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Souveraineté numérique : réduction des dépendances extra-européennes, migration de Windows vers Linux à la DINUM

Par son communiqué du 8 avril 2026 (1), la DINUM a officiellement annoncé sa sortie de Windows pour adopter Linux sur ses postes de travail. Cette décision s’inscrit dans une stratégie globale de réduction des dépendances numériques extra-européennes, pilotée par le Premier ministre, le ministre de l’Action et des Comptes publics, et la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique. L’objectif est de renforcer la souveraineté numérique française et européenne, notamment face aux tensions géopolitiques et à la fin du support de Windows 10 en octobre 2025.

Sommaire

Perspectives

A priori, même limitée pour un premier temps à la DINUM, cette décision d’abandonner Windows/Microsoft est à un stade très précoce. Les solutions techniques ne sont pas tout à fait définies, ni finies, ni abouties, ni validées.

Les adhérences (liens technologiques existants) avec des programmes externes ou non FOSS du ou des Systèmes d’informations de l’État ne sont pas définies, encore moins les migrations, et encore moins un calendrier ou un budget de l’ensemble.

David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics : "[…] La transition est en marche : nos ministères, nos opérateurs et nos partenaires industriels s’engagent aujourd’hui dans une démarche sans précédent pour cartographier nos dépendances […]". (1)

C’est peut-être pour cela que dans un esprit volontariste ou inspiré du mode Agile, la DINUM sert de banc d’essai, de prototype.

En outre, les solutions alternatives au niveau européen à la bureautique Microsoft et à son éco-système applicatif ne sont pas uniques, et
par ailleurs dans des états divers d’avancement ou d’aboutissement, et parfois en conflit juridique, comme l’épisode OnlyOffice contre Euro-Office rapporté sur ce site. À ce sujet, le projet OpenBuro est apparu en 2026 (voir ci-dessous).

La DINUM coordonnera un plan interministériel de réduction des dépendances extra-européennes. Chaque ministère (opérateurs inclus) sera tenu de formaliser son propre plan d’ici l’automne, portant sur les axes suivants : poste de travail, outils collaboratifs, anti-virus, intelligence artificielle, bases de données, virtualisation, équipements réseau. Ces plans d’action permettront de donner de la visibilité quant aux besoins de l’Etat à la filière industrielle du numérique, qui dispose d’atouts majeurs qu’il convient de valoriser par la commande publique. (1)

Bref, ce n’est pas le début effectif d’une migration globale, mais peut-être le commencement de la suite du début des préliminaires (ex 2022: Le poste de travail Linux : un objectif gouvernemental ?), avec une déclaration d’intention et un premier objectif de migration des postes de travail de la Dinum, et d’un début d’organisation et mise en marche. Dans un contexte budgétaire contraint, le FOSS souverain sera-t-il un avantage, ou bien une victime de la prochaine campagne présidentielle qui enterrera le sujet?

Il dit explicitement que des plans restent à faire d’ici l’automne (2026; j’espère ;-) ) pour réduire les dépendances extra-européennes. (1)

C’est une formulation peu précise, peu datée, peu budgétée pour le moins.

Espoirs d’un citoyen

Nous verrons bien l’évolution effective, pour moi, les acteurs+décideurs de la migration de la Gendarmerie il y a presque 20 ans (voir par exemple l’article LinuFr Le poste de travail du gendarme sous GNU/Linux Ubuntu ) resteront mes références héroïques de l’OpenSource en milieu professionnel de l’État, plus que l’épisode apparemment avorté des députés sous Linux en 2007.

Je suivrai ceci avec pas mal d’espoir, le citoyen en moi accompagne ce projet de ses voeux de réussite, avec ses objectifs globaux, entre autres plus d’indépendance dans notre parcours politique, favoriser la liberté de l’information, la sécurité informatique, et peut-être des économies récurrentes de dépenses publiques en licences et prestations, et enfin une plus grande diffusion du FOSS dans toute la France. À ce propos, j’aimerais bien que l’État français finance fortement le FOSS, au moins sur les logiciels que l’ANSSI recommande dans son Socle Interministériel des logiciels libres.

OpenBuro et Open-Interop

Le communiqué de la DINUM rappelle le lancement en 2026 de OpenBuro et Open-Interop. OpenBuro se veut être le standard européen ouvert qui veut concurrencer Microsoft 365 et Google Workspace, par l’orchestration entre les applications. OpenBuro a été lancé au FOSDEM 2026 à Bruxelles par la DINUM et LINAGORA (Twake Workplace). Il doit être un standard ouvert qui unifie les applications open source ou pas en une véritable plateforme, une alternative à Microsoft 365, sans verrou, sans remplacement brutal de l’existant.
OpenInterop est une brique logicielle open source d’interopérabilité de la Software for Health Foundation, qui est une organisation à but non lucratif qui promeut des logiciels open source pour la santé, avec un accent particulier sur les pays à revenu faible ou intermédiaire et sur le renforcement des compétences locales. Elle se présente aussi comme une structure qui veut rendre les solutions numériques de santé durables, abordables et indépendantes de fournisseurs tiers.

Les parties prenantes

La direction interministérielle du Numérique (DINUM) est une direction de l’administration publique française. Service du Premier ministre, elle est placée sous l’autorité du ministre de la Transformation et de la Fonction publiques. Elle a pour mission d’élaborer la stratégie numérique de l’État et de piloter sa mise en œuvre. Elle est considérée comme la direction des systèmes d’information de l’État.

La direction des achats de l’État (DAE) est une direction des ministères économiques et financiers. Elle définit et met en œuvre la politique des achats de l’État, à l’exception des achats de défense et de sécurité. Le pilotage des marchés interministériels, le conseil auprès des ministères et la professionnalisation des acheteurs sont quelques-unes de ses autres missions.

La direction générale des Entreprises (DGE) est une direction de l’administration publique française, rattachée au ministère de l’Économie et des Finances. Elle conçoit et met en œuvre les politiques publiques qui concourent au développement des entreprises.

L’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) est un service rattaché au secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale, autorité chargée d’assister le Premier ministre dans l’exercice de ses responsabilités en matière de défense et de sécurité nationale, et a charge de la sécurité des systèmes d’information nationaux. L’ANSSI est l’autorité nationale en matière de cybersécurité et de cyberdéfense en France, ses missions sont : défendre, connaître, partager, accompagner, réguler.

Malheureusement personne ne représente directement les citoyens dans cette démarche.

Périmètre et calendrier

La DINUM, qui compte environ 250 postes, sera la première à migrer vers Linux. Chaque ministère, ainsi que ses opérateurs, doit formaliser un plan de réduction des dépendances extra-européennes d’ici l’automne 2026. La migration concerne aussi les outils collaboratifs, avec le déploiement de la Suite Numérique (Tchap, Visio, messagerie souveraine, stockage de fichiers, etc.), déjà testée par 40 000 agents.

Enjeux et défis

Cette migration est présentée comme un chantier d’ampleur inédite, avec des obstacles techniques et organisationnels importants. La DINUM coordonnera un plan interministériel, en collaboration avec l’ANSSI, la DGE et la DAE, pour identifier les dépendances et définir des solutions souveraines. Des rencontres industrielles du numérique sont prévues en juin 2026 pour concrétiser des alliances public-privé autour de la souveraineté européenne.

Distribution GNU/Linux choisie par la DINUM

La DINUM a choisi la distribution NixOS pour équiper ses 250 postes, car c’est une distribution qui est distribuable par scripts (ce qui fait que chaque poste est identique). En référence au monde d’Astérix le Gaulois, les éléments sont nommés Sécurix et Bureautix.

L’OS est du NixOS à la sauce ANSSI, projet nommé Sécurix

Le système d’exploitation pour la DINUM, Securix sur Github, c’est donc un NixOS modifié pour supprimer l’authentification par mot de passe classique au profit de clés matérielles FIDO2, en suivant les recommandations relatives à l’administration sécurisée des SI de l'ANSSI – l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information.

La bureautix bureautique est … multiple

Dans des exemples de démonstration de la configuration de Bureautix sur Github, la liste des logiciels préinstallés, on compte trois suites Office: LibreOffice, OnlyOffice et WPS Office. Sans doute pour pouvoir disposer de plusieurs solutions pour ouvrir des documents de la suite Microsoft Office 365, qui est toujours une opération délicate et parfois décevante.

Le paradis informatique se cache dans les détails

Espérons qu’un beau jour, si Securix et Bureautix sont adoptés et généralisés, il faudra envisager de les exfiltrer des serveurs Github sous la coupe du grand Satya de Microsoft s’ils y sont développés vers une forge souveraine comme au Pays Bas ou en Allemagne.

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Revue de presse de l’April pour la semaine 17 de l’année 2026

Par : echarp
27 avril 2026 à 12:48

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[JHM] Gull 52, l'association qui veut développer le logiciel libre

✍ Ervan Couderc, le jeudi 23 avril 2026.

L’association Gull 52 est mobilisée par la Ville de Saint-Dizier à l’occasion de la Semaine du numérique. Ses membres défendent un apprentissage du numérique sans restriction et un nouveau regard sur l’obsolescence du matériel informatique.

Et aussi:

[clubic.com] Euro-Office vs OnlyOffice: le conflit qui pourrait redéfinir les limites du logiciel libre

✍ Naïm Bada, le mercredi 22 avril 2026.

La licence open source la plus utilisée au monde contient une ambiguïté vieille de 18 ans. Il a fallu un fork européen pour la faire exploser.

[ZDNET] «C'est comme donner les plans d'une chambre forte»: pourquoi l'IA a poussé cette entreprise à abandonner l'open source

✍ Steven Vaughan-Nichols, le mardi 21 avril 2026.

Cal fait passer son programme open source phare à un modèle propriétaire, car elle ne peut pas faire face aux risques liés au piratage de son code source par l’IA.

Et aussi:

[cio-online.com] L'Etat sur Linux? La Dinum rejoue le numéro du village gaulois

✍ Reynald Fléchaux, le mardi 21 avril 2026.

Avec Securix et Bureautix, la Direction interministérielle du numérique veut basculer d’ici fin de l’année ses 250 PC sur NixOS. En espérant faire tache d’huile au sein de l’administration d’Etat, au sein de laquelle coexistent d’autres initiatives sur le poste de travail Linux.

Et aussi:

[20 minutes online] Dépendance numérique: la Suisse cherche à s'affranchir de Microsoft

Le dimanche 19 avril 2026.

À peine Microsoft 365 déployé, les autorités fédérales étudient déjà des alternatives, dans un contexte où l’Europe se montre vulnérable face aux décisions de Washington.

[Les Numeriques] Le Fairphone 3 part à la retraite après 7 ans de prise en charge… mais le libre prend la relève

✍ Corentin Bechade, le vendredi 17 avril 2026.

Commercialisé pour la première fois en 2019, le Fairphone 3 va cesser de recevoir des mises à jour logicielles dès le mois de juin prochain. La fin d’une longue carrière. Heureusement, des solutions alternatives existent.

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ÉducaLibre 2026 sera ce que nous en ferons ensemble. À bientôt à Bruxelles.

26 mars 2026 à 06:45

ÉducaLibre 2026 : appel à propositions d'ateliers, conférences et tables rondes

Bruxelles, 4-6 juillet 2026—Université libre de Bruxelles

Un rendez-vous européen qui manquait

Partout en Europe, des enseignants innovent avec des logiciels libres, des développeurs créent des outils pédagogiques ouverts, des makers fabriquent, des chercheurs explorent, des artistes partagent. Ces initiatives foisonnent—mais restent trop souvent isolées, ignorées les unes des autres, condamnées à réinventer sans cesse la même roue.

ÉducaLibre veut changer cela.

Du 4 au 6 juillet 2026, l'Université libre de Bruxelles accueille la première édition de ce rendez-vous européen des communs éducatifs : trois jours pour croiser les regards, partager les expériences, tisser des collaborations durables, et construire ensemble les ressources pédagogiques libres de demain.

L'événement est organisé par l'ASBL EduCode, qui avait déjà porté les éditions EduCode 2018 (1200 participants au BOZAR), 2019 et 2020, et dont certains membres ont contribué à l'organisation des RMLL 2013 à Bruxelles. Le lieu—le bâtiment U de l'ULB, domicile du FOSDEM depuis plus de vingt ans—n'a pas été choisi par hasard.

Ce qu'on y fera

Cinq pistes thématiques en parallèle :

  • politiques publiques et souveraineté numérique
  • pédagogie et pratiques de classe (GeoGebra, Moodle, Python, NumWorks, LaTeX, …)
  • administration et déploiement technique dans les établissements
  • innovation, IA et recherche en éducation
  • économie et entrepreneuriat du libre éducatif

Et une piste transversale : art, musique, création, poésie—parce que l'éducation se nourrit aussi de culture et de sensibilité.

En parallèle : des ateliers pratiques, des hackathons, des démonstrations, des tables rondes, des stands de projets. Le tout sous licences libres, avec captation vidéo publiée en CC-BY-SA.

Public attendu : 500 à 800 participants de toute l'Europe, enseignants du primaire au supérieur, développeurs, décideurs politiques, chercheurs, artistes, entrepreneurs.

L'appel à propositions est ouvert

C'est là que vous entrez en scène.

Vous utilisez un outil libre en classe et vous avez envie de le faire découvrir ? Vous avez mené une migration réussie dans votre établissement ? Vous développez un projet éducatif libre que le monde devrait connaître ? Vous avez des choses à dire sur la souveraineté numérique dans l'éducation, sur les modèles économiques du libre, sur l'IA et ses enjeux pédagogiques ?

Proposez une intervention : https://propositions.educalibre.eu

Formats acceptés :

  • atelier pratique (1h30)
  • conférence ou présentation (45 min)
  • table ronde ou débat (1h15)
  • démonstration de projet ou d'outil (30 min)
  • hackhaton
  • et toute autre forme que vous imaginez

Les langues de l'événement sont le français, le néerlandais, l'anglais et l'allemand—mais toute proposition dans une autre langue européenne sera examinée avec bienveillance.

La date limite pour soumettre une proposition est fixée au 14 avril 2026.

Pourquoi ça compte

L'éducation européenne est à un tournant. Le Schleswig-Holstein migre massivement vers le libre. La France structure ses politiques publiques autour de solutions souveraines. Des expériences remarquables existent au Kerala, en Catalogne, dans de nombreuses communes belges et françaises. Mais ces expériences ne se parlent pas assez.

ÉducaLibre n'est pas une conférence de plus où l'on écoute passivement des experts. C'est un espace horizontal, construit par et pour ses participants. Le programme sera ce que la communauté en fera.

Parmi les intervenants déjà pressentis :
1. Alexis Kauffmann (direction du numérique éducatif, ministère de l'éducation nationale français),
2. Frank Karlicheck (Nextcloud),
3. Tristan Nitot,
4. Pierre Pezzardi (Dinum)
5. Emmanuel Zimmert (ladigitale.dev)
6. des représentants de Framasoft, April, Aful, la FSFE, et des décideurs politiques belges et européens.

Pour aller plus loin

Tous les contenus produits seront publiés sous licence CC-BY-SA 4.0.

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