
La modification de mémoire est devenue un vrai sujet en ligne. Si la pratique est fort peu répandue dans le grand public, plusieurs vidéastes ont fait des contenus à ce sujet. Raspberry Pi a décidé de couper court à la pratique. Je ne suis plus un très grand fan de Raspberry Pi depuis que le concept de base a été perdu et la part de fondation a largement été étouffée par l’entrée en bourse de la société. Du projet de partage d’une machine simple et économique pour tous, il ne reste surtout que des débris. L’industrie a largement capté tout l’intérêt des dirigeants de la firme anglaise qui ne semble se préoccuper de sa fan base que par autojustification marketing.
Mais malgré mon désamour et malgré l’aspect négatif de cette annonce, je pense être en bonne partie en accord avec Raspberry Pi sur cette décision de bloquer la modification de mémoire vive de leurs cartes.
Aujourd’hui, si vous achetez une carte de développement récente de la marque et que vous dessoudez un composant de 2 Go pour le remplacer par un module de 8 Go identique, la carte refusera de fonctionner. Le firmware lie le matériel embarqué au système et, même si techniquement les deux éléments peuvent fonctionner ensemble, la partie logicielle empêchera toute exploitation du Pi.
Cette restriction semble faire hurler certains utilisateurs qui y voient une manière de les empêcher de profiter « totalement » de leur matériel comme bon leur semble. C’est assez vrai de leur point de vue, ils perdent cette possibilité de pouvoir faire évoluer matériellement leur carte. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que le nombre de particuliers qui auraient les compétences et le matériel nécessaires pour effectuer ce changement ne représente qu’une toute petite fraction des utilisateurs de Raspberry Pi. Dessouder une puce mémoire et la remplacer par une autre ne se fait pas forcément sur un coin de table. Si certaines vidéos montrent cette opération dans des formats courts laissant croire à une tâche de routine, un néophyte a pourtant les plus grandes chances de foutre en l’air sa carte plutôt que de sortir victorieux de l’opération.
La logique de cette décision d’empêcher toute modification de mémoire est donc assez simple. Raspberry Pi veut éviter que des mafias s’emparent de cette faille. Des acheteurs de cartes Raspberry Pi de base qui utiliseraient cette possibilité d’une modification de mémoire pour en tirer profit. Ils dessouderaient les composants de base pour les remplacer par d’autres de plus grande capacité avant de revendre le tout avec une confortable marge. Ce problème est vraiment important pour Raspberry Pi.

Raspberry Pi 5
Il s’agit d’abord d’une simple précaution d’image consistant à préserver la qualité de leurs produits. La lutte contre la contrefaçon est un vrai challenge. Il existe des grades de mémoire vive et certains modules sont vendus jusqu’à 10 fois moins chers que d’autres parce que ces derniers sont d’une fiabilité beaucoup plus douteuse. Moins rapides, plus gourmands en énergie, moins durables et dégageant plus de chaleur, ces composants de grade inférieur, s’ils étaient soudés sur les cartes, ne fourniraient pas le même service. Raspberry Pi le sait et ne veut donc pas qu’un marché parallèle se mette en place. Pour une mafia quelconque, l’opération est évidemment très rentable : vous achetez des modules noname de faible qualité de 8 Go, remplacez les modules de mémoire de 2 Go des Raspberry Pi et revendez les cartes une fortune d’un côté et les modules de qualité de l’autre.
Pour un client final, qui croit acheter une carte neuve en 8 Go alors qu’il a une 2 Go à la mémoire échangée, il y a un gros souci. D’abord son montage n’aura pas la même fiabilité. S’il s’agit d’un particulier, ce n’est pas encore trop grave. Si c’est un professionnel qui a intégré sa carte dans un produit industriel certifié, c’est catastrophique. Votre montage Raspberry Pi plante en boucle ? Il chauffe trop, commence à générer des erreurs au bout de quelques heures d’utilisation ou produit un flux vidéo plein d’artefacts, vous allez passer des heures à chercher d’où vient le problème. Et cela d’autant plus que vous aurez reçu une carte dans un emballage original, avec un circuit imprimé parfait et un composant mémoire maquillé pour ressembler comme deux gouttes d’eau à l’original. Difficile de se dire que le problème vient de la carte Raspberry Pi dans ces conditions.

Une modification de mémoire n’est pas une opération aisée.
Dernier point à prendre en compte, votre matériel n’aura absolument aucune garantie. Qu’il ait subi une modification de mémoire ou soit simplement contrefait, il ne sera pas pris en charge. Et cela même si vous l’achetez dans un circuit « officiel ». Certaines places de marché, par exemple, mutualisent le stockage de produits identiques en provenance de différents fournisseurs. Acheter une carte Raspberry Pi sur ces places ne vous offrira donc aucune garantie de provenance. Pire, les marchands pourraient se retourner contre vous en expliquant que leur matériel est officiel et que la carte que vous avez en main ne vient pas de chez eux. En l’absence d’un numéro de série sur la facture, vous n’auriez pas beaucoup de moyens de faire valoir vos droits.
Je comprends l’amertume des internautes qui espéraient pouvoir faire cette manipulation et ainsi obtenir une carte moins chère face à l’augmentation du prix de la mémoire vive. Mais, en étant réaliste, cette opération est limitée à quelle population ? Quelle fraction d’utilisateurs serait réellement apte à dessouder/ressouder un composant mémoire de ce type ? Qui a déjà le matériel pour le faire sachant que celui-ci coûte plus cher qu’une carte Raspberry Pi 8 Go ? Où trouver le composant 8 Go à souder sur la carte à un tarif viable, à la pièce, pour un particulier ? Passer par un tiers expert pour réaliser l’opération est également hors de propos, le prix de ce genre de service n’est franchement pas donné et il faut en plus toujours trouver le module de 8 Go de mémoire vive a implanter.
Si je comprends l’amertume de certains, pas mal semblent se bercer d’illusions sur le côté réaliste de l’opération. En bloquant la pratique, Raspberry Pi ne fait pas dans la dentelle, mais je pense que la marque cherche tout autant à se protéger qu’à protéger les utilisateurs finaux. Il y a mille fois plus de chances de voir le marché se faire totalement inonder de cartes Raspberry Pi 1 Go maquillées en 8 Go avec des composants bas de gamme que d’internautes réalisant réellement l’opération eux-mêmes. Ici Raspberry Pi tranche donc dans le vif.

Une alternative plus diplomatique à toute modification de mémoire est possible
On pourra néanmoins regretter que la fondation ait décidé de bloquer la possibilité de réparer un éventuel défaut de mémoire en empêchant d’échanger un module pour un autre de même capacité, tout à fait officiel, en provenance d’une autre carte de la marque. Je ne peux que supposer qu’il y a des limitations techniques à cette volonté de blocage.
Une alternative sage à ce blocage aurait pu être trouvée. Celle d’un avertissement au démarrage indiquant au client final la modification de mémoire de la carte. Précisant qu’aucune garantie ne pourra être réclamée et s’affichant à chaque démarrage avec un temps d’attente de quelques secondes avant de poursuivre. Cela empêcherait le commerce de ce type de cartes contrefaites. Si le risque de voir des malandrins faire disparaitre cet avertissement existe, il aurait pu alors être circonvenu. Il est sans doute possible de le conditionner au fonctionnement de l’ensemble. En cas de disparition de cet affichage d’alerte, Raspberry aurait alors pu entraîner le blocage complet de la carte, comme c’est le cas ici.
Peut-être que Raspberry Pi prendra ces remarques en compte et changera de politique, encore que je n’y crois pas trop.
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Raspberry ne veut plus de modification de mémoire sur ses cartes © MiniMachines.net. 2026