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Le rapport RTE sonne le glas de la décroissance

12 décembre 2025 à 05:32

L’alerte est lancée : sans croissance, le prix de l’électricité pourrait exploser, les centrales nucléaires être fragilisées, les projets de nouveaux EPR remis en cause et la neutralité carbone compromise. Le gestionnaire du réseau électrique français est formel : il faut réindustrialiser le pays et attirer des activités fortement consommatrices d’électricité, des usines aux datacenters. Mais pour cela, il faut changer de paradigme.

« L’énergie est notre avenir, économisons-la. » Ce slogan, obligatoire depuis 2019 dans toutes les annonces commerciales énergétiques, incarne la ligne qui structure depuis quelques années la politique énergétique française. Et qui cristallise l’idée directrice de certains groupes d’influence, comme le Shift Project de Jean-Marc Jancovici, pour qui toute économie d’énergie est bonne à prendre, même lorsqu’il s’agit d’une électricité décarbonée tricolore. Une injonction que RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité français, balaye radicalement dans son dernier rapport, présenté mardi dernier. En matière d’électricité, sa préconisation pourrait s’exprimer d’une tout autre façon : « L’électricité est notre avenir, utilisons-la. » Le groupe tire la sonnette d’alarme : si ce n’est pas le cas, les prix vont grimper et le chemin vers la décarbonation va considérablement s’assombrir.

Dissonance énergétique

La politique énergétique française a, ces dernières années, donné l’impression de souffrir d’une forme de dissonance cognitive. La volonté de décarboner notre économie s’est souvent traduite par l’installation de nouvelles capacités de production d’électricité, notamment renouvelables. On pouvait déjà s’interroger sur la logique de « décarboner » une électricité qui l’était déjà, mais l’effort n’a pas été vain, puisqu’il a permis limiter le recours aux dernières centrales à charbon.

Dans le même temps, cette dynamique a été accompagnée d’un discours de sobriété électrique. Plus de production pour moins de demande ? L’ensemble ne tenait qu’à une condition : réduire simultanément d’autres moyens de production, en particulier le nucléaire, avec l’objectif affiché de descendre à 50 %. RTE allait même jusqu’à envisager des scénarios 100 % renouvelables. Conflit avec la Russie, déboires de nos voisins allemands et espagnols, craintes de pénurie, flambée des prix… Cette ligne antinucléaire s’est heurtée frontalement au mur du réel.

L’effet rebond n’a jamais eu lieu

Depuis, le discours a radicalement changé : sans remettre en cause les projets solaires ou éoliens, six réacteurs EPR2 — plus huit en option — sont désormais envisagés. Mais la hausse de consommation censée les justifier ne s’est pas matérialisée. RTE l’explique par des « modes de consommation durablement modifiés, l’augmentation et l’incertitude sur les prix de l’électricité, le contexte politique et économique et les réglementations issues du “Pacte vert” européen ».

Le gestionnaire souligne également les progrès technologiques, « toujours sous-estimés dans le débat public », en citant l’exemple des éclairages à LED, qui ont « permis de réduire de 10 TWh la consommation d’électricité en dix ans ».

L’effet rebond, souvent invoqué à chaque nouvelle innovation, n’a pas eu lieu. À tel point qu’aujourd’hui, à rebours des prévisions, la France consomme 10 % d’électricité de moins qu’il y a quinze ans. Et ce n’est pas sans risques.

Deux croissances, deux scénarios

Le gestionnaire du réseau envisage deux scénarios. Un premier, pour lequel la consommation augmente à un rythme relativement lent, dans un contexte économique dégradé (PIB : +0,6 %/an et baisse de la part de l’industrie). Et un second, dans lequel la France réussit son redressement économique et industriel (PIB : +1,1 %/an et légère hausse de la part de l’industrie).

Si le scénario de croissance lente devait se réaliser, le constat serait sans appel : le prix de l’électricité pourrait exploser, le nucléaire serait soumis à des contraintes potentiellement risquées, les producteurs d’énergie seraient mis sous pression et la décarbonation de l’économie ne pourrait suivre la trajectoire annoncée.

Pas assez de consommation coûte cher

Plus d’offre, moins de demande ? En théorie, cela fait baisser les prix. Mais le marché de l’électricité n’est pas un marché comme les autres. Qu’ils soient utilisés à 70 % ou à 100 %, les coûts d’exploitation du parc nucléaire et du réseau restent fixes. Une sous-utilisation fragiliserait la rentabilité des opérateurs, qui ne pourraient survivre que grâce au « soutien public », et donc à celui des contribuables. Pour RTE, en cas de stagnation de la consommation, le coût de chaque MWh augmenterait de +10 % à l’horizon 2030.

« L’abondance de production », notamment en milieu de journée lorsque le solaire produit le plus, « conduit à des prix très bas, voire négatifs, et impose de réduire la production nucléaire et renouvelable », alerte l’opérateur. Qui pointe un problème longtemps minoré : l’excès de modulation du parc nucléaire. Faire varier la puissance d’un réacteur selon la demande ou la météo n’a rien de nouveau, mais l’essor des renouvelables en a accentué l’ampleur. Une évolution prise au sérieux, car elle pourrait affecter la fiabilité du parc. « Des milliers d’installations diffuses peuvent entraîner des arrêts et redémarrages trop brusques », confirme le gestionnaire.

Une croissance lente obligerait l’État et les opérateurs à revoir complètement leur stratégie. Selon RTE, il faudrait alors se concentrer sur « les filières de production les plus compétitives » : prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires existants, concentrer l’éolien terrestre et l’éolien en mer dans les zones les plus favorables, et limiter le photovoltaïque aux installations de grande taille. Exit les petits parcs solaires, l’éolien flottant et le nouveau nucléaire. Ce ne serait pas sans conséquences : pour maintenir dans le temps la compétence d’une industrie, il faut lui confier des projets.

Le gestionnaire du réseau redoute aussi qu’un ralentissement de la mondialisation n’aggrave la situation, empêchant la consommation d’évoluer « au rythme nécessaire pour atteindre la neutralité carbone ». Or la France importe encore près de 60 % de l’énergie finale qu’elle consomme, pour une facture annuelle comprise entre 50 et 70 milliards d’euros. Cette dépendance se traduit par une vulnérabilité géostratégique majeure, liée notamment aux importations de produits pétroliers et de gaz en provenance de Russie, des pays du Golfe et, désormais, des États-Unis.

Moins de freins, plus de datacenters !

Comment inverser la tendance, préserver des tarifs abordables et maintenir la trajectoire de décarbonation ? Aujourd’hui, la France bénéficie d’un avantage comparatif : des prix de l’électricité inférieurs à ceux de la plupart de ses voisins, en particulier l’Allemagne.

Un avantage comparatif qui peut lui permettre d’attirer les industriels et les acteurs du numérique. Mais un obstacle persiste : de nombreuses pré-réservations de raccordements à forte puissance ne correspondent à aucun projet réel et saturent artificiellement le calendrier, au détriment d’initiatives capables de se déployer rapidement. On pense notamment à l’hydrogène, massivement soutenu par les pouvoirs publics mais jugé « faiblement compétitif » par RTE.

À l’inverse, le gestionnaire appelle de ses vœux l’accueil de datacenters, tout en soulignant la fréquente surestimation de leurs besoins : ceux « déjà raccordés n’utilisent que 20 % de leur puissance contractuelle ». Pour éviter de ralentir leur installation, RTE va « augmenter son niveau de “surbooking” du réseau afin de ne pas renvoyer une image de saturation artificielle ».

Des datacenters pour faire baisser les prix et accélérer la décarbonation ? L’idée tranche avec certains discours, notamment celui du Shift, qui appelait récemment à « limiter le déploiement de l’IA », jugé susceptible de « compromettre notre capacité à décarboner l’industrie ». À l’inverse, avec une électricité abondante et largement décarbonée, la France dispose d’un levier majeur pour devenir une « terre de l’IA ». Un cercle vertueux qui permettrait à la fois de réduire l’empreinte carbone du secteur, de développer l’économie numérique et de renforcer un pilier stratégique de la souveraineté nationale.

Plus de progrès et plus de croissance pour mieux décarboner ? L’idée, malheureusement encore loin de faire consensus, s’impose désormais dans les analyses de RTE. Le temps presse : si la France veut maintenir des prix bas et inscrire sa trajectoire de décarbonation sur des bases crédibles, il est urgent de faire évoluer les mentalités, encore trop souvent imprégnées de chimères décroissantes. Puisse ce rapport constituer un jalon incontournable et remettre le débat énergétique face aux réalités du système.

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Les super-pouvoirs des NGT enfin validés par l’UE

5 décembre 2025 à 05:34

On dit que les NGT, (Nouvelles Techniques Génomiques) vont révolutionner l’agriculture. Encore fallait-il qu’elles obtiennent le feu vert de l’Union européenne pour exprimer leur potentiel sur le continent. C’est plus ou moins chose faite depuis le 4 décembre. Les négociateurs du Parlement européen ont conclu un accord assouplissant les règles actuelles les encadrant, pour favoriser le développement de plantes plus résistantes au changement climatique et moins dépendantes des engrais. Retour sur les super-pouvoirs des NGT.

Le principe des OGM classiques ? Transférer un gène d’un organisme vers un autre, d’où leur nom, « transgéniques ». Par exemple, le maïs BT a reçu d’une bactérie naturellement présente dans le sol la capacité de produire son propre insecticide.

Les NGT, eux, utilisent la technique qui valut à Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna le prix Nobel de chimie, les « ciseaux moléculaires » CRISPR-Cas9, qui permettent de modifier précisément la génétique d’une plante sans introduire de gènes extérieurs. Ce sont donc bien des Organismes Génétiquement Modifiés, dans le sens où l’homme est intervenu, mais pas transgéniques. Ils pourraient apparaître spontanément dans la nature, avec une probabilité plus ou moins importante, par mutation ou par croisements successifs.

Emmanuelle Charpentier, « Électron Libre »

J’approfondis

Pour comparer aux anciennes techniques de sélection, imaginons 3 dés. Il y a deux façons d’obtenir un triple 6 : les lancer et laisser faire le hasard, ou les poser directement sur la bonne face. On gagne beaucoup de temps, mais il faut que ce soit autorisé par les règles du jeu.

Car les fruits et les légumes que nous consommons ont tous été lentement modifiés génétiquement. Ils sont à des années-lumières de leur état d’origine naturel. Chaque grain de maïs, par exemple, était piégé à l’intérieur d’une coque non comestible aussi résistante qu’une coquille de noix et les épis étaient beaucoup plus petits. Aujourd’hui, les grains sont nus et restent longtemps sur l’épi. Dans la nature, ces caractéristiques les rendraient plus vulnérables aux oiseaux qui se nourrissent des graines. Pour notre alimentation, c’est au contraire une avancée majeure.

Les choux actuels, brocoli, kale, vert ou de Bruxelles sont tous issus d’une même plante, sur laquelle il n’y avait pas grand-chose à manger. On pourrait lister tous les légumes présents dans notre assiette : aucun n’existerait sous cette forme sans des siècles d’intervention humaine.

Pour créer un NGT, il faut avoir étudié précisément les caractéristiques d’une plante et identifier le gène intéressant. On peut alors aller plus loin et plus vite que la sélection classique, et de manière très précise. Pour agir sur 3 points essentiels : diminuer les besoins d’engrais et de pesticides, améliorer la qualité de notre alimentation et adapter les cultures au changement climatique.

Les premières applications existent et sont déjà commercialisées à travers le monde. Elles se concentrent sur la qualité nutritionnelle des aliments, comme une tomate enrichie en antioxydants ou un soja au profil d’huile plus favorable. Les possibilités semblent infinies. Des plantes que l’homme a cessé de cultiver pourraient même réapparaître sur nos étals.

Diminuer les pesticides

Pour les cultures les plus courantes, comme le blé, les chercheurs s’efforcent d’améliorer ou de préserver les rendements tout en réduisant l’usage d’engrais et de pesticides. Cet enjeu est crucial : avec une population mondiale croissante, augmenter la productivité par hectare est essentiel pour éviter d’empiéter sur les terres préservées pour la nature. Actuellement, la déforestation est responsable de 50 % de la perte de biodiversité, bien plus que le réchauffement climatique (6 %).

Source : Living Planet Report

Des chercheurs ont ainsi trouvé un moyen de réduire la quantité d’engrais azotés nécessaires à la culture des céréales. D’autres sont sur la bonne voie pour remplacer les pesticides. Des céréales résistantes à un virus de type « Jaunisse », transmis par les insectes, ont notamment été développées. Jusqu’en 2018, les néonicotinoïdes étaient un moyen de lutte efficace. Depuis leur interdiction, les agriculteurs doivent appliquer plusieurs insecticides. Obtenir des variétés tolérantes aux virus serait un moyen efficace de limiter leur utilisation.

D’autres NGT permettent de se passer de fongicides, ces pesticides qui empêchent le développement de champignons. Comme le blé immunisé contre l’oïdium, qui a été approuvé le 5 mai 2024 par les autorités chinoises.

Quel bilan pour les OGM ?

J’approfondis

Améliorer notre alimentation

Les NGT peuvent aussi nous aider à mieux nous nourrir, pour un meilleur prix, en alliant rendement et qualité nutritionnelle. Une farine blanche contenant 3 fois plus de fibres, autant qu’une farine complète, a été développée aux États-Unis. Le manque de fibres dans notre alimentation est vu comme une des causes de cancer liées à notre mode de vie. En Angleterre, des essais portent sur des blés moins riches en Acrylamide, un composant qui s’avère cancérigène en cas de surcuisson. 

S’adapter au changement climatique

Un des principaux axes de développement est évidemment l’adaptation des cultures au réchauffement climatique. Éviter les pénuries ou les trop grandes augmentations de prix en cas de mauvaises récoltes est un des enjeux majeurs des prochaines décennies. Des plants de blé aux racines plus longues ont par exemple été conçus pour être plus résistants à la sécheresse. De nouvelles conditions qui amènent parfois les agriculteurs à privilégier des variétés moins productives, plus chères et consommatrices de terres. L’édition génomique permet de concilier les deux. Et de se protéger des aléas.

En Europe, un assouplissement en trompe l’œil ?

En Europe, historiquement rétive aux OGM, le Parlement Européen avait déjà voté pour assouplir les règles sur les plantes créées avec les Nouvelles Techniques Génomiques. Malheureusement, les discussions ont été interminables et soumises à nombre d’amendements ayant réduit la portée de ces progrès. Avec l’accord conclu le 4 décembre les choses avancent, même si le champ d’expression des NGT et les modalités de leur déploiement restent encore limités. 

Particulièrement poussé par la présidence danoise de l’UE, cet accord vise à encore étendre les possibilités d’usage des NGT, en distinguant deux catégories. Les NGT de catégorie 1, issues de mutations sans ajout d’ADN étranger, seront traitées comme des variétés conventionnelles, tandis que les autres, de catégorie 2, resteront soumises à des autorisations plus strictes, excluant, hélas, les résistances aux herbicides ou la production d’insecticides. Les débats ont aussi porté sur la traçabilité, limitée à l’étiquetage des semences mais non des produits alimentaires finaux. Ils se sont également positionnés sur la question des brevets, non interdits, mais sous surveillance accrue pour éviter une concentration aux mains de multinationales au détriment des petits agriculteurs.

Les modifications génétiques autorisées pour les plantes de catégorie 1 sont néanmoins limitées à moins de vingt sur le génome. Au-delà de ce seuil, elles relèvent de la catégorie 2, soumise à des autorisations plus rigoureuses. Miracle de la technocratie, ces critères étant relativement dépourvus de sens. Même s’ils sont censés restreindre les nouvelles licences à une simple reproduction des mutations naturelles ou similaires, sans introduction d’ADN étranger, tout en excluant les résistances aux herbicides ou la production d’insecticides pour des raisons de durabilité.

Par ailleurs, les NGT ne pourront toujours pas être utilisées en agriculture biologique. C’est d’autant plus surprenant que l’agriculture bio utilise depuis longtemps des variétés modifiées par… des radiations ou des produits chimiques. Comme les variétés modernes d’orge de printemps, de tournesols ou de pamplemousse rose.

Et en France ?

Une fois validé par le Parlement européen et le Conseil de l’Union, l’accord provisoire sur les NGT n’exige pas obligatoirement un vote spécifique à l’Assemblée nationale pour son intégration au droit français. Cet acte relève de la procédure législative ordinaire de l’UE (codécision), qui produit un règlement directement applicable dans tous les États membres sans transposition nationale requise. Notre droit s’aligne automatiquement dès l’entrée en vigueur du règlement, prévu après validation formelle en 2026. Cependant, nos deux chambres disposent d’un rôle de contrôle a priori. Une résolution de la commission mixte parlementaire (Assemblée et Sénat) peut être adoptée pour évaluer le texte et inviter le gouvernement à voter contre au Conseil, mais cela reste consultatif et n’a pas d’effet contraignant. Aucune loi de ratification n’est nécessaire, contrairement aux accords mixtes comme le CETA. Des débats pourraient émerger lors de l’examen du projet de loi de finances ou via des questions au gouvernement, mais sans vote dédié à l’adoption du règlement NGT. Une chance…

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