Vue normale

La présidentielle peut ignorer la dette. L’OAT lui présentera l’addition

7 septembre 2026 à 19:00
Plus d'un tiers du budget de l'État. C'est ce que représenteront les intérêts de la dette en 2030. Un chiffre pharaonique, qui rend bien dérisoires les promesses des candidats à la présidentielle.L’article La présidentielle peut ignorer la dette. L’OAT lui présentera l’addition est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

Quand la charge de la dette grignote l’avenir de la France

7 septembre 2026 à 19:00
Transition énergétique, recherche, défense, infrastructures… Supérieurs à l'ensemble des gains de l'impôt sur le revenu, les intérêts de la dette risquent bien de se substituer aux investissements dont la France a un besoin impérieux.L’article Quand la charge de la dette grignote l’avenir de la France est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

Du Japon aux États-Unis : la bataille mondiale pour financer la dette

7 septembre 2026 à 19:00
Partout, les États se disputent les prêteurs. Une concurrence qui fait grimper la note. La France doit désormais financer sa dette dans une bataille mondiale acharnée.L’article Du Japon aux États-Unis : la bataille mondiale pour financer la dette est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

Reçu — 17 août 2026 Les Électrons Libres

Prolétaires de tous les pays, capitalisez !

17 août 2026 à 19:27

Faire fructifier nos cotisations plutôt que les engloutir ? La retraite par capitalisation est une nécessité, tant notre système par répartition est au bord du gouffre. La transition est possible. Refuser de la faire, c’est laisser les plus précaires au bord du chemin.

Dans le débat présidentiel qui s’amorce, les candidats sont (enfin) frappés d’une même épiphanie : notre système de retraite est à bout de souffle et il est temps d’en réformer le financement. L’ancien haut fonctionnaire Jean-Pascal Beaufret en a chiffré le déficit réel à 81 milliards d’euros par an, contributions de l’État comprises. Et la démographie censée le supporter est en berne. Même Marine Le Pen, pourtant rétive au libéralisme, s’y est mise, en plaidant désormais pour une capitalisation « volontaire », « pour ceux qui le peuvent ». La précision est savoureuse, car la France reste (heureusement) un pays libre où chacun peut (encore) placer son épargne comme il l’entend. Le mécanisme proposé existe déjà et a été renforcé en 2019, via la création du Plan d’épargne retraite (PER), ayant déjà séduit près de treize millions de souscripteurs et franchi les 150 milliards d’euros d’encours. Avec le ralliement du Rassemblement national, presque toutes les principales forces politiques – hormis certains partis de gauche, La France insoumise en tête – se disent désormais ouvertes à une dose de capitalisation. Le moment est idéal pour regarder de près ce mécanisme, et ce qu’il peut vraiment apporter.

Comment ça marche ?

À la différence du système par répartition régissant actuellement nos retraites, la capitalisation mise sur le temps pour générer ses ressources. Dans la répartition, les cotisations des actifs sont transférées chaque mois vers les retraités pour payer leurs pensions. Dans la capitalisation, elles sont investies, puis reviennent à l’actif sous forme de dividendes le jour où il cesse de travailler. L’économiste Patrick Artus avait illustré l’apport concret de la capitalisation sur le long terme. Selon ses calculs, un euro placé en 1982 valait deux euros quarante ans plus tard dans la répartition, quand il aurait pu en valoir vingt-deux dans la capitalisation. Une dose de capitalisation permet donc de générer des pensions plus généreuses ou d’amoindrir le poids des cotisations dans le salaire net.

La capitalisation au Krach-test !

J’approfondis
Un mannequin en combinaison orange pilote un kart tout en brandissant de l'argent sur un paysage surréaliste de graphiques boursiers.

Où cela marche déjà ?

Nul besoin de chercher bien loin des exemples de réussites. Les Pays-Bas ont adossé leur système à un puissant pilier de capitalisation, quasi universel. Le résultat est éloquent. Ils profitent d’un taux de remplacement (ratio de la pension par rapport au dernier salaire versé) parmi les plus élevés de l’OCDE, supérieur à 90 %, contre 60 % en moyenne en France. Une performance obtenue avec un poids des retraites dans le PIB deux fois inférieur au nôtre (7 % contre plus de 14 % chez nous) et qui permet à leurs fonds de pension de peser désormais une fois et demie la richesse de leur pays.

En France, il n’y a pas que les titulaires d’un PER qui profitent de la capitalisation. Depuis 2005, les fonctionnaires cotisent à un régime par capitalisation obligatoire, le RAFP, quand d’autres professions (les pharmaciens en tête, devant les agents de la Banque de France et les élus) disposent du leur, créé pour faire face à une démographie déclinante. Solides et bien provisionnés, ces régimes traversent les crises sans dommage. Ce qui fonctionne pour eux pourrait fonctionner pour tous.

Le rendez-vous manqué de 1999

La France a failli généraliser ce procédé à tous les salariés. En 1999, le gouvernement Jospin crée le Fonds de réserve pour les retraites, précisément pour amortir le choc du papy-boom à venir grâce à de l’épargne collective. Si l’intuition était bonne, la réalisation n’a pas suivi. Ce fonds n’a jamais vraiment capitalisé pour nos vieux jours. Dès 2010, les ressources qui l’alimentaient et les dividendes qu’il générait ont été redirigées vers la CADES pour éponger la dette sociale. Notre seule réserve de long terme a fini en tirelire pour boucher les trous du passé. Le rendez-vous était pris, mais nous l’avons manqué.

Combien faudrait-il, et comment y parvenir ?

Posons un ordre de grandeur. Pour verser 350 euros de plus chaque mois à 18 millions de retraités (chiffre projeté en 2045), il faudrait disposer d’un fonds d’environ 1 500 milliards d’euros qui, placé à 5 % net (soit légèrement moins que la performance annuelle moyenne des bourses mondiales depuis 1900), dégagerait 75 milliards de revenus par an. On peut l’amorcer en transférant les réserves déjà constituées – environ deux cents milliards entre l’Agirc-Arrco, le reliquat du Fonds de réserve et les encours du PER –, puis l’alimenter de 25 à 30 milliards par an, correspondant à 10 % des cotisations retraites versées actuellement par les salariés (qui imposera donc en parallèle une baisse des pensions du même montant). À 5 %, la mécanique des intérêts composés permet d’atteindre la cible en vingt ans. La transition a un coût, qui pèsera d’abord sur les pensions d’aujourd’hui (les salariés ne pourront être mis à contribution dans le cadre d’un double versement, leur pouvoir d’achat étant déjà bien amputé par les cotisations actuelles). Mais c’est le prix pour cesser de cotiser à perte et offrir aux suivants une retraite digne de ce nom.

Comment financer notre économie ?

À l’inverse de la répartition qui ne produit aucun capital, la capitalisation constitue un trésor de guerre patient, investi sur des décennies. Or la France en manque cruellement. Faute de fonds de pension nationaux, la moitié du capital du CAC 40 est aujourd’hui aux mains d’investisseurs étrangers, selon la Banque de France. Nos fleurons sont financés par les fonds de pension néerlandais, canadiens ou américains, qui empochent les dividendes que nous ne savons pas capter. Un fonds collectif à la française inverserait la donne. Il orienterait l’épargne des Français vers les entreprises françaises, les start-up et les infrastructures, et garderait chez nous les fruits de cette croissance. Le PER montre déjà la voie, avec plus de 80 % de ses actifs placés en France et en Europe. Il suffirait de changer d’échelle.

Le vrai débat : obligatoire, collective ou volontaire ?

C’est sur cette modalité que tout se joue. La capitalisation volontaire, chacun la pratique déjà s’il en a les moyens, à coups de plan d’épargne retraite, d’assurance-vie ou d’achats immobiliers. Mais qui peut réellement épargner ?

Prenons un salarié payé 1 600 euros net par mois. Chaque mois, environ 565 euros quittent son salaire brut pour financer la retraite par répartition, quand l’INSEE évalue sa capacité d’épargne personnelle à 80 euros. Il épargne donc sept fois moins que ce qu’il cotise. Et pour récupérer les quelque 290 000 euros qu’il aura versés sur sa carrière, il lui faudrait vivre jusqu’à quatre-vingt-neuf ans. Dans le cadre d’une capitalisation financée par 10 % de ses cotisations, il récupérerait 103 000 € à la retraite (31 000 € de versements et 72 000 € d’intérêts). En plaçant à 3 %, il pourrait se verser un complément de revenu de 300 € par mois sans toucher au capital qu’il pourra léguer à ses enfants.

Seule une capitalisation à la fois obligatoire et collective renverse la table. Obligatoire, elle embarque tout le monde et élargit l’assiette des cotisants. Collective, elle mutualise les risques, comprime les frais de gestion et profite d’abord aux plus modestes. C’est la seule forme permettant à tous les salariés les plus précaires de toucher, eux aussi, un dividende le jour de leur retraite.

Choisir la capitalisation collective et obligatoire, c’est faire œuvre de justice sociale, en relevant les petites pensions au lieu de réserver l’épargne aux plus aisés. C’est aussi cesser de voir nos fleurons passer sous pavillon étranger en dirigeant l’épargne des Français vers leurs propres entreprises. Non, la capitalisation n’est pas l’ennemie de notre modèle social. Elle pourrait même en devenir l’alliée la plus solide.

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Reçu — 7 juillet 2026 Les Électrons Libres

Réchauffement climatique, la faute au capitalisme ?

7 juillet 2026 à 20:33

Sous la canicule, il faut un coupable, et le capitalisme fait un accusé commode. C’est pourtant le meilleur allié du climat.

La faim dans le monde ? La faute du capitalisme. Les guerres ? Le capitalisme. La crise du logement ? Le capitalisme. La pandémie ? Le capitalisme. La pauvreté ? Le capitalisme. L’hôpital à bout de souffle, le réchauffement climatique ? Le capitalisme, le capitalisme vous dis-je ! On croirait entendre la Toinette du Malade imaginaire répondant « le poumon » à chaque symptôme qu’on lui décrit. Le diagnostic est tout aussi imaginaire, mais il a le mérite d’avoir le confort de la simplicité pour celui qui le formule.

Accuser le système, c’est absoudre tout le monde. De l’électeur qui se cabre contre la taxe carbone aux puissances qui carburent au charbon, nul n’est ainsi plus comptable de rien puisque le coupable est partout. Pour une frange de l’écologie politique, le réquisitoire cache d’ailleurs un autre agenda. Le climat sert de cheval de Troie au projet bien plus ancien d’en finir avec le marché, la propriété et le profit. Le carbone n’est que le prétexte d’une opération dont le collectivisme est le but. Vous voulez sincèrement sauver la planète ? Chiche. Instruisons le dossier, et regardons qui la salit, et qui la nettoie.

De quoi le capitalisme est-il le nom ?

Tout procès commence par la vérification de l’identité de l’accusé. Avant d’être une idéologie ou un complot, le capitalisme est une mécanique de coordination, la plus puissante jamais inventée. Des millions d’individus, propriétaires de leurs moyens et libres de leurs choix, échangent sur des marchés où les prix éclairent sur la rareté. C’était l’une des démonstrations les plus éclairantes de Friedrich Hayek : les prix sont des agrégateurs instantanés de milliers d’informations éparpillées dans la tête de chaque producteur et consommateur, que nul bureau central ne serait capable de compiler. Le prix d’une chose condense tout ce que le monde sait d’elle, ce qu’elle coûte à produire et ce qu’on consent à sacrifier pour l’obtenir. C’est le système nerveux de l’économie. Débranchez-le, et plus rien ne répond.

L’accusé a ses turpitudes, nul ne songe à les nier. Il engendre des excès et des externalités qui sont mesurables, notamment en matière environnementale. En brûlant du pétrole, chacun rejette dans l’atmosphère une facture qu’il ne paie pas. Mais la faute ne gît pas dans le marché en tant que tel, elle réside dans l’absence d’un prix réel donné à ces émissions néfastes pour le climat.

Le carbone ne doit pas être gratuit

Fixer des prix est la fonction même du marché. William Nordhaus a reçu le Nobel d’économie en 2018 pour avoir fait entrer le climat dans l’équation économique et établi que la voie la moins coûteuse pour le préserver passe par le prix du carbone plutôt que par l’interdit ou le rationnement. Christian Gollier, l’un de nos meilleurs économistes du climat, auteur de Le climat après la fin du mois, démontre qu’un signal-prix unique, universel et appliqué sans exception demeure le moyen le plus efficace d’atteindre sa cible. Son collègue toulousain Jean Tirole, Nobel en 2014, enfonce le clou. À quoi bon empiler normes et subventions quand un simple prix suffirait à réaliser la transition écologique ?

Si l’émission de carbone est taxée à sa source, tout le reste de la chaîne des comportements s’adapte. Le capital délaisse les activités sales au profit des solutions propres et le pollueur paye le juste prix de son empreinte. Soit très exactement l’inverse de ce que font nos gouvernements en cassant le signal-prix à chaque flambée de l’essence, à coups de ristournes et de boucliers. Savoureuse ironie que de voir ceux dépeints en zélotes du marché, passer leur temps à tenter de le bâillonner.

Le dividende carbone, ou l’art de faire aimer une taxe

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Le grand découplage

La théorie n’est pas uniquement séduisante dans les manuels d’économie, elle s’observe de manière empirique. Depuis trente ans, les économies avancées réussissent ce que l’on jurait impossible, à savoir produire davantage de richesses en émettant moins de CO2. Et en matière de découplage, la France est particulièrement performante. Depuis 1990, son PIB a progressé de 65 %, pendant que ses émissions territoriales ont diminué d’un tiers, jusqu’à atteindre l’année dernière le point le plus bas jamais enregistré.

Et elle n’est pas la seule. L’étude publiée en décembre 2025 par l’Energy and Climate Intelligence Unit, passant au crible 113 pays et plus de 97 % du PIB mondial, montre que le découplage PIB-CO2 est devenu la norme et non l’exception. Depuis l’accord de Paris, 92 % de la richesse mondiale se crée dans des économies ayant décorrélé croissance et carbone, et près de la moitié dans des pays dont les émissions baissent en valeur absolue pendant que leur PIB monte.

Reste l’objection rituelle. N’aurions-nous pas simplement délocalisé notre pollution, en balayant nos fumées sous le tapis chinois ? L’usine part à Shenzhen, l’émission disparaît de nos registres, et nous voilà vertueux à peu de frais. Le soupçon fut longtemps fondé. Il ne l’est plus. Les auteurs de l’étude ECIU ont mesuré les émissions du côté de la consommation, en réintégrant chaque tonne de carbone importée avec les jouets, l’acier ou les smartphones fabriqués au bout du monde. Le verdict ne bouge pas, même en incluant les importations, la baisse est confirmée. Le découplage n’a rien d’un tour de passe-passe comptable, notre production de richesse est de plus en plus vertueuse.

Les pollueurs ne sont pas ceux que l’on croit

Vient alors la pièce du dossier qui embarrasse le plus l’accusation. Les plus gros pollueurs se trouvent parmi les économies les moins capitalistes. Rapportées au PIB, les émissions recensées par la base Edgar de la Commission européenne dressent un classement sans appel. Pour produire un million de dollars de richesses, le monde émet en moyenne 316 tonnes d’équivalent CO2 avec une hétérogénéité selon les pays. Quand la Chine en émet 491 et la Russie 458, l’Union européenne se situe à 134 tonnes et la France à 108. Le hasard n’y est pour rien. Les nations les plus sobres du monde développé sont des économies de marché, la France adossée à son nucléaire, le Royaume-Uni à son prix plancher du carbone. Les plus émettrices sont des économies administrées, gavées de charbon subventionné et sourdes aux signaux de prix.

Le casier de l’économie planifiée plaide dans le même sens. Le collectivisme n’a jamais protégé la nature, comme le rappellent tristement la mer d’Aral asséchée, Tchernobyl, le ciel empoisonné de Norilsk ou les campagnes d’extermination des moineaux dans la Chine maoïste. Le palmarès peu glorieux de l’économie planifiée devrait être réétudié par ses thuriféraires voulant abolir l’économie de marché.

La prospérité est la meilleure politique écologique

Les prêcheurs de la décroissance occultent une vérité pourtant simple : nul ne devient écologiste s’il a le ventre vide. C’est la base de ce que les économistes appellent la courbe de Kuznets environnementale. Ce n’est qu’à partir d’un certain seuil de richesse qu’une société se met à améliorer la qualité de l’air, sauvegarder la biodiversité et prendre soin de ses paysages, tout simplement parce qu’elle en a enfin les moyens. En deçà, elle a d’autres urgences, et le peuple qui compte ses fins de mois fera toujours passer la fin de la semaine avant la fin du monde.

Or c’est précisément ce seuil que le capitalisme a fait franchir à la planète. En 1990, près de quatre humains sur dix vivaient dans l’extrême pauvreté (en dessous de 2,15 $ par personne et par jour). C’est moins de un sur dix aujourd’hui (au nouveau seuil de 3 $), alors que la Terre compte près de trois milliards d’habitants de plus. L’ouverture des marchés a arrimé la Chine, l’Inde et l’Asie émergente au train de la prospérité mondiale, et pour la première fois depuis la révolution industrielle, les inégalités entre nations reculent au lieu de se creuser. Cette convergence des niveaux de vie, en plus d’être une grande victoire sociale, est également la condition silencieuse de la transition. Des populations entières, absorbées autrefois par la survie, ont désormais les moyens de se soucier de leur air et de leurs fleuves. Si le découplage est devenu la norme mondiale, c’est parce que la prospérité l’est devenue avant lui. Le capitalisme a sorti les Hommes de la misère, qui se sont mis alors à prendre soin de la planète.

La vertu climatique est donc un bien supérieur qui s’achète avec de la prospérité, jamais avec de la pénurie. Appauvrir les gens pour sauver le climat, c’est scier la branche sur laquelle se développe l’écologie.

Le pari Ehrlich-Simon

L’incitation est l’arme la plus puissante contre le carbone. Paul Romer, co-lauréat du Nobel la même année que Nordhaus, en a écrit la théorie. La croissance naît des idées, et les idées surgissent là où les incitations les appellent. Si les performances des technologies au service du climat s’améliorent, ce n’est pas parce qu’une autorité centrale l’a décrété, mais bien parce que des ingénieurs ont trouvé leur compte dans l’exploration de ces segments de recherche.

L’économiste Julian Simon avait mis cette confiance à l’épreuve de la façon la plus loyale qui soit, en y engageant son argent. En 1980, le biologiste Paul Ehrlich, auteur de La Bombe P, best-seller promettant famines et effondrement par surpopulation, incarnait la certitude de la pénurie. En désaccord avec cette affirmation, Simon lui proposa un pari. Ehrlich devait choisir cinq matières premières et une échéance. Si leurs prix montaient d’ici là – signe que la rareté gagnait – Simon devait payer 1 000 $. S’ils baissaient – signe que l’ingéniosité humaine avait déjoué la pénurie – Ehrlich réglerait la note. Le prophète choisit le cuivre, le chrome, le nickel, l’étain et le tungstène, à l’horizon de dix ans. En 1990, les cinq avaient baissé. Ehrlich posta son chèque sans un mot.

Quand une ressource se raréfie, son prix monte, et cette hausse déclenche aussitôt une réponse du marché, cherchant substituts, gisements nouveaux et économies de matière. La rareté appelle l’invention, à condition qu’un prix la signale. C’est très exactement ce que l’on demande aujourd’hui au prix du carbone. L’ingéniosité humaine, cette « ressource ultime » selon le mot de Simon, dame le pion à Malthus depuis deux siècles. Étrangler la prospérité, comme en rêvent les décroissants, reviendrait à débrancher la machine qui fabrique nos solutions.

Que faut-il donc pour gagner ? Un prix du carbone qui explicite la vérité des coûts, des profits capables de financer les milliers de milliards d’investissements dans la transition, des inventions qui rendent le propre moins coûteux que le polluant, des incitations qui fassent tirer des millions d’acteurs dans le même sens sans qu’aucun commissaire n’ait à le décréter. Ce cahier des charges correspond en tout point au fonctionnement du capitalisme. Aucune société appauvrie n’a jamais rien financé. Au terme du procès en pyromanie, l’accusé mérite la relaxe, mais sous conditions. Donnez-lui un prix, une règle et un cap, et c’est lui qui éteindra l’incendie.

Transition écologique : l’engrenage toxique du capitalisme de connivence

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Reçu — 30 juin 2026 Les Électrons Libres

Le réenchantement du monde

30 juin 2026 à 22:03

La France invente le progrès, mais ne l’adopte qu’à reculons, lorsque la nécessité lui force la main. Anatomie d’un peuple qui a cessé de désirer pour se contenter de subir.

Quand les contemporains de Max Weber montaient dans les premiers tramways, ils n’en connaissaient pas les rouages. Ils n’en avaient pas besoin. Il leur suffisait d’en saisir les grands principes et de savoir qu’un ingénieur, lui, les maîtrisait, et qu’aucune force occulte ne gouvernait la course de ce tube d’acier. Dans Le Savant et le Politique, opus d’une actualité saisissante, le sociologue allemand nommait cela le « désenchantement du monde », à savoir la disparition des explications magiques ou religieuses de notre environnement au profit d’une vision rationnelle, scientifique et bureaucratique. Le surnaturel reflue, les sorciers cèdent la place aux ingénieurs, et on laisse émerger une société de connaissance, basée sur la confiance dans ceux qui la produisent, la maîtrisent et la transforment en confort.

Le tramway est emprunté parce qu’on le comprend et que l’on a foi dans ceux qui le conçoivent. Le progrès, chez Weber, avançait à la vitesse d’une confiance, et la modernité pour lui était une marche triomphale vers la rationalité où l’innovation s’imposait par sa seule évidence.

Le paradoxe français : être à la pointe de la technologie et lui tourner le dos

Un siècle plus tard, la France semble avoir tourné le dos à cette ère. Le tramway est redevenu suspect. Nous avons réenchanté le monde et nous y avons projeté nos peurs : l’OGM est un Frankenstein, le nucléaire un prophète de l’apocalypse, la chimie un empoisonneur et la climatisation un climaticide. Nous avons même hissé le principe de précaution au rang constitutionnel, insigne honneur fait à une hésitation ayant sacralisé le risque hypothétique et excommunié quiconque ose le calculer ou le défier.

Notre pays, pourtant terre de génies — de Pasteur à Emmanuelle Charpentier, des frères Lumière à Yann LeCun, en passant par les utopies de Jules Verne —, invente un futur qu’il n’adopte qu’à contrecœur. Nous excellons dans l’invention, la recherche et l’imagination. Nos laboratoires, nos écoles et nos romans ont façonné des révolutions scientifiques et culturelles. Pourtant, dès qu’il s’agit de passer à l’action, nous tergiversons, nous débattons et nous attendons.

Et puis un jour la crise arrive, et soudain ce qui était un tabou devient une évidence.

L’art d’accepter l’innovation après la catastrophe

Dans un monde réenchanté, on n’embrasse plus ce que l’on comprend, mais ce que l’on subit. Toute notre histoire technologique tient dans la phrase de Jean Monnet : « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. » La chaleur que nous subissons depuis quelques jours en est l’exemple parfait.

Nous avons longtemps raillé la climatisation comme un vice américain, un gadget énergivore et polluant. Tandis qu’à Singapour, l’ancien Premier ministre Lee Kuan Yew déclarait que « la climatisation est la clé du progrès, qui a changé la nature de la civilisation » et en avait équipé un maximum de bâtiments publics, les Français, au motif de leur climat tempéré, étaient fiers de s’en passer. Les bâtiments sont construits sans elle, et les entreprises hésitent à investir. Il a fallu les 15 000 morts de 2003 pour qu’on impose, du bout des lèvres, une pièce rafraîchie dans nos Ehpad. Et nous revoilà, en cette fin de printemps 2026, démunis face à l’une des pires canicules de notre histoire récente, entre des classes devenues saunas, des hôpitaux étouffants et des logements irrespirables. Résultat, la climatisation devient un enjeu de santé publique et les ventes bondissent depuis quelques années. Trop tard pour les personnes âgées qui meurent chaque été et les enfants qui n’ont pu étudier correctement dans ces étuves.

Nous avons été le peuple de l’atome, par contrainte. Nous avons bâti une cinquantaine de réacteurs en deux décennies pour sortir de la dépendance au pétrole révélée par le choc de 1973, grâce à l’action de Pierre Messmer. Pourtant, dès les années 1990, le débat public se radicalise autour des risques, de la gestion des déchets et de la peur d’un nouveau Tchernobyl. Le nucléaire est devenu clivant, presque honteux, en dépit du confort qu’il apporte. Pendant des décennies, les gouvernements successifs freinent son développement et programment sa réduction de moitié, sous la pression du parti écologiste et d’une partie de l’opinion dans le cadre de tortueuses et cyniques négociations politiques. Il aura fallu la guerre en Ukraine, l’explosion des prix de l’énergie qu’elle a provoquée et les menaces de coupure de courant pour nous (re)convertir à ce que nous avions mis des années à renier. Face aux pénuries, le nucléaire redevient une solution, le président de la République annonce la relance des EPR et les écologistes les plus modérés admettent que le tout-renouvelables n’est pas pour demain. Une épiphanie trop tardive, car les délais de construction s’allongent et les coûts explosent. Nous aurions pu anticiper. Nous avons subi.

Nous avons mené la chasse aux passoires thermiques comme une croisade, jusqu’à ce que l’offre locative se tarisse et que l’on s’aperçoive que l’on ne peut retirer des centaines de milliers de logements du marché sans dommage. Le DPE a été allégé en urgence pour atténuer la crise du logement. Trop tard pour des millions de Français qui ont subi une inflation locative sans profiter d’une rénovation énergétique efficace.

Nous voyions le télétravail comme une menace pour la productivité et une atteinte à l’équilibre vie pro/vie perso. Il aura fallu un double confinement pour y convertir un quart des actifs et en faire une pratique normalisée de notre vie professionnelle. Trop tard pour les années perdues à subir des trajets épuisants.

Nous avons ignoré le poids des cotisations sociales jusqu’au jour où — voulant augmenter le pouvoir d’achat des salariés pour lutter contre l’inflation et endiguer les pénuries de recrutements — nous avons buté sur leur importance qui engloutit la moitié de la rémunération du travail. L’immense majorité de la classe politique se dote d’une offre programmatique pour les baisser dès 2027. Trop tard pour des générations de travailleurs dont le pouvoir d’achat s’est érodé année après année.

Les OGM et les vaccins, les prochains sur la liste ?

Parmi les nombreuses technologies encore honnies dans le débat public (comme le véhicule autonome, les phytosanitaires et, dans une moindre mesure, l’intelligence artificielle), deux sont particulièrement taboues malgré leur immense potentiel : l’édition génomique, héritière raffinée des OGM, nous offrant des cultures résistantes à la sécheresse et sevrées de pesticides ; et le vaccin, envers lequel les Français comptent parmi les peuples les plus défiants de la planète. Nous avons à moitié vécu la leçon avec le Covid, une pandémie jugulée en un temps record par une technologie à ARN messager que tant de Français ont reçue à contrecœur. Faudra-t-il une famine ou une nouvelle pandémie pour que nous acceptions enfin leur utilité ? Devrons-nous toujours payer en morts le prix d’une hésitation que la raison avait déjà levée ?

Le rôle du politique

Rien n’y oblige, si nos élus consentaient à tenir leur fonction. Réduits au commentaire, ils critiquent leurs prédécesseurs et leurs oppositions, déplorent des effets qu’ils n’ont pas su prévoir, s’indignent de carences qu’ils ont laissé prospérer, s’inventent des volontés qu’ils n’ont pourtant jamais exprimées.

Weber prônait pourtant une distinction établie des rôles : au savant de désenchanter le monde, d’établir ce qu’une technologie permet et ce qu’elle coûte ; au politique de trancher et d’agir. De l’homme d’État, il exigeait « la passion, le sentiment de responsabilité et le coup d’œil », ce don de voir venir et de répondre des conséquences avant qu’elles ne frappent.

Nous n’attendons pas de l’élu qu’il déplore le naufrage, mais qu’il l’évite. Non pas qu’il commente la technologie, mais qu’il en porte les usages bénéfiques. Non pas qu’il subisse le présent, mais qu’il se propose de tracer un avenir. La place du politique n’est pas dans le commentaire, mais dans la projection.

Lever le blocage technophobe

D’où vient ce blocage ? D’un recul de l’habitus scientifique et d’un rapport faussé à la modernité. La France aime le progrès en idée, elle qui a fait les Lumières, et le redoute en pratique, par crainte de la perte de contrôle, de l’inégalité, de la déshumanisation. C’est le pays du « oui, mais » : le nucléaire, c’est bien… mais c’est dangereux. Les OGM, c’est utile… mais c’est pas naturel. La climatisation, c’est pratique… mais ça consomme. Nous tenons le débat pour une vertu et l’action pour une faute, et nous délibérons jusqu’à ce que la crise tranche à notre place.

Le travers est ancien. Nous avons donné au monde le métier à tisser de Jacquard et laissé l’Angleterre en faire une révolution. Voilà notre signature, pionniers à l’atelier et timorés à l’usine. Le talent de l’amont, la peur de l’aval.

La France n’a pas un problème de génie, mais de désir. Et le désir, ça se travaille, ça s’attise, ça s’entretient. Nous inventons plus que nous n’osons employer. Nous préparons l’avenir dans nos laboratoires et nos romans, et nous l’enterrons dans nos lois. Il serait temps de l’en sortir. Faisons confiance à la science. Cessons de rougir du confort que nos inventions nous offrent, comme s’il fallait l’expier. Apprenons à anticiper plutôt qu’à réparer. Les Français n’attendent rien d’autre de ceux qui les gouvernent que de tracer un cap plutôt que de le subir. Ce sera l’un des grands enjeux de 2027.

Un peuple qui n’avance que sous la contrainte ne choisit jamais. Il subit, il s’incline, il regrette. Mais rien ne nous y condamne. Réapprenons à désenchanter le monde avant que la nécessité ne s’en charge, et à embrasser le progrès au lieu de l’attendre acculés. Le tramway de Weber est à l’arrêt. Montons-y par désir, non par peur.

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