
La hausse des prix de la mémoire vive joue des tours à toute l’industrie. Mais pour Framework, c’est particulièrement sensible et révélateur de la dimension de cette entreprise.

Chaque composant de mémoire a vu son prix augmenter
Le 17 décembre dernier, une première hausse des prix chez Framework s’accompagnait d’un grincement de dents. Son PDG expliquait que les entreprises concurrentes n’étaient pas justes dans leurs augmentations de tarifs. Qu’ils « profitaient » de la crise de la mémoire vive pour augmenter leurs marges. Chose que ne faisait pas Framework. Deux jours plus tard, la même marque annonçait une seconde hausse de mémoire qui rattrapait d’un coup sensiblement l’écart qu’il constatait juste quelques jours avant avec ses concurrents.
Une troisième hausse des prix est désormais annoncée pour Framework, ce 11 février c’est un message laconique qui explique que l’achat de mémoire LPDDR5x qui équipe les ordinateurs portables de la marque continue d’augmenter. Ce qui ne laisse pas d’autres choix pour le constructeur que de refléter cette hausse sur ses tarifs publics. Au passage, les prix de vente proposés pour ces modules LPDDR5x sont dévoilés. En décembre, le gigaoctet de LPDDR5x était positionné à 10$ environ. Un prix HT en gros et avant toute implantation.

Aujourd’hui, ce même gigaoctet varie entre 12 et 16$ suivant la densité des puces. Les composants de 1 Go, peu denses, sont les moins chers. Si vous construisez un portable avec quatre emplacements de LPDDR5x cela ne permet que de proposer 4 Go de mémoire à vos clients. Si vous voulez 8 Go il vous faut des puces LPDDR5x plus denses de 2 Go. Et ainsi de suite : pour avoir 16 Go il vous faut des puces de 4 Go. Cela va jusqu’à 32 Go avec quatre puces de 8 Go. Les prix de ces composants LPDDR5x de meilleure capacité s’envolent et s’approchent de 16$ le Go.

Les modules les plus denses de mémoire vive sont plus chers.
Autrement dit, chaque petit composant de 4 Go RAM à souder sur une carte mère pour sortir un portable en 16 Go est passé de 40$ pièce en décembre à 64$ pièce. Un prix Hors Taxes qui a des impacts en cascade, notamment sur la trésorerie des entreprises. Avec cette hausse des prix spectaculaire, le constructeur ne peut plus commander autant de mémoire qu’avant et donc ne peut pas sortir autant de portables qu’avant.
En décembre, Framework pouvait, en utilisant 10 000$, acheter 250 modules de 4 Go de LPDDR5x à 40$. Désormais, avec des modules à 64$, il ne peut plus que commander 156 modules pour la même somme. Avec 250 modules, la marque pouvait sortir de ses lignes 62 portables équipés en 16 Go. Avec 156 modules, ce ne sont plus que 39 machines qui peuvent être produites1. Il faut donc payer son personnel, ses locaux, ses charges avec 39 machines vendues pour 10 000 dollars injectés, ce qui a également un impact sur le prix de chaque engin.
Cette hausse des prix s’accompagne chez Framework d’un message indiquant que, non seulement, la marque essayait d’ajuster le prix des composants au plus proche de son prix d’achat, mais qu’elle absorbait une partie de ce tarif pour ne pas le répercuter sur ses clients. En clair, Framework a baissé ses marges. Elle sait pertinemment que si elle ne le fait pas, comme les autres constructeurs du marché, elle va gripper son carnet de commandes. Baisser ses marges n’est pas un choix pour l’industrie aujourd’hui, c’est une mesure de sauvegarde pour ne pas mettre ses ventes à l’arrêt.

Un module de mémoire Micron
Framework piégé par la hausse des prix
Comme je vous le disais en décembre, Framework a été un peu cavalier de se déclarer plus proche des prix réels de la hausse que ses concurrents. Quand la marque annonçait que Dell et Apple surfacturaient le prix de leur mémoire vive, c’est bien parce que les problématiques en jeu sont différentes. Les échelles de ventes sont très étrangères et les outils industriels ne sont pas dimensionnés de la même façon.
Au final, Framework a sans doute « rattrapé » aujourd’hui la différence de tarif qu’elle reprochait à ses concurrents. Mais lorsque Framework commandait de quoi produire quelques dizaines de milliers de machines en décembre, les grands fabricants de la planète devaient trouver des ressources pour en fabriquer des millions. Dell a sorti 11.7 millions de PC au troisième trimestre 2025. Cela fait 2.92 millions de machines sur la période et donc autant de modules de mémoire vive à obtenir. Framework ne communique pas sur sa production, évoquant juste un nombre « à six chiffres » et donc quelque chose entre 100 000 et 999 999 machines à l’année.
On peut se dire que la capacité d’achat d’un Dell permet de payer moins cher sa mémoire vive et donc d’avoir de meilleurs tarifs qu’un plus petit concurrent. C’est tout à fait vrai lorsque l’offre est plus grande que la demande. Mais dans le cas présent, c’est tout le contraire. Si un fournisseur de mémoire vive comme Micron, Samsung ou SK Hynix ne produit plus assez parce que le gros de sa production est absorbé par des serveurs de calcul d’IA. Il va vous demander de payer plus cher pour obtenir la garantie de recevoir la mémoire vive dont vous avez besoin.
Au final, les prix d’une entité comme Framework ou d’une autre comme Dell vont se retrouver être assez similaires. Framework aura pour lui l’agilité et la possibilité de compléter ses commandes au fil de l’eau par « petits » lots. Saisissant les occasions comme elles se présentent. Dell aura sa force de frappe et l’historique de son carnet de commandes pour négocier sa mémoire.

Chaque lame de serveur d’IA consomme des To de mémoire vive
Comparer ses actions et ses prix sur un marché informatique si spécifique est donc toujours assez dangereux. Au mieux, c’est assez naïf, au pire c’est une pratique commerciale douteuse et teintée de mauvaise foi. Encore une fois, les constructeurs font face à une situation dont ils connaissaient les risques. De nombreux signaux d’alerte ont par le passé déjà fait largement fluctuer les cours de la mémoire.
En 2020 par exemple, une ligne de production Micron tombe en panne et le cours de la mémoire vive s’envole immédiatement. Le flux entre production et demande étant déjà extrêmement tendu. En 2017, ce n’étaient pas les serveurs d’IA qui faisaient monter les cours, mais l’impact de la demande de smartphones de plus en plus gourmands.
La différence aujourd’hui, c’est que les plans d’investissement des géants de l’IA sont absolument sauvages. Ils ne sont pas « auto-régulés » par l’arbitrage d’une clientèle qui est l’acheteur final et vont durer très longtemps. Une usine qui pose problème, à la suite d’une panne ou d’une catastrophe naturelle, cela se répare et les constructeurs peuvent jouer sur leurs stocks pour faire tampon. Le calendrier des investissements liés à l’intelligence artificielle s’étale au contraire sur plusieurs années. Ce qui rend la tension trop longue pour être encaissée.
Quant aux tarifs des produits qui pouvaient limiter la hausse, elle n’existe tout simplement pas. En 2017 quand les smartphones se sont mis à faire flamber les cours, le prix a dû s’arrêter de monter parce que les constructeurs se sont rendus compte que l’impact de cette hausse ralentissait leurs ventes. Les centres de données d’IA n’ont aucune notion de rentabilité à court, moyen et long terme pour le moment. Ils achètent donc de la mémoire pour n’importe quel montant, même le plus délirant. Sans jamais être ralentis par une quelconque question de retour sur investissement.
Et la hausse des prix n’est pas prête de s’arrêter.
Troisième hausse des prix de Framework à cause de la mémoire © MiniMachines.net. 2026