Vue normale

Le rapport RTE sonne le glas de la décroissance

12 décembre 2025 à 05:32

L’alerte est lancée : sans croissance, le prix de l’électricité pourrait exploser, les centrales nucléaires être fragilisées, les projets de nouveaux EPR remis en cause et la neutralité carbone compromise. Le gestionnaire du réseau électrique français est formel : il faut réindustrialiser le pays et attirer des activités fortement consommatrices d’électricité, des usines aux datacenters. Mais pour cela, il faut changer de paradigme.

« L’énergie est notre avenir, économisons-la. » Ce slogan, obligatoire depuis 2019 dans toutes les annonces commerciales énergétiques, incarne la ligne qui structure depuis quelques années la politique énergétique française. Et qui cristallise l’idée directrice de certains groupes d’influence, comme le Shift Project de Jean-Marc Jancovici, pour qui toute économie d’énergie est bonne à prendre, même lorsqu’il s’agit d’une électricité décarbonée tricolore. Une injonction que RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité français, balaye radicalement dans son dernier rapport, présenté mardi dernier. En matière d’électricité, sa préconisation pourrait s’exprimer d’une tout autre façon : « L’électricité est notre avenir, utilisons-la. » Le groupe tire la sonnette d’alarme : si ce n’est pas le cas, les prix vont grimper et le chemin vers la décarbonation va considérablement s’assombrir.

Dissonance énergétique

La politique énergétique française a, ces dernières années, donné l’impression de souffrir d’une forme de dissonance cognitive. La volonté de décarboner notre économie s’est souvent traduite par l’installation de nouvelles capacités de production d’électricité, notamment renouvelables. On pouvait déjà s’interroger sur la logique de « décarboner » une électricité qui l’était déjà, mais l’effort n’a pas été vain, puisqu’il a permis limiter le recours aux dernières centrales à charbon.

Dans le même temps, cette dynamique a été accompagnée d’un discours de sobriété électrique. Plus de production pour moins de demande ? L’ensemble ne tenait qu’à une condition : réduire simultanément d’autres moyens de production, en particulier le nucléaire, avec l’objectif affiché de descendre à 50 %. RTE allait même jusqu’à envisager des scénarios 100 % renouvelables. Conflit avec la Russie, déboires de nos voisins allemands et espagnols, craintes de pénurie, flambée des prix… Cette ligne antinucléaire s’est heurtée frontalement au mur du réel.

L’effet rebond n’a jamais eu lieu

Depuis, le discours a radicalement changé : sans remettre en cause les projets solaires ou éoliens, six réacteurs EPR2 — plus huit en option — sont désormais envisagés. Mais la hausse de consommation censée les justifier ne s’est pas matérialisée. RTE l’explique par des « modes de consommation durablement modifiés, l’augmentation et l’incertitude sur les prix de l’électricité, le contexte politique et économique et les réglementations issues du “Pacte vert” européen ».

Le gestionnaire souligne également les progrès technologiques, « toujours sous-estimés dans le débat public », en citant l’exemple des éclairages à LED, qui ont « permis de réduire de 10 TWh la consommation d’électricité en dix ans ».

L’effet rebond, souvent invoqué à chaque nouvelle innovation, n’a pas eu lieu. À tel point qu’aujourd’hui, à rebours des prévisions, la France consomme 10 % d’électricité de moins qu’il y a quinze ans. Et ce n’est pas sans risques.

Deux croissances, deux scénarios

Le gestionnaire du réseau envisage deux scénarios. Un premier, pour lequel la consommation augmente à un rythme relativement lent, dans un contexte économique dégradé (PIB : +0,6 %/an et baisse de la part de l’industrie). Et un second, dans lequel la France réussit son redressement économique et industriel (PIB : +1,1 %/an et légère hausse de la part de l’industrie).

Si le scénario de croissance lente devait se réaliser, le constat serait sans appel : le prix de l’électricité pourrait exploser, le nucléaire serait soumis à des contraintes potentiellement risquées, les producteurs d’énergie seraient mis sous pression et la décarbonation de l’économie ne pourrait suivre la trajectoire annoncée.

Pas assez de consommation coûte cher

Plus d’offre, moins de demande ? En théorie, cela fait baisser les prix. Mais le marché de l’électricité n’est pas un marché comme les autres. Qu’ils soient utilisés à 70 % ou à 100 %, les coûts d’exploitation du parc nucléaire et du réseau restent fixes. Une sous-utilisation fragiliserait la rentabilité des opérateurs, qui ne pourraient survivre que grâce au « soutien public », et donc à celui des contribuables. Pour RTE, en cas de stagnation de la consommation, le coût de chaque MWh augmenterait de +10 % à l’horizon 2030.

« L’abondance de production », notamment en milieu de journée lorsque le solaire produit le plus, « conduit à des prix très bas, voire négatifs, et impose de réduire la production nucléaire et renouvelable », alerte l’opérateur. Qui pointe un problème longtemps minoré : l’excès de modulation du parc nucléaire. Faire varier la puissance d’un réacteur selon la demande ou la météo n’a rien de nouveau, mais l’essor des renouvelables en a accentué l’ampleur. Une évolution prise au sérieux, car elle pourrait affecter la fiabilité du parc. « Des milliers d’installations diffuses peuvent entraîner des arrêts et redémarrages trop brusques », confirme le gestionnaire.

Une croissance lente obligerait l’État et les opérateurs à revoir complètement leur stratégie. Selon RTE, il faudrait alors se concentrer sur « les filières de production les plus compétitives » : prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires existants, concentrer l’éolien terrestre et l’éolien en mer dans les zones les plus favorables, et limiter le photovoltaïque aux installations de grande taille. Exit les petits parcs solaires, l’éolien flottant et le nouveau nucléaire. Ce ne serait pas sans conséquences : pour maintenir dans le temps la compétence d’une industrie, il faut lui confier des projets.

Le gestionnaire du réseau redoute aussi qu’un ralentissement de la mondialisation n’aggrave la situation, empêchant la consommation d’évoluer « au rythme nécessaire pour atteindre la neutralité carbone ». Or la France importe encore près de 60 % de l’énergie finale qu’elle consomme, pour une facture annuelle comprise entre 50 et 70 milliards d’euros. Cette dépendance se traduit par une vulnérabilité géostratégique majeure, liée notamment aux importations de produits pétroliers et de gaz en provenance de Russie, des pays du Golfe et, désormais, des États-Unis.

Moins de freins, plus de datacenters !

Comment inverser la tendance, préserver des tarifs abordables et maintenir la trajectoire de décarbonation ? Aujourd’hui, la France bénéficie d’un avantage comparatif : des prix de l’électricité inférieurs à ceux de la plupart de ses voisins, en particulier l’Allemagne.

Un avantage comparatif qui peut lui permettre d’attirer les industriels et les acteurs du numérique. Mais un obstacle persiste : de nombreuses pré-réservations de raccordements à forte puissance ne correspondent à aucun projet réel et saturent artificiellement le calendrier, au détriment d’initiatives capables de se déployer rapidement. On pense notamment à l’hydrogène, massivement soutenu par les pouvoirs publics mais jugé « faiblement compétitif » par RTE.

À l’inverse, le gestionnaire appelle de ses vœux l’accueil de datacenters, tout en soulignant la fréquente surestimation de leurs besoins : ceux « déjà raccordés n’utilisent que 20 % de leur puissance contractuelle ». Pour éviter de ralentir leur installation, RTE va « augmenter son niveau de “surbooking” du réseau afin de ne pas renvoyer une image de saturation artificielle ».

Des datacenters pour faire baisser les prix et accélérer la décarbonation ? L’idée tranche avec certains discours, notamment celui du Shift, qui appelait récemment à « limiter le déploiement de l’IA », jugé susceptible de « compromettre notre capacité à décarboner l’industrie ». À l’inverse, avec une électricité abondante et largement décarbonée, la France dispose d’un levier majeur pour devenir une « terre de l’IA ». Un cercle vertueux qui permettrait à la fois de réduire l’empreinte carbone du secteur, de développer l’économie numérique et de renforcer un pilier stratégique de la souveraineté nationale.

Plus de progrès et plus de croissance pour mieux décarboner ? L’idée, malheureusement encore loin de faire consensus, s’impose désormais dans les analyses de RTE. Le temps presse : si la France veut maintenir des prix bas et inscrire sa trajectoire de décarbonation sur des bases crédibles, il est urgent de faire évoluer les mentalités, encore trop souvent imprégnées de chimères décroissantes. Puisse ce rapport constituer un jalon incontournable et remettre le débat énergétique face aux réalités du système.

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Malgré l’impôt, une France d’héritiers

28 novembre 2025 à 05:55

Le plus grand transfert de richesse de l’histoire va bientôt avoir lieu. Pourtant, parce qu’il arrive trop tard dans la vie, ce grand héritage ne sera pas un levier d’ascension sociale, mais un multiplicateur d’inégalités. Et le taxer ne changera rien au problème.

Il y a des mythes réconfortants, des fictions nationales qu’on se raconte pour mieux dormir. Chez nous, l’un des plus coriaces dit ceci : « La France n’est pas une société d’héritiers, puisque nous taxons lourdement l’héritage. »

Rien n’est plus faux. Rien n’est plus ironique. Et surtout : rien n’est plus lourd de conséquences pour la mobilité sociale, la croissance et l’équité intergénérationnelle.

Des droits de succession parmi les plus élevés du monde

Car la France est bel et bien devenue une société d’héritiers, mais pas du tout pour les raisons que l’on croit. Un préjugé tenace voudrait que ce soit en raison de droits de succession trop faibles… Or, ils sont parmi les plus élevés de l’OCDE, nous rappelle la Cour des comptes (septembre 2024). Pour le plus grand bénéfice des finances publiques françaises ! Le montant des recettes de droits de succession a plus que doublé entre 2011 (7,0 Md€) et 2023 (16,6 Md€). La France se situe au premier rang de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour le poids des DMTG (donations et successions) dans le PIB (0,74 %). Voilà pour les chiffres.

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Nous serions plus inspirés de regarder du côté de la structure même du modèle économique français, du système de retraite à la fiscalité du travail : n’est-ce pas ce modèle qui fabrique mécaniquement une société où le capital ne circule plus et où l’héritage devient décisif ?

Le grand héritage

Comme le résume avec une brutalité lucide l’économiste Erwann Tison : « Ce sont les boomers qui héritent désormais de leurs parents boomers. » Autrement dit : le capital transmis ne finance pas l’avenir, il clôt le passé. Et d’ici quelques années, ces fameux baby-boomers vont – enfin – transmettre leur patrimoine gigantesque, fruit des Trente Glorieuses, façonné par l’envolée des marchés financiers et la flambée de l’immobilier. On parle du « grand transfert de richesse », chiffré à 9 000 milliards d’euros par la Fondation Jean-Jaurès, et qui fait déjà saliver, au-delà des gestionnaires de fortune, certains partis politiques prompts à vouloir taxer cette immense transmission.

Une société d’héritiers, oui — mais pas parce que la fiscalité est laxiste. L’héritage n’arrive plus quand il est utile : il arrive quand il est inutile. Les travaux du Conseil d’analyse économique (décembre 2021) ont mis au jour une anomalie française : la part du patrimoine hérité augmente, mais l’âge auquel on hérite augmente encore plus vite. Au siècle dernier, l’âge moyen des héritiers était de 30 ans… aujourd’hui, on hérite désormais en moyenne dans la cinquantaine. Soit l’âge… où l’on s’apprête à partir à la retraite ! Donc à un moment où le capital n’a plus le moindre rôle productif. E. Tison le dit sans fard : « Hériter à 20 ans, ça change une vie. Hériter à 60 ans, ça ne change que l’ordre de succession chez le notaire. » C’est le premier nœud du problème : la transmission ne finance plus la mobilité sociale mais la confortation patrimoniale.

Un multiplicateur d’inégalités

Pour la première fois, les baby-boomers héritent… de baby-boomers. C’est un cycle inédit dans l’histoire économique. Pourquoi ? Parce qu’une génération – nombreuse – a profité d’un marché du travail fluide, d’une forte progression salariale, de retraites généreuses et de l’explosion des prix immobiliers. Résultat : ils détiennent déjà l’essentiel du patrimoine, et ils reçoivent encore de nouveaux actifs au moment même où ils n’en ont pas besoin. L’héritage devient un mécanisme d’amplification, pas de redistribution. Ce n’est plus un levier d’ascension : c’est un multiplicateur d’inégalités.

La France se retrouve avec l’un de ces paradoxes dont elle a le secret : des droits de succession élevés, mais un monde qui hérite toujours plus.

La question n’est donc pas : « Pourquoi taxe-t-on si peu ? » Mais : « Pourquoi la taxe ne change-t-elle rien ? » Réponse : parce qu’en France, les abattements, les déductions, les régimes matrimoniaux optimisés et surtout les donations échelonnées font que la fiscalité n’atteint jamais vraiment les patrimoines massifs en ligne directe.

La France taxe théoriquement fort. Mais pratiquement, elle taxe mal. Et surtout : elle taxe trop tard.

En fait, le vrai moteur de la société d’héritiers, c’est le modèle économique français, pas Bercy. Le travail est taxé plus que dans n’importe quel pays de l’OCDE. C’est l’un des points les plus importants rappelés par A. Foucher : le vrai problème, ce n’est pas la taxation du patrimoine, c’est celle du travail. En France : cotisations, contributions, impôt sur le revenu, TVA, charges employeurs… Conséquences : il est très difficile d’épargner par soi-même ; ceux qui n’ont pas de capital initial n’en construiront jamais ; l’épargne est mécaniquement concentrée chez les ménages déjà dotés. Celui qui part de zéro n’a aucune capacité d’épargne. Celui qui a déjà a une capacité infiniment plus grande. D’où la spirale auto-entretenue dénoncée par Maxime Sbahi : on refuse de voir l’éléphant dans la pièce, c’est-à-dire l’inéquité entre les générations et le déni qui le sous-tend.

Les retraités épargnent massivement… parce qu’ils n’ont plus rien à financer. Les données récentes de l’Insee (juin 2025) et du DG Trésor (2025) sont accablantes : en 2024, les retraités sont responsables des deux tiers de la hausse du taux d’épargne ; leurs pensions ont été revalorisées de 5,3 % ; leur consommation, elle, n’a presque pas bougé ; résultat : une épargne massive, même chez les plus modestes. On parle d’un taux d’épargne général autour de 18–19 %, mais de plus de 25 % pour les retraités, soit environ 100 milliards d’euros épargnés chaque année sur les 400 milliards de pensions versées. Ce capital, qui pourrait financer l’innovation, la croissance, le logement, les infrastructures… ne circule pas. Les retraités n’ont pas besoin de « décaisser », accumulent par précaution et préparent une transmission future. Là encore, E. Tison enfonce le clou : « Les futurs héritages ne sont pas des investissements. Car ils sont détenus par des profils risquophobes. Les 600 milliards qui vont être transmis ne profiteront pas à l’économie productive. »

Le cycle de vie de Modigliani est brisé. Normalement, selon le théoricien, on épargne pendant la vie active, on atteint un pic vers 55 ans, puis on « décaisse » en vieillissant. En France : les retraités continuent d’épargner. Parce que leurs retraites sont généreuses, indexées et politiquement intouchables. Résultat : pas de décaissement, pas de circulation du capital et une explosion des héritages tardifs.

Le problème n’est donc pas l’héritage : c’est la temporalité de l’héritage. En fait, l’équation pourrait être : hériter tôt favorise l’ascension sociale, hériter tard favorise la reproduction sociale. Hériter à 25 ans permet d’envisager un achat immobilier, la création d’entreprise, la formation, la mobilité géographique. Hériter à 60 ans permet d’optimiser la fiscalité de sa succession à ses propres enfants. Le capital devient un instrument de reproduction, pas d’émancipation. C’est l’une des raisons pour lesquelles E. Tison va jusqu’à dire, volontairement provocateur : « Une taxation à 100 % des héritages serait plus efficace que le système actuel. » Non pas pour punir, mais pour obliger à transmettre avant la mort.

Voilà pourquoi durcir les droits de succession ne sert donc (presque) à rien. Parce que la question n’est pas le taux, mais le moment. Taxer plus haut n’incite pas à décaisser plus tôt. Le capital ne circule pas du tout tant qu’il reste concentré chez les seniors épargnants. Tout l’enjeu est ailleurs : notre système fiscal doit pousser à la transmission précoce, pas à la transmission tardive. Il faut que l’héritage cesse d’arriver quand il ne sert plus, qu’il circule pendant les périodes de construction de vie, qu’il finance les âges où les besoins sont élevés. C’est, au fond, ce que proposent une partie des économistes (E. Tison / M. Sbahi), mais aussi la Cour des comptes (septembre 2024) : libérer les donations, réduire la fiscalité sur les transmissions « au fil de l’eau », mais durcir fortement la fiscalité sur les transmissions tardives et financer une partie des revalorisations sociales par les seniors eux-mêmes. En clair : moins d’héritages à 60 ans ; plus de donations à 25 ans.

La gérontocratie, un système perdant-perdant

Mais évidemment, cela suppose de briser le tabou français : la gérontocratie douce. On touche ici à la dimension politique. La France compte 18 millions de retraités, bientôt 23 millions. Et surtout : un électeur sur deux est retraité. Dès qu’on parle de décaissement incité, de fiscalité du patrimoine senior, de donation encouragée, de réforme des retraites… le débat se fige. L’électorat le plus nombreux et le plus mobilisé veille. En mode pavlovien : on a peur de critiquer les retraités, parce que ce sont eux qui votent. Résultat : on sur-revalorise les pensions, on gèle la réforme fiscale, on continue de renchérir le coût du travail et on détruit la mobilité sociale des plus jeunes. C’est une logique perdant-perdant : les retraités épargnent, les jeunes ne peuvent pas épargner, l’économie tourne au ralenti, la dette publique explose.

C’est un débat où la morale tutoie l’économie. Le véritable enjeu est : comment faire pour que le capital se transmette vivant, qu’il circule, qu’il finance les âges productifs et qu’il ne soit plus ce carburant qui arrive toujours trop tard ? Tant que la France ne répond pas à cette question, elle restera la société d’héritiers la plus improbable, la plus silencieuse et la plus coûteuse de tout l’Occident.

Détails de l’infographie

Sur le papier, la France a des taux parmi les plus élevés ; dans les faits, la combinaison d’abattements, de niches et d’un barème non indexé produit une taxation qui pèse particulièrement sur des patrimoines « moyens-supérieurs » et pénalise certains ménages, tandis que d’autres mécanismes atténuent la charge pour les plus riches ou pour les transmissions d’entreprise (loi Dutreil).

France : barème progressif. Taux maximum à partir d’environ 1,8 M€. Barèmes non indexés depuis 2011, ce qui a entraîné une augmentation effective du nombre de successions imposables.

Espagne : État : 34 %. Régions : généralement réduit à 1 % ou 0 % effectif grâce aux bonus régionaux. Abattement : 15 956 € pour les plus de 21 ans ou 47 858 € avant. Entre 100 000 € et 1 000 000 € d’abattement effectif dans la majorité des régions, voire 99 % de réduction (Madrid, Andalousie, Catalogne, Valence, Canaries…). Très faible taxation (voire nulle) en ligne directe dans presque toutes les régions grâce aux abattements et réductions régionaux massifs.

Allemagne : seuils très élevés pour atteindre les taux supérieurs. Abattements plus généreux, barème plus doux : pour des patrimoines comparables, l’impact fiscal est souvent beaucoup moindre qu’en France.

Danemark : abattement de 346 000 DKK (environ 46 400 €) par héritier (enfants, descendants ; exemption totale pour le conjoint). Taux de 15 %, unique, non progressif. Système national unique, simple, avec un abattement correct et un taux fixe modéré.

Italie : abattement de 1 000 000 € par parent-enfant (selon modalités). Taux faibles (par exemple 4 % au-delà de l’abattement dans certains cas). Faibles droits pour la plupart des transmissions en ligne directe.

Portugal, Suède, Norvège, Autriche : droits de succession inexistants ou très réduits. Plusieurs pays européens ont supprimé ces droits ou les ont marginalisés.


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“L’empire de l’IA”, la contre-attaque qui fait plouf !

22 novembre 2025 à 05:56

Un chiffre choc, glaçant même. Empire of AI, best-seller de l’été sur l’IA, affirme qu’un data center consomme mille fois l’eau d’une ville entière. Le problème, c’est que l’autrice s’est trompée : l’estimation était 5 000 fois trop élevée.

Cerrillos, petite ville chilienne de 88 000 habitants, devait accueillir un nouveau data center de Google. Dans son livre à succès consacré à Sam Altman et au système OpenAI, Karen Hao décrit une installation dont les besoins en eau dépasseraient mille fois ceux de la commune. De quoi s’imaginer un véritable monstre technologique à la soif inextinguible. Le chiffre était frappant… trop, sans doute.

La menace fantôme

Car tout ceci s’est révélé être une énorme erreur factuelle, qui fait partir la démonstration à vau-l’eau et basculer Karen Hao — pourtant diplômée d’ingénierie du MIT — du côté obscur de l’information scientifique.

Dans un contexte saturé de chiffres alarmistes sur l’IA, ce ratio improbable a pu paraître crédible à beaucoup. Mais pas à Andy Masley, membre du courant de l’Effective Altruism, dont la démarche repose strictement sur les faits et les preuves.

Le Jedi des ordres de grandeur

Un calcul rapide montre en effet que ce ratio impliquerait que chaque habitant n’utilise que 0,2 litre d’eau par jour — une absurdité, près de 900 fois moins que la moyenne chilienne. En consultant les rapports de la SMAPA (service municipal de l’eau de Maipú/Cerrillos), Masley découvre que les chiffres présentés comme des « litres » dans la réponse officielle obtenue par Hao sont en réalité des mètres cubes. Une erreur d’unité qui change la comparaison d’un facteur 1 000.

Karen Hao a reconnu l’erreur et admis qu’un contrôle de plausibilité aurait suffi à la repérer. Elle a aussi annoncé qu’elle mettrait à jour son livre une fois la confirmation officielle reçue, tout en maintenant ses critiques sur l’implantation de data centers en zones de stress hydrique.

Mais ce n’est pas tout. Masley lui reproche aussi d’avoir fondé sa comparaison sur les valeurs maximales de prélèvement autorisées, alors que la consommation réelle se situe plutôt autour de 20 % de ce plafond. Une autre source majeure de surestimation.

Enfin, il pointe la confusion fréquente entre prélèvements et consommation nette : les volumes cités correspondent à de l’eau prélevée — restituée à plus de 90 % — et non à la part réellement consommée. Une nuance pourtant essentielle pour comprendre l’impact réel d’un data center.

Ces trois éléments — l’erreur d’unité, la comparaison à la capacité maximale autorisée et la confusion entre prélèvements et consommation nette — modifient radicalement l’interprétation du cas de Cerrillos.

Rien d’anecdotique. La circulation mondiale de chiffres spectaculaires mais faux finit par façonner une image déformée de l’IA, présentée comme une industrie prédatrice. Ce décalage entre perception et réalité alimente la défiance du public et complique tout débat rationnel autour de ces infrastructures.

La France refroidit le cloud sans assécher la planète

J’approfondis

Un nouvel espoir

S’il est légitime de se poser des questions sur l’impact environnemental des data centers, encore faut-il poser correctement les enjeux. Le volume total d’eau consommée, pris isolément, n’a aucune signification. Ce qui compte, c’est où et quand l’eau est prélevée. Un captage dans un grand cours d’eau en période de crue n’a aucun impact, alors que puiser de l’eau potable dans une zone sous stress hydrique peut devenir problématique.

À Cerrillos, Google a mis en pause son projet de 200 millions de dollars après qu’un tribunal environnemental chilien a partiellement révoqué son autorisation et demandé une réévaluation intégrant la vulnérabilité de l’aquifère local et les effets du changement climatique.

L’entreprise a annoncé repartir « à zéro », en adoptant un refroidissement par air, sans aucun prélèvement dans les puits environnants. Une solution plus coûteuse, mais appelée à devenir la norme partout où l’usage de l’eau fait l’objet d’une forte compétition.

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OGM : 30 ans d’aveuglement européen

12 novembre 2025 à 20:26

C’est l’un des plus grands écarts entre science et opinion. Neuf scientifiques sur dix jugent les OGM sûrs, contre seulement un tiers des Français. Pourtant, depuis trente ans, ils sont à l’origine de progrès majeurs. Prêts à remettre en cause vos a priori ?

L’homme modifie la nature depuis qu’il cultive. Bien avant les laboratoires modernes, il sélectionnait les plantes, croisait les variétés, domestiquait le vivant pour ses besoins. La carotte orange, la banane sans pépins, le maïs résistant aux maladies, ces aliments du quotidien portent l’empreinte de siècles de sélection artificielle. Ces manipulations restaient cependant limitées par les barrières biologiques naturelles. On hybridait des blés entre eux, jamais avec un tournesol ou une bactérie.

Tout a changé dans les années 1980 avec la découverte du code génétique. Les gènes sont devenus des séquences manipulables, comme des phrases dans une langue universelle. La transgénèse permet d’insérer précisément l’un de ceux provenant d’une espèce dans une autre. Par exemple, une bactérie pour protéger une aubergine des insectes, un tournesol pour rendre le blé tolérant à la sécheresse, ou la jonquille pour enrichir le riz en vitamine A et combattre la malnutrition infantile. Cette technique accélère une évolution naturelle exigeant des millénaires pour produire un croisement. Elle n’est pas employée sans de multiples précautions et contrôles. Chaque OGM subit en moyenne treize ans d’évaluations rigoureuses avant autorisation, loin des caricatures de « plantes Frankenstein » mises sur le marché sans recul.

Pourtant, l’Europe reste rétive, tout en important paradoxalement des tonnes de produits génétiquement modifiés pour nourrir son bétail, en interdisant à ses agriculteurs d’en cultiver.

Un symptôme des ravages du pouvoir d’une opinion qui aime se faire peur et s’attarde sur des images alarmistes. L’étude de Gilles-Éric Séralini, publiée en 2012 dans Food and Chemical Toxicology, illustre parfaitement ce phénomène, en plus d’avoir fait beaucoup de mal. Montée en épingle par les médias, elle montrait des rats développant des tumeurs après avoir consommé du maïs OGM NK603 et du Roundup. Les photos choc ont fait le tour du monde, alimentant les peurs. Mais la méthodologie était défaillante : échantillon trop petit, souches de rats prédisposées aux cancers, absence de contrôle statistique adéquat. La revue l’a rétractée en 2013. Séralini l’a republiée ailleurs sans corrections majeures, et des centaines d’analyses ultérieures ont invalidé ses conclusions, menées par deux cent quatre-vingts institutions.

Aucune d’entre elles n’a détecté le moindre risque sanitaire spécifique aux OGM. Pas d’allergies épidémiques, pas de différences chez les consommateurs. Un soja potentiellement allergène identifié dans les années 1990 n’a même pas quitté les laboratoires.

La « contamination » génétique effraie aussi, mais sans fondements solides. En vingt ans, moins de quatre cents incidents mineurs, souvent dus à des erreurs de tri ou de semences, ont été observés. Invalidant un fantasme à la vie dure : avec des centaines de millions d’hectares cultivés, aucune « superplante » invasive n’a émergé. Les gènes introduits se diluent naturellement s’ils ne confèrent pas d’avantage sélectif. Quant à l’idée que manger un OGM altère notre ADN, elle relève du mythe. L’estomac digère les gènes comme n’importe quelle molécule ; il ne les intègre pas. Sinon, nous serions tous des hybrides de poulet et de pain. Quant au mythe des semences stériles qui a alimenté les médias, si elles ont bien existé, elles n’ont jamais dépassé le stade des brevets. Un moratoire international les interdit depuis 2000. Aucune semence OGM commercialisée aujourd’hui n’est stérile.

Les bénéfices, eux, sont concrets. Les OGM ont réduit l’usage mondial de pesticides de 37 %, préservé les sols, stabilisé les rendements. Entre 1996 et 2018, ils ont généré 186 milliards de dollars de revenus supplémentaires et évité 27 milliards de kilos d’émissions de CO₂. Au Bangladesh, l’aubergine Bt, introduite en 2014, a divisé par dix les pulvérisations contre le foreur du fruit (une chenille qui creuse de petits tunnels dans les plantes pour s’en nourrir). Les paysans, autrefois empoisonnés par des applications quotidiennes d’intrants à mains nues, récoltent plus sainement. En Inde, leurs bénéfices ont augmenté de 1 200 roupies par hectare et par an. À l’opposé de la fake news colportée par Vandana Shiva, qui décrivait des cultivateurs poussés au suicide par le prix des semences. En Argentine, le blé HB4, tolérant à la sécheresse grâce à un gène de tournesol, sauve les cultures dans les plaines arides – une innovation portée par l’entreprise française Florimond Desprez, exportée pendant que l’Europe hésite. Aux États-Unis, la pomme de terre Innate réduit le gaspillage en noircissant moins. En Afrique, le maïs TELA résiste à la légionnaire d’automne, sécurisant l’alimentation de millions de gens. Les exemples de ce type sont légion.

Quand les OGM sauvent des vies et des cultures

J’approfondis

Cet ensemble ne relève pas de la promesse, mais bien des faits. Entre 1996 et 2018, les cultures biotechnologiques ont généré 186 milliards de dollars de revenus supplémentaires et évité 27 milliards de kilos de CO₂.

Pendant ce temps, l’Europe, elle, cultive la prudence avec excès. Nous consommons déjà des variétés issues de mutagenèse chimique ou par irradiation, créées dans les années 1950 avec des milliers de mutations aléatoires non caractérisées, y compris en bio. Pourtant, la Cour de justice européenne freine désormais le progrès. En 2018, elle a classé les éditions génétiques comme CRISPR au même rang que les OGM transgéniques. Or cette révolution, inventée en Europe par la Française Emmanuelle Charpentier et l’Américaine Jennifer Doudna, permet, grâce à des « ciseaux moléculaires » ultra-précis, de corriger une lettre fautive dans l’ADN d’une plante, justement sans y ajouter de gène étranger. La technique profite aujourd’hui à l’Australie, au Brésil, au Japon ou au Royaume-Uni, mais pas à l’Europe, même si des discussions sont en cours.

La Commission a pourtant investi 200 millions d’euros entre 2001 et 2010 pour évaluer ces technologies ; cinq cents groupes d’experts ont conclu unanimement à l’absence de risques supérieurs aux méthodes conventionnelles. Mais les politiques ont ignoré ces rapports, ce qui n’est pas sans conséquences sur notre souveraineté alimentaire. Nos laboratoires innovent, mais nos règles repoussent les chercheurs. Paradoxe : le Pacte vert de l’UE vise à réduire l’usage des pesticides de moitié d’ici 2030, mais refuse les outils pour y parvenir. Nous importons du soja OGM brésilien pour nos élevages tout en interdisant sa culture locale. Ce n’est plus de la précaution, c’est de l’hypocrisie.

Les OGM sont le domaine agricole le plus scruté au monde. Ils diminuent les intrants chimiques, aident les paysans vulnérables, atténuent le changement climatique. Ignorer ces réalités au profit de la peur mène à la pénurie. Il est temps de choisir la raison : cultiver chez nous ce que nous importons, ou continuer à jouer les vertueux en délocalisant nos problèmes.

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