AMD change le narratif « sans concession » du monde PC
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Pendant des années, les constructeurs ont mis en avant un monde de performances PC sans concession. Processeur, écran, carte graphique, stockage et mémoire vive. Tout devait fonctionner sur une même partition d’excellence. La moindre anicroche, le moindre faux pas technique entrainait toujours une catastrophe en termes de performances.
Ce discours-là semble révolu. Les annonces marketing de ce type, celles qui mettent en avant des configurations haut de gamme pour définir l’excellence, se retrouvent un peu coincées par la situation actuelle du marché. Comment vendre ce fantasme de performances quand les pièces pour le construire ne sont plus disponibles ? Je me souviens d’un client, dans ma précédente carrière, qui m’expliquait que pour lui le monde PC était une sorte de solution de réconfort par rapport au monde automobile. Je n’ai pas compris immédiatement où il voulait en venir, mais il me l’a rapidement expliqué.
Le monde de l’excellence automobile a plusieurs noms : Ferrari, Rolls Royce, Maserati… Pour lui, ces engins étaient absolument inaccessibles financièrement parlant. Un achat d’une de ces voitures, même d’occasion, n’était pas envisageable. Alors il avait trouvé un ersatz pour compenser avec le monde PC. Il m’a expliqué cela en faisant un chèque d’un montant assez élevé. Alors que seulement trois mois auparavant, il en faisait un autre d’un montant équivalent. Sa marotte était d’avoir le « meilleur PC pour jouer » possible. Et pour cela il dépensait une fortune d’un côté en revendant ses anciennes pièces détachées de l’autre. Une nouvelle carte graphique était disponible ? Il l’obtenait. Un processeur plus puissant ? Il venait nous voir. Un stockage légèrement plus rapide ? Rebelote. Sa machine muait en permanence. D’ailleurs, il ne jouait pas réellement avec sa machine. À cause de ses entrailles ouvertes quasi tout le temps, il passait surtout son temps à lancer des benchs. Savourant les points virtuels et inutiles gagnés grâce à un nouveau ventilateur, une nouvelle carte mère ou autre. Même si parfois le gain était infinitésimal.
Cette logique m’échappait. Tout comme la logique d’acheter une Ferrari pour la garder dans un garage et ne la sortir que pour l’admirer m’échappe. Mais je pouvais comprendre cette espèce d’autothérapie destinée à calmer ses frustrations. Cela d’autant plus que le marketing du marché PC a toujours joué de cette corde sensible de la performance.
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Volte-face : la pénurie de RAM change le discours sans concession d’AMD
Les constructeurs de PC ont toujours eu ce discours de l’excellence. De la machine qui ne doit pas avoir de maillon faible. Sauf qu’en ce mois de janvier 2026, la pénurie de mémoire est telle que tenir ce type de discours est devenu contreproductif. Les constructeurs vont devoir assembler ce qu’ils trouvent sur le marché. Et non pas forcément la crème de la crème dans leurs PC.
| Cœurs CPU | Fréquence max | Cache L3 | TDP | Prix conseillé | |
|---|---|---|---|---|---|
| Ryzen 7 9850X3D | 8 cœurs | 5,6 GHz | 96 Mo | 120 W | 499 $ |
| Ryzen 7 9800X3D | 8 cœurs | 5,2 GHz | 96 Mo | 120 W | 479 $ |
Ce que les constructeurs proposaient avec des ultra-hautes fréquences en DDR5 et LPDDR5 en 2025 ne sera tout simplement pas disponible en 2026. Et AMD d’annoncer pour la sortie de leur nouveau Ryzen 7 9850X3D que l’incidence de la mémoire vive est finalement assez faible. Chiffres à l’appui. C’est assez amusant parce que le discours précédent, pour la sortie du Ryzen 7 9800X3D, était que sans une mémoire DDR5-6000, la puce ne donnait pas réellement tout son potentiel. Ce qui est vrai, mais avec une différence mineure de vitesse pour des différences parfois majeures de tarif.
Un revirement de discours d’autant plus amusant que le Ryzen 7 9850X3D n’est rien d’autre qu’un Ryzen 7 9800X3D avec 400 MHz de plus. Rien n’a vraiment changé entre les puces.
Sans concession jusqu’à ce que la mémoire vive disparaisse.…
Le site VideoCardz publie une image de présentation d’AMD, probablement à destination des assembleurs et revendeurs, expliquant que monter un PC avec de la DDR5-4800 ou de la DDR5-6000 n’a pas d’importance. La baisse de performances est au pire de 1.6% et en moyenne de moins de 1% entre les deux mémoires. Et encore, il faut voir les autres chiffres dans ce graphique. Les plus importants à mon sens.
On parle d’un affichage qui ne va « que » à 275 images par seconde en DDR5-4800 contre 278 images par seconde en DDR5-6000 sous Cyberpunk 2077. J’aimerais bien connaitre l’être humain qui verrait une différence à l’œil nu entre les deux mémoires. Idem pour les autres jeux. Le pire étant les 1.6% de différence sous Warjammer 40 000 qui font basculer les 179 images par seconde de la meilleure mémoire vive à un honteux 176 images par seconde. Injouable !
Enfin, le plus intéressant vient des chiffres tout en bas. Les prix remontés par AMD : 400$ pour 2 x 16 Go de DDR5-4800 contre 470$ pour la DDR5-6000. Voilà al vraie raison de ce comparatif qui prend à rebrousse-poil des années de marketing. Les revendeurs qui voudront proposer le nouveau processeur d’AMD pourront baisser la note de leur configuration complète en prenant de la DDR5 moins rapide. Et, si le client renacle à cette idée, ils auront le discours tout prêt offert sur un plateau par le marketing d’AMD. « Choisir de la DDR5-4800 n’a pas ou presque pas d’incidence en jeu ».
Les barrettes de mémoire avec LEDs RGB vont devenir plus rares…
Cela change tout le discours d’excellence pratiqué par les marques qui, jusque-là, ne voulaient pas proposer autre chose que la crème du matériel disponible. Un moyen assez pratique de se distinguer des gammes inférieures et de faire passer la pilule de prix « gamers » ou « créateurs » assez élevés. Aujourd’hui, avec l’absence d’une source fiable de mémoire vive et des prix qui ont explosé, il est temps de revenir en arrière sur cette logique.
Je ne révélerai donc pas un grand secret en vous annonçant que, dans les mois à venir, des configurations vont largement se métamorphoser. De belles différences vont apparaitre entre les millésimes 2025 et 2026. La mémoire vive va baisser en vitesse certes, mais également en capacité. Les constructeurs vont découvrir de manière étonnante que « 8 Go de RAM suffisent finalement » ou qu’on vit très bien « avec 256 Go de stockage rapide ». D’autres vont baisser la quantité de mémoire de leurs cartes graphiques… Beaucoup de constructeurs et d’assembleurs vont redécouvrir la mémoire vive DDR4. Sur toutes les plateformes compatibles avec ce type de RAM, nous devrions voir leur retour. C’est ce qui explique d’ailleurs la hausse en flèche de cette catégorie de composants actuellement. Les grands constructeurs ayant compris qu’elle n’était plus un tabou marketing pour cette année, ils se sont mis à acheter en masse tout ce qui était encore disponible.
C’est toujours amusant d’observer un voile se lever sur les stratégies marketing des marques. Après des années de mémoire vive au plus bas, des constructeurs ayant fait de leurs fabuleuses capacités et de leur vitesse un argument phare dans leur communication, allant même jusqu’à la décorer de LEDs et de fonctions plus ou moins utiles, ajoutant des dissipateurs et poussant les fréquences à l’extrême. Désormais, on essaye d’éteindre l’incendie en expliquant qu’au final le consommateur peut très bien se contenter de composants classiques. Quelles que soient sa marque, son design et, horreur, sa vitesse.
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