Vue normale

Reçu — 15 février 2026 De tout et de rien

Vers un remède universel pour le cœur, le foie et l’addiction ?

15 février 2026 à 06:00

Loin des stars aux silhouettes affinées sur les tapis rouges d'Hollywood, une lame de fond silencieuse est en train de redessiner la carte de la médecine mondiale. Et si les analogues du GLP-1 étaient le « couteau suisse » médical du XXIe siècle ?

Pendant longtemps, le récit autour de ces médicaments (Ozempic, Wegovy, Mounjaro, etc.) s'est cantonné à une équation simple : moins d'appétit égale moins de poids. Mais depuis peu, les chercheurs observent avec stupéfaction une série de phénomènes qui dépassent de loin le simple cadre de l'obésité. Des cœurs qui rajeunissent, des foies qui cicatrisent, des reins qui résistent à la maladie… Ces traitements semblent « réparer » l'organisme bien au-delà de ce pourquoi ils ont été conçus. Sommes-nous à l'aube d'une nouvelle révolution ?

Quand le cœur et les reins entrent dans la danse

Le tournant historique porte un nom : l’étude SELECT. En août 2023, Novo Nordisk publie les résultats de cet essai clinique titanesque, qui a provoqué une véritable onde de choc. L'objectif était de répondre à une question simple : le sémaglutide protège-t-il le cœur de toutes les personnes en surpoids, même si elles ne sont pas diabétiques ?

Les résultats ont fait l'effet d'une bombe dans le milieu de la cardiologie : chez les participants, le médicament a réduit de 20 % le risque d'événements cardiovasculaires majeurs (AVC, infarctus, décès d'origine cardiaque). Pour la première fois, on prouvait qu'un traitement contre l'obésité n'était pas seulement « cosmétique » ou de confort, mais qu'il sauvait littéralement des vies en apaisant l'incendie dans nos artères…

Mais ce n’était que le début !

Article réservé à nos abonnés.

S'abonner dès 5€/mois

ou

Acheter cet article pour 1,50€

L’article Vers un remède universel pour le cœur, le foie et l’addiction ? est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

Reçu — 13 février 2026 De tout et de rien

...si les recours aux différentes forment de modulation de la production augmentent dans les mêmes proportions.

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
...si les recours aux différentes forment de modulation de la production augmentent dans les mêmes proportions.

Ça me paraît contradictoire tout ça.

Bon au pire on aura du productible, à défaut de production, de réserve pour le jour où la consommation remontera.

On continue à développer les énergies renouvelables électriques intermittentes et la consommation stagne.

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
On continue à développer les énergies renouvelables électriques intermittentes et la consommation stagne.

Donc on améliorera peut-être la disponibilité, le productible nucléaire, mais ça n'implique pas forcément une hausse de production...

Ce que je trouve le plus stupide sur le volet électrique (pas encore eu le temps de m'intéresser au volet thermique) de cette PPE, c'est l'objectif d'...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
Ce que je trouve le plus stupide sur le volet électrique (pas encore eu le temps de m'intéresser au volet thermique) de cette PPE, c'est l'objectif d'augmentation chaque année de la production nucléaire par l'amélioration de la disponibilité des réacteurs.

Quoted post from Tristan K. @tristankamin.bsky.social:
Si je comprends bien les articles et éditos qui me sont parvenus, pour cette PPE, on part sur (côté électricité)
1 • hypothèse de hausse significative mais raisonnable de consommation électrique
2 • relance du nucléaire confirmée, clause de revoyure pour en revoir l'ampleur

PPE3 : qui paye la facture ?

13 février 2026 à 06:00

Dix ans de dépenses, de subventions et de choix énergétiques viennent d’être présentés avec la Programmation pluriannuelle de l’énergie. Un catalogue paradoxal cédant aux désirs des opérateurs. Hélas, le réel va présenter l’addition. Et elle sera salée.

Vous avez peut-être raté l’info, noyée entre deux polémiques sur les cancers et un énième rebondissement judiciaire. La France vient de présenter sa feuille de route énergétique pour les dix prochaines années : la PPE3. Un sujet qui devrait constituer le cœur du débat politique de cette fin de quinquennat et du prochain. Même si rien n’est moins sûr, hélas.

Elle était attendue depuis deux ans, et a été sans cesse repoussée sur l’autel de l’instabilité politique. Mais voilà ! Nous y sommes. Notre PPE3 a enfin été dévoilée par Sébastien Lecornu et aussitôt publiée au Journal officiel. Elle prétend fixer un cap clair de souveraineté énergétique. Elle vise une forte réduction de la dépendance aux énergies fossiles et une augmentation de la production électrique décarbonée. L’objectif ? La porter à 60 % de la consommation finale en 2030 et 70 % en 2035. Le document, à rebours de la précédente PPE qui souhaitait la fermeture de 14 réacteurs nucléaires, place l’atome au cœur de la stratégie présentée, avec l’optimisation du parc existant de 57 réacteurs pour atteindre 380 à 420 TWh dès 2030. Une bonne chose, même si elle souligne une certaine incohérence d’une décennie l’autre, et s’avère économiquement peu compatible avec l’autre grosse annonce dans ce domaine. À savoir, la confirmation de la construction de six EPR2 et la possibilité de lancer huit réacteurs supplémentaires dans le courant de l’année. Quand on aime on ne compte pas… tragique erreur. Parallèlement, notre PPE prévoit une poursuite raisonnée du développement des énergies renouvelables terrestres, avec des objectifs revus à la baisse par rapport aux versions antérieures : environ 48 GW de solaire photovoltaïque en 2030 et 55-80 GW en 2035 et un développement mesuré de l’éolien terrestre privilégiant la remotorisation, ainsi qu’un maintien de la croissance de l’éolien offshore.

Bref, un texte qui, derrière les objectifs affichés, semble surtout très politique, tant il veut donner des gages à tout le monde. Qu’importent les évidents paradoxes de la démarche. D’autant qu’elle ne répond ainsi pas aux plus pressantes urgences en matière de stratégie énergétique que représentent les questions du coût, de la demande et de la consommation. On se retrouve alors face à une bataille de chiffres entre pro-nucléaires et pro-renouvelables. Combien d’EPR2 ? Combien d’éoliennes ? Quelle puissance installée en 2035 ? On croirait un concours de gigawatts.

Pendant ce temps, un éléphant se promène tranquillement au milieu de la pièce. La France dépense chaque année environ 60 milliards d’euros pour acheter du pétrole, du gaz et du charbon à l’étranger. Soixante milliards qui partent chaque année en fumée — au sens propre du terme.

Et personne, dans ce grand débat sur les capacités, ne semble s’attaquer frontalement au seul sujet qui compte, soit : comment éviter cette dépense colossale en s’exemptant de ces importations ?

Le problème avec les gigawatts

Une situation découlant d’une erreur tentante — à laquelle nos dirigeants succombent depuis des décennies : croire qu’il suffit de planifier l’offre pour que la demande suive. Or c’est faux…

Prenez votre propre cas. Vous chauffez votre maison au gaz. Votre chaudière fonctionne parfaitement. Pour que vous passiez à une pompe à chaleur électrique, de quoi avez-vous besoin ? Qu’on vous montre un beau graphique de puissance installée en 2050 ? Ou qu’on vous prouve, facture en main, que l’électricité sera durablement moins chère que le gaz ? La réponse est facile.

C’est la même chose à l’échelle industrielle. Quand ArcelorMittal, Lafarge ou n’importe quel autre chimiste décide du lieu d’implantation de sa prochaine usine — ou s’il électrifie ses fours — il compare les coûts énergétiques, pays par pays. Pas la qualité rédactionnelle des communiqués de presse.

Or, et c’est là où le constat pique : la demande française d’électricité stagne. L’industrie temporise. L’électrification des procédés avance au ralenti. Les relocalisations tant promises restent, pour beaucoup, à l’état de vœux pieux.

La raison n’est pas mystérieuse. Tant que le mégawattheure électrique n’est pas clairement, avec visibilité et structurellement plus attractif que le gaz, personne ne bougera. Ni les industriels, ni les ménages. Décarboner à coups de PowerPoint n’a jamais permis de faire baisser une facture.

Le trésor qu’on gaspille

Regardons les choses en face. La France a un avantage colossal, envié par la plupart de ses voisins : un mix de production d’électricité déjà décarboné.

Elle le doit à un parc nucléaire existant, très largement amorti, les centrales ayant été payées il y a des décennies. Mais aussi à son renouvelable installé, dont le coût marginal est quasi nul : une fois l’éolienne ou le panneau solaire posé, chaque MWh supplémentaire est presque gratuit. Et enfin, à un système électrique globalement exportateur. Rappelons que si la France vend régulièrement du courant à ses voisins, l’inverse est très rare.

Nous ne sommes pas l’Allemagne de 2022, qui fermait ses centrales nucléaires tout en brûlant frénétiquement du lignite pour compenser. Nous ne sommes pas davantage le Royaume-Uni, qui jongle avec un réseau vieillissant. Notre chance est d’avoir les cartes énergétiques en main.

La question se pose donc : pourquoi ne jouons-nous pas cette main ?

Le débat se focalise sur les investissements futurs — nouveaux EPR, nouvelles fermes éoliennes — et semble oublier une question beaucoup plus immédiate : tire-t-il le meilleur parti de ce que nous possédons déjà ?

Le coût affiché du parc nucléaire existant intègre des investissements futurs massifs (le Grand Carénage, les programmes de prolongation), des exigences de sûreté renforcées — légitimes — et des méthodologies comptables très prudentes. Si prudentes, parfois, qu’un parc amorti finit par apparaître artificiellement coûteux.

Soyons clairs : la sûreté nucléaire n’est pas un paramètre ajustable. On ne négocie pas avec la physique. Mais la manière dont on traduit nos atouts en signal économique relève en revanche d’un choix politique. Or, aujourd’hui, ce choix nous dessert. Un parc amorti devrait être une arme commerciale. Pas une ligne comptable anxiogène.

Construire, oui — mais pas n’importe comment

Aucune personne sérieuse ne conteste la nécessité de renouveler le parc nucléaire à terme, comme d’investir dans de nouvelles capacités et de préparer l’outil industriel de la prochaine génération. La question n’est pas si, mais quand et dans quel ordre.

La France de 2025 n’est pas celle de 1973. Nous ne faisons pas face à un risque de pénurie imminente. Nous n’avons pas besoin de construire dans l’urgence. Nous devons construire pour accompagner une montée en puissance de la demande. Mais ce phénomène aura seulement lieu si notre électricité est compétitive.

C’est un cercle, et il peut être vicieux ou vertueux.

Il sera vicieux si on lance des chantiers pharaoniques. On alourdira alors le système de coûts fixes, renchérissant l’électricité, provoquant une fuite des industriels, une stagnation de la demande et l’obligation de faire tourner les centrales en sous-régime. Flamanville, quand tu nous tiens…

Notre cercle épousera en revanche la vertu si on commence par rendre l’électricité existante imbattable. De quoi faire décoller la demande, permettre le lancement d’investissements au bon moment, et amener les nouvelles capacités en face de clients prêts à consommer. La filière se structure, les coûts baissent.

Le vrai courage politique

La PPE3 semble parfois guidée par une nostalgie — celle du grand volontarisme industriel, du moment où de Gaulle (ou Messmer, au choix) décidait d’une trajectoire voyant le pays suivre sans broncher… ou presque.

Ce monde n’existe plus. Le capital est mondial et mobile. Les finances publiques françaises sont dans un état qui interdit les paris à 100 milliards sans filet. La concurrence entre pays pour attirer les usines se joue à quelques centimes par kWh.

Le vrai courage, ce n’est pas d’annoncer des gigawatts depuis un pupitre — qu’il soit à Belfort ou à l’Élysée. C’est de poser la question qui dérange : comment rend-on l’électricité française suffisamment attractive pour que toute l’économie ait intérêt à basculer ?

Cela veut dire revoir la régulation. Revoir le signal tarifaire. Assumer que le parc existant est un avantage à exploiter, pas un héritage embarrassant. Et séquencer les investissements nouveaux en fonction de la demande réelle, pas du calendrier politique.

Si nous réussissons cela, la demande viendra. Les industriels investiront. L’électrification des transports, du chauffage, des usines cessera d’être un objectif sur un slide pour devenir une réalité économique. Et les 60 milliards d’importations fossiles commenceront enfin à fondre.

Alors oui, construire de nouvelles capacités aura tout son sens.

Sinon, nous aurons planifié l’offre. Mais pas créé le mouvement.

L’article PPE3 : qui paye la facture ? est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

Reçu — 12 février 2026 De tout et de rien

4) Éolien terrestre : je n'ai rien contre mais je suppose que le repowering est un bon choix pour continuer à développer la capacité tout en répondant...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
4) Éolien terrestre : je n'ai rien contre mais je suppose que le repowering est un bon choix pour continuer à développer la capacité tout en répondant aux critiques sur une invasion des campagnes par les turbines...

3) PV : toujours une utilité discutable à mes yeux, avec une production très très très intermittente et mal corrélée à la consommation. On sent les li...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
3) PV : toujours une utilité discutable à mes yeux, avec une production très très très intermittente et mal corrélée à la consommation. On sent les limites du réseau et du système électrique en Europe, déjà. Alors éviter le déploiement au forceps indépendant des besoins ou des capas réseau... Ok.

2) nucléaire : 6 tranches vont bien occuper la filière pour le moment. Mais si on veut que le tissu industriel se mette en branle pour un vrai renouve...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
2) nucléaire : 6 tranches vont bien occuper la filière pour le moment. Mais si on veut que le tissu industriel se mette en branle pour un vrai renouvellement du parc, à terme, il faudra prendre des engagements au long terme sans trop traîner

1) la conso : de toute façon il faut qu'on arrive à la relancer via l'électrification... Partir sur un entre-deux en attendant un plan d'électrificati...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
1) la conso : de toute façon il faut qu'on arrive à la relancer via l'électrification... Partir sur un entre-deux en attendant un plan d'électrification sérieux me semble un bon début.

3 • ralentissement sur le PV

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
3 • ralentissement sur le PV
4 • focus, pour l'éolien terrestre, sur le repowering plutôt que les nouveaux parcs
5 • maintien de la cadence dans l'éolien marin

De quoi fâcher LFI, EELV et toute l'extrême droite (LR inclus), mais moi ça me semble plutôt bien. Tout a du sens.

Si je comprends bien les articles et éditos qui me sont parvenus, pour cette PPE, on part sur (côté électricité)

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
Si je comprends bien les articles et éditos qui me sont parvenus, pour cette PPE, on part sur (côté électricité)
1 • hypothèse de hausse significative mais raisonnable de consommation électrique
2 • relance du nucléaire confirmée, clause de revoyure pour en revoir l'ampleur

Instrumentalisation du cancer : l’ère des « phobistes »

12 février 2026 à 06:00

L’epidémie de désinformation sur le cancer se propage. Tant pis si notre espérance de vie n’a jamais été aussi grande, si on soigne mieux que jamais et si les pesticides sont innocents. Pour combattre la modernité, les marchands de peur ont fait du cancer leur totem.

À force d’instrumentalisation, particulièrement en France, le cancer n’est plus seulement une dramatique épreuve intime et médicale. Il devient une variable d’ajustement des agendas militants, politiques et médiatiques, qui en rendent responsables les pratiques d’une agriculture déjà exsangue et au bord de l’explosion. Un débat ravivé à la faveur des municipales et de la reprise des discussions qui se tiennent actuellement à l’Assemblée autour de l’annonce d’une nouvelle mouture de la loi Duplomb et d’une seconde pétition en contestant la possibilité, la première ayant recueilli plus de 2 millions de signatures. Mais aussi de l’exploitation malhonnête du chiffre de l’évolution du nombre de patients atteints par ces pathologies entre 1990 et 2023, qui a doublé pour des raisons d’une infinie logique, que nous étudierons plus loin. Un phénomène dangereux qui fragilise un secteur économique vital et certaines de ses filières, et détourne l’attention des facteurs à considérer prioritairement pour faire reculer la maladie. De quoi avoir fait réagir plusieurs cancérologues, scientifiques et spécialistes de l’agriculture, qui, notamment à l’initiative de notre contributeur, le Dr Jérôme Barrière, ont publié une tribune en forme de signal d’alarme dans Le Point, le 8 février dernier.

La réalité de l’explosion des cancers

Certes, les chiffres sont éloquents : le nombre de nouveaux cas de cancers en France métropolitaine est passé de 216 130 en 1990 à 433 136 en 2023, soit un doublement en trois décennies. Cette hausse, souvent qualifiée d’”explosion” dans les discours militants, n’est pourtant pas liée aux pesticides ou à l’agriculture intensive. Trois facteurs démographiques et médicaux l’expliquent principalement.

Premièrement, le vieillissement de la population. L’espérance de vie a progressé de manière spectaculaire : chez les hommes, de 72,7 ans en 1990 à 80,3 ans en 2025 ; chez les femmes, de 81,0 ans à 85,9 ans. Parallèlement, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans a quasiment doublé depuis 1990, passant d’environ 8 millions à près de 15 millions. Soit de 14 % de nos concitoyens à 22 %, en tenant compte de l’évolution démographique. Or, le cancer est avant tout une maladie liée à l’âge. Plus on vit longtemps, plus les cellules accumulent des mutations, multipliant les risques. Ce facteur explique à lui seul 48 % de l’augmentation des cas chez les hommes et 27 % chez les femmes entre 1990 et 2023.

Deuxièmement, la croissance démographique amplifie ce phénomène. La population française est passée de 58 millions d’habitants en 1990 à environ 68 millions en 2023 (69,1 millions selon le dernier recensement), soit une hausse de 10 millions. Cette augmentation élève logiquement le volume absolu de diagnostics, indépendamment des taux d’incidence par habitant. Combinés, ces deux éléments – vieillissement et croissance démographique – justifient 78 % de l’évolution chez les hommes et 57 % chez les femmes.

Troisièmement, l’amélioration des dépistages, impulsée par des politiques publiques volontaristes depuis les années 1990, détecte davantage de tumeurs et, ce qui est encourageant, à des stades précoces rendant la guérison plus probable. Des programmes nationaux pour le sein, le colorectal ou le col de l’utérus ont multiplié les diagnostics, y compris pour des cas qui auraient pu passer inaperçus autrefois. Contrairement aux affirmations alarmistes, la France n’établit aucun record mondial ; l’incidence du cancer reste stable ou en baisse pour plusieurs localisations, comme pour le poumon chez les hommes, grâce à la baisse du tabagisme actif. Avec une incidence de 339 cas constatés pour 100 000 habitants, rien qu’en Europe, notre pays est moins touché que le Danemark, l’Irlande, la Norvège, la Belgique ou les Pays-Bas, dont les taux oscillent entre 350 et 400, même s’il faut rester prudent quand on compare les pays entre eux, les registres étant différents dans leur mode de recueil.

Par ailleurs, cette hausse des cas s’accompagne d’avancées médicales remarquables, boostées ces dernières années par les apports d’une intelligence artificielle qui ne fait que commencer à révéler ses promesses. Les taux de survie à cinq ans ont bondi : pour le cancer de la prostate, autour de 93 % aujourd’hui ; pour celui du sein, 89 % ; pour le colorectal, 65 % ; et pour le poumon, 22 %. Ces progrès contrastent avec les narratifs catastrophistes qui occultent les victoires de la médecine et alimentent une peur irrationnelle, détournant des efforts vers des causes secondaires.

Les causes réelles des cancers : prioriser les facteurs modifiables

Les origines du cancer sont multiformes, mais les données épidémiologiques identifient clairement les principaux coupables, loin des accusations récurrentes contre les produits phytosanitaires. Parmi les facteurs modifiables, le tabac domine largement, responsable de 20 % des nouveaux cas en France (29 % chez les hommes, 9,3 % chez les femmes). Il provoque non seulement des cancers du poumon, mais aussi des voies aérodigestives supérieures, du pancréas, de la vessie et bien d’autres. L’alcool suit, à l’origine de 8 % des cas (8,5 % chez les hommes, 7,5 % chez les femmes), touchant l’œsophage, le foie, le sein, le colorectal et, là encore, le pancréas, dont le cancer est le plus redoutable. Le surpoids et l’obésité contribuent chacun à 5,4 % des diagnostics, favorisant des tumeurs hormonodépendantes comme celles du sein ou de l’endomètre, tandis qu’une alimentation déséquilibrée – pauvre en fruits, légumes et fibres, riche en viandes transformées – ajoute 5,4 % supplémentaires. La sédentarité, avec 0,9 %, complète ce tableau des modes de vie délétères.

D’autres causes incluent les infections (comme le papillomavirus ou les hépatites, évitables par la vaccination et représentant 3 à 5 % des cas) et les expositions professionnelles (3 à 5 %, surtout liées à des substances comme l’amiante ou les solvants). En comparaison, les produits phytosanitaires utilisés en agriculture sont soupçonnés dans la survenue d’environ 0,1 % des cancers, touchant principalement les professionnels exposés (de mieux en mieux protégés désormais car informés), et de manière marginale, selon les études du Centre international de recherche sur le cancer et de Santé publique France. Par ailleurs, comme la plupart de nos voisins européens, mais avec une rigueur parfois supérieure, nous n’utilisons plus de pesticides classés CMR catégorie 1, les plus dangereux (cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction avérés ou présumés, selon le règlement CLP européen).

S’obstiner alors sur ces facteurs extrêmement mineurs de survenue des cancers, au point d’être inquantifiables, comme le font certains discours, détourne des priorités essentielles et perpétue une illusion de contrôle sur des risques exagérés.

Des discours dangereux et opportunistes

Or, il s’agit d’un réel danger. Ces narratifs relèvent le plus souvent de médias considérant la peur comme étant plus lucrative que la science, et de militants et politiciens opportunistes et irresponsables suivant un agenda électoral clientéliste. Les premiers, outre de désinformer, laissent certains argumentaires fallacieux et antiscientifiques être déroulés sans jamais que leur soit portée la contradiction, témoignant soit de l’ignorance des journalistes, soit de leur complaisance coupable. Une offensive « phobiste » coordonnée et ravageuse. On pense notamment aux mots scandaleux de Rima Hassan à l’encontre du sénateur Duplomb, sans aucun lien de causalité entre son propos et sa loi : « Ma propre mère est décédée d’un cancer à 3 mois de sa retraite. Comme 2 millions de Français j’emmerde Duplomb qui roule pour l’agro-industrie au détriment de la santé publique. » Une saillie ensuite soutenue sans scrupule par Jean-Luc Mélenchon, faisant par ailleurs référence à la militante Fleur Breteau qui a lancé à la figure des parlementaires ayant voté le texte : « vous êtes des alliés du cancer, et on le fera savoir ! ». Fleur Breteau ? Parlons-en. Styliste, fondatrice d’une chaîne de sex-shops et militante de Greenpeace, elle n’a jamais travaillé dans l’agriculture. Atteinte d’un cancer du sein sans aucun lien avec les pesticides, elle est un exemple emblématique de cette dérive de la politisation du cancer que son malheur ne justifie pas. Une dérive qui s’appuie sur les théories critiques de la modernité, comme celle du prêtre et philosophe austro-américain Ivan Illich, vue comme une machine folle qui, par sa course à la productivité, aliènerait les individus, détruirait leur autonomie, tout en générant une rareté artificielle et une destruction environnementale. Ironie du sort, Illich est mort en 2002, victime d’un cancer qu’il… a refusé de faire soigner pour se conformer à ses théories. Cette critique radicale reste très influente aujourd’hui chez de nombreux militants antipesticides, qui y puisent une dénonciation des logiques industrielles agrochimiques.

La science contre l’émotion et l’instrumentalisation

Outre de passer à côté des véritables enjeux, ces discours alimentent un populisme antiscience qui stigmatise une profession en crise, avec des suicides en hausse parmi les agriculteurs, et poussent à des lois hâtives sans évaluer leurs impacts. Cette polarisation, typique de l’époque, érode le débat démocratique, remplaçant l’analyse factuelle par une indignation sélective qui freine les solutions équilibrées pour la santé et l’environnement. Ainsi, acceptons désormais qu’une pétition signée par 3 % des Français fasse office de référendum et rende caduque toute nouvelle proposition de loi reprenant pourtant scrupuleusement l’avis du Conseil constitutionnel rendu durant l’été 2025.

En remplaçant la science par l’indignation, elle fragilise des secteurs essentiels comme l’agriculture qui poursuit inéluctablement son déclin et occulte les batailles cruciales contre le tabac, l’alcool ou l’obésité, qui pourraient prévenir des dizaines de milliers de cas annuels en visant par exemple une génération sans tabac ou encore une meilleure couverture vaccinale contre les papillomavirus encore insuffisante et inégale sur le territoire. Il est impératif de remettre la raison au centre du débat et de prioriser les facteurs évitables pour booster des taux de survie dont la hausse constante reste remarquable.

L’article Instrumentalisation du cancer : l’ère des « phobistes » est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

On récapitule : ? Mission VA267 : Ariane 6 est prête ! youtube.com/live/5IiH09mCG5A?feature=share

CNES @cnes.fr posted:
On récapitule : 🚀 Mission VA267 : Ariane 6 est prête ! youtube.com/live/5IiH09mCG5A?feature=share

🗓 Décollage : 12 février 2026
🕐 16h45 – 17h13 (UTC) / 17h45 – 18h13 (heure de Paris) / 13h45 – 14h13 (heure de Kourou)
📍Centre spatial guyanais
#Ariane6 #VA267
@esa.int @transport.esa.int @fr.esa.int

Affiche du lancement VA267 du Cnes, le lanceur Ariane 6 avec un dégradé, la date du 12/02/2026

?‍? Sophie Adenot s’envole vendredi vers l’ISS !

CNES @cnes.fr replied:
👩‍🚀 Sophie Adenot s’envole vendredi vers l’ISS !

🗓 11h15 (heure française)
📺 Live ESA en français à suivre sur la chaîne YouTube du #CNES : youtube.com/live/QbQApHw...

Début de la mission #εpsilon ✨

#MissionEpsilon #ISS @esa.int @fr.esa.int

Visuel du lancement de Sophie prévu le 13/02/2026

Reçu — 11 février 2026 De tout et de rien

L'une des plus puissantes explosions de l'univers stocke un peu de son excédent d'énergie sous la forme d'énergie potentielle dans les noyaux lourds q...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
L'une des plus puissantes explosions de l'univers stocke un peu de son excédent d'énergie sous la forme d'énergie potentielle dans les noyaux lourds qu'elle crée.
Et on libère cette énergie des quelques uns de ces noyaux lourds qui nous sont parvenus.

Au passage : la maîtrise de la fission nucléaire est donc la capacité à inverser l'un des phénomènes ayant cours dans une kilonovae. Excusez du peu.

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
Au passage : la maîtrise de la fission nucléaire est donc la capacité à inverser l'un des phénomènes ayant cours dans une kilonovae. Excusez du peu.

Quoted post from Astropierre @astropierre.com:
3/

Les kilonovae sont légèrement différentes. Elles se produisent lors de la collision de deux étoiles à neutrons, produisant des éléments lourds comme l'or ou l'uranium.

Elles peuvent être détectés grâce aux ondes gravitationnelles qu'elles provoquent et grâce à la lumière que l'explosion émet.

Réanimer les cœurs de ville

11 février 2026 à 06:00

Des vitrines qui ferment. Des rues qui se vident. Les centres-villes, petit à petit, s’endorment. Un déclin que commerçants et élus tentent désespérément d’endiguer à coups de subventions ou d’opérations de com’. Sans jamais s’attaquer au fond du problème : faire revenir les clients.

Si les commerces étouffent, c’est principalement à cause du développement des plateformes digitales et des baux commerciaux trop élevés, dit-on. Certes. Mais on oublie trop souvent qu’un centre-ville ne vit que parce que des consommateurs s’y rendent. Comme un centre commercial, sa puissance dépend de son attractivité, du nombre de clients qu’il touche. Il lui faut donc une importante population en capacité d’y accéder facilement, régulièrement et dans des conditions agréables : ce sont les habitants qui consomment au quotidien, les actifs qui travaillent dans le secteur et les visiteurs qui s’y rendent pour du shopping, des sorties, des loisirs. Or, ces conditions ne sont aujourd’hui plus remplies.

Quand la ville se vide… d’habitants

Historiquement, les centres-villes étaient le premier lieu d’habitation, de vie, d’échanges. Ce n’est plus le cas. Entre 1960 et 1990, le développement des zones périurbaines et avec elles, de quartiers plus accessibles et surtout moins chers, a entraîné le déplacement d’une partie non négligeable des urbains. Aujourd’hui, la population des quatre premiers arrondissements de Paris représente 30 à 40 % de ce qu’elle était il y a un siècle ! Le constat est clair : le logement intra-muros n’est plus compatible avec les contraintes et attentes contemporaines.

Où sont passés les actifs ?

La ville a toujours été un pôle d’attractivité économique. Mais les actifs aussi se sont déplacés vers la périphérie en réponse à la hausse des loyers des bureaux (sans rappeler le départ des industries il y a longtemps déjà), aux difficultés d’accès, aux nouvelles normes. Les premiers à fuir sont l’État et les collectivités. Par exemple, à Orléans, ce sont 5 000 emplois qui ont été déplacés avec le nouvel hôpital. À Strasbourg, près de 1 000 agents de police ont été relocalisés en bordure de voie rapide, loin des quais historiques. Près de 10 000 emplois administratifs ont suivi le regroupement des services du ministère de la Défense vers le site Balard. Ce sont des flux perdus, une masse de consommateurs qui a soudainement abandonné les commerces voisins. S’il subsiste parfois quelques « mairies-vitrines », pour les cérémonies notamment, elles ne parviennent pas à compenser ces départs.

Où est-ce qu’on se gare ?

En plus des habitants et des emplois, la taille de la clientèle d’une ville comprend les visiteurs occasionnels : banlieusards faisant leurs courses et clients venant d’un peu plus loin. Se pose alors la question de l’accessibilité des cœurs de ville. Au-delà des débats sur la voiture et la ville, force est de constater que les politiques mises en place pour entraver la circulation automobile ont considérablement compliqué l’accès et donc contracté l’économie du secteur. Mis à part dans quelques villes, l’offre en mobilités collectives n’a pas suivi, ou pas assez bien (amplitudes horaires, soirée / nuit, continuité des lignes…) : se déplacer devient tout de suite contraignant. De plus, ces nouveaux modes de déplacement modifient la manière de consommer : sans coffre, on achète plus léger, moins encombrant. En d’autres termes, l’évolution de la mobilité transforme la structure commerciale et l’économie des centres-villes.

La disneylandisation de la ville

De toutes les clientèles, le tourisme international est le moins pénalisé. Ainsi son poids économique se renforce, par l’affaiblissement des autres clientèles, entraînant là aussi une modification importante du tissu commercial. Encore cela ne vaut-il que pour les métropoles à dimension internationale, au premier rang desquelles on retrouve bien sûr Paris. Les villes moyennes, elles, subissent une perte sèche.

Pourquoi sortir quand on peut scroller ?

Si le e-commerce n’est pas la cause première de la désertification des centres-villes, son avènement joue le rôle d’accélérateur. Chacun a désormais le pouvoir de consommer ce qu’il veut, quand il veut, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, en quelques clics. Aussi, quand la taille de la clientèle baisse, que générer du flux devient plus difficile et que de l’autre côté, le catalogue digital est disponible à toute heure de la journée ou de la nuit, le résultat est sans appel. Le client n’est plus captif de la ville. Moins attractive, elle doit réinventer sa capacité de séduction. Avant, y venir était une nécessité. Désormais le commerce de ville doit justifier son utilité.

Se balader… en paix

Les acteurs du commerce parlent d’expérience d’achat. La ville obéit au même impératif. L’expérience de la ville commerçante doit mobiliser les acteurs pour faire vivre au client un moment agréable. Or la situation est souvent loin d’être idéale : transports en commun dégradés, poubelles débordantes, rues taguées, incivilités sont courants. Alors que tout est disponible depuis son canapé, personne n’a envie de venir dans une ville s’il s’y sent mal à l’aise. Si l’on souhaite inciter les gens à revenir en ville, il faut d’urgence répondre concrètement à ce sentiment d’insécurité.

Une politique commerciale de la ville

Les politiques publiques ont changé la ville et dégradé sa commercialité. Constatant la situation, les municipalités investissent souvent pour compenser les effets sans traiter les causes. Ainsi certaines détiennent d’importants parcs de locaux commerciaux et prétendent définir l’offre, ce qui n’est pas leur métier et encore moins leur compétence.

Revivifier un centre-ville, ce n’est pas « sauver des boutiques ». C’est reconstruire une mécanique de flux, donc de zone de chalandise, donc d’accès, donc de sécurité, donc d’envie. Tant qu’on traitera le commerce comme un sujet isolé, on continuera à constater la vacance et à déplorer la décommercialisation. À l’inverse, si l’on accepte de regarder les causes structurelles – même quand elles sont difficiles à entendre – alors on peut reprendre la main. Rien n’est figé. Une ville vit de flux, et le flux se mérite.

Le commerce n’a pas tant besoin d’aides que des conditions de son épanouissement.

L’article Réanimer les cœurs de ville est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

Reçu — 10 février 2026 De tout et de rien

Je serais tenté d'y voir une bonne nouvelle pour l'Arménie et les Arméniens, mais j'ai du mal à croire que les Russes laissent faire...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
Je serais tenté d'y voir une bonne nouvelle pour l'Arménie et les Arméniens, mais j'ai du mal à croire que les Russes laissent faire...

Quoted post from RFI @rfi.fr:
États-Unis-Arménie: J.D. Vance annonce un accord sur le nucléaire et un soutien sécuritaire à Erevan

États-Unis-Arménie: J.D. Vance annonce un accord sur le nucléaire et un soutien sécuritaire à Erevan
(rfi.my) Le vice-président des États-Unis, J.D. Vance, s'est rendu lundi 9 février à Erevan, la capitale arménienne, afin d'afficher le soutien de Washington aux récents efforts de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. À l'issue de sa rencontre avec le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, les deux responsables ont annoncé un accord sur le nucléaire civil, ainsi que l'achat de drones américains et de puces électroniques.

Ferme à saumons : fantasme écocidaire ou projet rationnel ?

10 février 2026 à 06:00

C’est le poisson préféré des Français. Pourtant, faute de production locale, il est importé de Norvège ou d’Écosse. Un paradoxe que le projet girondin Pure Salmon ambitionne de corriger… malgré une opposition virulente. Relocalisation bienvenue, ou désastre écologique ?

« Si tu veux sauver l’estuaire, les poings en l’air ! » Dès la clôture de l’enquête publique (qui a collecté un record de plus de 20 000 contributions, dont 95 % défavorables), les désormais traditionnelles manifestations ont enfoncé le clou. Le projet est dénoncé comme « aberrant », « écocidaire », menaçant un « estuaire protégé ». « On n’a pas besoin de ça pour être heureux ! », tranche un opposant, comme si le débat se résumait à une simple question de confort existentiel…

Il faut dire que le projet de Pure Salmon, pharaonique, a tout pour déclencher l’indignation habituelle : 14 hectares de bassins et d’infrastructures, et une production annuelle visée de plus de 10 000 tonnes de saumon, soit jusqu’à 5 % de la consommation nationale. Pure Salmon a beau promettre un saumon garanti sans antibiotiques, sans OGM, et élevé de façon durable grâce à la technologie « RAS » (un système en circuit fermé limitant drastiquement les prélèvements et rejets d’eau), cela reste bien insuffisant pour apaiser les franges militantes écologistes, traditionnellement technophobes et viscéralement opposées à tout gigantisme, au nom des vertus souvent fantasmées des petites exploitations.

Dans le récit, le saumon devient un « caprice de consommateur ». Et derrière le rejet du projet, c’est la pisciculture « industrielle » dans son ensemble qui est mise au banc des accusés : tantôt responsable d’impacts climatiques majeurs, tantôt accusée de vider les océans, à cause de la quantité prétendument astronomique de poissons sauvages qu’il faudrait pour nourrir les élevages.

La pisciculture, un modèle insoutenable ?

Dans un article publié en 2014, l’ONG CIWF France dénonçait un supposé « gâchis de poissons », avançant des chiffres a priori édifiants : entre 3 et 5 kilos de poissons sauvages seraient nécessaires pour produire… 1 kilo de poisson d’élevage. Des ratios chocs, durablement imprimés dans l’imaginaire collectif. Avec de tels chiffres en tête, comment ne pas condamner la pisciculture ?

Le problème, c’est que cette grille de lecture est aujourd’hui largement obsolète. Si ces ratios correspondaient à la réalité des années 1990, ils ne tiennent plus face aux évolutions techniques des dernières décennies. L’alimentation des poissons d’élevage a profondément changé, intégrant davantage de matières végétales et réduisant fortement le recours aux huiles et farines de poissons. Résultat : le ratio « FIFO » (fish in : fish out), qui mesure la quantité de poissons sauvages nécessaire à la production, tourne désormais autour de 0,3. Autrement dit, un kilo de poisson sauvage permet aujourd’hui de produire plus de trois kilos de poisson d’élevage.

Le saumon fait figure d’exception relative. Carnivore, il reste l’une des espèces les plus dépendantes des huiles et farines de poissons, avec un FIFO qui s’établit aujourd’hui entre 1 et 1,5 (selon les méthodes utilisées). Cela peut sembler élevé, mais c’est probablement toujours préférable à la pêche directe du saumon sauvage. Les poissons destinés à l’alimentation des élevages proviennent en effet de populations beaucoup plus abondantes, là où les saumons sauvages figurent parmi les espèces les plus sous pression.

Plus largement, un fait mérite d’être souligné : malgré l’explosion de la pisciculture depuis la fin des années 1980 et l’augmentation continue de la consommation de produits de la mer, les captures de poissons sauvages ont aujourd’hui tendance à se stabiliser, voire à reculer. Un signal clair que la pisciculture ne vide pas les océans, mais contribue au contraire à réduire la pression sur les stocks sauvages. Un élément central, trop souvent absent du débat public.

Et le bilan est tout aussi intéressant du point de vue climatique. Certes, une alimentation strictement végétale reste la moins carbonée. Mais, à production équivalente, la majorité des élevages piscicoles émettent moins de gaz à effet de serre que l’élevage de poulet, pourtant souvent présenté comme la référence en la matière. C’est le cas du saumon d’élevage, qui affiche un bilan carbone d’environ 5,1 kgCO₂e par kilo produit, contre 8,3 pour le poulet.

Même constat pour l’emprise au sol — 4,86 m² par kilo produit, contre 14,53 m² pour le poulet — et pour les rejets azotés, deux fois plus faibles en pisciculture.

En résumé : non, la pisciculture, y compris lorsqu’elle est « industrielle », ne peut pas être considérée comme une aberration environnementale. Bien au contraire.

Au pays de l’or rose

J’approfondis

En Gironde, un désastre écologique ?

Parler de pisciculture en général est une chose. Se pencher sur le cas très concret du projet girondin en est une autre. Si ce dernier hérite de la mauvaise réputation du secteur, les opposants concentrent surtout leurs critiques sur ses impacts locaux, jugés incompatibles avec un estuaire classé et protégé.

En premier lieu, alors que certains manifestants déplorent l’implantation du projet sur un espace présenté comme « resté sauvage », il convient de rappeler que le site retenu est en réalité une ancienne friche industrielle, déjà largement artificialisée, située au cœur de la zone industrialo-portuaire du Grand Port maritime de Bordeaux. Labellisé « site industriel clé en main », le terrain a été remblayé dès 2015 à l’aide de sédiments de dragage afin d’être mis hors d’eau et prêt à accueillir des activités industrielles. La faune et la flore présentes sur la parcelle ont d’ailleurs déjà fait l’objet de procédures administratives il y a plusieurs années avec, en compensation, la sanctuarisation et la gestion écologique de 87 hectares par les pouvoirs publics.

Reste que le site jouxte des zones naturelles remarquables, notamment le site Natura 2000 des « Marais du Nord-Médoc », que les travaux — et en particulier le passage des canalisations — pourraient perturber. Pour limiter ces impacts, Pure Salmon prévoit plusieurs mesures d’évitement : forage horizontal pour faire passer les tuyaux sous le fossé humide au nord sans détruire cet habitat sensible, adaptation du calendrier de chantier afin d’éviter les périodes de reproduction (oiseaux, amphibiens), et installation de barrières destinées à empêcher l’intrusion des amphibiens sur le site. Difficile, dans ces conditions, de justifier un gel définitif d’un terrain précisément préparé pour accueillir ce type de projet.

Mais la principale source de crispation se situe ailleurs : les rejets de l’élevage, en plein estuaire de la Gironde. Même en l’absence de traitements médicamenteux, les effluents issus des poissons eux-mêmes — riches en nitrates et phosphates — suscitent des craintes de pollution. Des inquiétudes qui concernent à la fois la biodiversité estuarienne, les conchyliculteurs voisins, et même les usagers du littoral, la plage de la Chambrette se trouvant à seulement 1,6 km au nord du point de rejet.

Pour y répondre, Pure Salmon a conçu un dispositif de traitement des eaux particulièrement poussé qui combine filtration mécanique, traitement biologique, dénitrification et stérilisation par ultraviolets, afin d’éliminer tout risque bactériologique avant rejet dans le milieu naturel. Les boues résiduelles, quant à elles, seront déshydratées, stockées dans des bennes étanches, puis valorisées via une unité de méthanisation locale. À cela s’ajoute une étude de modélisation de la dilution du panache de rejet, concluant à une dispersion très rapide et à un impact considéré comme nul au-delà d’un kilomètre — épargnant ainsi la plage de la Chambrette, et le reste de l’estuaire.

Dans son avis rendu en 2024, la MRAe (Mission régionale d’autorité environnementale) a formulé plusieurs demandes de précisions et interrogations, qui semblent avoir été intégrées dans la dernière version de l’étude d’impact. Sera-ce suffisant ? Très probablement, du moins sur le plan écologique.

Car une autre inquiétude majeure, sans lien direct avec la biodiversité, pourrait bien jouer les trouble-fête.

L’épée de Damoclès

Si la pisciculture affiche de réels atouts écologiques par rapport à d’autres formes d’élevage, elle n’en conserve pas moins un talon d’Achille : sa dépendance à l’eau. Certes, le recours à la technologie RAS peut rassurer : en recyclant la majorité de l’eau utilisée, ce système limite considérablement les prélèvements. Mais il n’est pas pour autant autonome. Pour éviter l’accumulation de nitrates et compenser les pertes liées à l’évacuation des déchets, un apport continu d’eau neuve reste indispensable. Des volumes loin d’être anecdotiques : environ 6 500 m³ par jour, soit l’équivalent de la consommation quotidienne d’une ville de plus de 40 000 habitants.

À cette fin, le projet prévoit un prélèvement dans la nappe superficielle du Plio-Quaternaire, une nappe contenant une eau saumâtre du fait de la proximité de l’océan. Inutilisable pour l’alimentation en eau potable, elle ne concurrence donc, en théorie, aucun autre usage. En théorie seulement, car sous cette nappe superficielle se trouve une ressource autrement plus stratégique : la nappe profonde de l’Éocène, qui alimente la majorité du département, métropole bordelaise comprise.

Sur le papier, les deux nappes sont censées être hydrauliquement isolées. Mais dans ce secteur, les couches d’argiles qui les séparent sont fines, hétérogènes, et leur étanchéité fait débat. Si cette barrière n’est pas totalement imperméable, les pompages pourraient, par effet de vases communicants, entraîner une baisse significative du niveau de la nappe de l’Éocène.

Est-ce réellement problématique ? À première vue, on pourrait penser que ces volumes, aussi impressionnants soient-ils, restent marginaux à l’échelle des prélèvements départementaux. Mais l’enjeu ne se limite pas à un risque de pénurie. Dans cette zone, la nappe de l’Éocène est en contact avec l’eau marine salée. Si elle demeure douce, c’est grâce à la pression qu’elle exerce, bloquant toute intrusion saline. Or un pompage excessif pourrait faire chuter cette pression et ouvrir la porte à une entrée d’eau salée dans l’aquifère avec, à la clé, un risque de contamination de la principale réserve d’eau potable du département.

Même si ce scénario reste peu probable, il ne peut être totalement écarté. C’est pourquoi Pure Salmon a l’obligation, dans son étude d’impact, de démontrer l’étanchéité suffisante des argiles séparant les deux nappes. Dès 2023, l’entreprise mandate le bureau d’études ArcaGée pour évaluer ce risque. Les essais de pompage montrent alors une baisse du niveau piézométrique de la nappe de l’Éocène de 3 cm, jugée négligeable par le porteur de projet. Mais la Commission locale de l’eau (CLE) émet alors des doutes et sollicite une expertise indépendante du BRGM.

En septembre 2024, le verdict tombe, et il est sévère. Pour l’expert d’État, les essais de pompage « n’ont pas été réalisés dans les règles de l’art ». L’affirmation selon laquelle les nappes seraient déconnectées « n’est pas confirmée » et les données disponibles tendent même « plutôt à l’infirmer ». Dans la foulée, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) estime que le dossier ne permet pas de conclure à l’absence de risque pour la nappe de l’Éocène.

Pure Salmon réagit alors en mandatant un nouveau bureau d’études, ANTEA Group, chargé de réaliser une nouvelle expertise. Celle-ci conclut, une fois encore, à une influence négligeable des pompages. Cette fois, le BRGM valide la méthodologie globale et reconnaît que les constats posés sur les incidences sont cohérents avec les observations. Mais il ne lève pas totalement les réserves, pointant encore certaines incertitudes techniques.

La dernière version de l’étude d’impact intègre donc une étude prospective supplémentaire, du bureau d’études GEOTEC cette fois, prenant en compte les réserves formulées par le BRGM. Et pour couronner le tout, des mesures complémentaires ont été prises, dont une surveillance renforcée et continue du niveau piézométrique de la nappe de l’Éocène. Suffisant ou non ? C’est précisément sur ce point technique que l’enquête publique devra trancher.

Une nappe sous pression

J’approfondis

Un projet en suspens

Depuis le 19 janvier, l’enquête publique est désormais close. Le commissaire-enquêteur dispose, en principe, d’un mois pour rendre son avis. Un délai qui pourrait toutefois être prolongé au regard de la complexité du dossier et du volume exceptionnel de contributions. La décision finale reviendra ensuite au préfet, dans les prochains mois.

À ce stade, l’issue reste ouverte. Mais quel que soit le choix qui sera envisagé, il sera l’aboutissement d’un long processus administratif, jalonné d’expertises, d’allers-retours techniques et de confrontations entre services de l’État et porteur de projet, ce dernier ayant progressivement ajusté sa copie aux exigences formulées.

Aucun scandale ici, si ce n’est la saturation délibérée et organisée de l’enquête publique par des tombereaux d’avis défavorables, dont l’apport réel au fond du dossier interroge.

Laissons donc les pouvoirs publics trancher, sur la base des faits et de la science. Car l’histoire de ce projet rappelle surtout une chose : en France, aucune initiative industrielle de cette ampleur n’est validée à la légère.

L’article Ferme à saumons : fantasme écocidaire ou projet rationnel ? est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

❌