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L’IA de Google se lance à son tour dans la chasse aux failles de sécurité

22 juillet 2026 à 12:25
La cybersécurité sous verrou
L’IA de Google se lance à son tour dans la chasse aux failles de sécurité

Google ne veut pas se laisser distancer par Anthropic et OpenAI sur le terrain des modèles IA spécialisés dans la cybersécurité. Avec Gemini 3.5 Flash Cyber, le géant du web se jette à son tour dans la chasse aux failles de sécurité – un modèle sous contrôle, comme chez les rivaux.

Google a levé le voile sur de nouveaux modèles IA pour tenter de se repositionner dans la course à toute allure que se mènent les labos IA. Dans le couloir de la cybersécurité, où Mythos 5 et GPT-5.5-Cyber font la course en tête, Google vient de lancer Gemini 3.5 Flash Cyber, conçu pour détecter, vérifier et corriger des failles de sécurité dans le code logiciel.

À l’image du projet Glasswing d’Anthropic et du programme Trusted Access for Cyber chez OpenAI, le nouveau modèle de Google est distribué de façon restreinte : seuls des gouvernements et des partenaires jugés fiables y auront accès. Une prudence qui s’explique par la nature même du modèle, capable d’épauler les défenseurs, mais aussi d’armer les attaquants.

Image : Google

Gemini 3.5 Flash Cyber sera intégré à CodeMender, un agent de sécurité qui fait travailler plusieurs instances du modèle avant de produire un rapport commun. En termes de capacités, les performances de ce modèle seraient proches de ses rivaux, selon le bench CyberGym (même si GPT-5.5-Cyber fait légèrement mieux).

Des modèles à tout faire

Pour le grand public et les développeurs, Google propose deux autres modèles. Gemini 3.6 Flash est le « passe-partout » du lot, il remplace (et selon les benchmarks, surclasse) Gemini 3.5 Flash pour les tâches courantes : programmation, analyse de documents, recherche d’informations, génération de rapports et utilisation d’interfaces. L’index Artificial Analysis indique une consommation de jetons 17 % inférieure en moyenne par rapport à son prédécesseur pour arriver au même résultat. Il aurait besoin de moins d’étapes de raisonnement et ferait appel moins souvent à des outils externes.

En termes de coût, Gemini 3.6 Flash revient à 1,5 dollar par million de jetons en entrée, et 7,5 dollars en sortie. Artificial Analysis indique qu’en moyenne sur une tâche, le modèle revient moitié moins cher que GPT-5.6 Sol (max) et Kimi K3. En revanche, il est plus onéreux que les tout récents Grok 4.5 (high) de SpaceXAI et Muse Spark 1.1 (xhigh) de Meta, deux modèles qui se battent sur le terrain du rapport qualité/prix.

Image : Artificial Analysis

Google insiste sur le fait que son modèle peut réaliser une tâche complète en réalisant moins d’actions intermédiaires et en consommant moins de tokens. L’argument peut porter dans les entreprises où on commence à se rendre compte qu’utiliser de l’IA générative à gogo coûte de plus en plus cher.

Gemini 3.5 Flash Lite vise ailleurs : ce nouveau modèle est censé accomplir des tâches simples exécutées en très grand nombre. Google cite notamment la recherche automatisée, le traitement de documents ou les systèmes constitués de petits agents. C’est le modèle le moins cher du lot : 0,30 dollar en entrée, 2,50 dollars en sortie.

Sur certains tests, 3.5 Flash Lite se montrerait plus puissant que Gemini 3 Flash, assure le moteur de recherche. Doté de plusieurs niveaux de réflexion, le modèle produirait jusqu’à 350 jetons par seconde, ce qui ne renseigne pas sur le temps que prend une requête complète.

Google donne pour finir quelques nouvelles de Gemini 3.5 Pro, qui n’est toujours pas lancé publiquement mais le modèle est testé par des partenaires de l’entreprise. Il devrait devenir, en toute logique, le modèle haut de gamme. Gemini 4 est de son côté toujours en train de suer à l’entraînement.

Droits de douane Trump : Nintendo ne veut rien rembourser aux joueurs

22 juillet 2026 à 06:30
Touche pas au grisbi
Droits de douane Trump : Nintendo ne veut rien rembourser aux joueurs

Les clients américains de Nintendo peuvent aller se brosser. Ils ne recevront pas un kopeck du remboursement des droits de douane que le constructeur japonais veut récupérer, après la défaite retentissante de Donald Trump devant la Cour suprême américaine. De l’argent que Nintendo compte bien garder dans ses caisses.

L’été dernier, Nintendo procédait à une hausse de prix sur plusieurs accessoires et consoles aux États-Unis : manettes et Switch 1 y sont facturés plus cher qu’ailleurs (jusqu’à 50 dollars de plus sur le modèle OLED). Pas sur la Switch 2 en revanche, car il est nécessaire d’écouler un maximum d’unités, ce qui en retour permet de vendre plus de jeux pour le nouveau système.

Nintendo réclame son dû

Nintendo n’avançait pas d’explication, mais il ne fallait pas être devin pour deviner l’ombre de Donald Trump derrière cette augmentation limitée aux États-Unis. Les droits de douane, dont le président américain est friand, touchaient en effet les importations des pays où le constructeur fait fabriquer ses produits.

Illustration : Flock

Ces tarifs douaniers ont bousculé non seulement Nintendo, mais aussi l’économie mondiale… jusqu’à ce que la Cour suprême y mette bon ordre. Le 20 février dernier, la plus haute juridiction américaine les a en effet jugés illégaux. Il a été établi que le locataire de la Maison-Blanche était allé au-delà des pouvoirs que lui avait accordé le Congrès l’autorisant à réglementer le commerce en cas d’urgence nationale.

Ce coup sur le nez n’a pas empêché Donald Trump de remettre le couvert en utilisant d’autres dispositifs législatifs. Néanmoins, la Cour suprême a ouvert la voie au remboursement des sommes déjà versées par les importateurs. Un site web a d’ailleurs été mis en place en avril par les Douanes US. Mais Nintendo n’a pas attendu pour réclamer son dû : début mars, la branche américaine du groupe portait plainte contre le gouvernement américain, comme l’ont fait un millier d’autres entreprises.

Quelques semaines plus tard, une plainte était déposée par deux joueurs Nintendo qui cherchent à faire reconnaitre par la justice que le remboursement de ces droits de douane devait revenir, au moins en partie, aux consommateurs ayant payé les produits Nintendo plus cher. Selon eux, l’entreprise serait donc payée deux fois : une première fois par ses clients, une deuxième fois par par le gouvernement américain.

Une vente conclue reste conclue

Nintendo a demandé le rejet de cette poursuite, que les plaignants veulent transformer en action collective. Le constructeur estime que les clients ont reçu « exactement ce qu’ils avaient accepté d’acheter et de payer », rapporte Game File. « L’argent versé par les plaignants correspond au prix d’achat des produits qu’ils souhaitaient acquérir et qu’ils ont effectivement reçus ; ils n’ont pas droit à un remboursement simplement parce que la situation juridique entourant les droits de douane a évolué entre-temps », selon Nintendo.

Pour l’entreprise, le point commun entre les demandes des plaignants est qu’il serait injuste que Nintendo n’ait pas révisé rétroactivement ses prix pour des ventes déjà conclues. « Mais ce n’est pas ainsi que fonctionnent les transactions commerciales », assène-t-elle. Autrement dit : circulez, il n’y a rien à voir.

Le constructeur ajoute également avoir ciblé des ajustements de prix « modestes », tout en prenant à sa charge le coût des droits de douane sur plusieurs de ses produits les plus populaires de l’époque, tout particulièrement la Switch 2. Pas d’augmentation généralisée, donc. « Si un consommateur ne souhaitait pas payer le prix affiché, il était libre de renoncer à l’achat ou de se tourner vers des produits concurrents », affirme Nintendo, même si les consoles rivales étaient plus chères à l’époque (et encore plus maintenant).

Il reviendra au juge de décider si la plainte peut devenir une class action, ou si elle est purement et simplement rejetée. Nintendo a pu maintenir le prix de lancement de la Switch 2, mais ça ne durera pas : à compter du 1er septembre, la console coûtera 500 euros (+ 30 euros) ou 500 dollars (+ 50 dollars). Cette fois pas tellement à cause des tarifs Trump, mais surtout pour éponger les coûts de la mémoire et du stockage.

☕️ [MàJ] Après plus d’un an d’attente, Apple bouche une faille de « Hide my Email »

22 juillet 2026 à 06:07


Les alertes envoyées par les chercheurs en sécurité devraient suffire pour que les entreprises fassent le nécessaire et bouchent les failles rapidement. Mais parfois, il faut aussi secouer le cocotier pour qu’elles s’exécutent. C’est le cas d’Apple, qui a finalement corrigé une vulnérabilité dans son service « Masquer mon adresse e-mail » plus d’un an après sa découverte. La médiatisation de cette faille a forcé la main du constructeur.

Illustration : Flock

Début juillet, on découvrait l’existence d’une vulnérabilité dans « Masquer mon adresse e-mail » (Hide My Email), un service offert aux abonnés iCloud+ d’Apple. La fonction crée automatiquement une fausse adresse durant l’inscription sur un site ou une application, afin de ne pas révéler sa vraie adresse. Cette faille permettait de retrouver l’adresse e-mail originale.

Le chercheur en sécurité Tyler Murphy d’EasyOptOut a prévenu Apple de sa découverte en juin 2025. En mars 2026, l’entreprise a affirmé que le problème avait été résolu… sauf que ce n’était pas le cas : la faille était toujours exploitable. Alertée de nouveau, Apple a indiqué en mai qu’un correctif avait été mis au point et serait appliqué dans les prochaines semaines, avant de se murer dans le silence.

Tyler Murphy a alors contacté 404media pour médiatiser l’affaire, sans rien révéler sur la nature précise du problème afin de ne pas donner des idées à des malandrins. L’affaire a pris suffisamment d’ampleur pour qu’Apple se décide finalement à appliquer un correctif. Maintenant que la faille appartient au passé, le site explique qu’il suffisait d’envoyer un message à un utilisateur ciblé de « Masquer mon adresse e-mail » et que celui-ci soit rejeté comme spam pour pouvoir exploiter la faille.

« Nous ne pensons toutefois pas que tout risque soit désormais écarté », préviennent Tyler Murphy et Ben Weiner, le cofondateur de la société EasyOptOut. « Des e-mails non malveillants pouvaient être rejetés et révéler votre adresse masquée. Comme les journaux de transfert des messages sont souvent conservés, nous estimons que toute adresse masquée associée à une adresse créée avec “Masquer mon adresse e-mail” avant le 7 juillet 2026 a pu être exposée et pourrait encore figurer dans des journaux détenus par des tiers », précisent-ils.

Apple n’est donc peut-être pas encore au bout de ses peines. À cela s’ajoute une plainte (PDF) déposée en Californie le 17 juillet, qui accuse l’entreprise d’avoir trompé ses clients sur le niveau de confidentialité de la fonction « Masquer mon adresse e-mail », tout en la leur faisant payer.

Mise à jour — Un bug n’arrive jamais seul. Le développeur Jeff Johnson et MacGeneration ont mis la main sur une autre vulnérabilité qui touche directement le logiciel Mail d’Apple. Cette vulnérabilité permet à un plaisantin de récupérer l’adresse liée au compte Apple d’une personne qui ne souhaite pas la partager.

Le piège est très simple. Il suffit d’envoyer un courriel à l’adresse connue de la victime en ajoutant un en-tête spécifique qui active le bug. Le message affiche un bandeau « Ce message vous a été transféré via « Masquer mon adresse e-mail » », qui doit mettre la puce à l’oreille car il n’apparait habituellement pas.

Si l’utilisateur répond tout de même à l’e-mail malveillant depuis l’app Mail, son adresse « À: » sera celle du compte Apple… pas l’adresse d’origine à laquelle le courriel avait été envoyé. C’est embêtant, car on peut ne pas vouloir divulguer l’adresse de son compte Apple ou alors uniquement à des proches. Apple a été prévenue de ce nouveau bug.

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Microsoft engage plusieurs milliards de dollars aux côtés de Mistral en Europe

21 juillet 2026 à 15:58
Mistral encaisse le chèque de Microsoft
Microsoft engage plusieurs milliards de dollars aux côtés de Mistral en Europe

Microsoft va donner un coup de main à Mistral pour construire des centres de données en Europe, au travers d’un accord à plusieurs milliards de dollars. Les derniers modèles du labo IA français vont également être distribués dans les plateformes Azure, Foundry et Copilot Studio de l’éditeur américain.

Mistral renforce ses liens avec Microsoft. Les deux entreprises sont partenaires depuis 2024, dans le cadre d’un accord de distribution des modèles IA du labo sur la plateforme Azure. Cette fois, cela va encore plus loin : Microsoft s’engage en effet sur « plusieurs milliards de dollars » pour développer l’infrastructure IA en Europe.

Des centres de données et beaucoup de souveraineté

Le communiqué donne peu de détails concrets, mais avec cet argent frais, Mistral va pouvoir augmenter ses capacités GPU « grâce à des milliers de GPU NVIDIA Vera Rubin de dernière génération ». La société a annoncé plusieurs investissements pour bâtir des datacenters, en France comme ailleurs en Europe.

L’accord donne donc du muscle à Mistral pour l’entraînement, l’inférence et le déploiement à grande échelle de ses modèles, mais Microsoft y voit aussi son intérêt, bien sûr. Le géant américain renforce ainsi ses capacités en Europe « tout en soutenant les engagements numériques » annoncés l’an dernier pour le vieux continent.

Brad Smith, le président de Microsoft, avait publié en mai 2025 une tribune dans laquelle le groupe prenait des engagements, notamment en matière de gouvernance, de confidentialité des données et de collaboration avec les institutions européennes. « L’Europe doit avoir accès aux capacités d’IA les plus avancées au monde, sans compromettre la maîtrise de ses données, de ses opérations ou de son avenir numérique », avance aujourd’hui le dirigeant.

Le nouvel accord avec Mistral contient également une partie importante sur les modèles du labo français. Medium 3.5 est désormais distribué dans Microsoft Foundry et Azure (au niveau applicatif, le modèle est aussi disponible dans Copilot Studio). OCR 4, la dernière version du modèle dédié à la reconnaissance de texte et désormais parseur documentaire sémantique, est lui aussi proposé dans Foundry.

Les modèles de Mistral peuvent aussi être installés via Azure Local (Azure Stack HCI jusqu’en 2024) sur les infrastructures de l’entreprise plutôt que dans les centres de données de Microsoft. Cela permet aux clients de conserver une partie des outils et du fonctionnement de la plateforme cloud de Microsoft, mais sur des serveurs contrôlés par l’organisation – y compris dans des environnements complètement coupés d’internet. Les modèles Mistral utilisés de la sorte peuvent fonctionner au travers de Foundry Local, pour exécuter les apps IA.

Microsoft soigne son image en Europe

Ces nouvelles capacités permettent aux modèles de Mistral d’être « déployés par les entreprises et les institutions publiques du monde entier sur une plateforme de confiance, conçue pour répondre aux exigences des environnements les plus critiques et réglementés, partout où nos clients exercent leurs activités », précise Arthur Mensch, le directeur général de Mistral.

Brad Smith se fait encore plus clair auprès du Wall Street Journal. « Les clients [qui veulent] s’appuyer sur les modèles de Mistral (…) n’ont pas besoin de choisir un modèle d’Anthropic, d’OpenAI ou d’un autre fournisseur américain », explique-t-il. « Ils bénéficient de notre technologie, qui vient évidemment des États-Unis, mais peuvent l’exécuter dans un environnement déconnecté », ajoute le dirigeant.

En soutenant Mistral de la sorte, Microsoft espère bien montrer patte blanche et marquer des points auprès des régulateurs. « En intégrant les modèles européens de pointe de Mistral à notre portefeuille cloud souverain et en les rendant disponibles dans des environnements cloud public, connectés au cloud ou entièrement déconnectés, nous concrétisons les engagements numériques pour l’Europe que nous avons pris et offrons à nos clients une base de confiance pour déployer l’IA selon leurs propres conditions », décrypte le président du mastodonte US.

Azure et Amazon Web Services pourraient bientôt recevoir leur carte du club du DMA. La Commission européenne prépare en effet une extension du règlement sur les marchés numériques au cloud. Les plateformes épinglées doivent se plier à une série d’obligations pour limiter les pratiques anticoncurrentielles et faciliter le passage d’un service à un autre.

La justice accepte qu’Anthropic paie 1,5 milliard pour solder l’affaire des livres piratés

21 juillet 2026 à 13:34
Un chèque record pour éviter une facture bien plus salée
La justice accepte qu’Anthropic paie 1,5 milliard pour solder l’affaire des livres piratés

C’est tout simplement le dédommagement le plus élevé jamais obtenu dans une affaire de droits d’auteur, s’est réjoui l’avocat de plusieurs auteurs, après l’approbation définitive d’un accord avec Anthropic. La somme fait effectivement tourner les têtes : 1,5 milliard de dollars. Malgré tout, le labo s’en sort bien.

Pour s’éviter un procès potentiellement embarrassant et encore plus coûteux, Anthropic avait dégainé le carnet de chèques l’an dernier. L’entreprise mettait sur la table 1,5 milliard de dollars pour éteindre une action collective lancée en août 2024 par plusieurs autrices et auteurs, qui accusaient le labo IA d’avoir entraîné ses modèles IA à partir de leurs œuvres piratées. Un procès aurait dû se tenir en décembre dernier, mais l’accord à l’amiable a scellé le différent… Restait, tout de même, à obtenir l’aval de la justice.

L’approbation a été donnée par la juge Araceli Martinez-Olguin, qui a remplacé le précédent juge en charge du dossier, William Alsup, ce dernier étant parti à la retraite. En septembre 2025, après la présentation de l’accord, il avait tiqué sur plusieurs points et demandé des précisions, en particulier sur la manière dont les avocats allaient notifier les participants de l’action collective.

L’entraînement des modèles IA relève du « fair use »

La proposition d’Anthropic n’a cependant pas été du goût de tous les auteurs, certains estimant que le montant n’était pas suffisamment important, ou que les avocats étaient rémunérés trop généreusement. En cas de procès, l’entreprise aurait effectivement pu être condamnée à des dommages encore plus élevés (on évoquait alors des hypothèses à plusieurs centaines de milliards de dollars…).

Dans son jugement repris par Reuters, la juge a rejeté ces objections : les critiques sur la somme proposée ne repose pas sur une évaluation « réaliste » des risques et des bénéfices d’un procès, assume-t-elle. Araceli Martinez-Olguin a également réduit les émoluments versés aux avocats à 101 millions de dollars d’honoraires (ils demandaient 187,5 millions).

Dans le détail, Anthropic va verser le montant de 1,5 milliard de dollars en quatre fois sur le compte d’un fonds d’indemnisation (PDF). L’action collective liste environ 500 000 œuvres, soit un recouvrement brut de 3 000 dollars par œuvre. « Nous nous réjouissons que plus de 91 % des auteurs et éditeurs concernés par l’accord aient réclamé leur part de l’indemnisation, et nous espérons désormais pouvoir clore ce dossier », explique Aparna Sridhar, directrice juridique adjointe d’Anthropic.

« Il s’agit du plus important dédommagement jamais obtenu dans une affaire de droits d’auteur. Nous allons maintenant nous employer à verser au plus vite les sommes dues aux auteurs concernés par l’accord », a déclaré l’avocat des auteurs.

Malgré le montant engagé, la société s’en sort plutôt bien. Le juge William Aslup avait en effet estimé que l’utilisation de livres pour entraîner les modèles du labo pouvait relever du « fair use », l’exception américaine du droit d’auteur. En revanche, il avait considéré qu’Anthropic pouvait être tenue responsable d’avoir constitué une bibliothèque centrale : celle-ci contenait 7 millions d’ouvrages provenant de sources piratés.

Le fait que certains de ces fichiers aient ensuite servi ou non à l’entraînement ne supprimait pas le problème lié à leur acquisition et à leur conservation. Dans l’accord, Anthropic s’est engagée à détruire les copies des bases de données LibGen (Library Genesis) et PiLiMi (Pirate Library Mirror). « Nous avons conclu cet accord en 2025, après la décision majeure du tribunal selon laquelle l’entraînement d’une IA à partir de livres relève du “fair use” au regard du droit d’auteur — une interprétation qui reste en vigueur aujourd’hui », poursuit Aparna Sridhar.

Les auteurs recevant des dommages du fonds d’Anthropic s’engagent de leur côté à ne pas poursuivre la société. Plusieurs d’entre eux, ainsi que des maisons d’édition, ont décidé de ne pas participer à l’accord et ont déposé de nouvelles plaintes. Le labo est donc encore loin d’en avoir terminé avec la justice, néanmoins elle pourra s’appuyer sur le fait que l’entraînement lui-même a été jugé licite.

Avant même l’ouverture de ses poids, Kimi K3 inquiète déjà Washington

21 juillet 2026 à 06:44
Un modèle qui va peser lourd
Avant même l’ouverture de ses poids, Kimi K3 inquiète déjà Washington

Le secteur de l’IA retient son souffle : le 27 juillet, Moonshot AI publiera les poids complets de son modèle Kimi K3. On verra alors de visu de quel bois se chauffe ce modèle, et si les promesses du labo chinois sont tenues. À la Maison-Blanche, on prépare déjà la riposte.

Petite secousse ou tremblement de terre, on saura très bientôt ce que Kimi K3 a réellement dans le ventre le 27 juillet, lorsque Moonshot AI publiera les poids ouverts de son nouveau modèle, autrement dit son état final après son entraînement. Une fois ces poids téléchargés, ils pourront être chargés dans un logiciel compatible pour y être exécutés, sans avoir à envoyer les requêtes au labo.

La grande peur de l’IA chinoise

Actuellement, ce modèle est disponible sous la forme d’un service en ligne et d’une API. On verra par la suite si Kimi K3 est réellement open source, en fonction de la licence, des fichiers fournis et l’accès éventuel au code ; néanmoins, le code et les poids de Kimi K2 et Kimi K2.5 ont été publiés sous une licence MIT modifiée. Il pourrait en aller de même pour K3.

Avant la date fatidique, la pression monte car ce « premier modèle à atteindre 2 800 milliards de paramètres » est paré de toutes les vertus ou presque. Large fenêtre contextuelle (jusqu’à 1 million de tokens), performances « de niveau frontière », des prix qui paraissent très avantageux sur le papier, grosse hype…

La publication des poids ouverts de Kimi K3 pourrait provoquer un nouveau « moment DeepSeek » au sein de la filière IA, en particulier aux États-Unis où règnent les modèles fermés d’OpenAI et d’Anthropic. Le succès semble déjà au rendez-vous : Moonshot AI vient de fermer les nouvelles inscriptions car la demande est plus importante que prévue et les limites des GPU sont proches, selon l’entreprise. L’ajout de nouvelles capacités de calcul est en cours.

Et l’administration Trump n’a pas l’air d’apprécier l’aspect « ouvert » des modèles IA chinois, une stratégie promue par le président Xi Jinping lui-même. Selon des sources d’Axios, la Maison-Blanche envisage de relancer différentes mesures pour freiner leur adoption par les entreprises américaines – voire les interdire purement et simplement.

Le ministère américain du Commerce aurait étudié la possibilité d’inscrire plusieurs labos chinois sur l’« Entity List », une liste noire qui restreint leur accès à des technologies américaines (celle sur laquelle se trouve Huawei par exemple). Une telle décision serait aussi de nature à compliquer sérieusement l’utilisation de ces modèles à poids ouverts aux États-Unis, sauf à obtenir une autorisation spécifique.

Les modèles chinois en vogue

La NSA et le Bureau du directeur national de la cybersécurité ont de leur côté envisagé de publier un avertissement sur les risques liés aux modèles chinois. Autre piste : imposer aux entreprises américaines qui hébergent ces modèles de garantir leur sécurité et d’assumer la responsabilité d’une éventuelle faille.

Les entreprises états-uniennes utilisent de plus en plus les modèles chinois pour une raison simple : leur inférence est meilleur marché, pour des performances plus ou moins proches des modèles développés par les labos américains. En bonus, lorsqu’ils sont installés sur les serveurs de l’entreprise, les données et les requêtes restent en interne : elles ne transitent pas par les infrastructures d’un fournisseur tiers, ne servent pas à entraîner un autre modèle et ne risquent pas de donner indirectement un coup de pouce à la concurrence.

David Sacks, ancien « tsar » de l’IA (et toujours conseiller) auprès de l’administration Trump, a pris la défense des modèles ouverts. Sur X, il a ainsi écrit : « Nous sommes à un tournant critique de la politique en matière d’intelligence artificielle. Les principaux laboratoires fermés, qui forment déjà un duopole en matière de revenus générés par les modèles d’IA, veulent que le gouvernement élimine leurs concurrents open source. » Il parle bien sûr d’OpenAI et d’Anthropic.

Selon Axios, Washington n’aurait même pas besoin d’interdire formellement ces modèles venus de Chine. Il suffirait, si on peut dire, de mettre en place de nouvelles règles d’achat public, de mener des campagnes de peur (sur les éventuelles portes dérobées ou des failles de sécurité), ou tout simplement de menacer les entreprises US qui oseraient installer cette IA.

Liberté d’expression : nouvelle offensive US contre les règles européennes de modération

21 juillet 2026 à 05:18
Protéger Big Tech à tout prix
Liberté d’expression : nouvelle offensive US contre les règles européennes de modération

Les États-Unis de Donald Trump ont une dent contre les régulations que l’Union européenne impose aux grandes entreprises du numérique. À l’occasion du lancement de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations-Unies, Washington fait circuler un texte sur la « liberté d’expression » derrière lequel se cacherait les mastodontes américains de la tech.

L’administration Trump tenterait actuellement de faire signer par des chefs d’État et de gouvernement une déclaration de protection de la « liberté d’expression », en marge de l’Assemblée générale de l’ONU qui s’ouvrira le 8 septembre. Le texte, auquel Politico a eu accès, dénoncerait les « nouvelles lois » et les « cadres réglementaires » qui mettraient en danger la liberté d’expression dans des pays « historiquement démocratiques ».

Le DSA sur le banc des accusés

Pour l’Union européenne, difficile de ne pas se sentir visée par cette déclaration. Les règlements sur les marchés et services numériques (DMA et DSA) sont régulièrement ciblés par la Maison-Blanche, comme on l’a vu en février 2025 avec la visite sur le Vieux continent du vice-président J.D. Vance.

Pendant le Sommet pour l’action sur l’IA, il a ainsi dénoncé la « régulation excessive » qui pourrait tuer une industrie (celle de l’IA). Lors de la conférence de Munich sur la sécurité, Vance a également affirmé : « la menace qui m’inquiète le plus concernant l’Europe n’est ni la Russie, ni la Chine, ni aucun autre acteur extérieur [mais] la menace intérieure : le recul de l’Europe par rapport à certaines de ses valeurs les plus fondamentales » – sous-entendu : la liberté d’expression.

La déclaration, encore à l’état de brouillon, engagerait les signataires à ne pas sanctionner les propos qualifiés de « désinformation », « mésinformation » ou « discours haineux », sauf quand ils incitent à la violence ; de ne pas imposer aux plateformes une modération « proactive » de certaines catégories de contenus ; d’éviter toute règle susceptible de conduire à la suppression excessive de propos licites ; et de protéger largement les discours politiques, religieux, électoraux ou scientifiques, y compris quand ils contredisent les positions des autorités.

Parmi les contenus protégés listés par cette déclaration, on retrouve des thèmes chers à la frange la plus radicale des conservateurs américains, parmi lesquels les discussions sur les processus électoraux, les « discours scientifiques, universitaires et intellectuels, notamment les opinions et les nouvelles théories en matière de santé publique » ; ainsi que les « faits étayés par des données statistiques, biologiques ou empiriques, même lorsqu’ils sont contestés par des organismes officiels ou jugés politiquement dérangeants ».

Le piège de la liberté d’expression

L’approche européenne en matière de modération est effectivement aux antipodes de celle en vigueur outre Atlantique, même si l’approche maximaliste de l’administration actuelle consiste bien souvent à étouffer la voix des oppositions.

L’an dernier, la Maison-Blanche a ainsi restreint l’accès de l’agence de presse Associated Press à certains événements car elle refusait d’employer l’expression « golfe d’Amérique ». Depuis la fin 2025, Thierry Breton et d’autres Européens sont interdits de visa car ils travaillaient sur les questions de régulation des discours de haine et de la désinformation… Les exemples ne manquent pas.

Le DSA exige surtout que les très grandes plateformes évaluent et réduisent les risques systémiques liés à leur fonctionnement : amplification de contenus illégaux, atteintes aux élections, à la sécurité publique ou aux droits fondamentaux. La liberté d’expression fait elle-même partie des droits que les plateformes doivent protéger. Le règlement interdit par ailleurs aux autorités d’imposer une obligation générale de surveillance des contenus.

« Nous avons rédigé une déclaration commune afin de favoriser la transparence et de faire émerger un consensus », précise Sarah Rogers, sous-secrétaire d’État américaine chargée de la diplomatie publique, qui confirme donc l’existence de la déclaration. « Ce texte se veut à la fois une expression de courtoisie entre États et de valeurs communes, ainsi qu’un guide d’interprétation pour les entreprises américaines actives dans le domaine de l’expression en ligne et tenues de respecter des législations étrangères », ajoute-t-elle.

Sarah Rogers assure aussi qu’une déclaration diplomatique « ne peut pas primer sur des réglementations comme le DSA ». Les signataires affirment ainsi « qu’ils n’ont pas l’intention de censurer, par exemple, la satire — comme les caricatures de Charlie Hebdo —, les statistiques portant sur des sujets tels que la criminalité ou l’immigration massive, ou encore les critiques non violentes des politiques gouvernementales ».

Le texte américain circule en tout cas dans les cénacles européens à Bruxelles. Il a été discuté (PDF) le 14 juillet dernier par le Conseil de l’Union européenne. Une négociation pourrait se mener en coulisse afin de ne pas créer de précédent pouvant cibler les législations de l’UE. Il s’agirait aussi d’éviter de s’attirer des critiques en cas de refus de signer un document qui appelle à protéger la liberté d’expression.

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Produits illégaux : Bruxelles inflige 550 millions d’euros d’amende à AliExpress

20 juillet 2026 à 15:29
La modération à prix cassé
Produits illégaux : Bruxelles inflige 550 millions d’euros d’amende à AliExpress

AliExpress a l’insigne honneur d’écoper de l’amende la plus élevée jamais infligée par la Commission européenne dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA). La plateforme de commerce en ligne opérée par le groupe chinois Alibaba fait l’objet d’une sanction de 550 millions d’euros pour manquement aux obligations d’évaluation et d’atténuation des risques liés à la vente de produits illégaux, dangereux ou contrefaits.

Le DSA oblige les très grandes plateformes en ligne (VLOP) à respecter une série d’obligations, à commencer par l’évaluation « avec diligence » et l’atténuation des risques de diffusion de produits illégaux, dangereux ou contrefaits. En mars 2024, la Commission européenne lançait une procédure formelle sur le bon respect par Aliexpress de la réglementation sur ces sujets.

En juin 2025, la plateforme a proposé une série d’engagements pour répondre aux préoccupations de l’exécutif européen, que ce dernier a rendue contraignante. Malgré tout, dans ses conclusions préliminaires, la Commission estimait qu’Aliexpress était en non-conformité sur la question de l’évaluation et l’atténuation des risques systémiques de diffusion de produits illicites – des griefs qui n’étaient pas couverts par les engagements.

D’où la sanction du jour à hauteur de 550 millions d’euros, la plus élevée de la courte histoire du DSA. Sur l’absence d’évaluation diligente des risques, Bruxelles relève trois manquements.

AliExpress a ainsi sous-estimé les moyens humains nécessaires à la modération, mal mesuré le rôle de ses systèmes de recommandation et de publicité dans la diffusion de produits illégaux, et fondé son évaluation des risques sur des indicateurs quantitatifs insuffisants. Les propres tests de la Commission ont montré que de nombreux produits illicites continuaient d’être proposés, promus ou remis en circulation malgré les dispositifs annoncés.

Risques systémiques

Sur le volet de l’atténuation des risques systémiques identifiés, la Commission conclut qu’AliExpress n’a pas pris de mesures efficaces pour réduire le risque de diffusion de produits illégaux. Les dispositifs de détection et de retrait des produits illicites sont jugés inefficaces.

Des contrefaçons, jouets dangereux ou cosmétiques non conformes sont restés en ligne pendant plusieurs semaines, tandis que les sanctions contre les vendeurs fautifs étaient mal appliquées. Les commerçants pouvaient en outre contourner les contrôles en classant volontairement leurs produits dans de mauvaises catégories. Enfin, le système d’« autorisation de marque » censé bloquer les contrefaçons manquait de personnel et pouvait être facilement contourné.

« La présence de vêtements contrefaits, de jouets ou de cosmétiques dangereux, et plus largement de produits illégaux sur internet n’a rien d’une fatalité », explique Henna Virkkunen, vice-présidente chargée de la souveraineté technologique. Elle ajoute : « La taille de la plateforme ne peut pas servir d’excuse : les risques doivent être recensés et traités de manière systématique pour permettre aux consommateurs d’acheter en ligne en toute sécurité. Nous demandons donc aujourd’hui à AliExpress de se mettre en conformité et d’agir. »

La sanction financière, qui peut monter jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires global de la « très grande plateforme » (VLOP), a été calculée en prenant en compte la nature des infractions, leur gravité en termes d’utilisateurs touchés, et leur durée (« au moins jusqu’en juin 2025 »). La somme globale reflète la « violation particulièrement grave du règlement sur les services numériques ». Bruxelles a toutefois tenu compte de circonstances atténuantes, comme la nouveauté du DSA.

En plus de l’amende, AliExpress est tenu de présenter un plan d’action. Le groupe a jusqu’au 20 octobre 2026 pour plancher dessus. Le comité européen des services numériques aura un mois pour rendre son avis, à réception dudit plan, puis la Commission se donnera un mois supplémentaire pour adopter une décision finale et fixer un délai raisonnable pour la mise en œuvre.

Cette amende intervient deux mois après une précédente sanction de 200 millions d’euros infligée à Temu, là aussi dans le cadre du DSA. Shein est également dans le collimateur de la Commission : une enquête formelle a été ouverte en février dernier. Depuis le 1er juillet, l’Union européenne exige aussi une taxe douanière de 3 euros pour tous les « petits colis » de moins de 150 euros venant de l’étranger – qui vise surtout les plateformes d’e-commerce chinoises.

Suivi pub : Le Figaro et L’Équipe veulent être indemnisés après la condamnation d’Apple

20 juillet 2026 à 10:24
ATT, l'addition sans fin pour Apple
Suivi pub : Le Figaro et L’Équipe veulent être indemnisés après la condamnation d’Apple

Après l’amende de 150 millions d’euros infligée à Apple pour les modalités d’ATT, Le Figaro, L’Équipe et Adikteev réclament désormais réparation. Les trois entreprises estiment avoir subi un préjudice cumulé de 131,5 millions d’euros.

Depuis iOS 14.5, livré en avril 2021, le dispositif de Transparence du suivi par les apps (ATT) a permis aux utilisateurs d’iPhone et d’iPad de reprendre en main le contrôle du suivi publicitaire dont ils font l’objet. Ce mécanisme s’incarne par l’apparition d’une fenêtre de consentement au premier lancement d’une app : elle demande à l’utilisateur s’il accepte ou refuse la collecte de données personnelles. Il ne fait évidemment pas le bonheur des éditeurs, des régies pubs et des sociétés spécialisées dans le ciblage.

L’Autorité de la concurrence à la barre

Le Figaro, L’Équipe et Adikteev, une société de ciblage publicitaire, ont lancé une offensive devant le Tribunal des activités économiques de Paris pour obtenir réparation, rapporte mind Media. Les trois entreprises s’appuient sur la décision de l’Autorité de la concurrence remontant à mars 2025. Elle condamnait Apple à une amende de 150 millions d’euros pour la mise en œuvre d’ATT entre avril 2021 et juillet 2023.

Si le dossier est entre les mains de la Cour d’appel, les trois plaignants veulent obtenir réparation : le préjudice du Figaro est estimé à 19,5 millions d’euros, celui de L’Équipe à 47 millions, et 65 millions pour celui d’Adikteev. Soit la coquette somme de 131,5 millions d’euros. Et rien n’empêche d’autres éditeurs ou sociétés publicitaires de se lancer eux aussi à l’assaut de la citadelle Apple.

« Nous voulons évoluer dans un marché non faussé et que nos droits soient respectés », assène Marc Feuillée, directeur général du groupe Figaro. « Apple a été reconnu coupable d’abus de position dominante dans son écosystème iOS, au détriment notamment des éditeurs, dont Le Figaro. Il est impossible de discuter avec cet acteur. Nous demandons donc la réparation de notre préjudice. »

La plainte ayant débouché sur la condamnation d’Apple avait été déposée par une coalition d’éditeurs de services en ligne et d’acteurs du secteur de la publicité.

L’Autorité a sanctionné Apple non pas sur le principe d’ATT, mais sur les modalités de mise en œuvre. Le dispositif a été jugé inutilement contraignant, disproportionné et asymétrique, car il compliquait davantage le recueil du consentement pour les applications tierces que pour les services d’Apple.

Alors que les éditeurs devaient obtenir un double consentement, via ATT puis leur propre interface, Apple bénéficiait d’un parcours plus simple pour ses publicités personnalisées. Cette différence de traitement favorisait ses propres activités publicitaires, un point sur lequel la CNIL avait déjà sanctionné le groupe en 2022.

Une des particularités de la procédure engagée par les plaignants est qu’ils pourront demander l’intervention de l’Autorité de la concurrence durant les procès. Elle pourra ainsi expliciter sa décision, ce qui devrait logiquement donner plus de poids aux plaintes. Néanmoins, le fait que la condamnation de 2025 soit en attente de jugement sur le fond en appel réduira la portée juridique de ce témoignage. Cela n’en reste pas moins un atout important dans la manche des trois plaignants.

ATT attaqué de toutes parts

Apple n’a pas voulu commenter ce nouveau rebondissement, se retranchant derrière la déclaration faite en mars 2025, après la condamnation de l’Autorité de la concurrence. L’entreprise se disait « en profond désaccord avec [cette] décision, qui va à l’encontre des précédentes déclarations [de l’Autorité] selon lesquelles la Transparence du suivi par les apps s’inscrit dans l’engagement de longue date d’Apple en faveur de la protection de la vie privée. »

Les premières audiences ont eu lieu le 2 juillet pour Adikteev, le 16 juillet pour les deux groupes de presse. Il ne faut cependant pas s’attendre à une procédure rapide. Lors de l’audience avec Adikteev, Apple a demandé un sursis à statuer, le temps de la décision en appel voire devant la Cour de cassation. Ce qui repousse tout jugement à 2029, au mieux. Apple n’a cependant pas demandé le même sursis durant les audiences du Figaro et de l’Équipe.

Depuis le lancement d’ATT, ce dispositif est une véritable épine dans le pied d’Apple. En Italie, l’équivalent de l’Autorité de la concurrence a infligé une amende de 98,6 millions d’euros pour abus de position dominante lié au mécanisme. En Allemagne, une procédure est toujours en cours.

Des enquêtes similaires suivent leurs cours en Roumanie et en Pologne. Dans ce dernier cas, Apple s’était fendue d’une déclaration équivoque : « Il n’est pas surprenant que l’industrie du suivi publicitaire continue de s’opposer à nos efforts pour redonner aux utilisateurs le contrôle de leurs données », affirmait l’entreprise à Reuters. « Mais les fortes pressions exercées pourraient désormais nous contraindre à retirer cette fonctionnalité, au détriment des consommateurs européens », menaçait-elle.

Netflix veut redéfinir l’engagement à son avantage

20 juillet 2026 à 06:31
Toutes les heures ne se valent pas
Netflix veut redéfinir l’engagement à son avantage

Netflix veut changer la manière dont l’engagement est perçu par les investisseurs et les observateurs. Dans l’esprit de la plateforme de streaming, une heure de compétition sportive diffusée en direct qui déclenche le recrutement d’un nouvel abonné a plus de valeur qu’une heure de programme regardée par un abonné fidèle. Plus de qualitatif, moins de quantitatif : à l’heure où Netflix fait face à l’essoufflement relatif de cette métrique essentielle, ce nouveau discours est tout aussi pragmatique qu’opportuniste.

À première vue, tout va très bien pour Netflix. Le deuxième trimestre est solide (PDF), avec des résultats globalement conformes aux prévisions du groupe. Le chiffre d’affaires progresse de 13 % sur un an (12,56 milliards de dollars), le bénéfice net s’établit à 3,4 milliards (+ 8 %), la marge opérationnelle atteint 33,4 % – c’est certes 0,7 point de moins qu’il y a un an, mais la plateforme prévoit une amélioration au second semestre.

Les bons résultats financiers ne suffisent pas

Il y a bien eu un coup de froid sur la trésorerie forte de 1,53 milliard de dollars (740 millions de moins qu’il y a un an), mais cela s’explique en partie par l’indemnité de rupture versée à Warner Bros. Discovery, après l’abandon du projet d’acquisition.

Sur l’ensemble de l’exercice fiscal, Netflix resserre sa prévision de chiffre d’affaires entre 51 et 51,4 milliards de dollars, soit une croissance attendue de 13 à 14 %. La marge opérationnelle devrait atteindre 31,5 %. Les revenus publicitaires devraient, eux, presque doubler pour approcher 3 milliards de dollars. Mais alors, tout va bien ? Non ! Il y a un gros nuage à l’horizon : l’engagement.

En même temps que ses résultats trimestriels, Netflix a aussi annoncé que son rapport « What We Watched », actuellement livré chaque semestre, allait passer à une publication annuelle à partir de 2027 (il sera publié chaque premier trimestre). Ce rapport est scruté de très près, il détaille en effet les heures de visionnage titre par titre.

L’entreprise veut éviter que cette information détourne l’attention de ses autres indicateurs, notamment financiers. Elle continuera cependant de publier des classements chaque semaine, et des données titre par titre.

Au premier semestre 2026, les abonnés à Netflix ont regardé plus de 97 milliards d’heures de programmes. Cela représente une hausse de 2 % sur un an, elle est légèrement supérieure à celle enregistrée sur l’ensemble de l’an dernier (1,5 %). Une performance souligne la plateforme, car la concurrence a été rude entre les JO d’hiver et la Coupe du monde de foot.

La peur de l’engagement

Même si Netflix a voulu rassurer, l’annonce de l’annualisation de son rapport a contribué au recul du cours de l’action de plus de 7 % vendredi dernier. Le signe que l’engagement est devenu une variable de première importance pour les investisseurs, et pour cause : les heures regardées constituent une donnée simple, mesurable et que l’on peut aisément comparer d’un semestre à l’autre.

L’engagement mesure la place réelle du service dans les habitudes des abonnés. Plus les membres trouvent régulièrement des programmes qui les intéressent, plus ils sont susceptibles de conserver leur abonnement, d’accepter une hausse de prix et de générer des revenus supplémentaires via la formule avec pub.

Netflix, ses tarifs, ses spectateurs

Netflix veut faire passer l’idée que « toutes les heures ne se valent pas ». Certains programmes servent à recruter de nouveaux abonnés, d’autres à les fidéliser. Le service prend l’exemple de ses contenus en direct : ils représentent un peu plus de 5 % des dépenses, mais seulement 1 % des heures vues. Et pourtant, ces événements ont généré six des dix journées qui ont compté le plus d’inscriptions depuis cinq ans.

Cette notion qualitative est moins visible que des chiffres bruts. Elle est aussi plus difficile à faire passer mais Netflix va s’y employer. En attendant, la plateforme met en avant d’autres formes d’engagement, par exemple son offre de podcasts vidéo qui est un moyen d’ajouter du temps de visionnage, et ses jeux mobiles.

L’app de jeux destinée aux enfants, Netflix Playground, a vu son nombre d’utilisateurs quotidiens tripler depuis avril, et l’engagement auprès des enfants a bondi de 600 % sur un an. Une croissance impressionnante, mais qui part d’une base modeste (à tel point que les heures consacrées aux jeux ne sont pas intégrées dans le rapport « What We Watched »). L’enjeu est moins de remplacer une heure de série par une autre activité que d’ajouter de nouveaux moments de consommation dans l’app.

TF1 est même appelé à la rescousse : le partenariat qui permet à Netflix de diffuser les chaînes en direct du groupe français, ainsi que ses programmes à la carte, satisfait pleinement la plateforme. TF1 a aussi eu l’occasion de se féliciter de cet accord ; les objectifs d’audience ont été atteints en moins de trois semaines, alors que la chaîne s’était donnée 18 mois pour y parvenir.

Pour Netflix, le temps de visionnage demeure une mesure importante. Mais elle ne suffit plus à mesurer la valeur de sa proposition, qui s’est étendue à d’autres formats (directs, podcasts, jeux, et même télévision linéaire). L’arrêt de la publication semestrielle du rapport sur l’engagement des abonnés, tout comme le changement sémantique sur la notion d’engagement n’aide pas non plus, au moment où la progression des heures regardées est relativement modeste.

☕️ Deepfakes sexuels : Apple et Google de nouveau rappelés à l’ordre

20 juillet 2026 à 06:02


Une fois de plus, Apple et Google vont devoir supprimer de leurs boutiques des applications de génération de deepfakes. Le procureur municipal de San Francisco, David Chiu, a mis en demeure les deux contrôleurs d’accès de retirer 13 applications capables de produire des images à caractère sexuel truquées et sans consentement (huit sur l’App Store, cinq sur le Play Store).

« La création d’images intimes sans le consentement des personnes concernées est illégale, préjudiciable et totalement inacceptable », dénonce le procureur auprès de Wired. Son bureau a déjà engagé des poursuites contre 16 sites capables de générer ces deepfakes. Il s’attaque maintenant à Apple et à Google, qui ont « engrangé des millions de dollars de commissions » grâce à ces apps « nudify ».

Illustration : Flock

Des applications qui passent manifestement sans trop de problème l’étape de l’examen des boutiques. Apple vante l’App Store comme « un espace sûr et fiable pour découvrir et se procurer des apps » et met régulièrement en avant les efforts consacrés à la lutte contre la fraude ou la violence. Le discours est similaire du côté de Google. Les règles des deux entreprises à destination des développeurs sont d’ailleurs très claires : pas de pornographie, pas d’abus, pas de harcèlement.

C’est à croire que les applications de déshabillage sans consentement ne font pas partie de ces usages. Une étude du Tech Transparent Project (TTP) publiée en avril démontrait le nombre ahurissant de ces apps dans les boutiques d’Apple et de Google, qui se présentent souvent sous la forme d’outils d’échange de visages. Cette ambiguïté leur permettent manifestement de passer entre les mailles du filet.

Apple et Google se contentent donc de réagir rétroactivement, en retirant les applications qui leur sont signalées par ce genre d’enquêtes. C’est d’ailleurs ce qu’a fait le moteur de recherche, en supprimant les cinq apps repérées par le procureur de San Francisco. La législation californienne sanctionne les entreprises qui facilitent sciemment le fonctionnement de services de création de deepfakes pornographiques.

Malgré la prolifération de ces apps, Google continue d’affirmer « prendre des mesures proactives pour détecter et supprimer celles qui proposent des contenus préjudiciables ». L’entreprise poursuit : « Lorsque des infractions nous sont signalées, nous enquêtons et intervenons rapidement. Dans le cas de ces applications, cela s’est notamment traduit par la suspension de centaines d’entre elles et par la restriction, sur notre boutique, de termes de recherche associés comme “nudify”. » Apple n’a pas voulu commenter.

David Chiu ne se contente pas d’exiger le retrait de ces applications. Il demande aussi aux deux entreprises de rompre leurs relations commerciales avec les éditeurs des apps en question et surtout, de renforcer leurs procédures de contrôle et de modération. Leur inefficacité persistante depuis des années est un sérieux couac dans la communication bien huilée autour des boutiques, passage obligé pour les possesseurs d’iPhone et de smartphones Android.

☕️ Apple Music, AppleCare+ : nouvelle salve d’augmentation de prix chez Apple

20 juillet 2026 à 05:35


Si Tim Cook avait pris soin de prévenir de la hausse des prix des produits Apple (ce qui a fini par arriver), il n’avait rien dit concernant les services de son entreprise. C’est pourtant bien ce qui s’est passé ces derniers jours ! Apple a procédé à une salve d’augmentations ici et là qui, mises bout à bout, finissent par représenter une belle petite somme.

Les prix du service de streaming Apple Music ont ainsi augmenté, ce pour toutes les formules : Individuel passe à 11,99 euros par mois (+ 1 euro), Étudiant à 6,99 euros (+ 1 euro) et Famille revient désormais à 19,99 euros (+ 2 euros). La plateforme n’avait pas augmenté ses tarifs depuis 2022. Apple blâme « la hausse des coûts de licence » pour justifier la valse des étiquettes.

Les nouveaux prix des abonnements Apple Music.

Malgré cette hausse, Apple Music demeure moins cher que son grand rival Spotify, qui vend la formule Premium Individuel 12,14 euros par mois (21,24 euros l’offre Famille). La dernière révision de la grille tarifaire de Spotify remonte à juin 2025.

Aux États-Unis, les prix du bouquet de services Apple One – qui regroupe la plupart des services du constructeur – ont également augmenté de 2 dollars, mais pour le moment du moins, l’Europe semble épargnée. La grille actuelle débute à 19,95 euros par mois, jusqu’à 34,95 euros pour la totale. Apple avait procédé à une hausse des prix pour plusieurs de ses services en 2023 (TV, Arcade, News+ et One).

Les tarifs d’Apple One.

Autre service touché par la vague, AppleCare+. L’assurance pour les dommages accidentels et l’assistance technique d’Apple revient désormais 5 euros plus cher par an pour les contrats reconductibles sur les Mac. Le tarif de la couverture pour trois ans a augmenté de 16 euros, sauf pour le Mac mini (+ 10 euros). MacGeneration relève aussi des hausses sur AppleCare+ pour les iPad (+ 50 centimes par mois), le Vision Pro (+ 1 euro par mois) et les AirPods.

Enfin, et c’est peut-être ce qui attend le reste du monde très bientôt, Apple a augmenté les prix des iPhone au Japon. Les hausses oscillent entre 8 et 11 % en fonction du modèle. Un iPhone 17 Pro Max coûte maintenant 214 800 yens, soit 1 150 euros environ… ce qui est toujours meilleur marché que les 1 479 euros demandés en France.

S’il ne fait guère de doute que la prochaine gamme d’iPhone attendue cet automne devrait subir la fièvre tarifaire, la hausse au Japon pourrait s’expliquer par la faiblesse persistante du yen face au dollar.

C’est aussi, semble-t-il, la conjoncture défavorable aux devises locales qui explique l’augmentation des prix d’iCloud+ (stockage et divers services) dans plusieurs pays : Nigéria, Turquie, Vietnam, Égypte, Nouvelle-Zélande, les Philippines, l’Indonésie et Japon. La hausse s’établit entre 11 et 55 % en fonction des marchés et des abonnements.

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☕️ La France bloque l’accès à Polymarket

17 juillet 2026 à 14:24


Polymarket est désormais bloqué en France. L’Autorité nationale des jeux (ANJ) a mis en œuvre son pouvoir de blocage administratif (1 290 URL géobloquées l’an dernier). Le régulateur a ordonné ce jeudi 16 juillet aux fournisseurs d’accès d’empêcher l’accès au site de paris qui « fait la promotion d’une offre illégale de jeux d’argent et de hasard ». Le message qui apparait désormais sur le site est très clair :

« Les sites illégaux sont dangereux. Ainsi, contrairement aux opérateurs légalement autorisés par l’ANJ, les personnes qui exploitent ou font la promotion de ces sites ne sont soumis à aucune obligation de protection des personnes vulnérables, de garantie de paiement des joueurs et de traitement des données à caractère personnel (captation de données d’identité et bancaires). »

En novembre 2024, l’ANJ avait envoyé une mise en demeure à Adventure One, l’éditeur de droit panaméen qui opère le site de paris, pour qu’il mette en œuvre le géoblocage de toutes transactions financières sur ses offres.

Mais voilà : La page d’accueil du site, qui affiche les cotes associées à différents événements susceptibles de faire l’objet de paris, constitue un « vecteur majeur de diffusion et de promotion des offres » de Polymarket… dont l’activité n’est pas autorisée dans l’Hexagone. Or, quiconque fait la publicité d’une offre liée à un site de paris ou de jeux d’argent ou de hasard non autorisé – un délit pénal – peut être puni d’une amende de 100 000 euros.

L’Autorité a ainsi comptabilisé 205 057 visiteurs uniques pour 578 751 visites provenant du territoire français en juin dernier. Le blocage est donc renforcé depuis hier, via les FAI.

En pratique, ces paris peuvent donner lieu à des « contournements », prévient le régulateur. Il en veut pour preuve l’enquête ouverte début mai par le parquet de Paris sur des paris météo révélant que des capteurs situés à l’aéroport de Roissy ont pu être piratés. Une affaire qui indique l’absence sur Polymarket de dispositif d’identification des utilisateurs pour s’assurer de leur probité.

Déjà en février, l’Autorité avait rappelé que ces sites de « prédiction » n’étaient pas autorisés en France (c’est aussi le cas de Kalshi). Ces plateformes exposent également leurs utilisateurs à « de nombreux risques (addiction, intégrité, etc.) en l’absence de régulation ». En mai, l’Espagne a bloqué Polymarket et Kalshi.

☕️ Transparence, accès aux données : Bruxelles valide le plan de X pour se conformer au DSA

17 juillet 2026 à 13:15


Le réseau social X (anciennement Twitter) va pouvoir mettre en œuvre son plan de conformité pour améliorer l’accès de ses données aux chercheurs et la transparence des publicités. La Commission européenne avait infligé à l’entreprise d’Elon Musk une amende en décembre dernier, assortie d’une obligation de changements.

La première décision de non-conformité avec le règlement sur les services numériques (DSA) a concerné X. En décembre dernier, le réseau social a écopé d’une amende de 120 millions d’euros, ce qui n’avait pas manqué de provoquer la colère d’Elon Musk et de la Maison Blanche.

Parmi les griefs de la Commission européenne : le manque de transparence dans le référentiel des publicités sur X, un outil censé éclairer les utilisateurs sur le ciblage publicitaire, ainsi que la difficulté pour les chercheurs d’accéder aux données publiques de la plateforme. X a eu 90 jours pour proposer un plan de conformité, qui a été livré en temps et en heure.

Illustration : Flock

Ce plan a été validé par Bruxelles. Le réseau social a désormais six mois pour l’implémenter. Concernant le registre publicitaire, X s’est engagé à améliorer les fonctions de recherche en ajoutant de nouveaux filtres, à afficher les résultats dans l’interface plutôt que de les fournir dans des fichiers Excel, à accélérer le temps de réponse du registre (il pouvait mettre jusqu’à 200 secondes pour répondre). 

L’entreprise va également fournir davantage d’informations sur les publicités (contenu intégral et URL vers lesquelles elles redirigent les utilisateurs), et concevoir une API pour accéder au registre facilement. Pour les chercheurs, X va revoir et améliorer la procédure d’examen des demandes d’accès aux données publiques, accorder gratuitement l’accès aux données aux chercheurs éligibles, et garantir un accès dans des délais raisonnables.

Autre engagement vis-à-vis des chercheurs : réduire sensiblement le temps de traitement des demandes (en évitant par exemple les échanges inutiles avec les candidats), et modifier les conditions générales pour préciser explicitement que les chercheurs éligibles ne sont pas contractuellement empêchés de collecter automatiquement des données accessibles au public.

Toutes ces modifications feront l’objet d’un audit externe et indépendant, aux frais de X. Ce rapport sera transmis dans les six mois suivant la mise en œuvre des mesures. Ces dernières « constituent une étape importante pour permettre aux chercheurs, à la société civile et au grand public de mieux comprendre le fonctionnement des systèmes de X », se réjouit la Commission.

☕️ La Chine veut empêcher les humains de tomber amoureux des IA

17 juillet 2026 à 06:41


La Chine vient de serrer la vis très fort sur les compagnons IA. Depuis cette semaine, de nouvelles règles interdisent à ces chatbots d’entretenir l’illusion d’une relation poussée avec leur utilisateur. Un problème plus important qu’il n’y parait.

Les services de compagnonnage IA ont poussé comme des champignons depuis l’avènement de l’intelligence artificielle générative. La technologie a fait des progrès tels que ces chatbots peuvent (presque) donner l’illusion de l’humanité. Et le marché est énorme : une étude d’Appfigures remontant à 2025 estimait que ces services généreraient plus de 120 millions de dollars sur l’ensemble de l’année. Le rapport dénombrait à l’époque 337 apps de compagnons IA actives pour 220 millions de téléchargements cumulés.

Il est donc évident qu’il existe ici des besoins pour combler la sécheresse émotionnelle que peuvent ressentir de nombreuses personnes. Quitte à aller trop loin parfois : aux États-Unis, la FTC (le régulateur de la concurrence) a ainsi demandé aux principaux acteurs du secteur des explications sur l’encadrement de leurs chatbots, en particulier auprès des plus jeunes.

Depuis le 1er janvier, la Californie impose à ces fournisseurs plusieurs garde-fous, notamment des messages d’avertissement rappelant clairement aux utilisateurs qu’ils interagissent avec une intelligence artificielle.

La Chine a décidé d’aller un cran plus loin. Depuis ce mercredi 15 juillet, les autorités encadrent très sévèrement les chatbots conçus pour simuler une relation affective. Ces règles concernent les services qui imitent une personnalité humaine pour fournir de la compagnie, du soutien émotionnel ou une relation virtuelle. Les assistants professionnels, éducatifs ou destinés au service client en sont en principe exclus.

Les entreprises à l’origine de ces chatbots – dont Alibaba et ByteDance, qui ont désactivé certaines fonctions – ne doivent plus chercher à rendre l’utilisateur dépendant, à remplacer ses relations sociales ou à prolonger artificiellement la conversation quand il souhaite partir. Elles doivent aussi évaluer l’état émotionnel et le degré de dépendance des utilisateurs, et prévoir des procédures d’intervention.

Les règles sont encore plus strictes pour les mineurs. Ainsi, il est interdit de leur proposer des « partenaires » ou des « membres de la famille » virtuels. Le consentement parental est exigé pour les moins de 14 ans. Les parents peuvent bloquer certains personnages ou des achats, et recevoir des alertes.

En cas de détresse grave, la législation prévoit une intervention humaine et, dans certaines situations, d’alerter un proche ou un responsable désigné. Il s’agit pour Pékin de prévenir la dépendance, les manipulations émotionnelles et les risques psychologiques.

Un expert interrogé par le Wall Street Journal fait le lien entre la natalité déclinante en Chine et les craintes des autorités de voir les compagnons IA détourner leurs utilisateurs des (vraies) relations amoureuses, du mariage, et d’une potentielle progéniture. Le texte ne le dit pas comme ça, mais des réglementations locales sur la sécurité de l’IA citent les effets de cette technologie sur la conception de la famille, de la fécondité, et en bout de course, de la société.

Un consortium franco-canadien reprend Micromania

17 juillet 2026 à 06:20
Micromania de nouveau sur la carte
Un consortium franco-canadien reprend Micromania

Alors que Sony vient de planter un nouveau clou dans le cercueil des supports physiques de jeux vidéo, est-il bien malin de racheter une enseigne spécialisée dans la vente de… jeux vidéo ? C’est le pari d’un consortium franco-canadien qui s’offre Micromania. Avec la ferme intention de relancer des magasins en perte de vitesse.

Avec un réseau de plus de 300 magasins en France, Micromania demeure une enseigne incontournable pour tous les joueurs, mais évidemment les grandes heures du jeu physique sont loin derrière nous. Et ça ne va pas s’arranger, avec l’annonce retentissante de Sony qui a décidé d’arrêter les supports physiques pour les jeux PlayStation en janvier 2028.

Micromania n’a pas attendu l’annonce du constructeur pour diversifier ses rayons. On y trouve toujours des boîtes de jeux (nouveautés et occasion), mais aussi et surtout des produits dérivés, des figurines et des cartes à collectionner. En 2015, Micromania ouvrait la première boutique de sa nouvelle enseigne Zing Pop Culture, qui a fini par fusionner avec Micromania (rebaptisé Micromania Zing) deux ans plus tard.

Le géant américain GameStop (EB Games), qui avait mis la main sur Micromania en 2008 pour 500 millions d’euros, n’est plus, depuis des années, que l’ombre de ce qu’il a été. Il a mis en vente Micromania l’an dernier, ainsi que sa filiale canadienne. Cette dernière a rapidement trouvé preneur : l’entrepreneur Stephan Tétrault a relancé l’enseigne sous le nom EB Games Canada, celui porté par l’enseigne avant son acquisition par GameStop en 2021.

Nouvelle aventure pour Micromania

Le groupe Tétrault, qui possède la marque de figurines McFarlane Toys, fait partie d’un consortium franco-québécois venant d’acheter Micromania. On trouve parmi eux Jean-François Chenail, actionnaire d’EB Games Canada et son groupe, JAMS Venture Capital, ainsi que Cobico International, propriétaire de la société Gipsy Toys. Spécialisée dans les peluches, elle a notamment réalisé les mascottes Phryges des JO de Paris.

Avec un tel pedigree, il n’est pas très compliqué de deviner ce que ce consortium veut faire de Micromania. L’enseigne va rester solidement ancrée dans le business des produits dérivés et des cartes à collectionner, tout en conservant son activité tournant autour du jeu vidéo. Il s’agit en fait de calquer la recette de la relance d’EB Games, qui a permis à l’enseigne (forte de 185 magasins au Canada) d’enregistrer une hausse de près de 75 % des ventes de produits dérivés et de cartes l’an dernier. 95 % des boutiques seraient également bénéficiaires.

« Lorsque nous avons acquis EB Games Canada, notre première décision a été de redonner à l’entreprise une identité qui lui ressemblait davantage en ramenant la bannière EB Games », expliquent Stephan Tétrault et Jean-François Chenail. « Nous croyons que les grandes marques possèdent une histoire, une personnalité et une relation particulière avec leurs communautés. C’est cette même philosophie qui nous anime aujourd’hui avec Micromania. »

Des jeux… et surtout des produits dérivés

La feuille de route du nouveau Micromania va donc s’articuler autour de ces produits à forte marge, tout en réinventant « l’expérience magasin » – l’ouverture d’un nouveau magasin flagship proche de Paris est prévue dès le mois d’octobre. Les nouveaux propriétaires veulent également développer le marketing, améliorer « l’excellence opérationnelle », développer plus fortement le site internet et « créer une division événements pour développer des animations fortes dans les magasins ».

« C’est un immense privilège d’écrire le prochain chapitre de l’histoire de Micromania », se réjouit Stephan Tétrault. Le communiqué ne précise pas si des magasins vont fermer, ou si un éventuel plan social est à l’étude. « Nous arrivons avec énormément de respect pour les équipes qui ont bâti cette enseigne depuis plus de quarante ans », rassure le dirigeant. « Notre objectif n’est pas de changer son identité, mais bel et bien de conserver la marque Micromania et lui redonner toute sa force en revenant à ce qui a toujours fait son succès : des passionnés au service des passionnés. »

Le projet « demandera du travail et du temps », admet-il aussi. Sans attendre, le groupe annonce d’ores et déjà l’installation de distributeurs de cartes à collectionner dans une trentaine de centres commerciaux.

Quant à l’avenir du support physiques pour les jeux dans les boutiques « de brique et de mortier », il est « totalement sans importance », a affirmé Ryan Cohen, le directeur général de GameStop – l’ancien proprio de Micromania. « Le logiciel… c’était important autrefois », a-t-il expliqué à Bloomberg. « Aujourd’hui, [cela] représente moins de 12 % de l’activité, tandis que les produits dérivés en constituent plus de la moitié. » Un constat brut de fonderie, mais pragmatique. Et qui s’applique sans doute aussi à Micromania.

☕️ La vérification d’âge fait décoller l’usage des VPN au Royaume-Uni

17 juillet 2026 à 05:25


Les législations interdisant l’accès des sites pornos aux mineurs sont une mine d’or pour les VPN. L’Ofcom, le régulateur britannique du numérique, a ainsi constaté une forte augmentation du nombre d’utilisateurs de ces services outre Manche – et pour cause, ils permettent de contourner les dispositifs de vérification de l’âge, même si ce n’est pas leur vocation première.

Illustration : Flock

Depuis janvier 2025, en vertu de l’Online Safety Act, les sites pornographiques doivent mettre en place des systèmes de vérification de l’âge pour empêcher les mineurs d’accéder à leurs contenus. Une obligation élargie en juillet de la même année aux plateformes hébergeant du contenu pour adultes. Le mois suivant, 41 des 100 principaux sites pornos avaient mis en œuvre un tel dispositif.

Dans un bilan d’étape publié le 15 juillet (PDF), l’Ofcom fait le point sur l’utilisation et l’efficacité des dispositifs de vérification de l’âge. Son bilan s’appuie sur les six premiers mois d’application des obligations de protection pour les mineurs. Il analyse les pratiques de 32 sites pornographiques, réseaux sociaux et sites de rencontres.

Le régulateur a comptabilisé 2,2 millions d’utilisateurs quotidiens de VPN après l’entrée en vigueur des contrôles d’âge. Soit 1 million de plus qu’avant le 25 juillet 2025 (+ 83 %). L’Ofcom ne peut pas déterminer quelle part de cette progression est liée au contournement des vérifications de l’âge. Néanmoins, difficile de ne pas y voir une relation de cause à effet.

Pour vérifier son âge en ligne, il faut fournir une pièce d’identité ou des coordonnées bancaires, ce que tous les internautes ne sont pas nécessairement enclins à faire. Confier ces données personnelles aux plateformes ou à des services de vérification tiers peut se révéler problématique en cas de fuite de données. D’ailleurs, 38 % des jeunes utilisateurs de VPN invoquent la sécurité en ligne et la protection de leur vie privée.

Toujours selon le rapport, 25 % des Britanniques de 11 à 17 ans avaient utilisé un VPN aux cours des six mois précédant l’enquête menée en mars dernier. Une proportion qui monte à 31 % chez les 16 - 17 ans, contre 16 % chez les 11 - 12 ans. 5 % des mineurs interrogés par l’Ofcom disent avoir utilisé un VPN durant les six derniers mois pour accéder à du contenu destiné à des adultes, ou à des fonctions soumises à une limite d’âge.

Au milieu d’autres propositions plus ou moins radicales, Londres pourrait imposer un âge minimum pour pouvoir utiliser un VPN.

Le régulateur indique aussi que 8 % des jeunes internautes de 8 à 14 ans ont visité un site porno sur un mois. La moitié de ces enfants n’ont visité que des sites dotés d’un système de vérification de l’âge, sans préciser s’ils avaient franchi ce contrôle ou accédé à du contenu.

62 % des enfants ayant visité un site pornographique avaient utilisé un moteur de recherche juste avant au moins une de ces visites, ce qui traduit une démarche volontaire plutôt qu’une découverte accidentelle, estime l’Ofcom. Les moteurs de recherche représentent environ 30 % de l’ensemble des points d’entrée vers ces sites. Google et Microsoft (Bing) ont accepté de travailler avec le régulateur pour développer des solutions concrètes afin de limiter la découverte de ce type de contenus.

Reçu — 16 juillet 2026 Next - Articles gratuits

☕️ OnePlus quitte l’Europe et les États-Unis

16 juillet 2026 à 15:01


L’aventure européenne et américaine de OnePlus a pris fin. Après des mois de rumeurs, la marque cesse de lancer de nouveaux produits sur ces marchés, se contentant de la Chine. La maison mère Oppo assure néanmoins que les appareils OnePlus en circulation continueront de recevoir des mises à jour logicielles, et que les garanties seront honorées.

Le OnePlus 15.

Fin de partie pour OnePlus en Europe et aux États-Unis. Le constructeur chinois de smartphones a annoncé une forte réduction de voilure, qui était attendue depuis un moment. Les nouveautés de la marque ne seront plus commercialisées sur ces marchés, mais le support après-vente reste en place, ainsi que la livraison de mises à jour logicielles.

Le service client reste « ouvert et réactif », conformément aux obligations de garantie et d’assistance. Les smartphones compatibles recevront ColorOS 17, la surcouche Android développée par Oppo, le propriétaire de OnePlus. Oppo et OnePlus ont commencé à se rapprocher en 2021, avec la fusion d’OxygenOS (la surcouche OnePlus) avec ColorOS. Néanmoins, les deux entreprises continuaient de vivre l’une à côté de l’autre, avec une base de code commune.

Aucune raison n’a été donnée pour expliquer ce retrait des marchés occidentaux. Bloomberg rapporte néanmoins que l’activité smartphones d’Oppo fait face à de sérieuses difficultés financières aux États-Unis, en Europe et en Inde. Sans oublier les préoccupations géopolitiques outre Atlantique.

Dans le cadre de cette restructuration, OnePlus devrait se recentrer sur son marché domestique chinois tandis que Realme, autre marque du groupe, pourrait de son côté se focaliser sur les marchés nordiques (Suède, Finlande, Norvège, Danemark) où elle rencontre davantage de succès. 

OnePlus s’est lancée fin 2013. Emmené par Pete Lou, transfuge d’Oppo et Carl Pei – qui a depuis fondé Nothing –, le constructeur s’est rapidement bâti une belle réputation auprès des utilisateurs Android, avec des modèles au bon rapport qualité/prix. Le slogan de la marque, « Never Settle » (quelque chose comme « Toujours viser plus haut ») figure ironiquement dans l’annonce de la fin d’activité.

Bruxelles impose à Google d’ouvrir Android aux assistants IA et ses données de recherche

16 juillet 2026 à 13:53
Opération portes ouvertes
Bruxelles impose à Google d’ouvrir Android aux assistants IA et ses données de recherche

Bruxelles fixe les nouvelles règles que devra respecter Google en vertu du règlement sur les marchés numériques (DMA). Au menu : d’importants changements pour ouvrir Android aux assistants IA et aux moteurs de recherche rivaux.

La Commission européenne vient de préciser comment Google doit appliquer deux obligations inscrites dans le DMA (l’entreprise étant un contrôleur d’accès). Ce n’est pas une sanction ni une nouvelle enquête pour infraction, mais de nouvelles règles à suivre, suite à une enquête lancée en janvier.

« Nous voulons soutenir l’innovation et la diversité dans l’Union européenne, en permettant une concurrence équitable sur les marchés des assistants d’IA destinés aux appareils Android et des moteurs de recherche », explique Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission en charge de la Souveraineté technologique. « Nous espérons voir émerger des solutions alternatives à Google Search et aux services d’IA de Google, comme Gemini, et offrir aux utilisateurs européens un plus grand choix de services. »

Des données Google pour les moteurs de recherche

À compter de janvier prochain, Google va devoir partager davantage de données de recherche avec les moteurs rivaux. La Commission exige en effet que les données produites par la recherche de Google (les requêtes, les clics et autres signaux) soient accessibles à la concurrence, qui a besoin de ces informations pour entraîner et optimiser leurs propres services.

Au vu du poids énorme de Google sur le marché de la recherche en ligne (90 % en Europe), c’est le seul acteur capable de recueillir autant de données à une si grande échelle. L’entreprise américaine devra donc mettre à disposition ce trésor d’informations aux moteurs de recherche classiques, ainsi qu’aux chatbots et autres agents IA qui intègrent une fonction de recherche en ligne.

Google aura la possibilité de refuser un demandeur s’il représente un risque grave pour la sécurité des données personnelles. Des données qui seront anonymisées à plusieurs niveaux. Bruxelles trace une autre ligne rouge : pas question d’exploiter ces données pour entraîner des modèles d’IA ou améliorer des services n’entretenant aucun lien avec la recherche en ligne (comme le profilage des internautes ou la publicité ciblée).

Il ne s’agit pas non plus de créer un clone de Google, en reproduisant ses résultats de recherche. Tout cela ne sera cependant pas gratuit : Google pourra facturer cet accès, en fonction d’une formule « équitable ».

Cet accès aux données de Google devrait améliorer la qualité des services des moteurs de recherche (on songe à Qwant ou Ecosia), par exemple dans la compréhension des requêtes, avec des propositions de saisie semi-automatique performantes ou des requêtes associées. Les systèmes de classement devraient aussi bénéficier des données du leader du secteur. La Commission espère aussi une amélioration de l’indexation : « Le jeu de données [de Google] peut aider ses bénéficiaires à déterminer quels sites doivent être indexés en priorité. »

La Commission espère ainsi favoriser l’émergence d’une offre diversifiée. « Les utilisateurs pourront ainsi privilégier les services correspondant à leurs préférences, qu’ils mettent l’accent sur la protection de la vie privée, la durabilité, des causes sociales ou qu’ils associent recherche et intelligence artificielle », précise l’exécutif.

La question de l’anonymisation des données a alimenté les débats entre Google et Bruxelles. Les mesures techniques ont été développées avec des experts en interne et externe, et suivent les bonnes pratiques de l’anonymisation. Plusieurs rounds de tests ont été réalisés avec Google. En avril, durant une de ces réunions, un chercheur de l’entreprise avait montré qu’il était possible d’identifier des utilisateurs à partir de données anonymisées, en quelques heures, comme le rapportait Politico.

Plusieurs recherches à la suite peuvent révéler une maladie, une adresse, un emploi, un déplacement ou d’autres éléments personnels, même lorsque le nom et l’adresse IP ont été supprimés. Une fois ces données transmises à des tiers, Google ne peut plus contrôler l’usage qui en sera fait, ni les fuites éventuelles. Un argument battu en brèche par des concurrents qui parlent d’instrumentalisation d’un risque pour limiter ou retarder la mise en œuvre d’une obligation qui menace l’avantage concurrentiel de Google.

Par ailleurs, ces données ne seront pas en accès libre : il faudra montrer patte blanche. Seuls les moteurs de recherche et les chatbots intégrant une telle fonction et jugés fiables pourront l’obtenir. Comme on l’a dit, Google pourra écarter les entreprises considérées comme risquées au regard du droit européen (entités sanctionnées ou contrôlées par certains pays tiers ou ne disposant pas de garanties suffisantes pour traiter des données sensibles) ; les demandeurs devront également respecter les règles du RGPD sur les transferts internationaux de données.

Les assistants IA traités comme Gemini

Deuxième gros chantier pour Google : l’ouverture plus large d’Android aux assistants IA. Actuellement, Gemini a un accès privilégié aux fonctions bas niveau du système d’exploitation. Les possibilités sont plus limitées pour les concurrents. Google devra leur ouvrir la porte.

Bruxelles compte 11 fonctions Android, dont l’accès permettra aux utilisateurs d’activer par la voix l’assistant de leur choix (à la manière de « Hey Google »). Les rivaux de Gemini seront en mesure d’effectuer plusieurs actions à la chaîne, par exemple rédiger et envoyer un courriel avec l’app de messagerie de leur choix ; d’automatiser certaines tâches comme la commande d’un repas (ouvrir l’app de livraison, sélectionner le menu désiré, renseigner les informations de livraison) ; de recevoir automatiquement des suggestions utiles ou des informations pertinentes dans les applications, sans que l’utilisateur ait besoin de les demander.

Image : Commission européenne

La plupart de ces fonctions devront être disponibles avec la prochaine révision majeure d’Android (Android 18), ou au plus tard le 1ᵉʳ août 2027. Seule exception : l’invocation par la voix devra être implémentée dans Android 19, ou le 1ᵉʳ août 2028 au plus tard. La Commission avait envoyé ses conclusions préliminaires fin avril.

« Les décisions prises aujourd’hui risquent d’affaiblir des garde-fous essentiels en matière de confidentialité et de sécurité pour des millions d’Européens », affirme Kent Walker, directeur juridique de Google. Il déplore que la Commission n’ait pas pris en compte les « nombreux éléments montrant les préjudices potentiels pour les utilisateurs ».

La décision concernant l’ouverture des assistants IA « menace la sécurité des appareils en accordant à des applications externes des autorisations sensibles et étendues, sans ces garde-fous », indique-t-il encore, alors que « les assistants d’IA peuvent déjà accéder de manière sécurisée aux fonctionnalités d’Android, les fabricants de smartphones jouant un rôle essentiel dans leur évaluation ».

☕️ Suno a aspiré des millions de chansons pour entraîner son IA

16 juillet 2026 à 06:28


Suno, la start-up spécialisée dans la génération de musique par IA, ne fait plus mystère de la provenance de ses données d’entraînement : elle a moissonné « pratiquement tous les fichiers musicaux de qualité raisonnable accessibles sur l’internet ouvert ». L’entreprise l’avait admis en 2024, à l’occasion d’une procédure en justice menée aux États-Unis par l’industrie du disque. On ignorait en revanche l’ampleur de cet « emprunt ».

Illustration : Flock

Un hacker a partagé avec 404media des données internes de Suno qui détaillent la manière dont l’entreprise a constitué ses bases de données. Elle a en fait mangé à tous les râteliers : YouTube Music, Deezer, Genius, Pond5, Jamendo, Freesound ou encore IMSLP. Les volumes sont considérables : il y a par exemple plus de deux millions d’extraits provenant de YouTube Music, ou encore des dizaines de milliers d’heures issues du catalogue de Deezer.

Le code subtilisé par le pirate montre aussi que Suno cherchait spécifiquement des versions a cappella sur YouTube, probablement pour mieux isoler et analyser les voix. Pour mener ses opérations à grande échelle, la start-up aurait fait appel aux infrastructures de Bright Data, spécialiste de la collecte automatisée de données.

Les documents et données présentés par le hacker semblent confirmer les accusations des maisons de disques selon lesquelles Suno aurait pillé absolument tout ce qu’il était possible de voler, sans s’occuper de la légalité du procédé. Le puissant lobby musical américain RIAA soutenait ainsi que Suno avait procédé à de l’extraction directe de fichiers audio depuis YouTube, en contournant les mécanismes anti-copie de la plateforme.

« Comme nous l’avons indiqué dans des documents publics, les modèles d’IA de Suno ont été entraînés à partir de fichiers musicaux accessibles au public et de métadonnées associées, disponibles sur des sites tiers sur l’internet ouvert », a expliqué un porte-parole à 404media. Son moissonnage du « web ouvert » s’arrête aux paywalls et aux protections par mot de passe, assurait aussi l’entreprise durant une procédure judiciaire.

Elle reprend aussi la défense classique des labos IA qui affirment que l’entraînement de leurs modèles relève du « fair use », l’exception américaine au droit d’auteur. Ce piratage pourrait en tout cas renforcer les arguments des ayants droit, en particulier s’il est prouvé que la jeune pousse a contourné des verrous techniques, siphonné des catalogues commerciaux ou enfreint les conditions d’utilisation des plateformes.

Le pirate explique également avoir eu accès aux coordonnées de centaines de milliers de clients de Suno, ainsi qu’à des informations liées à des paiements Stripe en pénétrant les systèmes de la société avec les identifiants compromis d’un salarié. L’entreprise a reconnu un incident survenu en novembre dernier, mais elle assure qu’aucune information personnelle sensible n’a été compromise. Elle indique également n’avoir aucun accès aux numéros complets des cartes bancaires stockées par Stripe.

Sur le front judiciaire, l’horizon s’est éclairci pour Suno, qui a signé en novembre dernier un accord avec Warner. Cela va lui permettre d’utiliser le catalogue de la major.

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