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Comment OpenAI et Anthropic se voient en futurs financeurs de la recherche mondiale

1 octobre 2026 à 14:28
Philantropie avec des dollars virtuels
Dépassée par son succès, Anthropic suspend son offre Claude for Startups

Via la création de fondations « philantropiques » et de « financements sur projet », les entreprises d’IA générative et notamment OpenAI se présentent comme les futurs financeurs de la recherche mondiale, alors qu’elles ne font paradoxalement pas de profits.

Les financements publics de la recherche sont particulièrement menacés ces temps-ci, en France mais aussi aux États-Unis et ailleurs. Les entreprises de l’IA générative affichent une volonté de prendre le relai avec de l’argent qu’elles n’ont pour l’instant pas, et ainsi attirer (et choisir) les chercheuses et chercheurs qui ont besoin de financements pour faire tourner leurs laboratoires.

Une « philanthropie » donnant droit à des avantages fiscaux et finançant des entreprises

Les entreprises du numérique et leurs décideurs états-uniens ont souvent affiché une « philanthropie » à travers des fondations comme la Gate Foundation de Bill Gates et Melinda French Gates, dont le budget 2025 atteignait 91 millions de dollars [PDF]. On peut citer aussi la Chan Zuckerberg Initiative de Mark Zuckerberg et Priscilla Chan, critiquée l’année dernière pour avoir abandonné bon nombre de causes qu’elle soutenait. Ces fondations proposent des « financements sur projet » souvent dans le domaine de la recherche et de la santé.

Ce « philanthrocapitalisme » a été notamment étudié par les chercheurs Linsey McGoey, Darren Thiel et Robin West dans un article (publié en 2018) dans lequel elles expliquent que cette nouvelle philanthropie consistait notamment « à distribuer à des entreprises des subventions « philanthropiques » donnant droit à des avantages fiscaux ». Elles y ajoutaient que « les organisations philanthrocapitalistes orientent de plus en plus leurs dons vers des entreprises à but lucratif » et prenaient l’exemple de la Fondation Gates qui « a commencé à octroyer un pourcentage croissant de ses subventions à des entreprises telles que Vodafone, Mastercard et Scholastic (l’un des plus grands éditeurs d’ouvrages éducatifs au monde) sous forme d’aides non remboursables ».

OpenAI et Anthropic suivent la même voie

Les startups de l’IA générative suivent la même voie. Ainsi, la fondation OpenAI, créée en octobre 2025, vient d’annoncer dans la revue scientifique Nature s’être engagée à hauteur de 125 millions de dollars de financements pour des projets concernant la création de données librement accessibles pour la recherche dans les domaines de la santé et des sciences de la vie (mise au point des vaccins contre le cancer, recherche sur la maladie d’Alzheimer, réutilisation de données provenant d’entreprises de biotechnologie en faillite…).

En juillet dernier, Anthropic annonçait des « financements sur projet » pour la recherche scientifique sur les maladies rares. La présidente d’Anthropic, Daniela Amodei, a aussi affirmé récemment à The Economist que la santé mondiale devenait « une priorité pour Anthropic, qui collabore avec des organisations humanitaires à travers l’Afrique afin d’utiliser Claude dans le domaine des soins de santé et pour prévoir les famines ». Rappelons que Donald Trump, sur recommandation d’Elon Musk, a mis fin l’année dernière à l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et ainsi coupé les financements publics d’un nombre colossal de projets concernant la santé mondiale.

« Mais les initiatives passées visant à intégrer la technologie dans l’aide humanitaire nous rappellent qu’un accès moins coûteux à l’expertise ne suffit pas », prévient The Economist. « Les outils de santé numériques ont souvent donné de bons résultats lors des essais, mais n’ont pas réussi à s’imposer dans les systèmes de santé locaux », cite en exemple le média, qui ajoute : « les donateurs ont également tendance à percevoir le monde à travers le prisme de leur propre expertise ».

Avec quel argent ?

On peut aussi se demander comment ces entreprises financent ces projets. Elles ne dégagent en effet, aucun profit pour l’instant. Du côté des financements sur projet d’Anthropic, ils ne se font pas en argent sonnant et trébuchant, mais en crédits d’utilisation de Claude sur une période de 6 mois (« jusqu’à 50 000 dollars sous forme de crédits Claude » indique l’entreprise).

La fondation OpenAI, elle, compte sur l’entrée en bourse de l’entreprise. Celle-ci ne fait toujours pas de bénéfice et n’a pas encore indiqué quand elle prévoyait d’en faire, mais elle vise une valorisation d’environ 1 400 milliards dollars. Avec une participation de 26 % dans OpenAI, sa fondation s’imagine déjà créer un fonds de 25 milliards de dollars, ce qui en ferait une des organisations sans but lucratif les plus riches du monde.

Ainsi, Jacob Trefethen, qui est à la tête de la fondation OpenAI, affirme à Nature : « Au cours de notre première année, nous avons pour objectif d’octroyer plus d’un milliard de dollars de subventions dans tous les domaines ». Et il ajoute : « Lors de nos six premiers mois d’activité, nous avons déjà octroyé plus d’un quart de milliard de subventions dans le domaine des sciences de la vie et de la lutte contre les maladies ». Mais tout cela reste donc suspendu à la valorisation d’une entreprise dont on ignore si ses comptes seront un jour à l’équilibre.

Comment OpenAI et Anthropic se voient en futurs financeurs de la recherche mondiale

1 octobre 2026 à 14:28
Philantropie avec des dollars virtuels
Comment OpenAI et Anthropic se voient en futurs financeurs de la recherche mondiale

Via la création de fondations « philantropiques » et de « financements sur projet », les entreprises d’IA générative et notamment OpenAI se présentent comme les futurs financeurs de la recherche mondiale, alors qu’elles ne font paradoxalement pas de profits.

Les financements publics de la recherche sont particulièrement menacés ces temps-ci, en France mais aussi aux États-Unis et ailleurs. Les entreprises de l’IA générative affichent une volonté de prendre le relai avec de l’argent qu’elles n’ont pour l’instant pas, et ainsi attirer (et choisir) les chercheuses et chercheurs qui ont besoin de financements pour faire tourner leurs laboratoires.

Une « philanthropie » donnant droit à des avantages fiscaux et finançant des entreprises

Les entreprises du numérique et leurs décideurs états-uniens ont souvent affiché une « philanthropie » à travers des fondations comme la Gate Foundation de Bill Gates et Melinda French Gates, dont le budget 2025 atteignait 91 millions de dollars [PDF]. On peut citer aussi la Chan Zuckerberg Initiative de Mark Zuckerberg et Priscilla Chan, critiquée l’année dernière pour avoir abandonné bon nombre de causes qu’elle soutenait. Ces fondations proposent des « financements sur projet » souvent dans le domaine de la recherche et de la santé.

Ce « philanthrocapitalisme » a été notamment étudié par les chercheurs Linsey McGoey, Darren Thiel et Robin West dans un article (publié en 2018) dans lequel elles expliquent que cette nouvelle philanthropie consistait notamment « à distribuer à des entreprises des subventions « philanthropiques » donnant droit à des avantages fiscaux ». Elles y ajoutaient que « les organisations philanthrocapitalistes orientent de plus en plus leurs dons vers des entreprises à but lucratif » et prenaient l’exemple de la Fondation Gates qui « a commencé à octroyer un pourcentage croissant de ses subventions à des entreprises telles que Vodafone, Mastercard et Scholastic (l’un des plus grands éditeurs d’ouvrages éducatifs au monde) sous forme d’aides non remboursables ».

OpenAI et Anthropic suivent la même voie

Les startups de l’IA générative suivent la même voie. Ainsi, la fondation OpenAI, créée en octobre 2025, vient d’annoncer dans la revue scientifique Nature s’être engagée à hauteur de 125 millions de dollars de financements pour des projets concernant la création de données librement accessibles pour la recherche dans les domaines de la santé et des sciences de la vie (mise au point des vaccins contre le cancer, recherche sur la maladie d’Alzheimer, réutilisation de données provenant d’entreprises de biotechnologie en faillite…).

En juillet dernier, Anthropic annonçait des « financements sur projet » pour la recherche scientifique sur les maladies rares. La présidente d’Anthropic, Daniela Amodei, a aussi affirmé récemment à The Economist que la santé mondiale devenait « une priorité pour Anthropic, qui collabore avec des organisations humanitaires à travers l’Afrique afin d’utiliser Claude dans le domaine des soins de santé et pour prévoir les famines ». Rappelons que Donald Trump, sur recommandation d’Elon Musk, a mis fin l’année dernière à l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et ainsi coupé les financements publics d’un nombre colossal de projets concernant la santé mondiale.

« Mais les initiatives passées visant à intégrer la technologie dans l’aide humanitaire nous rappellent qu’un accès moins coûteux à l’expertise ne suffit pas », prévient The Economist. « Les outils de santé numériques ont souvent donné de bons résultats lors des essais, mais n’ont pas réussi à s’imposer dans les systèmes de santé locaux », cite en exemple le média, qui ajoute : « les donateurs ont également tendance à percevoir le monde à travers le prisme de leur propre expertise ».

Avec quel argent ?

On peut aussi se demander comment ces entreprises financent ces projets. Elles ne dégagent en effet, aucun profit pour l’instant. Du côté des financements sur projet d’Anthropic, ils ne se font pas en argent sonnant et trébuchant, mais en crédits d’utilisation de Claude sur une période de 6 mois (« jusqu’à 50 000 dollars sous forme de crédits Claude » indique l’entreprise).

La fondation OpenAI, elle, compte sur l’entrée en bourse de l’entreprise. Celle-ci ne fait toujours pas de bénéfice et n’a pas encore indiqué quand elle prévoyait d’en faire, mais elle vise une valorisation d’environ 1 400 milliards dollars. Avec une participation de 26 % dans OpenAI, sa fondation s’imagine déjà créer un fonds de 25 milliards de dollars, ce qui en ferait une des organisations sans but lucratif les plus riches du monde.

Ainsi, Jacob Trefethen, qui est à la tête de la fondation OpenAI, affirme à Nature : « Au cours de notre première année, nous avons pour objectif d’octroyer plus d’un milliard de dollars de subventions dans tous les domaines ». Et il ajoute : « Lors de nos six premiers mois d’activité, nous avons déjà octroyé plus d’un quart de milliard de subventions dans le domaine des sciences de la vie et de la lutte contre les maladies ». Mais tout cela reste donc suspendu à la valorisation d’une entreprise dont on ignore si ses comptes seront un jour à l’équilibre.

Discord accusée d’être un « terrain de chasse de mineurs » et de ne pas les protéger

1 octobre 2026 à 06:28
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Discord accusée d’être un « terrain de chasse de mineurs » et de ne pas les protéger

Alors que le procès d’un membre du réseau 764 va s’ouvrir à Paris la semaine prochaine, l’association e-Enfance pointe l’explosion des violences faites aux mineurs sur la plateforme Discord.

Attention : le sujet de cet article est particulièrement difficile et certains détails évoqués peuvent heurter.

Le 5 octobre prochain s’ouvrira, devant la cour d’assises de Paris, le procès d’un des leaders présumés du groupe CVLT (rebaptisé « 764 »), accusé de tortures et actes de barbarie sur douze filles âgées de 11 à 16 ans.

Cet homme, qui reconnaît une fascination depuis son adolescence pour « la fraternité aryenne et le fascisme », comme l’expliquait Nice Matin en mars 2025, est accusé d’avoir attiré et piégé des adolescentes via un forum Discord qu’il administrait pour notamment les forcer à s’infliger des actes de tortures sexuelles.

e-Enfance a annoncé qu’elle se constituait partie civile dans ce procès. Cette association – qui gère le numéro de téléphone 3018 de signalement pour les victimes de cyberharcèlement – a tenu à souligner l’augmentation du nombre de signalements visant Discord pour la première moitié de cette année 2026.

Rappelons que, sur Discord, la modération repose surtout sur les administrateurs et éventuels modérateurs de chaque serveur, et que la modération y est très variable. L’entreprise est quand même responsable de la gestion des signalements des « signaleurs de confiance » prévus par le DSA.

Une augmentation importante des signalements à propos de Discord en 2026

e-Enfance, premier signaleur de confiance en France, assure [PDF] avoir reçu 138 signalements entre le 1er janvier et le 30 juin dernier, « contre 44 pour l’ensemble de l’année 2025 : en seulement six mois, ce volume dépasse le triple de celui enregistré sur toute l’année 2025 », s’alarme l’association. Elle ajoute que l’analyse effectuée par son observatoire « identifie une proportion croissante de faits d’une particulière gravité : exploitation sexuelle de mineurs, extorsion, grooming, doxing assorti de menaces de mort ou de swatting ». Et elle souligne que certains signalements « traduisent des modes opératoires rattachables à des mouvances extrémistes violentes issues du réseau cybercriminel « The Com » [dont fait partie CVLT/« 764 »] ».

Son observatoire pointe les manquements de Discord suite aux signalements : « un taux de retrait des contenus signalés limité à 33 % », constate l’association. Elle explique ce faible taux par la condition imposée par la plateforme de l’envoi de l’identifiant utilisateur Discord de l’auteur pour considérer toute notification émise par le 3018. Mais cette information est « difficile d’accès pour les victimes , et rendue inaccessible lorsque celles-ci ont bloqué l’auteur des faits », ajoute e-Enfance. Pour appuyer son analyse, l’association affirme que, depuis le début de l’année, 15 signalements sont dans ce cas, dont 13 concernent des victimes mineures.

Un mécanisme d’extorsion sexuelle envers les mineurs

« Un signalement concernant une adolescente de 14 ans, contrainte à produire des contenus sexuels violents selon un mode opératoire rattachable à la mouvance « The Com », a ainsi pu être transmis au parquet au titre de l’article 40 alinéa 1 du Code de procédure pénale, sans qu’aucune notification ait pu être adressée à Discord », ajoute l’association.

France Info a eu accès à des enregistrements d’enfants victimes de harcèlement et d’extorsion sexuelle et décrit le mécanisme mis en place en citant plusieurs exemples. « Il a commencé à me dire ‘Maintenant, tu es à moi, tu ne parles plus à personne et dès que je te demande un truc, tu le fais », confie une lycéenne. De son côté, un garçon, incité à se dénuder par un adulte se faisant passer pour un jeune joueur, explique : « Il m’a dit « j’ai tes données personnelles, envoie tes parties [intimes], sinon je vais divulguer tes infos personnelles, ton adresse, ton prénom, tout ce qu’il y a sur toi ».

e-Enfance explique que son observatoire a identifié, au premier semestre de cette année, 4 signalements « portant sur des faits particulièrement graves commis à l’encontre de mineurs sur Discord : incitation à l’automutilation, contrainte à la production de contenus sexuels violents et dégradants, exposition à des contenus de torture et de mort, discours de domination et d’emprise ». L’association juge « inégales » les réponses apportées par Discord et souligne que, concernant l’un d’entre eux, la plateforme a affirmé avoir pris des « mesures appropriées », « sans en préciser la nature, ni transmission au NCMEC (National Center for Missing and Exploited Children), malgré la gravité des faits ».

Contactée par Next, Discord n’a pas directement réagi aux affirmations d’e-Enfance. Elle affirme cependant qu’elle « s‘engage pleinement en faveur de la sécurité de ses utilisateurs » et qu’elle « souhaite que [sa] plateforme de communication soit le lieu idéal où les amis peuvent échanger avant, pendant et après leurs parties ». L’entreprise rappelle que ses conditions d’utilisation prévoient que « tous les utilisateurs doivent être âgés d’au moins 13 ans ». Et elle met en avant que « contrairement aux réseaux sociaux qui utilisent des algorithmes pour sélectionner les contenus et maximiser l’engagement, notre service s’efforce de favoriser des interactions et des liens naturels, en temps réel », en oubliant qu’elle est responsable de la modération des contenus signalés concernant ces liens réels.

« Nous combinons des technologies de pointe et des équipes de modération formées pour détecter et supprimer de manière proactive les contenus qui enfreignent nos règles. Nous mettons en œuvre des systèmes robustes destinés à empêcher la propagation de l’exploitation sexuelle et du grooming sur notre plateforme, et nous collaborons également avec d’autres entreprises technologiques et organismes de sécurité afin d’améliorer la sécurité en ligne sur l’ensemble d’Internet », assure Discord. Enfin, elle évoque l’existence de son « Discord Family Center ».

La plateforme a aussi commencé le déploiement mondial de ses outils de contrôle de l’âge qui catégorisent automatiquement les utilisateurs selon les données qu’elle a recueillies sur eux.

Discord accusée d’être un « terrain de chasse de mineurs » et de ne pas les protéger

1 octobre 2026 à 06:28
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Discord accusée d’être un « terrain de chasse de mineurs » et de ne pas les protéger

Alors que le procès d’un membre du réseau 764 va s’ouvrir à Paris la semaine prochaine, l’association e-Enfance pointe l’explosion des violences faites aux mineurs sur la plateforme Discord.

Attention : le sujet de cet article est particulièrement difficile et certains détails évoqués peuvent heurter.

Le 5 octobre prochain s’ouvrira, devant la cour d’assises de Paris, le procès d’un des leaders présumés du groupe CVLT (rebaptisé « 764 »), accusé de tortures et actes de barbarie sur douze filles âgées de 11 à 16 ans.

Cet homme, qui reconnaît une fascination depuis son adolescence pour « la fraternité aryenne et le fascisme », comme l’expliquait Nice Matin en mars 2025, est accusé d’avoir attiré et piégé des adolescentes via un forum Discord qu’il administrait pour notamment les forcer à s’infliger des actes de tortures sexuelles.

e-Enfance a annoncé qu’elle se constituait partie civile dans ce procès. Cette association – qui gère le numéro de téléphone 3018 de signalement pour les victimes de cyberharcèlement – a tenu à souligner l’augmentation du nombre de signalements visant Discord pour la première moitié de cette année 2026.

Rappelons que, sur Discord, la modération repose surtout sur les administrateurs et éventuels modérateurs de chaque serveur, et que la modération y est très variable. L’entreprise est quand même responsable de la gestion des signalements des « signaleurs de confiance » prévus par le DSA.

Une augmentation importante des signalements à propos de Discord en 2026

e-Enfance, premier signaleur de confiance en France, assure [PDF] avoir reçu 138 signalements entre le 1er janvier et le 30 juin dernier, « contre 44 pour l’ensemble de l’année 2025 : en seulement six mois, ce volume dépasse le triple de celui enregistré sur toute l’année 2025 », s’alarme l’association. Elle ajoute que l’analyse effectuée par son observatoire « identifie une proportion croissante de faits d’une particulière gravité : exploitation sexuelle de mineurs, extorsion, grooming, doxing assorti de menaces de mort ou de swatting ». Et elle souligne que certains signalements « traduisent des modes opératoires rattachables à des mouvances extrémistes violentes issues du réseau cybercriminel « The Com » [dont fait partie CVLT/« 764 »] ».

Son observatoire pointe les manquements de Discord suite aux signalements : « un taux de retrait des contenus signalés limité à 33 % », constate l’association. Elle explique ce faible taux par la condition imposée par la plateforme de l’envoi de l’identifiant utilisateur Discord de l’auteur pour considérer toute notification émise par le 3018. Mais cette information est « difficile d’accès pour les victimes , et rendue inaccessible lorsque celles-ci ont bloqué l’auteur des faits », ajoute e-Enfance. Pour appuyer son analyse, l’association affirme que, depuis le début de l’année, 15 signalements sont dans ce cas, dont 13 concernent des victimes mineures.

Un mécanisme d’extorsion sexuelle envers les mineurs

« Un signalement concernant une adolescente de 14 ans, contrainte à produire des contenus sexuels violents selon un mode opératoire rattachable à la mouvance « The Com », a ainsi pu être transmis au parquet au titre de l’article 40 alinéa 1 du Code de procédure pénale, sans qu’aucune notification ait pu être adressée à Discord », ajoute l’association.

France Info a eu accès à des enregistrements d’enfants victimes de harcèlement et d’extorsion sexuelle et décrit le mécanisme mis en place en citant plusieurs exemples. « Il a commencé à me dire ‘Maintenant, tu es à moi, tu ne parles plus à personne et dès que je te demande un truc, tu le fais », confie une lycéenne. De son côté, un garçon, incité à se dénuder par un adulte se faisant passer pour un jeune joueur, explique : « Il m’a dit « j’ai tes données personnelles, envoie tes parties [intimes], sinon je vais divulguer tes infos personnelles, ton adresse, ton prénom, tout ce qu’il y a sur toi ».

e-Enfance explique que son observatoire a identifié, au premier semestre de cette année, 4 signalements « portant sur des faits particulièrement graves commis à l’encontre de mineurs sur Discord : incitation à l’automutilation, contrainte à la production de contenus sexuels violents et dégradants, exposition à des contenus de torture et de mort, discours de domination et d’emprise ». L’association juge « inégales » les réponses apportées par Discord et souligne que, concernant l’un d’entre eux, la plateforme a affirmé avoir pris des « mesures appropriées », « sans en préciser la nature, ni transmission au NCMEC (National Center for Missing and Exploited Children), malgré la gravité des faits ».

Contactée par Next, Discord n’a pas directement réagi aux affirmations d’e-Enfance. Elle affirme cependant qu’elle « s‘engage pleinement en faveur de la sécurité de ses utilisateurs » et qu’elle « souhaite que [sa] plateforme de communication soit le lieu idéal où les amis peuvent échanger avant, pendant et après leurs parties ». L’entreprise rappelle que ses conditions d’utilisation prévoient que « tous les utilisateurs doivent être âgés d’au moins 13 ans ». Et elle met en avant que « contrairement aux réseaux sociaux qui utilisent des algorithmes pour sélectionner les contenus et maximiser l’engagement, notre service s’efforce de favoriser des interactions et des liens naturels, en temps réel », en oubliant qu’elle est responsable de la modération des contenus signalés concernant ces liens réels.

« Nous combinons des technologies de pointe et des équipes de modération formées pour détecter et supprimer de manière proactive les contenus qui enfreignent nos règles. Nous mettons en œuvre des systèmes robustes destinés à empêcher la propagation de l’exploitation sexuelle et du grooming sur notre plateforme, et nous collaborons également avec d’autres entreprises technologiques et organismes de sécurité afin d’améliorer la sécurité en ligne sur l’ensemble d’Internet », assure Discord. Enfin, elle évoque l’existence de son « Discord Family Center ».

La plateforme a aussi commencé le déploiement mondial de ses outils de contrôle de l’âge qui catégorisent automatiquement les utilisateurs selon les données qu’elle a recueillies sur eux.

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