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Le Parlement vote l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans

21 juillet 2026 à 18:18
(sans préciser comment montrer patte blanche)
Le Parlement vote l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans

L’Assemblée nationale a entériné mardi la proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, ouvrant la voie à une entrée en vigueur d’ici la rentrée de septembre. À cette date, les mineurs de moins de 15 ans ne devront plus pouvoir créer de compte sur les réseaux sociaux, et l’interdiction doit s’étendre aux comptes déjà existants dans un délai de quatre mois. Le texte ne donne cependant aucune indication quant à l’indispensable méthode de vérification de l’âge.

Dernière étape avant la promulgation ? L’Assemblée nationale a voté mardi 21 juillet, lors de sa dernière séance publique avant la coupure estivale, la proposition de loi « visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux ». Sa principale mesure consiste à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans.

Du côté du gouvernement, qui pousse depuis des mois pour que la France devienne le premier État membre européen à instaurer une telle mesure, l’heure est au satisfecit. Lundi, déjà, ses représentants s’étaient félicités que la commission mixte paritaire (CMP) réunie en urgence ait réussi à converger vers un texte de compromis.

C’est ce dernier qui a été soumis au vote des députés mardi. La plupart des explications de vote ont souligné le caractère nocif de l’économie de l’attention qui sous-tend le fonctionnement des grandes plateformes, particulièrement vis-à-vis des jeunes publics. L’idée de l’interdiction pure et simple est cependant loin d’avoir fait consensus, entre craintes exprimées d’une vérification d’identité institutionnalisée, interrogations sur les carences techniques des solutions de vérification, ou rappel de l’exemple australien illustrant la simplicité du contournement.

Le scrutin public a réuni 360 votants sur 426 participants, et c’est une large majorité qui s’est exprimée en faveur du texte, à 19h53 : 279 voix pour et 81 voix contre.

Scrutin public sur la proposition issue de la CMP, adoptée avec 279 voix pour, 81 voix contre

Une interdiction qui s’applique à tous les réseaux sociaux

Dans sa mouture finale, le texte dispose que les jeunes de moins de 15 ans ne pourront plus créer de compte sur les réseaux sociaux à compter du 1er septembre prochain. Les comptes existants correspondant à des jeunes de moins de 15 ans devront quant à eux être bloqués dans un délai de quatre mois, soit à partir du 1er janvier 2027.

Dans sa version issue de la CMP, le texte revient pour l’essentiel aux fondamentaux de la proposition votée par l’Assemblée nationale en janvier. Elle supprime deux notions qui avaient été ajoutés par le Sénat en mars dernier, et qui avaient suscité des remarques de la Commission européenne : la création d’une liste des réseaux sociaux chargés d’appliquer la mesure, sous contrôle de l’Arcom, et une mécanique de dérogation qui aurait permis à un mineur de moins de 15 ans de s’inscrire sur un réseau social avec l’approbation de son représentant légal.

Le texte ne précise pas spécifiquement la notion de réseau social. Il renvoie à l’existant, l’article 6 de la LCEN, qui lui-même s’appuie sur la définition européenne, à savoir :

« Une plateforme permettant aux utilisateurs finaux de se connecter ainsi que de communiquer entre eux, de partager des contenus et de découvrir d’autres utilisateurs et d’autres contenus, sur plusieurs appareils et, en particulier, au moyen de conversations en ligne (chats), de publications (posts), de vidéos et de recommandations ».

La proposition de loi introduit une exception, en spécifiant que l’interdiction ne s’applique « ni aux encyclopédies en ligne, ni aux répertoires éducatifs ou scientifiques, ni aux plateformes de développement et de partage de logiciels libres ou de projets numériques à vocation éducative en source ouverte ».

L’inconnue de la vérification d’âge

Ce que le texte ne dit pas, en revanche, c’est comment opérer l’indispensable vérification d’âge via laquelle les réseaux sociaux interdiront ou autoriseront l’accès à leurs services. S’agira-t-il d’une estimation algorithmique ou d’une vérification formelle, et par quel procédé ?

Interrogée sur ce point lundi en CMP (voir compte-rendu des débats), la rapporteure du texte pour l’Assemblée nationale Laure Miller se range derrière les lignes directrices du règlement européen sur les services numériques (DSA), énoncées dans son article 28.

« Pas moins de cinq critères cumulatifs ont été définis pour la vérification de l’âge : la précision, la fiabilité, la robustesse, le caractère non intrusif et la non-discrimination. Les plateformes devront avoir un dispositif de vérification de l’âge qui respectera ces cinq critères.

S’ajoutera à cela le dispositif du tiers de confiance. Cette plateforme neutre ne renverra au réseau social que l’information relative à l’âge de l’internaute, ce qui garantira un haut niveau de protection de nos données, sujet auquel nous sommes particulièrement sensibles en France.
 »

La députée a déclaré à l’AFP que le service France Connect ou Docaposte, qui équipent les espaces numériques de travail des établissements scolaires, pourraient servir d’intermédiaires techniques, mais la décision finale est renvoyée au gouvernement. Le fameux projet de solution de vérification de l’âge porté par la Commission européenne devrait logiquement faire partie des options envisagées.

« En l’adoptant aujourd’hui, la France montre la voie en Europe », a déclaré dans l’hémicycle la ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, affirmant que d’autres pays comme la Grèce lui emboîteraient le pas dans les prochaines semaines. La ministre s’est dite favorable à ce qu’il n’y ait pas une mais plusieurs méthodes de vérification de l’âge.

Une mise en œuvre pas vraiment contraignante pour les plateformes

Reste qu’à ce stade, la proposition de loi ne dispose d’aucun mécanisme opérant qui permettrait à la France de sanctionner les plateformes contrevenantes. Pour rester dans les clous du DSA, le texte renvoie en effet à la Commission européenne, et donc au DSA qui, pour l’instant, n’impose pas de blocage des réseaux sociaux aux mineurs. Une lacune assumée par les rapporteures du texte qui attendent, ou espèrent, que la Commission européenne harmonisera bientôt ces obligations sur le modèle français, pour éviter une nouvelle loi Marcangeli (sur la majorité numérique, votée en 2023 et jamais appliquée pour des raisons similaires).

« S’agissant des plateformes, son application relèvera quasi exclusivement de la Commission européenne, qui a bien insisté sur ce point lors de nos échanges. Si certains réseaux sociaux sont récalcitrants, il faudra espérer que, malgré ses pesanteurs et parfois sa perméabilité aux arguments des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), elle engage et mène à son terme une procédure de sanction. Nous pressentons qu’elle ne sera pas incitée à faire diligence avant que son propre dispositif ne soit opérant », a ainsi expliqué Catherine Morin-Desailly, rapporteure du texte au Sénat, lors de la CMP. Le cas des petites plateformes, les réseaux sociaux qui ne relèvent pas du DSA, constitue dans ce contexte une inconnue.

Interdiction du téléphone portable dans les lycées

L’autre grande mesure du texte porte sur l’interdiction du téléphone portable dans les lycées. L’article 6 de la proposition de loi étend ainsi aux lycées la mesure déjà officiellement en vigueur dans les collèges.

« Les modalités d’application de cette interdiction et les exceptions à celle-ci sont déterminées par le règlement intérieur en cohérence avec le projet d’école ou d’établissement. Dans les lycées dispensant des formations de l’enseignement supérieur, le règlement intérieur peut prévoir des dispositions particulières pour les étudiants », précise à ce sujet le texte.

L’article 2 du nouveau texte réprime quant à lui la propagande ou la publicité en faveur de produits, objets ou méthodes présentés comme moyens de se donner la mort, sans lien direct avec l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs.

Le cabinet de Anne Le Hénanff estimait récemment qu’un nouveau passage devant la Commission européenne ne serait pas nécessaire dans la mesure où les deux points litigieux soulevés par cette dernière avaient été supprimés du texte. La proposition pourrait (ou plutôt devrait, compte tenu des positions exprimées dans l’hémicycle) faire l’objet d’une saisine du Conseil constitutionnel (60 sénateurs ou 60 députés sont requis pour déclencher le processus, s’il n’émane pas directement du gouvernement). Sous réserve de l’avis rendu par ce dernier, une promulgation expresse avant la rentrée de septembre est donc possible… même si la question des solutions de vérification d’âge, et celle des mécanismes de sanction, restent en suspens.

Microsoft engage plusieurs milliards de dollars aux côtés de Mistral en Europe

21 juillet 2026 à 15:58
Mistral encaisse le chèque de Microsoft
Microsoft engage plusieurs milliards de dollars aux côtés de Mistral en Europe

Microsoft va donner un coup de main à Mistral pour construire des centres de données en Europe, au travers d’un accord à plusieurs milliards de dollars. Les derniers modèles du labo IA français vont également être distribués dans les plateformes Azure, Foundry et Copilot Studio de l’éditeur américain.

Mistral renforce ses liens avec Microsoft. Les deux entreprises sont partenaires depuis 2024, dans le cadre d’un accord de distribution des modèles IA du labo sur la plateforme Azure. Cette fois, cela va encore plus loin : Microsoft s’engage en effet sur « plusieurs milliards de dollars » pour développer l’infrastructure IA en Europe.

Des centres de données et beaucoup de souveraineté

Le communiqué donne peu de détails concrets, mais avec cet argent frais, Mistral va pouvoir augmenter ses capacités GPU « grâce à des milliers de GPU NVIDIA Vera Rubin de dernière génération ». La société a annoncé plusieurs investissements pour bâtir des datacenters, en France comme ailleurs en Europe.

L’accord donne donc du muscle à Mistral pour l’entraînement, l’inférence et le déploiement à grande échelle de ses modèles, mais Microsoft y voit aussi son intérêt, bien sûr. Le géant américain renforce ainsi ses capacités en Europe « tout en soutenant les engagements numériques » annoncés l’an dernier pour le vieux continent.

Brad Smith, le président de Microsoft, avait publié en mai 2025 une tribune dans laquelle le groupe prenait des engagements, notamment en matière de gouvernance, de confidentialité des données et de collaboration avec les institutions européennes. « L’Europe doit avoir accès aux capacités d’IA les plus avancées au monde, sans compromettre la maîtrise de ses données, de ses opérations ou de son avenir numérique », avance aujourd’hui le dirigeant.

Le nouvel accord avec Mistral contient également une partie importante sur les modèles du labo français. Medium 3.5 est désormais distribué dans Microsoft Foundry et Azure (au niveau applicatif, le modèle est aussi disponible dans Copilot Studio). OCR 4, la dernière version du modèle dédié à la reconnaissance de texte et désormais parseur documentaire sémantique, est lui aussi proposé dans Foundry.

Les modèles de Mistral peuvent aussi être installés via Azure Local (Azure Stack HCI jusqu’en 2024) sur les infrastructures de l’entreprise plutôt que dans les centres de données de Microsoft. Cela permet aux clients de conserver une partie des outils et du fonctionnement de la plateforme cloud de Microsoft, mais sur des serveurs contrôlés par l’organisation – y compris dans des environnements complètement coupés d’internet. Les modèles Mistral utilisés de la sorte peuvent fonctionner au travers de Foundry Local, pour exécuter les apps IA.

Microsoft soigne son image en Europe

Ces nouvelles capacités permettent aux modèles de Mistral d’être « déployés par les entreprises et les institutions publiques du monde entier sur une plateforme de confiance, conçue pour répondre aux exigences des environnements les plus critiques et réglementés, partout où nos clients exercent leurs activités », précise Arthur Mensch, le directeur général de Mistral.

Brad Smith se fait encore plus clair auprès du Wall Street Journal. « Les clients [qui veulent] s’appuyer sur les modèles de Mistral (…) n’ont pas besoin de choisir un modèle d’Anthropic, d’OpenAI ou d’un autre fournisseur américain », explique-t-il. « Ils bénéficient de notre technologie, qui vient évidemment des États-Unis, mais peuvent l’exécuter dans un environnement déconnecté », ajoute le dirigeant.

En soutenant Mistral de la sorte, Microsoft espère bien montrer patte blanche et marquer des points auprès des régulateurs. « En intégrant les modèles européens de pointe de Mistral à notre portefeuille cloud souverain et en les rendant disponibles dans des environnements cloud public, connectés au cloud ou entièrement déconnectés, nous concrétisons les engagements numériques pour l’Europe que nous avons pris et offrons à nos clients une base de confiance pour déployer l’IA selon leurs propres conditions », décrypte le président du mastodonte US.

Azure et Amazon Web Services pourraient bientôt recevoir leur carte du club du DMA. La Commission européenne prépare en effet une extension du règlement sur les marchés numériques au cloud. Les plateformes épinglées doivent se plier à une série d’obligations pour limiter les pratiques anticoncurrentielles et faciliter le passage d’un service à un autre.

Firefox 153 intègre nativement des conteneurs pour isoler les sites

21 juillet 2026 à 15:32
Chacun sa boite
Firefox 153 intègre nativement des conteneurs pour isoler les sites

Firefox fournit un joli lâcher de nouveautés, dont la principale est clairement l’arrivée des conteneurs. Ceux-ci existent depuis des années sous forme d’extensions, mais on parle cette fois d’une intégration native pour l’ensemble des sites.

Firefox 153 est l’avant-dernière révision mensuelle. La mouture 154 arrivera le 18 aout, mais la 155 sera là dès le 1ᵉʳ septembre : Mozilla a décidé de suivre le reste de l’industrie sur une publication bimensuelle. Et pour fêter l’évènement (façon de parler), les nouveautés sont assez nombreuses.

Des conteneurs enfin présents par défaut

Le changement le plus significatif est l’intégration native des containers (conteneurs d’onglets), jusqu’ici réservés à l’extension Multi-Account Containers. Mozilla décrit cette fonctionnalité comme permettant de séparer les cookies par container pour utiliser différents comptes sur un même site et limiter le tracking cross-site entre eux.

Quatre containers préconfigurés sont fournis par défaut : Personnel, Banque, Achats et Travail, chacun avec sa couleur représentée par un liseré sur le haut de l’onglet. L’utilisateur peut en créer d’autres, avec nom, couleur et icône personnalisés. Pour accéder aux conteneurs, il suffit de faire un clic droit sur le bouton « + » servant à ouvrir un onglet.

Le même menu permet de se rendre dans le panneau de gestion des conteneurs, où l’on peut configurer ceux existant déjà et en ajouter d’autres. Une option permet même de forcer l’affichage du menu, pour qu’un clic sur « + » propose systématiquement un onglet standard ou un conteneur. Le raccourci Ctrl + T n’est cependant pas affecté et ouvre toujours un onglet classique.

Nombreux petits ajouts

Firefox 153 ajoute bon nombre de nouveautés plus ou moins importantes. Dans l’éditeur PDF par exemple, on peut maintenant ajouter des images en tant que nouvelles pages, ou fusionner des PDF en glissant un fichier directement dans le panneau latéral, plutôt que de passer par le sélecteur de fichier.

On trouve également de nouvelles actions rapides pour la barre d’adresse : taper « labs » ou « experiment » ouvre directement Firefox Labs. Taper « pick color », « color picker » ou « eyedropper » active un sélecteur de couleur permettant de copier n’importe quelle teinte affichée sur une page. Pour rappel, les actions rapides ne se lancent pas par simple validation avec Entrée, car cette manipulation lance toujours la recherche sur les mots saisis. À la place, le menu qui s’ouvre en-dessous fait apparaitre la fonction correspondante, sur laquelle on peut cliquer ou – plus simplement – sélectionner avec Tab avant de faire Entrée.

Firefox 153 se dote en outre d’une fonction de partage par code QR. On y accède par un clic droit sur l’onglet, puis Partager > Générer un code QR. L’icône de géolocalisation s’affiche désormais en rouge quand un site accède à la position, y compris sur les pages de résultats de recherche où elle était auparavant masquée. Côté IA, la fonctionnalité « Smart Window » (le mode IA expérimental de Firefox) permet de choisir le modèle préféré.

La nouvelle mouture présente aussi des apports spécifiques aux plateformes. Sur Windows 10/11, la lecture des vidéos prend enfin en charge le HDR, à condition que l’écran supporte cette capacité bien sûr. Cette prise en charge est pour l’instant limitée aux configurations dotées d’un GPU dédié AMD ou NVIDIA. Sous Linux/GTK, les coins arrondis en bas des fenêtres sont désormais activés par défaut (l’option existait déjà manuellement depuis 2023). Sous macOS, Firefox prend en charge le raccourci système Apple Globe + F pour le plein écran. Et comme toujours avec les nouvelles moutures, Firefox 153 colmate des dizaines de failles de sécurité, dont 17 de sévérité élevée.

Enfin, et c’est clairement un élément important pour une partie des utilisateurs, Firefox 153 est ESR (Extended Support Release). Ces versions sont maintenues par Mozilla pendant 15 mois : une fois par an, avec une période de sûreté de trois mois pour laisser le temps de faire la mise à jour. Durant ces 15 mois, Mozilla s’engage à fournir les correctifs de sécurité sans toucher à l’aspect fonctionnel.

Comment un simple branchement d’écran illustre un vieux problème de Windows

21 juillet 2026 à 14:40
L'important, c'est le choix
Comment un simple branchement d’écran illustre un vieux problème de Windows

Des propriétaires de moniteurs LG ont constaté qu’après un simple branchement de l’écran, Windows installe silencieusement une application nommée LG Monitor App Installer. Sa seule mission semble être de proposer un essai de l’antivirus McAfee. Le processus détourne une capacité du système à simplifier l’installation des composants et périphériques.

Depuis environ trois semaines, des propriétaires de moniteurs LG (essentiellement la gamme UltraGear) constatent qu’après un simple branchement de l’écran, l’application LG Monitor App Installer apparait d’elle-même, sans boîte de dialogue de consentement. Son comportement observé consiste principalement à afficher un pop-up faisant la promotion d’un essai gratuit de 30 jours de McAfee, qui bascule ensuite vers un abonnement payant (39,99 dollars la première année).

La chaîne YouTube Gamers Nexus a reproduit le phénomène en achetant un moniteur LG UltraGear 34GX900A-B (1 200 dollars) : l’installation apparaît dans le menu Démarrer environ une minute après branchement, et le pop-up McAfee s’est affiché sur 31 des 32 démarrages testés.

Qu’est-ce que c’est que ce bazar ?

Il ne s’agit pas d’un piratage, mais d’un processus basé sur une fonctionnalité parfaitement documentée depuis Windows 8. Elle est basée sur les métadonnées et se déroule en quatre étapes :

  1. Connexion du périphérique
  2. Récupération des métadonnées associées depuis les serveurs de Microsoft
  3. Téléchargement du pilote via Windows Update
  4. Téléchargement automatique de l’application associée via le Microsoft Store

Il ne faut que trois conditions pour que la chaine se lance, simples à réunir : une connexion internet, un compte Microsoft (permettant le lien avec le Store) et des paramètres non modifiés de Windows.

La simplicité du processus fait son efficacité aussi bien que le lit des critiques. Microsoft reconnait dans sa documentation que « la fonction d’installation automatique ne fournit pas de notification à l’utilisateur lors de l’installation de l’application ». L’éditeur met d’ailleurs en garde les constructeurs : « Certains utilisateurs peuvent trouver cette expérience confuse et frustrante, et attribuer une mauvaise note à votre application ». Il ne croyait pas si bien dire.

Source : Windows Latest

Rien ne va

Windows Latest s’est abondamment penché sur la situation. En creusant, nos confrères se sont rendu compte que LG n’en est pas à son coup d’essai. Un technicien en réparation PC avait ainsi signalé le comportement sur le forum Microsoft Tech Community dès juillet 2025, qualifiant l’app de PUP (« potentially unwanted program ») forcé à chaque branchement d’un moniteur LG en atelier. Le fil n’a cependant jamais reçu de réponse de Microsoft.

Ce qui a rendu le problème visible ces dernières semaines, c’est une mise à jour de l’application dont les notes de version ajoutent explicitement McAfee comme « application supplémentaire », le tout rédigé dans un langage très publicitaire : « Live confidently online with all-in-one protection » (« Vivez en toute confiance en ligne avec une protection tout-en-un »). Pour nos confrères, il s’agit d’un aveu indirect de LG plutôt que d’un simple bug.

Autre problème : les droits de l’application. Comme pointé ici aussi par Windows Latest, LG Monitor App Installer dispose de tous les droits système. Elle peut utiliser toutes les ressources et accéder à la connexion internet.

Selon certains médias, dont Gadget Review, LG aurait retiré le contenu publicitaire McAfee de son application dès le 13 juillet 2026 suite aux critiques, tout en précisant que le processus d’installation silencieuse restait pleinement opérationnel. Or, l’article de Windows Latest, publié ce 21 juillet, documente encore la présence de McAfee dans les notes de version et les captures d’écran du Store à cette date. Il est possible que le retrait ait été partiel, temporaire, ou concerne une région ou une version spécifique. Aucune confirmation officielle de LG n’existe pour trancher.

Source : Windows Latest

Sur la fiche de l’application dans le Store américain, les avis laissés par les utilisateurs reflètent l’agacement généralisé face à la pratique. Il semble toutefois que le ménage ait été fait, car plus aucun avis ne semble présent au moment où nous écrivons ces lignes. Sur Reddit, dans des fils comme r/pcmasterrace et r/LGOLED, le ton dominant est la surprise puis la colère : plusieurs utilisateurs rapportent n’avoir découvert le problème qu’en fouillant manuellement la liste des applications de démarrage.

Un vieux « problème »

On peut remédier à la situation de plusieurs manières. D’une part, l’application peut être désinstallée et il ne semble pas qu’elle revienne d’elle-même. C’est au moins ça de gagné. D’autre part, on peut interdire à Windows de déclencher ce type d’action de manière définitive, mais il faut plonger dans les politiques de groupe.

Commencez par appuyer sur Win + R, écrivez « gpedit.msc » et validez avec Entrée. Rendez-vous ensuite dans Configuration ordinateur > Modèles d’administration > Système > Installation de périphériques. Cherchez la ligne « Empêcher le téléchargement automatique des applications associées aux métadonnées de l’appareil », double-cliquez dessus et sélectionnez « Activé » en haut à gauche de la fenêtre qui s’est ouverte. À compter de maintenant, plus aucune installation de ce type n’aura lieu.

Il est « dommage » d’en arriver là, car le mécanisme en lui-même peut faire gagner du temps. Les personnes possédant des périphériques Logitech par exemple savent qu’en branchant une souris ou un clavier, un popup propose l’installation de l’application Logi+, qui sert à régler finement ces appareils. Seulement, il s’agit d’une proposition que l’on peut refuser, pas d’une installation automatique et silencieuse.

De nombreux autres constructeurs proposent des mécanismes équivalents. MSI et Gigabyte, par exemple, font apparaitre ce genre de petite fenêtre pour proposer l’installation d’une suite d’utilitaires pour leurs cartes mères. Encore une fois, il s’agit d’une simple proposition, qui ne réapparait le plus souvent qu’après une mise à jour majeure de Windows (par exemple après la dernière 25H2 de Windows 11).

Le mécanisme peut donc être utile, mais il n’a pas été pensé pour ce type de cas. Il est probable que les remontées au vitriol des utilisateurs aient déclenché une conversation sur le sujet entre les deux entreprises. Après tout, ce type d’incident peut rejaillir facilement sur Microsoft pour avoir fourni le mécanisme de base.

Que faudrait-il faire ? Plusieurs pistes peuvent aisément être imaginées pour régler le problème à la racine. La plus radicale est de supprimer ce comportement de Windows. On peut le faire manuellement (comme nous l’avons vu), mais Microsoft ne ferait-elle pas mieux de désactiver ces liens automatiques ? L’entreprise pourrait recourir à des solutions intermédiaires, en serrant davantage la vis pour les constructeurs qui abusent du mécanisme, par exemple en rendant obligatoire la validation de l’utilisateur et en limitant les droits de ces applications.

La justice accepte qu’Anthropic paie 1,5 milliard pour solder l’affaire des livres piratés

21 juillet 2026 à 13:34
Un chèque record pour éviter une facture bien plus salée
La justice accepte qu’Anthropic paie 1,5 milliard pour solder l’affaire des livres piratés

C’est tout simplement le dédommagement le plus élevé jamais obtenu dans une affaire de droits d’auteur, s’est réjoui l’avocat de plusieurs auteurs, après l’approbation définitive d’un accord avec Anthropic. La somme fait effectivement tourner les têtes : 1,5 milliard de dollars. Malgré tout, le labo s’en sort bien.

Pour s’éviter un procès potentiellement embarrassant et encore plus coûteux, Anthropic avait dégainé le carnet de chèques l’an dernier. L’entreprise mettait sur la table 1,5 milliard de dollars pour éteindre une action collective lancée en août 2024 par plusieurs autrices et auteurs, qui accusaient le labo IA d’avoir entraîné ses modèles IA à partir de leurs œuvres piratées. Un procès aurait dû se tenir en décembre dernier, mais l’accord à l’amiable a scellé le différent… Restait, tout de même, à obtenir l’aval de la justice.

L’approbation a été donnée par la juge Araceli Martinez-Olguin, qui a remplacé le précédent juge en charge du dossier, William Alsup, ce dernier étant parti à la retraite. En septembre 2025, après la présentation de l’accord, il avait tiqué sur plusieurs points et demandé des précisions, en particulier sur la manière dont les avocats allaient notifier les participants de l’action collective.

L’entraînement des modèles IA relève du « fair use »

La proposition d’Anthropic n’a cependant pas été du goût de tous les auteurs, certains estimant que le montant n’était pas suffisamment important, ou que les avocats étaient rémunérés trop généreusement. En cas de procès, l’entreprise aurait effectivement pu être condamnée à des dommages encore plus élevés (on évoquait alors des hypothèses à plusieurs centaines de milliards de dollars…).

Dans son jugement repris par Reuters, la juge a rejeté ces objections : les critiques sur la somme proposée ne repose pas sur une évaluation « réaliste » des risques et des bénéfices d’un procès, assume-t-elle. Araceli Martinez-Olguin a également réduit les émoluments versés aux avocats à 101 millions de dollars d’honoraires (ils demandaient 187,5 millions).

Dans le détail, Anthropic va verser le montant de 1,5 milliard de dollars en quatre fois sur le compte d’un fonds d’indemnisation (PDF). L’action collective liste environ 500 000 œuvres, soit un recouvrement brut de 3 000 dollars par œuvre. « Nous nous réjouissons que plus de 91 % des auteurs et éditeurs concernés par l’accord aient réclamé leur part de l’indemnisation, et nous espérons désormais pouvoir clore ce dossier », explique Aparna Sridhar, directrice juridique adjointe d’Anthropic.

« Il s’agit du plus important dédommagement jamais obtenu dans une affaire de droits d’auteur. Nous allons maintenant nous employer à verser au plus vite les sommes dues aux auteurs concernés par l’accord », a déclaré l’avocat des auteurs.

Malgré le montant engagé, la société s’en sort plutôt bien. Le juge William Aslup avait en effet estimé que l’utilisation de livres pour entraîner les modèles du labo pouvait relever du « fair use », l’exception américaine du droit d’auteur. En revanche, il avait considéré qu’Anthropic pouvait être tenue responsable d’avoir constitué une bibliothèque centrale : celle-ci contenait 7 millions d’ouvrages provenant de sources piratés.

Le fait que certains de ces fichiers aient ensuite servi ou non à l’entraînement ne supprimait pas le problème lié à leur acquisition et à leur conservation. Dans l’accord, Anthropic s’est engagée à détruire les copies des bases de données LibGen (Library Genesis) et PiLiMi (Pirate Library Mirror). « Nous avons conclu cet accord en 2025, après la décision majeure du tribunal selon laquelle l’entraînement d’une IA à partir de livres relève du “fair use” au regard du droit d’auteur — une interprétation qui reste en vigueur aujourd’hui », poursuit Aparna Sridhar.

Les auteurs recevant des dommages du fonds d’Anthropic s’engagent de leur côté à ne pas poursuivre la société. Plusieurs d’entre eux, ainsi que des maisons d’édition, ont décidé de ne pas participer à l’accord et ont déposé de nouvelles plaintes. Le labo est donc encore loin d’en avoir terminé avec la justice, néanmoins elle pourra s’appuyer sur le fait que l’entraînement lui-même a été jugé licite.

Quand les mots s’en mêlent : aidez Donald Trump à trouver le message caché de Mythos !

21 juillet 2026 à 12:49
Trump qui peut
Quand les mots s’en mêlent : aidez Donald Trump à trouver le message caché de Mythos !

Cet été, Next vous propose des mini-jeux. Le premier est un mot mêlé où vous devez aider Donald Trump à trouver un message que Mythos essaie de lui faire passer en douce… Problème, il n’y arrive pas. Et, si le message était de la plus haute importance ?

Il y a 45 mots à trouver avant de faire apparaitre le message caché. Ils peuvent être en long, en large, en travers et même écrits à l’envers. Si vous manquez d’inspiration, le bouton « Help » permet d’afficher la liste de tous les mots (mais en avez-vous réellement besoin ?).

Cliquez-glissez sur des lettres pour former un mot. S’il est correct, il est surligné en vert ; sinon il faut recommencer. Les dessins sont de Flock et la partie interactive développée avec une IA générative. Le jeu fonctionne avec la souris ou avec le doigt sur un écran tactile (sur smartphone ou tablette par exemple). Une fois les 45 mots trouvés, les lettres restantes forment une phrase… celle qui inquiète tant Donald Trump.

Une fois que vous avez la réponse, notez-la : elle servira pour participer à notre concours à la fin de l’été (évitez donc de la partager dans les commentaires). Afin de pouvoir gagner des cadeaux, il faut être abonné à Next, en plus de trouver un maximum de bonnes réponses, bien évidemment.

☕️ Le Rassemblement national confirme une intrusion sur son site

21 juillet 2026 à 11:46


Mardi matin, le site du Rassemblement national (RN) affichait les stigmates d’une intrusion : en page d’accueil, le visuel d’un communiqué daté du 15 juillet avait été remplacé par un logo revendiquant l’attaque : un chat stylisé, décoré de drapeaux du Maroc et d’Algérie, et accompagné d’un pseudonyme, 84City. Le texte de ce même communiqué avait quant à lui été supprimé.

Le visuel d’un communiqué a été remplacé par le logo de l’attaquant en page d’accueil du site – capture d’écran Next

Le parti incarné par Marine Le Pen pour l’échéance électorale de 2027 a remédié à cet affichage mardi en milieu de journée, et confirmé à France Info la survenue d’une attaque. Une source interne au parti précise que les vérifications menées jusqu’alors n’ont pas montré de vol de données personnelles « à ce stade ». Le RN indique par ailleurs son intention de déposer une plainte.

La publication associée est datée du 15 juillet – capture d’écran Next

L’attaque se limite-t-elle à un simple « défaçage », c’est-à-dire une altération des éléments visibles du site ? Un internaute utilisant le pseudonyme 84City a posté lundi 20 juillet dans la soirée, sur un forum spécialisé, une annonce signalant la mise en vente d’une base de données soi-disant extraite du site du RN.

L’auteur du post évoque des données datées du jour-même, avec 12 tables issues du moteur WordPress du site, et 95 tables extraites d’une base de données MariaDB 11.8.8 opérée sous Debian. Il mentionne enfin huit tables associées à Gravity Forms, une extension WordPress utilisée pour la gestion de formulaires en ligne. L’annonce n’est cependant accompagnée d’aucun échantillon qui permettrait d’attester sa véracité.

La France Insoumise (LFI) a elle aussi subi une attaque informatique début mai, quelques jours après que son président, Jean-Luc Mélenchon, a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027.

Rappelons que d’un point de vue réglementaire, les informations qui révèlent l’orientation politique relèvent de ce que le RGPD qualifie, dans son article 9, de « données sensibles ».

Attaquée par un agent IA autonome, Hugging Face a analysé les traces avec un LLM local

21 juillet 2026 à 08:52
Brand new war
Attaquée par un agent IA autonome, Hugging Face a analysé les traces avec un LLM local

Hugging Face a publié le 16 juillet 2026 une divulgation d’incident au sujet d’une intrusion dans une partie de son infrastructure de production. Selon l’entreprise, cette intrusion présentait une caractéristique inédite : elle a été pilotée de bout en bout par un système d’agent IA autonome.

Au constat de cette intrusion, Hugging Face en a opposé un autre : l’incident a été détecté et analysé en grande partie par la propre IA de l’éditeur.

Dans son compte rendu, l’entreprise indique avoir identifié un accès non autorisé à un ensemble limité de jeux de données internes et à plusieurs identifiants utilisés par ses services, tout en précisant que l’évaluation de l’impact sur les données de partenaires ou clients était encore en cours. Point important pour l’écosystème : aucune preuve d’altération des modèles, datasets (lots de données) ou Spaces publics destinés aux utilisateurs n’a été trouvée. La chaîne d’approvisionnement logicielle (images de conteneurs, paquets publiés) a été vérifiée et a été déclarée comme saine.

Comment les pirates sont-ils entrés ?

Le point d’entrée se situe dans le pipeline de traitement des datasets. Un jeu de données malveillant a exploité deux chemins d’exécution de code dans le traitement des datasets : un chargeur de dataset à exécution de code distant et une injection de template dans une configuration de dataset, avec pour finalité l’exécution du code sur un worker de traitement.

À partir de ce point d’ancrage, les pirates ont progressé vers un accès au niveau du nœud, récupéré des identifiants cloud et de cluster, puis se sont déplacés latéralement dans plusieurs clusters internes pendant plusieurs jours.

Mais qui a attaqué ? On ne le sait pas encore, mais l’entreprise évoque une campagne menée par un framework d’agents autonomes, semblant construit sur un harnais de recherche en sécurité offensive de type agentique, bien que le LLM utilisé reste inconnu à ce stade. Ce framework a exécuté plusieurs milliers d’actions individuelles à travers un ensemble de sandbox (bacs à sable) éphémères, avec un serveur C&C (command-and-control) auto-migrant hébergé sur des services publics. Hugging Face, c’est la matérialisation concrète du scénario d’« attaquant agentique » anticipé par le secteur.

Les actions entreprises

Comme toujours dans ce genre d’annonce, l’entreprise liste les actions entreprises pour juguler le problème et éviter qu’il se reproduise.

Hugging Face dit ainsi avoir corrigé les chemins d’exécution de code du dataset ayant permis l’accès initial, supprimé le point d’ancrage des pirates, reconstruit les nœuds compromis, révoqué et regénéré les identifiants affectés, déclenché une rotation préventive plus large des secrets (mots de passe et autres informations identifiantes), déployé des garde-fous et contrôles d’admission plus stricts sur les clusters, et amélioré la détection pour qu’un signal de sévérité élevée déclenche une alerte en quelques minutes, tous les jours. L’entreprise ajoute travailler avec des spécialistes externes en analyse de ce type d’incident (forensic) et a signalé l’incident aux autorités judiciaires.

Rappelons que ce n’est pas la première fois que Hugging Face est attaquée et qu’une partie de ses infrastructures est compromise. En juin 2024, la société avait averti qu’un sous-ensemble de secrets avait été dérobé et que des accès non autorisés avaient été détectés dans un certain nombre de Spaces. Elle recommandait alors l’actualisation de tous les jetons et clés d’authentification.

IA contre IA

Le sujet est devenu courant depuis plusieurs mois : l’IA générative, et plus particulièrement les agents, provoquent une rupture dans le domaine de la cybersécurité. Le sujet est particulièrement prégnant depuis l’arrivée du modèle Mythos d’Anthropic, accessible depuis le fameux projet Glasswing, auquel seules des organisations triées sur le volet peuvent accéder. Ce fut notamment le cas de Mozilla.

Hugging Face indique ainsi avoir utilisé son propre pipeline de triage basé sur des LLM pour corréler les signaux de sécurité et détecter la compromission. Pour reconstituer l’attaque, l’entreprise a fait tourner des agents d’analyse LLM sur l’intégralité du journal d’actions de l’attaquant, comprenant plus de 17 000 événements enregistrés. Elle dit avoir réussi à reconstituer la chronologie, à extraire les indicateurs de compromission, à cartographier les identifiants touchés et à séparer l’impact réel de l’activité leurre.

Elle évoque également un « problème d’asymétrie » intéressant. Hugging Face a d’abord tenté d’utiliser des modèles frontières via des API commerciales, mais ces requêtes nécessitaient de soumettre de larges volumes de commandes d’attaque réelles, des charges utiles d’exploitation et des éléments C&C. Résultat ? Elles ont été bloquées par les garde-fous de sécurité des fournisseurs, incapables de distinguer les requêtes d’un analyste travaillant à la réponse à un incident de celles d’un attaquant.

Une « leçon » à tirer, selon Hugging Face

En conséquence, Hugging Face a fini par faire tourner l’analyse forensic sur le modèle chinois GLM 5.2, dont les poids ouverts ont fait couler pas mal d’encre (le cas se reproduit avec Kimi K3). Le LLM a été exécuté sur la propre infrastructure de l’entreprise, en local, sans lien avec l’extérieur.

Hugging Face en tire justement une leçon opérationnelle : mieux vaut disposer d’un modèle capable, exécutable sur sa propre infrastructure, validé et prêt avant un incident, autant pour éviter le blocage par les garde-fous que pour empêcher que les données de l’attaquant et les identifiants quittent l’environnement. Elle ajoute cependant qu’il ne s’agit pas d’un argument contre les mesures de sécurité des modèles hébergés, et indique avoir partagé ce retour avec les fournisseurs concernés.

« Les outils offensifs autonomes pilotés par l’IA ne sont plus théoriques. Cela réduit le coût de gestion d’une campagne large, patiente et en plusieurs étapes, et cela fonctionne à la vitesse de la machine. Défendre une plateforme en ligne signifie désormais traiter la surface de données et de modèles comme une surface d’attaque de premier ordre, et utiliser l’IA en défense pour suivre le rythme. Nous continuerons à y investir et à partager ce que nous apprenons », conclut Hugging Face.

Avant même l’ouverture de ses poids, Kimi K3 inquiète déjà Washington

21 juillet 2026 à 06:44
Un modèle qui va peser lourd
Avant même l’ouverture de ses poids, Kimi K3 inquiète déjà Washington

Le secteur de l’IA retient son souffle : le 27 juillet, Moonshot AI publiera les poids complets de son modèle Kimi K3. On verra alors de visu de quel bois se chauffe ce modèle, et si les promesses du labo chinois sont tenues. À la Maison-Blanche, on prépare déjà la riposte.

Petite secousse ou tremblement de terre, on saura très bientôt ce que Kimi K3 a réellement dans le ventre le 27 juillet, lorsque Moonshot AI publiera les poids ouverts de son nouveau modèle, autrement dit son état final après son entraînement. Une fois ces poids téléchargés, ils pourront être chargés dans un logiciel compatible pour y être exécutés, sans avoir à envoyer les requêtes au labo.

La grande peur de l’IA chinoise

Actuellement, ce modèle est disponible sous la forme d’un service en ligne et d’une API. On verra par la suite si Kimi K3 est réellement open source, en fonction de la licence, des fichiers fournis et l’accès éventuel au code ; néanmoins, le code et les poids de Kimi K2 et Kimi K2.5 ont été publiés sous une licence MIT modifiée. Il pourrait en aller de même pour K3.

Avant la date fatidique, la pression monte car ce « premier modèle à atteindre 2 800 milliards de paramètres » est paré de toutes les vertus ou presque. Large fenêtre contextuelle (jusqu’à 1 million de tokens), performances « de niveau frontière », des prix qui paraissent très avantageux sur le papier, grosse hype…

La publication des poids ouverts de Kimi K3 pourrait provoquer un nouveau « moment DeepSeek » au sein de la filière IA, en particulier aux États-Unis où règnent les modèles fermés d’OpenAI et d’Anthropic. Le succès semble déjà au rendez-vous : Moonshot AI vient de fermer les nouvelles inscriptions car la demande est plus importante que prévue et les limites des GPU sont proches, selon l’entreprise. L’ajout de nouvelles capacités de calcul est en cours.

Et l’administration Trump n’a pas l’air d’apprécier l’aspect « ouvert » des modèles IA chinois, une stratégie promue par le président Xi Jinping lui-même. Selon des sources d’Axios, la Maison-Blanche envisage de relancer différentes mesures pour freiner leur adoption par les entreprises américaines – voire les interdire purement et simplement.

Le ministère américain du Commerce aurait étudié la possibilité d’inscrire plusieurs labos chinois sur l’« Entity List », une liste noire qui restreint leur accès à des technologies américaines (celle sur laquelle se trouve Huawei par exemple). Une telle décision serait aussi de nature à compliquer sérieusement l’utilisation de ces modèles à poids ouverts aux États-Unis, sauf à obtenir une autorisation spécifique.

Les modèles chinois en vogue

La NSA et le Bureau du directeur national de la cybersécurité ont de leur côté envisagé de publier un avertissement sur les risques liés aux modèles chinois. Autre piste : imposer aux entreprises américaines qui hébergent ces modèles de garantir leur sécurité et d’assumer la responsabilité d’une éventuelle faille.

Les entreprises états-uniennes utilisent de plus en plus les modèles chinois pour une raison simple : leur inférence est meilleur marché, pour des performances plus ou moins proches des modèles développés par les labos américains. En bonus, lorsqu’ils sont installés sur les serveurs de l’entreprise, les données et les requêtes restent en interne : elles ne transitent pas par les infrastructures d’un fournisseur tiers, ne servent pas à entraîner un autre modèle et ne risquent pas de donner indirectement un coup de pouce à la concurrence.

David Sacks, ancien « tsar » de l’IA (et toujours conseiller) auprès de l’administration Trump, a pris la défense des modèles ouverts. Sur X, il a ainsi écrit : « Nous sommes à un tournant critique de la politique en matière d’intelligence artificielle. Les principaux laboratoires fermés, qui forment déjà un duopole en matière de revenus générés par les modèles d’IA, veulent que le gouvernement élimine leurs concurrents open source. » Il parle bien sûr d’OpenAI et d’Anthropic.

Selon Axios, Washington n’aurait même pas besoin d’interdire formellement ces modèles venus de Chine. Il suffirait, si on peut dire, de mettre en place de nouvelles règles d’achat public, de mener des campagnes de peur (sur les éventuelles portes dérobées ou des failles de sécurité), ou tout simplement de menacer les entreprises US qui oseraient installer cette IA.

Liberté d’expression : nouvelle offensive US contre les règles européennes de modération

21 juillet 2026 à 05:18
Protéger Big Tech à tout prix
Liberté d’expression : nouvelle offensive US contre les règles européennes de modération

Les États-Unis de Donald Trump ont une dent contre les régulations que l’Union européenne impose aux grandes entreprises du numérique. À l’occasion du lancement de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations-Unies, Washington fait circuler un texte sur la « liberté d’expression » derrière lequel se cacherait les mastodontes américains de la tech.

L’administration Trump tenterait actuellement de faire signer par des chefs d’État et de gouvernement une déclaration de protection de la « liberté d’expression », en marge de l’Assemblée générale de l’ONU qui s’ouvrira le 8 septembre. Le texte, auquel Politico a eu accès, dénoncerait les « nouvelles lois » et les « cadres réglementaires » qui mettraient en danger la liberté d’expression dans des pays « historiquement démocratiques ».

Le DSA sur le banc des accusés

Pour l’Union européenne, difficile de ne pas se sentir visée par cette déclaration. Les règlements sur les marchés et services numériques (DMA et DSA) sont régulièrement ciblés par la Maison-Blanche, comme on l’a vu en février 2025 avec la visite sur le Vieux continent du vice-président J.D. Vance.

Pendant le Sommet pour l’action sur l’IA, il a ainsi dénoncé la « régulation excessive » qui pourrait tuer une industrie (celle de l’IA). Lors de la conférence de Munich sur la sécurité, Vance a également affirmé : « la menace qui m’inquiète le plus concernant l’Europe n’est ni la Russie, ni la Chine, ni aucun autre acteur extérieur [mais] la menace intérieure : le recul de l’Europe par rapport à certaines de ses valeurs les plus fondamentales » – sous-entendu : la liberté d’expression.

La déclaration, encore à l’état de brouillon, engagerait les signataires à ne pas sanctionner les propos qualifiés de « désinformation », « mésinformation » ou « discours haineux », sauf quand ils incitent à la violence ; de ne pas imposer aux plateformes une modération « proactive » de certaines catégories de contenus ; d’éviter toute règle susceptible de conduire à la suppression excessive de propos licites ; et de protéger largement les discours politiques, religieux, électoraux ou scientifiques, y compris quand ils contredisent les positions des autorités.

Parmi les contenus protégés listés par cette déclaration, on retrouve des thèmes chers à la frange la plus radicale des conservateurs américains, parmi lesquels les discussions sur les processus électoraux, les « discours scientifiques, universitaires et intellectuels, notamment les opinions et les nouvelles théories en matière de santé publique » ; ainsi que les « faits étayés par des données statistiques, biologiques ou empiriques, même lorsqu’ils sont contestés par des organismes officiels ou jugés politiquement dérangeants ».

Le piège de la liberté d’expression

L’approche européenne en matière de modération est effectivement aux antipodes de celle en vigueur outre Atlantique, même si l’approche maximaliste de l’administration actuelle consiste bien souvent à étouffer la voix des oppositions.

L’an dernier, la Maison-Blanche a ainsi restreint l’accès de l’agence de presse Associated Press à certains événements car elle refusait d’employer l’expression « golfe d’Amérique ». Depuis la fin 2025, Thierry Breton et d’autres Européens sont interdits de visa car ils travaillaient sur les questions de régulation des discours de haine et de la désinformation… Les exemples ne manquent pas.

Le DSA exige surtout que les très grandes plateformes évaluent et réduisent les risques systémiques liés à leur fonctionnement : amplification de contenus illégaux, atteintes aux élections, à la sécurité publique ou aux droits fondamentaux. La liberté d’expression fait elle-même partie des droits que les plateformes doivent protéger. Le règlement interdit par ailleurs aux autorités d’imposer une obligation générale de surveillance des contenus.

« Nous avons rédigé une déclaration commune afin de favoriser la transparence et de faire émerger un consensus », précise Sarah Rogers, sous-secrétaire d’État américaine chargée de la diplomatie publique, qui confirme donc l’existence de la déclaration. « Ce texte se veut à la fois une expression de courtoisie entre États et de valeurs communes, ainsi qu’un guide d’interprétation pour les entreprises américaines actives dans le domaine de l’expression en ligne et tenues de respecter des législations étrangères », ajoute-t-elle.

Sarah Rogers assure aussi qu’une déclaration diplomatique « ne peut pas primer sur des réglementations comme le DSA ». Les signataires affirment ainsi « qu’ils n’ont pas l’intention de censurer, par exemple, la satire — comme les caricatures de Charlie Hebdo —, les statistiques portant sur des sujets tels que la criminalité ou l’immigration massive, ou encore les critiques non violentes des politiques gouvernementales ».

Le texte américain circule en tout cas dans les cénacles européens à Bruxelles. Il a été discuté (PDF) le 14 juillet dernier par le Conseil de l’Union européenne. Une négociation pourrait se mener en coulisse afin de ne pas créer de précédent pouvant cibler les législations de l’UE. Il s’agirait aussi d’éviter de s’attirer des critiques en cas de refus de signer un document qui appelle à protéger la liberté d’expression.

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