
Panther Lake est de sortie. Etrange non ? Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il y a encore seulement six mois, des sites et des vidéastes assuraient la fin « assurée » d’Intel. Sa « mort » inéluctable face à AMD. Alors même que la marque détenait toujours plus de 70% de parts de marché. On venait pourtant vous expliquer que l’entreprise ne trouverait jamais les moyens de revenir dans la course.
Avec la même puissance d’analyse qu’une amibe, des « spécialistes » mesuraient les pertes et les investissements d’Intel en les mettant dans la même balance. Posaient le choix d’externaliser des processus de fabrication avec des tiers comme des abandons de marché. Pressaient Intel de revendre leurs usines avant de retropédaler à 100% avec la crise des composants. Analysaient le passage de pointures dans leurs laboratoires et leur départ avant la sortie d’un processeur embarquant les technologies développées sous leur contrôle comme la preuve de l’échec patent de la boite à se réinventer. Des « analystes » qui n’arrivaient pas à concevoir le temps nécessaire au développement d’un processeur. Rien de ce qui dépasserait la durée d’une tendance Tiktok ne semblait pouvoir être considéré. Si Intel était indubitablement mort il y a seulement six mois, le voilà pourtant à nouveau en pleine forme.
Il faut beaucoup plus de temps pour concevoir un processeur, le dessiner, fabriquer des prototypes puis les optimiser et les rendre exploitables industriellement que pour publier un titre putaclic et surfer dessus pour gagner de l’argent grâce à de la pub. On parle d’années de travail de milliers de cerveaux longuement formés et extrêmement brillants d’un côté et de quelques minutes assez médiocres de l’autre. D’ailleurs, le fait qu’Intel ne soit pas vraiment si mort que cela est évidemment une bonne nouvelle pour ceux qui l’annonçaient. Cela va leur permettre de titrer de nouveaux contenus racoleurs évoquant leur très grande surprise. #noshame.

Panther Lake remet Intel sur les rails
Il est vrai, parfaitement vrai, qu’Intel a connu une mauvaise passe. Ses puces ont pendant trop longtemps patiné sur place face à un AMD qui prenait de l’avance. Les tentatives de sauvetages ont surtout été des amortisseurs de chutes pendant que son grand concurrent et le petit nouveau Qualcomm grapillaient des parts de marché. Si le fondeur n’a jamais connu la déroute annoncée tout en conservant toujours sa position de leader en termes de ventes. La marque a réellement perdu de son brillant.
Il fallait que les ingénieurs se retroussent les manches et parviennent à aligner à nouveau les planètes d’une boite qui s’était largement désorganisée. C’est passé par la mise en construction d’usines capables de graver des puces dans un processus « Intel 18A » concurrentiel avec l’état de l’art de son grand concurrent et partenaire1 qu’est TSMC. Des restructurations d’équipes parfois très douloureuses ont également été effectuées. Mais c’est également grâce à un travail de longue haleine de développement d’une nouvelle génération de processeurs x86 désormais connue sous le nom de Panther Lake.

Les premiers tests de cette gamme de puces se concentrent surtout sur le très haut de gamme et il faut le prendre en compte. Car d’un point de vue commercial, ce ne sera pas forcément le processeur le plus accessible du marché. Sur des gammes inférieures et suivant les besoins de chacun, des solutions Qualcomm ou AMD pourraient être plus indiquées. C’est néanmoins l’occasion de revoir un Intel dans la course face aux concurrents. L’autre point à ne pas négliger est la machine testée. Un portable extrêmement particulier, l’ASUS Zenbook DUO UX8407. Il s’agit d’un engin avec double écran dont le design et les spécifications ne correspondent absolument pas à ce que la population générale va choisir d’acheter. Il est possible que les tests effectués ne reflètent pas réellement ce que la machine lambda ne comportant qu’un seul écran va proposer.
Le Core Ultra X9 388H est ainsi disséqué en ligne par différents médias. Et la recette d’Intel pour 2026 semble avoir énormément gagné en maturité. Premier constat, qui peut être analysé de deux manières, les engins testés n’ont plus un comportement si différent suivant leur mode d’alimentation. Que la machine soit branchée sur secteur ou qu’elle soit sur batterie, le très bon niveau de performances reste sensiblement le même. Certains peuvent y voir un défaut en se disant qu’il serait logique d’obtenir plus de puissance sans la contrainte d’autonomie. D’autres y verront l’avantage d’une cohérence technique de l’offre. Dans les deux cas, cette approche ne vaut que si les capacités de calcul relevées sont toutes excellentes.

Panther Lake est un aboutissement technique sur bien des plans
Pour réussir Panther Lake, Intel avait besoin d’unifier énormément de choses. D’abord, son passage vers des cœurs de nouvelles générations. Fini le « Lion Cove » des puces Arrow Lake et Lunar Lake de ses cœurs Performance, bienvenue à Panther Lake. Même chose pour les cœurs les plus efficients avec une évolution de Skymont vers Darkmont. Ces changements se traduisent également par des évolutions techniques, puisqu’on passe de cœurs gravés en externe en 3 nanomètres par TSMC vers des solutions gravées en interne en Intel 18A.
D’autres pistes évoluent : le NPU passe de 48 à 50 TOPS, la mémoire vive LPDDR5x peut désormais grimper à 9600 MHz et surtout le circuit graphique change. Passant d’un Xe2 « Battlemage » d’Intel vers un Xe3 Celestial.
Tout cela se conjugue avec des évolutions technologiques majeures d’implantation technique et de gestion d’énergie dont je vous parlais en octobre dernier. La marque a chamboulé son approche en mettant en place de nouvelles technologies d’alimentation, de gestion des cœurs et d’interconnexions entre ceux-ci. Le tout permet de dégager un excellent ratio de performances par watt dépensé.

De très bons résultats d’ensemble pour le Core Ultra X9 388H
Je ne suis pas un grand fan des tests synthétiques, je trouve qu’ils ont tendance à cacher la majorité des puces derrière des chiffres dont personne n’a besoin. Mettant en haut des choix les puces les plus chères du marché alors que les chiffres reflétés ne correspondent en général pas aux besoins de la majorité. Escamotant au passage les puces plus abordables qui conviennent mieux à l’ensemble du public.
Ici, les tests effectués par la presse permettent cependant de montrer les performances de ces nouveaux processeurs. Il faut les prendre pour ce qu’ils sont, non pas un guide d’achat vers le haut de gamme, mais une appréciation des travaux effectués.

Sur PCMAG, différents benchmarks ont été menés. Ils montrent un processeur Panther Lake au coude à coude avec son prédécesseur Arrow Lake sur certains postes. Mais il faut considérer un détail important. Le nouveau venu travaille dans un TDP de 25 watts de base contre 45 watts pour le précédent modèle. Il faut également pondérer ces résultats, car pour le moment seule une machine a été testée, un ASus Zenbook Duo. Or on voit que la puce Core Ultra 9 285H n’a pas les mêmes scores sur deux machines différentes. Il est donc possible que le processeur propose des chiffres à pondérer dans une moyenne à l’avenir. Les tests graphiques sont excellents pour la solution Arc B390 d’Intel. Avec des scores qui passent devant ceux obtenus dans des configurations AMD 880M et 890M comme des combinaisons Core Arrow Lake et GeForce RTX 5050.

Le site allemand Computerbase fait également sa part de tests avec la mise en avant des consommations et du bruit de la machine sollicitée. Ses chiffres et ses analyses sont très intéressants, malgré une auto-traduction du site qui n’est pas toujours simple a comprendre pour les non germanophones.

Le site NotebookCheck propose une longue série de tests mettant en perspective son énorme base de donnée. C’est comme toujours intéressant, car cela permet de prendre la mesure de l’évolution proposée, mais aussi de se faire une idée de cette avancée par rapport à un matériel que l’on possède ou que l’on a vu tourner.

Les nouveaux chargeurs GaN 65 watts HP qui accompagneront leurs machines Panther Lake.
Une autonomie en nette hausse
Cela se combine avec une large amélioration de l’autonomie proposée. Sur le X9 388H les scores sont impressionnants. En lecture vidéo via Wi-Fi on dépasse les 21H mesurés. Une exploration du web avec un navigateur classique offrira 17 heures pour trouver ce que l’on cherche. Pour la bureautique pure, c’est plus de 14 heures qui sont atteintes. Évidemment, personne n’a un scénario d’usage uniquement sur un tunnel de 20 heures de vidéo. Cela veut pourtant dire que la combinaison de tous ces usages offrira sans doute une journée d’exploitation confortable et même un peu d’énergie en plus pour des usages plus gourmands comme le jeu, le montage vidéo ou la retouche photo.
Comme pour les autres puces du marché, chez AMD, Apple ou Qualcomm, ces scores sont également à considérer avec deux autres facteurs. L’exploitation globale de modes de recharges rapides qui permettent désormais de regonfler de plusieurs heures une batterie en quelques minutes sur secteur. Et l’usage quasi généralisé de chargeurs de type GaN qui permettent de ne plus avoir à transporter des blocs énormes sur ce genre de machines.

Le circuit graphique Arc B390, pièce maitresse de l’équation d’Intel
Le fondeur a bien compris qu’un des points clés aujourd’hui était la partie graphique des processeurs embarqués. AMD lui a fait la leçon en proposant des puces Ryzen équipés de solutions RDNA de plus en plus performantes. Jusqu’à laisser loin derrière lui l’offre Core classique. Si cela n’a pas spécialement gêné Intel dans un premier temps au vu de son public professionnel et de la possibilité laissée aux intégrateurs d’ajouter un circuit graphique secondaire, cela a fini par donner raison à AMD.
Le public, tout le public, s’est mis à apprécier les possibilités offertes par les puces proposant des capacités 2D, 3D et vidéo plus musclées. La montée en gamme a donc été progressive chez Intel, elle s’est combinée à la sortie de puces graphiques externes, et a fini par aboutir à l’Arc B390. L’idée de base du fondeur était de proposer un circuit graphique suffisant pour un utilisateur classique. Une puce capable de lancer un jeu moderne en 3D assez gourmand avec des performances correctes en mobilité. On parle ici des solutions « xx50 » mobiles de Nvidia, des puces assez légères, pas trop gourmandes en espace, en batterie et en refroidissement. Et pour ce poste-là, le contrat semble parfaitement rempli.

D’autant plus que la construction de ces puces se conjugue avec le développement parallèle du XeSS 3.0 et de sa génération d’images pour augmenter le rendu des 12 cœurs Xe3 Celestial de ce circuit haut de gamme. Il est testé dans plusieurs médias avec une approche qui correspond à la tendance mobile du moment de passer en 16:10 les affichages. On se retrouve donc avec des écrans affichés en 1920 x 1200 pixels, des détails élevés à ultra et des chiffres simplement excellents. Attention, on est loin de ce que vont proposer des machines de jeu de dernière génération. Mais il faut se rappeler que cette offre concernera des portables combinant excellente autonomie, légèreté et compacité.

Sur des titres emblématiques comme CyberPunk 2077, le B390 propose 47 images par seconde par défaut. Excellent pour un affichage de puce mobile. Mais avec le XeSS 3.0 porté en mode agressif, la fluidité décolle à plus de 140 images par seconde ! Sous Battlefield 6 on passe de 60 par défaut à plus du double en XeSS 3.0. Shadow of the Tomb Raider décolle à plus de 80 ips sans XeSS 3.0. F1 2024 dépasse les 110 ips en XeSS 2.0…
Voilà ce que cherchait Intel pour cette nouvelle gamme de puces. Un porte-étendard capable de transformer un portable du quotidien en machine de jeu sur le pouce. Evidemment un joueur pur et dur ne se satisfera pas de ces chiffres ni peut-être de l’artifice du XeSS. Mais l’utilisateur lambda qui transporte sa machine toute la journée et qui se retrouve en déplacement coincé dans une gare à attendre un train, dans une chambre d’hôtel ou simplement dans son canapé en fin de journée, sera ravi de lancer « une petite partie » pour se détendre.

Panther Lake va également faire son chemin dans des All In One et des MiniPC et on pourra sans doute retrouver d’excellentes performances globales dans des formats compacts et discrets. Tant par la place qu’ils occupent que par le bruit qu’ils ne vont pas générer.

Une puce Panther Lake
Un constat, Intel est toujours là
Panther Lake est une excellente nouvelle pour le marché. Même si certains « fanboys » d’autres marques peinent à le comprendre. Sans un challenger permanent, le marché stagne. Penser qu’un acteur comme AMD ou Qualcomm va jouer des coudes et investir les milliards de dollars nécessaires en n’ayant aucun vrai concurrent sur son segment, c’est ne pas comprendre comment fonctionne ce secteur.
Les fondeurs vont toujours suivre la même recette d’un relâchement de leur évolution technique si le besoin de se dépasser n’est pas urgent. C’est ce qui a conduit Intel à la stagnation pendant des années. Sa direction de l’époque préférant gaver ses actionnaires de dividendes plutôt que de faire évoluer ses technologies. L’arrivée d’une gamme aussi évoluée chez Intel va obliger AMD à continuer de proposer des puces concurrentielles.
Reste à savoir comment le marché va accueillir la gamme Panther Lake. Avec la hausse des prix de la mémoire et du stockage, les répercussions sur toute la chaîne de production sont énormes. Les prix vont flamber et les machines accueillant cette nouvelle génération de processeurs ne vont pas être concurrentielles par rapport à leurs homologues de l’année dernière. Le risque étant pour Intel de voir cette génération boudée par les acheteurs. Difficile d’imaginer quel impact cela pourrait avoir sur le fondeur, mais un lancement dans de meilleures conditions aurait évidemment été plus souhaitable.
Pour en savoir plus, deux précédents dossiers :
Panther Lake : la toute nouvelle architecture mobile d’Intel
Panther Lake, mieux comprendre le futur mobile d’Intel
Panther Lake : une puce a réveiller les morts © MiniMachines.net. 2025