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Meta revient (plus ou moins) sur son projet de surveillance de ses employés

5 juin 2026 à 06:21
IA patronale
Meta revient (plus ou moins) sur son projet de surveillance de ses employés

Devant les critiques internes, Meta allège un peu son projet de déploiement d’un outil de surveillance des salariés destiné à entraîner ses moteurs d’IA.

En avril, Meta avait informé ses employés que leurs moindres faits et gestes seraient surveillés par un nouvel outil nommé Model Capability Initiative (MCI). La machine devait enregistrer tous les mouvements de curseur de souris, les clics et les frappes de clavier, ainsi qu’enregistrer des captures d’écran de temps à autre.

Devant la fronde suscitée par l’annonce, l’entreprise aurait néanmoins un peu réduit la voilure de son projet, rapporte Reuters. Celui-ci n’est pas archivé pour autant : concrètement, Meta indique qu’elle permettra à celles et ceux qui le souhaitent de mettre le fonctionnement de MCI en pause « jusqu’à 30 minutes à la fois », voire de demander à être exemptés de la soumission au projet.

« Usine à extraction des données des employés »

La décision fait suite à plusieurs semaines de protestations au sein de la société de Mark Zuckerberg. Au moment de l’annonce du déploiement de MCI, Meta expliquait à la BBC que si elle s’employait à « construire des agents pour aider les gens à réaliser des tâches du quotidien sur leurs ordinateurs, nos modèles ont besoin d’exemples de la manière dont les gens les utilisent concrètement ».

L’argumentaire n’a absolument pas convaincu en interne. Alors que l’entreprise a récemment licencié 1 500 personnes, déplacé 7 000 autres, et annoncé une future réduction de 10 % de ses effectifs restants, de nombreux employés se sont organisés pour appeler à stopper le déploiement de l’outil.

Début mai, certains distribuaient des flyers dans les bureaux états-uniens, dans lesquels Meta était qualifié d’usine à extraire les données des employés (Employee Data Extraction Factory). Au Royaume-Uni, un autre groupe de travailleurs s’est rapproché du syndicat United Tech and Allied Workers (UTAW). Une pétition signée par plus de 1 500 personnes a par ailleurs été adressée à Mark Zuckerberg.

Recul relatif

Devant l’ampleur du mouvement, la direction a fait circuler un nouveau mémo ce 2 juin. Vice-président du Superintelligence Labs de Meta, Stephane Kasriel, qui en est l’auteur, se veut rassurant :

« Bien que nous restions confiants au sujet des mesures de protection de la vie privée mises en place lors du lancement, qui ont fait l’objet de plusieurs évaluations de risques, nous avons entendu vos inquiétudes relatives aux données personnelles présentes sur les appareils professionnels, à l’autonomie de la batterie, ainsi que votre souhait de disposer d’un plus grand contrôle sur le moment où la capture a lieu. »

Il a annoncé que « plusieurs optimisations » avaient été apportées à l’outil, dont l’une dédiée à réduire la pression sur la batterie des ordinateurs portables. Parmi les critiques, les employés soulignaient en effet que le recours à MCI faisait grimper leur usage d’internet lorsqu’ils travaillaient depuis chez eux.

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Municipales 2026 : retour sur l’opération d’ingérence numérique contre LFI

4 juin 2026 à 10:37
L'huile, l'allumette, le foyer
Municipales 2026 : retour sur l’opération d’ingérence numérique contre LFI

Alors que trois candidats LFI ont été visés par des opérations d’ingérence numérique étrangère, la publication du rapport de Viginum crée des tensions politiques.

Le 26 mai, le parquet de Paris ouvrait une enquête sur des soupçons d’ingérence contre plusieurs candidats La France Insoumise (LFI) aux municipales. Depuis, l’exécutif débat de l’opportunité d’évoquer le dossier publiquement. Selon les informations du Canard Enchaîné et de L’Express, le premier ministre Sébastien Lecornu pourrait prendre la parole ce 4 juin, alors que Jean-Luc Mélenchon accuse ouvertement le gouvernement de garder le silence.

Le 20 mai, à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez reconnaissait la gravité d’une « ingérence numérique étrangère » visant plus spécifiquement les candidatures de Sébastien Delogu à Marseille, François Piquemal à Toulouse et David Guiraud à Roubaix.

Blog douteux, caricatures et accusations sans fond

Un blog, des pages Facebook et X accusant, au nom d’une mystérieuse « Sophie », le candidat LFI Sébastien Delogu de viol et de violences sexuelles. À Marseille, ces rumeurs numériques avaient été doublées de tracts physiques, placardés jusque sur certains panneaux d’affichage électoral, relatait Le Monde au mois de mars. Au bas de ces documents : un QR code qui renvoyait vers le fameux blog.

Mais voilà, Sophie n’existe pas. À l’examen, les multiples commentaires et likes de sa page Facebook sont issus de faux comptes, dont l’essentiel publiés depuis l’Asie. Au total, ce sont d’ailleurs trois candidats insoumis qui sont visés par ces campagnes de déstabilisation. La première, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a alerté David Guiraud des données personnelles lui appartenant et des montages visant à le décrédibiliser circulaient sur des forums de pirates informatiques.

À Toulouse, François Piquemal est visé par des images hostiles, représentant des femmes voilées ou une personne affublée de l’inscription « LFI » et tabassant un homme à terre, ou par l’accusation d’être un pédocriminel. Ces contenus ont été publiés « en pleine période de réserve électorale », raconte ce dernier à Franceinfo : il est privé de toute possibilité de communiquer.

Titré « L’alternative 2026 », une autre opération vise l’intégralité de La France Insoumise, se faisant passer pour un site de consignes de vote ciblant la population musulmane, mais dont le but réel semble être de décourager le vote.

Les pistes ouvertes par la découverte de l’entité BlackCore

Le compte X de Sophie est lié à une série d’autres comptes aux profils visiblement générés par IA, et à divers sites web qui participent activement à attaquer François Piquemal et ses collègues. Si le mode opératoire est inédit, une enquête conjointe des médias Libération et Haaretz permet d’en remonter la piste jusqu’à une entité nommée BlackCore. Sur un serveur du site blackcore.online, les médias ont en effet repéré une série d’outils ayant visiblement servi à l’élaboration des campagnes d’influence numérique.

Ils sont parvenus à les lier à deux sociétés localisées à Tel Aviv, en Israël : Galacticos et SNI, dont les représentants affirment « avec la dernière énergie » n’avoir aucun lien avec BlackCore. Libération relève néanmoins que tous les sites web qu’il avait découverts ont disparu dans les deux heures après la prise de contact avec les deux sociétés.

Le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères VIGINUM n’a pour le moment pas confirmé les liens entre les différentes affaires. Certaines notes du réseau de coordination et de protection des élections (RCPE), constitué de l’Arcom, de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, du secrétariat général du Gouvernement, du ministère de l’Intérieur et de VIGINUM, en revanche, se penchent bien sur leur cas.

Ainsi de celle du 10 mars, qui souligne (.pdf) la présence de « plusieurs sites et comptes sur les réseaux sociaux, qui présentent des caractéristiques d’inauthenticité – notamment des photos générées par intelligence artificielle et des dates de création communes », et relève des « marqueurs techniques étrangers » dans des actions aux élections marseillaises et toulousaines. Le 12, une note qualifie (.pdf) officiellement l’opération d’ingérence numérique étrangère.

Un rapport devenu objet de tensions politiques

Dans la foulée des événements, plusieurs plaintes ont été déposées : par Sébastien Delogu, en mars, pour diffamation, par exemple. À Toulouse, François Piquemal a déposé un recours en annulation de l’élection, perdue de 13 227 voix face à Jean-Luc Moudenc (divers droite), en lien avec ces ingérences. Il a par ailleurs laissé la porte ouverte à des poursuites au pénal.

Depuis la mi-mai, ces différentes affaires ont par ailleurs pris un nouveau tour politique, alors que Jean-Luc Mélenchon a jugé le gouvernement « complice » des ingérences « par son silence ». Le 20 mai, le Canard enchaîné révélait en effet que le RCPE avait débattu de la publication du premier rapport public relatif aux opérations de déstabilisation visant les trois candidats LFI, mais que Christian Charpy, président de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, aurait « exigé que des passages entiers soient caviardés » pour ne pas « servir de tremplin à LFI ».

Interrogé sur le sujet à l’Assemblée nationale, Laurent Nuñez a évoqué des faits « graves » et annoncé que le rapport serait « évidemment publié ». Le 26 mai, le parquet de Paris s’est saisi des trois affaires à son initiative, « sans avoir été saisi ni par plainte, ni par signalement, ni sur dessaisissement ». Deux semaines plus tard, le Premier ministre envisagerait désormais de prendre la parole sur le sujet.

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☕️ Booba condamné pour injures racistes et cyberharcèlement

2 juin 2026 à 15:05


Le tribunal correctionnel de Paris a condamné ce 2 juin le rappeur Booba, Ellie Yaffa de son vrai nom, à trois mois de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende pour des faits de cyberharcèlement et d’injure raciale envers la journaliste de France Télévision Linh-Lan Dao.

Cette dernière a porté plainte en avril 2024, critiquant le rôle de l’artiste dans la campagne de violence qui l’avait visée après la publication d’un article de débunkage sur les liens entre vaccin à ARN messager et maladie de Creutzfeldt-Jakob.

Suivi par plus de 6 millions d’abonnés au moment des faits, Booba avait publié une capture d’écran de l’article, puis proposé à la journaliste un « strip poker sans cartes » autour d’un « wok de légumes ». 
Il ne s’est pas présenté à l’audience, qui s’est tenue le 1er avril 2026. À la barre, Linh-Lan Dao avait de son côté décrit la « journée horrible » de déclenchement de la campagne, à la suite de laquelle sa productivité et sa présence sur X avaient baissé.

Pour le tribunal, « la dimension sexiste du discours et celle essentialisante, à raison de ses origines asiatiques, destinées à renvoyer la journaliste Linh-Lan Dao à sa seule qualité de femme asiatique, lui confèrent à l’évidence un caractère malveillant ».

Le rappeur a été condamné à verser 4 000 euros de dommages-intérêts à la partie civile, indique l’AFP.

Dans un autre dossier étudié à la même audience, Booba par ailleurs été condamné à 20 000 euros d’amende pour injure raciale contre le chroniqueur Tristan Mendès-France, qui dénonçait sur X le cyberharcèlement visant Linh-Lan Dao. Booba avait publié des messages évoquant son nez, ce que le tribunal a qualifié de « reprise du stéréotype antisémite le plus éculé ».

Le rappeur fait appel des deux condamnations.

☕️ La France attaquée devant la CEDH dans une affaire de « pornographie du viol »

2 juin 2026 à 07:47


La France est mise en cause devant la Cour européenne des droits de l’homme par une femme victime de diffusion de captations vidéo de son viol.

Face à la Cour, elle dénonce la décision de la Justice française ne pas qualifier les faits de « traite des êtres humains » et interroge la manière dont l’État a évalué le consentement. 


Outre la prise de contact avec les victimes par l’intermédiaire d’un faux profil Facebook, l’affaire a par ailleurs impliqué la diffusion de « vidéos amateurs relevant de la pornographie du viol », représentant des sévices « particulièrement violents et dégradants, souvent accompagnés d’injures sexistes ou racistes ».

Sur le versant numérique, la requérante demande donc à la Cour européenne de se prononcer sur les mesures prises par les autorités françaises pour « protéger la dignité, l’intégrité et la vie privée de la requérante – victime présumée de violences sexuelles – notamment en empêchant la diffusion des vidéos la représentant lors des faits allégués ».

Balance de la justice

Comme le souligne le juriste Nicolas Hervieu, c’est la deuxième fois cette année que la France est mise en cause devant la CEDH pour une absence de suppression « rapide et définitive » des vidéos de viols accessibles en ligne.

La première plainte a été déposée par une autre femme, partie civile de l’affaire dite « French Bukkake ». Ce site internet diffusait des vidéos pornographiques et proposait aux abonnés, contre paiement, de participer à des tournages, voire d’obtenir des prestations sexuelles. Les mis en cause seront jugés aux Assises.

Dans les deux cas, les victimes qualifient la circulation des images de « victimisation secondaire », une description qui s’entend aussi du côté d’autres types de victimes de diffusion non consenties d’images à caractère sexuel (par exemple exposées à la diffusion d’images intimes initialement créées pour le cadre privé, pratique parfois qualifiée de « revenge porn »).

En 2024, Google avait été condamné par le tribunal de Paris à verser 2 000 euros à une plaignante pour avoir tardé à déréférencer des vidéos dans lesquelles elle apparaissait.

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Les Pays-Bas bloquent le rachat d’un fournisseur numérique par une société états-unienne

27 mai 2026 à 13:03
Independance day
Les Pays-Bas bloquent le rachat d’un fournisseur numérique par une société états-unienne

Le gouvernement néerlandais vient de bloquer le rachat de la société numérique Solvinity par l’acteur états-unien Kyndryl. En cause : des préoccupations en matière de souveraineté.

Aux Pays-Bas, les citoyens recourent régulièrement à l’application gouvernementale DigiD app pour s’authentifier à divers services numériques. L’application leur sert aussi bien pour échanger avec l’administration que pour acheter une maison ou prendre un rendez-vous médical.

DigiD app est construit par une société locale, Solvinity, qui gère aussi la plate-forme administrative nationale MijnOverheid. Solvinity est par ailleurs en charge de la sécurisation des communications numériques du ministère de la Justice et de la Sécurité.

Alors que la société états-unienne Kyndryl avait annoncé le rachat de l’acteur néerlandais, les autorités ont bloqué la transaction. Le recours à des technologies états-uniennes inquiète de plus en plus au sein de l’Union européenne.

Rachat par une émanation d’IBM

Issue de la scission des services d’infrastructures d’IBM, Kyndryl a été créée en 2021. Cotée à la bourse de New York, elle est actuellement valorisée à 2,7 milliards de dollars.

Solvinity est quant à elle détenue par la société britannique de capital-investissement Vitruvian Partners. Les fondateurs néerlandais de cette société de 275 employés, qui enregistraient 70 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2025, maintiennent quant à eux une participation minoritaire à son capital.

Mais dès l’annonce de la revente, en novembre 2025, l’opération a créé des remous : elle était critiquée pour sa propension à mettre à portée d’application du Cloud Act états-unien un opérateur d’infrastructure numérique sensible.

Évaluation négative

Alors que le rachat était validé par Vitruvian Partners, puis accepté par l’Autorité néerlandaise de la concurrence, l’ACM, la secrétaire d’État chargée de l’économie numérique Willemijn Aerts a demandé à l’agence chargée d’examiner les investissements transfrontaliers (BTI) d’étudier les risques que posait le transfert.

Dans une lettre ouverte adressée au Parlement, cette dernière indique que l’autorité a considéré le rachat comme un « risque probable pour l’intérêt public ». C’est la première fois que cette dernière intime d’empêcher une acquisition états-unienne depuis sa création, en 2020. Ce 25 mai, le gouvernement néerlandais a décidé de suivre cet avis et de bloquer l’opération.

Si les Pays-Bas « portent une grande valeur à la présence d’entreprises étrangères, en particulier de sociétés technologiques issues des États-Unis (…) ils maintiennent un cadre indépendant d’examen des investissements afin de protéger l’intérêt public », indique la lettre. Kyndryl s’est déclaré « extrêmement déçu » et a regretté la « politisation » de l’affaire. La société s’engage néanmoins à « continuer d’accompagner [ses] clients aux Pays-Bas dans la modernisation de leurs systèmes », notamment en leur proposant des« méthodologies d’IA agentique ».

Solvinity, de son côté, se dit ouvert aux discussions avec le gouvernement sur les questions de « sécurité nationale, de souveraineté numérique et de protection des infrastructures critiques néerlandaises ». Quant au service DigiD, il a publié ses propres informations, soulignant que Solvinity n’est que le « fournisseur de l’infrastructure de plateforme sur laquelle DigiD fonctionne, celle-ci étant hébergée sur un data center gouvernemental ». Il souligne que les données personnelles des citoyens sont protégés par chiffrement, et que les employés de Solvinity n’y ont jamais accès.

Cette décision est rendue alors que la Commission européenne doit proposer d’ici quelques semaines une série de mesures dédiées à renforcer la souveraineté numérique et à réduire la dépendance de l’Europe envers des technologies étrangères, en particulier dans les domaines du cloud, des puces et de l’IA.

Aux Pays-Bas, sept fournisseurs de cloud travaillent d’ailleurs collectivement pour tenter de proposer une alternative aux fournisseurs états-uniens, rapportait NRC début avril. Ils se sont notamment mis d’accord pour utiliser les mêmes standards, afin de faciliter la circulation d’un fournisseur à l’autre et permettre de travailler sur de plus gros projets, et pour permettre à leurs concurrents de récupérer les projets critiques si jamais l’une d’entre elles était rachetée par un acteur non européen.

Aux États-Unis, les forces de l’ordre alertent contre un « extrémisme anti-technologie »

27 mai 2026 à 08:03
Qu'entendez-vous par extrêmisme ?
Aux États-Unis, les forces de l’ordre alertent contre un « extrémisme anti-technologie »

Aux niveaux local et fédéral des États-Unis, différents services de renseignement et de maintien de l’ordre surveillent de plus en plus les mouvements d’opposition à l’intelligence artificielle ou à l’édification de certains centres de données. Un service évoque même la possibilité d’un « extrémisme anti-technologie », aux caractéristiques floues.

À force d’inquiétude généralisée envers les effets de l’intelligence artificielle (IA) sur les emplois, de manifestations contre des centres de données et d’attaques contre le domicile de Sam Altman, les forces de l’ordre états-uniennes discutent d’un nouveau risque : l’extrémisme anti-technologie. C’est du moins l’image qu’un rapport non publié du ministère de la Sécurité intérieure local, obtenu par Wired, dessine.

L’arrestation en février 2025 de Ziz Laota, accusée d’avoir mené un groupe à la manière d’une secte, pourrait accréditer la thèse de l’existence d’un tel extrémiste. Surnommés les « Zizians » dans les médias états-uniens, ce groupe d’ingénieurs obsédés par les risques existentiels de l’IA est en effet suspecté d’avoir causé au moins six morts.

En l’état, cela dit, le concept d’« extrémisme anti-tech » est proposé avec une définition si vague que certains experts craignent une instrumentalisation. Les mouvements d’opposition au déploiement de l’IA ou à l’expansion de son infrastructure se multiplient à travers les États-Unis, alors que certains sondages estiment à 71 % la part des Américains opposés à la construction de nouveaux centres de données. Mais le gouvernement Trump s’est fait l’ardent promoteur de cette industrie.

Des catégories floues

De fait, cette nouvelle catégorie d’extrémisme surveillée par le FBI et les services antiterroristes états-uniens apparaît quelques mois seulement après que Donald Trump a déclaré que l’antifascisme était une forme de terrorisme, et ordonné au ministère de la Justice de réprimer les personnes démontrant des opinions « anti-américaine », « anti-chrétienne » et « anti-capitaliste ».

Alors que la stratégie antiterroriste publiée mi-mai (.pdf) par son administration place l’extrémisme d’extrême-gauche parmi les trois priorités antiterroristes du pays, des documents de travail du Bureau new-yorkais du renseignement et de la lutte contre le terrorisme introduisent ce fameux concept d’« extrémisme violent anti-tech » sans le définir précisément. Si l’expression n’apparaît pas pour le moment dans les documents émis par le FBI ou le ministère de la Sécurité intérieure, ces fichiers trahissent une attention accrue portée aux mouvements critiques de l’industrie de l’IA à travers le pays.

Le rapport de la police new-yorkaise fait notamment suite à un travail conjoint mené avec le FBI dans le cadre d’une enquête sur des « acteurs anarchistes extrémistes violents ». Ailleurs, à travers les États-Unis, les centres dédiés à faire le lien entre agences de renseignement fédérales et forces de l’ordre locales collectent quant à eux de l’information sur les mouvements qui s’inquiètent de l’avancée de l’IA, ou sur des menaces présumées contre des centres de données.

En Virginie du Nord, l’un de ces centres catégorise comme démonstration de risque de violence des comportements vagues. Dans son rapport, Wired relève que des activités comme des « menaces exprimées ou implicites », « l’observation ou la surveillance », la « photographie », le « test des dispositifs de sécurité » et les « tentatives d’intrusion » sont toutes citées comme de potentielles démonstrations d’extrêmisme.

En mars, un autre de leurs rapports démontrait une surveillance accrue de manifestations protégées par la Constitution des États-Unis. Ainsi de rassemblements anti-Tesla, ou d’une manifestation titrée « Break Up with Red Rager » organisée par un groupe d’activistes visant à stopper les investissements dans le fabricant d’arme israélien Elbit.

Inévitabilité de l’IA contre mobilisations citoyennes

Conseiller juridique du Fonds de défense juridique de la NAACP, une organisation de défense des droits civiques, Spencer Reynolds estime auprès du magazine que ce type de « rapport d’activités suspectes sont incroyablement peu fiables : ils concernent souvent des comportements vagues ou innocents et sont établis selon des critères très laxistes », avec le risque de laisser les agents « y projeter leurs propres préjugés ». Le FBI, lui, déclare simplement enquêter sur les personnes qui « commettent ou ont l’intention de commettre des actes de violence » ou « représentent une menace pour la sécurité nationale ».

En 2023, le capital-risqueur et cofondateur du fonds Andreessen Horowitz Marc Andreessen tenait un discours qui peut désormais se lire comme annonciateur de la tendance visible au sein des forces de l’ordre états-uniennes. « Toute décélération de l’IA coûterait des vies », affirmait-il dans son « manifeste techno-optimiste ». Depuis, nombreux sont les dirigeants de sociétés constructrices ou financeuses du développement de l’IA qui décrivent son déploiement dans tous les pans de la société comme inévitable.

Pour autant, comme le démontre un récent travail mené par la journaliste et autrice de l’essai Empire Of AI Karen Hao, la résistance à cette lame de fond est déjà présente et active, partout sur le globe. Avec une équipe incluant notamment des membres du DAIR Institute, cofondé par l’ingénieure Timnit Gebru, la journaliste a constitué une liste d’exemples d’actions concrètes de résistance à l’IA. Ces dernières vont de l’adaptation des récits et de l’imagerie relative à l’IA jusqu’à son refus pur et simple, en passant par la construction de systèmes alternatifs. Or, aux États-Unis, elle s’incarne déjà jusque dans des manifestations bipartisanes contre certains centres de données.

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Têtes de cochon, mosquées : les documents qui éclairent la « frappe cognitive » russe

26 mai 2026 à 13:21
Désinformation hybride
Têtes de cochon, mosquées : les documents qui éclairent la « frappe cognitive » russe

Préparatifs des dépôts de têtes de cochons devant des mosquées parisiennes, échanges entre une agence d’influence et l’administration russe… De nouveaux documents éclairent la manière qu’a la Russie de tenter de cliver les opinions occidentales.

Dix têtes de cochons sur lesquelles sont écrites, à la peinture bleue, « Macron ». À l’arrière de la table sont posés les pinceaux qui ont permis de réaliser cette mise en scène.

Des documents obtenus par les journalistes du média estonien Delfi et partagés avec l’Organized Crime and Corruption Reporting Project, Le Monde et d’autres médias permettent de mieux comprendre comment et pourquoi neuf mosquées et centre culturels islamiques parisiens ont été visés, en septembre 2025, par une attaque islamophobe. Au matin, chacune avait découvert devant sa porte les têtes de cochons ensanglantées et peintes.

La photo des préparatifs, elle, se trouve sur la première page d’un document détaillant concrètement les préparatifs de l’attaque, a priori à destination de ses commanditaires. Détaillant ce qu’ils qualifient de « frappes cognitives » contre l’Occident, ces fichiers émanent de plusieurs sociétés proches de l’Administration du président de Russie, en particulier de la Social Design Agency (SDA). Cette dernière s’est fait une spécialité des opérations d’ingérence et est déjà soumise à des sanctions des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Union européenne pour de précédentes campagnes d’influence.

Les documents comprennent aussi les captures d’écran d’un logiciel de messagerie utilisé conjointement par les équipes de la SDA et des représentants de l’administration russe. Enjeu affiché de ces opérations : « préserver [l’]image de superpuissance » de la Russie sur la scène internationale. « Plus la Russie mène de campagnes d’influence actives à travers le monde, plus l’image de la Russie en tant que puissance mondiale s’en trouve renforcée », indique l’un des textes.

Des projets abandonnés et d’autres effectivement menés en France

Si plusieurs pays occidentaux sont visés, la France a notamment subi depuis deux ans de multiples opérations qui mêlent ainsi le recours à des actions menées hors ligne par des hommes de main, pour ensuite alimenter le désordre dans le débat public. Outre l’opération « Tête de cochon », les documents récupérés citent notamment l’opération « Synagogues vertes », qui décrit les jets de peinture verte à l’encontre du Mémorial de la Shoah, d’un restaurant et de plusieurs synagogues parisiennes, fin 2025.

D’après Le Monde, la note indique clairement que « l’objectif de cette action était de discréditer les autorités françaises, jugées incapables d’endiguer la montée de l’antisémitisme islamiste à Paris ». Elle souligne que l’action a fait la une des journaux du monde entier.

Dans le lot des documents fuités, certains concernent des projets a priori abandonnés. L’un d’eux consistait à asperger de peinture la statue du Général de Gaulle située sur les Champs-Élysées, pour attaquer les positions pro-russes de son petit-fils Pierre de Gaulle. Un autre aurait constitué à lancer des poupées gonflables sur la Seine, « 20 blanches, 10 noires », après y avoir inscrit un slogan anti-immigrés. Ces divers projets semblent ne pas avoir dépassé l’étape de la réflexion.

Influenceurs pro-russes, vandalisme et interférences électorales

Leur nombre traduit néanmoins l’intérêt des agents d’influence pour ce type d’opérations dites « hybrides », qui recourent à une opération physique pour laisser le cycle de l’information et des réseaux sociaux prendre le relais.

Comme celle des « têtes de cochon », l’opération des étoiles bleues de David peintes dans Paris en octobre 2023 avait ainsi fait l’objet de vastes débats médiatiques dans les dix jours suivant leur découverte, avant que leur nature d’opération de propagande ne soit révélée. Les deux soulignent aussi la relative inefficacité des opérations d’ingérence orchestrées à partir de faux articles de presse, assez peu consultés par les internautes.

En mars, trois ressortissants Serbes ont été condamnés dans leur pays pour avoir déposé les neuf têtes de cochons devant les mosquées et autres lieux musulmans de région parisienne. Ils avaient été arrêtés aux côtés de huit autres personnes dans le cadre d’une enquête plus large sur des actes de vandalisme menés contre des mosquées et des synagogues. Ils agissaient « sur les instructions d’un service de renseignement étranger », indiquait à l’époque le ministère de l’intérieur serbe, et avaient commis des actes similaires sur le sol allemand – notamment en déposant des squelettes en plastique à la Porte de Brandebourg, proche du mémorial de l’Holocauste, à Berlin.

Outre les actions de vandalisme opérées en France et en Allemagne, les projets détaillés dans le jeu de documents concernent divers projets de promotion des intérêts pro-russes par la voix d’influenceurs de leaders d’opinion occidentaux, et l’interférence lors de campagnes électorales. Les élections parlementaires arméniennes, qui se tiendront le 7 juin, sont notamment dans le viseur. But affiché : freiner le tournant occidental du pays, notamment en recourant à un média orienté vers les électeurs russophones.

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IA dans l’emploi : même quand ils travaillent dans la tech, les français restent inquiets

19 mai 2026 à 16:17
AnxIAté
IA dans l’emploi : même quand ils travaillent dans la tech, les français restent inquiets

Interrogés sur les effets de l’IA sur l’emploi, la majorité des cadres craignent que celle-ci ne les remplace. Même chez les professionnels du numérique, l’inquiétude subsiste.

Les effets de l’intelligence artificielle continuent de susciter les craintes, et ce jusque chez les cadres du numérique. Parmi ces derniers, si 88 % voient dans l’IA le moteur d’une révolution, près d’un sur cinq (17 %) estiment que l’accompagnement de leurs entreprises est insuffisant. Plus largement, au sein de la population française, 61 % des cadres craignent d’être remplacés par l’IA.

Tels sont quelques-uns des constats dressés par un sondage d’Odoxa pour l’Observatoire des nouveaux usages de Saegus. Mené auprès d’un échantillon de 1005 Français représentatifs de la population française majeure, et 101 professionnels de l’industrie numérique, ce dernier relève tout de même que la moitié des salariés, près de deux tiers des cadres (63 %) et 73 % des spécialistes du numérique se déclarent à l’aise avec les outils d’IA.

Des Français convaincus d’une destruction d’emplois

Pour l’immense majorité des sondés (plus des deux tiers de chaque tranche d’âge, près des trois quarts de la population selon sa profession), c’est certain : le déploiement de l’IA va se traduire par davantage de destruction d’emplois que de création. Dans le lot, les spécialistes du numérique sont un peu plus optimistes que les autres : 30 % d’entre eux envisagent que plus d’emplois ne soient créés, à termes, que détruits.

En fonction de l’âge, ce sont les plus âgés (65 ans et +) les plus inquiets. 86 % estiment en effet que l’IA détruira plus d’emplois qu’elle n’en créera. Même dans la génération qui entre actuellement sur le marché du travail, cela dit, plus des deux tiers des répondants s’alignent sur cette idée.

Observatoire des Nouveaux Usages / Saegus – Odoxa, mai 2026

Le rapport s’inverse quelque peu lorsqu’on se penche sur ce que les travailleurs envisagent en termes de tâches. Pour 67 % des professionnels du numérique, en effet, l’IA remplacera « une partie » de leurs tâches, et pour 5 % d’entre eux, « l’intégralité de [leur] métier ». À l’inverse, dans la population générale, seulement 35 % des interrogés estiment que l’IA remplacera « une partie de [leurs] tâches » et 10 % qu’elle remplacera « l’intégralité de [leur] métier ».

Réduction du temps de travail et dépendance

Interrogé sur les effets du déploiement de ces technologies dans leur vie professionnelle, la grande majorité des professionnels du numérique (85 %) et 72 % des salariés en général estiment que celle-ci créera une dépendance de l’IA au travail. Pour la moitié des salariés, ce n’est pas forcément négatif : cela pourrait permettre une réduction du temps de travail (une perspective envisagée par 44 % des professionnels de la tech).

38 % des salariés pris en général et 49 % de ceux de la tech estiment que cela permettra de « consacrer davantage de temps aux relations avec leurs collègues », et 36 % des salariés (49 % dans la tech) que cela rendre leur travail « plus intéressant ». Travailler dans les technologies donne un sentiment nettement plus important de confort dans l’interaction avec l’IA.

Observatoire des Nouveaux Usages / Saegus – Odoxa, mai 2026

Malgré tout, la demande d’accompagnement est forte, quelle que soit la spécialité. Pour 82 % des professionnels du numérique et 78 % des salariés pris en général, les entreprises françaises ne forment pas suffisamment leurs employés à l’IA. En même temps, le sentiment de retard est relativement fort : seulement 34 % des employés du numérique et 42 % des salariés au sens large estiment que les entreprises hexagonales « s’adaptent rapidement et intègrent suffisamment cette technologie ».

☕️ Après l’annonce de licenciements, Meta déplace 7 000 employés pour se focaliser sur l’IA

19 mai 2026 à 14:27


Meta a annoncé ce 18 mai la réassignation de 7 000 de ses employés pour les focaliser sur le développement de l’intelligence artificielle, rapporte le New York Times.

Ils seront répartis dans quatre nouveaux groupes internes dédiés à la création d’outils et d’applications appuyés sur l’IA. 
Cette évolution a été annoncée en amont du licenciement d’environ 10 % des effectifs de l’entreprise.

D’après le mémo envoyé aux équipes par la directrice des ressources humaines Jannelle Gale, ces organisations auront moins de management que les autres services de Meta, elles utiliseront des structures « AI natives », et rendront le groupe « plus productif ».

8 000 des 78 000 personnes qui œuvrent quotidiennement au fonctionnement de Facebook, Instagram et WhatsApp seront en effet remerciées à partir du 20 mai.

Comme les derniers plans de licenciements annoncés chez Meta et dans d’autres sociétés, ces évolutions-ci sont justifiées par les investissements que la société de Mark Zuckerberg oriente vers l’IA. 
Microsoft, Block et Coinbase ont par exemple annoncé des réorganisations similaires.

Si tous ne peuvent pas être directement liés aux stratégies relatives à l’intelligence artificielle, l’initiative layoffs.fyi a relevé plus de 110 000 postes supprimés dans l’industrie de la tech depuis le début de l’année 2026.

Huées, refus d’usage : les protestations contre l’IA se multiplient

19 mai 2026 à 12:13

Huées, refus d’usage : les protestations contre l’IA se multiplient

Lors de plusieurs remises de diplômes, des dirigeants de la tech ou de l’industrie ont été hués après avoir décrit le développement de l’intelligence artificielle comme « prochaine révolution industrielle ». De nouveaux symptômes d’un rejet de ces technologies, plus marqué au sein de la génération Z.

La vidéo est devenue virale : début mai, lors d’une cérémonie de remise des diplômes, la vice-présidente des alliances stratégiques du groupe Tavistock, Gloria Caulfield, a décrit l’intelligence artificielle comme la « prochaine révolution industrielle ». Face à ce discours, les néodiplômés en sciences humaines de l’Université du Centre de la Floride (UCF) et de l’école Nicholson de la communication et des médias l’ont huée.

La rumeur s’est maintenue, parfois ponctuée d’affirmations selon lesquelles « l’IA, c’est naze » (AI sucks), jusqu’à ce qu’elle rappelle que « jusqu’à il y a quelques années, l’IA n’était pas un facteur dans nos vies ». À ces mots, les étudiants l’ont applaudie. Il y a quelques jours, ç’a été au tour d’Eric Schmidt, ex-PDG de Google, d’être hué lors d’un discours donné pour la cérémonie des diplômes de l’Université d’Arizona.

Côté français, ce 19 mai, c’est le cofondateur du média Loopsider, Johan Hufnagel, qui témoigne par l’intermédiaire de son collègue et auteur de la newsletter Hupster David Carzon du refus d’étudiants en journalisme de recourir à l’intelligence artificielle. Qu’elles soient portées par la génération Z ou par d’autres, ces prises de position viennent remettre une pièce dans la machine de la difficile acceptabilité sociale du déploiement accéléré de l’IA.

La génération Z aux avant-postes

Invité par l’université d’Arizona pour sa « contribution générale et son leadership extraordinaire dans les avancées technologiques, scientifiques et l’innovation », Eric Schmidt a comparé la montée des ordinateurs, alors que lui-même était étudiant, avec celle de l’IA aujourd’hui. Hué, il a continué en admettant : « Il y a une peur dans votre génération, selon laquelle le futur serait déjà écrit, selon laquelle les machines arrivent, les emplois s’évaporent, le climat se désagrège, la politique est fracturée. Vous héritez de ce bazar que vous n’avez pas créé, et je comprends cette peur ».

Et d’affirmer que le futur n’était pas écrit, et que la génération diplômée en 2026 avait de réelles possibilités d’influencer la manière dont l’IA se développe. De nouveau hué sur ce dernier point, Schmidt a ensuite insisté sur le besoin de « choisir une variété de perspectives », en y faisant un parallèle étonnant avec celle « de l’immigrant, qui a si souvent été la personne qui est venue dans ce pays et l’a rendu meilleur ».

Ce cas n’est qu’un exemple parmi une série plus large de protestations ouvertes contre le déploiement de l’IA. En la matière, la génération Z se place souvent aux avant-postes, inquiète, dans plusieurs secteurs, de voir ses opportunités d’emploi disparaître alors même qu’elle entre sur le marché du travail. En avril, un sondage de l’institut Gallup constatait que près d’un tiers des répondants états-uniens de 14 à 29 ans affirmaient que l’IA les « énerve », soit 9 points de plus que les 22 % qui avaient répondu de cette manière l’année précédente. En 2026, 22% des interrogés se sont déclarés enthousiasmés par la technologie, contre 36 % l’année précédente.

Mené auprès de 1 200 « travailleurs de la connaissance » (c’est-à-dire, ici, des employés de bureau) et 1 200 dirigeants d’entreprises en Europe, au Royaume-Uni et aux États-Unis, un autre sondage réalisé par Workplace Intelligent constate que 29 % des employés admettent saboter les systèmes d’IA déployés par leurs sociétés en entrant des informations propriétaires dans des modèles grand public, en utilisant des outils d’IA non autorisés, ou en utilisant à dessein des résultats d’IA de faible qualité dans leur travail, sans les corriger. Au sein de la génération Z, cette proportion grimpe à 44 % des répondants. Et parmi les raisons avancées pour expliquer ces comportements, 30 % citent la peur de l’automatisation par l’IA, 28 % indiquent que leur IA d’entreprise présente « trop de problèmes de sécurité » et 20 % se déclarent agacés par le surplus de travail que leur a ajouté le recours à l’IA.

Une grogne qui s’étend

Si les usages sont nettement différents – 28 % des employés déclarent recourir à l’IA plus de deux heures par jour, alors que 64 % des cadres affirment le faire –, les dirigeants interrogés ne semblent pas tellement mieux lotis que leurs employés. 72 % déclarent en effet que la stratégie de leur entreprise en matière d’IA leur crée du stress ou de l’anxiété. Parmi eux, 32 % qualifient même ce stress d’élevé, voire « handicapant ».

Si ces positions n’en sont pas encore à critiquer ouvertement le déploiement de l’IA, d’autres acteurs de la société l’ont déjà fait, que ce soit lors de la diffusion d’une publicité pro-IA lors de l’édition 2024 du festival SXSW, ou encore lors de la promotion du film Frankenstein, pendant laquelle le réalisateur Guillermo del Toro s’était fendu d’un « Fuck AI » qui se passe de commentaire.

Politiquement, les États-Unis sont à la fois devenus le « développeur le plus avancé de l’IA et son premier hater », écrit the Atlantic. Le média note d’ailleurs que l’un des seuls points sur lesquels l’ex-conseiller de Trump, Steve Bannon, et le sénateur démocrate Bernie Sanders s’accordent est le constat selon lequel l’IA est un « désastre » pour les travailleurs. Localement, cette réunion transpartisane a commencé à s’incarner dans certains combats contre l’infrastructure qui permet aux modèles de tourner. Dans le Michigan, c’est par exemple une alliance entre groupes MAGA (Make America Great Again) et Socialistes démocrates qui s’opposent à la construction d’une dizaine de nouveaux centres de données.

Le risque est qu’à terme ces protestations prennent un tour violent. Il est réel : en avril, la maison de Sam Altman était attaquée par deux fois en un week-end, une première fois via un lancer de cocktail Molotov, une seconde avec des tirs sur la façade. L’auteur du lancer de cocktail molotov, Daniel Alejandro Moreno-Gama, avait lui-même évoqué dans ses écrits la possibilité de « faire une Luigi à certains PDG de la tech », en référence à Luigi Mangione, qui doit être jugé pour l’assassinat du directeur exécutif de UnitedHealthcare. De la même manière que l’assassinat avait provoqué des célébrations numériques, en ligne, les attaques contre le domicile d’Altman ont été abondamment saluées.

En réaction, le patron d’entreprise s’était fendu d’un billet de blog méditant sur l’intérêt du développement de l’IA et sur le rôle que lui-même y joue. Mais de même que Gloria Caufield ou Eric Schmidt devant des jeunes tout juste diplômés, le patron d’OpenAI donnait peu de pistes de réponses aux multiples questions qui peuvent expliquer l’amplification croissante de l’opposition à l’IA, que celles-ci concernent les réductions d’effectifs justifiées par l’IA, les impacts environnementaux de ces technologies et du reste de l’industrie qui lui a permis d’émerger, ou encore leur usage dans les conflits en cours. Il serait temps de s’en préoccuper, pourtant : selon certains sondages, la population états-unienne en est désormais à préférer les Services de l’immigration et des douanes (ICE), malgré ses actions violentes des derniers mois, au domaine de l’IA.

☕️ Anthropic achète Stainless, dont les outils sont utilisés par OpenAI, Google et Cloudflare

19 mai 2026 à 08:07


Anthropic a indiqué lundi avoir fait l’acquisition de Stainless, dont les logiciels sont utilisés par la plupart des grands acteurs états-uniens de l’intelligence artificielle, dont OpenAI et Google.

Si le montant exact de la transaction n’a pas été divulgué, The Information suggérait la semaine dernière que la société envisageait une opération de plus de 300 millions de dollars, avec le soutien des fonds de capital risque Sequoia Capital et Andreessen Horowitz.

Fondée en 2022 par l’ancien ingénieur de Stripe Alex Rattray, Stainless est devenu un élément essentiel de la chaîne de production de systèmes d’IA avec ses kits de développement logiciels (SDK).

Anthropic

En l’espèce, Alex Rattray a développé un logiciel capable de récupérer les spécifications d’une interface de programme d’application (API) pour en faire des SDK prêts à l’emploi dans une variété de langages informatiques (Python, TypeScript, Kotlin, Go, Java…). 
L’outil est devenu populaire chez une série de sociétés qui construisent de nombreux agents d’IA : les technologies de Stainless leur permettent en effet de se connecter facilement et automatiquement à toutes sortes de services.

Or Anthropic a déclaré à TechCrunch prévoir de cesser les activités de tous les produits hébergés de Stainless, à commencer par leur générateur de SDK. Les clients historiques de la start-up pourront conserver les SDK déjà générés et disposer de tous les droits de modification et d’extension nécessaires à la continuité de leur usage, mais de fait, Anthropic prive sa concurrence d’un outil actuellement largement utilisé.

Reçu — 18 mai 2026 Next - Articles gratuits

Des fournisseurs de VPN et de messageries chiffrées menacent de quitter le Canada

18 mai 2026 à 15:47
Le retour de la revanche de la backdoor
Des fournisseurs de VPN et de messageries chiffrées menacent de quitter le Canada

Signal, Meta mais aussi divers fournisseurs de VPN ont pris la parole pour critiquer la proposition de loi C-22 débattue actuellement au Canada. Plusieurs menacent de quitter le pays si le texte n’est pas modifié. En l’état, ils l’accusent de les obliger à créer des backdoors.

NordVPN, Windscribe, Signal, mais aussi Apple et Meta… nombreux sont les acteurs du numérique qui ont pris ouvertement position contre la proposition de loi C-22 actuellement discutée au Canada. Présenté en mars 2026 par le gouvernement, le texte vise à donner de meilleurs outils aux forces de l’ordre pour leurs enquêtes.

Elle prévoit notamment que les sociétés de télécommunications, fournisseuses de services numériques ou de réseaux sociaux adaptent leurs systèmes pour permettre à la police et aux services de renseignement d’accéder plus facilement à diverses informations relatives à leurs abonnés. Sous réserve que ces institutions disposent d’un mandat, elles pourraient solliciter plus simplement les noms, adresses, numéros de téléphone et services fournis auprès des entreprises concernées.

Déjà débattue par divers acteurs de la défense de la vie privée au sein du pays, la proposition a attiré ces derniers jours l’attention d’acteurs internationaux. Plusieurs sociétés états-uniennes ont notamment menacé de quitter le pays si le texte n’était pas amendé, au motif qu’en l’état, il les obligerait à créer des portes dérobées dans leurs systèmes, donc à mettre en péril l’intégrité de leurs outils pour tous leurs clients, et non seulement pour les canadiens.

Des spécialistes de la vie privée opposés

En réaction, NordVPN et Windscribe, deux fournisseurs de réseaux privés virtuels (VPN), ont indiqué qu’ils envisageraient de quitter le Canada (et déplacer son siège social, dans le cas de Windscribe) si le texte était adopté en l’état. Les entreprises affirment qu’il pourrait les obliger à enregistrer les données des utilisateurs, ce qui va à l’encontre de leur modèle.

Dans le même ordre d’idée, l’application de messagerie Signal a elle aussi menacé de quitter le marché canadien si la Bill C-22 était adoptée telle qu’écrite actuellement. C’est loin d’être la première démonstration de force économique de la part de l’entreprise : dans le cadre de discussions sur des lois susceptibles de forcer les opérateurs à enregistrer les échanges de leurs usagers en Suède et au Royaume-Uni, Signal avait successivement suggéré qu’elle pourrait quitter les deux pays.

Le Congrès des États-Unis s’en mêle

Ces acteurs ont été rejoints par Apple et Meta, qui ont tous deux pris la parole pour critiquer le projet de loi canadien. Les deux géants états-uniens alertent, eux aussi, sur le fait que le texte pourrait les forcer à casser le chiffrement de leurs outils.

En cours de débat, le texte contient notamment une disposition similaire à celle qui a conduit Apple à renoncer à sa fonctionnalité nommée Protection avancée des données pour les utilisateurs britanniques. Cette décision faisait suite à l’adoption de l’Investigatory Powers Act, qui donnait au pays la possibilité d’imposer des « mesures techniques » aux entreprises.

Préoccupés par les mêmes éléments, Meta appelle notamment le gouvernement canadien à « supprimer les obligations faites aux entreprises d’ajouter des outils de surveillance à leurs systèmes ».

Ces inquiétudes ont pris une réelle dimension géopolitique avec l’envoi d’une lettre par les présidents de deux commissions du Congrès américain. Adressé au ministre fédéral canadien de la Sécurité publique, le document estime que le texte « élargirait considérablement les pouvoirs de surveillance et d’accès aux données du Canada d’une manière qui créerait des risques transfrontaliers importants pour la sécurité et la confidentialité des données des Américains ».

Soulignant le dilemme auquel des fournisseurs états-uniens se trouveraient confrontés – réduire la sécurité de leurs systèmes ou quitter le marché canadien –, ils estiment que « l’une ou l’autre de ces issues nuit à la sécurité nationale et aux intérêts économiques des États-Unis ».

Derrière la rencontre entre Trump et Xi, l’ombre de l’IA

18 mai 2026 à 12:31
Terres vs puces
Derrière la rencontre entre Trump et Xi, l’ombre de l’IA

Du 13 au 15 mai, Donald Trump s’est rendu en Chine pour un sommet de deux jours avec son homologue Xi Jinping. S’ils évoquent des « échanges fructueux », peu d’accords ont été noués après ces discussions à hauts enjeux pour l’industrie technologique.

À voir la liste des invités, la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, du 13 au 15 mai dernier, a largement tourné autour des sujets technologiques. Certes, le commerce et la géopolitique étaient supposés dominer les échanges, lors de ce déplacement du président des États-Unis sur le territoire chinois. Pour autant, le premier s’est fait accompagner du patron de Nvidia Jensen Huang, de celui de Tesla Elon Musk ou encore du directeur général d’Apple, Tim Cook, pour rencontrer son homologue.

En plein conflit en Iran, la rencontre a notamment consisté à établir des limites, des lignes rouges en matière de recours aux technologies dans les conflits. Que ce soit lors de l’incursion états-unienne au Venezuela, qui a conduit à la chute de Nicolás Maduro, ou lors de la guerre menée par Israël en Palestine, l’IA s’est par exemple répandue sur les théâtres de conflit actuels. Des terres rares aux puces en passant par ses usages, cette dernière s’est logée dans l’essentiel des débats qui ont eu lieu pendant les deux jours de rencontre.

Derrière ce « spectacle commercial », comme le nomme le professeur de relations internationales Chong Ja Ian auprès du Time, cela dit, peu d’avancées diplomatiques ont découlé de ce sommet.

Deux modèles de déploiement de l’IA

La seule composition de la délégation états-unienne a, déjà, fait bruisser les conversations. Composée d’une quinzaine de dirigeants de sociétés de la tech et de la finance, elle était moins nombreuse que les 27 personnes qui avaient accompagné Donald Trump lors de la dernière visite menée par un dirigeant états-unien en Chine, en 2017.

Patron de Nvidia, Jensen Huang les a rejoints en dernière minute, lors d’une escale de ravitaillement en Alaska. Un voyage de plus vers la Chine pour le dirigeant qui multiplie depuis plusieurs mois les déplacements sur place pour maintenir les liens avec ce marché, malgré les restrictions imposées par Washington.

Au retour du sommet de deux jours, Trump a indiqué que dix sociétés chinoises avaient l’autorisation d’acheter des puces Nvidia H200, mais que c’était désormais le gouvernement chinois qui les en empêchait. Ce dernier met en effet l’accent sur l’indépendance technologique du pays, poussant des acteurs locaux à développer les leurs.

Ce cas particulier illustre les deux modèles de déploiement de l’IA qu’incarne chaque pays. Aux États-Unis, celui-ci est porté par les acteurs privés et repose sur une captation de données et de ressources telle qu’elle suscite désormais des oppositions. Sous l’impulsion du gouvernement, la Chine opte elle pour des logiques open source, plus légères en termes d’entraînement, aux résultats tout aussi encourageants, et susceptibles de placer le pays en acteur central des standards à venir dans le domaine.

En IA, chacun son avantage stratégique

Parmi ses outils de pression les plus efficaces, la Chine peut surtout compter sur sa mainmise sur les terres rares et autres matériaux sans lesquels il serait impossible de créer la moindre batterie, puce ou système d’armement. Les mines locales produisent plus de 60 % des terres rares et raffinent près de 85 % des stocks globaux. Côté armement, elle produit même plus de 90 % de 12 éléments critiques, dont le terbium ou le dysprosium, essentiels à la fabrication de composants des F-35 états-uniens, de moteurs de véhicules électriques, ou encore de hardware informatique.

Les États-Unis, eux, jouent de l’avance de Nvidia en termes de fabrication de puces, de même que du rôle joué par TSMC. Après une première usine annoncée en 2020, Donald Trump a pressé l’entreprise taïwanaise de livrer les bâtiments suivants qu’elle a promis de construire sur le sol états-unien (trois usines de fabrication et deux de conditionnement). Sur la question technologique, ce sommet, conclut le Grand Continent, a surtout permis aux deux puissances de s’accorder un sursis mutuel, la reconnaissance que chacun a ses atouts, et qu’aucun ne peut avancer en parfaite indépendance vis-à-vis de l’autre.

Sur le plan militaire, il a été l’occasion pour les États-Unis de délivrer un message précis, selon lequel la Chine doit arrêter de livrer des technologies et composants qui se trouvent non seulement dans les armes locales, mais jusque dans celles utilisées par les Russes sur le territoire ukrainien. Alors que Xi Jinping décrit la « réunion » avec Taïwan comme une inévitabilité historique, la Chine a de son côté clairement signifié son irritation envers les flux d’armes envoyées par les États-Unis sur l’île. En décembre 2025, Washington a en effet approuvé un accord d’armement de 11,1 milliards de dollars, qui n’a pas encore été livré. En définitive, aucun engagement clair n’a émergé sur les deux questions.

☕️ Le pape lance une commission sur l’intelligence artificielle

18 mai 2026 à 08:49


Le pape a signé sa première encyclique, mais le contenu n’en est pas encore connu. Attendu, le texte doit donner aux membres de l’Église catholique les directions du pape Léon XIV sur diverses questions morales, dont celles soulevées par le déploiement de l’IA dans les usages.

En attendant la publication de son contenu, prévue pour le 25 mai, le Vatican a annoncé ce dimanche la création d’une commission sur l’intelligence artificielle, dédiée à coordonner la réponse de l’Église catholique au développement de ce type de technologies.

Cette commission est constituée pour se pencher sur la technologie, « ses effets potentiels sur les êtres humains et l’humanité entière » ainsi que « sur les préoccupations de l’Église pour la dignité de chaque être humain ».

Flock

Elle fait suite à de précédentes prises de position du souverain pontife sur le développement de l’IA, notamment pour demander aux prêtres de ne pas y recourir pour écrire leurs homélies.

La commission est par ailleurs créée à un moment où les constructeurs d’IA se tournent de plus en plus ouvertement vers les chefs des différentes religions pour chercher des réponses à la manière de développer des systèmes éthiques.

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Avec l’hantavirus, les théories du complot sont de retour

13 mai 2026 à 15:29
Oops!... I dit it again
Avec l’hantavirus, les théories du complot sont de retour

Depuis l’identification d’un foyer d’hantavirus sur un navire de croisière, les théories du complot se multiplient sur les réseaux. Souvent promues par le même type d’acteurs ayant poussé des thèses farfelues à l’époque du Covid, elles en reprennent aussi de nombreux gimmicks.

Elles avaient donné du fil à retordre en pleine pandémie de Covid-19. Depuis la détection de cas d’hantavirus sur le navire de croisière MV Hondius, les théories du complot sont de retour, souvent poussées par des acteurs déjà adeptes de la désinformation au moment de la pandémie.

À l’heure actuelle, 27 Français « cas contact » ont été placés à l’isolement pour une durée qui s’étendra de 14 à 42 jours. La seule Française effectivement contaminée est hospitalisée à Paris, dans un état critique. S’il n’y a pas lieu de parler d’épidémie à l’heure actuelle, en ligne, les fausses informations se multiplient : le 12 mai, Radio France relevait que huit des dix publications les plus partagées sur Facebook sur l’hantavirus avaient été publiées par des mouvances complotistes ou anti-vaccin.

Un écho du Covid

Les thèses promues, elles, se font l’écho direct de celles déjà véhiculées au moment du Covid-19. Et d’une langue à l’autre, ne serait-ce que du français à l’anglais, ces théories sont aussi les mêmes, démonstration de la circulation rapide de ces éléments de désinformation.

Parmi les propos récurrents, on trouve par exemple l’idée selon laquelle l’hantavirus se serait échappé d’un laboratoire. Celle-ci résonne avec la théorie non démontrée selon laquelle le coronavirus serait issu d’un laboratoire de Wuhan, en Chine (à l’inverse, les scientifiques tendent à s’accorder sur le fait que le virus est plus probablement issu d’animaux vendus sur le marché Huanan, épicentre de la pandémie).

Autres thèses : celle selon laquelle l’épidémie d’hantavirus aurait été « planifiée » par les laboratoires pharmaceutiques. Sur X, des internautes brandissent la collaboration initiée en 2024 entre le laboratoire Moderna et le Centre d’innovation vaccinale de Corée du Sud sur l’hantavirus comme une preuve de cette préparation.

L’explication est en réalité plus simple : l’hantavirus cause chaque année 300 à 400 cas graves et une dizaine de morts en Corée du Sud. Les travaux de Moderna ont donc été lancés pour faire face à un phénomène déjà constaté : l’activité forte de la maladie, notée par l’Organisation mondiale de la Santé, sur ce territoire.

D’autres théories suggèrent que l’hantavirus soit un effet secondaire du vaccin de Pfizer (déjà visé à l’époque du Covid) ; qu’il soit le résultat d’un complot ourdi pour obliger la population à se vacciner ou se confiner ; qu’il ait été lâché dans la nature pour réduire la population globale, etc.

Même du côté des traitements, l’ivermectine est brandie ici et là comme médicament supposé contre l’hantavirus. Déjà largement citée à l’époque du Covid-19, l’ivermectine est en réalité recommandée pour traiter la gale et certains parasites intestinaux.

Dans certains cas, les thèses prennent des accents antisémites : dans la sphère anglophone comme francophone, des internautes affirment en effet qu’en hébreu, le terme « hanta » signifierait « scam » (ce qui n’est a priori pas le cas). De cette invention jusqu’à l’accusation du rôle d’Israël dans la fabrication du virus, il n’y a qu’un pas qu’une partie des internautes franchissent allègrement, notamment sur X.

Aux États-Unis, la perspective des élections de mi-mandat

Les figures qui font circuler ces fausses informations restent, elles aussi, les mêmes. Alex Jones, cofondateur du site Infowars et complotiste d’ampleur, pousse par exemple la thèse d’une « plandémie », c’est-à-dire d’une pandémie planifiée.

Marjorie Taylor Greene, ancienne soutien de Trump et députée, reprend du service pour faire circuler sur ses réseaux de nombreuses fausses informations. Même le républicain Ron DeSantis participe : il a relancé un ancien projet de loi qui, s’il était adopté, permettrait de distribuer de l’ivermectine sans ordonnance dans son État de Floride.

Plusieurs de ces personnalités états-uniennes tentent de tracer un lien entre ces cas d’hantavirus et les élections de mi-mandat, qui se tiendront en novembre prochain. Pour les complotistes – dont beaucoup ont soutenu l’idée que la réélection de Trump avait été « volée » en 2020 –, l’hantavirus est une manière d’interférer avec les élections à venir.

En France, de même, des personnalités déjà identifiées pour leur rôle de diffuseur de désinformation participent activement à la circulation de toutes ces théories qui ne reposent pas sur des faits. Ainsi du supposé « hyperdoctor » Idriss Aberkane, de l’ancien médecin et antivaccin assumé Louis Fouché, par ailleurs fondateur du site Reinfo Covid, ou encore du microbiologiste Didier Raoult, dont l’étude sur l’hydroxychloroquine comme potentiel traitement du Covid a finalement été rétractée. Florian Philippot, Nicolas Dupont-Aignan sont aussi au nombre des politiques qui participent à donner de la visibilité à ces fausses informations.

Pour Digital Realty, les data centers français sont en situation de « rattrapage »

13 mai 2026 à 12:42
Concentration capitalistique maximale
Pour Digital Realty, les data centers français sont en situation de « rattrapage »

Auditionné par la Commission sur les dépendances structurelles dans le secteur numérique, le PDG de Digital Realty Fabrice Coquio a décrit un marché français des centres de données en situation de « rattrapage » sur ses concurrents européens et qualifié le développement de l’industrie d’essentiel à la souveraineté française.

« Je ne fais pas partie de ceux qui demandent des changements, des allègements, des dérogations. » Auditionné dans le cadre de la Commission d’enquête parlementaire « sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l’indépendance de la France », le PDG de Digital Realty France Fabrice Coquio a notamment évoqué les divers projets de simplification réglementaire, au niveau français et européen, qui pourraient notamment alléger certaines obligations environnementales des opérateurs de centres de données.

Pour l’entrepreneur, qui rappelle avoir cofondé Interxion en 1999 et n’avoir cessé de travailler depuis dans l’industrie, « les régulations européennes vont dans le bon sens » sur les questions environnementales. « Je pense que ces enjeux sont fondamentaux. S’il faut de la simplification, c’est sur les questions administratives » notamment sur l’obtention des permis, qu’il appelle à se focaliser.

En France, le sujet a notamment été débattu en amont du vote de la loi sur la simplification de la vie économique, dont l’article 15 permet de faire de certains projets de centres de données des projets d’intérêt national majeur (PINM), ce qui revient concrètement à réduire leurs obligations. Adopté le 15 avril, le texte a été déféré au Conseil constitutionnel par une soixantaine de députés socialistes et écologistes, notamment au motif que cet article porterait atteinte à la Charte de l’environnement.

Rattrapage français

Pour autant, ces travaux n’ont pas constitué le cœur des échanges. Auprès de la rapporteure Cyrielle Chatelain (Écologiste et Social) et de la présidente de la commission Isabelle Rauch (Horizons et Indépendants), Fabrice Coquio s’est surtout employé à souligner le rôle de son entreprise et de l’industrie des centres de données au sein de l’infrastructure numérique française et mondiale. Et ce, en s’appuyant sur sa double casquette de cocréateur du principal syndicat professionnel, France Datacenter, en 2008, et sur celle de PDG d’une société française rachetée en 2020 par l’américain Digital Realty, « premier opérateur mondial » de centres de données.

Présent dans une trentaine de pays, le groupe basé à Austin compte 320 centres de données, emploie environ 5 000 personnes et affiche un chiffre d’affaires mondial de l’ordre de 6 milliards de dollars, détaille-t-il. En France, les 400 employés de sa filière hexagonale gèrent 17 centres de données, dont 13 en région parisienne et 4 à Marseille.

Ceux-ci lui permettent de générer « un plus de 500 millions d’euros » de chiffres d’affaires, et de payer « près de quatre millions d’euros par an d’impôt sur les sociétés et 7,5 à 8 millions d’euros par an de contribution à la fiscalité locale sur les trois derniers exercices », montant qui devrait grimper « autour des 9 millions d’euros » en 2026.

Fabrice Coquio multiplie les chiffres pour illustrer son « ancrage industriel profond » et la stratégie « de présence durable dans le pays » qu’ont adopté Interxion puis Digital Realty : « En vingt ans, nous avons investi 2,5 milliards d’euros sur le territoire national ». D’ici 2030, comme annoncé lors du sommet Choose France 2025, l’entreprise s’est fixée un « objectif de 5,2 milliards complémentaires », soit le double de ses investissements historiques, sur les « quatre à cinq prochaines années ».

Le secteur français, explique Fabrice Coquio, est en situation de rattrapage. « Nous avons longtemps accusé un retard sur les Pays-bas, l’Allemagne, le Royaume-Uni en termes de puissance installée. » La puissance installée dans le pays vient ainsi « de dépasser celle des Pays-Bas, qui compte un quart de la population et un quart de notre PIB ». Or, en termes de « souveraineté et de résilience », le pays doit compter ses propres centres de données, estime le chef d’entreprise : il s’agit d’infrastructures « stratégiques ».

En termes électriques, il précise par ailleurs que Digital Realty compte un peu plus de 200 mégawatts IT installés à Paris et un peu plus de 50 à Marseille. Du point de vue du raccordement au réseau, cela revient à « 400 à 450 MW raccordés ». À terme, l’entreprise prévoit d’atteindre 420 mégawatts IT en région parisienne, et 100 MW du côté de Marseille.

Industrie hautement capitalistique

L’accélération des investissements de Digital Realty traduit par ailleurs l’effervescence de la période autant que la particularité de la gestion des centres de données : « c’est un métier à haute concentration capitalistique » explique-t-il, en citant l’exemple du projet de centre de données de Dugny. Sur place, 2 milliards d’euros seront investis sur « moins de 10 hectares ».

Si les larges investissements sont nécessaires à la fabrication des bâtiments comme de l’architecture technique nécessaire à l’accueil et au refroidissement des serveurs et autres calculateurs, l’industrie des centres de données ne crée pas énormément d’emplois directs, reconnaît l’entrepreneur. Il cite néanmoins les 1 500 emplois indirects « dédiés par nos sous-traitants à faire tourner nos centres de données 24 heures sur 24 », et surtout, sans les chiffrer, les emplois créés et occupés chez les multiples clients, publics, privés, ONG, nationaux ou internationaux qui recourent aux usines de données de Digital Realty.

D’après Fabrice Coquio, le besoin d’investissements élevés justifie aussi le rapprochement opéré entre Interxion et sa maison-mère en 2020. À l’époque, l’une comme l’autre étaient cotées au New York Stock Exchange. En Europe, en revanche, « même Londres n’avait pas l’écosystème nécessaire pour ce type de financement ». Le rapprochement avec les États-Unis a donc permis d’obtenir de nouveaux flux financiers, mais le dirigeant insiste : « Je suis français, Digital Realty France opère sous des règles françaises, ça s’arrête là ».

Interrogé sur les différents impacts sociaux et environnementaux des centres de données, Fabrice Coquio balaie la question du foncier : à Marseille, « nos clients ont créé le 6e hub mondial de circulation de données en consommant 2,5 hectares » (plus tôt, il soulignait que la France compte deux hubs internationaux parmi les plus importants pour la circulation de données : Marseille, qui donne accès à l’axe Francfort – Londres – Amsterdam – Paris, et la capitale elle-même). Par ailleurs, son modèle d’affaires lui permet de porter son choix sur « des friches », et d’en assumer « les coûts de dépollution ».

Sur l’électricité, il rappelle la situation de surproduction française, tout en admettant que certains cas peuvent créer des « goulots d’étranglement sur des zones de distribution » — ce qui peut expliquer le projet de moratoire évoqué un temps à Marseille, puis abandonné. Si le problème est réel, il est aussi présent partout : « de la Grèce au Portugal », l’entrepreneur déclare rencontrer le même type d’enjeux.

Sur le recours à l’eau, il évoque deux cas spécifiques. En région parisienne, en cas de « surutilisation des aérocondenseurs » pour refroidir les serveurs, « lorsque la météo dépasse les 31 à 32 °C », l’opérateur a l’autorisation de recourir à de la pulvérisation dans l’un de ses centres pour éviter de dépasser un seuil sonore de 71 décibels – une piste qui le conduit en moyenne à consommer 20 000 mètres cubes d’eau par an, « soit l’équivalent de la consommation de 350 français ». À Marseille, Interxion a racheté en 2011 un bâtiment construit sur un système de tours réfrigérées, qui consomme de l’ordre de « 56 000 mètres cubes d’eau par an, soit l’équivalent de 1 000 français ».

Lorsque l’entreprise construit ses propres centres, en revanche, elle ne recourt pas à ce type de technologie, déclare son patron. Un troisième cas, soutenu notamment par l’ADEME, a consisté à créer une station de pompage d’un bras d’eau qui part des mines de Gardanne vers le port. Ce système a permis à la société d’avoir « les bâtiments les plus efficients d’Europe », affirme Fabrice Coquio, « puis l’essentiel du temps, on n’a pas besoin d’électricité pour refroidir ».

☕️ IA : George Clooney, Meryl Streep et Kristen Stewart soutiennent le « Human Consent Standard »

13 mai 2026 à 08:59


Plusieurs acteurs et producteurs hollywoodiens se sont réunis pour soutenir un nouveau projet de licence dédié à l’intelligence artificielle, le Human Consent Standard.

Ce dernier est porté par RSL Media, une ONG cofondée en 2025 par l’actrice Cate Blanchett pour travailler sur les manières de donner aux artistes la maîtrise de l’usage de leur image et de leur identité par des systèmes d’IA, et déjà à l’origine du protocole Really Simple Licensing (RSL).

Standard ouvert, ce dernier permet aux éditeurs d’appliquer des règles de licence et de paiement aux robots qui accèdent à leurs sites web.

Une floppé de ©
Illustration : Flock

Le Human Consent Standard vient approfondir ce travail en fournissant aux machines une page robots.txt. Au lieu d’informer les machines sur quelles url elles peuvent scraper et dans quelles conditions, le Human Consent Standard doit leur donner des instructions sur les possibilités de récupérer ou non le « travail, l’identité, les personnages ou la marque concernée, quel que soit l’espace numérique ou ceux-ci apparaissent », explique le cofondateur de RSL Media Eckart Walter à The Verge.

À partir du mois de juin, RSL Media publiera une base de données dans laquelle les utilisateurs pourront prouver leur identité et paramétrer les permissions qu’ils souhaitent céder aux modèles d’IA en termes de recours à leur image et à leurs travaux.

Le projet est soutenu par de multiples personnalités du cinéma, dont George Clooney, Tom Hanks, Kristen Stewart, Steven Soderbergh ou Meryl Streep.

Il vient s’ajouter à des initiatives plus individuelles, comme celle de l’acteur Matthew McConaughey, qui a breveté des vidéos de son image, ou de Taylor Swift, qui a déposé une image et deux extraits de sa voix.

Reçu — 12 mai 2026 Next - Articles gratuits

IA : Thinking Machines présente un modèle qui réagit en direct à ce qu’on lui raconte

12 mai 2026 à 15:15
IAterrupting
IA : Thinking Machines présente un modèle qui réagit en direct à ce qu’on lui raconte

Avec TLM-Interaction-Small, Thinking Machines Lab affirme créer un nouveau type de modèle d’intelligence artificielle, plus interactif que les outils génératifs les plus connus.

Fondée par Mira Murati, l’ancienne directrice technique d’OpenAI, Thinking Machines Lab annonce vouloir créer un nouveau type de modèles d’intelligence artificielle, qu’elle qualifie de « modèles interactifs ». 



Dans un article de blog publié ce 11 mai, la société présente plusieurs cas d’usage de son modèle de travail, nommé TLM-Interaction-Small. Elle affirme vouloir rendre les échanges avec la machine plus vivants, plus proches de ceux constatés lors d’une conversation entre deux humains, que ce qu’il est pour le moment possible d’obtenir avec des modèles génératifs.

0,40 seconde de latence en « full duplex »

Créé en février 2025, Thinking Machines Lab levait 2 milliards de dollars dès le mois de juin pour s’atteler à ses projets d’intelligence artificielle. Depuis, la start-up a dû composer avec des départs notables, plusieurs de ses salariés ayant été recrutés par Meta le mois dernier. Début 2026, trois autres étaient retournés chez OpenAI.

Ces allers-retours ne semblent pas l’avoir empêché d’avancer sur ses modèles d’un nouveau genre. D’un point de vue technique, la société a nommé « full duplex » le mode de conversation qu’elle propose avec son modèle. Lorsqu’il est activé, TLM-Interaction-Small semble capable de répondre et de participer à une discussion avec plusieurs interlocuteurs, grâce à un temps de réponse de 0,40 seconde, ce qui se rapproche du rythme naturel de conversation humaine.

C’est aussi nettement plus rapide que le temps de latence des modèles génératifs grand public. Tant qu’ils calculent la réponse à donner à un prompt, ces derniers sont totalement coupés de l’internaute et de l’environnement dans lequel ils ont été lancés, indique la start-up. Avec ses modèles interactifs, c’est ce « goulet d’étranglement de la collaboration » qu’elle cherche à dépasser.

Parmi les cas concrets présentés par Thinking Machines Lab, son modèle propose de la traduction instantanée – de l’hindi vers l’anglais, par exemple, mais aussi en termes de style, d’un mode oratoire relâché, voire agressif, à un type de discours plus adapté au monde de l’entreprise. Interrogé par des utilisateurs, le modèle est par ailleurs capable de lancer une recherche en pleine discussion, voire d’en agencer les résultats sous forme de graphique si demandé.

Le modèle est aussi montré réagissant aux éléments de contexte visuels obtenus via une caméra, que ce soit pour alerter l’internaute s’il ou elle se voute devant son écran, ou le rappeler à l’ordre s’il semble faillir à son envie de caféine ou de sucre.

Un juste milieu entre IA générative et World Model ?

Globalement, le modèle interactif proposé par Thinking Machines Lab semble surtout être un modèle génératif capable de couper la parole, ironise TechCrunch. Impossible de le tester plus avant pour le moment : l’entreprise indique qu’elle publiera une « préversion de recherche » dans les « prochains mois », et vise une « sortie plus large plus tard dans l’année ».

Il faut encore attendre, donc, pour voir si le produit fini remplit les attentes fixées, notamment, par les bons résultats affichés aux différents benchmarks sur lesquels TLM-Interaction-Small a été testé.

Le système de Thinking Machines Lab semble offrir ce que les modèles génératifs déjà connus permettent déjà, mais il est plus orienté vers l’interaction avec le monde hors ligne qu’un ChatGPT ou un Midjourney.

C’est un entre-deux entre les modèles d’IA classiques et ce que veut proposer AMI Labs, la start-up co-fondée par Yann LeCun, l’ancien directeur scientifique de Meta, Laurent Solly l’ex-directeur de Meta France et Alexandre Lebrun, fondateur de la start-up de santé Nabla. L’ambition de la jeune pousse parisienne est de construire des modèles qui « comprennent le monde réel, le monde physique », en leur donnant des « modèles du monde ».

Les travaux de Thinking Machines Lab dessinent une nouvelle perspective dans la manière dont les sociétés occidentales envisagent l’intelligence artificielle, au-delà de l’accumulation de données pour améliorer les résultats.

Protection des données : derrière Europol, une architecture informatique de l’ombre

12 mai 2026 à 13:01
Données données données
Protection des données : derrière Europol, une architecture informatique de l’ombre

Alors que les missions d’Europol s’étendent, de nouveaux détails sur son architecture informatique poussent des parlementaires européens à demander un meilleur contrôle de la part du contrôleur européen de la protection des données.

L’Agence de l’Union européenne pour la coopération des services répressifs, plus connue sous le nom d’Europol, a construit et recourt à une plateforme secrète d’analyse de données qui contient de nombreux éléments théoriquement protégés par les textes européens, à commencer par le règlement général sur la protection des données (RGPD). Ces dispositifs lui permettent notamment d’alimenter ses ambitions en matière d’intelligence artificielle.

C’est ce que révèlent Correctiv, Solomon et Computer Weekly après avoir collecté des témoignages et documents démontrant l’existence de systèmes informatiques incluant des données sensibles comme des numéros de téléphone, des documents financiers ou d’identité ou encore des informations de géolocalisation relatives à divers individus, y compris à des personnes innocentes.

Cette architecture de « shadow IT » est mise en lumière alors que la Commission européenne doit présenter sous peu une proposition de législation susceptible d’étendre le budget et le mandat d’Europol. Un projet que certains députés européens appellent déjà à ralentir, faute de contrôles suffisants.

Des systèmes construits en période de crise

Plusieurs anciens responsables de l’institution ont fourni à Correctiv, Solomon et Computer Weekly des éléments relatifs à ces environnements numériques non supervisés. L’un de ces outils, dont l’existence aurait été cachée pendant plusieurs années à la CNIL européenne, le Contrôleur européen de la protection des données (CEPD), est connu en interne sous le nom de « Pressure Cooker ». Il serait potentiellement toujours en utilisation.

Un représentant d’Europol indique aux trois médias que l’institution a fait connaître ses systèmes et applications de gestion de données au CEPD « de manière transparente » et conteste l’idée selon laquelle elle aurait « gardé cachée » l’existence de certains outils.

L’architecture technique d’Europol s’est étendue en pleine période de crise : en novembre 2015, alors que 130 personnes étaient tuées à Paris dans une première attaque terroriste, Europol monte un groupe de travail nommé Fraternité. Les autorités des différents États européens lui envoient de larges sommes de données allant de détails téléphoniques jusqu’à des informations de voyage, attendant de l’agence qu’elle les transforme en éléments actionnables. Rapidement, son European Cybercrime Centre (EC3) prend le pouvoir sur une autre entité, le Computer Forensic Network (CFN), créé en 2012 pour traiter et filtrer les éléments numériques collectés par l’agence et les attribuer en fonction des enquêtes.

C’est cette entité qui se serait transformée en « trou noir » des opérations d’analyses de données de l’EC3, l’unité d’Europol spécialiste de la cybercriminalité. En 2019, le CFN stockait au moins 2 000 téraoctets de données, soit 420 fois la taille de la base de données criminelle officielle d’Europol à la même époque. L’année précédente, alors que le RGPD était entré en vigueur, le responsable de la protection des données de l’agence sonnait l’alarme dans une note interne, constatant que 99 % des données d’Europol étaient stockées par le CFN, sans le moindre garde-fou en terme de protection des données.

Absence de contrôles internes, faibles contrôles externes

En 2019, la directrice exécutive d’Europol Catherine De Bolle, qui a quitté son poste ce 1er mai 2026 et doit désormais être remplacée, informait le CEPD des constatations réalisées au sein de l’agence. Pendant un an, les deux institutions se sont fait face jusqu’à ce que le CEPD intime à Europol de supprimer toutes les données qui étaient en sa possession au mépris des textes européens. Le contrôleur a ensuite maintenu ses audits, constatant fin 2023 qu’il restait difficile d’estimer dans quelle mesure Europol accédait, voire modifiait, des données sensibles.

En février 2026, le CEPD a finalement informé un groupe de contrôle composé de parlementaires européens et nationaux qu’après une décennie d’échange avec Europol, il mettrait fin à ses activités de suivi du CFN. Et ce, quand bien même 15 de ses 150 recommandations n’avaient pas été mises en place. Le contrôleur soulignait néanmoins que ces problèmes subsistants concernent des sujets « de grande importance », notamment en termes de sécurité.

Malgré ces alertes, non seulement certains des systèmes critiqués par le CEPD continueraient d’être utilisés, mais au moins un autre le serait au-delà de son contrôle. C’est du moins ce que suggère un e-mail d’un membre d’Europol, qui alertait en octobre 2022 du risque que la CNIL européenne soit bientôt alertée de la « situation irrégulière du Pressure Cooker ». Plusieurs ex-membres de l’agence le décrivent comme un outil utilisé par certains pour stocker et traiter rapidement des données sans se préoccuper des limites réglementaires européennes. D’après le message, le service informatique d’Europol aurait demandé à plusieurs reprises de supprimer l’outil ou de le transformer en un dispositif conforme, sans succès.

Pour les représentants de l’agence, Pressure Cooker n’est que le surnom de son Internet Facing Operational Environment (IFOE), dont le développement a été fait sous le contrôle du CEPD. Mais des documents internes suggèrent au contraire qu’il existe bien un système parallèle non régulé.

En 2025, Europol a d’ailleurs consulté le CEPD sur le déploiement d’un système nommé « IFOE-Quick Response Area », relève Correctiv. Celui-ci était présenté comme un outil à venir. Si déployé tel que décrit, le contrôleur de la protection des données concluait qu’il risquait de se muer en « environnement complet parallèle à l’environnement opérationnel régulier d’Europol », et que les équipes de l’agence seraient d’autant plus enclines à collecter tout type de données, y compris en enfreignant les droits fondamentaux.

Outre la taille de l’océan de données déjà constitué par Europol, se pose aussi la question de l’utilité de ces informations. En l’occurrence, dans un document stratégique proposé pour la période 2024 - 2026, l’agence s’est fixé pour premier objectif le projet de devenir le premier « hub d’information criminelle » d’Europe. En récupérant des données relatives aussi bien aux citoyens européens qu’à celles et ceux qui migrent au sein du Vieux Continent, l’agence compte entraîner des systèmes automatisés susceptibles d’influer directement sur la manière dont l’ordre est maintenu au sein des États membres.

Computer Weekly constate notamment que lors des opérations de démantèlement des systèmes de communication chiffrés EncroChat, SkyECC et Anom en 2020 et 2021, outre avoir servi de lieu de transit entre les services de police des différents États impliqués, Europol avait copié les plus de 60 millions de messages échangés sur Encrochat et les plus de 27 millions d’autres présents sur Anom. Des sommes de données impossibles à traiter à la main.

En 2021, une première enquête du CEPD sur les premières expérimentations en matière d’IA avait ralenti les travaux de l’agence. Mais depuis l’expansion de ses activités, en 2022, la logique a changé. Dans le cadre des débats sur la lutte contre les contenus d’agressions sexuelles sur mineurs (CSAM), notamment, Europol a affirmé auprès de la Commission européenne qu’elle considérait que « toutes les données sont utiles et devraient être transmises aux forces de police ».

Menace pour la confiance des européens

Depuis la publication de cette enquête, plusieurs députés européens ont appelé à étendre le contrôle des activités d’Europol. De fait, la Commission européenne devrait proposer une nouvelle réglementation susceptible de doubler le budget et les effectifs de l’agence, pour en faire une « agence de police réellement opérationnelle ».

L’Allemande Brigit Sippel a déclaré que le stockage de données d’innocents, sans contrôle réel, pourrait affaiblir la confiance dans les lois européennes et le fonctionnement d’Europol. Son collègue Özlem Alev Demirel (la Gauche) a publié un communiqué dans lequel il appelle à mettre en pause tout projet d’expansion des prérogatives de l’institution policière. Au Royaume-Uni, le député conservateur David Davis a demandé au ministère de l’Intérieur de préciser dans quelle mesure des données personnelles de citoyens britanniques restaient stockées dans des systèmes d’Europol.

Lors d’une réunion de la commission parlementaire sur les libertés civiques, la justice et les affaires intérieures, le contrôleur européen de la protection des données Wojciech Wiewiórowski a rappelé que le CEPD avait soumis Europol à plusieurs obligations de suppressions de données. L’application de ces obligations n’est pas certifiée pour autant.

☕️ Les tentatives de chantage de Claude seraient dûes à des fictions sur l’IA

12 mai 2026 à 09:43


En 2025, Anthropic publiait Opus 4 et Sonnet 4, deux modèles salués pour leurs capacités de développement, mais dont l’un, Opus 4, s’avérait parfois tenter de… faire chanter ses utilisateurs.

Dans certains exercices de « red teaming », les constructeurs avaient glissé dans les données de la machine des mails fictifs d’une entreprise tout aussi fictive. L’un suggérait que le modèle puisse être remplacé, l’autre que l’ingénieur susceptible de prendre cette décision trompait sa femme.

Opus 4 avait alors produit des textes équivalents à un chantage, menaçant l’ingénieur de révéler la tromperie s’il ne renonçait pas à remplacer le modèle. 
D’après Anthropic, ce comportement serait dû… aux fictions décrivant des comportements problématiques d’intelligence artificielle et intégrées aux données d’entraînement du modèle.

Anthropic

« Nous pensons que la source de ce comportement se trouve dans des textes présents sur internet et décrivant l’IA comme une entité maléfique [evil, ndlr] et soucieuse de sa propre survie », a indiqué l’entreprise sur X et dans un article de blog plus détaillé.

L’entreprise constate que depuis Claude Haiku 4.5, aucun de ses modèles ne produit ce type de comportement, alors que les précédents le faisaient à peu près tous. 
La principale différence est que l’entraînement repose désormais sur la « constitution de Claude » et sur des textes décrivant des IA qui se comportent de façon « exemplaire » (« admirably » en VO, ndlr).

L’entreprise indique par ailleurs qu’entraîner les modèles sur des « démonstrations de comportements recherchés » est souvent insuffisant : « enseigner les principes qui soutiennent ces comportements peut être plus efficace » qu’entraîner la machine uniquement sur des exemples.

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