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Reçu — 16 mars 2026 Les Électrons Libres

Embargo mon amour : l’atout maître du régime castriste

16 mars 2026 à 20:52

Le régime castriste, les Cubains n’y croient plus. L’excuse de « l’embargo », usée jusqu’à la corde, a fait son temps. Attisée par des années de violence et de despotisme, la révolte gronde, et pourrait faire vaciller le pouvoir en place. Au grand dam des activistes occidentaux.

« ¡El bloqueo, mi hermano ! », « L’embargo, mon frère ! ». Dans la bouche de la quasi-totalité des Cubains, l’expression est désormais employée, selon les cas, comme un gimmick, une antienne, un running gag, une antiphrase, une ironie… Une locution vidée de son sens à force d’avoir été usée (jusqu’à la corde) par la propagande castriste. À la mort de Fidel Castro, le 25 novembre 2016, la formule n’était pourtant plus brandie avec autant de véhémence par le pouvoir autocratique de La Havane. Désigné comme successeur de son grand frère Fidel, Raúl Castro avait en effet entamé, depuis deux ans, un rapprochement historique avec les États-Unis, le « meilleur ennemi » du régime, jusqu’alors désigné comme la cause de tous les malheurs à Cuba.

Depuis décembre 2014, le président américain Barack Obama était devenu un interlocuteur privilégié, qui débarquerait bientôt avec les honneurs à La Havane, précédant les Rolling Stones et Rihanna. Les dirigeants cubains se frottaient déjà les mains : ce rapprochement avec les États-Unis promettait une « pluie de dollars » — notamment grâce aux revenus liés au tourisme — pour la caste militaire qui contrôle entièrement l’économie du pays. L’euphorie soudaine des « apparatchiks » cubains contrastait pourtant avec la réalité de la rue, où la situation était toujours aussi précaire : d’un côté, une nomenklatura désormais décomplexée qui dégustait des mojitos à 12 dollars à la terrasse des hôtels internationaux ; et de l’autre, un peuple qui devait toujours survivre avec un salaire commun « égalitaire » d’une quarantaine de dollars par mois. La rhétorique anti-impérialiste s’était radoucie à la chaleur du nouveau climat diplomatique avec les États-Unis, mais l’austérité économique et les restrictions restaient les mêmes, sur le plan économique comme idéologique (avec la persécution constante de tous les opposants). De cette « lune de miel » avec les États-Unis, l’immense majorité des Cubains ne gardera que l’espoir de lendemains meilleurs… Car l’arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump en 2017 mettra fin au rapprochement et rétablira le statu quo en vigueur depuis 1962… Avec le retour en grâce de la vieille rengaine : « ¡El bloqueo, mi hermano ! ».

La désillusion provoquée par cette ouverture entrevue sera suivie par les grandes manifestations contre le régime des 11 et 12 juillet 2021, très durement réprimées par le nouveau président, Miguel Díaz-Canel. Avec des incarcérations par milliers, et des peines allant jusqu’à trente ans de prison pour ceux qui avaient osé défiler pacifiquement dans les rues pour demander un peu de liberté.

Où sont passés les milliards ?

« De toute façon, à Cuba, plus personne ne croit depuis longtemps que nos malheurs viennent des États-Unis », soupire Yamila Ribero, originaire de Santa Clara, et qui a quitté son pays en 2023 pour s’installer à Madrid. Sa mère et sa grand-mère, restées sur l’île, ne subsistent que grâce à l’argent qu’elle leur envoie. Comme elle, plus de 850 000 Cubains ont fui le pays ces dernières années ; depuis 2021, la population serait passée de 11,3 à 8,6 millions d’habitants, selon le démographe Juan Carlos Albizu-Campos. Les « remesas », c’est-à-dire l’argent et les biens envoyés par les Cubains de l’étranger, représentent plus de la moitié des revenus à Cuba. Et 80 % de ces ressources proviennent des États-Unis, où vit la grande majorité des Cubains exilés… y compris d’anciens hauts dignitaires du régime castriste, tels Manuel Menéndez Castellanos ou Rogelio Bolufé. Eux aussi ont fui, à cette différence qu’ils font partie de ceux qui ont totalement détruit les capacités de production du pays, malgré les mannes financières reçues au fil des décennies.

Un chiffre suffit à comprendre à quel point l’embargo est utilisé comme faux prétexte par le régime castriste : entre 1962 et 1990, Cuba aurait perçu quelque 300 milliards de dollars de la part de l’Union soviétique et de ses « pays frères » (argent, biens d’équipement et de consommation, pétrole, matières premières, armement, dons humanitaires, ainsi que des prêts internationaux… qui n’ont jamais été remboursés, comme c’est le cas pour la France), soit l’équivalent de trois fois le plan Marshall (à taux de change équivalent), pour un pays qui comptait à l’époque moins de 10 millions d’habitants !

« Plutôt que de parler d’embargo ou de blocus, il faudrait se demander où est passé tout cet argent, non ? », s’interroge faussement Yamila Ribero. Une fortune qui est allée en grande partie dans les poches de ceux qui ont gouverné le pays depuis 1959, à commencer par Fidel Castro (dont le magazine Forbes estimait le patrimoine à 900 millions de dollars). Comme pour renforcer le contraste, Yamila Ribero montre sur son téléphone les nombreuses vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, montrant un pays dévasté par la misère : les façades délabrées de La Havane dont les maisons coloniales tombent en ruines, les visages fatigués dans les longues queues devant des vitrines pratiquement vides, les vieillards faméliques qui fouillent dans les tas d’ordures, les mines tristes dans les boutiques d’approvisionnement par « libreta » (carnet de rationnement) pour aller mendier deux œufs et une poignée de riz par semaine… Il faut ajouter le manque de médicaments, des hôpitaux à l’abandon (à l’exception des quelques établissements de soins dédiés aux dignitaires du régime), la quasi-absence de transports en commun, les pannes constantes du service d’eau, et ces coupures d’électricité qui n’en finissent plus : 14 heures, 16 heures, jusqu’à 18 heures par jour ! Des interruptions de courant qui se sont intensifiées à la suite du blocus énergétique imposé par Washington depuis l’arrestation de Nicolás Maduro.

L’esclavage des médecins cubains

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Une dictature aux abois

« La vie au quotidien est une bataille constante à La Havane », résume Ernesto, qui vit près d’une station-service dans le quartier de Centro Habana, où la distribution d’essence est plus qu’aléatoire, et limitée à 20 litres par véhicule : « Chaque jour c’est le même cirque, avec des voitures stationnées dans la file dès le petit matin, avant même l’ouverture, pour être sûr d’être servi ». L’attente peut durer des heures, alors le ton monte : « Ce sont des cris, des insultes, des bagarres… ça va mal finir. Et puis les gens commencent à protester contre le gouvernement et le « singao » ! C’est normal, on n’en peut plus ». Le « singao », « l’enculé », c’est Miguel Díaz-Canel, une obscénité communément associée dans la bouche des Cubains à un président qui fait l’unanimité contre lui.

Pour Yaxys Cires, directeur des stratégies de l’Observatoire cubain des droits de l’homme (OCDH), les Cubains ne croient plus en l’élite au pouvoir, ils la méprisent même : « Ils ne croient plus en ses promesses et ils n’acceptent pas qu’on leur demande davantage de sacrifices pour maintenir la soi-disant Révolution. Nous sommes face à la fin d’un cycle historique et ce seront les citoyens et la géopolitique qui y mettront un terme ».

Ce discours tranche pourtant avec ceux de certains dirigeants politiques européens. Dont l’eurodéputée Irene Montero (Podemos), qui a récemment lancé un message sur les réseaux sociaux pour accuser Donald Trump de « noyer Cuba sous un blocus criminel », et demander au gouvernement espagnol d’augmenter l’aide au gouvernement castriste. En retour, l’ex-ministre de Pedro Sánchez a reçu une volée de critiques de la part des citoyens cubains ; des commentaires rappelant la triste réalité sur l’île : « L’interdiction de créer des partis politiques, l’absence d’élections libres, les violences contre la dissidence, le manque de libertés fondamentales, la censure, le contrôle absolu du pouvoir par le gouvernement de Miguel Díaz-Canel »… Car le pays reste l’un des plus répressifs à l’encontre des voix d’opposition, qu’elles émanent d’artistes, de politiques, d’intellectuels ou de simples citoyens anonymes. Au 31 décembre dernier, 1 192 prisonniers politiques étaient incarcérés à Cuba, selon l’organisation Prisoners Defenders, et la situation ne fait qu’empirer avec chaque jour de nouvelles arrestations arbitraires.

D’autant que depuis l’intervention des États-Unis à Caracas, la dictature castriste est aux abois, isolée, privée de son principal soutien international. Au point de miser désormais sur un changement « à la vénézuélienne » pour préserver son pouvoir. Miguel Díaz-Canel a lui-même reconnu les négociations en cours avec le gouvernement américain, menées notamment par le petit-fils de Raúl Castro, Raúl Guillermo Rodríguez Castro. Et le temps presse, car malgré la répression policière, la colère populaire paraît de plus en plus difficile à contenir.

Ces jours-ci, la forte vague d’indignation a littéralement embrasé la ville de Morón, dans la province de Ciego de Ávila, où des dizaines de manifestants ont incendié le siège du Parti communiste pour protester contre les coupures d’électricité incessantes, réclamer la liberté et dénoncer les pénuries alimentaires. Des événements qui rappellent, sur l’île, les scènes de guérilla des années 1950 contre le dictateur Fulgencio Batista. « Ces actions étaient alors présentées comme faisant partie de la lutte révolutionnaire contre la dictature », rappelle la journaliste cubaine Iliana Hernández, « et bon nombre de ceux qui occupent aujourd’hui le pouvoir à Cuba ont participé à ce type de tactiques ou les ont soutenues ».

Des militants occidentaux à la rescousse

D’une révolution l’autre, et d’une dictature à l’autre, les mêmes causes pourraient provoquer les mêmes effets. C’est pourtant le moment choisi par des activistes occidentaux pour porter secours au régime cubain. Ainsi, après celle pour Gaza, la flottille Nuestra América entend briser le blocus américain, présentant de fait le peuple cubain en victime non pas de la dictature, mais de l’ennemi extérieur. L’eurodéputée insoumise, Emma Fourreau, a déjà annoncé la rejoindre. Greta Thunberg, elle aussi, semble de la partie. C’est en tout cas ce que laissent à penser ses mots baroques relayés sur X par l’ambassade castriste à Paris : « Cuba a défendu le monde à maintes reprises, et il est temps maintenant pour le monde de défendre Cuba ». De quoi aggraver encore un peu plus sa grotesque fuite en avant en faveur des totalitarismes. Pas un mot pour les Iraniens martyrisés par les mollahs, silence assourdissant sur les exactions du Hamas. Au lieu de défendre les opprimés du régime, ils défendent les régimes contre les opprimés. Un classique…

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Reçu — 13 mars 2026 Les Électrons Libres

Espagne : terre promise des nouveaux antisémites ?

13 mars 2026 à 05:30

On les célèbre comme les nouveaux héros pacifistes. La réalité est beaucoup plus sombre : l’Espagne bascule radicalement dans l’antisémitisme. En cause, la « convergence des luttes » entre partis au pouvoir et mouvances islamistes. Et une ingérence étrangère, celle des ayatollahs.

Profanation d’un cimetière juif il y a quelques semaines à Barcelone, tentative d’incendie d’un restaurant casher à Madrid, expulsion du musée d’art national Reina Sofía de trois touristes juives, manifestations contre l’équipe cycliste israélienne sur la « Vuelta », débarquement forcé de jeunes Juifs français à l’aéroport de Valence… Ce ne sont là que quelques exemples des violences que subissent les Juifs en Espagne, et qui ont été multipliées par cinq au cours des trois dernières années !

Des manifestations d’antisémitisme dont la fréquence s’est sensiblement accélérée depuis le 7 octobre 2023, au rythme de la banalisation d’une rhétorique largement véhiculée par les représentants des partis d’extrême gauche, dont la vice-présidente du gouvernement Yolanda Díaz (« La Palestine sera libre de la rivière à la mer »), la ministre de la Jeunesse Sira Rego, la secrétaire générale de Podemos Ione Belarra (comparant, sur X, les actions d’Israël à celles du nazisme), et par le propre président du gouvernement, le socialiste Pedro Sánchez, qui a été l’un des premiers à accuser son homologue israélien de « génocidaire ». Il vient d’ailleurs de rappeler son ambassadeur en Israël, une première pour un pays de l’UE, en réponse à l’interdiction d’entrée sur le territoire de l’État hébreu infligée à Díaz et Rego après leurs propos. Un simple chargé d’affaires sera désormais à la tête de la représentation diplomatique espagnole.

« Ces discours portent effectivement des éléments d’antisémitisme », confirme le sociologue Alejandro Baer. « Mais en réalité, ce sont des questions de politique intérieure qui sont ici en jeu. La question juive en soi, et Israël en particulier, n’est qu’un prétexte ; c’est une instrumentalisation, une manipulation de certains sentiments, qui peuvent être provoqués par les images de la souffrance à Gaza, les images des bombardements en Iran ou au Liban. Mais tout cela ne vise qu’à conforter une mobilisation à usage de politique interne ». Une dynamique dont Pedro Sánchez a grandement besoin : son parti est gangrené par la corruption et les affaires de harcèlement – particulièrement délétères pour un gouvernement qui s’était présenté en champion du féminisme –, sans majorité stable au Parlement, incapable de faire adopter un budget depuis trois ans.

La cause palestinienne, voile pudique des affaires

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Pour tenir politiquement, le leader socialiste a compris tout le crédit qu’il pouvait récupérer auprès de ses alliés de gauche en se posant (en paroles tout au moins) en principal opposant au « trumpisme ». « Son « non à la guerre » est bien sûr une position opportuniste », ajoute Alejandro Baer, « mais il marque aussi une insensibilité totale et un déni de ce que représentent l’Iran et ses mandataires par rapport à l’État d’Israël, ce qui nourrit et renforce le substrat de l’antisémitisme en Espagne ». D’autant que ce discours « infuse » largement au sein d’une société espagnole où 71 % des Espagnols qualifient l’action d’Israël à Gaza de génocide (contre 34 % en France, où les actes antisémites explosent également). Or, pour le sociologue, le lien entre cette rhétorique et la banalisation des actes de violence envers les Juifs ne fait aucun doute.

Les universités, pépinières de l’antisémitisme

Ce narratif ne surgit pas par hasard : il est soigneusement élaboré et cultivé au sein des universités espagnoles avant d’être repris dans les milieux intellectuels et médiatiques, explique le grand reporter et spécialiste de l’Iran Emmanuel Razavi, qui enquête depuis longtemps sur ces sujets : « Les chercheurs qu’on invite sur les plateaux de télévision, présentés comme experts du Moyen-Orient, participent ainsi de cette dialectique pro-palestinienne, soi-disant antisioniste, qui en réalité est un discours antisémite ».

Des universités dont les amphithéâtres sont largement ouverts à des mouvements tels que Samidoun, interdit et considéré comme une entité terroriste en Allemagne, aux États-Unis, en Israël et au Canada. L’organisation, qui a soutenu la « Flottille de la liberté », revendique son attachement au Front populaire de libération de la Palestine. Le mouvement palestinien révolutionnaire Masar Badil impose également sa doctrine antisémite sur les campus espagnols pour y promouvoir la lutte armée et la destruction d’Israël, et revendique ses liens avec les organisations terroristes. De fait, observe Alejandro Baer, « il est pratiquement impossible d’organiser un événement universitaire en Espagne avec une position modérée, comme il est impossible d’inviter un professeur israélien, quelle que soit sa ligne politique, à moins qu’il ne soit ouvertement antisioniste à l’instar d’Ilan Pappé, par exemple ».

Pedro Sánchez dans le « train de Lénine »

C’est d’ailleurs sur les campus espagnols qu’est née la formation politique d’extrême gauche Podemos en 2014, profitant justement de financements iraniens, notamment pour la diffusion des émissions de propagande de son leader Pablo Iglesias (vice-président du gouvernement espagnol en 2020 et 2021) sur HispanTV. Une collaboration conforme à ce que le fondateur de Podemos justifiait alors selon « la théorie du train de Lénine » (convoyé par les Allemands en 1917 pour déstabiliser la Russie) : « Les Iraniens s’intéressent à la diffusion d’un discours de gauche en Amérique latine et en Espagne parce que cela affecte leurs adversaires… et nous en profitons ! Pour moi, celui qui fait de la politique doit assumer et surmonter ses contradictions (…) : les femmes qui travaillent sur HispanTV doivent être voilées. Est-ce que cela me plaît ? Non. Est-ce une raison suffisante pour refuser de travailler pour cette chaîne ? Non ! Car je pense que ce que nous faisons est plus efficace ».

En Espagne, le train de Lénine passe par Téhéran

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Aujourd’hui, le président du gouvernement espagnol adopte à son tour cette stratégie du train de Lénine. À moins qu’il ne la subisse, rétorque Emmanuel Razavi : « Pedro Sánchez a peur ! Il a peur du terrorisme iranien sur le sol espagnol, car cette menace est aujourd’hui extrêmement élevée. Il veut faire en sorte d’éviter des bombes dans des centres commerciaux, dans des stations de métro, parce que c’est le mode opératoire des réseaux qui organisent ces attentats sous le commandement de la force Al-Qods des Gardiens de la révolution, l’unité d’élite en charge des opérations extérieures iraniennes ». Un attentat comme celui qui a été commandité par Téhéran contre l’ancien vice-président du Parlement européen, Alejo Vidal-Quadras, le 9 novembre 2023, en plein cœur de Madrid. Ce dernier, qui a miraculeusement survécu à un coup de feu au visage, était alors considéré comme l’ennemi numéro un du régime des mollahs en Espagne, en raison de son soutien à l’opposition en exil. Depuis lors, selon des sources policières nationales, des dizaines de cellules terroristes ont été démantelées dans le royaume ibérique.

Des listes de Juifs

C’est sur cette peur que prospère l’antisémitisme en Espagne, ainsi que sur l’instrumentalisation de la cause palestinienne, commune à l’extrême gauche et à ses alliés objectifs islamistes. « Ce qu’il faut comprendre, c’est que la cause palestinienne constitue la matrice de la lutte anti-impérialiste globale et offre les infrastructures, armes, réseaux et même la légitimité révolutionnaire », ajoute Emmanuel Razavi. Dans son dernier livre, le grand reporter cite Michel Fayad, qui rapporte les propos de l’ayatollah Khomeini lors de la visite du leader palestinien Yasser Arafat à Téhéran, le 17 février 1979 : « Il n’y a pas de cause palestinienne, c’est une cause islamique ».

L’explosion de l’antisémitisme en Espagne prouve à quel point cet entrisme a réussi. C’est également la preuve de la dangerosité d’une convergence des luttes « révolutionnaires » islamistes, anticolonialistes et anti-impérialistes. Surtout, note Alejandro Baer, dans un pays où « il n’existe pas de culture de la mémoire de l’Holocauste, et où la communauté juive ne représente qu’une très petite partie de la population [entre 40 000 et 50 000 personnes, ndlr], ce qui signifie qu’elle n’a pas la masse critique, ni l’activité ou la force que peuvent avoir d’autres communautés pour répondre aux agressions antisémites ».

« Dans ce contexte, nul ne sait jusqu’où peuvent aller les dérives antisémites », s’inquiète David Benatar, président de la fédération des jeunes Juifs d’Espagne, accusant la mise en ligne récente d’une carte, sur la plateforme GoGoCarto, où étaient identifiées les entreprises et institutions de Barcelone « liées à Israël » : une liste de plus de 150 établissements étiquetés comme participant à « l’économie sioniste », dont des boutiques, des écoles juives, des restaurants casher, des agences immobilières, des cabinets d’avocats juifs, avec les noms exposés comme des cibles… « Pour rendre visible et dénoncer l’impact de leurs investissements sur notre territoire », expliquaient les promoteurs anonymes de cette page baptisée « Barcelonaz » (le lien est désormais inactif après dénonciation). Une « carte de la haine antisémite », se désole David Benatar.

Et l’on ne peut s’empêcher de s’interroger : qu’est-ce qui vient après le fichage et la publication haineuse d’une liste de Juifs ?

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