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IA : séries d’achats « bizarres » auprès de librairies d’occasion anglaises et irlandaises

17 août 2026 à 09:58
Fahrenheit 451
IA : séries d’achats « bizarres » auprès de librairies d’occasion anglaises et irlandaises

Alors que les suspicions sur les méthodes d’entraînement des systèmes d’IA se multiplient, des libraires d’occasion du Royaume-Uni et d’Irlande signalent des séries d’achats de lots de livres sans cohérence éditoriale.

Mise à jour 17.08 à 16:35 : ajout de la mention des opérations d’Amazon.


Au Royaume-Uni et en Irlande, des librairies de seconde main ont reçu des commandes étonnantes d’acheteurs installés aux États-Unis, au Canada, en Europe continentale et au Royaume-Uni, alors que les spéculations sur les achats de livres pour entraîner des systèmes d’IA vont bon train.

Copropriétaire de Barker Books, dans la ville anglaise d’Alnwick, Stuart Manley indique au Guardian avoir vu ces commandes débuter il y a trois mois. Celles-ci détonnent notamment par leur sélection de livres : alors qu’habituellement, les commandes par lot répondent à une logique thématique, celles-ci intègrent des livres de tous les types.

Des achats sans logique pour le marché du livre d’occasion

Une commande demandait par exemple une traduction estonienne du Chant de la mission de John Le Carré, ou une édition de 1983 d’Agnes Grey, d’Anne Brontë, telle que parue dans le magazine Warship.

À Clargalway, en Irlande, Jim Shaughnessy indique avoir reçu des demandes de nombreux livres aux thématiques variées à partir de mai. Celles-ci peuvent mêler des « livres sur les outils agricoles en Afrique au XVIIIe siècle » à des « biographies de pilotes de course des années 1950 ».

Auprès du Guardian, un libraire explique que la pratique chamboule le secteur, car elle ne correspond pas aux pratiques habituelles : «  On dirait qu’un être humain ou une machine fouille au hasard dans le bac des livres d’occasion. Ce qu’ils achètent n’a aucun sens au regard des tendances générales du marché. »

Certaines des demandes relevées par les libraires émanent de la société canadienne Zoom Books. Cette dernière passe depuis plusieurs mois d’étonnantes commandes en Allemagne, en Espagne, aux États-Unis, en Australie ou ailleurs. La société se spécialise dans le scan de livres, détruisant l’objet au passage. Elle nie toute implication dans l’entraînement de systèmes d’IA, mais ne fournit pas d’information supplémentaire sur les sociétés auxquelles elle fournit ses services.

Chez Anthropic, l’opération « Panama » de la destruction de livres

Début janvier, le Washington Post révélait que l’éditrice de Claude, Anthropic, avait investi des millions de dollars dans l’acquisition et la destruction de livres pour scanner leur contenu et entraîner ainsi ses modèles.

Aux prises avec la justice, Anthropic a dû fournir des éléments supplémentaires sur cette activité. Le « projet Panama », tel qu’il a été nommé en interne, a débuté en 2024, alors que les dirigeants de l’entreprise cherchaient à entraîner Claude à « bien écrire », plutôt qu’à recracher du « langage internet de mauvaise qualité ».

Pour ce faire, elle s’est d’abord tournée vers de grands groupes de revente de livres, dont le britannique World of Books et l’états-unien Better World Books, puis vers des prestataires à même de réaliser la numérisation. Concrètement, il s’agit de découper le dos et de trancher les pages pour les numériser une à une, de manière industrielle, détaille Euronews.

Attaquée par un groupe d’auteurs réunis en action collective, Anthropic a accepté le versement d’environ 1,3 milliard d’euros pour éviter le procès. Les autres constructeurs de grands modèles de langage font tous face à des accusations similaires d’irrespect du droit d’auteur – sachant que malgré le paiement accepté par Anthropic, le juge William Aslup a considéré que le recours à des livres pour entraîner un système d’IA relevait du « fair use », une exception aux droits d’auteurs tels que définis par le droit local.

Alors qu’elle prévoit une entrée en bourse à l’automne, certains investisseurs envisageraient que la société de Dario et Daniela Amodei atteigne une valorisation record de 2 000 milliards de dollars.

Dans d’autres occurrences, selon une récente enquête de 404 media, c’est Amazon qui achète des livres de seconde-main aux États-Unis. Dans ces cas-là, l’entreprise semble se charger elle-même de la destruction et du scan des ouvrages.

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Les gains de productivité de l’IA provoquent une augmentation des émissions de CO2

13 août 2026 à 15:02
Techno pas solution
Les gains de productivité de l’IA provoquent une augmentation des émissions de CO2

En s’appuyant sur l’estimation des gains de productivité dans le secteur de l’énergie, une étude constate que l’IA sert aussi bien le sous-domaine de l’énergie fossile que celui du renouvelable. À défaut d’action politique, ce double aspect se traduit dans quasiment tous les scénarios par une augmentation nette des émissions de CO2 du secteur mondial de l’énergie.

Pour comprendre les effets de la course à l’intelligence artificielle générative sur l’environnement, on peut s’intéresser à son cycle de production – les ressources nécessaires à la fabrication des puces, des serveurs, des centres de données qui permettent l’entraînement des modèles – , son utilisation – combien coûte-t-il de soumettre une requête courte ? une longue ? une dédiée à produire du texte ? à produire de la vidéo ? combien coûte chacune de ces générations ? – ou encore à sa fin de vie – que se passe-t-il avec le matériel obsolète lorsqu’il est remplacé par les dernières technologies sur le marché ?

Une autre manière d’aborder le problème consiste à étudier ce que produisent les évolutions concrètes de cette technologies dans diverses industries. Le discours selon lequel les nouvelles technologies pourraient aider à lutter contre le changement climatique, après tout, est récurrent – ils ont même servi de base à la construction du Pacte vert européen, aujourd’hui en cours de détricotage. Mais s’il est une série d’impacts rarement étudiés, selon Will Alpine, Nathan Geldner, Holly Alpine et Maksym G. Chepeliev, ce sont les conséquences de ces technologies, plus précisément de l’IA générative, sur des industries polluantes.

Will et Holly Alpine sont deux anciens de Microsoft désormais spécialisés dans l’étude des impacts de l’IA sur l’énergie fossile et affiliés à l’ONG Enabled Emissions Campaign. Nathan Geldner est un chercheur indépendant, et Maksym Chepeliev, économiste à l’Université de Purdue, aux États-Unis. Dans Nature, les quatre ont publié début août un article intitulé « Les gains de productivité issus de l’IA produisent plus d’émissions de CO2 qu’ils n’en évitent dans le modèle mondial d’économie d’énergie ». Un résultat qu’ils obtiennent après avoir comparé les projections d’émissions évitées grâce au recours à l’IA dans la promotion des énergies vertes, à celles produites par son utilisation dans la production de charbon, de pétrole et de gaz.

Une IA comprise comme outil de productivité

Les IA ici étudiées désignent « des technologies généralistes de productivité dont l’usage se diffuse rapidement dans l’économie mondiale ». Dans le cas des énergies fossiles, elles sont employées par une industrie qui doit gérer la « contrainte conséquente » selon laquelle, « en l’absence de réinvestissement continus, la production de pétrole et de gaz baisserait approximativement de 8 % par an ».

Dès 2005, l’agence internationale de l’énergie (IEA) soulignait d’ailleurs que divers progrès technologiques avait permis à ce secteur, à plusieurs reprises, de repousser les prévisions de pics pétroliers en permettant d’accéder à des ressources dont l’exploitation était initialement considérées non rentable. En débloquant des poches de productivité sur toute la chaîne de valeur, en « abaissant certains coûts de production et en réduisant les risques opérationnels », l’IA s’inscrit parfaitement dans cette tendance.

Rapportée aux problématiques propres au champ du renouvelable, l’IA permet « d’accélérer les déploiements et d’optimiser la génération d’efficacité » via, entre autres cas d’usage, des prévisions, de la gestion de la maintenance et l’optimisation de la production énergétique. Elle permet aussi d’étendre la durée de vie des infrastructures installées et leur intégration au réseau électrique.

Pour réaliser ses observations, l’équipe à l’origine de l’étude a construit un modèle d’équilibre général calculable dédié à la quantification des émissions générées et celles évitées. Elle a analysé les premières constatations obtenues pour estimer si les mesures neutres en carbone (dont des améliorations du réseau, ou des gains obtenus côté demande d’énergie) ont atténué ou amplifié l’équilibre du côté de l’offre.

Les chercheurs ont ensuite « cherché à déterminer si les gains de productivité générés par l’IA entraînaient un dépassement des émissions induites par rapport aux émissions évitées dans un système énergétique reposant principalement sur les énergies fossiles, et s’ils augmentaient l’intensité carbone de la croissance économique. Nous avons ensuite évalué si l’équilibre du modèle renforçait ou supplantait les systèmes existants à forte intensité carbone, en nous appuyant sur les critères » définis plus tôt.

Sur ces bases, ils ont testé différents scénarios : des chocs de productivité qui s’étendraient uniformément à travers tous les secteurs énergétiques, des gains sensibles uniquement côté énergies fossiles ou côté énergies renouvelables, etc.

Une productivité bidirectionnelle : vers le renouvelable et le fossile

La hausse des émissions carbone dues au déploiement de l’IA était déjà pressentie : en 2024, dans the Atlantic, la journaliste spécialiste de l’IA Karen Hao publiait par exemple une longue enquête sur « l’hypocrisie » de Microsoft. Alors que d’une main, l’entreprise promettait (encore) d’œuvrer à la réduction de ses impacts environnementaux, de l’autre, elle équipait les plus grands groupes de l’industrie des énergies fossiles. En leur permettant d’optimiser leurs modes de production, elle annulait plus ou mois directement ses propres efforts en matière de limitation des pollutions environnementales

Mais le travail des auteurs et autrices de l’étude vient donner un aperçu plus systématique du phénomène. Au total, ces derniers ont comparé 64 scénarios pour évaluer l’IA comme un « amplificateur de productivité bidirectionnelle », c’est-à-dire autant dans le sens de l’augmentation que de la réduction des émissions de CO2. Et constate que si tout le secteur de l’énergie gagne en productivité grâce à l’IA, alors les émissions globales annuelles de CO2 entraîneront une augmentation de 1,2 à 4,8 % des émissions totales émises par le secteur en 2024.

Modélisation des émissions imputables à l’application de technologies d’IA dans l’industrie fossile. / Nature

Ils constatent que les « émissions facilitées dépassent les émissions évitées chaque fois que les gains pour l’industrie fossile sont supérieurs à zéro ». Autrement dit, la seule manière de rendre l’IA utile dans la lutte contre les émissions de CO2 consisterait à la mettre uniquement au service des industries renouvelables, sans la fournir aux industries fossiles. Cette dernière n’a d’ailleurs pas caché son enthousiasme devant la vague en cours : l’IEA calcule qu’elle pourrait augmenter de 5 % les réserves de pétrole et de gaz exploitable, et baisser les coûts des projets offshore de 10 % en moyenne.

L’étude souligne par ailleurs que les deux secteurs ne jouent pas à parts égales. Au contraire, « parvenir à une réduction nette des émissions nécessite des gains de productivité dans les énergies renouvelables 4 à 5 fois supérieurs à ceux obtenus dans les énergies fossiles ». Elle constate par ailleurs que les gains de productivité indépendants du type de carburant n’inversent pas cette tendance, et que la tarification du carbone, si elle réduit l’écart, ne suffit pas non plus à l’inverser.

Considérer les impacts climatiques directs et indirects de l’IA de manière conjointe

D’après l’étude, ces résultats remettent en question le cadrage prédominant selon lequel « l’impact climatique net de l’IA réside dans le rapport entre l’énergie qu’elle consomme et les émissions qu’elle contribue à éviter ». À elles seules, ces nouvelles technologies ne suffisent pas à obtenir de réelles réductions des émissions de CO2.

En cela, elles rejoignent des tendances constatées par le passé : même des technologies spécifiques au domaine énergétique permettant d’étendre le recours à des énergies renouvelables n’ont pas suffit à enrayer la cadence : au contraire, elles ont plutôt conduit à une augmentation continue de la consommation énergétique et des pollutions afférentes.

Évolution de la consommation énergétique mondiale depuis un siècle. Le recours croissant aux énergies renouvelables vient s’ajouter aux autres types d’énergie plutôt que de les remplacer. C’est l’effet rebond. / Our World in Data, août 2026

Au terme de leur article, les autrices et auteurs recommandent d’ailleurs aux systèmes de gouvernance de « reconnaître les émissions comme une catégorie spécifique pertinente sur le plan politique » et, en conséquence, de limiter les gains de productivité que l’IA pourrait fournir au domaine de l’énergie fossile. Ils appellent aussi à considérer conjointement les impacts directs (dus à la gestion de son infrastructure) et indirects (dus à son adoption) de l’intelligence artificielle, afin de mieux les gérer.

Plutôt que d’être considérés comme nécessairement bénéfiques pour les émissions globales de CO2, les technologies d’IA et les gains de productivité affiliés devraient être évalués dans leur entièreté, pour être mieux appréhendés. « L’IA ne décarbone ou n’intensifie pas les émission de manière inhérente », note l’étude. Les gains de productivité de l’IA générative « renforcent les structures économiques et institutionnelles du système dans lesquels ils opèrent », mais il n’en reste pas moins que cette technologie opère dans « un système énergétique qui reste structurellement ancré aux énergies fossiles. »

NVIDIA s’allie à six grands financiers pour tenter de sécuriser 500 milliards de dollars

13 août 2026 à 12:47
Argent magique
NVIDIA s’allie à six grands financiers pour tenter de sécuriser 500 milliards de dollars

Nvidia annonce un partenariat encore hypothétique avec six acteurs de la finance pour proposer une « nouvelle classe d’actifs investissables », selon les mots de son PDG Jensen Huang. Si l’accord est conclu, il pourrait permettre l’entrée de financements extérieurs au secteur de l’IA.

NVIDIA annonce un accord avec Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR pour que les six institutions financières l’aident à mobiliser 500 milliards de dollars de capitaux pour poursuivre ses investissements dans l’intelligence artificielle. L’annonce a ceci de particulier qu’elle annonce la création d’un nouveau système de financement, que le PDG de NVIDIA Jensen Huang se plait à qualifier de nouvelle « classe d’actifs investissables ».

Alors que la demande en infrastructure continue de s’accroître, et que les institutions bancaires n’aiment pas considérer les puces comme caution de leur investissement, puisque celles-ci se déprécient très rapidement, NVIDIA et ses partenaires proposent de mettre au point un nouveau système de financement. Mais celui-ci ne reste pas sans risque.

Une nouvelle manière d’investir…

Tel que Jensen Huang le présente, ces actifs réunissent en un seul panier l’intégralité de ses équipements : GPU, serveurs DSX et écosystème logiciel CUDA, réunis dans des « plateformes d’usine IA ».

« Les usines IA NVIDIA DSX sont capables d’exécuter la gamme la plus étendue au monde de modèles, de modalités et d’algorithmes d’IA : langage, vision, parole, biologie, IA physique et robotique, écrit le PDG sur X. Une seule usine IA NVIDIA peut prendre en charge de nombreux clients et de nombreuses charges de travail. Cela la rend flexible et interchangeable. » Sur ces bases, chaque génération de logiciels CUDA « améliore la performance, l’efficacité et le coût total de propriété d’une infrastructure déjà installée ».

Pour certains observateurs, Nvidia parvient ici à déplacer le risque financier qu’implique la faible durée de vie des GPU. Son nouvel « actif » permettrait aussi d’ouvrir (un peu) la circularité des contrats constatée jusqu’ici en ouvrant la demande à des financeurs extérieurs à l’industrie. La course financière à l’IA a en effet été critiquée pour le risque qu’elle crée : l’essentiel des fonds accumulés circule en réalité entre une infime poignée d’acteurs, dont Nvidia, OpenAI, Oracle, AMD et Microsoft qui achètent, vendent et investissent dans les services les uns des autres.

Ou un risque financier comme un autre ?

En bon vendeur de pioches (c’est-à-dire d’infrastructure), sur les 14 suivies par la plateforme isaiprofitable.com (dont OpenAI, justement, Amazon ou encore Meta), NVIDIA est actuellement la seule société lancée dans la course à l’intelligence artificielle générative à dégager un profit mesurable. En un an, les revenus de la société ont grimpé de 92 % pour atteindre 75,2 milliards de dollars fin avril 2026.

Pour autant, considérer son nouvel « actif » de nature à bouleverser son financement, voire celui de l’écosystème, peut être relativement précipité. Concrètement, NVIDIA y mélange des actifs à la durée de vie technique et économique tout à fait diverses, rappelle l’Usine Digitale. Or, ce n’est pas parce que CUDA permet de réaffecter des GPU vieillissants à de nouveaux usages, pour maintenir leur fonctionnement, que l’attirail restera nécessairement compétitif.

Quoiqu’il en soit, avant d’être actif, le partenariat entre Nvidia et ses six acolytes financiers doit encore être conclu, et les différents accords, signés.

[Édito] Quatre modèles d’IA « échappent » à leurs constructeurs : vous le faites exprès ?

13 août 2026 à 08:02
Oops… They’ll do it again
[Édito] Quatre modèles d’IA « échappent » à leurs constructeurs : vous le faites exprès ?

Après Anthropic, OpenAI et Meta, voilà qu’un modèle du chinois Moonshot AI aurait lui aussi réussi à accéder à internet aux dépens de ses constructeurs. Une démonstration supplémentaire des failles techniques et humaines existant chez les constructeurs d’IA générative et leurs partenaires, mais aussi de l’impunité qu’ils cultivent de manière très publique.

Ça commence à bien faire. Après Anthropic, Open AI et Meta, c’est au tour du chinois Moonshot AI de laisser un des systèmes d’IA générative accéder à internet. Une fois au large, le système a fouillé Github pour y chercher les réponses au benchmark de sécurité auquel il était soumis, d’après la société états-unienne Frontier Security.

À peu près à la même période, c’était Meta qui laissait son modèle Muse Spark 1.1 accéder à internet « par inadvertance », espace depuis lequel le système a hacké un acteur tiers. La mention de l’inadvertance est une citation du Wall Street Journal. Mais elle traduit bien le ton global des communiqués et explications fournies par chacun des constructeurs d’IA générative au gré des failles de cybersécurité mises au jour ces dernières semaines.

Premier concerné, OpenAI s’est débrouillé dès le mois de juillet pour tourner la perte de contrôle de l’outil que l’entreprise avait elle-même construit en démonstration de la supposée « intelligence » du modèle GPT 5.6 Sol. Alors qu’il était soumis à un test interne, supposément isolé du réseau, le dispositif aurait exploité une vulnérabilité 0-day pour accéder à internet et, de là, se tourner vers les systèmes de la société concurrente Hugging Face pour trouver les réponses au test auquel il était soumis. Pour les besoins de ce test, GPT 5.6 Sol avait été volontairement configuré avec des barrières cyber relativement faibles. Pour autant, OpenAI a mis cinq jours complets à s’apercevoir du problème.

Depuis quand les vulnérabilités technologiques sont-elles devenues un argument de vente ? Depuis quand un produit ouvertement dangereux pour son constructeur et pour le reste du milieu économique et social – ses concurrents, ses clients, des internautes qui passent dans le coin – peut-il être mis sur le marché sans que quiconque ne demande vérification et sécurisation du produit en amont ?

C’est pas nous, c’est Irregular

Les raisons de la « prise d’indépendance » du moteur de Meta sont peu ou prou les mêmes que celles avancées par OpenAI quelques semaines plus tôt : d’après les entreprises elles-mêmes, ces errements sont dûs à de « mauvaises configurations » des environnements dans lesquels les tests de cybersécurité ont été mis en place. Chez Anthropic, Claude aurait de son côté réussi par trois fois (sur 141 000 sessions de tests) à sortir de son « bac à sable » (sandbox, environnement d’expérimentation sécurisé) pour aller sur internet.

La succession d’incidents vus chez les acteurs états-uniens Meta, Anthropic et OpenAI serait d’ailleurs le résultat d’un seul et même test de cybersécurité. Les trois ont été menés par la société Irregular, qui se présente comme un « laboratoire de sécurisation des systèmes frontière ». Celle-ci déclare que les incidents ne sont le résultat d’aucune action cyber sophistiquée, et qu’elle n’a pas de « problème en cours » au sujet de son environnement de test.

S’il n’y a pas de problème, il ne reste plus qu’à… faire confiance aux constructeurs d’IA comme à leurs partenaires ? Et considérer qu’il n’y a pas de problème ?

Doom marketing is still marketing

Si les modèles concernés ont exploité des failles techniques pour répondre aux tests de cybersécurité auxquels ils étaient soumis, avance Nathaniel Jones, cadre de la société de cybersécurité Darktrace, dans TechRadar, c’est précisément parce qu’ils ont été construits et testés pour cela. Alors qu’elles s’étaient vues fixer « l’objectif légitime de résoudre un exercice de référence en matière de cybersécurité », les machines ont trouvé « une voie inattendue pour parvenir aux réponses ».

« L’eau sous pression ne "décide" pas de s’échapper. Elle s’engouffre dans une brèche sous la seule force de la pression », écrit de son côté l’éditeur Cyrille Zola-Place dans une tribune. « Personne ne dirait que l’eau est « en mission », qu’elle agit « de sa propre initiative », qu’elle est « hors de contrôle ». Tout le monde comprendrait que la question est ailleurs : qui a construit ce barrage, et pourquoi n’a-t-il pas tenu ? Le système n’a pas « voulu » sortir. Il a optimisé un chemin. Et le chemin passait par là. »

Fondateur de la société de cybersécurité Immuniweb, Ilia Kolochenko estime de son côté que l’annonce d’Anthropic était surtout un « geste marketing » destiné à répondre aux discours relatifs à l’attaque d’Hugging Face par des systèmes d’IA, « qui avait attiré l’attention du monde entier ». Une analyse que nous élargissons volontiers à la réaction de Meta, à la décision de sociétés comme Frontier Security d’analyser divers autres systèmes pour voir si, eux aussi, avaient réussi à échapper à leur environnement de test. On pourrait même, pourquoi pas, y ajouter le « test de sécurité » mené au Royaume-Uni par l’AI Security Institute, pendant lequel (surprise) un modèle d’OpenAI et un autre d’Anthropic se seraient échappés. Là encore, des experts qualifient toute l’affaire de « campagne publicitaire éthiquement problématique », et la fuite de parfaitement justifiée, étant donné que le test avait notamment consisté à minimiser les garde-fous autour des systèmes étudiés.

Mais pendant qu’on brandit des scénarios d’outils capables d’attaquer de leur propre chef, la question de la responsabilité que prennent les constructeurs d’IA pour éviter que de tels incidents ne se reproduisent reste, elle, encore et toujours évacuée du débat.

Transparence vidée de sa substance

Quelques semaines à peine après l’incident repéré vis-à-vis d’Hugging Face, un communiqué d’OpenAI, relatif à un autre de ses outils, illustrait très bien le pied de nez que le constructeur a décidé de continuer d’adresser au monde. Dans ce texte consacré à son modèle Astra, l’entreprise écrit ne pas pouvoir « exclure » que celui-ci présente « des cybercapacités critiques » telles que définies par ses propres cadres. Autrement dit, Astra pourrait poser de sérieux problèmes de cybersécurité.

OpenAI déclare communiquer ces informations, « car nous estimons important de faire preuve de transparence auprès du public et des communautés spécialisées dans la sûreté et la sécurité concernant cette évolution potentielle des capacités ». Cette « transparence » dont se prévaut l’entreprise résonne fortement avec les exigences longtemps promues par les scientifiques spécialistes de l’intelligence artificielle. Sauf qu’elle ne ressemble en rien à la transparence qu’ils et elles demandent, qui impliquerait d’ouvrir l’accès aux modèles, à leurs données d’entraînement, à leur architecture, de détailler leurs besoins en ressources, ou, dans le cas présent, de donner des informations bien plus précises sur ce à quoi, concrètement et techniquement, les incidents de sécurité pourraient ressembler.

Telle qu’elle apparaît dans le communiqué d’OpenAI, la transparence ressemble plutôt à des menaces (Attention, vous pourriez vous faire hacker si le système nous échappe !) ou à un manuel de terrain pour cultiver l’impunité (si ça arrive, oups 🤷 Au moins on aura prévenu 🙂 ).

Le texte, qui vise à prévenir du degré potentiel de dangerosité d’un des modèles d’OpenAI, fait même référence à la compromission d’Hugging Face, mais uniquement pour dire qu’Astra n’est pas impliqué dans l’affaire. Est-ce qu’OpenAI prévoit de suspendre certaines de ses activités le temps de s’assurer que ses outils ne créeront plus de danger ? Non. L’entreprise se contente de donner un vague aperçu de sa cuisine interne pour que « la poursuite du développement de ce modèle se déroule dans des conditions garantissant sa sûreté et sa sécurité ». Mais qui dit que la poursuite du développement de ce modèle est souhaitable ? Comment croire, même, qu’elle puisse être « sûre et sécurisée », alors qu’OpenAI vient de montrer sa faillibilité ?

Toujours aucun contrôle a priori

Passons rapidement sur les mesures dédiées à « surveiller (…) des défauts d’alignement », concept toujours pas défini correctement. Alors qu’OpenAI a laissé un de ses modèles agir en dehors de son bac à sable, la question se fait pourtant chaque jour plus pressante : de quel alignement parle OpenAI ? Les intérêts et les valeurs de Sam Altman sont-ils les plus alignés avec ceux du peuple états-unien ? Du gouvernement local ? De l’Occident ? De la planète ? Ou ne parle-t-on que de l’alignement de modèles sur les seuls intérêts du patron d’OpenAI ?

Le cadre qu’a fixé l’entreprise l’«a déjà guidée lors d’autres transitions de capacités », indique-t-elle encore. En langage naturel, cela signifie qu’Astra risque de présenter des « cybercapacités critiques », mais que, calmez-vous madame, ça va bien se passer. Par quel tour de magie une erreur de sécurité peut-elle devenir un argument de vente ? De quelle ampleur la prochaine faille cyber doit-elle être pour qu’enfin, législateurs et gouvernants tiennent les constructeurs de modèles d’IA pour responsables des dégâts qu’ils causent ? Et à quels saints représentants politiques faut-il se vouer, pour empêcher que les constructeurs d’IA, outre se tirer la bourre pour capter tellement de soutien financier qu’ils représentent un risque pour l’économie mondiale, se lancent désormais dans une course à celui qui créera le plus vite le plus grand danger cyber ?

Côté régulation, les Européens pourront compter dans les prochaines années sur l’AI Act, quand bien même sa mise en application vient d’être reculée, et le texte lui-même, allégé. Mais les dispositifs de sécurité que celui-ci impose fonctionnent a posteriori : même pour les systèmes les plus sensibles, dits « à haut risque », ce sera aux fournisseurs d’informer les autorités de surveillance des marchés concernés lorsqu’ils constateront un lien entre leur système et un éventuel incident grave.

En termes de contrôle, l’Union se dote d’un Bureau de l’intelligence artificielle et d’un comité IA chargé de la coordination des autorités nationales. « Toute personne physique ou morale » pourra par ailleurs déposer ses réclamations auprès de l’autorité relative à son marché pour obtenir « des explications claires et pertinentes » en cas d’impacts négatifs d’un système d’IA sur « sa santé, sa sécurité ou ses droits fondamentaux ». Dans les textes actuels, en revanche, nulle trace de contrôle a priori, que ce soit des constructeurs ou des tiers supposés les aider à construire leurs tests de cybersécurité.

On pourrait, collectivement, décider de s’en alarmer : d’après ABC News, un internaute australien vient de déclencher par inadvertance le hack du site web de sa salle de gym, après avoir demandé à un agent de lui réserver une place. Pour le moment, hormis pour la salle de gym et son éditeur de logiciel de réservation, les enjeux restent faibles. Mais que se passerait-il si un « malin » petit système d’IA, qu’il soit utilisé par un internaute sans connaissances techniques ou par des experts ayant abaissé ses garde-fous pour les besoins d’un test de cybersécurité, se retrouvait à attaquer le site web d’un hôpital, d’une administration, voire du système de gestion d’un barrage hydroélectrique ou d’une centrale nucléaire ?

En l’état, les incidents de l’été laissent nettement douter de l’efficacité des dispositifs de sécurité déployés par les constructeurs. Ceux-là mêmes continuent pourtant de refuser d’être régulés – donc d’être mis devant leur responsabilité – par d’autres qu’eux-mêmes, au motif que ça les empêcherait d’innover. Il serait peut-être temps de cesser de les prendre au mot ?

☕️ La préfecture de Seine-et-Marne autorise l’installation de Campus IA à Fouju

13 août 2026 à 06:42


C’est fait. Sans grande surprise, le plus grand projet de data center de France, Campus IA, a obtenu le 29 juillet l’autorisation préfectorale de s’installer à Fouju, à 40 km au Sud-Est de Paris.

Après une consultation publique organisée auprès de la population à l’automne, puis une enquête publique à l’issue de laquelle les trois commissaire ont rendu un avis favorable, le dossier est passé dans les mains de l’État.

Soutenu dès le sommet Choose France de juin 2025, Campus IA doit être financé à hauteur de 50 milliards d’euros par le fonds émirati MGX, le fabricant de puces états-unien NVIDIA, la start-up française Mistral AI et la Banque publique d’investissement (Bpi).

Illustration : Flock

Si son développement se fera en plusieurs phase, dont la première doit être livrée en 2028, il prévoit d’atteindre à terme une puissance de pleine capacité de 1,4 gigawatt, équivalente à celle d’un réacteur d’une centrale nucléaire.

Il s’étendra sur 89 hectares, dont 73 sont à bâtir, rappelle Le Parisien. Il comptera onze bâtiments contenant des centres de données et un dédié à la formation. Pendant la consultation publique, les riverains ont néanmoins souligné que l’absence de réseau de transport public allait freiner les venues sur site.

Sur les questions relatives au refroidissement, Campus IA doit recourir à des groupes frigorifiques installés en toiture et recourant à 601 tonnes de gaz réfrigérant. Cela permet d’éviter le pompage de la nappe phréatique voisine de Champigny, mais crée d’autres inquiétudes, sur les PFAS dégagés si le gaz venait à fuir.

Côté chaleur fatale, souvent évoquée sur les chantiers français des centres de données, mais très peu réutilisée en réalité, Campus IA affirme que celle de ses bâtiments sera récupérée pour son centre de formation, pour des serres agricoles implantées près de son terrain, et pour le futur centre pénitentiaire voisin. La ville de Melun s’est aussi déclarée intéressée.

Quoiqu’il en soit, le projet n’avance pas sans opposition. Sous le nom Stop IA à Fouju, un collectif s’est monté, qui réunit France Nature Environnement Seine-et-Marne et Île-de-France, La Ligue de protection des oiseaux, la Confédération paysanne et les Soulèvements de la Terre. Elle qualifie l’enquête publique de « bâclée », prévoit une journée de débats le 29 août à l’Espace Saint-Jean de Melun, et prévoit de déposer un recours, selon Le Parisien. En ligne, une pétition s’opposant au projet compte actuellement plus de 47 000 signatures.

Reçu — 12 août 2026 Next - Articles gratuits

OpenAI rachète 7 milliards de dollars d’actions à ses salariés avant d’entrer en bourse

12 août 2026 à 07:27
Money money money
OpenAI rachète 7 milliards de dollars d’actions à ses salariés avant d’entrer en bourse

Open AI a proposé le rachat de l’équivalent de 7 milliards de dollars d’actions à ses employés. Une manière pour l’entreprise de re-concentrer ses parts, et pour ses employés de pouvoir réellement profiter de cette partie de leur rémunération.

OpenAI prépare son entrée en bourse pour l’automne pour lever 122 milliards de dollars, ce qui porterait sa valorisation à 852 milliards des dollars, soit au même niveau que sa dernière levée de fonds réalisée en mars auprès de sociétés partenaires et de fonds de capital-risque.

En prévision, l’entreprise vient de conclure un accord de reprise de l’ordre de 7 milliards de dollars de parts détenues par ses employés, d’après les informations de Bloomberg. Une manière, pour elle, de récupérer la main sur une fraction de ses parts sans les racheter à des investisseurs extérieurs. Au passage, elle participe à la création d’une vague de millionaires dont la richesse est encore plus importante que celle produite à l’époque des entrées en bourse des géants du numérique.

Transformer des actions en « vrai » argent

Côté employés, une telle transaction permet de sécuriser la valeur des parts revendues, alors que les entrées en bourse de grandes sociétés du numérique ne garantissent pas la hausse du cours. Depuis son entrée en bourse en juin, l’action de SpaceX est par exemple passée par un pic à 225 dollars quatre jours après son arrivée sur le NASDAQ, avant de redescendre jusqu’à 104 dollars ce 5 août. Elle remonte actuellement aux alentours de 138 dollars, soit trois dollars de plus qu’à son introduction.

Il s’agit, aussi, de matérialiser une forme de rémunération difficilement activable tant qu’elle n’est pas transformée en cash. Par le passé, OpenAI s’est livrée à une ardente guerre des recrutements avec plusieurs de ses concurrents. Chez Meta, cette lutte s’est traduite par des packages faramineux, quelquefois directement proposés par Mark Zuckerberg.

Une vague de millionnaires inégalée

Pour OpenAI, permettre la revente d’actions est une manière de faire face. La société s’est déjà tournée vers des investisseurs comme Thrive Capital ou SoftBank Group pour proposer ce genre d’opérations. En octobre 2025, certains employés sont devenus millionnaires du jour au lendemain alors que Sam Altman leur proposait de racheter jusqu’à 30 millions de dollars de leurs parts dans OpenAI, pour une dépense totale de 6,6 milliards de dollars. Pour près des trois quarts des 600 personnes concernées, ce montant a été atteint, selon le Wall Street Journal.

Ce type de transactions illustre d’une nouvelle manière la course financière dans laquelle le secteur de l’intelligence artificielle est lancé. Si des employés de Microsoft, Google ou Facebook ont gagné des millions lorsque leurs sociétés sont entrées en bourse, aucun n’a accumulé aussi rapidement la richesse évoquée ici. En octobre, certains ont d’ailleurs décidé de donner le reste de leurs actions à des fonds philanthropiques — des outils qui garantissent que l’argent soit utilisé pour des œuvres charitables, tout en les rendant éligibles aux réductions d’impôts correspondantes.

Reçu — 11 août 2026 Next - Articles gratuits

☕️ Énergie : record d’indisponibilité des réacteurs à cause des vagues de canicule

11 août 2026 à 08:17


Nous vous l’expliquions il y a quelques semaines, la réalité vient le démontrer : en période de canicules, l’approvisionnement en électricité peut devenir une gageure jusque dans un pays à la production excédentaire, comme la France.

À l’échelle de la planète, la température des océans a dépassé le mois dernier un record de chaleur. À celle de l’hexagone, nous entrons ces jours-ci dans un nouvel épisode anormal de chaleur, la cinquième canicule depuis le début de l’été. Résultat : le réseau électrique a dépassé son propre record de réacteurs indisponibles.

Sur les 57 réacteurs français, rappelle Libération, 15 se situent en bord de mer et 42 en bord de fleuve ou de rivière : l’eau fraîche est essentielle pour refroidir les installations. Face à la baisse de leur débit, aux seuils légaux de température maximale des rejets des centrales, fixés pour préserver la faune et la flore, EDF a successivement arrêté, depuis juin, des réacteurs à Bugey (Ain), Nogent-sur-Seine (Aube), Golfech (Tarn-et-Garonne), Chooz (Ardennes) et Cattenom (Moselle), en plus de réduire temporairement la puissance de plusieurs autres.

Les 14 et 15 juillet, 9,4 GW de sa production habituelle étaient indisponibles, soit 15 % de la capacité totale du parc nucléaire français, qui est de 63 GW. Toujours selon nos confrères, « toutes causes confondues » la disponibilité réelle était aux alentours de 40 GW.

Les gains de productivité de l’IA provoquent une augmentation des émissions de CO2
Illustration : Flock

Cette baisse n’a pas menacé l’équilibre du réseau national, grâce à une production globalement suffisante (29,7 TWh générés en juillet 2026). Grâce au photovoltaïque, qui a produit jusqu’à plus de 30 % de l’électricité hexagonale pendant certaines heures de juillet, le pays est même resté exportateur.

À l’heure où certaines industries démultiplient leur consommation énergétique, en revanche, la situation illustre les difficultés du parc nucléaire français face à l’accélération des modifications climatiques. D’ici 2050, RTE prévoit en effet que les risques d’indisponibilité puissent augmenter « d’un facteur deux à trois ».

Plus largement, cela vient illustrer les failles de l’approvisionnement énergétique d’un secteur comme celui de l’intelligence artificielle, qui se tourne ouvertement vers le nucléaire depuis quelques années.

Reçu — 30 juillet 2026 Next - Articles gratuits

☕️ L’Union européenne va investir 10 milliards d’euros dans sept gigafactories d’IA

30 juillet 2026 à 14:59


L’Union européenne a publié ce 29 juillet un appel d’offres pour la création de sept « Gigafactories d’IA ».

Ces usines sont décrites comme des édifices mêlant « processeurs d’IA avancés, des piles de logiciels et de technologies en nuage, une connectivité à haut débit et des centres de données économes en énergie ».

Elles pourront être implantées dans un seul État membre, sur un site ou plusieurs, mais aussi évoluer vers des projets transfrontaliers.

Illustration : Flock

L’EuroHPC, « entreprise commune pour le calcul à haute performance européen », sera mis à contribution, sachant que dix-huit États membres ont signé un accord de marché avec elle.

Présenté comme partie intégrante de son plan pour devenir « le continent de l’intelligence artificielle », la Commission prévoit jusqu’à 10 milliards d’euros de financements européens et nationaux, susceptibles selon elle d’entraîner « au moins 20 milliards d’euros d’investissements privés dans l’ensemble de l’Union ».

La procédure d’appel d’offres se terminera le 12 novembre, les candidats retenus doivent être annoncés début 2027 et les premières installations être opérationnelles dans les 18 mois qui suivront la signature.

☕️ Le Suisse Infomaniak se prépare à entrer en bourse

30 juillet 2026 à 07:42


Infomaniak prépare son entrée en bourse. La société suisse a signé un accord de fusion inversée avec Perrot Duval Holding, autre entreprise suisse cotée depuis 1905, qui doit lui permettre d’entrer sur le marché suisse d’ici la fin de l’année. 


Pour que l’opération se conclue, il faut encore que l’assemblée générale des actionnaires de Perrot Duval, qui se réunit le 24 septembre, vote son approbation. « Sur le papier », c’est Perot Duval qui rachète Infomaniak, explique l’entreprise. « Dans les faits, c’est Infomaniak qui prend les rênes. » Si tout se déroule comme prévu, Perrot Duval sera renommée Infomaniak SA en bourse.

Illustration : Flock

En mai, Infomaniak s’est placée sous le contrôle d’une fondation d’utilité publique du même nom. Cette dernière détient 65 % des droits de votes et 15 % de la valeur de l’entreprise, indique Le Temps, ce qui doit permettre à la société de garder son indépendance. En effet, les actions de la fondation – à laquelle échoient des projets d’intérêt général, relatifs à la souveraineté numérique, l’éducation, la technologie éthique, la protection de l’environnement et de la biodiversité ou la transition énergétique – ne pourront pas être cédées.

Les seules actions échangeables en bourse seront les actions simples, tandis que celles octroyant des droits de vote privilégiés restent dans le giron de la fondation. Le but de l’opération est de faciliter la levée de fonds. Infomaniak cite par ailleurs les nouvelles obligations auxquelles elle sera soumise, notamment celle de publication de ses résultats, comme un nouveau levier de transparence.

L’entreprise a été fondée en 1994 à Genève. Elle a commencé par proposer de l’hébergement avant de se recentrer sur des services d’informatique à la demande, à partir de 2017. Elle emploie 340 personnes en Suisse. Portée par les préoccupations nouvelles en Europe en matière de souveraineté, elle calcule devoir se doter d’un nouveau centre de données tous les deux ou trois ans.

Reçu — 29 juillet 2026 Next - Articles gratuits

☕️ Face aux risques d’incendie, trois associations s’opposent à un projet de data center

29 juillet 2026 à 09:11


Alors que la Gironde est aux prises avec un mégafeu et que la France entre dans son quatrième épisode caniculaire de l’été 2026, les associations Data for Good, Humanité et Nature et France Nature Environnement Bouches-du-Rhône déposent des recours contre l’autorisation environnementale accordée par la préfecture au projet de centres de données de Pennes-Mirabeau. Elles sont accompagnées par des riverains et soutenues par le collectif Le nuage était sous nos pieds.

Au nord-ouest de Marseille, la ville doit accueillir le projet de Telehouse, qui prévoit de construire huit centres de données sur une parcelle de six hectares. D’après ses promoteurs, le projet devrait atteindre une capacité « commerciale » de 48 mégawatts – Telehouse demande une puissance de raccordement de 70 mégawatts au réseau de transport électrique (RTE).

« L’installation est prévue à 85 mètres de la lisière d’une pinède qui s’est déjà enflammée lors de l’incendie qui avait ravagé 2 700 hectares en août 2016 », indiquent les associations. En juillet 2025, 750 hectares supplémentaires ont brûlé, nécessitant la mobilisation de « près de 1 000 pompiers » pour contenir le feu.

Présidente du Comité d’intérêt de quartier (CIQ) des Sybilles-Amphoux, où le centre de données doit être construit, Christel Fayette indique que les résidents « ne sont pas prêts à partager [leur] espace de vie avec un data center, à sacrifier notre qualité de vie pour un monstre de technologie qui mettra en péril notre colline ».

Aux côtés d’autres CIQ, celui-ci a déposé un premier recours dès mai, contre le permis de construire accordé à Telehouse.

En jeu, cette fois-ci : les rejets de chaleur provoqués par l’usage des serveurs avec une augmentation des risques d’incendie. Les riverains s’appuient sur le plan local d’urbanisme intercommunal du pays d’Aix. Dans le Plan Climat Air Energie d’Aix Marseille Provence, il est clairement indiqué :

« Les conclusions du cahier climat métropolitain insistent à ce sujet sur l’intensification du risque incendie de forêt dû à l’augmentation des températures et des sécheresses, portant ainsi le nombre annuel de jours présentant un risque très élevé entre 30 et 50 jours à la moitié du siècle, une hausse de 20 % de l’aléa départ de feu par augmentation de température moyenne de 1 °C ».

Avec leurs cosignataires, ils pointent l’absence d’étude d’impact du projet de Telehouse sur les conséquences de ces rejets de chaleur fatale sur le voisinage urbain comme sur la forêt. Techniquement, il est possible de récupérer et de réutiliser cette chaleur fatale, mais dans les faits, malgré les promesses, cette possibilité n’est qu’appliquée de manière marginale. En France, seulement 0,1 % de la chaleur fatale émise par des centres de données est réutilisée.

Outre la question de la puissance de raccordement et de l’activité qui peut en découler, ils constatent que le centre de données prévoit le stockage de 17 cuves de carburant pour alimenter 26 groupes électrogènes, celui de batteries de secours au lithium« à l’origine de nombreux incendies très difficiles à éteindre », ou encore « l’imperméabilisation des sols sur 4 500 m² », ce qui empirerait des risques d’inondation déjà durement subis en 2019.

Concrètement, deux CIQ, plusieurs riverains, France Nature Environnement 13 et Data For Good déposent un recours environnemental contre l’autorisation préfectorale d’exploitation accordée à Telehouse. MNLE Réseau Humanité et Nature, son comité départemental 13 et plusieurs habitants de Pennes-Mirabeau en déposent un second.

Reçu — 20 juillet 2026 Next - Articles gratuits

Le surinvestissement dans l’IA pourrait passer d’une « explosion » à un « effondrement »

20 juillet 2026 à 09:28
Bubble tea
Le surinvestissement dans l’IA pourrait passer d’une « explosion » à un « effondrement »

Un nouveau rapport de la banque des banques centrales analyse dans le détail les conséquences potentielles de la course à l’investissement dans l’IA. Il estime que le secteur est déjà en situation de surinvestissement, et que le mouvement en cours pourrait passer d’une « explosion » à un « effondrement » d’autant plus intense qu’il est financé par de multiples leviers financiers.

La « banque des banques centrales » l’avait laissé transparaître dès son rapport annuel. Lors de la publication du document, fin juin, la directrice adjointe de la Banque des règlements internationaux (BRI) Andrea Maechler avait listé auprès de l’AFP quatre points d’attention pour l’économie planétaire : l’inflation provoquée par le conflit au Moyen-Orient et la hausse des cours du pétrole, des plastiques ou encore des engrais, l’ « appétit exubérant pour le risque » des marchés financiers, les niveaux d’endettement élevés des États et… la course aux investissements dans l’intelligence artificielle.

Quelques jours plus tard, l’institution a publié le travail de l’un de ses économistes, Phurichai Rungcharoenkitkul, entièrement dédié à cette course. Sur 56 pages, celui-ci détaille les dynamiques d’investissement dans l’IA et les effets qu’elles pourraient avoir sur la stabilité financière. Et d’exprimer un constat clair : les surinvestissements constatés « exposent le secteur à une baisse des recettes qui pourrait transformer le boom » du secteur « en effondrement ». Et de préciser que « la course à l’engagement précoce par le biais de l’endettement et du financement circulaire augmente le risque d’effondrement ».

En d’autres termes, l’institution s’inquiète ouvertement de voir la course à l’IA dépasser de précédents booms technologiques qui s’étaient déjà, à l’époque, soldés par d’importantes perturbations de marché. Elle alerte sur le fait que les difficultés d’une seule entreprise pourraient « se répercuter sur d’autres par le biais de chaînes d’expositions financières ».

Des sur-investissements excessivement concentrés

Qu’une innovation technologique produise une vague d’investissements n’a rien de spécifique en soi. L’invention du rail, la multiplication de canaux financés par les États-Unis, même la bulle Internet des années 2000 ont, à des mesures variables, enregistré ce genre d’excitation financière. Le problème, constate néanmoins l’économiste, est qu’elles ont régulièrement enregistré des corrections plus ou moins sévères sur les marchés. Par ailleurs, comparé à « son niveau le plus bas avant le boom, le développement actuel [de l’IA] est en passe de dépasser tous les épisodes précédents en seulement trois ans ».

Épisodes historiques d’investissements technologique / Banque des règlements internationaux

En s’appuyant sur les bilans des entreprises d’IA et les données publiques disponibles sur les transactions, l’économiste cherche à estimer l’ampleur des investissements réalisés. « La concentration du secteur offre une visibilité inhabituelle, bien qu’incomplète, sur la situation financière des entreprises », relève-t-il, avant d’estimer que les investissements réalisés dans l’industrie représentent « environ 1,5 fois l’optimum social », c’est-à-dire la meilleure répartition possible des actifs pour satisfaire au plus grand nombre. Dans certains cas de figure, ce surinvestissement peut grimper jusqu’à trois fois au-dessus du niveau le plus efficace d’allocation de capital, estime la BRI.

Cette lecture au prisme de l’efficacité économique fait écho à des travaux menés au prisme environnemental. Ainsi d’une récente étude menée par l’analyste Ketan Joshi sur les activités de Google dans le domaine de l’IA : début juillet, ce dernier calculait qu’en quelques années à peine, Google avait multiplié par 1,5 ses dépenses énergétiques pour dégager le même volume de chiffre d’affaires. Une explosion directement liée aux besoins d’infrastructures (des puces jusqu’aux centres de données) de l’IA.

Risque de « récession à l’échelle de l’ensemble de l’économie »

Circularité des investissements dans l’IA / Banque des règlements internationaux

De fait, la concentration du secteur implique que les difficultés touchant l’une des sociétés de l’IA se répercutent à plusieurs niveaux de la chaîne de valeur : elles pourraient s’étendre aux constructeurs de centres de données, aux laboratoires d’IA, aux fabricants de puces ou encore aux fournisseurs de services cloud, pour commencer. D’après la BRI, cette dynamique constitue une vulnérabilité à part entière puisqu’un « choc subi par une société pourrait se propager et devenir systémique ».

L’explosion de l’IA « partage de nombreuses caractéristiques clé » observées dans des booms technologiques historiques, rappelle Phurichai Rungcharoenkitkul : les entrepreneurs investissent lourdement dans la nouvelle technologie dans l’espoir de « gagner » la course, leurs sociétés cherchant à obtenir des effets de levier capitalistique en recourant à de multiples modes de financement, tandis que l’important recours au financement spécialisé (le capital-risque) pourrait aggraver l’ampleur des pertes en cas de ralentissement économique.

Les cinq plus grands hyperscalers devraient allouer plus de mille milliards de dollars à de l’investissement dans l’IA sur la seule année 2026, calculait la BRI dans son rapport annuel (.pdf), un montant tiré à la fois par la surenchère entre concurrents et par la hausse du prix des mémoires. Or, ces montants dépassent largement leurs bénéfices comme leurs flux de trésorerie, ce qui les conduit à se tourner de plus en plus vers l’émission de titres de créance.

En définitive, la différence la plus notable entre la bulle actuelle et les précédentes se situe dans l’ampleur du phénomène actuellement à l’œuvre. Or, plusieurs des précédentes bulles de ce type ont entraîné « des récessions à l’échelle de l’ensemble de l’économie », alerte la BRI. Et d’insister sur le fait que la course actuelle présente des « risques de ralentissement à court terme ».

Le rapport est publié alors qu’aux États-Unis, terre d’origine de la poignée des sociétés les plus engagées dans cette course à l’investissement, la Réserve fédérale a créé un groupe de travail « Productivité et emplois » dédié notamment à étudier les impacts de l’IA générative sur ces domaines. Celui-ci intègre notamment plusieurs leaders du secteur, dont le capital-risqueur Marc Andreessen, l’ancien directeur de Microsoft CoreAI et l’économiste Charles Irving Jones, détaché chez Anthropic. Autant de liens directs avec l’industrie de l’IA qui interrogent sur l’indépendance réelle de la banque centrale des États-Unis.

Reçu — 17 juillet 2026 Next - Articles gratuits

☕️ xAI poursuit un utilisateur de Grok pour création de deepfakes sexualisés

17 juillet 2026 à 06:01


xAI, maison mère du réseau social X et du moteur d’IA générative Grok, poursuit en justice un homme de Caroline du Sud au motif qu’il aurait utilisé Grok pour créer du contenu représentant des agressions sexuelles sur mineurs (Child sexual abuse material, CSAM). 
L’homme, Terry Harwood, a été arrêté plus tôt dans l’année pour des faits d’exploitation sexuelle de mineurs.

D’après la plainte de xAI, déposée devant la cour fédérale texane, il aurait violé les conditions d’utilisation des services de la société, rapporte Reuters.

C’est, a priori, la première plainte de ce type déposée par une société éditrice de système d’IA générative contre l’un de ses utilisateurs. 
C’est aussi un type d’action tout à fait cohérent avec une pratique récurrente d’Elon Musk, patron de xAI. Homme le plus riche de la planète, il est connu pour tenter de régler nombre de ses conflits devant les tribunaux (quelquefois sans succès, comme dans l’affaire qui l’a récemment opposé au PDG d’OpenAI Sam Altman).

Si le profil de l’internaute visé peut expliquer la décision de le poursuivre en justice, la plainte a ceci d’étonnant qu’elle a été déposée alors même qu’Elon Musk a personnellement supervisé le tournant de plus en plus sexualisé des résultats de Grok.

Elle peut néanmoins faire office de démonstration de ses pratiques de modération, alors que la société est sous le coup de multiples enquêtes à travers le monde.

La plainte contient par exemple l’affirmation selon laquelle xAI a suspendu 52 222 comptes et soumis 73 604 alertes au Centre national pour les enfants disparus et exploités (NCMEC) des États-Unis, alertes qui auraient « conduit à (au moins) 244 arrestations ».

La société accuse Terry Harwood d’avoir téléchargé des images non sexuelles d’adultes et d’enfants sur Grok pour générer des deepfakes pornographiques de ces différentes personnes. Elle l’accuse aussi d’avoir produit des images pornographiques non consenties d’adultes.

Reçu — 16 juillet 2026 Next - Articles gratuits

Un réseau social européen ? On est passé de Bluesky à Mu.social, et on vous explique

16 juillet 2026 à 14:32
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Un réseau social européen ? On est passé de Bluesky à Mu.social, et on vous explique

Depuis un peu plus d’un mois, un réseau social européen a fait son entrée sur le protocole AT, qui sert de colonne vertébrale à Bluesky. Next l’a testé et en a discuté avec l’un de ses architectes.

Le réseau social a 34 jours à l’heure de publier ces lignes. Il comptait 100 000 utilisateurs au bout de 26 jours d’existence. De mon côté, j’ai rejoint la troupe alors que la plateforme fêtait sa troisième semaine d’existence.

Dans l’idée d’européaniser un peu mes réseaux sociaux – et d’écrire une série d’articles qui débute avec celui-ci –, je suis allée un cran plus loin : j’ai déplacé toutes mes données sur Eurosky, la plateforme construite par la Modal Foundation. L’entité, qui gère aussi Mu, vise à fournir au public un compte unique lui permettant d’accéder à une foultitude d’applications reliées par une seule et même infrastructure : le protocole AT.

Si tous ces termes techniques vous collent des frissons d’angoisse, retenez pour le moment qu’un compte Eurosky vous permet d’accéder, depuis l’Europe et sans avoir à vous réinscrire 15 fois, à des services aussi divers que des applications de construction de site, des réseaux sociaux (type Mu), des services de code, de blog, de veille, etc. On vous en dira plus dans un prochain article. D’ici là, vous pouvez vous référer à tout cela en évoquant l’ATmosphere, à laquelle appartient aussi… Bluesky.

Mais revenons à nos mu-tons. Depuis quelques jours, j’observais une partie de la communauté Bluesky discuter de ce nouveau réseau social, Mu. Pourquoi changer encore de plateforme, alors que j’avais déjà dû fuir X, me créer un compte sur Bluesky, un autre sur Mastodon, bref, que je vis désormais dans une (relative) cacophonie de services ? « Il n’y a aucune obligation, répond à Next le vice-président de Modal, Robin Berjon. Vous aurez le même contenu et le même genre de réseau. En revanche, vous y gagnerez un ensemble de fonctionnalités supplémentaires », à commencer par le très inutile mais très satisfaisant petit chat qui court depuis deux semaines en bas de mon écran.

Là, il court partout. Mais quand il sera fatigué, il fera une sieste. / Mu, capture d’écran

L’interopérabilité en action

Surtout, le réseau est construit de telle sorte qu’il est possible de tester Mu sans abandonner son compte Bluesky. Vous voyez l’interopérabilité, ce terme barbare que professent certains défenseurs du numérique (comme la Quadrature du Net) depuis des années ? Très concrètement, c’est cela qu’elle permet : avoir un compte utilisateur quelque part, s’en servir pour accéder à une multitude de services construits par des gens différents. Ça permet aussi d’accéder au même contenu, produit par la même foule de personnes auxquelles, personnellement, je me suis abonnée depuis mon arrivée sur Bluesky, depuis l’interface de mon choix.

En l’occurrence, depuis un demi-mois, j’ai abandonné la plateforme grise et bleue de Bluesky pour adopter celle marron et rose (vous pouvez tout à fait modifier les couleurs dans les paramètres) de Mu. Avec un poticha en plus.

Si j’insiste sur le chat, c’est à la fois pour la blague et parce que ç’a fait l’effet d’un excellent coup marketing à l’échelle de la rédaction de Next. J’ai vu des gens en parler depuis Bluesky. Je me suis dit qu’il fallait que je teste. J’ai créé mon compte, j’ai été dans Paramètres / Companion (oui, de petits anglicismes subsistent) et voir ce petit être de pixel se promener sur mon écran m’a rendue excessivement heureuse. J’en ai parlé sur les réseaux (alors que j’aurais dû accorder toute mon attention à une réunion de rédaction, oups). Mes collègues l’ont vu : en moins de trois minutes, une bonne partie d’entre eux étaient en train de tester pour avoir, eux aussi, la satisfaction de voir un petit-chat-mignon sur leur écran.

Des vérificateurs de confiance par communauté

Plus sérieusement, cela dit, Mu propose quelques autres fonctionnalités différentes de celles de Bluesky. Ainsi de l’onglet « Actualités », accessible à gauche, sous la page d’accueil. « Pour le moment il est très basique, il ne prend en compte que quelques centres d’intérêt et une zone géographique, mais on travaille sur quelque chose de plus avancé, explique Robin Berjon. Quelque chose qui ressemble à un mélange entre les flux sociaux des journaux et le flux RSS d’un journal, en faisant apparaître les comptes des journalistes sur le côté, les commentaires des gens… »

Un peu plus développé, Mu recourt aussi à un système de vérificateur de confiance. Ici, pas de paiement ou de nombre d’abonnés à dépasser pour obtenir le coche des utilisateurs vérifiés. Au contraire, il faut plutôt compter sur les travaux de communautés spécifiques pour faire émerger une série de comptes vérifiés.

« L’idée, à terme, c’est d’avoir un Wikipedia de la vérification. » Sur Facebook ou Twitter, rappelle Robin Berjon, de premiers programmes de vérification ont émergé, sur lesquels les sociétés ont fait des efforts « dans un premier temps. Cela devait notamment servir à protéger contre les bots. Et puis ils se sont rendu compte que moins de bots, cela impliquait moins de vues, donc des statistiques publicitaires plus basses. » Sans parler du tournant très pécuniaire pris par X, sous l’impulsion d’Elon Musk. En déléguant à des communautés nationales, d’intérêts, de spécialités, le but est « d’empêcher que la vérification ne reste aux mains d’une seule société, qui puisse changer d’avis ».


Cliquer sur le coche de vérification d’un compte permet d’afficher les entités qui l’ont vérifié. / Mu, capture d’écran

Et de souligner que Medsky, une communauté dédiée à la santé, est par exemple très active dans la validation de « comptes crédibles de la communauté médicale ». En l’état, le système est « encore un peu trop centralisé », note cela dit Robin Berjon : rien n’empêche le compte La France sur Bluesky/Eurosky, qui a vérifié mon propre compte, de changer de politique du jour au lendemain, donc de minimiser la crédibilité de sa vérification. « Des communautés comme ATProto Belgique essaient de déporter cela, en créant des processus documentés, en fournissant une traçabilité de l’information qui permet à l’utilisateur de vérifier comment les décisions sont prises. » Une logique aussi ouverte, encore une fois, que celle qui anime Wikipedia.

Parmi les nouvelles fonctionnalités à venir, Robin Berjon cite la possibilité d’intégrer « des mini-applications, des mini-fonctionnalités, des petits jeux » directement dans Mu. Ou encore un chantier relatif à la vérification de l’âge. « On peut être partagés, considérer que ce type de décision politique n’est pas dingue. Mais comme ça semble arriver, autant le faire le moins mal possible. » En d’autres termes, les équipes de la Fondation Modal devraient réfléchir à un système aussi « respectueux de la vie privée et peu intrusif » que possible. De ces gros chantiers aux petits outils comme le chiffrage automatique du nombre de messages dans un thread, la plateforme promet sur son site web « des nouvelles choses toutes les semaines ».

Un réseau social (très) jeune

Au bout de quelques semaines d’usage, quelles critiques pourrais-je faire à cette version européenne de Bluesky ? Comme j’ai été jusqu’au bout de la démarche, c’est-à-dire que je ne me suis pas contentée de recourir à mon compte utilisateur Bluesky pour tester Mu, mais que j’ai déplacé mes données chez Eurosky, je tombe quelquefois sur un message d’erreur lorsqu’un collègue m’envoie un lien vers un message Bluesky.

À moi de déduire des éléments que j’y lis (je pars généralement du nom du profil) pour aller rechercher le message depuis mon compte Mu. Ce genre de désagrément « est voué à se résorber » au gré des travaux sur Mu, indique Robin Berjon. Ce matin, j’ai aussi vécu l’étrange expérience de voir ma photo de profil remplacée par la sienne – j’avais visiblement traîné un peu trop longtemps sur son profil le temps d’écrire cet article. Bref, Mu est jeune, et encore un peu brouillon par endroits.

J’ai changé / Mu, Capture d’écran

Mais ces petits désagréments n’empêcheront probablement pas les geeks de tous poils d’observer avec bienveillance l’évolution rapide de la plateforme. Y compris sur la question des petits chats. Puisqu’évidemment, il a fallu que des amateurs de chiens (ces gros jaloux) s’en mêlent. Depuis quelques jours, la palette des animaux compagnons s’est donc élargie. Jugez-en par vous-même :

Paramétrage de l’animal compagnon sur Mu / Capture d’écran

Pour suivre les tests et déploiements de nouvelles fonctionnalités, rendez-vous sur le profil des développeurs principaux, Sherif Elsayed-Ali et Sebastian Vogelsang, et sur le compte officiel de Mu. Pour faire vos propres retours, c’est par là.

Si vous préférez les paillettes, Mu a déjà un concurrent très très très Y2K (années 2000, pour nos vénérables lecteurs qui seraient perdus) : twinkl social. Je vous laisse sur une capture d’écran, mais je vous en parlerai un peu plus dans un prochain article.

Des paillettes et du glitter, svp / Capture d’écran du fil principal sur Twinkl.social

Mise à jour 16.07 18h30 : ajout du parcours pour activer l’animal compagnon.

Reçu — 13 juillet 2026 Next - Articles gratuits

☕️ Mineurs : Meta estime risquer jusqu’à 1 400 milliards de dollars d’amende aux États-Unis

13 juillet 2026 à 15:00


D’après les calculs de Meta, les plaintes déposées par la Californie, le Colorado, le Kentucky et le New Jersey pourraient l’exposer à 1 400 milliards de dollars d’amende si l’entreprise est déclarée coupable d’avoir conçu Facebook et Instagram de manière à rendre les plus jeunes utilisateurs dépendants de leur usage.

L’entreprise a soumis ce chiffre dans un document déposé devant la Justice ce lundi et relayé par Reuters. Il est très proche de sa capitalisation actuelle, qui s’élève à 1 500 milliards de dollars.

« Une telle sanction n’a pas de comparaison dans l’histoire de la protection des consommateurs », indique la société, qui estime que les plaintes manquent de fondement.

Illustration : Flock

La société est poursuivie devant un tribunal californien pour avoir « priorisé ses profits sur la sécurité des enfants, alimentant la crise de la santé mentale que nous observons toucher toute une génération de jeunes États-uniens », selon l’équipe du procureur Rob Bonta.

Lors d’une audience de juin, des représentants des États plaignants ont déclaré calculer le montant qu’ils allaient réclamer en multipliant le nombre de violations par les montants des amendes fixées par chaque loi étatique.

Le nombre de violations, lui, serait égal à une estimation du nombre d’adolescents et de jeunes utilisateurs affectés par les actes de Meta.

Au mois d’août, la juge Yvonne Gonzales Rogers se prononcera sur les plaintes des quatre États en question, ainsi que sur celles des vingt-neuf États qui poursuivent l’entreprise essentiellement au motif que celle-ci aurait collecté des données de mineurs sans consentement parental adéquat.

Meta nie les accusations et déclare que les procureurs n’ont pas d’éléments permettant de démontrer une « addiction aux réseaux sociaux », dans la mesure où celle-ci n’est pas une maladie psychiatrique établie.

Muse Image sous le feu des critiques : Meta fait machine arrière dans Instagram

13 juillet 2026 à 14:30
Oops... they did it again !
Muse Image sous le feu des critiques : Meta fait machine arrière dans Instagram

Très critiqué pour les enjeux de vie privée posés par son nouveau modèle Muse Image, Meta a décidé de suspendre l’outil permettant de générer des images en utilisant des photos d’autres utilisateurs Instagram.

L’expérience aura fait long feu. Déployée la semaine dernière, la fonction du modèle Muse Image permettant d’exploiter des images d’autres utilisateurs d’Instagram a été suspendue par Meta. En d’autres termes, les utilisateurs du réseau social peuvent toujours générer des images avec ce nouvel outil, mais ils n’ont plus la possibilité d’y faire figurer un autre utilisateur. En cause : de multiples critiques sur la manière dont le réseau social encourageait les internautes à utiliser les images des autres utilisatrices et utilisateurs pour générer de nouveaux contenus à l’aide de l’intelligence artificielle.

Le 8 juillet, Meta a dévoilé un modèle de génération d’image intégrée à son chatbot Meta AI et déployé des fonctionnalités de cet outil dans Instagram, permettant aux usagers de créer de nouvelles images et de retoucher ou de fictionnaliser des images existantes. Les possibilités vont de l’évolution d’une photo en lui appliquant un filtre jusqu’à la transformation complète des éléments représentés à l’image (pour leur donner l’aspect de pâte à modeler, par exemple). Elle permettait aussi de représenter d’autres internautes, grâce à une simple mention de leur handle Instagram.

« Incompréhension totale de l’opinion publique » envers ce type d’outils

Le 10 juillet, l’entreprise est revenue sur son projet. Dès la publication de Muse Image, Meta s’est retrouvée sous un feu de critiques nourries sur le choix de déployer les fonctionnalités de recours à son modèle sur le modèle de l’opt-out. De fait, les utilisateurs se retrouvaient automatiquement embarqués dans le système, et ne pouvaient s’y opposer qu’en se rendant dans les paramètres de leurs comptes, à l’onglet « Partages et réutilisations ». Des célébrités et des syndicats hollywoodiens se sont même emparés du sujet.

Ainsi de Hannah Einbinder, révélée par la série Hacks, ou du syndicat des acteurs états-uniens SAG-AFTRA, qui ont appelé leurs audiences respectives à refuser ce réusage de leurs images et publications Instagram. Pour SAG-AFTRA, « toute modalité autre qu’un choix [opt-in, ndlr] clair et évident pour ce type d’utilisation des images des utilisateurs d’Instagram est inacceptable, et une incompréhension totale de l’opinion publique vis-à-vis des dangers évidents que ce genre d’utilisation provoque ».

De fait, difficile de ne pas penser à la vague de deepfakes pornographiques qui a enseveli X lorsque des fonctionnalités similaires y ont été rendues disponibles à l’hiver 2025. Difficile, aussi, de ne pas voir les problématiques de droits d’auteurs que ce type d’outil amplifie, dans la mesure où Instagram est très largement utilisé par les artistes graphiques pour faire connaître une partie de leur travail.

La fonctionnalité n’a « pas répondu aux attentes »

« Notre souhait était de fournir un outil créatif utile et de donner aux gens le contrôle sur la possibilité de laisser leur contenu public être référencé de cette manière », a déclaré Meta dans un communiqué. Outre le contenu publié par les internautes, la photo de profil faisait aussi partie des contenus susceptibles d’être réutilisés si l’usager laissait Meta AI libre d’accéder à ses publications.

« Nous avons entendu les commentaires indiquant que cette fonctionnalité n’avait pas répondu aux attentes », a continué l’entreprise. À ce titre, indique-t-elle, elle n’est plus disponible. Ce 13 juillet, la formulation des encarts qui indiquaient encore vendredi « Autoriser la réutilisation de votre contenu sur Instagram et avec les fonctionnalités IA de Meta » déclare désormais seulement « Autoriser la réutilisation de votre contenu ». Le texte explicatif mentionnant les fonctionnalités d’IA a été modifié, supprimant cette évocation.

Seule la partie dédiée à la réutilisation des reels (les vidéos verticales) souligne qu’en cas de consentement de l’internaute, « tout ou partie de votre audio d’origine » peut être réutilisé « sur les applications et le site Web de Meta AI ».

Avant Meta, OpenAI avait déployé des fonctionnalités similaires avec son modèle Sora 2, aux États-Unis. Là encore, les outils avaient été déployés sur le mode de l’opt-out. Et dans ce cas aussi, l’entreprise avaient été suffisamment critiquée pour décider de modifier sa politique. Elle a finalement coupé l’accès à Sora en mars 2026.

☕️ Le nom de domaine marinelepen.fr mis à prix à 25 000 euros

13 juillet 2026 à 14:05


C’est sur marinelepen.com que la cheffe du Rassemblement National a lancé sa campagne pour la Présidentielle 2027, juste après avoir été reconnue coupable de détournement de fonds publics (elle se pourvoit en cassation).

Pourquoi marinelepen.com et pas .fr, pour un rendez-vous national de cette importance ? Parce que marinelepen.fr n’était pas disponible : d’après le Bulletin Quotidien, le nom de domaine a été acheté en 2021 par une entreprise belge spécialiste du référencement, Score Worldwide.

Celle-ci a récupéré le nom de domaine avant la dernière campagne présidentielle de Marine Le Pen, en 2022, pour une seule raison : son nom était de plus en plus recherché en ligne. 
Auprès de Libération, un cadre de l’entreprise indique même que l’achat a été effectué « sans savoir qu’elle était une femme politique française ».

Pendant un moment, la page du site web a présenté un portrait de l’élue et l’indication que le nom de domaine était à vendre. Actuellement, il annonce simplement, en français et en anglais : « Ce domaine de marketing est à vendre : toute offre supérieure à 25 000 € HT sera prise en considération. Veuillez envoyer votre proposition avant le 14 juillet 2026 à l’adresse servicedesk@score-worldwide.com. » La date butoir n’est qu’« indicative », précise le responsable de l’entreprise.

Capture d’écran du site marinelepen.fr le 13 juillet 2026

Le message est assorti d’une publicité pour des cliniques privées de Belgique et du Nord de la France supposées aider ses clients à « prolonger [leur] espérance de vie grâce à notre stratégie de longévité et à nos traitements urologiques ».

S’il a utilisé le nom de domaine marinelepen.fr un temps, le Rassemblement National a visiblement oublié de renouveler son droit annuel d’usage du nom de domaine, ce qui a permis à Score Worldwide de s’en emparer.

Alors que l’entreprise avait demandé au parti s’il souhaitait en récupérer l’accès (contre finances), le parti vient de s’adjoindre les services du cabinet Mark pour tenter d’en récupérer l’accès gratuitement. Auprès de Libération, Score Worldwide déclare ne pas envisager de céder le nom de domaine sans contrepartie.

Reçu — 8 juillet 2026 Next - Articles gratuits

☕️ Inclusion dans le numérique : la French Tech met fin à son programme Tremplin

8 juillet 2026 à 15:02


Pour une dizaine de millions d’euros par an, le programme Tremplin de la Mission French Tech œuvrait depuis cinq ans à la promotion de la diversité dans le secteur numérique.

D’après les informations de La Tribune, il vient d’être supprimé pour raisons budgétaires. Il devrait être remplacé par un nouveau programme nommé, de manière provisoire, Nova.

Le cursus avait été lancé en 2019 par le secrétaire d’État au Numérique de l’époque, Mounir Mahjoubi. Celui-ci soulignait alors la surreprésentation d’ « hommes qui vivent en centre-ville, issus de famille CSP+ » au sein de la French Tech, une population qui ne « ressemblait pas à (…) la France ».

En France, en 2025, seulement 9 % des start-ups étudiées dans le baromètre du BCG pour l’association SISTA avaient été fondées par des femmes. Ces sociétés avaient par ailleurs levé 1 % du total des fonds réunis sur l’année auprès du capital-risque, subissant un cumul de discriminations régulièrement étudiées. 
Les équipes mixtes, qui comptent pour 10 % du total des start-ups, avaient en revanche levé 18 % de l’enveloppe globale.

Dans l’IA, le déséquilibre est plus grand, avec seulement 3% de startups créées par des équipes féminines, et 19 % par des équipes mixtes.

une femme sur son ordinateur

Le programme Tremplin permettait à 500 entrepreneurs issus des minorités de genre, culturelle, ou de zones rurales d’accéder à un an d’incubation, de formation aux codes de l’entrepreneuriat et à une aide susceptible de grimper jusqu’à 30 000 euros.

Moins coûteux, le programme Nova devrait se concentrer sur les scale-up, c’est-à-dire les sociétés ayant validé leur modèle économique, et qui cherchent à étendre leur activité.

Reçu — 7 juillet 2026 Next - Articles gratuits

Et si l’IA permettait d’augmenter le nombre d’emplois, plutôt que de les supprimer ?

7 juillet 2026 à 14:40
Jobs everywhere ?
Et si l’IA permettait d’augmenter le nombre d’emplois, plutôt que de les supprimer ?

Dans le secteur de l’information (médias, numériques), l’adoption forte de l’IA s’accompagne d’une augmentation des effectifs sur 24 mois, relève une nouvelle étude. Des résultats qui viennent ajouter de la complexité (ou de la nuance ?) dans les débats sur les effets de ce type de technologies sur le travail.

L’intelligence artificielle cause-t-elle la suppression de milliers d’emplois ? Permet-elle la création de milliers d’autres ? Se contente-t-elle de modifier la qualité des emplois préexistants ? Depuis l’introduction des modèles génératifs, les travaux s’accumulent, qui tentent de détailler les effets concrets de la technologie sur le travail.

Une nouvelle étude menée par Ramp et Revelio Labs vient dessiner une image un peu moins négative que l’essentiel de celles qui la précèdent. La première suit les dépenses des entreprises en matière d’IA, et la seconde s’intéresse à l’évolution des effectifs des sociétés. En cumulant leurs données relatives à 22 000 entreprises états-uniennes, elles constatent que celles qui ont investi le plus dans l’IA enregistrent une croissance plus forte de leur nombre d’employés que les autres.

La tendance s’observe jusque du côté des emplois juniors. Elle est, cela dit, « quasiment exclusivement liée » aux sociétés dont l’adoption d’IA est dite de « haute intensité ».

Tous les types d’emploi, mais surtout des sociétés technologiques

Ce type d’entreprise est à envisager comme dépensant une moyenne de 30 $ par employé et par mois en IA sur ses trois premiers mois d’activité. En moyenne, ces sociétés ont enregistré en deux ans une croissance de 10,2 % de leur effectif global, et de 12 % de leurs effectifs à des postes juniors. Les premiers effets en termes de croissance émergent « environ 6 à 12 mois après l’adoption, probablement après que les entreprises mettent en place de bonnes pratiques, intègrent les IA dans les outils de travail et se retrouvent en capacité de faire de nouveaux investissements et de recruter des équipes », écrivent les auteurs de l’étude.

En termes métiers, ces « adopteurs de haute intensité » font évoluer positivement leurs effectifs dans toutes sortes d’emplois, y compris certains très exposés à l’IA. Ainsi des métiers d’ingénierie, de vente, de service client ou de finance. Les sociétés qui investissent moins dans ces technologies n’enregistrent pas de variation évidente de leurs effectifs.

Est-ce à dire que l’IA explique directement l’augmentation constatée des effectifs ? L’histoire n’est pas si simple : d’après les auteurs de l’étude, le profil des sociétés qui tombent dans la catégorie « adopteurs de haute-intensité » est lui-même relativement spécifique. De manière générale, les entreprises qui recourent à l’IA sont « plus grandes, plus techniques et en croissance plus rapide » avant même de s’être tournées vers ces technologies.

Ce sont globalement des entreprises qui paient des salaires plus hauts que dans le reste du panel étudié, et qui sont plus souvent « soutenues par du capital-risque ». Elles sont par ailleurs plus souvent actives dans des domaines proches du monde technologique (le recours à l’IA est nettement moins fort dans des domaines comme la construction, la santé, l’art et le divertissement ou l’hôtellerie et la restauration). Dans la mesure où ce type d’entreprises croit généralement bien plus rapidement que les autres grâce à leur forme de financement, note TechCrunch, cela complique la capacité à établir si c’est bien l’IA qui conduit l’augmentation des embauches, ou l’activité générale.

Les auteurs constatent par ailleurs que la présence d’ingénieurs joue directement sur l’adoption : elle est « beaucoup plus courante lorsqu’une entreprise a des équipes d’ingénierie ». Les sociétés de l’industrie de l’information (médias, fournisseurs logiciels, etc.) sont celles qui démontrent le plus fort lien entre adoption d’IA et augmentation à moyen terme de l’emploi.

Autre élément notable : les données de Ramp et Revelio Labs n’illustrent pas d’effet négatif de l’IA sur l’emploi (au sens où son adoption aurait expressément conduit à la réduction des forces des sociétés concernées). En cela, elles tendent à confirmer les éléments établis par Oxford Economics en janvier, selon lesquels de nombreuses sociétés exagéraient purement les effets des technologies sur leur productivité.

Un débat qui reste ouvert

Au-delà de la question du type de sociétés et de leur secteur d’activité, comment comprendre ces résultats, si différents des multiples études bien plus négatives sur les effets de l’IA sur l’emploi, et qui inquiètent les Français ? Les pistes sont multiples.

L’explication peut se trouver du côté du recul croissant qu’il est possible d’obtenir sur les impacts de cette technologie, d’une part. Elle peut aussi se chercher du côté des effets d’annonces, dans lesquels des sociétés indiquent remplacer des employés par des nouvelles technologies pour transformer une mauvaise nouvelle (l’entreprise va trop mal pour maintenir ses effectifs) en une d’apparence positive (l’entreprise est innovante).

Elle peut aussi s’expliquer par le fait que cette étude s’inscrit dans une somme plus large de travaux, qui ne permettront de dégager une image claire des effets de l’IA sur l’emploi qu’au bout d’une durée bien plus longue que trois ans. Et contrairement à d’autres travaux, elle prend le parti d’adopter une approche macro. Cela signifie qu’elle ne donne aucune précision sur la qualité des emplois créés, et sur la mesure dans laquelle l’IA les a modifiés.

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L’ONU alerte sur la rapidité des progrès de l’IA

3 juillet 2026 à 07:50
Is the UN into doomerism ?
L’ONU alerte sur la rapidité des progrès de l’IA

Dans un rapport préliminaire, des scientifiques commissionnés par l’ONU estiment que la rapidité des progrès de l’IA pourrait empêcher les États de la gouverner correctement. L’institution appelle ses membres à lancer une coopération internationale sur le sujet.

Une semaine à peine après que le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), António Guterres, a appelé l’industrie de l’IA à « dire la vérité » sur ses impacts environnementaux, l’institution en remet une couche. Dans un rapport préliminaire publié ce 1er juillet, le Groupe scientifique international indépendant des Nations Unies sur l’intelligence artificielle alerte sur le fait que les « capacités de l’IA progressent désormais plus rapidement que la science et les gouvernements ne sont capables de les comprendre et de les encadrer ».

L’enjeu est d’autant plus important que « plus l’intelligence artificielle progresse sans règles communes, moins les gouvernements et les peuples auront leur mot à dire sur son devenir », a déclaré António Guterres. Le document évoque une rupture plus forte que l’arrivée de modèles génératifs comme ChatGPT dans les mondes économiques et numériques. Il alerte en particulier sur l’émergence d’« agents » capables, de manière relativement autonome, de naviguer en ligne, écrire du code, lancer des actions sur des logiciels, etc. Et souligne qu’« aucune garantie scientifique » ne permet d’en assurer le contrôle à long terme.

Un panel de scientifiques diversifié

Parmi les auteurs de ce document figurent des scientifiques connus de l’industrie de l’IA et reconnus pour leurs projets d’ « alignement » (Yoshua Bengio, lauréat du prix-Turing en 2018, Joëlle Barral, directrice de recherche chez Google DeepMind) ou leur implication en matière de défense de l’information (Maria Ressa, cofondatrice de Rappler et prix Nobel de la paix en 2021). Avec des spécialistes venus du Nigeria (Rita Orji), du Brésil (Teresa Ludermir), d’Inde (Balaraman Ravindran), du Pakistan (Bilal Mateen) ou d’Égypte (Mennetallah El-Assady), parmi d’autres nations, il constitue surtout un travail collectif riche d’une bien plus grande diversité que l’essentiel de la littérature sur les enjeux relatifs à l’IA. À l’échelle internationale, cette dernière est en effet largement dominée par des travaux venus des États-Unis, et dans une moindre mesure d’Europe et de Chine.

Collectivement, les auteurs du rapport saluent certains bénéfices apportés par l’intelligence artificielle, comprise comme « des systèmes qui perçoivent, apprennent et agissent », qui « infèrent à partir de données d’entrée comment générer des données de sortie », parmi lesquelles « des prédictions, du contenu, des recommandations, des actions ou des décisions, avec divers degrés d’autonomie et d’adaptabilité ». Parmi ces intérêts : des « applications utiles dans les sciences, la santé, l’agriculture, l’accessibilité, le travail de la connaissance et les technologies de l’information, y compris pour le développement de l’IA elle-même ». En exemple, ils citent le modèle de Google Deepmind AlphaFold, capable de prédire la structure des protéines à partir de leur séquence en acides aminés.

Le rapport précise par ailleurs qu’il se concentre sur les « modèles de fondation », compris comme des systèmes généralistes capables de réaliser une variété de tâches. Il souligne néanmoins que des systèmes spécialisés existent, et que ces derniers « fournissent des bénéfices mesurables lorsque la tâche est bien définie, les données disponibles et que les institutions peuvent le déployer volontairement ».

Progrès inégaux et dangers évidents

Il souligne cela dit l’absence d’égalité dans l’évolution de ce type de technologies : trois quarts de la puissance des supercalculateurs d’IA les plus performants est disponible aux États-Unis, la Chine en compte 15 %, et le reste du monde se partage le solde. De même, ces deux pays concentrent l’essentiel des modèles les plus avancés. Nombre de pays en développement, en revanche, manquent des infrastructures leur permettant de participer à la construction des modèles ou de les auditer. Le risque, alertent les scientifiques : que le déploiement accéléré de l’IA n’aggrave les inégalités et dépendances préexistantes à l’échelle du globe.

Côté usages, les auteurs du rapport soulignent les enjeux soulevés par la multiplication de contenus pédopornographiques et de deepfakes à caractère sexuel, tous générés par IA. Ils constatent la facilité avec laquelle l’IA générative permet de fabriquer du faux, de manière crédible, et alertent sur les effets que cela a sur les débats publics, ou encore de son rôle pour faciliter divers types de cyberattaques. Ils soulignent, enfin, comment la « complaisance » des modèles grands public peut renforcer les convictions des internautes, y compris lorsque celles-ci sont dangereuses.

Étonnamment, le document n’évoque à aucun moment l’opposition croissante à l’intelligence artificielle (notamment générative), quelquefois incarnée plus localement par une opposition à ses infrastructures. Celle-ci est pourtant visible jusque dans le pays leader de l’industrie, que sont les États-Unis.

Il n’évoque pas, non plus, les travailleurs des données, certes souvent invisibilisés, dont le rôle est pourtant essentiel à la fabrication des systèmes d’IA évoqués. Parmi les pays qui, faute d’infrastructure, se retrouvent privés des capacités d’« adapter » les modèles « à leurs propres réalités », certains comme le Venezuela, le Kenya ou Madagascar, sont aussi les foyers de clusters d’entraîneurs de données dont le travail est nécessaire pour faire fonctionner les modèles évoqués.

En revanche, pour António Guterres, la publication de ce rapport préliminaire doit être perçue comme la première étape d’un travail collectif, dans lequel il enjoint les États membres à construire un cadre international de coopération sur l’IA. Mais même ce travail promet d’être complexe : le rapport explique en effet que « la plupart des pays, y compris de nombreuses économies avancées, manquent d’expertise technique qui leur permettrait d’évaluer les modèles "frontière" les plus efficaces ou de participer à leur gouvernance de manière significative ».

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Uber : cinq chauffeurs de VTC déposent plainte pour traite d’êtres humains

2 juillet 2026 à 10:13
Service sous contrainte
Uber : cinq chauffeurs de VTC déposent plainte pour traite d’êtres humains

Cinq chauffeurs de VTC ont déposé plainte pour traite d’êtres humains contre Uber, une action qui vient s’ajouter à celle de quatre livreurs contre Uber Eats et Deliveroo.

Cinq chauffeurs de VTC ont déposé plainte au pénal contre Uber. D’après les informations de Libération, ils accusent la société de « traite d’êtres humains ». Au dossier sont versés les éléments collectés au gré de plus de 300 procédures lancées aux prud’hommes et soutenues par le syndicat FO-INV, qui aide les plaignants à demander la requalification de leurs contrats de travail. 


La plainte est déposée quelques jours à peine après le reflux d’une vague caniculaire pendant laquelle les conditions de travail de certains de leurs collègues, livreurs de repas à domicile, se sont elles aussi dégradées. Auprès de Politis, nombre d’entre eux décrivent un surplus de commandes alors même que les trajets à vélo ou à scooter sont rendus d’autant plus épuisants par la chaleur.

Travailler sans pouvoir payer son loyer

La plainte pour traite d’êtres humains, elle, ne concerne pour le moment que des cas de chauffeurs VTC. Le membre de l’INV Brahim Ben Ali détaille à Libération les cas de chauffeurs « décédés de crises cardiaques ou d’AVC alors qu’ils conduisaient » (au moins huit en un an), les situations de « travailleurs sans-papiers », de « vulnérabilité », de « surendettement ». Chauffeur depuis 2019, plaignant dans l’affaire, Mohammed, 50 ans, se décrit comme « prisonnier » d’un système sur lequel il n’a pas de prise : nombreux sont ceux qui, comme lui, enchaînent les heures de travail sans parvenir pour autant à assumer le poids de leur loyer et autres charges.

Couplé à la recherche permanente d’augmentation des profits de la part des plateformes, le conseil d’INV maître Samir Kahoul estime que ces éléments, dont le « recrutement massif et organisé » d’une catégorie précise de la population, à l’aide d’outils numériques, permettent de caractériser la traite d’êtres humains. À ses côtés, Brahim Ben Ali appelle à ne plus simplement discuter d’« indépendance » et de « salariat », mais bien à ouvrir le débat sur l’esclavage moderne.

Un enjeu qu’Uber, dans son cas, rejette clairement, qualifiant les prises de position de Brahim Ben Ali de diffamation.

Un enjeu qui relie divers types de travail des plateformes

Difficile, néanmoins, de ne pas faire le lien avec une autre plainte, déposée fin avril, contre Deliveroo et Uber Eats. Cette fois-ci, ce sont quatre livreurs qui ont accusé les deux plateformes de traite d’êtres humains, critiquant non seulement la baisse régulière des rémunérations, mais aussi le recours important à des travailleurs sans papiers et une organisation « violente » recourant de manière « systématique » à la discrimination.

En mars 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publiait un long avis détaillant l’ampleur des risques psychosociaux auxquels est exposée cette catégorie de travailleurs. Un an plus tard, un autre travail réalisé par Médecins du Monde, l’Institut de recherche pour le développement et l’Institut national d’études démographiques (Ined) constatait que que 85 % des livreurs souffraient de fatigue chronique, 45 % étaient en détresse psychologique, 36 % touchés par des douleurs « intenses et régulières » au bas du dos, pour un revenu net moyen de 880 euros, soit bien en-dessous du smic.

Leur plainte prend une nouvelle couleur alors que le mois de juin 2026 a enregistré des records de chaleur. Auprès de Politis, le coordinateur de la Maison des livreurs de Bordeaux Jonathan L’Utile Chevallier constate que « notre société est en train de s’habituer à ce que des personnes essentiellement étrangères et racisées nous servent », sans préoccupation pour la complexité accrue de leur activité lors des épisodes climatiques extrêmes (grand froid ou canicule).

Hors de France, des discussions sont déjà ouvertes pour d’autres types de travail des plateformes. C’est notamment le cas d’entraîneurs de données kényans, qui adressaient en 2024 une lettre ouverte au président des États-Unis, Joe Biden, l’appelant à mettre fin aux modèles déployés par les géants du numérique, qui les maintiennent, eux, dans des « conditions de travail relevant de l’esclavage moderne ».

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