Vue normale

☕️ Face aux vols à l’arraché, Apple prépare un nouvel antivol pour l’iPhone

27 mai 2026 à 15:42


Face à des voleurs à la tire toujours mieux organisés, les constructeurs de smartphones multiplient les systèmes de protection. Apple planche ainsi sur une nouvelle fonction antivol qui combine plusieurs signaux de l’iPhone et met à contribution l’Apple Watch.

Selon du code analysé par le site 9to5Mac, une nouvelle fonctionnalité antivol pourrait apparaître sous peu pour les iPhone. Elle se base sur plusieurs signaux, à commencer par l’analyse de l’accéléromètre : un smartphone arraché des mains de son propriétaire provoque des mouvements inattendus du capteur. L’appareil pourrait alors se verrouiller automatiquement.

L’antivol pourra aussi prendre en compte la distance entre l’iPhone et l’Apple Watch associée. La fonction vérifiera également si le smartphone est connecté à un réseau Wi-Fi connu, comme à la maison ou au bureau. Si les informations renvoyés par ces signaux sont suspects, elles pourront provoquer le verrouillage de l’iPhone. On ignore quand la fonctionnalité sera activée, mais elle est en développement.

Tout cela n’est pas inédit. Google propose un système de verrouillage en cas de détection de vol très similaire pour les smartphones Android : « si quelqu’un vous arrache le téléphone des mains et s’en va en courant, à vélo ou en voiture, le verrouillage en cas de détection de vol peut s’activer. » Personne ne s’offusquera que dans le domaine des antivols, Apple et Google s’inspirent l’un l’autre.

Un iPhone peut exiger un délai pour modifier les réglages de sécurité quand l’appareil ne se trouve pas dans un lieu connu.

Au fil des années, les deux constructeurs ont mis au point de nombreux systèmes de protection des données en cas de vol (ici chez Apple, chez Google). Tous ces dispositifs rendent très difficile la revente de smartphones verrouillés. Si les margoulins peuvent toujours les démonter pour récupérer des composants, plusieurs d’entre eux sont liés matériellement ou logiciellement à l’appareil, ce qui en réduit fortement la valeur sur le marché parallèle.

C’est pourquoi les smartphones déverrouillés sont devenus une prise de choix pour les voleurs. D’où la nécessité de trouver des mécanismes antivol dans ce cas précis.

Le New York Times rapportait récemment la nouvelle tactique extrêmement agressive des voleurs de smartphones à Londres. Les victimes ou leurs proches reçoivent des messages de plus en plus menaçants pour les pousser à désactiver les iPhone volés de leur compte Apple. Des escrocs envoient même des vidéos d’hommes armés et des menaces de mort (!) pour tenter d’obtenir le déverrouillage complet de l’appareil.

L’Union européenne verrouille ses fréquences satellites face à Starlink et Amazon

27 mai 2026 à 14:20
La bataille en basse orbite
L’Union européenne verrouille ses fréquences satellites face à Starlink et Amazon

Nouvelle bataille en vue pour la domination des cieux européens. La Commission a officiellement confirmé sa volonté de prendre la main sur une partie importante des fréquences satellites, avec un objectif politique assumé : celui de la souveraineté technologique face à la Chine et surtout aux États-Unis.

Bruxelles entend gérer les attributions de la bande 2 GHz MSS, qui correspond aux fréquences utilisées par les services de satellites mobiles. Comme le rappelle Euronews, ces fréquences ont été attribuées en 2009 à deux opérateurs européens, Viasat et EchoStar. Leur usage est limité (notamment aux appels d’urgence dans une zone blanche), mais la Commission veut les exploiter pour autoriser la connexion directe entre un satellite et un smartphone (« Direct to Device », D2D). Cette bande a aussi des utilisations militaires et gouvernementales.

En attendant IRIS²

La Commission a adopté une proposition qui lui permettra, au renouvellement des fréquences de cette bande (à partir de mai 2027), d’attribuer au niveau européen des autorisations de licence jusque-là largement gérées par les États membres. Ce qui pouvait poser un problème d’harmonisation entre pays. Les opérateurs pourront ainsi lancer leurs services à l’échelle de l’Union européenne, sans devoir négocier avec chaque capitale… même si les États conservent une certaine marge de manœuvre en imposant leurs obligations techniques et des règles de sécurité.

La législation sur les réseaux numériques (ADN), qui repose sur le Code des communications électroniques de l’UE de 2018, a été adoptée le 21 janvier dernier. Elle contient, entre autres, un volet sur « l’harmonisation juridique maximale » visant à faciliter les opérations et la fourniture de services paneuropéens. Parmi les mesures : une autorisation de spectre satellitaire au niveau de l’UE.

Dans le détail, la Commission a décidé de couper en trois la poire de la bande. Le premier tiers est réservé aux usages gouvernementaux et militaires européens, pour les communications critiques et pour s’assurer de la sécurité de ces communications. Ce morceau de fréquences devra être exploité par un opérateur européen et intégré au programme IRIS², la constellation de satellites de l’UE.

À l’origine, le « Starlink » européen devait être opérationnel d’ici 2027. Même si le programme recycle des infrastructures existantes, IRIS² sera plus long à s’élever dans les airs : aux dernières nouvelles (qui remontent au mois de février), ce projet en est toujours dans sa phase de conception et de développement, et cela jusqu’en 2028. Le déploiement est programmé de 2029 à 2030, et l’exploitation entre 2030 et 2037. La pleine capacité opérationnelle est désormais prévue d’ici 2030.

La menace américaine

Voilà pour le premier tiers. Les deux autres tiers seront dévolus aux usages commerciaux : connectivité satellite pour smartphones, objets connectés et services d’urgence. Mais Bruxelles a une idée assez claire des opérateurs qui pourront candidater : la moitié des fréquences est ainsi réservée aux acteurs européens, l’autre moitié est ouverte aux entreprises européennes et non européennes.

On l’aura compris, il s’agit de favoriser l’émergence de fournisseurs européens, tandis que les champions américains (SpaceX, Amazon Leo) auront la portion congrue au nom de la souveraineté. « Plus que jamais, une connectivité satellitaire à haute capacité et largement disponible est essentielle pour renforcer la résilience des réseaux de communication de l’Union européenne », explique Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission chargée de la souveraineté technologique.

Ces infrastructures satellitaires, considérées comme critiques par Bruxelles, sont devenues un enjeu de sécurité pour l’Europe. Le poids lourd américain Starlink, avec sa constellation d’environ 10 000 satellites en basse orbite et ses services d’accès internet et de téléphonie D2D, est devenu essentiel à l’effort de guerre en Ukraine… mais l’entreprise d’Elon Musk reste soumise aux lois américaines sur l’exploitation des données de ses utilisateurs (Cloud Act, FISA).

C’est le cas aussi d’Amazon Leo (anciennement Kuiper), qui s’est d’ailleurs offert récemment Globalstar. Ces deux sociétés doivent aussi composer avec la pression, toujours possible, de la Maison Blanche, dans un contexte de très fortes tensions transatlantiques.

Brendan Carr, le très trumpiste président de la Commission aux communications fédérales (FCC), avait mis en garde l’UE lors de sa visite au salon MWC de Barcelone, au mois de mars. « L’Europe dispose de fournisseurs satellitaires nationaux champions qui réalisent une activité importante aux États-Unis », menaçait-il. « Si l’Europe persiste à suivre une voie de souveraineté satellitaire excluant les fournisseurs qui ne sont pas basés sur le continent, alors les États-Unis devront en tenir compte concernant le traitement réciproque que nous accordons. » Ambiance.

Cette décision de la Commission devrait en tout cas booster les acteurs européens, à l’image d’Eutelsat et de sa constellation OneWeb LEO (600 satellites en basse orbite) combinée à des satellites géostationnaires. Eutelsat fait également partie du consortium SpaceRISE chargé de la mise en œuvre d’IRIS².

Google I/O : l’overdose d’annonces IA profite à DuckDuckGo

27 mai 2026 à 07:27
We don't need no AI slop
Google I/O : l’overdose d’annonces IA profite à DuckDuckGo

Durant la dernière Google I/O, le géant du web a voulu galvaniser ses troupes en les noyant sous un torrent incessant de nouveautés IA. Cette avalanche a aussi pu provoquer chez d’autres un effet repoussoir. Résultat : la version « No AI » de DuckDuckGo a enregistré une fréquentation record.

Google a dégainé l’artillerie lourde ces 19 et 20 mai durant son événement I/O, tout particulièrement bien sûr autour de l’IA (c’est le cas de bon nombre d’entreprises du numérique, depuis quelques années). Entre les nouveautés dédiées à Gemini, les agents à gogo, l’outil de vibe coding AI Studio, et même les lunettes connectées infusées à l’IA, il y en avait pour tous les goûts… enfin, pour ceux qui pensent, vivent et mangent IA. Pour les autres, c’est la curée.

La carte du « No AI »

Même si Google est l’acteur archi-dominant de la recherche en ligne, il existe évidemment des alternatives, y compris sans IA comme chez DuckDuckGo. Le moteur de recherche centré sur la protection de la vie privée propose certes ses propres bots et services IA, mais il en existe également une déclinaison « No AI » qui désactive les réponses assistées par IA et supprime les images générées par IA. Elle a connu un joli succès après l’avalanche de Google I/O.

DuckDuckGo No AI.

Aux États-Unis, les visites sur cette mouture du moteur de recherche ont fortement progressé durant le long week-end du Memorial Day (du 23 au 25 mai) : la hausse moyenne s’est établie à 22,7 % par rapport à la semaine précédente, avec un pic à 27,7 % le 24 mai. Les installations de l’app mobile ont elles aussi enregistré une progression substantielle de 18,1 % en moyenne d’une semaine sur l’autre, toujours aux États-Unis.

Les stats d’installation de l’app sur iPhone et iPad ont profité de cet engouement, avec une progression moyenne de 33 %, et même un pic de 69,9 % le 25 mai. La croissance observée outre-Atlantique a été très supérieure à celle enregistrée ailleurs dans le monde, ce qui peut être interprété comme la conséquence des annonces très américano-centrées de l’entreprise.

« Google impose l’IA aux utilisateurs sans leur laisser la possibilité de s’y opposer », décrypte Gabriel Weinberg, fondateur et PDG de DuckDuckGo auprès de Thurrott.com. « Résultat, les résultats de recherche se dégradent au lieu de s’améliorer. Nous voulons être l’endroit qui redonne le contrôle aux utilisateurs et leur permet de décider de la quantité d’IA qu’ils souhaitent – ou non – utiliser », ajoute-t-il.

Ce créneau pourrait bien s’avérer très porteur au vu de la polarisation de plus en plus aiguë entre les pros et les réfractaires à l’IA. Pas fou, DuckDuckGo base d’ailleurs très nettement sa communication sur le rejet que suscite l’IA auprès d’une partie des internautes.

La recherche Google vitrine de l’IA

La recherche en ligne de Google n’a évidemment pas échappé au tsunami d’annonces de Google I/O. L’AI Mode, cette version « bot » de search, fonctionne désormais avec le dernier modèle Gemini 3.5 Flash, tandis que les résumés AI Overviews peuvent répondre à des questions – deux fonctions qui ne sont pas disponibles en France.

L’entreprise inaugure aussi une nouvelle barre de recherche « intelligente », qui signe l’évolution la plus importante depuis 25 ans pour cette fonction centrale de Google : elle peut comprendre des requêtes plus longues et accepter différents types d’entrées (texte, images, fichiers, vidéos et même des onglets Chrome).

La recherche intègre des « agents d’information » qui vont surveiller le web en continu pour suivre un sujet spécifique. Par exemple des annonces immobilières avec des critères précis, ou quand un sportif annonce une collab’ avec une marque de basket. Ces agents seront disponibles dans le courant de l’été pour les abonnés AI Pro et AI Ultra.

Toujours dans ce même registre de la personnalisation des réponses, les nouvelles capacités « Personal Intelligence » de search vont lui permettre de piocher des informations personnelles tirées de Gmail, de Google Photos et de Calendar (pas besoin d’abonnement pour ça).

Google a également annoncé une amélioration des agents de réservation, qui s’étendent à de nouveaux usages comme de trouver une salle de karaoké ou de réserver des services locaux. Le moteur de recherche peut aussi appeler les commerces à la place de l’utilisateur dans certaines catégories (réparation, animaux, beauté). Cette nouveauté sera déployée cet été aux États-Unis.

Enfin, la recherche en ligne va pouvoir générer des tableaux, graphiques, et même des mini-apps (de types simulations ou tableaux de bord). Cela pourra être, par exemple, un système de suivi de remise en forme alimenté par des données puisées dans des avis en ligne ou des cartes.

Chez Starbucks, l’IA chargée des stocks s’est noyée dans les bouteilles de lait

27 mai 2026 à 06:42
Ressortez le boulier
Chez Starbucks, l’IA chargée des stocks s’est noyée dans les bouteilles de lait

L’IA n’est pas la réponse à tous les maux du monde, et encore moins chez Starbucks. Le géant états-unien des cafés a fini par retirer une intelligence artificielle qui devait améliorer la gestion des stocks de produits et éviter les pénuries de certains articles. Ça n’a pas du tout marché.

En septembre dernier, Starbucks lançait dans sa chaîne de cafés aux États-Unis et au Canada un nouveau logiciel reposant sur l’IA. Plutôt que de compter à la main les produits en stock, les employés plaçaient une tablette devant les étagères de sirops, de lait et autres articles ; charge ensuite à l’application Automated Counting d’analyser ces informations collectées à l’aide de la caméra et du capteur LIDAR.

Combien de bouteilles de lait ?

Cette technologie devait inaugurer « une optimisation plus intelligente de la chaîne d’approvisionnement » et répondre à une problématique aiguë au sein de Starbucks : les pénuries fréquentes de produits de base qui empêchent de concocter des cafés et autres items au menu — ce qui revient souvent à rater des ventes.

Brian Niccol, le PDG du groupe, s’est engagé à trouver des solutions pour améliorer la rentabilité de ses établissements. Ces cinq dernières années, quatre patrons de Starbucks (qui n’est pas en pénurie de dirigeants, manifestement) ont déploré l’approvisionnement difficile de ses milliers de cafés en produits essentiels comme le lait, les viennoiseries ou tout simplement les couvercles de gobelets.

Pour les experts en logistique, une chaîne d’approvisionnement fiable doit assurer des livraisons complètes et ponctuelles dans 95 % des cas. Début 2024, moins d’un tiers des camions arrivant dans les centres de distribution de Starbucks respectaient ces critères, comme d’anciens employés l’ont affirmé à Reuters. En cause : des difficultés de coordination entre les fournisseurs, nombreux, de l’enseigne.

Cette application devait régler une bonne partie du problème. Las : l’IA ne fait pas tout. Toujours d’après l’agence de presse, elle se trompait fréquemment dans le comptage et l’identification des produits. Il lui arrivait de confondre des types de lait similaires, ou de passer complètement à côté… Impossible dans ces conditions d’avoir un inventaire à jour et prêt pour répondre à toutes les commandes.

Une solution pas si fiable

Le prestataire NomadGo en charge du développement assurait pourtant que sa solution est fiable « à 99 % ». En février, Starbucks faisait toujours preuve d’une solide langue de bois en affirmant à qui voulait l’entendre que l’application avait amélioré la disponibilité des produits. Il aura fallu attendre quelques mois de plus pour arrêter les frais : Automated Counting a été retiré des mains des employés, qui ont repris la routine de comptabiliser les stocks comme avant.

« Notre objectif est simple : si un produit figure au menu, les clients doivent pouvoir le commander », indique l’entreprise dans un communiqué. Sauf en cas de pénurie de stocks, évidemment ! Brian Niccol, en poste depuis septembre 2024, a été recruté pour relancer les ventes et simplifier les opérations dans les cafés de l’enseigne. Il a mis en place un programme, « Back to Starbucks », qui inclut la mise en œuvre de technologies IA pour fluidifier les commandes et épauler les barristas.

Starbucks n’est pas la seule entreprise à essuyer un ratage lié à l’IA. Certains exemples sont tout aussi spectaculaires, comme la borne vocale McDonald’s développée avec IBM, dont les ratés (commandes absurdes, ajouts d’articles inexistants) ont fait les riches heures des petits plaisantins sur les réseaux sociaux. Ces bornes ont été retirées de la circulation en 2024. N’oublions pas non plus l’AI Overview de Google qui a conseillé de fourrer de la colle dans des pizzas pour faire tenir le fromage…

☕️ NVIDIA enterre son vieux panneau de configuration

27 mai 2026 à 06:16


Après 20 ans de bons et loyaux services, le panneau de configuration de NVIDIA prend finalement sa retraite (ou pas loin). L’outil disponible sur Windows est remplacé par une application dédiée plus complète.

Exit le panneau de configuration NVIDIA. Le logiciel bien connu des joueurs sous Windows (enfin, ceux qui utilisent une carte graphique du constructeur, évidemment) tire finalement sa révérence, un peu plus de deux ans après l’annonce de son remplaçant. Sobrement baptisée app NVIDIA, cette application regroupe les différents réglages du panneau classique, ainsi que les options GeForce Experience (son lancement en 2024 n’a pas été des plus faciles).

Avec la dernière mise à jour de l’app NVIDIA, toutes les fonctions du panneau de configuration qui étaient encore prises en charge pour les utilisateurs GeForce ont été « modernisées et transférées » vers la nouvelle application, écrit l’entreprise. Le panneau prend donc officiellement sa retraite « pour les pilotes Game Ready et Studio ». Il reste encore à migrer les fonctions professionnelles pour les utilisateurs de RTX PRO.

Le panneau continuera d’être disponible au téléchargement sur le Microsoft Store, mais NVIDIA n’y apportera plus de nouvelles fonctions, de correctifs ou de modifications. S’il est déjà installé, le logiciel restera en place.

L’outil permet de gérer les options graphiques avancées, la résolution, le taux de rafraîchissement, le support du HDR, le mode de gestion de l’alimentation, d’activer le V-Sync, de forcer l’anisotropic filtering sur les vieux jeux… Le poids des années, des options parfois obscures et une interface confuse mélangeant de vieux menus Windows avec des fonctions modernes ont poussé NVIDIA à revoir sa copie.

La nouvelle app permet de télécharger et d’installer des pilotes, de gérer les réglages graphiques des jeux et de basculer d’un mode DLSS à un autre, entre autres fonctionnalités. La migration permet aussi (et surtout ?) à NVIDIA de proposer un accès direct vers ses autres applications, ainsi que vers son programme GeForce Rewards.

☕️ Comme en France et ailleurs en Europe, l’Espagne bloque Polymarket et Kalshi

27 mai 2026 à 05:50


Les plateformes de marchés de prédiction (ou de spéculation sur des événements futurs) Polymarket et Kalshi sont désormais bloquées en Espagne. En France, ces services ne sont pas autorisés, l’accès à Polymarket ayant été bloqué fin 2024.

Polymarket et Kalshi font régulièrement la Une de l’actualité, pas nécessairement pour les meilleures raisons. Ces plateformes de marchés prédictifs, ou plus simplement de paris sur l’actualité, servent parfois de courroie de transmission pour des délits d’initiés, comme par exemple ce soldat américain qui avait parié sur la chute de Nicolás Maduro en début d’année.

En Espagne, ces plateformes sont désormais interdites d’accès. Le ministère de la Consommation a ordonné le blocage temporaire des sites web de ces deux entreprises, à titre conservatoire, le temps que l’enquête sur leur nature aboutisse. Polymarket et Kalshi sont soupçonnés d’opérer sans licence de jeu sur le territoire espagnol.

Le site web de Polymarket.

Les autorités considèrent que ces services relèvent des jeux d’argent ; une licence spécifique est donc nécessaire. Par ailleurs, la Direction générale de l’organisation du jeu (DGOJ) à qui l’enquête a été confiée souligne que ces opérateurs non autorisés ne garantissent pas les protections imposées aux plateformes agréées en Espagne, notamment la vérification de l’identité, le contrôle des mineurs ou des personnes interdites de jeu.

En France, Polymarket a fait l’objet d’une intervention fin 2024 de l’Autorité nationale des jeux (ANJ). Une action déterminée par « la circonstance plus générale que les offres de jeux étaient susceptibles, au regard du droit français, d’être constitutives d’offres de jeux d’argent et de hasard non autorisées. » Adventure One, l’éditeur de droit panaméen du site, a implanté un géoblocage pour empêcher les prises de paris depuis le territoire français. Kalshi a suivi.

Plusieurs autres pays européens ont mis en place des blocages similaires : Allemagne, Belgique, Roumanie, Suisse, Pays-Bas, Pologne, Grèce, Chypre, Ukraine et Portugal. Là aussi pour une question de licence sur les jeux d’argent. Le marché est colossal : l’ANJ estime que sur les dix premiers mois de 2025, les volumes cumulés des transactions sur les principales plateformes mondiales avaient dépassé les 27,9 milliards de dollars.

Alexa+ débarque en France : un assistant plus bavard, plus malin et plus cher

26 mai 2026 à 15:52
22,99 euros par mois pour discuter avec Alexa
Alexa+ débarque en France : un assistant plus bavard, plus malin et plus cher

Alexa+, la version dopée à l’IA générative de l’assistant Amazon, est désormais proposé en accès anticipé en France. Un accès gratuit jusqu’à cet automne, puis il faudra mettre la main à la poche ou être abonné Prime.

Après de longues années de développement et un déploiement très progressif aux États-Unis à partir de mars 2025, Alexa+ est finalement disponible en France depuis le 26 mai. Là aussi, Amazon orchestre un lancement prudent, sous la forme d’un accès anticipé ouvert aux possesseurs d’un appareil Echo compatible (les modèles anciens de première génération sont exclus). Les clients recevront un courriel ou une notification pour les informer qu’ils peuvent activer le nouvel assistant.

Alexa+ taillée pour la France

L’accès anticipé s’élargira au fil des prochaines semaines, avec un usage d’Alexa+ gratuit « au moins » jusqu’au 15 septembre. Ensuite, il faudra faire un choix : soit s’abonner à Amazon Prime, auquel cas l’IA continuera d’être accessible sans frais supplémentaire, soit souscrire un abonnement spécifique facturé 22,99 euros par mois.

Un prix salé qui rapproche Alexa+ d’un abonnement premium à ChatGPT ou Claude… et qui pourrait pousser Amazon à relever les tarifs de Prime, mais on n’en est pas encore là. À noter qu’Alexa « tout court », la version standard et complètement gratuite (mais limitée) de l’assistant, continuera d’être disponible sur les appareils éligibles.

Mais Amazon veut s’assurer que l’on préférera la version + d’Alexa qui se distingue par ses capacités conversationnelles. À l’instar de ChatGPT ou de Gemini, les interactions se veulent fluides et naturelles et l’on peut parler de tout et de rien. Amazon oblige, le shopping et le commerce en ligne ont une place prépondérante : Alexa+ pourra ainsi se connecter à des services comme TheFork et Tripadvisor pour réserver un restaurant ou planifier un voyage.

L’entreprise met aussi l’accent sur ce qu’elle appelle « l’IA ambiante », qui permet à Alexa+ d’anticiper les besoins de l’utilisateur en fonction de ses petites habitudes. Par exemple, en lançant toute seule la machine à café au réveil. Rêve ou cauchemar, on verra si l’intrusion de l’assistant dans la vie de tous les jours sera appréciée. À l’instar de la version sans IA, Alexa+ peut aussi contrôler les appareils domotiques.

Alexa+ n’est pas le chatbot d’un seul modèle IA. Amazon exploite son service cloud dédié au déploiement de modèles (Bedrock) pour proposer un service en forme de gare de triage, capable de distribuer les requêtes aussi bien vers les propres modèles Nova d’Amazon que vers des modèles concurrents d’Anthropic ou de Mistral. Plus de 70 LLM sont utilisés par l’assistant, ce qui est censé lui permettre de répondre de manière plus précise aux requêtes de l’utilisateur. Comme l’explique l’entreprise, les capacités nécessaires à la domotique diffèrent de celles qui génèrent des conversations sur la pluie et le beau temps.

Une gare de triage IA

Les modèles de Mistral sont notamment mis à contribution « pour évaluer la précision et la qualité des réponses d’Alexa dans les langues autres que l’anglais ». Amazon martèle que la version française d’Alexa+ offre une expérience « culturellement pertinente, authentiquement locale ». L’assistant est en effet censé comprendre notre sens de l’humour et notre argot : « [Il] est en phase avec notre musique, notre cuisine et nos passions » et connait tout du débat entre pain au chocolat et chocolatine, par exemple.

Amazon veut s’épargner les débats gênants sur la confidentialité des données et de la vie privée. Un tableau de bord dédié permet ainsi de consulter et gérer les interactions avec Alexa+ : on pourra ainsi « écouter exactement » ce que l’assistant a entendu, et supprimer des enregistrements audio envoyés dans le cloud. L’entreprise rappelle aussi qu’Alexa n’envoie ces extraits sur ses serveurs que si l’appareil détecte le mot d’activation (ça va mieux en le disant).

Image : Amazon

Quand un enfant discute avec Alexa+, un système de modération renforce les garde-fous et les protections conçues pour les minots. Il est aussi prévu que l’assistant soit disponible via un navigateur web, ce qui lui donnera des fonctions plus productives (résumés d’articles, rédaction de messages, création d’images, etc.).

☕️ Uber commence à trouver l’addition de l’IA un peu salée

26 mai 2026 à 13:53


Tout ce qui brille n’est pas IA. Plusieurs entreprises commencent à se rendre compte qu’il n’est pas forcément rentable d’injecter cette technologie dans tout et n’importe quoi.

Pour Andrew Macdonald, le directeur des opérations d’Uber, il est de plus en plus difficile de justifier les coûts liés à l’usage de l’IA générative. Invité du podcast Rapid Response, il a expliqué qu’une consommation élevée de tokens n’aboutissait pas nécessairement à une augmentation proportionnelle des fonctions utiles pour le consommateur.

Illustration : Flock

« Ce lien n’existe pas encore, n’est-ce pas ? », se demande-t-il. « Implicitement, je pense qu’il y a peut-être davantage de [fonctions] qui sont livrées, mais il est très difficile d’établir un lien clair entre [les tokens consommés] et le fait de se dire : « D’accord, maintenant nous produisons réellement 25 % de fonctionnalités utiles en plus pour les consommateurs » ».

Ce constat n’est pas isolé au sein d’Uber. En avril, le directeur technique de la plateforme VTC, Praveen Neppalli Naga, s’était étonné chez The Information d’avoir explosé son budget IA de l’année… en seulement quatre mois. Il expliquait alors que 70 % environ du code validé provient d’outils IA, tandis que les dépenses oscillent entre 500 et 2 000 $ par mois et par développeur. Les coûts liés à l’IA chez Uber ont été multipliés par six depuis 2024.

L’IA n’est pas « gratuite », poursuit Andrew Macdonald. Ça peut sembler être le cas quand on est un utilisateur lambda, mais la situation est très différente pour une entreprise. Cette petite musique commence à s’entendre un peu partout dans l’industrie ; les gains en productivité ne sont pas nécessairement au rendez-vous, tandis que des pratiques comme le tokenmaxxing montrent les limites de l’exploitation à outrance de cette technologie.

16 % des électeurs ont demandé à l’IA pour qui voter aux municipales

26 mai 2026 à 07:27
Vote assisté par chatbot
16 % des électeurs ont demandé à l’IA pour qui voter aux municipales

L’IA générative s’invite dans les urnes. Durant les dernières élections municipales, environ un électeur sur six a utilisé cette technologie pour trouver leur candidat idéal. À moins d’un an de la présidentielle, elle pourrait prendre une part plus importante chez les Français pour conforter leur choix, ou pour en changer.

L’IA a tenu un rôle singulier durant les élections municipales de cette année : celui d’outil d’information mais aussi (surtout) d’aide à la décision. Une étude Toluna Harris Interactive réalisée pour M6 et RTL, et publiée par le think tank Terra Nova, montre que l’IA ne peut plus être considérée comme quelque chose de marginal ou d’expérimental, alors que l’élection présidentielle commence à se profiler.

L’IA loin d’être une source d’information importante (pour l’instant)

Ainsi, 16 % des Français ont utilisé l’IA pour les aider à faire leur choix pendant ces élections : 7 % pour confirmer leur candidat, 5 % pour influencer sur un choix, et 4 % pour aider à la décision. Les chatbots risquent donc bien d’être sollicités pour les prochaines élections, au-delà des sites web non partisans qui proposent d’éclairer une décision ou de donner une direction.

Entre 40 à 50 % des personnes interrogées ont été confortées dans leur choix, entre 30 à 40 % disent avoir changé d’avis, et entre 20 à 30 % que l’IA a aidé dans la décision. Autres chiffres intéressants : les hommes ont plus volontiers eu recours à l’IA que les femmes (20 % contre 10 %), tout comme les jeunes (35 % des moins de 25 ans) par rapport aux personnes âgées (1 % des seniors).

Public Sénat rappelle la déclaration d’Emmanuel Macron qui, en novembre dernier, se demandait qui ChatGPT allait recommander de voter aux utilisateurs qui lui poseraient la question pour les municipales et la présidentielle. « On va rentrer dans un autre monde », avait ajouté le chef de l’État, sachant que le fonctionnement de ces IA relève de la boîte noire et qu’elles peuvent relativement facilement se faire « empoisonner » par de faux documents/sites… qui peuvent être publiés à la chaine par des IA génératives.

« Les IA […] posent la question de savoir comment se forgent les opinions politiques », explique ainsi Jean-Daniel Lévy, l’auteur de l’étude réalisée le 15 mars (premier tour du scrutin) auprès de 4 145 personnes dans des communes de 3 500 habitants et plus.

Toluna Harris Interactive

Il faut savoir raison garder : l’IA n’est qu’un outil parmi tant d’autres pour faire son choix. Ainsi, 11 % des électeurs ont indiqué avoir utilisé cette technologie pour s’informer sur les enjeux dans leur commune. Cela en fait la 14ᵉ et dernière source d’information, loin derrière les tracts (59 %), les professions de foi (57 %) ou encore le bon vieux bouche à oreille (47 %). Les réseaux sociaux ont enregistré un taux de 32 %. Pour les candidats, ce n’est pas le moment de lâcher leur compte Instagram !

On retrouve dans ces 11 % la même typologie d’âge et de genre. 14 % des hommes disent avoir utilisé l’IA pour s’informer, contre 8 % pour les femmes. C’est 1 % seulement pour les séniors, contre 22 % chez les plus jeunes (18 - 24 ans). Chez ces derniers comme pour le reste de la population, l’IA est aussi la dernière source d’information la plus consultée.

On retient également la propension des sympathisants La France Insoumise à s’être servis de l’IA (16 %), contre 6 % chez Reconquête. Les catégories CSP- sont les plus représentées avec 17 %, soit 4 points de plus que les CSP+. « [L’IA] n’est plus réservée à quelques technophiles isolés », décrypte Jean-Daniel Lévy, « mais commence à s’inscrire dans les pratiques politiques ordinaires d’une part identifiable de l’électorat ».

Toluna Harris Interactive

L’IA, un influenceur politique comme un autre

Une étude de l’AI Security Institute, rattachée au gouvernement britannique, démontrait que les chatbots pouvaient effectivement influencer les opinions politiques des utilisateurs. Les travaux publiés dans Science, et rapportés en décembre dernier par The Guardian, reposaient sur des conversations entre près de 80 000 participants et 19 modèles d’IA différents (dont ceux derrière ChatGPT et Grok).

Les chercheurs du MIT, d’Oxford, de Stanford et de la London School of Economics ont demandé aux IA de convaincre les participants d’adopter une position sur différents sujets politiques et économiques (inflation, grèves dans les secteurs publics…). Ces derniers devaient donner leur opinion avant et après l’échange.

Les réponses les plus persuasives sont celles qui accumulaient un grand nombre d’informations, de faits et d’arguments… mais ce sont aussi les modèles qui produisaient le plus d’erreurs et d’infos inexactes. La « capacité de persuasion » des modèles semble se faire au détriment de la véracité, soulignent les auteurs. Avec toutes les conséquences que cela implique pour le débat public.

Une autre étude de l’université Yale, publiée sur arXiv en mai 2025, confirme la précédente (les IA les plus persuasives ne sont pas forcément les plus fiables), et impose aussi un certain recul. Elle montre en effet que si les chatbots peuvent influencer les opinions politiques, leur performance n’est pas meilleure ou pire que des méthodes traditionnelles de campagne électorale.

Sur la question de l’immigration par exemple, les effets des chatbots et des humains étaient quasiment identiques, y compris cinq semaines plus tard. Les chercheurs soulignent qu’il n’existe « aucune différence significative » entre les deux méthodes de persuasion. Ils insistent en revanche sur une chose : il faut déjà convaincre les électeurs de passer plusieurs minutes à discuter politique avec une IA. En cela, pas de changement par rapport à une campagne classique.

Malgré une année catastrophique, Ubisoft accélère sur l’IA générative

26 mai 2026 à 06:18
Ubisoft demande un coup de main à l’IA
Malgré une année catastrophique, Ubisoft accélère sur l’IA générative

Ubisoft veut tourner la page d’un exercice catastrophique. Le groupe promet un rebond dans les prochaines années grâce à ses grandes franchises, une vaste restructuration interne et des investissements renforcés dans l’IA générative.

Peu importe le bout avec lequel on le prend, Ubisoft a enregistré un très mauvais exercice fiscal 2025 - 2026. Ces douze derniers mois ont été marqués par des « net bookings » (l’argent réellement généré par les jeux) de 1,525 milliard d’euros, en recul de 17,4 %. Le résultat opérationnel est lui carrément rouge cramoisi avec une perte de 1,04 milliard.

L’IA générative au secours d’Ubisoft

Voilà des chiffres peu encourageants. Yves Guillemot, cofondateur et PDG d’Ubisoft, n’y va pas par quatre chemins et prévient que le calice n’a pas été bu jusqu’à la lie. Le prochain exercice fiscal « devrait représenter un point bas », avec un calendrier de sorties « plus léger » et des coûts importants liés à la restructuration du groupe.

« Notre ambition reste claire : renforcer la position d’Ubisoft parmi les principaux créateurs de l’industrie en matière d’expérience de divertissement de haute qualité, marquantes et engageantes, capables de trouver un écho durable auprès des joueurs », affirme-t-il. L’éditeur français peut compter sur ses franchises comme Assassin’s Creed ou Far Cry, mais il met aussi en avant… l’IA générative.

Les investissements dans l’expérimentation Teammates vont ainsi s’accélérer. Il s’agit d’un projet de recherche pour une expérience IA jouable, dévoilé en novembre dernier. Dans un jeu de tir, le joueur peut demander des conseils à Jaspar, une sorte d’assistant IA, et surtout il peut communiquer avec deux personnages non joueurs (NPC ou PNJ) pour l’aider. Ces NPC, « Pablo » et « Sofia », peuvent générer des réponses en temps réel et réaliser des actions en fonction des demandes du joueur. Par exemple tirer sur des ennemis ou se mettre à couvert, comme on le voit dans cette vidéo.

« Nos premières expérimentations ont montré que les joueurs se liaient rapidement aux PNJ pilotés par IA ainsi qu’au concept d’assistant vocal », expliquait Xavier Manzanares, directeur du gameplay GenAI. « Jaspar aidait les joueurs lorsqu’ils étaient perdus ou ne savaient pas quoi faire. Il pouvait accéder aux menus et aux paramètres, en dire davantage sur l’univers et l’histoire du jeu ».

Le projet Teammates d’Ubisoft.

On perçoit l’intérêt potentiel d’une telle technologie dans un jeu, en particulier les mondes ouverts dont Ubisoft s’est fait la spécialité. Il ne s’agit pas de créer un jeu ex nihilo avec l’IA générative, mais « d’enrichir l’expérience des joueurs ». Le groupe explique : « Cela va de bots plus intelligents pour assister les équipes d’assurance qualité à des PNJ et des mondes de jeu plus réactifs, capables de s’adapter au comportement des joueurs en temps réel. »

Ubisoft n’est jamais le dernier pour tester les dernières technologies à la mode du moment. Le groupe s’était ainsi beaucoup investi dans les NFT et le Web3, et il a lancé des expérimentations basées sur la blockchain qui ont complètement foiré. Le souvenir laissé par Ubisoft Quartz, une plateforme lancée en 2021 vendant des NFT baptisés « Digits », est cuisant. Ces objets cosmétiques à utiliser dans Ghost Recon Breakpoint ont été très mal reçus par les joueurs.

Le projet Quartz a progressivement disparu des radars dans l’indifférence générale, mais le récit technologique très optimiste autour de l’IA générative n’est pas sans évoquer les discours d’Yves Guillemot à l’époque des NFT. Il défendait bec et ongles les jetons non fongibles, assurant que les joueurs finiraient par en comprendre l’intérêt. Raté.

Des maisons créatives pour rebondir

Depuis des années, l’éditeur se débat dans les difficultés financières, mais il a entamé sa mue durant le dernier exercice. Depuis le mois de mars, le groupe est scindé en six structures : cinq « Creative Houses » ayant la responsabilité d’une catégorie de jeux spécifiques (Vantage Studios étant par exemple chargé des franchises les plus connues) ; et le « Creative Network », un groupe de studios qui fait office de support pour le développement des jeux des différentes maisons.

Image : Ubisoft

Le géant chinois Tencent, un des plus importants partenaires d’Ubisoft, a injecté 1,16 milliard d’euros dans Vantage Studios, dont la création remonte à novembre 2025. De l’argent frais qui sera bien utile pour affronter les vents contraires. Car les prévisions ne sont guère brillantes.

Les net bookings prévus pour l’exercice fiscal 2026 - 2027 seront encore en baisse (comprise entre 5 et 9 %), et la trésorerie sera une fois encore mise à rude épreuve avec une consommation de free cash flow de 500 millions d’euros. Autrement dit, l’activité devrait encore reculer, le calendrier de sorties étant plus léger qu’à l’accoutumée. Le groupe a multiplié les annulations de projets pour se recentrer sur la qualité et la rentabilité de sa production.

Assassin’s Creed Black Flag Resynced sera le gros jeu de cette année chez Ubisoft. Sortie prévue le 9 juillet.

Le rebond devrait s’opérer en 2027 - 2028, avec plusieurs sorties de nouveaux opus dans les licences populaires du groupe, notamment Assassin’s Creed, Far Cry et Ghost Recon. Ubisoft veut aussi capitaliser sur le succès du jeu Rainbow Six Siege qui reste en grande forme, après avoir fêté son dixième anniversaire l’an dernier. Enfin, l’exercice 2028 - 2029 marquera le retour espéré à une situation financière plus saine.

Mais en attendant, l’entreprise va devoir faire le dos rond. L’IA générative pourra-t-elle aider Ubisoft à traverser la tempête ? Au vu de la méfiance que suscite cette technologie chez de nombreux joueurs, l’annonce de l’accélération des investissements dans Teammates a surtout été faite pour séduire des investisseurs : l’action a plongé de 27 % la semaine dernière après l’annonce des résultats, pour rebondir fortement deux jours plus tard (+ 37 %).

☕️ Les agences de renseignement américaines à court de puissance de calcul pour leurs IA

26 mai 2026 à 06:01


Les problèmes d’approvisionnement en composants ne frappent pas que l’industrie IA. Les gouvernements, qui eux aussi font face à une pénurie les empêchant d’exploiter pleinement les modèles IA pour leurs besoins propres, en sont réduits à jouer du carnet de chèques.

La Maison Blanche aurait approuvé une rallonge de 9 milliards de dollars pour équiper les agences de renseignement des États-Unis en puces IA de pointe, selon des indiscrétions du New York Times. Le financement, qui doit encore être approuvé par le Congrès, doit permettre à la CIA, la NSA et autres agences à acronymes de trois lettres de faire tourner leurs modèles IA sur du matériel de pointe.

Illustration : Flock

Les modèles IA les plus récents d’OpenAI, d’Anthropic ou de Google ont de gros besoins en calcul. Les infrastructures capables de les accueillir, que ce soit pour l’entraînement ou l’inférence, affichent quasiment complet et les autorités doivent mettre de l’argent sur la table pour accéder aux mêmes capacités que le secteur privé. Notamment aux composants les plus puissants, comme les puces Grace Blackwell de NVIDIA, qui nécessitent des centres de données dotés de systèmes d’alimentation électrique massifs.

L’administration Trump aurait déjà redirigé 800 millions de dollars pour accélérer l’achat de capacités de calcul, ce qui est presque une goutte d’eau dans l’océan. Surtout, les délais restent aussi importants qu’incompressibles. Les réseaux infonuagiques classifiés du gouvernement, comme ceux opérés par AWS, ne peuvent pas être modernisés rapidement et les agences n’auraient pas anticipé les besoins gargantuesques de ces modèles IA.

Par ailleurs, la Maison Blanche aurait autorisé la NSA à continuer l’exploitation de Mythos, le modèle le plus avancé d’Anthropic. Le Pentagone considère pourtant l’entreprise comme un « risque » pour la chaîne d’approvisionnement et la sécurité nationale.

Le ministère américain de la Défense (DoD) exigeait un accès très large aux capacités des modèles avancés d’Anthropic, ce que la startup a refusé. L’affaire est toujours devant les tribunaux, mais un contrat classifié serait en préparation entre les deux parties ; l’accord inclurait des restrictions sur l’exploitation des modèles IA sur des données concernant des citoyens américains. La NSA et la CIA ont interdiction de collecter des renseignements aux États-Unis, et des limites strictes sont posées pour recueillir des informations sur les Américains à l’étranger.

Le DoD a récemment arrêté son choix sur les fournisseurs IA pour ses opérations secret defense. OpenAI, Google, Microsoft, AWS et d’autres vont mettre leurs modèles à disposition de l’armée US, tandis qu’Anthropic a été mise à part.

Cybersécurité : la BCE s’inquiète de Mythos et convoque les banques européennes

25 mai 2026 à 13:56
Les pirates n'attendront pas l'autorisation de Bruxelles
Cybersécurité : la BCE s’inquiète de Mythos et convoque les banques européennes

La Banque centrale européenne, qui supervise les 111 plus grandes banques de la zone euro, veut discuter cybersécurité. Une réunion est prévue ce mardi 26 mai avec les établissements bancaires pour évoquer les risques liés aux derniers modèles d’IA, dont Mythos qui se fait toujours attendre en Europe.

Les ailes du projet Glasswing n’ont pas encore permis à Mythos d’atteindre les rives européennes. Cet aperçu du modèle le plus ambitieux d’Anthropic est déployé au compte-gouttes auprès d’organisations et d’entreprises triées sur le volet, quasi-exclusivement américaines. Il est utilisé pour détecter les vulnérabilités dans le code et au vu des premiers retours, notamment chez Mozilla, le modèle semble faire preuve d’une certaine efficacité.

Les banques de la zone euro ne sont pas dans les petits papiers d’Anthropic, mais qu’à cela ne tienne : « Le fait que vous n’ayez pas accès à ce modèle n’est pas une excuse pour rester inactif », affirme Frank Elderson, vice-président du conseil de surveillance prudentielle de la Banque centrale européenne (BCE), en parlant des établissements financiers européens. « Des acteurs malveillants pourraient bientôt avoir accès à cette technologie », prévient-il au Financial Times.

C’est pourquoi l’institution organise une réunion au sommet demain, mardi 26 mai, pour discuter des risques pour la sécurité informatique que font peser ces modèles IA. La BCE discute régulièrement avec les banques de la zone euro, mais des réunions dédiées à un thème spécifique sont plus rares.

Les banques US appelées au secours des banques européennes

La Banque centrale entend souligner la gravité des menaces représentées par Mythos et des autres modèles IA pour le système financier européen. Et elle voudrait bien aussi que les banques américaines opérant sur le vieux continent et qui utilisent ces technologies partagent des retours d’expérience avec leurs homologues européennes. « Nous voulons écouter les évaluations des banques, créer les conditions pour qu’elles puissent partager leurs expériences, et souligner l’importance du sujet », souligne Frank Elderson.

Le vice-président de la BCE estime que les banques doivent appliquer les correctifs logiciels bien plus rapidement qu’aujourd’hui. Le fait est que les pirates peuvent analyser une mise à jour de sécurité pour comprendre précisément quelle faille elle corrige. Ce travail de rétro-ingénierie pouvait prendre plusieurs jours ou plusieurs semaines, mais désormais avec des outils IA, l’opération peut être réalisée « en peut-être 30 minutes », s’alarme-t-il.

La Commission européenne travaille Anthropic au corps pour obtenir l’aperçu de Mythos, mais les choses prennent beaucoup de temps.

Anthropic a par ailleurs publié un premier bilan de Mythos, en annonçant que les 50 partenaires du projet Glasswing avaient trouvé « plus de 10 000 vulnérabilités » de gravité élevée ou critique dans leurs logiciels. Dans le secteur bancaire, Mythos a détecté et empêché un virement frauduleux d’1,5 million de dollars après qu’un acteur malveillant a compromis une adresse e-mail d’un client. Nul doute que les banques européennes aimeraient disposer d’un tel outil dans leur arsenal.

Comme pour donner raison à la BCE, la startup précise que « le principal frein réside dans la vitesse à laquelle nous pouvons vérifier, divulguer et corriger les très nombreuses vulnérabilités détectées par l’IA ». Si trouver des failles devient relativement facile, les opérations de triage, les rapports, le développement et le déploiement des correctifs représentent un « enjeu majeur pour la cybersécurité ».

Tableau de bord des vulnérabilités trouvées par l’aperçu de Mythos dans des projets open-source.

L’entreprise prévoit l’expansion du projet Glasswing à « des partenaires supplémentaires », sans plus de précision. Et à l’avenir, Anthropic veut proposer des modèles grand public basés sur Mythos, mais en les encadrant de garde-fous suffisamment forts pour empêcher des dérives.

☕️ Attendu au tournant, le premier aperçu d’Unreal Engine 6 ne montre pas grand chose

25 mai 2026 à 12:47


La petite histoire du jeu vidéo retiendra que la première apparition officielle de l’Unreal Engine 6 a été faite à Paris, pendant le championnat mondial de Rocket League. Epic Games, l’éditeur du célèbre moteur de rendu, a profité de l’occasion pour dévoiler quelques images de la prochaine génération du jeu (développé par la filiale Psyonix) tournant sous UE6.

Difficile de tirer des conclusions au vu du peu qu’il y a à voir : la pelouse du stade est plus touffue, tandis que les reflets et effets de lumière sur les voitures sont sans doute plus jolis et réalistes qu’avec Unreal Engine 3, le moteur actuel de Rocket League. Il faudra attendre, pas trop longtemps sans doute, pour en savoir plus sur les capacités de cette sixième version.

Unreal Engine 5 avait été présenté en amont des nouvelles consoles Xbox Series S/X et PS5, en 2020. Mais le lancement en lui-même remonte à avril 2022. Deux technologies définissent cette mouture : la technologie Lumen, système d’illumination globale dynamique qui intègre le ray tracing à destination des jeux en 3D temps réel ; et la technique Nanite, pour gérer des modèles 3D extrêmement détaillés.

Beaucoup se rappellent encore avec émotion de The Matrix Awakens réalisé sous UE5, une démo technique démontrant les capacités étonnantes du moteur. Dans les faits, les résultats ont été plus mitigés.

Les deux technologies phare sollicitent énormément les processeurs et circuits graphiques ; beaucoup de jeux UE5 reposent aussi sur des techniques de reconstruction d’image pour alléger la charge graphique, avec parfois des artefacts visuels ou une image instable à la clé ; plusieurs titres souffrent aussi de micro-saccades liées à la compilation des shaders. Ces problèmes sont particulièrement visibles dans certains jeux en monde ouvert.

Epic n’a cessé d’apporter des mises à jour pour essayer de remédier à ces soucis, mais la réputation d’UE5 continue d’en pâtir. D’un autre côté, de nombreux jeux tournent comme des horloges, comme Fortnite (fort heureusement d’ailleurs, il s’agit après tout d’un jeu Epic) ou Clair Obscur: Expedition 33

Tim Sweeney, fondateur et patron de l’éditeur, déplorait l’été dernier le manque d’optimisation de la part des développeurs : « Beaucoup de studios conçoivent d’abord leurs jeux pour du matériel haut de gamme et repoussent l’optimisation ainsi que les tests sur des configurations modestes à la fin du projet ». Pour lui, l’optimisation devrait commencer très tôt dans le développement.

Unreal Engine 6 devra répondre à ces problématiques. Et renforcer au passage son importance grandissante à Hollywood : le moteur est en effet utilisé par de nombreux studios de production, dont Disney, pour les effets spéciaux, mais aussi les storyboards, l’animation, les cascades virtuelles, la prévisualisation des scènes…

Mistral prépare son IA chasseuse de failles, Microsoft déploie déjà son armée d’agents

15 mai 2026 à 10:07

Mistral prépare son IA chasseuse de failles, Microsoft déploie déjà son armée d’agents

Qui n’a pas son arsenal IA pour la cybersécurité ? Après Anthropic et Mythos, après OpenAI et Daybreak, Microsoft a dévoilé sa solution. Et Mistral, le petit Poucet français, planche également sur un modèle capable de détecter les failles à grande échelle.

Mistral AI travaille au déploiement d’un modèle IA auprès de banques européennes pour détecter les failles de sécurité dans le code de leurs infrastructures informatiques, selon une indiscrétion de Bloomberg. Impossible de dire quand ce modèle sera lancé à l’assaut des vulnérabilités, ni depuis quand ces discussions ont débuté avec les établissements.

« Imagine-t-on les bases de données de l’armée française scannées par Mythos ? »

Mais ce qui est certain, c’est que Mistral n’a pas attendu la présentation de Mythos début avril pour s’atteler à cette problématique de la cybersécurité. La startup travaillait déjà avec ses clients du secteur bancaire pour découvrir des vulnérabilités dans le code de leurs logiciels avant les premiers pas du modèle d’Anthropic, selon nos confrères. Désormais, il s’agit de développer une version « clé en main » pour un déploiement plus large.

« On a un de nos concurrents qui sait très bien faire du marketing de la peur », a témoigné (sans citer le nom d’Anthropic) Arthur Mensch, le directeur général de Mistral, devant la commission d’enquête sur les vulnérabilités numériques à l’Assemblée nationale cette semaine. « On travaille avec nos clients pour les aider sur ces sujets cyber », ajoute-t-il. Pour lui, il s’agit d’un sujet régalien « et un argument supplémentaire pour dire qu’il faut avoir un contrôle sur cette technologie » :

« Vous ne pouvez pas avoir les bases de données et le code de l’armée française scannés par Mythos. Ça crée une dépendance tellement irrémédiable qu’il faut absolument trouver des solutions. »

Il aurait pu ajouter : des solutions souveraines, car c’est bien sûr ce que l’on comprend en creux. Mythos n’est actuellement disponible que dans un format d’aperçu et distribué au compte-gouttes auprès d’organisations et d’entreprises majoritairement américaines. Et l’Europe n’a toujours pas reçu sa carte du club.

Une armée d’agents de cybersécurité chez Microsoft

Après Mythos et l’initiative Daybreak d’OpenAI, et avant celle de Mistral, Microsoft a levé le voile sur son nouveau système de sécurité agentique multi-modèles. L’éditeur ne se contente pas d’un seul modèle : plusieurs sont à l’œuvre et ils sont secondés par une armée de plus de cent agents spécialisés à l’assaut du code.

MDASH, pour « Microsoft Security multi-model agentic scanning harness », a déjà mis la main sur 16 vulnérabilités dans la pile d’authentification et l’infra réseau de Windows, dont 4 failles critiques permettant d’exécuter du code à distance. « L’implication stratégique est claire : la découverte de vulnérabilités par IA est passée du stade de curiosité de laboratoire à celui d’outil de défense déployable à grande échelle en entreprise », explique l’éditeur, qui vante « l’avantage durable » de son système agentique.

Image : Microsoft

Le système repose sur trois éléments : un ensemble de modèles IA complémentaires pilotés par MDASH, dont plusieurs modèles spécialisés qui se confrontent pour repérer les vulnérabilités ; la centaine d’agents dédiés à des tâches spécifiques (détection, vérification, exploitation potentielle d’un bug) ; et enfin une chaîne d’analyse qu’il est possible d’étendre avec des plugins.

Sur le benchmark CyberGym, qui regroupe plus de 1 500 tâches reproduisant des vulnérabilités réelles issues de projets open source, MDASH atteint un taux de réussite de 88,45 %. C’est le meilleur score publié à ce jour, et environ 5 points de plus que Claude Mythos Preview, et 6 de plus que GPT-5.5, ses concurrents les plus proches.

Les résultats du benchmark CyberGym

Microsoft souligne que ce résultat a été obtenu avec des modèles IA déjà disponibles publiquement, ce qui laisse entendre que les performances viennent surtout de l’orchestration « agentique » autour des modèles plutôt que des modèles eux-mêmes.

Les agents MDASH sont utilisés par les équipes d’ingénierie sécurité de Microsoft, et testés par un groupe de clients dans le cadre d’un aperçu privé. Il est possible de demander un accès à l’aperçu.

Netflix n’a jamais autant aimé la publicité

15 mai 2026 à 09:15

Netflix n’a jamais autant aimé la publicité

Après avoir longtemps juré que la publicité n’aurait jamais sa place sur son service, Netflix vend toujours plus de temps de cerveau disponibles aux annonceurs. La pub va s’incruster encore davantage sur la plateforme.

Qu’il parait loin, le temps où Reed Hastings, l’ancien directeur général de Netflix, déclarait que jamais sa plateforme ne diffuserait de publicité. C’était en 2015, et s’il a réaffirmé cette position très ferme pendant des années, la réclame a fini par apparaitre sur le service de streaming en 2022. À l’époque, Reed Hastings (qui a quitté son poste de co-CEO début 2023) admettait que sa résistance à la pub avait été une erreur.

Aujourd’hui, Netflix regarde la publicité avec les yeux de Chimène. Le lancement de l’offre avec publicité, proposée à 7,99 euros par mois en France (c’était 5,99 euros au début), a permis à la plateforme de relever fortement les prix des autres formules sans pub, jusqu’à 21,99 euros pour l’abonnement Premium. Une stratégie couronnée de succès : durant une présentation aux annonceurs, l’entreprise a révélé que les publicités diffusées sur ses antennes atteignaient plus de 250 millions de spectateurs actifs mensuels, soit 30 % de plus qu’en novembre 2025 (190 millions).

Auparavant, Netflix basait ses mesures sur les profils de compte plutôt que sur le nombre de personnes vivant dans un foyer abonné à son service. Une partie de la hausse provient d’un changement dans la stratégie de décompte. L’entreprise a choisi de se focaliser l’année dernière sur les spectateurs actifs mensuels, autrement dit « les membres ayant regardé au moins une minute de publicité sur Netflix chaque mois, multiplié par le nombre moyen estimé de personnes au sein d’un foyer ».

La pub à plein régime

Plus de 80 % de ces paires d’yeux regardent activement Netflix chaque semaine. Ces abonnés ont permis à Netflix d’empocher 1,5 milliard de dollars en revenus publicitaires en 2025. « Si les deux dernières années ont consisté à prouver que nous étions un acteur durable, cette année doit montrer que nous sommes devenus un acteur redoutable », se réjouit la présidente en charge de la publicité, Amy Reinhard, dans une déclaration reprise par Variety.

Les vidéos verticales dans l’app Netflix.

Visiblement, la soupe est bonne. De nouveaux espaces vont s’ouvrir dans l’application du streameur : d’abord dans les vidéos verticales, un nouveau format récemment lancé qui permet de consulter des extraits des contenus Netflix. Entre deux petits bouts de Bridgerton ou Stranger Things, les abonnés auront donc droit à des spots de pub. Les podcasts, que la plateforme diffuse depuis la fin de l’année dernière, vont aussi être caviardés par de la publicité.

Malgré tout, Netflix doit toujours convaincre les annonceurs et rencontrerait toujours des difficultés à faire valoir son offre. Les marques préfèrent en effet acheter des espaces pendant des événements en direct, alors que la vaste majorité des programmes diffusés par Netflix peuvent être regardés n’importe quand. La plateforme multiplie donc les contenus en direct, mais l’offre n’est pas suffisante pour rivaliser avec les grands groupes audiovisuels comme Disney ou NBCUniversal qui captent une grande partie des budgets pub.

Netflix a également annoncé une expansion à partir de 2027 de son abonnement avec publicité à 15 nouveaux pays, dont la Belgique, la Suisse, l’Autriche, les Pays-Bas, l’Irlande, le Danemark, la Norvège ou encore la Suède.

☕️ Meta promet des discussions « vraiment privées » avec son IA

15 mai 2026 à 07:10


Meta inaugure les discussions incognito avec son assistant IA. Les conversations resteront privées entre Meta AI et l’interlocuteur humain, et elles seront supprimées sans tarder.

Pour Instagram, discuter avec des humains ne mérite pas de protection renforcée : le chiffrement de bout en bout qui empêchait jusqu’à présent quiconque d’accéder à une conversation dans la messagerie de l’app a en effet été supprimé le 8 mai. La fonction était très peu utilisée, a affirmé l’entreprise (elle était aussi compliquée à utiliser).

En revanche, discuter avec une IA nécessite (probablement) un luxe de précautions diverses et variées. La nouvelle fonction Discussion Incognito de l’assistant Meta AI permet de discuter en toute confidentialité avec l’assistant dans WhatsApp, ainsi que dans son application dédiée. La conversation est traitée dans un « environnement sécurisé » basé sur la technologie maison de traitement privé des requêtes envoyées au bot, lancée l’an dernier.

À l’instar du chiffrement de bout en bout, cette technologie empêche quiconque d’espionner en douce une conversation avec l’assistant, pas même Meta qui publie un livre blanc sur le sujet. À cela s’ajoute la disparition des discussions quand la session est terminée. Par ailleurs, elles ne sont pas enregistrées sur les serveurs.

Image : Meta

Meta précise perfidement que si d’autres apps intègrent des fonctions proches de ce mode incognito, « les questions posées et les réponses envoyées leur restent visibles ». Le chat temporaire de ChatGPT conserve les conversations jusqu’à 30 jours, contre 72 heures chez Gemini. « Il s’agit du premier grand produit d’IA pour lequel aucune trace de vos conversations n’est stockée sur des serveurs », s’enorgueillit Mark Zuckerberg.

Les discussions avec les bots peuvent aller au-delà du trivial ou des requêtes pour le travail. Beaucoup d’utilisateurs posent des questions très personnelles sur la gestion de leurs finances ou la santé (à consommer avec modération, tout de même). Durant la présentation de ChatGPT Health, OpenAI avait ainsi expliqué que la santé était un des usages les plus courants de son bot. On comprend dès lors que personne ne veuille partager ces informations avec un tiers, à plus forte raison s’il s’agit d’une entreprise dont le modèle économique repose quasi exclusivement sur l’attention et le ciblage publicitaire.

[MàJ] Elon Musk est débouté de ses poursuites contre OpenAI

18 mai 2026 à 18:49
Le divorce le plus cher de la tech
[MàJ] Elon Musk est débouté de ses poursuites contre OpenAI

C’est le procès du siècle (même si le siècle est encore jeune) : Elon Musk et OpenAI s’affrontent depuis trois semaines devant le jury d’un tribunal fédéral en Californie. Une bataille à plusieurs (centaines de) milliards de dollars qui mêle rivalités personnelles, gouvernance opaque et visions opposées du futur de l’intelligence artificielle. Ce premier acte se conclut le 18 mai par un échec pour Elon Musk, débouté de l’ensemble de ses poursuites pour prescription.

Dernière mise à jour, mardi 19 mai, 00h45 : au terme de trois semaines de procès, le jury du tribunal d’Oakland a finalement rejeté les différents griefs de la plainte formulée par Elon Musk, qui se voit donc débouté de l’ensemble de ses demandes. Ce n’est pas le fond de l’affaire qui motive cette décision, mais un élément de droit : le jury a considéré à l’unanimité que la plainte de Musk n’était pas recevable dans la mesure où les différentes accusations concernaient des actes couverts par le délai de prescription. Ce verdict de prescription (pas encore mis en ligne au moment de cette publication) a été confirmé par la juge qui présidait aux débats.

Elon Musk a réagi quelques heures après, sur X, maintenant ses allégations sur le fond et indiquant sa volonté d’interjeter appel :

« Concernant l’affaire OpenAI, le juge et le jury ne se sont jamais prononcés sur le fond, mais uniquement sur un vice de procédure. Pour quiconque suit l’affaire de près, il ne fait aucun doute qu’Altman et Brockman se sont enrichis en détournant des fonds d’une organisation caritative. La seule question qui demeure est : quand ? Je vais faire appel devant la Cour d’appel du neuvième circuit, car créer un précédent autorisant le pillage des organisations caritatives est extrêmement préjudiciable à la philanthropie aux États-Unis. OpenAI a été fondée pour le bien de l’humanité entière. »

L’affaire, dont vous pouvez retrouver ci-dessous les principaux enjeux, et les moments les plus intenses compilés jour après jour, aura eu le mérite de lever le voile sur la genèse et les coulisses de l’une des entreprises les plus en vue de la Silicon Valley.

Publication initiale, initiée le 5 mai et régulièrement mise à jour depuis :

Ces deux-là ne partiront pas en vacances ensemble. Elon Musk et Sam Altman, autrefois alliés (ils sont tous les deux dans la liste de la dizaine de cofondateurs d’OpenAI), se jettent la vaisselle virtuelle dans la tête sur les réseaux sociaux depuis des années. Une animosité qui a débouché sur une plainte du premier contre le second il y a deux ans. Le procès, qui s’est ouvert le lundi 27 avril, battra son plein pendant plusieurs semaines.

Yvonne Gonzalez Rogers préside aux débats. Nommée en 2011 par Barack Obama, elle est juge fédérale au tribunal de district du Nord de la Californie. Elle connait bien le petit milieu de la tech, puisqu’elle a arbitré plusieurs dossiers majeurs de la Silicon Valley, en particulier le retentissant procès entre Epic Games et Apple. Très au fait des problématiques technologiques, elle n’hésite jamais à recadrer un témoin, qu’il soit anonyme ou milliardaire.

Pourquoi Elon Musk a-t-il porté plainte contre OpenAI ?

Elon Musk a porté plainte [PDF] contre OpenAI, Sam Altman et Greg Brockman (deux cofondateurs d’OpenAI) ainsi que Microsoft en mars 2024. Des 26 chefs d’accusation avancés par le milliardaire à l’époque, seuls deux subsistent aujourd’hui : l’enrichissement injustifié d’OpenAI, et la violation d’une fiducie caritative.

La forme juridique d’OpenAI est au cœur de la poursuite : l’entreprise, créée en 2015, était à l’origine une organisation à but non lucratif, autrement dit son objectif n’était pas de réaliser des profits. « Cette action en justice vise à contraindre OpenAI à respecter l’accord fondateur et à revenir à sa mission de développer une AGI au bénéfice de l’humanité, et non pour servir les intérêts personnels des défendeurs individuels et de la plus grande entreprise technologique au monde », explique la plainte.

Ces dernières années, Sam Altman a milité ardemment pour que la structure embrasse un modèle à but purement lucratif. Elle a finalement basculé sur une gouvernance hybride, avec une entité commerciale transformée en PBC (Public Benefit Corporation, soit entreprise d’intérêt public) dans laquelle l’organisation à but non lucratif devient actionnaire (à 26 %) avec un droit de contrôle sur la gouvernance et la nomination du conseil d’administration. Microsoft demeure un partenaire de premier plan, et un actionnaire de poids (environ 27 %).

Elon Musk reproche à OpenAI de « maximiser les profits » pour Microsoft, investisseur principal de la startup, alors que la mission de l’entreprise est de garantir que l’intelligence artificielle générale (AGI), autrement dit une IA capable d’accomplir les mêmes tâches qu’un humain, profite à toute l’humanité. Ce qui signifie, entre autres, de publier ses découvertes en open source.

Le plaignant dénonce ainsi les modèles IA fermés d’OpenAI, à l’instar de GPT-4. Lancé en mars 2023, le modèle fait forte impression… mais il rompt aussi avec sa mission d’origine consistant à rendre ses technologies accessibles au public. Un choix du secret motivé principalement par des considérations commerciales, et non par des impératifs de sécurité, déplore la plainte.

Que vient faire Elon Musk dans cette histoire ?

Elon Musk est un des fondateurs d’OpenAI, aux côtés de Sam Altman, Greg Bockman (le président de l’entreprise), ou encore le chercheur Ilya Sutskever. Un total d’1 milliard de dollars est promis par les cofondateurs et leurs financiers, parmi lesquels AWS ou encore un certain Peter Thiel, toujours dans les bons coups. Fin 2021 cependant, le total des financements se montait à seulement 133 millions de dollars.

Elon Musk a injecté 38 millions de dollars dans la startup, de l’argent qui aurait servi des objectifs commerciaux allant à l’encontre de la mission de l’entreprise. « J’ai eu l’idée, trouvé le nom, recruté les personnes clés, leur ai appris tout ce que je sais et fourni l’ensemble du financement initial », a-t-il affirmé durant son témoignage. 

Il a démissionné du conseil d’administration d’OpenAI en 2018, en raison d’un conflit d’intérêt potentiel entre son rôle chez Tesla et le développement de technologies de conduite autonome.

Il a indiqué à la barre qu’il n’était pas complètement opposé à une petite activité commerciale, d’ailleurs une entité à but lucratif a été créée en 2019. Néanmoins, le plaignant estime qu’elle a pris toute la place : « On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre », a-t-il déclaré. 

À plusieurs reprises pendant son témoignage (et aussi sur X), Musk a accusé Altman et Brockman de s’être enrichis sur le dos de l’organisation à but non lucratif, tout en bénéficiant de l’image positive associée à ce type de structure. L’activité d’OpenAI a explosé fin 2022 avec le lancement de ChatGPT, tandis que Microsoft mettait 13 milliards de dollars sur la table.

Que veut Elon Musk ?

Elon Musk veut contraindre OpenAI à « adhérer [de nouveau] à l’accord fondateur et revenir à sa mission de développer une AGI au bénéfice de l’humanité ». Durant son témoignage au procès, le milliardaire a martelé qu’« on ne peut pas voler une organisation caritative ». Pendant son témoignage, il a demandé à la juge de considérer l’annulation de la restructuration d’OpenAI.

Il veut également qu’OpenAI et Microsoft restituent les gains indûment obtenus – selon lui – grâce à ses contributions initiales. Cela inclut l’augmentation de valeur d’OpenAI et les investissements de Microsoft. Selon l’expert cité dans la plainte, cela représente entre 65,5 et 109,4 milliards de dollars pour OpenAI, et de 13,3 à 25,1 milliards pour Microsoft. Soit potentiellement plus de 130 milliards de dollars dans la fourchette haute, que le plaignant propose de verser à l’entité à but non lucratif d’OpenAI.

Ce n’est pas tout, Elon Musk veut aussi le départ de Sam Altman et de Greg Brockman de leurs fonctions, des dommages-intérêts punitifs, ainsi que d’autres réparations financières durant le procès. Il reviendra au jury d’évaluer les montants pour chaque chef d’accusation.

Quelle est la réponse d’OpenAI ?

La plainte d’Elon Musk est considérée comme une « tentative infondée et motivée par la jalousie pour entraver un concurrent », a expliqué OpenAI sur les réseaux sociaux. « Nous sommes ici parce que M. Musk n’a pas obtenu ce qu’il voulait chez OpenAI », a poursuivi William Savitt, l’avocat d’OpenAI, lors de sa déclaration liminaire du procès.

« Mes clients ont eu l’audace de continuer et de réussir sans lui […] Ce n’est pas un fondement valable pour une action en justice ». Pour OpenAI, la plainte est infondée. Pire encore : Elon Musk n’aurait jamais exprimé l’idée que le labo IA devait rester une organisation strictement à but non lucratif. « Ni même qu’il pensait que cela devait être le cas », a affirmé la défense.

Elon Musk a créé xAI en 2023 pour participer à la course à l’IA générative. Désormais intégré dans SpaceX, le labo IA a été valorisé à hauteur de 250 milliards. Contre 852 milliards pour le rival de prétoire… Par un heureux hasard, SpaceX et OpenAI devraient se lancer en bourse cette année.

Sur quoi va déboucher cette bagarre de cour de récré ?

Bien malin qui saura le dire. Si le jury suit Elon Musk, OpenAI devrait revoir sa structure, impliquant une nouvelle et lourde restructuration de l’entreprise sans trop d’espoir de se lancer en Bourse. Un retour en arrière qui risquerait de fragiliser OpenAI et de lui faire perdre la course à l’IA.

À l’autre bout du spectre judiciaire, un rejet pur et simple de la plainte renforcerait la structure du modèle hybride d’OpenAI, et provoquerait un revers symbolique pour Elon Musk. Et il y a toutes les nuances entre ces deux extrêmes, d’un accord à l’amiable toujours possible à la reconnaissance de certains griefs émis par le milliardaire.

Le procès sera aussi l’occasion de découvrir les coulisses parfois crapuleuses d’une des startups les plus en vue, à quelques mois d’une introduction en bourse très attendue (si elle arrive).

Mardi 28 avril : où l’on apprend qu’Elon Musk est un spéciste pro-humain

Au premier jour de son témoignage, Elon Musk a voulu marteler sa position auprès du jury : « Ce n’est pas acceptable de détourner une organisation caritative ». C’est une cause qui le dépasse, assure-t-il, avant de mettre en garde : s’il devait perdre cette bataille, les États-Unis risqueraient de « perdre toutes leurs organisations caritatives. »

Un discours repris très vite par la juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui a expliqué aux jurés que le point de vue d’Elon Musk sur le sujet relevait d’une opinion n’ayant « aucune valeur légale ».

À la barre, le milliardaire a voulu se dépeindre comme altruiste. Une de ses motivations pour fonder et financer OpenAI était sa crainte de voir Google ne pas prendre suffisamment en compte la sécurité, alors que le géant du web s’engageait dans le développement de l’IA. Lors d’une rencontre avec Larry Page, cofondateur du moteur de recherche, la discussion a porté sur les risques que l’IA anéantisse l’humanité. Larry Page aurait alors répondu qu’un tel scénario serait « acceptable » tant que l’IA survivait.

Le commentaire, jugé « délirant » par Elon Musk, aurait valu à ce dernier le qualificatif de « spéciste pro-humain » par Page. Cette discussion aurait donc poussé Musk à créer une entreprise IA pour faire contrepoids aux projets de Google. Les deux hommes ne se parlent plus depuis le débauchage d’Ilya Sutskever par Musk. Ce chercheur IA de Google a aidé à la création d’OpenAI.

William Savitt, l’avocat d’OpenAI, a dépeint un Elon Musk un peu différent et pas réellement intéressé par la startup. Ce dernier venait « une fois de temps en temps » pour donner un conseil et, à l’occasion, « hurlait sur les gens parce qu’ils n’allaient pas assez vite ». Il a également montré que les donations des autres financiers de la jeune startup dépassaient très largement ceux d’Elon Musk.

Quant à la promesse selon laquelle OpenAI resterait une organisation à but non lucratif, le patron de Tesla aurait pris des vessies pour des lanternes. « La seule personne qui affirme avoir entendu ces promesses est M. Musk lui-même », décoche-t-il.

Mercredi 29 avril : où l’on apprend que Tesla aurait pu avaler OpenAI

Elon Musk a caressé un temps la possibilité d’intégrer OpenAI dans Tesla, d’après un courriel glissé dans le dossier de l’affaire. C’était du moins une proposition faite aux fondateurs de la startup IA. 

William Savitt, l’avocat d’OpenAI, en a profité pour corriger le milliardaire qui avait affirmé à la barre que Tesla ne cherchait pas à développer l’intelligence artificielle générale (AGI) : un de ses tweets remontant au mois de mars indique tout le contraire… « Tesla sera l’une des entreprises à créer une intelligence artificielle générale (AGI), et probablement la première à y parvenir sous une forme humanoïde ou capable de manipuler la matière », affirme le message sans équivoque.

Elon Musk a créé xAI en 2023, et même si cette nouvelle entreprise est sur le même secteur qu’OpenAI, il a tenu à en minimiser l’importance. « À ce stade, elle est techniquement concurrente, mais beaucoup plus petite qu’OpenAI », a-t-il indiqué face à son avocat.

Jeudi 30 avril : où l’on apprend qu’Elon Musk voulait transformer OpenAI en société à but lucratif

Jared Birchall, un des plus fidèles collaborateurs d’Elon Musk, est passé à la barre. William Savitt, l’avocat d’OpenAI, l’a interrogé sur un dépôt de documents visant à créer pour OpenAI une société commerciale à mission (« for-profit benefit corporation », PBC) en 2017, sous la direction d’Elon Musk.

C’est un moyen pour la défense de démontrer au jury le double langage de Musk : d’un côté il veut défendre le statut d’organisation caritative d’OpenAI, mais de l’autre il imaginait une structure permettant de réaliser des profits, même si l’entreprise demeurait guidée par une mission plus large d’intérêt public.

Le milliardaire avait cependant botté en touche un peu plus tôt durant le procès. Il a confirmé que ces documents avaient été déposés « au cas où ils seraient nécessaires ». Ça n’a finalement pas été utile. En 2025, OpenAI a bien changé de structure : l’ancienne filiale à but lucratif a été transformée en PBC, mais elle reste contrôlée par OpenAI Foundation, une organisation à but non lucratif.

Autre sujet plus technique abordé ce jour : la distillation. Cette technique d’apprentissage entraîne un modèle plus petit à imiter les réponses d’un modèle plus puissant. Au lieu d’entraîner un modèle uniquement avec des données brutes, il pose des questions à un modèle existant, puis le labo IA utilise les réponses obtenues comme matière d’entraînement.

Les modèles « distillés » de la sorte sont moins coûteux à faire tourner tout en se montrant capables d’atteindre des performances proches des modèles plus avancés. Les entreprises IA états-uniennes reprochent régulièrement à leurs homologues chinoises d’user et d’abuser cette technique pour accélérer le développement de leurs modèles à peu de frais.

Il se trouve que xAI y a eu recours en s’appuyant sur les modèles d’OpenAI, notamment pour entraîner le bot Grok. Elon Musk l’a admis pendant le procès (« oui »), tout en essayant de le nuancer (« en partie ».) Ça n’a rien de très surprenant, sachant que xAI est parti avec des années de retard sur OpenAI. Si le processus de distillation n’est pas explicitement illégal, il peut enfreindre les conditions d’utilisation.

Lundi 4 mai : où l’on apprend qu’Elon Musk a voulu s’arranger à l’amiable deux jours avant le procès

Dans un document déposé dimanche 3 mai, on apprend qu’Elon Musk a envoyé un message texte au président d’OpenAI, Greg Brockman, pour évaluer son intérêt concernant un arrangement à l’amiable. Un message envoyé deux jours avant l’ouverture du procès. Brockman lui a alors proposé que chaque partie laisse tomber ses revendications respectives, ce qui n’a pas semblé satisfaire Musk. 

Ce dernier a ainsi rétorqué : « D’ici la fin de la semaine [dernière, ndlr], toi et Sam serez les hommes les plus détestés d’Amérique. Si vous insistez, ainsi soit-il ». Ça n’est visiblement pas arrivé, mais le procès est loin d’être terminé ! Les avocats d’OpenAI estiment que cette initiative d’Elon Musk « tend à établir l’existence d’un mobile et d’un biais, et en particulier que [sa] motivation […] est d’attaquer un concurrent et ses dirigeants ».

Mardi 5 mai : où l’on apprend que le président d’OpenAI voulait un milliard de dollars

Greg Brockman, le président d’OpenAI, tenait un journal pour noter ses pensées, et comme dans tout journal personnel, les réflexions s’entrechoquent et parfois, se contredisent. Durant son témoignage à la barre, il a dû s’expliquer sur la teneur de certaines entrées qui donnent du poids aux allégations d’enrichissement personnel.

En 2017, il écrivait ainsi : « Financièrement, qu’est-ce qui me permettrait d’atteindre le milliard de dollars ?» Une entrée couchée sur le papier à la même époque de l’ultimatum de Musk : soit il prenait le contrôle d’une branche à but lucratif, soit l’organisation restait une association à but non lucratif. Dans son journal, Brockman évoquait aussi l’idée de transformer OpenAI en entreprise commerciale, en écrivant notamment que « gagner de l’argent pour nous semble formidable ».

Steven Molo, l’avocat d’Elon Musk, a demandé à Brockman si sa principale motivation était de devenir milliardaire, plutôt que de financer l’organisation à but non lucratif. Il l’a même comparé à un moment à un « braqueur de banque »… Le dirigeant a affirmé que la mission d’OpenAI (« servir l’humanité ») a toujours été sa motivation principale. Une compensation « juste » pour son travail en tant que fondateur était bien une considération, mais elle était secondaire.

Malgré tout, la participation de Greg Brockman dans OpenAI est aujourd’hui estimée à 30 milliards de dollars — il est donc bel et bien devenu milliardaire ! Et il n’a pas l’intention de « rendre » 29 de ces milliards à l’organisation caritative d’OpenAI, en expliquant avoir reçu cette participation avant l’explosion de la valorisation de l’entreprise. Il a également souligné avoir contribué à la construction de l’organisation à but non lucratif « la mieux financée du monde ».

Ailleurs dans son journal, le président d’OpenAI écrit qu’il serait « mal » de voler à Elon Musk l’organisation à but non lucratif, « ce serait moralement condamnable ». « Je ne vois pas comment nous pourrions transformer ça en entreprise à but lucratif sans une très sale bataille » si Musk en était écarté, indique-t-il aussi. On est là au cœur du procès.

À la barre, Brockman a tenu à recontextualiser ses propos. Ses réflexions concernaient uniquement le scénario dans lequel Musk aurait été évincé du conseil d’administration d’OpenAI par un vote, ce qui n’est jamais arrivé puisque le patron de Tesla a décidé de quitter la startup de son propre chef, en 2018. Il a également rappelé que l’immense majorité de la valeur actuelle d’OpenAI a été créée après le départ de Musk.

Greg Brockman doute aussi des capacités d’Elon Musk dans le domaine de l’IA générative. Lors de la présentation d’un prototype de ChatGPT, il n’aurait pas su reconnaitre l’importance du chatbot à tel point que l’ingénieur venu faire la démonstration a failli quitter le secteur de l’IA ! Brockman convient que Musk possède une expertise dans les fusées et les voitures électriques, mais « il ne connaissait pas l’IA, et je pense qu’il ne la connait toujours pas ».

Mercredi 6 mai : où l’on apprend que Sam Altman prend des arrangements avec la vérité

Sam Altman est-il franc du collier ? La question a été débattue (certes pas dans ces termes exacts…) durant le procès opposant Elon Musk au CEO d’OpenAI. Mira Murati, l’ancienne directrice technique de la startup, a témoigné en vidéo et sous serment que Sam Altman lui avait menti au sujet de la sûreté d’un modèle IA. Le service juridique de l’entreprise avait déterminé qu’il n’était pas nécessaire de faire examiner ce modèle par le comité en charge de la sécurité, aurait affirmé le patron d’OpenAI.

Mira Murati a déclaré dans sa déposition que Sam Altman n’avait pas dit la vérité sur ce dossier. Elle a voulu en avoir le cœur net auprès du directeur juridique Jason Kwon, qui est depuis devenu directeur de la stratégie : « J’ai confirmé que ce que disait Jason et ce que disait Sam n’étaient pas la même chose. ». Le modèle en question a fini par passer sous la loupe du comité de sécurité, sur sa demande.

« Je demandais à Sam de diriger, de le faire avec clarté, et de ne pas saboter ma capacité à faire mon travail », a-t-elle expliqué. Murati n’est pas la première à pointer du doigt les contradictions et les zones grises de Sam Altman ; plusieurs témoignages ont déjà dépeint le rapport très particulier avec la vérité du fondateur et directeur général d’OpenAI.

Le conseil d’administration d’OpenAI lui-même n’était pas convaincu par la sincérité de Sam Altman : c’est une des raisons pour lesquelles il a été éjecté de son poste fin 2023, remplacé par… Mira Murati. Qui a pourtant signé une pétition réclamant le retour du patron viré aux commandes de l’entreprise, la seule manière de « stabiliser » OpenAI, rapporte-elle.

Shivon Zilis, ancienne membre du conseil d’administration d’OpenAI, est aussi passée à la barre : de 2017 à 2023, elle a participé aux discussions sur les différentes formes que pouvait prendre OpenAI. Son témoignage était d’autant plus important qu’elle est aussi la compagne d’Elon Musk, et la mère de quatre de ses enfants (il en a douze en tout).

Zilis a quitté le board en 2023 après la création de xAI. Il n’était « pas approprié » de rester en poste alors que le milliardaire lançait une entreprise concurrente et recrutait chez OpenAI, a-t-elle expliqué. « Quand le père de vos enfants lance un projet concurrent et commence à recruter chez OpenAI, il n’y a plus rien à faire », a-t-elle écrit à l’époque dans un message cité au tribunal. Elle a affirmé que sa relation avec Musk n’avait pas influencé son travail au conseil d’administration : « [j’avais] une allégeance au meilleur résultat possible : une IA au service de l’humanité ».

La question d’un rapprochement avec Tesla s’est posée au début de l’aventure OpenAI afin de créer un labo de recherche sur l’AGI. Ça n’a évidemment débouché sur rien. En décembre 2017, Greg Brockman et Ilya Sutskever ont repoussé la proposition, selon Zilis. Elle a regretté que ces deux fondateurs n’aient pas voulu d’une telle opération : « Ils ne voyaient pas l’intérêt stratégique qu’il y avait à intégrer cette technologie dans Tesla […] Ils ne sont pas dans une logique de calculs ».

Dans le cadre de la transformation d’OpenAI en labo IA de Tesla, Elon Musk avait envisagé de proposer à Sam Altman un poste au conseil d’administration du constructeur automobile. Des échanges internes versés au dossier confirment que le milliardaire avait l’intention de faire entrer Altman dans l’orbite de Tesla ; plusieurs scénarios ont été envisagés, dont ce poste au board, ainsi qu’un rôle de directeur du labo interne.

Interrogée par les avocats d’OpenAI, Shivon Zilis a dit ne pas se souvenir de conditions imposées par Musk concernant les dons à l’organisation, ou encore de documents garantissant qu’OpenAI resterait à but non lucratif ou open source — une déclaration qui infirme les accusations d’Elon Musk. Elle a également estimé qu’un courriel de Sam Altman, dans lequel il disait son enthousiasme pour une structure à but non lucratif, ne constituait pas une promesse formelle.

Lundi 11 mai : où l’on apprend que Microsoft ne veut pas devenir IBM

Le témoignage ce lundi de Satya Nadella était particulièrement attendu. Le CEO de Microsoft a expliqué les liens entre son entreprise et OpenAI, qui vont bien au-delà du simple soutien à une startup : l’éditeur de Windows a investi 1 milliard de dollars en 2019, puis 2 milliards en 2021, et enfin 10 milliards en 2023. Beaucoup d’argent donc, ce qui a contribué à la transformation d’OpenAI en mastodonte du secteur, valorisé à 850 milliards de dollars.

Interrogé par Steven Molo, l’avocat d’Elon Musk, le dirigeant a convenu que l’investissement de Microsoft avait été une très bonne affaire. Mais « parce que nous avons été les seuls à prendre le risque ». Les relations avec OpenAI ont été tumultueuses, avant d’aboutir à un accord qui donne à Microsoft 27 % du capital de la startup. Une participation estimée à un peu plus de 200 milliards de dollars aujourd’hui.

Le directeur général de Microsoft a affirmé à la barre qu’Elon Musk n’a jamais évoqué ses préoccupations concernant l’investissement du géant logiciel dans OpenAI, qui aurait pu être en infraction avec des engagements caritatifs de la startup. Elon Musk a expliqué la semaine dernière que les 10 milliards mis sur la table par Microsoft en 2023 ont constitué le point de bascule : l’ampleur de la somme le préoccupait, « j’étais inquiet à l’idée qu’ils essaient en réalité de détourner l’organisation à but non lucratif ».

Pour Nadella, ces investissements successifs n’ont jamais été interprétés comme des dons. Dès le départ de la relation entre les deux entreprises, il était clair dans son esprit qu’il s’agissait d’un partenariat marketing puis franchement commercial.

Dès 2016, Microsoft avait proposé à OpenAI un accès à ses capacités de calcul à prix cassé. Mais en 2018, alors que les factures commençaient à s’empiler, « nous n’étions plus à l’aise avec l’idée de considérer cela comme une dépense marketing », a expliqué Nadella. C’est à cette époque que la relation entre Microsoft et OpenAI est devenue plus sérieuse.

En 2022, avant ce fameux investissement de 10 milliards, Satya Nadella a demandé aux dirigeants de Microsoft des solutions pour « poursuivre le partenariat » d’une façon qui soit favorable à l’éditeur. « Je ne veux pas que Microsoft soit IBM et qu’OpenAI devienne Microsoft », écrivait le dirigeant dans son courriel. En 1980, IBM signait un accord non exclusif pour distribuer DOS sur ses PC ; Microsoft a pu commercialiser en parallèle son système d’exploitation à de nombreux autres constructeurs, ce qui lui a permis de devenir le pivot logiciel du marché de l’ordinateur personnel.

Au bout du compte, Microsoft est devenue bien plus importante qu’IBM. Et Nadella ne voulait pas que l’histoire se répète à front renversé.

Satya Nadella est revenu sur le congédiement surprise de Sam Altman en novembre 2023, avant qu’il retrouve son poste quelques jours plus tard. « De l’amateurisme total », a cinglé le patron de Microsoft en parlant du conseil d’administration d’OpenAI à l’origine de ce pataquès.

Le board avait justifié l’éviction de Sam Altman par son manque de transparence, ce qui peut constituer un motif valable de licenciement d’un directeur général, mais « cela ne suffisait pas, parce qu’il s’agit du directeur général d’une entreprise dans laquelle nous avons investi et avec laquelle nous entretenons un partenariat très étroit. J’estimais donc qu’ils auraient dû m’expliquer quels étaient les incidents ou les éléments précis derrière cette décision ».

Le CEO de Microsoft tenait à avoir l’heure juste, mais « chaque fois que je demandais précisément pourquoi Sam avait été licencié, [le conseil] ne me donnait jamais de réponse claire ».

De l’amateurisme chez le conseil d’administration, c’est aussi ce qui ressort du témoignage d’Ilya Sutskever, transfuge de Google et cofondateur d’OpenAI. Membre du board en 2023, il s’interrogeait aussi sur le comportement d’Altman. « Le processus [d’éviction] semblait précipité. Ce groupe d’administrateurs n’était pas très expérimenté dans ce genre de situation… et ils ont également reçu des conseils juridiques qui n’étaient pas très bons. »

Ilya Sutskever a aussi dit son peu d’enthousiasme concernant l’hypothèse d’un rapprochement avec Anthropic, ce qui aurait « tué un rêve », a-t-il indiqué. Le chercheur a finalement aidé au retour de Sam Altman aux commandes, avant de quitter OpenAI en 2024. Sa participation personnelle se monte à 7 milliards de dollars.

Mardi 12 mai : où l’on apprend que Sam Altman voulait devenir gouverneur de Californie

Le témoignage le plus attendu de cette semaine de procès était celui de Sam Altman. Le contre-interrogatoire mené par Steven Molo, l’avocat d’Elon Musk, a été l’occasion d’une passe d’armes visant à dépeindre le cofondateur et directeur général d’OpenAI comme un menteur. « Êtes-vous totalement digne de confiance ? », a-t-il demandé de but en blanc.

« Je le pense », a répondu Altman, ce à quoi l’avocat a répliqué : « Vous ne savez pas si vous êtes totalement digne de confiance ? ». Dos au mur, le dirigeant a alors déclaré : « Je vais simplement modifier ma réponse en oui. ». Il a ajouté : « Je pense être un dirigeant honnête et digne de confiance ». L’enjeu est d’importance, car la duplicité supposée de Sam Altman est au cœur de la plainte d’Elon Musk.

En 2022, Elon Musk a écrit à Sam Altman suite à la publication d’un article du New Yorker annonçant l’intention de Microsoft d’injecter 10 milliards de dollars dans OpenAI. Le patron de Tesla laissait entendre que son argent investi dans la startup (38 millions de dollars en tout) s’était transformé en jackpot financier : il avait en effet permis d’attirer les milliards de Microsoft. « [Elon Musk] dit en substance que vous avez détourné une œuvre caritative, n’est-ce pas ? », a lancé Molo. « Ce n’est pas ce qu’il me semble dire », a répondu Altman.

Plus tard dans l’échange entre les deux dirigeants, un Altman manifestement gêné aux entournures (« Je suis d’accord, ça donne une mauvaise impression ») a proposé à Musk des parts dans OpenAI, ce que l’avocat traduit par un pot-de-vin. « Je rejette totalement cette interprétation », a affirmé Altman à la barre.

Sam Altman a aussi expliqué aux jurés comment Elon Musk avait demandé le « contrôle total » d’OpenAI à l’époque où il faisait encore partie de la direction de l’entreprise, « un moment particulièrement éprouvant ». Altman lui a alors posé une question : « Si tu as le contrôle, que se passe-t-il à ta mort ? ». Ce à quoi Musk a répondu qu’il n’y avait pas vraiment réfléchi, mais « peut-être que le contrôle pourrait simplement être transmis à mes enfants ». Une réponse qui a mis Altman mal à l’aise.

Ce dernier ne voulait pas qu’une seule personne puisse contrôler OpenAI. « L’une des raisons pour lesquelles nous avons créé OpenAI était précisément parce que nous pensions qu’une AGI ne devrait pas être sous le contrôle d’une seule personne, quelles que soient ses bonnes intentions », a-t-il expliqué à la barre. Elon Musk avait aussi assuré qu’il « abandonnerait ce contrôle plus tard », mais Altman n’y croyait pas — l’idée de « léguer » OpenAI à sa progéniture donnait effectivement peu d’espoir sur un lâcher prise.

« J’ai appris que, surtout lorsqu’une entreprise allait bien, les fondateurs ou les personnes qui détenaient le contrôle n’y renonçaient généralement pas », a témoigné Altman, ajoutant qu’« ils pouvaient conserver ce contrôle pour toujours ». Et lorsque Musk a avancé l’idée d’une intégration dans Tesla, Sam Altman s’est montré suspicieux : Tesla est un constructeur automobile, « qui n’a pas la mission d’OpenAI ».

Elon Musk tentait de débaucher des employés d’OpenAI pour renforcer les équipes de Tesla en charge de l’IA. « Ça m’agaçait », a indiqué Sam Altman devant le jury. Le milliardaire a quitté le conseil d’administration d’OpenAI début 2018. Au grand soulagement des équipes, visiblement : le style de management d’Elon Musk était mal vécu en interne, c’était « mauvais pour le moral » des troupes, a expliqué Altman.

Sur un registre plus léger, Sam Altman a également expliqué avoir caressé l’idée de se présenter aux élections pour devenir gouverneur de l’État de Californie ! Dans un courriel remontant à septembre 2017, il fait part de ses « objectifs politiques » qui étaient effectivement de se présenter au poste de gouverneur. Ça n’est jamais allé plus loin.

Dernière mise à jour, 13/05 à 16h00. Publication initiale le 5/05

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