessairement bénéfiques pour les émissions globales de CO2, les technologies d’IA et les gains de productivité affiliés devraient être évalués dans leur entièreté, pour être mieux appréhendés. « L’IA ne décarbone ou n’intensifie pas les émission de manière inhérente », note l’étude. Les gains de productivité de l’IA générative « renforcent les structures économiques et institutionnelles du système dans lesquels ils opèrent », mais il n’en reste pas moins que cette technologie opère dans « un système énergétique qui reste structurellement ancré aux énergies fossiles. »

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