Vue normale

En Afrique du Sud, la montée de la xénophobie fait craindre une pénurie de main-d’œuvre

Plusieurs secteurs s’inquiètent d’un manque de travailleurs en Afrique du Sud alors que plus de 67 000 migrants africains, en majorité illégaux, ont quitté le pays en raison de violentes manifestations xénophobes.

© PHOTO DAN KITWOOD/GETTY IMAGES/AFP

Un travailleur fait une pause dans la récolte de canne à sucre, dans une exploitation de la région de Komatipoort, Afrique du Sud, le 8 juillet 2013.

Acétamipride : la peur doit-elle faire la loi ?

2 juillet 2026 à 21:36

L’acétamipride ? Un pesticide que toute l’Europe autorise, sauf la France, où son interdiction fragilise plusieurs filières agricoles. Pourtant, certains brandissent de terribles menaces sanitaires, études à l’appui. Mais concluent-elles vraiment ce qu’on leur fait dire ?

Imaginez que pour soigner un simple début de rhume, votre médecin vous interdise le paracétamol sous prétexte qu’une surdose peut détruire le foie, et vous ordonne à la place de prendre dix bains glacés par jour en priant pour que le soleil brille. C’est absurde. Pourtant, c’est exactement ce type de médecine médiévale que certains tentent d’imposer à notre agriculture. Une tribune en ligne, qui s’oppose avec fracas au retour de l’acétamipride et de la flupyradifurone dans nos champs sous couvert d’une urgence agricole, agite le chiffon rouge de l’apocalypse écologique quelques jours avant la rediscussion au Sénat de leur réintroduction encadrée. Mais lorsque l’on gratte le vernis de cette pétition alarmiste pour analyser ses sources, l’échafaudage s’effondre. Derrière les grands mots se cache une manipulation scientifique qui menace directement notre souveraineté alimentaire, sans pour autant sauver un seul brin d’herbe. Et tout ceci est d’autant plus inquiétant que des sociétés savantes, des chercheurs et des médecins en sont signataires. Aveuglement collectif ou véritables lanceurs d’alerte ?

Le mirage des alternatives magiques

L’argument phare de cette tribune tient en une promesse séduisante, celle selon laquelle nous n’aurions pas besoin de ces molécules car il existerait une panoplie d’alternatives prêtes à l’emploi, totalement inoffensives et d’une efficacité redoutable. C’est une belle histoire, mais elle ne résiste pas à l’épreuve des faits.

Une étude de référence menée par l’INRA et l’ANSES montre que la réalité du terrain est infiniment plus complexe. Les chercheurs y révèlent que pour remplacer à court terme ces substances de manière immédiate, quatre-vingt-neuf pour cent des solutions viables sont en réalité d’autres insecticides chimiques, principalement de la famille des pyréthrinoïdes. Or, les scientifiques écrivent noir sur blanc « En revanche, il n’a pas été possible d’identifier des substances ou familles de substances chimiques qui présenteraient de façon globale un profil de risque moins défavorable que les néonicotinoïdes. » Ils possèdent leur propre toxicité, notamment pour les milieux aquatiques, et favorisent l’apparition rapide de résistances chez les ravageurs.

Quant aux méthodes non chimiques, comme les prédateurs naturels ou les micro-organismes, elles ne garantissent pas à elles seules de maintenir les rendements comparés aux autres pays européens par exemple qui eux autorisent tous l’usage encadré de l’acétamipride par exemple. Très dépendantes des caprices de la météo, elles laissent les agriculteurs désarmés en cas d’attaque massive. Vouloir interdire les traitements ciblés sans solution robuste revient simplement à condamner nos récoltes au hasard climatique.

La science dévoyée et le mirage des doses infinitésimales

Pour frapper les esprits et faire frémir le consommateur et le législateur, la tribune n’hésite pas à brandir des risques majeurs pour la santé humaine, s’appuyant sur des études de biomonitoring qui montreraient une imprégnation généralisée de la population. Ce que les auteurs de la tribune évitent bien de préciser, c’est l’origine géographique, le contexte et surtout les doses réelles mises en évidence dans ces données.

La grande majorité des études scientifiques alarmistes sur lesquelles se base la tribune et qui sont consultables sur le site proviennent d’Asie, notamment de Chine ou du Japon. Or, transposer ces données à la France constitue une erreur méthodologique majeure sans étude de reproduction. En Asie, des molécules ultra-persistantes de première génération comme l’imidaclopride ou le dinotéfurane sont toujours pulvérisées massivement sur des cultures de base comme le riz ou le thé, avec des normes de résidus bien plus permissives qu’en Europe.

Chez nous, ces substances sont interdites depuis longtemps. Le débat français concerne l’acétamipride et la flupyradifurone, des molécules qui se dégradent rapidement et présentent un profil toxicologique sans commune mesure. De fait, les analyses d’exposition réelle montrent que l’apport journalier moyen estimé pour ces néonicotinoïdes est dérisoire, s’étendant de 0,53 à 3,66 μg/jour. Même l’apport le plus élevé mesuré toutes molécules confondues, qui atteint à peine 64,5 μg/jour pour le dinotéfurane1. Pour l’acétamipride, c’est 0,38 mg/j (0,005 mg/kg/j)., représente moins de 1 % de l’apport journalier admissible fixé par les autorités européennes. Nous sommes donc à des années-lumière des seuils de danger sanitaire, avec des expositions réelles bien trop faibles pour provoquer le moindre impact biologique ou clinique sur la santé humaine.

Nous rapportons ici plusieurs exemples d’approximations, d’omissions ou de glissements rhétoriques constatés après vérification des sources partagées.

Tout d’abord, il est question de la présence d’acétamipride dans l’eau de pluie. La référence existe bien : elle rapporte, au Japon, une détection dans 82 % des échantillons analysés, avec une concentration moyenne de 0,36 ng/L. Mais ce chiffre, présenté sans ordre de grandeur, produit artificiellement de la peur. 0,36 ng/L, cela signifie 0,00036 microgramme par litre, ou encore 0,00000036 milligramme par litre. À cette concentration, il faudrait boire environ 2,8 millions de litres d’eau de pluie pour atteindre 1 milligramme d’acétamipride, l’équivalent de ce que délivre en nicotine… une cigarette. Autrement dit, l’équivalent d’une piscine olympique. Et même en imaginant, de manière totalement irréaliste, qu’une personne boive chaque jour 2 litres de cette eau de pluie japonaise, elle n’absorberait que 0,72 nanogramme par jour2. Il lui faudrait alors environ 3 800 ans pour atteindre 1 milligramme.

La comparaison avec la nicotine d’une cigarette ne vise évidemment pas à dire que les deux substances seraient toxicologiquement identiques. Elle sert simplement à rappeler une évidence trop souvent oubliée dans ces tribunes militantes : détecter n’est pas exposer dangereusement. La toxicologie ne commence pas avec la présence d’une molécule, mais avec la dose, la voie d’exposition, la durée, le métabolisme et le seuil à partir duquel un effet biologique devient plausible.

Ici, l’effet rhétorique est classique : on transforme une trace analytique infinitésimale en signal sanitaire inquiétant. C’est le sophisme de la détection : faire croire qu’une molécule retrouvée grâce à des instruments capables de mesurer des fractions de milliardièmes de gramme correspond déjà à un danger pour la population.

De même, lorsqu’ils cherchent à faire peur en évoquant la présence de pesticides dans le liquide céphalo-rachidien des enfants, l’effet rhétorique repose davantage sur l’image que sur l’analyse du risque. La référence citée existe bien. Il s’agit d’une étude suisse pilote portant sur 14 enfants âgés de 3 à 18 ans, tous hospitalisés pour leucémie ou lymphome, chez lesquels des ponctions lombaires étaient réalisées dans le cadre de leur prise en charge. Les auteurs y retrouvent des métabolites de néonicotinoïdes dans le liquide céphalo-rachidien, notamment la N-desméthyl-acétamipride, principal métabolite de l’acétamipride, détectée dans 93 % des échantillons, à une concentration médiane de 0,0123 ng/mL. Mais que représente ce chiffre ? 0,0123 ng/mL, c’est 12,3 picogrammes par millilitre, ou 12,3 nanogrammes par litre. En retenant, par commodité, un volume total de LCR de l’ordre de 125 à 150 mL, cela correspondrait à environ 1,5 à 1,8 nanogramme dans l’ensemble du liquide céphalo-rachidien. Autrement dit, une quantité infinitésimale, rendue visible par la puissance des méthodes analytiques modernes. La comparaison avec la nicotine est là encore éclairante. Dans l’étude de Malkawi et al., la cotinine, métabolite de la nicotine, était mesurée dans le LCR des fumeurs à des concentrations de 27,3 à 457,1 ng/mL, soit environ 2 200 à 37 000 fois plus que la concentration médiane de desméthyl-acétamipride rapportée dans l’étude suisse. La nicotine elle-même y était mesurée entre 6,0 et 215,1 ng/mL, soit environ 500 à 17 500 fois plus. Même chez certains sujets passivement exposés au tabac, y compris des nouveau-nés de mères fumeuses, les concentrations de cotinine dans le LCR étaient supérieures de plusieurs ordres de grandeur.

La vraie question n’est donc pas : « a-t-on détecté quelque chose ? », mais : « à quelle dose, chez qui, dans quel contexte, avec quelle relation dose-effet, et avec quelle conséquence clinique démontrée ? » Or les auteurs de l’étude suisse sont eux-mêmes prudents. Ils précisent que leur population était restreinte, hautement sélectionnée, et non représentative d’une population pédiatrique générale. Ils soulignent aussi qu’aucun groupe témoin d’enfants sains n’a été inclus, ce qui empêche de savoir si ces expositions étaient spécifiques aux enfants atteints de leucémie ou de lymphome. Il est donc scientifiquement malhonnête de laisser entendre que cette étude démontrerait que « les enfants » auraient massivement des pesticides dans le cerveau, ou que ces traces expliqueraient leurs maladies. Elle montre une capacité de détection de métabolites à l’état de traces dans une population très particulière. Elle ne démontre ni un risque sanitaire aux doses mesurées, ni une causalité avec les cancers pédiatriques, ni une exposition représentative de l’ensemble des enfants. Enfin, le débat est d’autant plus biaisé que les sources d’exposition ne sont presque jamais discutées. Les néonicotinoïdes ne viennent pas seulement des champs. Certains usages domestiques ou vétérinaires, notamment les traitements antiparasitaires des animaux de compagnie contenant de l’imidaclopride, peuvent contribuer à des expositions domestiques. Faire porter tout le soupçon sur l’agriculture, sans examiner ces sources résidentielles, revient à construire un récit militant plutôt qu’une analyse toxicologique sérieuse.

Le paradoxe écologique du purisme

En croyant protéger la nature par une interdiction dogmatique, les signataires de cette tribune provoquent ce que les scientifiques appellent un transfert de risques. C’est le pire des paradoxes, où l’idéologie produit l’effet inverse de celui recherché.

Puisque les alternatives autorisées actuellement sont moins puissantes et beaucoup moins persistantes que les traitements ciblés — au point que les pucerons verts (Myzus persicae) ont déjà développé de fortes résistances génétiques face aux traitements de substitution classiques à base de pyréthrinoïdes (comme le Karaté K ou le Mavrik Jet), les rendant inefficaces — les agriculteurs n’ont d’autre choix, pour sauver leurs cultures de betteraves ou de fruits, que de multiplier les passages de tracteurs pour pulvériser d’autres produits chimiques. Le résultat opérationnel est désastreux avec une consommation de carburant en hausse, des sols tassés par le poids des machines et un impact global sur la biodiversité locale bien plus lourd qu’un traitement unique et maîtrisé.

C’est tout le problème de cette tribune : elle ne raisonne pas en balance bénéfices-risques, mais en dramaturgie de la peur pour arriver à ses fins, en arrivant au passage à convaincre d’autres scientifiques qui confondent alors croyance et pertinence scientifique. Elle cite des études hors contexte, mélange des molécules différentes comme si tous les néonicotinoïdes avaient le même profil toxicologique, transpose à la France des données issues de pays aux usages agricoles et aux réglementations très différentes, confond détection analytique et exposition dangereuse, danger théorique et risque réel, corrélation et causalité, la pire des erreurs. Elle mobilise des études précliniques chez l’animal comme si elles suffisaient à prédire un effet clinique chez l’humain aux doses environnementales mesurées. Elle agite la présence de traces dans l’eau de pluie, les urines ou le liquide céphalo-rachidien sans jamais discuter sérieusement des ordres de grandeur, des seuils toxicologiques, des voies d’exposition, ni des sources possibles non agricoles, notamment domestiques ou vétérinaires.

L’écologie de papier se transforme ici en une impasse agronomique et environnementale bien réelle.

Acétamipride : anatomie d’une machine d’influence

J’approfondis

Face à la binarité stérile des débats, il convient de défendre une vision pragmatique. La solution ne réside ni dans le tout-chimique d’autrefois, ni dans le grand saut dans le vide proposé par les pétitionnaires. L’avenir appartient à une écologie de précision, scientifique et technologique, et non dogmatique et populiste.

Plutôt que d’interdire par posture et d’importer ensuite des produits traités depuis les pays voisins, voire l’autre bout du monde, nous devons faire confiance à la science et au progrès. Cela passe par le développement de l’application ciblée, le recours à la sélection variétale et aux NGT pour rendre les plantes nativement résistantes aux pucerons, et l’utilisation de technologies de pointe pour ne traiter que là où c’est strictement nécessaire, à la dose minimale utile. C’est en stimulant l’innovation et en libérant l’ingéniosité de nos chercheurs et de nos agriculteurs que nous bâtirons une agriculture durable, résiliente et capable de nourrir la population en toute sécurité.

1    Pour un adulte de 77 kg (poids moyen en France), la Dose Journalière Admissible (DJA) s’élève à 15,4 mg/j (0,2 mg/kg/j) pour le dinotéfurane, interdit en agriculture européenne
2    Pour un adulte de 77 kg (poids moyen en France), la Dose Journalière Admissible (DJA) s’élève à 15,4 mg/j (0,2 mg/kg/j) pour le dinotéfurane, interdit en agriculture européenne

L’article Acétamipride : la peur doit-elle faire la loi ? est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

Des chercheurs remettent en cause l’autorisation d’un fongicide par l’UE

Le fluazinam, un fongicide répandu dans la culture de la pomme de terre, aurait des effets neurotoxiques, affirment des chercheurs qui ont réévalué les données de 2005 utilisées pour demander son autorisation.

© PHOTO PHILIPPE HUGUEN/AFP

Le fluazinam, utilisé dans certaines cultures pour lutter contre des maladies fongiques, aurait des effets neurotoxiques, clament les chercheurs qui ont réexaminé des données de 2005.

Les prévisions d’une nouvelle canicule en juillet 2026 sont-elles fiables ?

29 juin 2026 à 15:20

La première canicule de l'année subie par la France métropolitaine en juin 2026 régresse. Et, déjà, des annonces du retour de la chaleur pour la semaine du 6 juillet émergent. Ces prévisions météo sont-elles vraiment fiables ?

La « révolution française » de l’agriculture de précision

27 juin 2026 à 18:02

Une révolution française dans l’agriculture 4.0, grâce à une initiative open source et open data qui bouscule les géants du secteur. Centipede-RTK, réseau collaboratif de géolocalisation centimétrique gratuit, redonne aux agriculteurs la maîtrise de leurs outils technologiques.

C’est une petite antenne en forme de soucoupe volante fixée au sommet d’un hangar agricole ou d’un tracteur. Pour le néophyte, elle est presque invisible. Pour l’agriculteur assis dans sa cabine, elle change tout…

Alors que Bruxelles accueillait le 31 janvier dernier la conférence FOSDEM, grand-messe internationale du logiciel libre, l’ingénieur Pierre Beyssac (aussi auteur pour les Électrons Libres) y présentait devant une salle comble les dernières avancées du projet « Millipede Caster ». Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais il est au cœur de Centipede-RTK, un réseau qui offre aujourd’hui une précision de guidage centimétrique à des milliers d’engins agricoles et de drones, et ce, gratuitement, dans de nombreux pays.

Loin d’être une simple alternative technique, ce projet incarne aussi une philosophie : celle de la reprise en main de l’outil de production par ceux qui l’utilisent. Face aux modèles propriétaires verrouillés par abonnements, Centipede oppose la force du collectif et de l’ouverture des données (open data).

L’impératif de la précision : pourquoi le mètre ne suffit plus

Pour comprendre la portée de cette innovation, il faut plonger dans la réalité de l’agriculture moderne. Depuis une vingtaine d’années, le pilotage à vue des machines ne suffit plus. Les enjeux économiques et écologiques imposent désormais une rigueur mathématique.

Or, les systèmes de positionnement par satellite classiques, appelés GNSS, que nous utilisons tous via le GPS américain ou le Galileo européen, offrent une précision qui oscille, dans le meilleur des cas, autour de 3 mètres environ. Une marge d’erreur qui est tout à fait acceptable pour une randonnée (et encore), mais désastreuse pour un tracteur qui doit passer entre des rangs de semis espacés de quelques dizaines de centimètres à peine...

C’est là qu’intervient la technologie RTK. Le principe est ingénieux : il vise à corriger les erreurs des signaux satellites causées par la traversée de l’atmosphère (la vapeur d’eau et l’activité ionosphérique). Pour ce faire, est utilisée une station de référence au sol, dont la position est connue au millimètre près. Cette base capte les signaux des mêmes satellites que le tracteur, calcule l’erreur de positionnement en temps réel et diffuse ses observations via Internet. Le récepteur de l'engin agricole traite ces données localement : il les corrèle avec la position fixe de la station pour déterminer l'erreur et affiner sa trajectoire.

Le résultat est spectaculaire : la précision devient centimétrique, voire de quelques millimètres avec le matériel le plus perfectionné.

Cette technologie permet l'autoguidage des engins, améliorant la précision de positionnement lors des passages dans les champs. Résultat : moins de carburant consommé, moins d’usure matérielle, mais aussi une forte réduction des intrants (engrais, produits phytosanitaires) qui, de plus, dans le cadre de l’agriculture de précision, ne seront appliqués que là où c’est strictement nécessaire. Autant de travail harassant en moins pour l’agriculteur qui n’a plus qu'à regarder le tracteur se conduire tout seul…

Les drones sont aussi de gros consommateurs de services RTK : agriculture de précision (analyse du stress hydrique ou d’infestation d’une parcelle), cartographie et inspection des infrastructures (les lignes haute tension, par exemple), usages militaires (interdits sur le réseau Centipede-RTK) et recherche.

Article réservé à nos abonnés.

Lire la suite s'abonner dès 5€/mois

L’article La « révolution française » de l’agriculture de précision est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

💾

Électroscope #32 : Scanner le corps et la terre, détruire les parasites et augmenter l’hôpital

21 juin 2026 à 17:42

Scanner l’intégralité de son corps, remplacer les pesticides par des UV, inventer le premier hôpital IA, lancer un satellite hyperspectral et célébrer l’IA souveraine… C’est parti pour Électroscope #32.

Midjourney présente son « alternative » à l’IRM et au scanner

Et si un simple bain d’une minute suffisait à cartographier l’intégralité de votre corps en 3D avec finesse ? C’est le pari fou de la célèbre intelligence artificielle, Midjourney, qui s’invite désormais dans le monde médical !

Seriez-vous prêt à troquer votre examen médical classique contre un passage régulier dans une sorte de scanner aquatique intelligent ? Midjourney, startup californienne mondialement connue pour générer des images époustouflantes à partir de requêtes textuelles, se lance dans la conception de matériel médical. Son ambition ? Créer une cartographie tridimensionnelle complète du corps en moins de 60 secondes.

Plutôt que d’utiliser les champs magnétiques d’une IRM ou les rayons X d’un scanner classique, le « Midjourney Scanner » s’inspire de l’écholocalisation des dauphins. Le patient est immergé à vitesse contrôlée dans un bassin d’eau. Il traverse alors un anneau incrusté d’un demi-million de micro-capteurs de la taille d’un grain de sable. En émettant des ondes ultrasonores sous une multitude d’angles et en analysant leur réverbération sur nos fluides et organes, le système acquiert des téraoctets de données acoustiques brutes. C’est ici que l’IA de Midjourney intervient : propulsée par une puissance de calcul de deux pétaflops par appareil, elle génère une modélisation 3D d’une précision au « dixième de millimètre ».

La stratégie commerciale se veut tout aussi disruptive. En partenariat avec Butterfly Network, spécialiste des dispositifs échographiques, Midjourney entend contourner les hôpitaux pour ouvrir des « Midjourney Spas », dont le premier verra le jour à San Francisco. Les deux entreprises visent une flotte mondiale de 50 000 scanners d’ici 2031. L’idée est d’encourager la prévention par des scans hebdomadaires ou mensuels…

« Nous pensons qu’il est tout à fait possible pour le monde, avec suffisamment d’imagerie précoce, d’éviter à l’avenir 30 % de tous les décès et 50 % de tous les coûts des soins de santé », assure l’entreprise.

L’idée est technologiquement séduisante, mais la prudence clinique reste de mise. La communauté médicale, et en premier lieu les radiologues, rappelle que la physique des ultrasons les rend incapables de traverser efficacement les structures osseuses comme le crâne ou les milieux gazeux (poumons, intestins), et n’apportent pas la texture détaillée d’une IRM. De plus, confier le diagnostic à une IA générative soulève bien sûr la crainte des « hallucinations » : le système pourrait-il inventer ou effacer une lésion pour rendre l’image visuellement cohérente ? Cette seconde critique relève toutefois d’une mauvaise interprétation de la technologie réellement employée (pas d’IA générative ici). Si la prouesse architecturale fascine, la validation scientifique par les autorités de santé (la FDA) sera le véritable juge de paix…

L’offensive des robots agricoles contre les parasites

Et si l’on remplaçait, au moins en partie, les pesticides par des tracteurs émetteurs de flashs de lumière mortels pour les nuisibles ? Une nouvelle génération de robots agricoles géants arpente déjà les champs californiens à la nuit tombée…

Face à la résistance des insectes aux produits phytosanitaires, une startup californienne nommée TRIC Robotics propose une alternative intéressante : abandonner « la chimie », trop souvent conspuée, au profit d’une approche photonique et robotisée.

Leur dernière création, la plateforme autonome « Luna », a été pensée pour se fondre dans le quotidien des agriculteurs. Semblable à un enjambeur agricole classique, elle cache en réalité un arsenal de haute technologie. Équipé de puissantes lampes à ultraviolets (UV-C), d’aspirateurs pneumatiques et de caméras haute résolution, ce robot parcourt les cultures durant la nuit. TRIC Robotics a choisi de cibler dans un premier temps les champs de fraises, l’une des cultures les plus dépendantes aux pesticides.

L’action de la lumière UV-C est foudroyante : celle-ci détruit directement l’ADN des nuisibles, empêchant la réplication cellulaire des microbes comme la reproduction des acariens. Les aspirateurs font le reste. Les robots sont en outre conçus pour opérer exclusivement de nuit. L’absence de lumière solaire privant certains pathogènes de leur capacité à utiliser les UV naturels pour réparer leur ADN, afin de maximiser la létalité du traitement. Mieux encore, une telle méthode épargne les insectes pollinisateurs diurnes, comme les abeilles.

Pour le moment hélas, ces mastodontes d’acier utilisent des générateurs diesel plutôt que des batteries (c’était le projet initial), afin de pallier le manque de bornes de recharge au milieu des immenses plaines agricoles américaines, et ont un coût de fabrication élevé. Ces robots sont donc proposés sous forme d’abonnement (« Robotics-as-a-Service »), pour alléger les frais initiaux des exploitants. Ils auraient déjà permis de réduire l’usage de pesticides « jusqu’à 70 % » lors des tests effectués sur la côte californienne…

L’hôpital augmenté : une IA française au chevet des malades

Et si l’intelligence artificielle servait de copilote aux médecins lors de vos futures consultations hospitalières ? Le CHU de Montpellier ouvre la voie avec une technologie d’avant-garde, une première en France et en Europe.

Dans les couloirs des hôpitaux, la surcharge administrative et la vétusté des systèmes informatiques épuisent les soignants, volant un temps précieux qui devrait être réservé aux patients. Pour briser ce cercle vicieux, le CHU de Montpellier vient de lancer un programme ambitieux : « Alliance Santé IA ». Soutenu par l’État à hauteur de 15 millions d’euros via le plan France 2030, l’objectif est de créer le premier « hôpital augmenté » d’Europe.

La singularité de ce projet, mené en partenariat avec la deeptech française ADLIN Science, réside dans son architecture. Contrairement à de nombreuses expérimentations qui confient l’analyse des données aux géants du cloud américain, le CHU de Montpellier a fait le choix de la souveraineté. Les dossiers médicaux, les imageries et les conversations ne quittent jamais l’enceinte numérique de l’hôpital. L’IA générative fonctionne ici « sur site », sur des serveurs locaux sécurisés, plaçant l’hôpital comme unique garant du secret médical.

L’équipe du CHU a développé cinq outils pour transformer le quotidien. L’outil star, « Erios », est un assistant vocal intelligent qui écoute les consultations, transcrit les comptes rendus et prépare les ordonnances, réduisant la charge de travail liée à la documentation. D’autres outils, comme « Aptitudes », utilisent l’IA pour simuler des patients virtuels afin de former les étudiants en médecine. Lors des premiers essais menés aux urgences pédiatriques, le temps gagné sur la paperasse a pu être réinvesti dans l’écoute et l’échange avec les familles. L’IA corrige même ses propres hallucinations grâce à un garde-fou médical.

« Imaginez que vous soyez admis aux urgences. Tous les examens que vous allez faire dans la journée, mais aussi vos anciennes analyses, les recommandations, les traitements que vous suivez, vont être vérifiés et synthétisés. Sont automatiquement rédigés les comptes rendus, les ordonnances ou synthèses médicales en quelques secondes. L’IA ne remplace pas notre travail, elle l’améliore. Elle nous assiste lors des consultations et nous aide à affiner nos pratiques et à renforcer la que la prise en charge », expliquent les médecins ayant participé aux tests.

Le satellite hyperspectral le plus précis au monde sera français

Et si nos satellites ne se contentaient plus de photographier la Terre, mais parvenaient à analyser sa composition chimique intime depuis l’espace ? Une pépite française s’apprête à bouleverser notre compréhension du monde !

Jusqu’ici, l’observation spatiale a reposé essentiellement sur l’imagerie radar pour acquérir des données topographiques, et sur l’imagerie optique, avec des capteurs limités à un nombre restreint de bandes spectrales pour analyser la surface. Mais la startup française Orus, pépite du New Space soutenue par le CNES, ambitionne de provoquer un saut technologique grâce à la « télédétection hyperspectrale ».

Leur constellation de microsatellites, dont le premier lancement est prévu pour 2027, va décomposer la lumière réfléchie par la Terre en centaines de bandes spectrales ultra-fines, allant de l’ultraviolet à l’infrarouge. Le niveau de détail est tel qu’il révélera la « signature spectrale » unique de chaque matériau, soit sa composition chimique, physique et moléculaire, sur chaque pixel d’une image.

« Nous allons détecter et identifier de manière extrêmement précise toutes les signatures spectrales qui existent dans chacun des pixels de l’image, que ce soient du gaz, des minéraux, des métaux, ou de la végétation. Nos produits et services s’adressent, de ce fait, à une grande variété de secteurs et d’applications, de l’agriculture à la défense, en passant par l’environnement, la sécurité ou les marchés financiers », indique Laurent Escarrat, cofondateur de l’entreprise.

Dans un contexte de tensions géopolitiques, les implications militaires sont colossales : face à des stratégies de camouflage, l’œil d’Orus pourra par exemple faire la différence chimique entre un véritable avion de chasse en aluminium rempli de kérosène, et un simple leurre en plastique posé sur une piste ennemie, évitant ainsi le gaspillage de missiles coûteux. De même, il pourra déterminer à l’avance l’humidité des sols pour éviter les risques d’embourbement des divisions blindées, en cas de conflit majeur.

Les applications civiles promettent également une révolution, commercialisée sous l’offre « HYP4Uses ». En agriculture, cette technologie permettra de détecter le stress hydrique dans les champs, ou une carence nutritionnelle, bien avant l’apparition de symptômes visibles sur les feuilles. Elle autorisera aussi le suivi de pollutions maritimes complexes ou l’identification de gisements minéraux sans devoir faire de forages préalables.

Le seul obstacle ? Ces données hyperspectrales génèrent des fichiers si lourds qu’ils satureraient les réseaux spatiaux. Pour y remédier, Orus a l’intention d’intégrer des modèles d’IA directement à bord des satellites : ces cerveaux internes seront chargés de trier et d’analyser les données en orbite, ne renvoyant sur Terre que l’information « utile ».

VivaTech 2026 : le salon fête son 10e anniversaire

Et si, pour fêter ses 10 ans, le salon VivaTech marquait le tournant décisif de l’Europe vers la souveraineté technologique face à la dépendance américaine ? En tout cas, l’État français entend bien tourner la page…

Au cours des derniers jours, la Porte de Versailles à Paris est devenue l’épicentre mondial de l’innovation lors de la dixième édition du salon VivaTech. Accueillant plus de 15 000 startups sur 70 000 mètres carrés, l’événement désire marké une rupture résumée par son slogan : « L’IA : l’impact, pas l’illusion ». Finie l’effervescence autour des simples générateurs de textes : l’IA européenne s’industrialise et s’ancre dans la vie réelle.

La startup française ShiftElec a ainsi présenté des « capteurs virtuels » pilotés par l’IA permettant de mesurer et d’optimiser en direct la consommation électrique des sites de production. Engie, avec ses solutions Raptor Maps et Aerones, s’en sert pour inspecter les fermes photovoltaïques par drones et proposer une réparation robotisée des éoliennes. Et en matière de santé, plusieurs outils opérationnels dédiés au diagnostic prédictif en oncologie et à la prévention de la récidive ont également été dévoilés.

Au-delà de la prouesse technologique, la souveraineté fut le maître-mot. L’Europe organise sa riposte technologique face à la dépendance américaine. L’annonce la plus retentissante est venue de l’État français : le remplacement des systèmes de la firme américaine Palantir par la solution souveraine de ChapsVision au sein de la DGSI. Le gouvernement français a aussi annoncé un plan d’investissement, qui inclut l’arrivée d’un chatbot sur le portail Ameli et l’accès à un « Assistant IA souverain » pour l’ensemble des agents publics.

L’article Électroscope #32 : Scanner le corps et la terre, détruire les parasites et augmenter l’hôpital est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

Pesticides : la promesse médiatique à l’épreuve des faits

8 mai 2026 à 05:28

« Une agriculture sans pesticides est techniquement possible et économiquement viable » s’enthousiasme Radio France. « Un autre système agroalimentaire est possible », surenchérit la sociologue Dominique Méda. Un emballement pour le moins prématuré, si l’on en revient à la source.

Lorsqu’elles émanent de l’INRAE, de l’ANSES ou d’un autre organisme prestigieux, les publications scientifiques font autorité. Sauf qu’entre leurs conclusions réelles et la manière dont elles sont présentées dans les médias, il y a souvent un monde.

La genèse

Tout commence avec l’expérimentation Rés0Pest, coordonnée par l’INRAE et lancée en 2012. Son objectif : tester, dans des conditions réelles, la possibilité de cultiver sans aucun pesticide — y compris les traitements de semences — tout en conservant un modèle d’agriculture conventionnelle, avec engrais de synthèse et travail du sol. Menée pendant dix ans, entre 2013 et 2022, l’expérience a mobilisé huit sites expérimentaux à travers la France (une neuvième s’est jointe en cours de route).

Comme le précise dans Le Monde l’un des animateurs du site de Bretenière en Côte-d’Or : « L’idée n’est pas de démontrer qu’on doit se passer de phytos, mais d’anticiper ce qu’on pourrait faire si les phytos sont interdits. » Une sage précaution, quand on se souvient que certaines interdictions — glyphosate, acétamipride — ont déjà frappé avant que des alternatives viables ne soient prêtes, laissant les agriculteurs démunis face à la concurrence européenne.

L’expérimentation a donné lieu à deux publications complémentaires : l’une, centrée sur les performances agronomiques ; l’autre, consacrée à l’analyse de la durabilité socio-économique et environnementale.

Des résultats encourageants

Le principal enseignement est qu’il est techniquement possible de produire certaines cultures sans pesticides pendant plusieurs années, en combinant rotations longues, diversification, variétés résistantes et interventions mécaniques. Les ravageurs et maladies ne deviennent pas incontrôlables et les rendements obtenus restent globalement inférieurs au conventionnel, mais supérieurs à ceux de l’agriculture biologique.

Mais un premier obstacle apparaît immédiatement : les mauvaises herbes. Sans herbicides, leur contrôle repose sur la multiplication des interventions mécaniques. Celles qui échappent à ce contrôle captent une partie de l’eau et des nutriments, au détriment des cultures. Pour limiter les pertes de rendement, un recours important aux engrais minéraux devient alors nécessaire.

Une expérimentation encore loin d’être généralisable

Les auteurs le reconnaissent eux-mêmes : l’expérimentation ne respecte pas les standards habituels des essais agricoles.

Les essais demandent un niveau de suivi et d’expertise difficilement reproductible en conditions réelles. Sur la plateforme, les chercheurs peuvent accepter de perdre une culture, ce qui n’est pas le cas d’un agriculteur dont le revenu dépend directement de la récolte.

Enfin, le dispositif repose sur des parcelles de petite taille d’environ 0,5 hectare. Une taille suffisante pour permettre à la fois mécanisation et suivi très fin, mais qui ne présage pas de la transposition à grande échelle, dans des conditions agricoles réelles. Le passage à des parcelles de plusieurs dizaines d’hectares change profondément la donne : effets de bordure moins importants, sensibilité plus forte à la météo, variabilité des sols accrue.

Une viabilité économique encore très aléatoire

La vraie limite est économique. Selon les sites, la rentabilité varie fortement, et dans la moitié des cas, le revenu dégagé reste inférieur à un SMIC par unité de travail agricole.

Sans traitements chimiques, les interventions mécaniques se multiplient. Elles demandent plus de temps, davantage de surveillance et une forte réactivité technique. Une charge de travail — et mentale — qui repose entièrement sur l’agriculteur, une fois ce dernier privé du soutien d’une équipe d’agronomes.
Les solutions agronomiques utilisées ont elles aussi un coût. Allonger les rotations impose d’introduire des cultures moins rentables ou aux débouchés limités. Les cultures associées, qui consistent à faire pousser plusieurs espèces sur une même parcelle, renforcent la résilience du système, mais compliquent tout le reste : choix des espèces, gestion des densités, récolte, tri et valorisation des productions.

Autant de contraintes et de coûts ajoutés qui expliquent qu’une meilleure valorisation des récoltes, autrement dit une prime à la vente par rapport au conventionnel, soit mise en avant comme une condition clef de rentabilité. Une valorisation qui n’existe pas aujourd’hui, mais qui, pour ses défenseurs, se justifierait par une réduction des externalités négatives liées aux pesticides. Une affirmation, on le verra, qui reste à démontrer.

Un postulat contestable

L’étude ne teste pas une agriculture sans intrants chimiques, mais une agriculture sans pesticides reposant sur d’autres leviers : engrais de synthèse et forte ingénierie agronomique.

Il serait d’ailleurs caricatural d’opposer cette approche à une agriculture conventionnelle supposée reposer sur un usage massif et indiscriminé d’intrants. Dans la réalité, les agriculteurs dits conventionnels arbitrent en permanence entre travail du sol, intrants et techniques agronomiques pour atteindre un compromis productif et économique. L’agriculture de conservation des sols (ACS), par exemple, incarne l’un de ces bouquets de solutions possibles.

Le parti pris du “zéro pesticide”, qu’il soit de synthèse ou non, introduit en revanche de nouvelles contraintes. Il conduit notamment à un recours accru à la fertilisation minérale ainsi qu’à une intensification du travail mécanique du sol. Ces deux pratiques ont des effets indésirables bien documentés : fuites d’azote (eutrophisation), pression sur la qualité de l’eau et émissions de gaz à effet de serre — les engrais représentant environ 40 % des émissions agricoles. Le travail du sol, lui, accroît la consommation de carburant et dégrade la structure et la vie des sols.

Enfin, même “encourageants”, car supérieurs au bio, les rendements obtenus restent inférieurs au conventionnel. Or l’agronomie obéit à une loi d’airain : produire moins par hectare impose de cultiver davantage pour maintenir les niveaux de production. À grande échelle, se pose alors immédiatement la question du changement d’usage des sols — moins de rendements, c’est plus de terres cultivées, et donc davantage de déforestation —, et avec elle celle de ses effets sur les écosystèmes et la biodiversité.

On substitue ainsi en partie une contrainte à une autre, sans nécessairement améliorer le bilan global, voire en le dégradant. Dans ces conditions, et compte tenu de la dépendance à une valorisation économique spécifique, on reste loin d’un compromis agronomique et économique optimal pour l’agriculteur, l’environnement et la société.

Le même chercheur déjà cité le reconnaît sans détours : « Ce que l’on fait ici ne sera jamais généralisable partout en France, car il n’y a pas de solution magique pour se passer des phytos. »

Le grand sevrage

Imaginons un instant que nos agriculteurs se retrouvent pourtant un jour face à la situation d’une interdiction généralisée des pesticides. Eh bien, puisqu’« une agriculture sans pesticides est techniquement possible et économiquement viable », ils n’auraient plus qu’à s’y mettre n’est-ce pas ? En réalité, il est plus que probable que ce grand sevrage se transforme en grand servage.

Le surcroît de travail mécanique, dont une partie manuelle, casse le dos. Les aléas climatiques ou les attaques de ravageurs vident l’assiette et le compte en banque. L’hypervigilance nécessaire pour s’ajuster en permanence à la variabilité des conditions et au moindre soubresaut de son exploitation ruine le moral. Qui accepterait ces conditions pour un salaire de misère ?

Habitués aux rayons bien garnis de nos supermarchés, on oublie trop souvent que près de 45 % de la population active travaillait dans les champs au début du XXe siècle. Et que si aujourd’hui, ils ne sont plus que 2 %, c’est grâce à la technologie. Au moteur et à la chimie. Qui, parmi les 98 % de non-agriculteurs, acceptera de retourner courber l’échine pour combler ce vide technologique ? Sans doute pas ceux qui demandent le plus fortement cette évolution.

Une immense responsabilité

La dépendance aux pesticides a des impacts importants sur les milieux et la biodiversité, et chercher à la réduire est une démarche utile et indispensable. Rés0Pest est une prouesse scientifique dont les résultats seront sans doute très riches d’enseignements pour l’avenir. Mais ils devront évidemment s’inscrire dans la mise au point, sans tabou ni exclusion a priori, d’un éventail de solutions incluant agriculture de précision, nouvelles techniques génomiques et pratiques agronomiques améliorées.

Le communiqué de presse diffusé par l’INRAE se montrait d’ailleurs très prudent. Titré « Une étude expérimentale menée sur 10 ans montre le potentiel de systèmes de production agricoles sans pesticides », il devient, pour La Montagne, la preuve « que l’on peut se passer totalement de pesticides […] tout en obtenant des rendements satisfaisants et en préservant la viabilité économique des exploitations ». Et le journal d’ajouter : « Chiche ? »

Ce type de glissement d’une étude exploratoire, assortie de contraintes fortes, à une solution prête à l’emploi n’est pas nouveau. On l’a déjà observé dans le débat énergétique avec le rapport 2021 de RTE sur les futurs énergétiques à l’horizon 2050, qui a servi de caution à beaucoup pour asséner sans nuance : « le 100 % renouvelable est possible »

Le mirage du 100% EnR

J’approfondis

Pour quelques journalistes qui lisent les études qu’ils relayent, combien se contentent de recopier le communiqué de presse, la dépêche AFP, ou le papier d’un confrère ? Ou pire, de les interpréter à l’aune de leurs convictions ?

On l’a encore vu récemment avec le cadmium : des questions sanitaires bien réelles ont parfois été instrumentalisées en discours et articles anxiogènes, alors même que les sources scientifiques soulignent la complexité des mécanismes d’exposition et la diversité des facteurs en jeu.

Le problème n’est pas ce que disent ces études. C’est ce qu’on veut leur faire dire. Car c’est une responsabilité immense que d’intoxiquer le débat public en laissant croire qu’il existe des solutions magiques à des problèmes complexes qui engagent notre destin collectif.

L’article Pesticides : la promesse médiatique à l’épreuve des faits est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

❌