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Objectifs climatiques ou IA ? Pour le lobby des data centers, l’Europe doit choisir

22 juin 2026 à 16:00
Askip, there is no alternative
Objectifs climatiques ou IA ? Pour le lobby des data centers, l’Europe doit choisir

D’après le président du principal lobby européen des centres de données, qui représente aussi des acteurs numériques venus des États-Unis, l’Union européenne doit renoncer à ses objectifs climatiques si elle veut rester dans la course à l’IA.

À quelques jours de la vague de canicule historique qui sévit actuellement en Europe, le président de l’association européenne des centres de données a formulé une alerte tout à fait intéressante : soit l’Europe met l’accent sur le développement de l’intelligence artificielle, ce qui ne peut selon lui se faire qu’en recourant à de l’énergie carbonée, soit elle priorise ses objectifs climatiques.

C’est, du moins, les propos de Lex Coors auprès de Politico. Le contexte ? Dans le cadre de son plan d’action pour une IA continentale, la Commission européenne veut tripler les capacités rendues disponibles par l’industrie des centres de données d’ici 2032. Or, pour le président du principal lobby européen de cette industrie, qui représente aussi des géants états-uniens comme Microsoft, Google ou Amazon, ce plan est irréalisable si l’Union ne se repose que sur son énergie nucléaire ou renouvelable.

Entre centres de données et objectifs climatiques, il faudrait choisir

Si la France produit de l’énergie en excédent, cela ne signifie ni que c’est le cas de ses voisins, ni que le réseau permet pour autant d’encaisser les pics que lui demande l’installation de nouveaux data centers. Pour faire face à la demande impressionnante de ces usines de données, une possibilité consiste donc à lancer des projets permettant de les approvisionner directement en énergie.

Or, d’après Lex Coors, toutes les tentatives à l’étude en matière d’alimentation renouvelable ou nucléaire sont trop lentes. Si l’Union européenne veut réellement rester dans la course à l’IA, il appelle à « ouvrir la conversation » sur le recours à des énergies fossiles – des sources énergétiques auxquelles les géants de la tech font déjà largement recours, notamment sur le territoire états-unien.

Ce faisant, il met les pieds dans le sujet sur lequel le Think tank Shift Project alertait dès le mois d’octobre 2025 : menée sans discernement, la politique de l’IA pourrait empêcher l’Union européenne d’atteindre ses objectifs climatiques.

Plus largement, scientifiques et groupes de la société civile spécialisés dans les questions climatiques rappellent régulièrement le rôle des énergies fossiles dans le bouleversement climatique à l’échelle mondiale, et dans la vulnérabilité aux crises énergétiques à l’échelle européenne.

Pression à la souveraineté

Cette opposition entre course à l’IA et enjeux climatiques qui semble ne souffrir aucune alternative est par ailleurs formulée dans un contexte de forte pression à ce que l’Union européenne trouve une manière de renforcer sa souveraineté dans le domaine numérique en général, dans celui de l’IA en particulier.

Mi-juin, un think tank bruxellois publiait par exemple Europe 2031, une « expérience de pensée » qui venait alimenter l’idée selon laquelle l’Union européenne devrait nécessairement se lancer dans la course à l’IA sous des modalités proches de celles observées aux États-Unis ou en Chine, faute de quoi elle se verrait rapidement rayée de la carte économique mondiale. Le lendemain, Donald Trump obligeait Anthropic à fermer l’accès aux modèles Fable 5 et Mythos 5 aux pays étrangers.

Pour autant, alors que les émissions de CO₂ des centres de données français s’envolent déjà, le commissaire européen à l’Énergie Dan Jørgensen indique que les data centers sont les bienvenus sur le territoire dans la mesure où ils participent à la transition énergétique – c’est-à-dire en finançant le déploiement d’énergie renouvelable et en recyclant leurs émissions de chaleur. L’Union travaille par ailleurs à des standards minimum en termes d’efficacité énergétique qu’elle pourrait imposer aux data centers à venir.

☕️ Cybersécurité : les Five Eyes sonnent l’alerte sur les modèles IA les plus avancés

22 juin 2026 à 15:37


Les agences de cybersécurité des Five Eyes n’ont pas l’habitude de communiquer publiquement, mais elles ont fait une exception. Nous ne serions qu’à quelques mois d’un modèle IA de frontière capable de démultiplier les capacités des attaquants comme des défenseurs.

L’alliance Five Eyes, composée des agences de renseignement des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, préfère travailler dans la discrétion. Mais exceptionnellement, elle a publié un communiqué sur les dangers que font peser les modèles IA de frontière.

Illustration : Flock

« Les modèles d’IA les plus avancés devraient dépasser les attentes actuelles du secteur et transformer en profondeur les capacités offensives comme défensives dans le cyberespace », écrivent-elles dans une déclaration reprise par The Guardian. « L’horizon n’est pas de plusieurs années, mais de quelques mois. » Et ces modèles posent des risques qui « ne peuvent plus être considérés comme une question purement technique », préviennent-elles.

Ces modèles constituent désormais « un risque stratégique pour les entreprises et une responsabilité directe des dirigeants. Une mobilisation de l’ensemble des organisations et de la société est nécessaire ». En résumé, selon les Five Eyes, les avancées de l’IA vont faciliter l’accès à des capacités offensives pour les acteurs malveillants, tout en rendant les cyberattaques plus rapides et plus sophistiquées.

L’avertissement ne tombe pas au hasard : mi-juin, le gouvernement américain interdisait à Anthropic de donner accès à ses modèles les plus performants – Fable 5 et Mythos 5 – à « tout ressortissant étranger, qu’il soit à l’intérieur ou à l’extérieur des États-Unis ». L’entreprise a préféré couper le robinet à l’ensemble de ses clients.

Le communiqué n’est pas sans rappeler le discours d’Anthropic qui, depuis la présentation de Mythos, multiplie les déclarations catastrophistes sur les possibilités de ces modèles très performants. Une manière pour le labo IA de faire sa promo, mais au vu des premiers résultats obtenus via le projet Glasswing (chez Firefox, par exemple), les capacités de détection des failles de sécurité de Mythos ne sont pas à prendre à la légère.

Reste à voir maintenant de quelle manière cet appel des Five Eyes va être entendu par le reste du monde. Les États-Unis semblent jusqu’à présent vouloir faire à leur façon, sans prendre en compte les intérêts de leurs alliés. Cette déclaration commune pourrait tout de même indiquer une certaine inflexion de l’isolationnisme états-unien en la matière.

Le Sénat appelle l’Europe à « ne pas trembler » sur l’encadrement de l’IA et du numérique

22 juin 2026 à 15:10
Ça ne mange pas de pain
Le Sénat appelle l’Europe à « ne pas trembler » sur l’encadrement de l’IA et du numérique

Alors que l’Europe est sur le point d’adopter formellement l’omnibus numérique, le Sénat français vient d’adopter une résolution critiquant fortement le sens des « simplifications » prévues par la Commission et le Parlement européens.

Le digital omnibus proposé par la Commission européenne en novembre dernier est encore en cours de discussion en Europe. Alors qu’elle a réussi à trouver un accord avec le Parlement européen concernant la mise en œuvre des mesures inscrites dans l’AI Act, le Sénat français, lui, vient de voter, ce vendredi 19 juin, une résolution très critique du texte.

L’institution française, qui penche majoritairement à droite, dit accueillir « favorablement » la volonté « de simplifier le cadre applicable et de réduire la charge administrative et les coûts de conformité, notamment pour les petites et moyennes entreprises (PME) et les petites entreprises à moyenne capitalisation (PEMC), en vue d’améliorer leur compétitivité, » et qu’elle se « se réjouit des mesures techniques destinées à améliorer la coordination des différentes normes européennes dans le secteur numérique, aux fins de clarté et de sécurité juridiques ».

Ne pas trembler ni transiger

Mais les sénatrices et sénateurs estiment que le contenu du projet européen est en contradiction avec cet objectif de simplification affiché. Et ils appellent « l’Union européenne à ne pas trembler ni transiger dans l’application de l’arsenal juridique novateur et ambitieux qu’elle a commencé à construire pour encadrer l’IA et le secteur numérique ». Le Sénat « déplore que la proposition de règlement dépasse pour partie le seul objectif de simplification, tendant à complexifier un cadre régulatoire déjà complexe et dense, au risque de nuire à sa clarté et à son acceptation par les entreprises et les citoyens ».

La chambre haute du Parlement français critique la précipitation dans laquelle la Commission européenne mène les débats sur cet omnibus. Elle regrette l’absence d’étude d’impact et « souligne que les évolutions de la régulation en matière numérique ne doivent pas être menées avec une précipitation excessive, au risque d’être dictées par l’industrie numérique ».

Sur le terrain du droit d’auteur, les sénateurs et sénatrices français regrettent aussi « l’absence de clarification du régime juridique du droit d’auteur en matière d’IA, alors que les juridictions commencent à se prononcer sur des cas d’espèce et que des solutions juridiques ont été identifiées pour veiller à la rémunération des contenus culturels utilisés par les systèmes d’IA ».

Vous en voulez encore ? Le texte adopté au Sénat « déplore que le train de mesures omnibus numérique sur l’IA n’ait pas été l’occasion d’assurer une meilleure prise en compte de l’empreinte environnementale de l’IA ». Concernant les reports de plusieurs dispositifs de l’AI Act entérinés par la Commission et le Parlement européens, les élus français regrettent notamment que cela repousse de six mois le marquage des contenus générés par l’IA. Et il ajoute que « ce report révélateur tant de la difficulté à réguler et à réglementer un secteur technique aux évolutions si rapides, que des limites du processus décisionnel européen pour allier agilité et stabilité des normes  ».

Soutien à l’interdiction des systèmes de « nudification » 

Les sénateurs français soutiennent quand même le texte sur la proposition d’interdiction des systèmes d’IA de « nudification » mais ils ajoutent tout de suite après regretter que l’interdiction des systèmes d’IA capables de générer, manipuler ou reproduire des contenus (image, vidéo, audio) pédopornographiques n’ait pas abouti.

Concernant le déplacement des règles en matière de cookies de la directive « e-Privacy » vers le RGPD, les élus français considèrent que cela « créerait un double régime dangereux […] sans répondre à l’enjeu de réduction de la fatigue du consentement aux traceurs  ». Les sénateurs considèrent « que les révisions proposées au RGPD sont trop substantielles et potentiellement dangereuses, eu égard à un texte devenu une référence mondiale en matière de protection des données à caractère personnel ».

Cette résolution du Sénat a été proposée par les sénatrices Catherine Morin-Desailly (Centriste) et Karine Daniel (PS). Celles-ci avaient déposé mi-mai un rapport sur le sujet, affirmant, en titre, que l’Omnibus numérique européen était « un risque pour la protection des droits numériques des citoyens ».

☕️ ChatGPT va illustrer ses réponses avec les photos de Getty Images

22 juin 2026 à 13:47


Les résultats d’une recherche web sur ChatGPT pourront désormais s’enrichir d’images provenant du catalogue Getty. L’agence photo états-unienne a annoncé un accord avec OpenAI qui permet au chatbot d’utiliser des contenus de la banque d’images dans ses réponses.

« Des contenus visuels de haute qualité et sous licence rendent la recherche et la découverte alimentées par l’IA plus utiles et plus fiables », explique Craig Peters, directeur général de Getty Images. « Ce partenariat avec OpenAI reflète cette conviction commune, et ensemble nous offrirons des expériences visuelles plus riches aux utilisateurs de ChatGPT. »

C’est une bonne nouvelle pour les utilisateurs de ChatGPT qui s’en servent comme moteur de recherche. Ils pourront bénéficier d’une iconographie plus riche, qui ne fera pas appel à des images générées par IA. Pour OpenAI, c’est également tout bénéfice : générer des images photoréalistes coûte cher en ressources, et les résultats ne sont évidemment jamais à la hauteur des photos originales (elles peuvent aussi alimenter la désinformation).

Mais c’est surtout pour Getty que l’accord est intéressant, en particulier pour son cours de Bourse : l’action de l’entreprise a en effet dévissé de 55 % depuis le début de l’année. Les investisseurs craignent que les images générées par ChatGPT et les autres IA ne finissent par remplacer purement et simplement les agences photo.

L’annonce de l’accord avec OpenAI a permis à l’action de rebondir de plus de 100 % en pre-market. On ignore les conditions financières du deal, qui ne précise pas si le labo IA pourra entraîner ses modèles avec la bibliothèque de Getty. L’agence a déjà eu maille à partir avec un labo IA, en l’occurrence Stability AI, créateur de Stable Diffusion. Une plainte avait été déposée en 2023 à Londres.

La même année, Getty lançait un nouvel outil de génération d’images entraîné à partir de son énorme fonds photos (hors photos d’actualités). En octobre 2025, Getty accordait ses violons avec Perplexity afin que le moteur IA de réponses puisse exploiter la banque de photos.

☕️ Claude Guillemot, cofondateur d’Ubisoft, meurt dans un accident d’avion

22 juin 2026 à 13:05


Ubisoft a perdu un de ses cofondateurs. Claude Guillemot, 69 ans, a trouvé la mort dans un accident d’avion de tourisme vendredi 19 juin, non loin de La Baule (Loire-Atlantique). Avec ses quatre autres frères, il a cofondé l’éditeur français de jeux vidéo (à l’origine sous le nom Ubi Soft) il y a quarante ans, en mars 1986. Le groupe est toujours dirigé par Yves Guillemot, mais les frères de la famille possèdent des parts égales dans l’entreprise ; ils siègent d’ailleurs tous au conseil d’administration.

Aîné de la famille, il cofonde deux ans plus tôt Guillemot Corporation, dont il prend la tête. Cette entreprise est spécialisée dans les périphériques de jeux vidéo, on connait mieux les deux principales marques sous sa bannière : Hercules et Thrustmaster.

Selon Ouest-France, le Cessna 421 de Claude Guillemot est parti vendredi 19 juin en fin d’après midi de Rennes pour participer à un rassemblement programmé le week-end dernier. Le bimoteur s’est écrasé quelques minutes plus tard, non loin de l’aérodrome de La Baule. Outre l’homme d’affaires, on déplore un autre décès, celui du pilote d’avion instructeur. Une enquête a été ouverte pour homicide involontaire pour éclaircir les circonstances du crash.

Le groupe a confirmé la terrible nouvelle dans une déclaration envoyée à la presse : « Ubisoft a appris avec une profonde tristesse le décès de Claude Guillemot, cofondateur du groupe et président de Guillemot Corporation, dans un accident. Nos pensées vont à sa famille et à ses proches dans cette épreuve ». Anne Le Hénanff, ministre déléguée en charge du Numérique, a salué la mémoire du « grand entrepreneur breton » sur les réseaux sociaux :

nne Le Hénanff
@ALehenanff

Le monde du jeu vidéo français perd aujourd'hui l'un de ses pionniers.

C'est avec tristesse que j'apprends le décès de Claude Guillemot, cofondateur d'Ubisoft et grand entrepreneur breton.

Avec ses frères, il a bâti depuis la Bretagne l’un des studios les plus influents au monde, à l’origine de licences devenues cultes : Assassin’s Creed, Far Cry, Rainbow Six, Rayman, Just Dance… Autant d’univers qui rassemblent des centaines de millions de joueurs et ont hissé la France au sommet de l’industrie mondiale du jeu vidéo.

J'adresse mes plus sincères condoléances à sa famille, ses proches et l'ensemble de ses collaborateurs.
2:29 PM · Jun 20, 2026
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☕️ Projet Myna : Canonical confirme la reconnaissance vocale en local dans Ubuntu 26.10

22 juin 2026 à 09:52


Pour Canonical, l’intelligence artificielle se répartit en deux grandes catégories : l’IA implicite, qui améliore discrètement des fonctions existantes, et l’IA explicite, qui correspond à des fonctions que l’on appelle en toute connaissance de cause. Dans notre article du 8 juin, nous évoquions quelques exemples d’IA implicite donnés, comme l’amélioration de l’autofocus pour la webcam ou la qualité du son sur le micro. Ces opérations pourraient être réalisées assez simplement depuis un modèle local.

La seule fonction d’IA explicite prévue était alors une dictée vocale à l’échelle de tout le système. Le 17 juin, Canonical a précisé dans un billet son projet, nommé Myna : « une nouvelle initiative visant à introduire la dictée vocale sur Ubuntu Desktop. Nommé d’après le myna [mainate religieux en français, ndlr], connu pour sa capacité à imiter la parole humaine, le projet vise à offrir une expérience de dictée qui ressemble naturellement à un ordinateur de bureau tout en respectant la confidentialité des utilisateurs et fonctionnant entièrement sur du matériel local ».

L’éditeur confirme l’arrivée de cette fonction dans Ubuntu 26.10, qui arrivera en octobre. Il s’agira d’une première version, au fonctionnement simple : en appuyant sur une touche, on déclenchera l’écoute et le texte s’affichera dans le champ texte de l’application utilisée. Cette première version visera Ubuntu Desktop sous Wayland avec GNOME. Canonical ajoute que l’architecture sera « suffisamment ouverte pour supporter d’autres environnements de bureau à l’avenir ».

Canonical affirme que la fonction est pensée dès la conception pour la confidentialité. Elle ne fonctionnera qu’en local, sans besoin d’une connexion internet. L’accès au microphone ne se fera qu’avec l’activation explicite du raccourci clavier. Quant à l’audio récupéré, il est effacé de la mémoire après avoir été traité et rien n’est envoyé sur des serveurs.

Ubuntu dit chercher des retours sur cette fonction. Un dépôt GitHub a été ouvert pour l’occasion, mais on ne trouve pour l’instant qu’un peu de documentation.

80 000 pare-feux Fortinet compromis à cause d’une mauvaise gestion des mots de passe

22 juin 2026 à 08:49
Sans foi sur le métier
80 000 pare-feux Fortinet compromis à cause d’une mauvaise gestion des mots de passe

Il y a une semaine, une importante campagne d’attaque a été détectée contre les pare-feux Fortinet. 80 000 mots de passe ont été récupérés par des pirates, ce qui représenterait la moitié environ des pare-feux Fortinet exposés à Internet.

L’attaque a été découverte par le chercheur Volodymyr Diachenko (souvent appelé Bob). Dans une publication LinkedIn le 15 juin, il avertit qu’une « campagne massive de force brute/exploitation » a été découverte en pleine action sur des pare-feux Fortinet. Il évoque alors 21 634 noms de domaine uniques, liés à des entreprises allant de Chevron à Fortinet elle-même. Les mots de passe ont été obtenus par craquage du hachage, puis utilisés pour obtenir des données et la prise de contrôle de réseaux internes.

Selon les chercheurs de SOCRadar, le mode opératoire et les traces laissées sont à rapprocher des acteurs malveillants russes. L’attaque est décrite comme particulièrement sophistiquée, ayant abouti à un lot de données comprenant à la fois des mots de passe et des identifiants SSL VPN depuis des fichiers de configuration compromis.

Toujours selon SOCRadar, les équipements attaqués étaient répartis dans 194 pays. Les plus touchés sont l’Inde, les États-Unis et le Mexique, avec près de 12 000 identifiants compromis entre eux. La France est présente dans la liste avec 1 116 identifiants.

La répartition par type de « credentials » révèle une prédominance de comptes organisationnels, pointant vers un ciblage délibéré des entreprises. Foxconn, Samsung, Comcast, Siemens, Lenovo, PwC, Accenture et Oracle, ainsi que de nombreuses entités gouvernementales et opérateurs d’infrastructures critiques ont été touchés. Un contractant turc de l’OTAN figure également parmi les cibles.

Convergence de défaillances

Si l’attaque a été nommée FortiBleed, le cas n’a rien à voir avec Heartbleed : il s’agit bien d’une campagne industrielle de vol et d’utilisation d’identifiants. À la racine de l’attaque, il n’y a pas une faille unique et cataclysmique, mais une série de défaillances en lien avec l’hygiène numérique.

Selon le chercheur Kevin Beaumont dans un billet du 18 juin, les pirates ont commencé par scanner internet à la recherche d’instances Fortinet dont l’interface de gestion FortiGate était accessible publiquement. Ils se sont ensuite intéressés à celles présentant un profil spécifique.

Dans les versions 7.2.11, 7.4.8 et 7.6.1 de FortiOS, le système d’exploitation équipant ses pare-feux, Fortinet a en effet introduit la fonction de hachage PBKDF2 pour les identifiants administrateurs, pour remplacer l’ancien SHA-256. Cependant, lors d’une mise à jour depuis des versions antérieures, les mots de passe existants restent stockés en SHA-256 jusqu’à ce que l’administrateur se reconnecte après l’opération. De nombreuses organisations ont donc appliqué une nouvelle version sans déclencher de nouveau hachage : leurs firewalls, pourtant mis à jour, demeuraient vulnérables.

Les moyens des ambitions

Les pirates ne se sont pas lancés non plus à l’aveuglette. Ils ont opéré sur la base d’identifiants déjà obtenus par plusieurs sources : la fuite Fortinet de 2021 portant sur environ 500 000 comptes FortiGate VPN, les données obtenues après une faille 0-day en 2022, ou encore d’autres bases existantes. Les mots de passe testés n’étant donc pas aléatoires : ils avaient déjà fonctionné par le passé sur des appareils Fortinet.

L’ampleur de l’attaque est connue, car les chercheurs ont pu remonter jusqu’aux pirates russes, car leur serveur était lui-même exposé publiquement. Les journaux récupérés indiquaient environ 1,16 milliard de tentatives d’identification contre 320 777 cibles FortiGate, ainsi que 2,1 milliards de tentatives supplémentaires contre plus de 163 650 serveurs Microsoft SQL Server, indique le site InfoStealers. Le groupe interceptait les hachages d’authentification SSL VPN et les crackait sur un cluster dédié de 45 GPU géré via Hashtopolis, selon Kevin Beaumont.

Au moins une faille existante pourrait avoir été utilisée : la vulnérabilité CVE-2026-24858, qui permet un contournement d’authentification SAML SSO FortiCloud et est classée comme critique, avec un score CVSS de 9,8 sur 10, comme l’indique RansomNews. Elle a été révélée en janvier et est déjà corrigée, mais des appareils ont pu passer à côté du correctif. Du côté de SOCRadar, on note que deux autres failles ont été activement exploitées pendant cette période, CVE-2026-21643 et CVE-2026-35616. Elles concernent FortiClient EMS, mais le lien avec FortiBleed n’est pas confirmé. Aucune faille 0-day ne semble avoir été utilisée.

Pour Fortinet, tout n’est qu’un recyclage d’anciennes fuites

Les recommandations sont claires :

  • réinitialiser immédiatement tous les mots de passe administrateurs et VPN (notamment pour les appareils exposés sur Internet)
  • activer l’authentification multifacteur sur tous les comptes d’accès administrateurs et distants
  • restreindre l’accès à l’interface de gestion aux réseaux internes de confiance
  • mettre à jour FortiOS vers une version supportant PBKDF2 et s’assurer que chaque administrateur se reconnecte ensuite pour déclencher un nouveau hachage

Pour Fortinet, il ne s’agit que d’une exploitation d’anciennes bases de données. « D’après notre analyse, les données impliquées sont un mélange de données d’incidents précédents, ainsi qu’un [cracking par] force brute des identifiants, et ne sont pas liées à un incident récent ni à un avertissement. Les organisations qui suivent les meilleures pratiques, y compris la mise à jour régulière des identifiants de sécurité […] courent un risque minimal lié aux détails de compromission des identifiants mentionnés dans les rapports », a déclaré l’entreprise à TechRadar le 18 juin. Elle ajoutait cependant que l’enquête continuait et que la sécurité de ses clients restait sa priorité.

Kevin Beaumont relativise ces déclarations, précisant que les fuites contiennent des données plus récentes.

Mais que se passe-t-il avec l’application WhatsApp boursoufflée sur Windows ?

22 juin 2026 à 07:37
Bain d'huile
Mais que se passe-t-il avec l’application WhatsApp boursoufflée sur Windows ?

WhatsApp est la messagerie instantanée la plus utilisée au monde après Messenger, les deux appartenant à Meta. Le service possède plusieurs applications, dont deux « desktop » pour Windows et macOS. La différence de traitement est pourtant énorme.

L’histoire de la version Windows du client WhatsApp se découpe en trois phases :

  • Jusqu’en 2023 : la première version, essentiellement le service web encapsulé dans une application Electron, qui embarquait également tout le moteur Chromium pour le rendu
  • De fin 2022 à 2025 : nouvelle version, native et utilisant UWP (Universal Windows Platform). Particulièrement légère et rapide
  • Depuis 2025 : version en date, basée sur WebView2, donc retour à une encapsulation web

Depuis cette dernière mouture, les critiques n’ont pas manqué. Alors que la version native était célébrée pour ses performances, la nouvelle retourne à un rendu web, avec la consommation des ressources qui l’accompagnent.

Pluie de critiques

Si le grand public se « déplace » rarement pour commenter les applications du quotidien, il en va autrement de la presse spécialisée. Windows Latest s’est largement étendu sur le sujet dès novembre 2025, critiquant l’appétit vorace en ressources : 300 Mo de mémoire sur l’écran de connexion, en moyenne 1,2 Go en discutant, et jusqu’à 2 voire 3 Go en utilisation intensive. Nous avons nous-mêmes constaté que l’application pouvait dépasser ces 3 Go, notamment quand on ouvre le panneau des médias échangés dans une longue conversation. Dans ce cas, il n’est pas rare que l’occupation CPU grimpe en flèche, entrainant des ralentissements sur le reste du système.

Fin mai, IntraBlog publiait un billet allant dans le même sens, notant ici encore la forte consommation des ressources. Le site signalait également la multiplication des processus en arrière-plan, un manque fréquent de réactivité et des problèmes de fiabilité, particulièrement dans la synchronisation. Même chose chez Digital Trends, où la critique était sévère fin avril. Même John Grubber, habitué des informations Apple sur son blog Daring Fireball, n’hésitait pas à dire fin 2025 que la nouvelle application était « merdique ».

Sur Reddit, même combat. Les plaintes sont nombreuses, la plupart soulignant la consommation excessive de ressources et la lenteur générale. Plusieurs affirment avoir basculé sur la version web, la mouture desktop n’apportant plus rien. D’autres évoquent des problèmes fréquents de déconnexion, et d’autres encore recommandent d’ouvrir la version web et de passer par l’installation d’application web de Chrome (ou d’un autre navigateur Chromium).

Silence de Meta et pression de Microsoft

On peut comprendre pourquoi Meta s’est orientée vers ces technologies. L’utilisation d’une version web réclame moins de ressources de développement, puisqu’il s’agit dans les grandes lignes de reprendre l’existant. Contrairement à la première version qui utilisait Electron, la dernière se sert de WebView2, une vue web dérivée d’Edge. Techniquement, cette application devrait donc être plus légère, notamment car il n’est plus nécessaire d’embarquer tout le moteur Chromium. En pratique, le client WhatsApp semble renvoyer plusieurs années dans le passé.

Interrogée par plusieurs médias sur le sujet, Meta n’a pourtant jamais répondu. En novembre 2025, certains y voyaient d’ailleurs le signe d’une bascule : l’âge du code natif était-il révolu ?

Pourtant, si le sujet refait intensément parler aujourd’hui, c’est parce que Microsoft semble avoir changé complètement de braquet. À la dernière conférence Build, l’éditeur a largement appuyé sur le code natif et l’utilisation de son framework WinUI. Une équipe est actuellement chargée de développer de nouvelles applications internes, dont le code a été confirmé comme natif. Des éléments actuellement en React Native, dont le menu Démarrer, vont également être réécrits en code natif.

Concrètement, pour les développeurs tiers, le message de Microsoft a été inhabituellement direct : WinUI n’est pas une expérience en attente d’être remplacée, ni un pont technologique avant la prochaine grande unification : c’est désormais la plateforme de production native pour les apps Windows modernes. L’entreprise en est même jusqu’à parler de « web app slop ».

Cette nouvelle insistance de Microsoft et la pression des utilisateurs seront-elles suffisantes pour faire changer d’avis Meta ? Pour l’instant, WhatsApp reste en zone grise. Mais il est probable que cette version WebView2 ait été conçue pour des questions de coûts. En attendant, la version Mac reste native, avec des performances sans commune mesure.

☕️ Retour en 2023 : lourde peine pour un vendeur de CD de musique piratée

22 juin 2026 à 06:53


À l’heure du streaming tous azimuts et du pillage généralisé des œuvres de l’esprit par les labos IA, il est presque réconfortant de voir que certains gravent toujours de la musique piratée sur des CD pour les commercialiser, comme au bon vieux temps des années 2000.

Un résident anglais, Marc Kearns, 47 ans, a été condamné à une peine de prison avec sursis pour avoir enfreint le droit d’auteur, rapporte la BBC. Son crime ? Avoir remixé et vendu des CD contenant des morceaux d’artistes célèbres. La sentence laisse songeur : 26 mois de prison avec sursis assortis d’une mise à l’épreuve de 18 mois, et il devra effectuer 250 heures de travaux d’intérêt général.

La campagne de pub « Rip. Mix. Burn » d’Apple, en 2001. Une autre époque.

Le fieffé pirate a plaidé coupable de plusieurs chefs d’accusation devant la cour de justice de Hull, à environ 250 km au nord de Londres. « Cette activité lui a permis d’exploiter commercialement du contenu protégé et de générer des revenus au détriment des artistes et des entreprises légitimes de l’industrie musicale », explique un porte-parole du conseil local, dans une déclaration qui fleure bon (ou mauvais) les envolées ayant entouré la création d’Hadopi.

L’histoire ne dit pas combien cette activité illicite a rapporté au coupable, ni si ses clients étaient des inconnus passant commande, ou simplement des amis. Quoi qu’il en soit, le petit business a pris fin.

La justice locale n’a d’ailleurs pas mégoté pour ferrer ce dangereux criminel : l’enquête a en effet débuté en 2019, ce qui a débouché sur un mandat de perquisition exécuté trois ans plus tard. « Nous n’hésiterons pas à prendre des mesures fermes lorsque des infractions seront constatées. Cette condamnation envoie un message clair : ce type d’activité ne sera pas toléré », affirme, martial, un membre de l’exécutif local. On ne plaisante pas avec les dealers de MP3.

La Norvège va interdire les chatbots IA aux écoliers

22 juin 2026 à 06:26
Bonnet d'âne pour ChatGPT
La Norvège va interdire les chatbots IA aux écoliers

Après les smartphones, les chatbots. La Norvège va limiter fortement l’accès à ces outils d’IA générative à l’école. Pour le gouvernement, les enfants doivent d’abord apprendre à lire, écrire et compter, avant de déléguer leurs devoirs à ChatGPT.

Les enfants norvégiens seront privés de chatbots IA à partir de la prochaine rentrée à l’école. Jonas Gahr Støre, le Premier ministre du pays, a annoncé une interdiction de l’usage de ces outils d’IA générative aux jeunes écoliers (de 6 à 13 ans). Les collégiens et lycéens âgés de 14 à 16 ans pourront les utiliser sous la supervision des professeurs. Enfin, les étudiants entre 17 et 19 ans devront apprendre à s’en servir de manière responsable.

« Nous devons donner la priorité à l’essentiel : les élèves doivent apprendre à lire, à écrire et à compter avant de se familiariser avec l’IA », a affirmé le Premier ministre dans une déclaration reprise par Reuters. L’utilisation de chatbots IA par les jeunes enfants accroît le risque qu’ils sautent des étapes importantes de leur apprentissage, a-t-il ajouté durant une conférence de presse.

Le grand retour des livres

La Norvège est pourtant un pays pionnier quand il s’agit d’adopter les nouvelles technologies. Les ordinateurs ont fait leur apparition en classe dans les années 90, puis les tablettes à partir de 2010. Cette numérisation croissante de l’enseignement est peut-être allée trop loin : le gouvernement a ainsi annoncé vendredi dernier son intention de financer l’achat de plus de livres. Une manière de revenir en partie sur trente ans de numérisation à l’école à marche forcée.

Suivant en cela l’exemple de plusieurs autres pays, la Norvège va également bloquer les réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Confrontées à un recul des performances scolaires, les autorités ont également interdit les smartphones dans les établissements dès 2024.

Une étude, mise en ligne en 2024 par Sara Abrahamsson de l’institut norvégien de la santé publique et publiée récemment dans la revue The Journal of Human Resources, relevait d’ailleurs les effets positifs de l’interdiction des téléphones dans plusieurs collèges du pays entre 2010 et 2018. Les filles en particulier consultent moins souvent pour des problèmes psychologiques, elles signalent moins de situations de harcèlement, les notes progressent et elles sont davantage susceptibles de choisir une filière générale au lycée.

En revanche, l’autrice n’a relevé aucun effet significatif chez les garçons, bien que les signalements de harcèlement aient diminué chez les filles comme chez les garçons. L’étude ne mesure que l’effet d’une interdiction à l’école, pendant les heures de cours. Les élèves continuaient à utiliser leur téléphone le soir, les week-ends et pendant les vacances.

Les écrans deviennent suspects

Pour Oslo, les deux sujets – smartphones et chatbots – relèvent d’une même préoccupation : éviter que les outils numériques ne se substituent à certains apprentissages fondamentaux. Nul doute à ce titre que l’interdiction des bots IA pour les écoliers sera elle aussi scrutée de près par les scientifiques.

La Norvège est en tout cas aux avant-postes sur cette question. En France, on essaie davantage de ménager la chèvre et le chou : un cadre d’usage de l’IA en éducation, publié en mai 2025 par le ministère de l’Éducation nationale, autorise l’usage de cette technologie mais pas avant la quatrième. Les élèves plus jeunes peuvent être sensibilisés, mais ils ne peuvent pas accéder aux outils en classe.

Dans les faits, les professeurs doivent surtout bricoler dans leur coin, avec le blanc-seing du ministère pour tester toutes sortes de choses. En novembre dernier, Amélie Hart, secrétaire nationale du syndicat SNES-FSU et enseignante en lycée en Histoire-Géographie, expliquait à Next que « l’institution pousse, à l’heure actuelle, à expérimenter tous azimuts. Il y a des initiatives partout de plein de rectorats qui font des expérimentations IA ».

Elle ajoutait : « Il y a une volonté de la hiérarchie de l’Éducation nationale à aller à fond sur les IA, y compris en étant hyper mal formés sur les enjeux de la protection des données (qui n’a pas commencé avec l’IA) ». La Norvège servira en tout cas de laboratoire à ciel ouvert. Si les résultats scolaires progressent et que les enseignants constatent moins de difficultés d’apprentissage, d’autres pays pourraient être tentés d’emprunter le même chemin.

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