Une stabilisation de la mémoire vive plutôt qu’une baisse
![]()
Si vous avez été attentifs aux prix sur les mois de février et mars, le marché est arrivé à une certaine stabilisation de la mémoire vive. Le prix des références les plus classiques semble ne plus trop bouger. Certains types de mémoire ont reculé, d’autres n’ont pas augmenté. Le site 3DCenter annonce une moyenne de prix inchangée ces derniers mois. Ce qui fait dire à certains que la mémoire est en baisse.
C’est peut être faire preuve d’un peu d’optimisme. Si une stabilisation de la mémoire vive est nette, déclarer des prix en baisse c’est aller un peu vite en besogne. D’abord 3DCenter analyse uniquement les tarifs des revendeurs en Allemagne, ce qui n’est pas du tout une analyse générale du secteur. Les revendeurs allemands sont, comme nous, un petit marché sur la planète mémoire vive.
![]()
Et surtout, si on regarde le tableau des prix mis en avant, on se rend compte qu’il s’agit plus d’une correction de tarifs qu’autre chose. Ici la baisse la plus spectaculaire est un -15% sur le kit de 2×32 Go de DDR5/6000. Soit un des kits les plus haut de gamme du tableau et surtout un kit qui est passé de 158€ à 596€ entre juillet et mars… Le reste des baisses est situé entre -2 et -5%, des chiffres qui sont compen,sés par des +5, +7 et mêm +17% sur d’autres modules.
Cela peut se traduire facilement. Les revendeurs allemands ont augmenté leurs prix autant que possible jusqu’à un maximum et, quand un ralentissement trop net des achats s’est fait sentir, ils ont juste réduit la voilure et ajusté légèrement leurs prix. Il arrive toujours un moment où le public bloque, même lorsqu’il n’a pas vraiment le choix. Le problème lorsque le public boude une référence de ce type, c’est que vous avez des milliers et des milliers d’euros qui dorment sur une étagère. La réaction classique est donc de baisser les prix pour que le stock bouge et que vous retrouviez des liquidités.
En agrégeant les prix de différents revendeurs, on ne peut pas obtenir de tendance. Certains ont peut-être fait des promotions, d’autres mis en avant un kit de mémoire noname particulier qui est, ici, mis dans le même panier qu’un kit haut de gamme. L’évolution des tarifs est donc à prendre avec des pincettes.
+0.1% des prix ce n’est pas une baisse, c’est une stabilisation de la mémoire vive
![]()
On remarque également que la hausse continue encore sur les références les plus vendues du marché. Les barrettes de DDR5-5600 ont encore gagné 10% Les 16 Go ont soit perdu 2% pour la 5600, soit gagné 3% sur la 6400. Le kit le plus populaire à l’été 2025, soit le 2 x 16 Go de DDR5 est quasi stable. Au final, le tableau ne dit absolument pas que la mémoire baisse mais qu’une stabilisation de la mémoire vive semble être atteinte au global avec une toute petite hausse de 0.1%. Un équilibre qui se fait après une hausse moyenne de 440% par rapport aux prix de juillet 2025.
Il y a énormément de biais possibles dans les relevés de prix des revendeurs. Le marché des pièces détachées est un mauvais témoin des tendances de tarifs. Ce que je crois comprendre de ce tableau est assez simple. Si cela s’est passé comme en France, les revendeurs comme les grossistes et les marques ont tous tendu le fil pour essayer de monter les prix au maximum parce que les marques augmentaient sans cesse les leurs tout en baissant les disponibilités. Les grossistes en amont ont donc proposé des prix de plus en plus élevés et les revendeurs ont suivi. Affichant à leur tour ces tarifs à leurs clients. Semaine après semaine, la mémoire a ainsi augmenté pour tous ceux qui n’avaient pas de contrat spécifique, ce qui concerne probablement la grande majorité des distributeurs.
Les revendeurs n’ont pas vraiment d’autres choix que d’accepter ces hausses car, sans mémoire, ils ne peuvent plus monter de machines. Ce qui est souvent une grosse partie de leur activité. Et pour éviter de se faire dépouiller de leur mémoire vive en pièces détachées sur leur catalogue, certains ont augmenté encore plus haut la mémoire vive sur leur catalogue de manière à ce qu’elle ne soit pas accessible sans débourser une fortune. Ce qui permet de vendre des configurations apparemment moins chères ensuite au global.
Mais il arrive toujours un moment où même cette stratégie ne tient plus la route. Le tarif demandé atteint un point que personne ne veut plus franchir et les ventes s’écroulent totalement. Il faut alors rectifier le tir. C’est pour cela que l’on voit des prix en légère baisse. Soit parce qu’un autre revendeur a mis la main sur un stock moins onéreux, ce qui stoppe la hausse, soit parce que les références en stock ne partent plus du tout.
Il est possible, enfin, qu’en l’absence de tout stock, certains revendeurs jouent à la guerre des faux prix. Loin d’une stabilisation de la mémoire vive, c’est une pratique classique qui permet de mettre des bâtons dans les roues de la concurrence. Quand vous n’avez plus de visibilité à court ou moyen terme sur un produit, vous le passez en « indisponible » et vous le baissez de manière importante tout en demandant aux clients de laisser un e-mail pour être prévenus en cas de retour de stock. Cela permet de « bloquer » les ventes des concurrents et d’être présent sur les listings des sites de comparaison de tarifs. Problème, cela fausse aussi toute la mécanique d’analyse de ce genre de relevé.
![]()
Le site PCPartPicker fait le même travail de remontée des prix sur les revendeurs US. On remarque également une stabilisation de la mémoire vive ces dernières semaines sur quelques références et une hausse continue sur d’autres. Ainsi le kit hyper standard et toujours demandé de 2 x 8 Go de DDR4-3200 gagne encore quelques points entre janvier et mars. Les autres références de DDR4 sont majoritairement sur une hausse début janvier puis une stagnation voire un très léger décrochage.
![]()
Sur la DDR5, le kit classique de 2 x 16Go est également très stable après une dernière grosse phase de hausse à la mi-janvier. Les autres références suivent la même tendance, à la différence notable du kit de 2×32 Go de DDR5-5600 qui semble décroître après une même augmentation jusqu’à début février.
![]()
Il s’agit là encore d’un décrochage lié, à mon sens, plus à une autocorrection que les revendeurs se sont appliquée eux-mêmes après une dernière phase de gourmandise tarifaire. À partir d’un certain prix et peut-être face également à une certaine conjecture économico-politique, les prix ont été jugés trop élevés.
Ces kits en baisse sont toujours des solutions haut de gamme en 2 x 32 Go de DDR5. En Allemagne sur la DDR5-6000, aux US sur la DDR5-5600. Qui achète 64 Go de mémoire vive aujourd’hui ? Des kits à 700€ en Europe et 900$ aux US ? Ce sont les pros. C’est sur ces références, en général très liées à un usage intensif des machines, que les prix décrochent. S’agit-il vraiment d’un retournement de marché ou plutôt que la situation globale actuelle donne moins envie aux pros de renouveler leur parc ou de s’équiper ?
La raréfaction des pièces disponibles a également tendance à figer les prix. Quand un revendeur n’a pas de visibilité précise sur ses disponibilités, il va augmenter son prix de vente pour se « couvrir ». Et les relevés peuvent donc partir à la hausse. Quand il reçoit enfin les pièces commandées, il réajuste son tarif vers un prix plus logique, ce qui fait baisser le relevé qui avait été gonflé artificiellement. Avec des disponibilités de plus en plus compliquées, les relevés jouent ainsi au yoyo ces dernières semaines.
![]()
La stabilisation de la mémoire vive se voit nettement en amont
Si on regarde en amont des revendeurs, en examinant le prix des modules de mémoire vive sur le marché avant qu’ils ne soient intégrés dans des barrettes de mémoire vive, la tendance est également à une certaine stabilité ces dernières semaines. Je n’ai pas le droit de vous partager les graphes de DRAMeXchange mais sur les modules mémoire chez Samsung et SK Hynix c’est très net.
Je pense que nous avons atteint le point haut de ce que les datacenters IA ont accepté de payer. Et cela se voit nettement sur les références en baisse. Les barrettes de mémoire les plus denses en quantité, celles les plus prisées par les serveurs, vont à la baisse car les prix ont dû dépasser un certain seuil qui correspondait à ce qu’acceptaient de payer les géants de l’IA. Les barrettes plus classiques, destinées au marché grand public, continuent de monter parce que les chaines tournent en continu pour fabriquer les modèles les plus demandés en densité.
Parler d’une baisse me parait donc inapproprié, on est dans une phase de correction et je doute qu’elle se poursuive sans de meilleures mauvaises nouvelles contre les géants de l’intelligence artificielle. Les évènements actuels en Iran pouvant à tout moment impacter à nouveau à la hausse l’ensemble des composants.
![]()
Google TurboQuant ou l’espoir d’être sauvé par ceux qui ont tout déréglé
Vous avez sans doute vu passer des articles concernant Google Research qui a annoncé un algorithme miracle baptisé TurboQuant. Ce nouveau venu est lancé avec un objectif en tête, mieux compresser la mémoire vive nécessaire aux IA pour garder leur cohérence. Cet algorithme n’a qu’un seul travail, augmenter les capacités de compression des données en mémoire pour les modèles d’IA. Avec l’idée d’avoir besoin de moins de RAM pour faire tourner des modèles gourmands tout en gardant la même précision d’exécution.
La raison pour laquelle les centres de données des acteurs majeurs de l’IA mondiale sont si voraces en mémoire vive est simple. Elle tient en deux éléments. Pour que leurs modèles soient le plus efficaces, il faut que leurs processeurs puissent accéder le plus rapidement possible à leurs modèles de données. Passer par un stockage classique, même en SSD, est souvent trop lent. L’idéal est d’agglomérer suffisamment de gigaoctets de mémoire vive pour piloter la totalité du modèle déployé. C’est pour cela que les différents LLM sont en général proposés avec des « poids » différents. Avec DeepSeek par exemple, on peut télécharger un modèle avec 7 milliards de paramètres et un autre de 67 milliards de paramètres. La mémoire nécessaire pour les deux modèles n’est pas du tout la même.
Mais l’autre élément important est la mémoire de « session ». Un espace de mémoire temporaire qui sert à agglomérer les questions et réponses d’un sujet posé. Histoire de ne pas trop tout mélanger au fur et aà mesure de l’avancée d’une session. Si vous engagez une IA pour la questionner sur un sujet, vous comptez sur le fait qu’elle restera focalisée sur celui-ci quand la conversation avance.
La promesse de TurboQuant est donc de réduire l’impact de cette seconde mémoire de session tout en augmentant la performance d’accès. C’est énorme mais cela ne touche en rien au besoin fondamental de la mémoire centrale qui va charger le LLM de base. L’annonce a évidemment fait grand bruit parce qu’en théorie, un serveur aurait besoin de moins de RAM pour un meilleur résultat avec le « simple ajout » de TurboQuant dans l’équation. Cela pourrait changer la donne et ralentir les besoins des centres d’IA sur le marché. Avec, comme espoir, une baisse tendancielle des tarifs pour tout le monde, y compris les entreprises classiques et les particuliers.
En pratique, je doute. TurboQuant va probablement changer certaines choses et modifier le comportement des centres IA qui seront compatibles avec cette technologie. Mais un retour de bâton est également possible. Si cela amène une stabilisation de la mémoire vive, cela n’entrainera pas de baisse et surtout, cela pourrait impacter fortement les marchés des processeurs, des circuits graphiques, du stockage et même de la mémoire à nouveau.
Ce type de « techno solutionnisme » a toujours un revers d’optimisation. Que va faire un centre de données avec une mémoire de session mieux compressée ? Réduire ses investissements ou augmenter ses capacités de calcul ? Vous savez probablement que la course en avant menée par les différentes IA actuellement en compétition est assez classique. Le but est d’être le premier pour rafler la mise et obtenir une situation de quasi-monopole. Seul moyen de dégager une rentabilité à terme. Ralentir ne fait donc pas partie du vocabulaire de ces entreprises et tout ce que ce nouvel algorithme de compression va faire est de leur donner envie d’investir encore plus. Si la mémoire de session est divisée par six, alors autant coller plus de processeurs pour augmenter la capacité de calcul et remplir l’espace libéré par TurboQuant. Histoire de tirer un avantage concurrentiel immédiat face aux autres IA.
Ces entreprises ont sécurisé des téraoctets de mémoire vive au prix fort et ont désormais la possibilité d’y accoler plus de stockage et de processeurs, mon humble avis est que c’est ce qu’elles vont faire. Non pas chercher à réduire la voilure en consommant moins de mémoire vive de session mais bien augmenter celle-ci en déployant plus de serveurs. Et qui dit plus de sessions et de serveurs dit également plus de besoins en mémoire globale…
Les autres sujets de Minimachines autour de la crise de la mémoire vive.
En illustration, un kit de mémoire vive de 2 x 64 Go de DDR5-8000 G.Skill Trident Z5 Royal NEO avec une finition dorée et de faux cristaux illuminés de LEDS RGB…
Une stabilisation de la mémoire vive plutôt qu’une baisse © MiniMachines.net. 2026