Avec l’hantavirus, les théories du complot sont de retour
Oops!... I dit it again
Depuis l’identification d’un foyer d’hantavirus sur un navire de croisière, les théories du complot se multiplient sur les réseaux. Souvent promues par le même type d’acteurs ayant poussé des thèses farfelues à l’époque du Covid, elles en reprennent aussi de nombreux gimmicks.
Elles avaient donné du fil à retordre en pleine pandémie de Covid-19. Depuis la détection de cas d’hantavirus sur le navire de croisière MV Hondius, les théories du complot sont de retour, souvent poussées par des acteurs déjà adeptes de la désinformation au moment de la pandémie.
À l’heure actuelle, 27 Français « cas contact » ont été placés à l’isolement pour une durée qui s’étendra de 14 à 42 jours. La seule Française effectivement contaminée est hospitalisée à Paris, dans un état critique. S’il n’y a pas lieu de parler d’épidémie à l’heure actuelle, en ligne, les fausses informations se multiplient : le 12 mai, Radio France relevait que huit des dix publications les plus partagées sur Facebook sur l’hantavirus avaient été publiées par des mouvances complotistes ou anti-vaccin.
Un écho du Covid
Les thèses promues, elles, se font l’écho direct de celles déjà véhiculées au moment du Covid-19. Et d’une langue à l’autre, ne serait-ce que du français à l’anglais, ces théories sont aussi les mêmes, démonstration de la circulation rapide de ces éléments de désinformation.
Parmi les propos récurrents, on trouve par exemple l’idée selon laquelle l’hantavirus se serait échappé d’un laboratoire. Celle-ci résonne avec la théorie non démontrée selon laquelle le coronavirus serait issu d’un laboratoire de Wuhan, en Chine (à l’inverse, les scientifiques tendent à s’accorder sur le fait que le virus est plus probablement issu d’animaux vendus sur le marché Huanan, épicentre de la pandémie).
Autres thèses : celle selon laquelle l’épidémie d’hantavirus aurait été « planifiée » par les laboratoires pharmaceutiques. Sur X, des internautes brandissent la collaboration initiée en 2024 entre le laboratoire Moderna et le Centre d’innovation vaccinale de Corée du Sud sur l’hantavirus comme une preuve de cette préparation.
L’explication est en réalité plus simple : l’hantavirus cause chaque année 300 à 400 cas graves et une dizaine de morts en Corée du Sud. Les travaux de Moderna ont donc été lancés pour faire face à un phénomène déjà constaté : l’activité forte de la maladie, notée par l’Organisation mondiale de la Santé, sur ce territoire.
D’autres théories suggèrent que l’hantavirus soit un effet secondaire du vaccin de Pfizer (déjà visé à l’époque du Covid) ; qu’il soit le résultat d’un complot ourdi pour obliger la population à se vacciner ou se confiner ; qu’il ait été lâché dans la nature pour réduire la population globale, etc.
Même du côté des traitements, l’ivermectine est brandie ici et là comme médicament supposé contre l’hantavirus. Déjà largement citée à l’époque du Covid-19, l’ivermectine est en réalité recommandée pour traiter la gale et certains parasites intestinaux.
Dans certains cas, les thèses prennent des accents antisémites : dans la sphère anglophone comme francophone, des internautes affirment en effet qu’en hébreu, le terme « hanta » signifierait « scam » (ce qui n’est a priori pas le cas). De cette invention jusqu’à l’accusation du rôle d’Israël dans la fabrication du virus, il n’y a qu’un pas qu’une partie des internautes franchissent allègrement, notamment sur X.
Aux États-Unis, la perspective des élections de mi-mandat
Les figures qui font circuler ces fausses informations restent, elles aussi, les mêmes. Alex Jones, cofondateur du site Infowars et complotiste d’ampleur, pousse par exemple la thèse d’une « plandémie », c’est-à-dire d’une pandémie planifiée.
Marjorie Taylor Greene, ancienne soutien de Trump et députée, reprend du service pour faire circuler sur ses réseaux de nombreuses fausses informations. Même le républicain Ron DeSantis participe : il a relancé un ancien projet de loi qui, s’il était adopté, permettrait de distribuer de l’ivermectine sans ordonnance dans son État de Floride.
Plusieurs de ces personnalités états-uniennes tentent de tracer un lien entre ces cas d’hantavirus et les élections de mi-mandat, qui se tiendront en novembre prochain. Pour les complotistes – dont beaucoup ont soutenu l’idée que la réélection de Trump avait été « volée » en 2020 –, l’hantavirus est une manière d’interférer avec les élections à venir.
En France, de même, des personnalités déjà identifiées pour leur rôle de diffuseur de désinformation participent activement à la circulation de toutes ces théories qui ne reposent pas sur des faits. Ainsi du supposé « hyperdoctor » Idriss Aberkane, de l’ancien médecin et antivaccin assumé Louis Fouché, par ailleurs fondateur du site Reinfo Covid, ou encore du microbiologiste Didier Raoult, dont l’étude sur l’hydroxychloroquine comme potentiel traitement du Covid a finalement été rétractée. Florian Philippot, Nicolas Dupont-Aignan sont aussi au nombre des politiques qui participent à donner de la visibilité à ces fausses informations.
