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Mémoire vive : CXMT l’espoir chinois pour… 2027-2028 ?

5 février 2026 à 13:34

Entre renoncement et fatalité, le marché de la mémoire vive en est à espérer que des acteurs de « second plan », comme CXMT se développent pour sauver la production de l’industrie des ordinateurs grand public et du smartphone.

Je ne vous referai pas le coup du papillon et de la tornade, mais l’idée est bien là. À chaque crise technologique, on sent bien que de forts soubresauts techniques apparaissent à l’autre bout de la planète. Ici, c’est un peu le monde à l’envers cependant. C’est la tornade qui semble vouloir faire bouger les papillons.

La mémoire vive est en tension, on en parle depuis des mois. Les prix ont explosé et surtout la disponibilité est catastrophique. Micron a abandonné sa distribution grand public en arrêtant la marque Crucial. Samsung et SK Hynix, les deux autres grandes marques du secteur, préfèrent livrer les centres de données plutôt que le marché PC. Résultat, un constructeur comme CXMT, souvent boudé par les géants de la tech et mis sur liste noire par les USA, est désormais considéré comme un partenaire fiable. HP s’en est récemment rapproché, par exemple, malgré les sanctions. 

Cet afflux d’argent et d’intérêt, porté également par des acteurs comme Alibaba et Xiaomi ainsi que l’État chinois qui a décidé d’aider l’entreprise à se développer, permet à CXMT de proposer un plan d’expansion rapide de sa capacité de production. La marque prévoyait déjà une expansion avant la crise de la mémoire vive. Elle est aujourd’hui en train de revoir cette évolution à la hausse. 

Un des centres de production de Yangtze Memory Technologies

Un des centres de production de Yangtze Memory Technologies

Dans son sillage, une autre entité avec un peu le même profil, Yangtze Memory Technologies ou YMTC, spécialisée dans la production de puces NAND. Je ne vais pas faire semblant de connaitre YMTC outre mesure, je sais que la marque existe car j’ai croisé son acronyme par le passé, mais je n’avais aucune idée de sa taille et de son potentiel il y a seulement quelques mois. Yangtze Memory Technologies ressemble assez fortement à CXMT dans son développement. Des acteurs qui tentent de pousser malgré de lourdes sanctions qui leur interdisent d’acheter des matériels de production dernier cri. Une situation qui complique la compétition avec les concurrents coréens et américains. Ces deux entités seraient pourtant désormais en passe de bousculer un petit peu le marché mondial de la mémoire vive.

Le souci posé par ce marché est toujours le même. Les prix de la mémoire sont très fluctuants. Comme on l’a vu ces derniers mois, ils peuvent varier du simple au triple rapidement. Dans un sens comme dans l’autre. Ainsi, en juillet 2025, les modules de 8 et 16 Go de mémoire vive DDR5 étaient littéralement bradés par les différents acteurs du marché qui se battaient pour les proposer aux fabricants. Dans ces conditions, il était difficile d’investir dans des usines qui vont produire plus de mémoire vive. Car cela ne ferait qu’amplifier l’offre et donc continuer à faire dévisser les prix. Pour les trois grands acteurs en place, ce n’est pas réellement un problème. Leur parc est déjà installé et ils proposent des produits depuis longtemps. Cela leur a permis de rentabiliser leurs investissements en recherche comme en infrastructure. Mais pour un nouvel entrant comme CXMT, cela rend l’arrivée sur le marché beaucoup plus complexe. Avec une mémoire peu chère et une offre supérieure à la demande, il est extrêmement difficile de se développer.

Ce tableau montre les sommes investies en milliards de dollars par les différents acteurs de la NAND dans leur production.

Ce tableau montre les sommes investies en milliards de dollars par les différents acteurs de la NAND dans leur production.

La situation actuelle change totalement la donne. Non seulement les prix ont considérablement augmenté, mais en plus la demande est devenue beaucoup plus importante que l’offre. On estime que le suivi des commandes voulues par OpenAI absorberait à lui seul 700 000 wafers. Une demande qui n’existait tout simplement pas il y a quelques années en arrière et qu’il faut multiplier par les ambitions des autres acteurs du secteur.

Cela ouvre des perspectives de développement autrement plus faciles à financer. On apprend ainsi que CXMT devrait s’étendre fortement sur son nouveau site de production à Shanghai. L’idée serait de tripler la production de son usine de Hefei. La marque intégrera dès 2027 de quoi proposer des mémoires spécifiques pour trois secteurs différents et cruciaux de l’industrie chinoise : l’automobile, les serveurs et centres de données et, bien entendu, les ordinateurs personnels et smartphones. La marque prévoit également dans un futur plus lointain de développer son propre schéma de production de mémoire HBM. Mémoire dont elle n’a pas encore publié de brevets. Un relais de croissance important puisque c’est cette mémoire qui est la plus demandée par les serveurs liés au marché de l’intelligence artificielle.

YMTC, un acteur moins connu sur ce marché des composants, décide de modifier sa production. Spécialiste de la mémoire NAND pour le stockage, la marque va consacrer une partie de ses ressources pour fabriquer de la mémoire vive. On ignore quels brevets seront utilisés puisque YMTC ne semble pas avoir de solutions de DDR à son nom. Mais il est fort possible que la situation ait rapproché CXMT et YMTC pour trouver des solutions d’expansion. C’est de la spéculation de ma part, mais YMTC étant sous le coup des mêmes restrictions technologiques que CXMT, la marque pourrait avoir employé les technologies de ce dernier pour dépasser ses limitations de gravure. YMTC pourrait donc temporairement aider à l’expansion de CXMT en se comportant comme son fondeur. Une manière de profiter du très rentable marché de la mémoire vive pour financer ses prorpes investissements.

CXMT devrait conforter la place de la Chine comme numéro trois mondial de la mémoire d’ici 2027

Actuellement, la Corée du Sud est le numéro un mondial de la mémoire vive pour PC avec ses deux champions que sont Samsung (33% du marché) et SK Hynix (34%). Les USA sont à la deuxième place grâce à Micron (26%). La Chine est déjà troisième avec CXMT (5%) et le Taiwanais Nanya se partage les miettes (2%) avec différents autres acteurs pour les 1% restant.

Cette augmentation de capacité de production devrait donc améliorer la situation mais ne la changera pas pour autant. Si en 2027 CXMT, aidé par YMCT, améliore sa production, la marque pourrait gagner un peu en traction mais n’arrivera pas pour autant à renverser la situation. La marque continue de gagner du terrain sur le marché de la DDR et ses concurrents semblent plus intéressés par la HBM à destination des centres de données. Ce qui devrait mécaniquement faire gagner à la production chinoise des parts de marché.

Reste qu’il y a un monde entre ce partage du gâteau global et la production qui sort réellement des usines. Si des acteurs comme Micron, Samsung ou SK Hynix se désintéressaient à trop long terme de la DDR grand public, CXMT ne pourrait pas éponger à lui seul ce manque de production. Pour rappel, CXMT proposerait 240 000 wafers mensuels de mémoire sur tous ses secteurs confondus. En face, un acteur comme Samsung en propose entre 700 000 et 750 000 par mois. SK Hynix devrait atteindre les 620 000 wafers mensuels d’ici le quatrième trimestre de cette année. Pour les deux acteurs coréens, entre 30 et 40% de cette production serait orientée vers la mémoire HBM. Une autre partie s’orientera vers la RDIMM à destination de baies serveur cela laisse des miettes à la DDR grand public.

Du mieux pour les prix de la mémoire vive en 2027 ? Pas vraiment.

Est-ce que l’expansion de CXMT sera suffisante pour améliorer l’offre de mémoire grand public en 2026 ? Cela semble impossible. Le début de l’année 2027 parait également tout aussi compliqué. Tous les acteurs prévoient d’améliorer leur production de mémoire et construisent ou agrandissent leurs chaînes de production. SK Hynix construit une usine M15 à Cheongju qui sera opérationnelle à la mi-2027. Samsung prépare une nouvelle ligne de production P4 à Pyeongtaek avec une mise en production totalement orientée vers la HBM4 qui devrait soulager les lignes plus anciennes qui seraient à nouveau orientées vers la DDR5. Micron, de son côté, vient d’acheter une usine à Taïwan pour 1,8 milliard de dollars afin d’augmenter sa production d’ici la mi-2027. 

L'usine de CXMT à Heifei en Chine.

L’usine de CXMT à Heifei en Chine.

Le risque pour tous ces acteurs est toujours le même. Toute surproduction pourrait rendre leurs investissements complexes à rentabiliser. Une baisse de l’intérêt pour les LLM et un ralentissement des investissements inverseraient la tendance et provoqueraient un afflux massif de DDR sur le marché grand public. Le prix de la mémoire s’écroulerait à nouveau. Une bonne nouvelle pour le grand public mais un risque à moyen et long terme pour les fabricants. Un « détail » qui explique pourquoi personne ne semble être trop pressé de changer la situation de déficit actuelle.

Personne, sauf peut-être CXMT… L’acteur chinois pourrait y trouver pendant un temps les ressources nécessaires à son développement. Tout en assurant à la Chine une indépendance en termes de composants. 

Source : WCCFTECH

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