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Trump enrôle le secteur privé pour les missions de cybersécurité des États-Unis

13 août 2026 à 12:01
Le club des cyber-flibustiers
Trump enrôle le secteur privé pour les missions de cybersécurité des États-Unis

Via un mémo officiel, Donald Trump change la politique de cybersécurité de son pays. Il autorise, sous contrôle de l’État fédéral américain, des entreprises préalablement listées à mener des cyberattaques contre des « organisations criminelles transnationales ».

Jusque-là, aux États-Unis, ce sont les agences gouvernementales fédérales qui menaient les missions de cybersécurité du pays. Mais, dans un mémo officiel, Donald Trump vient d’enclencher une nouvelle doctrine qui implique beaucoup plus facilement les acteurs privés du secteur. C’est un changement important qui était attendu depuis des années par le lobby de la cybersécurité américain. Ce dernier plaidait pour la relance des anciennes « lettres de marque » mises au gout du jour « cyber ».

Dans le mémo publié par la Maison-Blanche ce mercredi 12 aout, Donald Trump demande au National Coordination Center (NCC) du Département de la Sécurité intérieure des États-Unis de « mettre en place, gérer et d’assurer le suivi d’un programme visant à autoriser les entreprises participantes » à mener des opérations de cyber-surveillance mais aussi des opérations d’attaques (« Cyber Effects Operation », en anglais) contre des « organisations criminelles transnationales étrangères opérant sur Internet (CE-TCO), « sous le contrôle et la supervision du gouvernement fédéral ».

Des opérations de contre-attaques comme celles autorisées en mer par les « lettres de marque »

Le texte d’explication du mémo publié par la Maison-Blanche cite comme cibles les organisations étrangères aux États-Unis qui mettent en place des attaques par ransomware, des campagnes de phishing, des fraudes financières, du chantage sexuel et des escroqueries par usurpation d’identité sur internet.

Dans son mémo, Donald Trump parle de « Cyber Effects Operation » et en donne une définition permettant aux entreprises autorisées à mener des opérations « de manipulation, de perturbation, de déni d’accès, de dégradation ou de destruction de systèmes d’information, de réseaux, d’infrastructures physiques ou virtuelles contrôlées par des systèmes d’information, ou des informations qui y sont stockées ». Nous ne sommes plus ici dans la simple défense mais dans des opérations d’attaques.

L’entourage de Donald Trump préparait ce changement depuis quelque temps. Comme nos confrères de Bloomberg le soulignaient en décembre dernier, cette nouvelle politique ouvre « de nouvelles perspectives commerciales lucratives aux entreprises qui, traditionnellement, ont conclu des contrats avec l’État dans le cadre de stratégies défensives plutôt que de mesures offensives », même si elles seront exposées à de nouveaux risques et notamment à celui d’être plus rapidement la cible de cyberattaques.

Depuis plusieurs années, le lobby de la cybersécurité américain pousse (ici ou là, par exemple) à la mise en place de ce qu’il appelle des « lettres de marque cyber », adaptant à Internet le concept de « lettre de marque », existant dans la constitution américaine, qui permet aux navires privés de contre-attaquer dans les eaux internationales. Le concept a été repris récemment par le sénateur républicain qui a proposé une loi le 15 juillet dernier pour « autoriser le président des États-Unis à délivrer des lettres de marque et de représailles dans le domaine cybernétique, ainsi qu’à d’autres fins ».

Les budgets des agences en berne

Du côté des agences fédérales états-uniennes et de l’armée, l’argument est notamment de sous-traiter ces tâches de cybersécurité pour se concentrer sur leurs missions primaires. Surtout, que l’administration Trump a attaqué leur budget en matière de cybersécurité.

« Alors que nos adversaires gagnent du terrain grâce à l’IA, la posture cyberfédérale a été affaiblie », déclarait le premier directeur de la CISA, Chris Krebs (nommé par Donald Trump avant d’être mis sur la touche par le même pour avoir nié le piratage des élections de 2020). « La stratégie manque de clarté, les effectifs sont en baisse et les capacités ont été considérablement réduites », estimait-il avant d’ajouter : « Que cela nous plaise ou non, nous ne sommes pas aussi forts aujourd’hui que nous devrions l’être ».

Ce changement de doctrine arrive aussi quelques mois après les annonces d’Anthropic concernant Mythos et la polémique entre Trump et Anthropic sur l’usage militaire de l’IA allant jusqu’à la désignation de l’entreprise de Dario Amodei comme « fournisseur à risque pour la sécurité nationale », même si finalement le Pentagone continue à utiliser Mythos.

Reçu — 6 août 2026 ⏭ Next - Articles gratuits

[Màj] Après 5 mois de pause, Grokipedia bouge à nouveau

1 octobre 2026 à 08:24
Les IA peuvent aussi s'arrêter de produire
[Màj] Après 5 mois de pause, Grokipedia bouge à nouveau

Aucune des pages du projet d’encyclopédie lancé par Elon Musk fin octobre 2025 n’a été modifiée par du contenu généré par IA depuis avril. Aucune édition proposée par des humains n’a été prise en compte non plus.

Mise à jour le 1er octobre 2026 : Finalement, après 5 mois de pause, Grokipedia a été réactivée ce 30 septembre comme l’annonce le compte X du projet. Le projet, en version 0.3, est maintenant présenté avec un nouveau design et un nouveau logo. On peut constater que de nombreuses éditions sont finalement validées sur la page qui les liste. Le compteur du nombre d’articles dans l’encyclopédie reste cependant bloqué à 6 092 140, chiffre qui n’a pas bougé depuis la publication originelle de cet article datée du 6 août 2026.


Article originel publié le 6 août 2026 :

En janvier dernier, Elon Musk twittait : « Grokipedia connaît une croissance fulgurante. Elle dépassera largement Wikipédia cette année ». Le projet affichait alors plus d’1,8 million d’entrées et un peu plus de 76 000 éditions approuvées par Grok, le système d’IA générative auquel l’encyclopédie est adossée.

Pas de modifications humaines approuvées depuis fin avril

Depuis, le projet raciste et désinformateur a encore grossi puisque la page d’accueil affiche actuellement un nombre de 6 092 140 articles. Mais là où elle listait les modifications en direct, cette page affiche maintenant le message « aucune modification en direct n’est disponible pour le moment ». Et, selon le média Lawfare, aucune modification n’a été approuvée depuis le 24 avril dernier, que ce soit pour des pages au sujet populaire ou obscur.

Ainsi, les journalistes de Lawfare ont repéré 12 modifications approuvées de la page concernant ChatGPT ce 24 avril. Mais toutes les modifications soumises pour cette page en mai, juin et juillet sont restées « en cours d’examen ».

« Ce schéma se retrouve quel que soit le sujet ou le niveau de fréquentation », expliquent-ils. Les utilisateurs peuvent toujours suggérer des modifications. Mais Lawfare a analysé 34 519 entrées de l’encyclopédie avec au moins une suggestion de modification. Et le média a constaté que les 225 496 modifications recommandées que cela représente sur les trois derniers mois n’ont ni été acceptées ni été rejetées.

Après approbation, le processus de Grokipedia prévoit une phase d’implémentation des modifications. Celle-ci a cessé un mois avant : depuis le 22 mars, Lawfare n’a trouvé aucune implémentation de modifications validées.

Le dernier message d’Elon Musk sur X à propos de son projet d’encyclopédie remonte au 22 février dernier. Il y annonçait la mise en place d’un système de notes de communautés comme celui de son réseau social, « afin de permettre aux utilisateurs d’apporter des modifications précises », mais le projet semble aussi en pause.

Plus de modification par Grok non plus

Selon nos confrères, l’encyclopédie n’est plus éditée non plus automatiquement par l’IA de xAI. Pourtant, en février, le chercheur en datajournalisme du Tow Center for Digital Journalism, C.J. Robinson, montrait, données à l’appui, que les modifications proposées par Grok dépassaient celles soumises par des utilisateurs humains, « représentant plus des trois quarts des suggestions ».

Mais en comparant ces données à l’état actuel de Grokipedia, Lawfare a constaté un autre problème : « un grand nombre de modifications qui figuraient auparavant dans la liste des « acceptées » apparaissent désormais comme « rejetées » ». Selon eux, une modification massive semble avoir eu lieu le 14 mars.

Mais le système de Grokipedia semble incohérent. Sur la page consacrée à l’actrice Prunella Scales, par exemple, 10 modifications faites lors de la semaine de lancement sont « approuvées » dans les archives de C.J. Robinson mais sont maintenant labellisées comme « rejetées », même si l’article les prend toujours en compte.

Wikipédia toujours très active mais avec des tensions dans la fondation

Pendant ce temps-là, un site nommé Babel recense en quasi-direct (avec 3 minutes de retard) les éditions des entrées dans Wikipedia en reconstruisant la tour légendaire du même nom, montrant que celle-ci est toujours aussi active. Dans un autre style, Listen to Wikipedia propose une visualisation et sonorisation en quasi-direct de ces éditions.

Pourtant, tout n’est pas rose dans l’univers de l’encyclopédie collaborative. Comme le relate l’infolettre d’août de la communauté francophone du projet, « alors que plus de 70 % des employés américains de la Fondation Wikimédia (WMF) ont exprimé leur volonté de se syndiquer, la direction de la WMF a refusé fin juillet de reconnaître volontairement le syndicat Wiki Workers United (WWU), préférant recourir à un processus plus long et complexe » :

« La branche américaine du WWU dénonce une obstruction antisyndicale. Le recours par la WMF à un cabinet d’avocats connu pour ses stratégies antisyndicales a conduit des contributeurs bénévoles à appeler ouvertement à la démission de la directrice de la WMF Bernadette Meehan, dont les réponses lors de la Wikimania 2026 n’avaient pas convaincu. »

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