Vue normale

Reçu — 7 juillet 2026 De tout et de rien

Réchauffement climatique, la faute au capitalisme ?

7 juillet 2026 à 20:33

Sous la canicule, il faut un coupable, et le capitalisme fait un accusé commode. C’est pourtant le meilleur allié du climat.

La faim dans le monde ? La faute du capitalisme. Les guerres ? Le capitalisme. La crise du logement ? Le capitalisme. La pandémie ? Le capitalisme. La pauvreté ? Le capitalisme. L’hôpital à bout de souffle, le réchauffement climatique ? Le capitalisme, le capitalisme vous dis-je ! On croirait entendre la Toinette du Malade imaginaire répondant « le poumon » à chaque symptôme qu’on lui décrit. Le diagnostic est tout aussi imaginaire, mais il a le mérite d’avoir le confort de la simplicité pour celui qui le formule.

Accuser le système, c’est absoudre tout le monde. De l’électeur qui se cabre contre la taxe carbone aux puissances qui carburent au charbon, nul n’est ainsi plus comptable de rien puisque le coupable est partout. Pour une frange de l’écologie politique, le réquisitoire cache d’ailleurs un autre agenda. Le climat sert de cheval de Troie au projet bien plus ancien d’en finir avec le marché, la propriété et le profit. Le carbone n’est que le prétexte d’une opération dont le collectivisme est le but. Vous voulez sincèrement sauver la planète ? Chiche. Instruisons le dossier, et regardons qui la salit, et qui la nettoie.

De quoi le capitalisme est-il le nom ?

Tout procès commence par la vérification de l’identité de l’accusé. Avant d’être une idéologie ou un complot, le capitalisme est une mécanique de coordination, la plus puissante jamais inventée. Des millions d’individus, propriétaires de leurs moyens et libres de leurs choix, échangent sur des marchés où les prix éclairent sur la rareté. C’était l’une des démonstrations les plus éclairantes de Friedrich Hayek : les prix sont des agrégateurs instantanés de milliers d’informations éparpillées dans la tête de chaque producteur et consommateur, que nul bureau central ne serait capable de compiler. Le prix d’une chose condense tout ce que le monde sait d’elle, ce qu’elle coûte à produire et ce qu’on consent à sacrifier pour l’obtenir. C’est le système nerveux de l’économie. Débranchez-le, et plus rien ne répond.

L’accusé a ses turpitudes, nul ne songe à les nier. Il engendre des excès et des externalités qui sont mesurables, notamment en matière environnementale. En brûlant du pétrole, chacun rejette dans l’atmosphère une facture qu’il ne paie pas. Mais la faute ne gît pas dans le marché en tant que tel, elle réside dans l’absence d’un prix réel donné à ces émissions néfastes pour le climat.

Le carbone ne doit pas être gratuit

Fixer des prix est la fonction même du marché. William Nordhaus a reçu le Nobel d’économie en 2018 pour avoir fait entrer le climat dans l’équation économique et établi que la voie la moins coûteuse pour le préserver passe par le prix du carbone plutôt que par l’interdit ou le rationnement. Christian Gollier, l’un de nos meilleurs économistes du climat, auteur de Le climat après la fin du mois, démontre qu’un signal-prix unique, universel et appliqué sans exception demeure le moyen le plus efficace d’atteindre sa cible. Son collègue toulousain Jean Tirole, Nobel en 2014, enfonce le clou. À quoi bon empiler normes et subventions quand un simple prix suffirait à réaliser la transition écologique ?

Si l’émission de carbone est taxée à sa source, tout le reste de la chaîne des comportements s’adapte. Le capital délaisse les activités sales au profit des solutions propres et le pollueur paye le juste prix de son empreinte. Soit très exactement l’inverse de ce que font nos gouvernements en cassant le signal-prix à chaque flambée de l’essence, à coups de ristournes et de boucliers. Savoureuse ironie que de voir ceux dépeints en zélotes du marché, passer leur temps à tenter de le bâillonner.

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Le grand découplage

La théorie n’est pas uniquement séduisante dans les manuels d’économie, elle s’observe de manière empirique. Depuis trente ans, les économies avancées réussissent ce que l’on jurait impossible, à savoir produire davantage de richesses en émettant moins de CO2. Et en matière de découplage, la France est particulièrement performante. Depuis 1990, son PIB a progressé de 65 %, pendant que ses émissions territoriales ont diminué d’un tiers, jusqu’à atteindre l’année dernière le point le plus bas jamais enregistré.

Et elle n’est pas la seule. L’étude publiée en décembre 2025 par l’Energy and Climate Intelligence Unit, passant au crible 113 pays et plus de 97 % du PIB mondial, montre que le découplage PIB-CO2 est devenu la norme et non l’exception. Depuis l’accord de Paris, 92 % de la richesse mondiale se crée dans des économies ayant décorrélé croissance et carbone, et près de la moitié dans des pays dont les émissions baissent en valeur absolue pendant que leur PIB monte.

Reste l’objection rituelle. N’aurions-nous pas simplement délocalisé notre pollution, en balayant nos fumées sous le tapis chinois ? L’usine part à Shenzhen, l’émission disparaît de nos registres, et nous voilà vertueux à peu de frais. Le soupçon fut longtemps fondé. Il ne l’est plus. Les auteurs de l’étude ECIU ont mesuré les émissions du côté de la consommation, en réintégrant chaque tonne de carbone importée avec les jouets, l’acier ou les smartphones fabriqués au bout du monde. Le verdict ne bouge pas, même en incluant les importations, la baisse est confirmée. Le découplage n’a rien d’un tour de passe-passe comptable, notre production de richesse est de plus en plus vertueuse.

Les pollueurs ne sont pas ceux que l’on croit

Vient alors la pièce du dossier qui embarrasse le plus l’accusation. Les plus gros pollueurs se trouvent parmi les économies les moins capitalistes. Rapportées au PIB, les émissions recensées par la base Edgar de la Commission européenne dressent un classement sans appel. Pour produire un million de dollars de richesses, le monde émet en moyenne 316 tonnes d’équivalent CO2 avec une hétérogénéité selon les pays. Quand la Chine en émet 491 et la Russie 458, l’Union européenne se situe à 134 tonnes et la France à 108. Le hasard n’y est pour rien. Les nations les plus sobres du monde développé sont des économies de marché, la France adossée à son nucléaire, le Royaume-Uni à son prix plancher du carbone. Les plus émettrices sont des économies administrées, gavées de charbon subventionné et sourdes aux signaux de prix.

Le casier de l’économie planifiée plaide dans le même sens. Le collectivisme n’a jamais protégé la nature, comme le rappellent tristement la mer d’Aral asséchée, Tchernobyl, le ciel empoisonné de Norilsk ou les campagnes d’extermination des moineaux dans la Chine maoïste. Le palmarès peu glorieux de l’économie planifiée devrait être réétudié par ses thuriféraires voulant abolir l’économie de marché.

La prospérité est la meilleure politique écologique

Les prêcheurs de la décroissance occultent une vérité pourtant simple : nul ne devient écologiste s’il a le ventre vide. C’est la base de ce que les économistes appellent la courbe de Kuznets environnementale. Ce n’est qu’à partir d’un certain seuil de richesse qu’une société se met à améliorer la qualité de l’air, sauvegarder la biodiversité et prendre soin de ses paysages, tout simplement parce qu’elle en a enfin les moyens. En deçà, elle a d’autres urgences, et le peuple qui compte ses fins de mois fera toujours passer la fin de la semaine avant la fin du monde.

Or c’est précisément ce seuil que le capitalisme a fait franchir à la planète. En 1990, près de quatre humains sur dix vivaient dans l’extrême pauvreté (en dessous de 2,15 $ par personne et par jour). C’est moins de un sur dix aujourd’hui (au nouveau seuil de 3 $), alors que la Terre compte près de trois milliards d’habitants de plus. L’ouverture des marchés a arrimé la Chine, l’Inde et l’Asie émergente au train de la prospérité mondiale, et pour la première fois depuis la révolution industrielle, les inégalités entre nations reculent au lieu de se creuser. Cette convergence des niveaux de vie, en plus d’être une grande victoire sociale, est également la condition silencieuse de la transition. Des populations entières, absorbées autrefois par la survie, ont désormais les moyens de se soucier de leur air et de leurs fleuves. Si le découplage est devenu la norme mondiale, c’est parce que la prospérité l’est devenue avant lui. Le capitalisme a sorti les Hommes de la misère, qui se sont mis alors à prendre soin de la planète.

La vertu climatique est donc un bien supérieur qui s’achète avec de la prospérité, jamais avec de la pénurie. Appauvrir les gens pour sauver le climat, c’est scier la branche sur laquelle se développe l’écologie.

Le pari Ehrlich-Simon

L’incitation est l’arme la plus puissante contre le carbone. Paul Romer, co-lauréat du Nobel la même année que Nordhaus, en a écrit la théorie. La croissance naît des idées, et les idées surgissent là où les incitations les appellent. Si les performances des technologies au service du climat s’améliorent, ce n’est pas parce qu’une autorité centrale l’a décrété, mais bien parce que des ingénieurs ont trouvé leur compte dans l’exploration de ces segments de recherche.

L’économiste Julian Simon avait mis cette confiance à l’épreuve de la façon la plus loyale qui soit, en y engageant son argent. En 1980, le biologiste Paul Ehrlich, auteur de La Bombe P, best-seller promettant famines et effondrement par surpopulation, incarnait la certitude de la pénurie. En désaccord avec cette affirmation, Simon lui proposa un pari. Ehrlich devait choisir cinq matières premières et une échéance. Si leurs prix montaient d’ici là – signe que la rareté gagnait – Simon devait payer 1 000 $. S’ils baissaient – signe que l’ingéniosité humaine avait déjoué la pénurie – Ehrlich réglerait la note. Le prophète choisit le cuivre, le chrome, le nickel, l’étain et le tungstène, à l’horizon de dix ans. En 1990, les cinq avaient baissé. Ehrlich posta son chèque sans un mot.

Quand une ressource se raréfie, son prix monte, et cette hausse déclenche aussitôt une réponse du marché, cherchant substituts, gisements nouveaux et économies de matière. La rareté appelle l’invention, à condition qu’un prix la signale. C’est très exactement ce que l’on demande aujourd’hui au prix du carbone. L’ingéniosité humaine, cette « ressource ultime » selon le mot de Simon, dame le pion à Malthus depuis deux siècles. Étrangler la prospérité, comme en rêvent les décroissants, reviendrait à débrancher la machine qui fabrique nos solutions.

Que faut-il donc pour gagner ? Un prix du carbone qui explicite la vérité des coûts, des profits capables de financer les milliers de milliards d’investissements dans la transition, des inventions qui rendent le propre moins coûteux que le polluant, des incitations qui fassent tirer des millions d’acteurs dans le même sens sans qu’aucun commissaire n’ait à le décréter. Ce cahier des charges correspond en tout point au fonctionnement du capitalisme. Aucune société appauvrie n’a jamais rien financé. Au terme du procès en pyromanie, l’accusé mérite la relaxe, mais sous conditions. Donnez-lui un prix, une règle et un cap, et c’est lui qui éteindra l’incendie.

Transition écologique : l’engrenage toxique du capitalisme de connivence

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Reçu — 6 juillet 2026 De tout et de rien

Disclose.ngo — Reconnaissance faciale illégale : la police prise en flagrant délit

6 juillet 2026 à 22:26
« Les forces de l’ordre continuent d’utiliser quotidiennement la reconnaissance faciale lors de contrôle d’identité, révèlent une vidéo et des témoignages exclusifs obtenus par Disclose et France 2. Exploitée massivement et hors de tout cadre légal, cette technologie cible d’abord des personnes racisé·es et des militant·es politiques. Elle conduit aussi à des erreurs d’identification grossières, au risque de faire accuser des innocent·es. »
(Permalink)

Coup de chaud sur la biodiversité

6 juillet 2026 à 20:25

Après la chaleur, le feu. Dans nos logements, la climatisation peut nous sauver la mise. Mais la nature, elle, encaisse la canicule de plein fouet. Forêts grillées, animaux décimés, océans en surchauffe : enquête sur une hécatombe silencieuse.

La canicule de juin 2026 restera dans les mémoires. Par son intensité, sa durée et son étendue, elle a marqué un nouveau jalon dans le réchauffement climatique. Un épisode exceptionnel aujourd’hui, mais qui deviendra bientôt presque une banalité…

Pour les humains, les parades existent. Rester chez soi, s’hydrater, allumer la climatisation… autant de gestes qui nous permettent de tenir lorsque le mercure s’affole. Mais le monde sauvage n’a pas cette chance. Des forêts aux océans, des insectes aux oiseaux, les canicules redessinent déjà les équilibres de la biodiversité.

Au-delà des limites physiologiques

Face à ce choc thermique hors norme, s’il est encore trop tôt pour mesurer précisément l’impact de la canicule que nous venons de traverser sur la biodiversité, les premiers signaux sont déjà préoccupants : mortalité accrue dans les élevages, faune sauvage désorientée, centres de soins saturés

Cette vulnérabilité est inscrite au cœur même du fonctionnement du vivant. Toutes les cellules reposent sur des milliers d’enzymes, de minuscules protéines qui orchestrent les réactions chimiques indispensables à la vie. Or ces véritables nano-usines ne fonctionnent correctement que dans une plage de température bien précise. Lorsque la chaleur devient excessive, leur structure se déforme, les réactions chimiques se dérèglent et l’organisme entre progressivement en hyperthermie.

Les animaux à sang chaud disposent bien de mécanismes pour évacuer cet excès de chaleur. Les oiseaux halètent, les mammifères transpirent ou cherchent l’ombre, les chauves-souris se lèchent et battent des ailes pour se refroidir. Mais lors d’une canicule intense et prolongée, ces stratégies atteignent leurs limites. La température corporelle s’emballe, les enzymes cessent de fonctionner correctement et le métabolisme finit par s’effondrer.

L’un des exemples les plus spectaculaires remonte à 2018, en Australie. Cette année-là, une vague de chaleur a décimé les populations de roussettes à lunettes. Au-delà de 42 °C, leurs mécanismes de thermorégulation sont devenus inefficaces. En seulement deux jours, près d’un tiers de la population mondiale a péri, les animaux tombant des arbres comme des fruits desséchés.

Quand la chaleur fait suffoquer nos élevages

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Alerte sur la canopée

Chez les végétaux, la situation n’est pas plus simple. Contrairement aux animaux, les plantes ne peuvent ni fuir ni se mettre à l’abri, ne disposant que d’une arme contre la chaleur : l’évapotranspiration. Grâce à de minuscules pores situés à la surface des feuilles – les stomates – elles évaporent continuellement de l’eau. Un mécanisme qui agit comme un véritable climatiseur naturel, l’évaporation absorbant une partie de la chaleur.

Mais ce système a un point faible. Il repose sur une ressource qui vient justement à manquer pendant les canicules : l’eau. Lorsque le sol s’assèche, les plantes ferment ainsi leurs stomates pour limiter les pertes. Une décision indispensable pour éviter la déshydratation, mais non sans conséquences.

Premier effet : la circulation de la sève ralentit fortement et le dioxyde de carbone ne peut plus pénétrer dans les feuilles. La photosynthèse est alors freinée, privant progressivement la plante de la matière organique nécessaire à sa croissance. Lors du dôme de chaleur qui a frappé l’ouest de l’Amérique du Nord en 2021, une étude a montré que, dans les zones les plus touchées, la capacité des écosystèmes à produire de la biomasse grâce à la photosynthèse avait été divisée par quatre.

Second effet : en fermant leurs stomates, les plantes perdent aussi leur principal système de refroidissement. Les feuilles continuent de recevoir le rayonnement solaire, mais ne peuvent plus évacuer efficacement cette énergie sous forme de vapeur d’eau. Leur température grimpe alors rapidement et elles se dessèchent.

C’est ce qui s’est produit en 2021 dans les États de l’Oregon et de Washington, où près de 293 500 hectares de forêts — soit 4,7 % de la surface boisée — ont vu leur canopée griller sous l’effet de la chaleur et devenir un combustible idéal, favorisant les incendies : dans la semaine qui a suivi la canicule, les feux de forêt ont été multipliés par quatre, ravageant au total près de trois millions d’hectares.

Ce scénario, la France en fait aujourd’hui l’expérience, et de plus en plus tôt dans la saison. Une végétation exsangue s’est muée en combustible sur une large moitié du territoire. La chaleur et la sécheresse n’allument pas le feu, dont l’origine reste presque toujours humaine, mais elles préparent le terrain, qu’une simple étincelle et un coup de vent suffisent ensuite à embraser. Le 6 juillet, dans les Pyrénées-Orientales, un feu parti de Trévillach avait déjà ravagé près de 4 600 hectares du massif des Aspres, contraignant environ 10 000 personnes à l’évacuation. L’été précédent, l’incendie de Ribaute, dans l’Aude, avait parcouru près de 17 000 hectares en quarante-huit heures, le plus important sur le pourtour méditerranéen depuis un demi-siècle.

Des milieux aquatiques en surchauffe

Mais il n’y a pas que sur la terre ferme que le vivant suffoque. Les milieux marins subissent eux aussi des « canicules marines », provoquées par une combinaison de facteurs : anticyclones persistants, vents faibles, manque de brassage des eaux… amplifiées par le réchauffement climatique.

Face à cette surchauffe, les espèces ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Les animaux très mobiles, comme certains poissons pélagiques, parviennent parfois à fuir vers des eaux plus profondes ou vers les hautes latitudes. Mais les organismes fixés, comme les éponges, les algues (kelp) ou les coraux, sont condamnés à subir.

Pour ces espèces, les effondrements peuvent être brutaux. Le pic de chaleur australien de 2016 en est une illustration frappante : près d’un tiers des coraux de la Grande Barrière de corail ont péri en quelques mois seulement, modifiant durablement la structure de cet écosystème sensible. En Méditerranée, ces canicules détruisent aussi à grande échelle les précieux herbiers de posidonies, véritables prairies sous-marines qui servent d’abri, de nurserie et de garde-manger à une multitude d’espèces.

À l’intérieur des terres, nos rivières, lacs et étangs paient un tribut tout aussi lourd. Dans ces milieux d’eau douce au volume restreint, la température grimpe encore plus vite, transformant ces havres de fraîcheur en pièges mortels. La chaleur, combinée à la baisse des volumes, favorise les phénomènes d’eutrophisation : des micro-algues prolifèrent et pompent le peu d’oxygène que l’eau chaude parvient encore à retenir. Piégés dans ces bassins tièdes et asphyxiants qui s’assèchent inexorablement sous l’effet de l’évaporation, poissons, amphibiens et insectes aquatiques finissent par suffoquer.

Le « Blob » du Pacifique : fièvre océanique et famines en cascades.

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Point de bascule

Pour l’instant, le réchauffement climatique n’occupe « que » la troisième place parmi les grandes menaces qui pèsent sur la biodiversité, derrière la surexploitation des espèces et la destruction des habitats. Mais ce classement est-il appelé à durer ?

Le risque est d’autant plus préoccupant que les espèces d’un même écosystème partagent souvent des seuils de tolérance voisins. Si ces seuils sont dépassés simultanément, plusieurs maillons de l’écosystème pourraient s’effondrer au même moment. Certains chercheurs parlent ainsi d’« effondrement synchronisé ».

Les conséquences ne se limitent d’ailleurs pas aux mortalités immédiates. Lorsqu’une canicule décime les plantes, les insectes ou les poissons, ses effets continuent de se propager pendant des années à travers les réseaux alimentaires. Les prédateurs perdent leurs proies, les équilibres écologiques se rompent et la reconstitution des populations devient plus difficile.

À cela s’ajoutent des séquelles physiologiques parfois durables. Chez les animaux à sang froid, en particulier, la hausse de la température corporelle accélère le métabolisme, épuise les réserves énergétiques, favorise les dommages oxydatifs et affaiblit les défenses immunitaires. Même survivants, ces organismes sortent de l’épisode caniculaire plus vulnérables.

Les canicules ne constituent donc peut-être pas seulement une succession de crises passagères. En se répétant, elles pourraient installer un déclin durable de la biodiversité.

Effet boomerang

Et cette hécatombe rejaillit inévitablement sur l’humanité, tant la dégradation de la biodiversité entraîne la perte de services écosystémiques essentiels. En mer, la mortalité des espèces et les migrations forcées menacent directement la sécurité alimentaire de millions de personnes dépendantes de la pêche et de l’aquaculture. La sardinelle ronde en offre une illustration éloquente. Sous l’effet du réchauffement des eaux, cette espèce a vu son aire de répartition remonter d’environ 180 kilomètres vers le nord en deux décennies. Or elle figure parmi les premières sources de protéines animales de l’Afrique de l’Ouest. En désertant peu à peu les côtes du Sénégal, elle emporte avec elle une part de la sécurité alimentaire de toute une région. Sur les littoraux, la disparition des récifs coralliens et des mangroves peut exposer les côtes aux assauts de la houle et des tempêtes.

Mais le danger le plus profond réside dans la mécanique climatique elle-même. Forêts, tourbières et herbiers marins constituent d’immenses réservoirs de carbone. Lorsqu’ils sont dégradés par les canicules, ces puits peuvent s’inverser et relâcher dans l’atmosphère une partie du CO₂ qu’ils stockaient, amplifiant à leur tour le réchauffement.

Pourtant, des leviers d’action existent déjà. La reconnexion des milieux naturels grâce à la mise en place de corridors écologiques pourrait permettre aux espèces de migrer vers des zones plus favorables. Nous devons aussi nous atteler à préserver les « refuges climatiques », ces espaces terrestres et marins qui se réchauffent plus lentement que les autres. La science peut également accompagner le mouvement par des actions ciblées de restauration, comme la culture et la transplantation de coraux plus résistants à la chaleur.

Mais ces solutions ne seront que des béquilles si la cause principale n’est pas traitée, à savoir la réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre.

Limiter le réchauffement sous les 2 °C permettrait de réduire fortement le risque d’effondrements écologiques majeurs, à moins de 2 % des écosystèmes mondiaux. Cela offrirait au vivant un sursis inestimable.

Onze ans après l’Accord de Paris, nous sommes, selon les instances internationales, au milieu du gué. Le scénario catastrophe RCP 8.5 n’est plus considéré par le GIEC comme une trajectoire centrale plausible. Quant au Programme des Nations unies pour l’environnement, il estime que les politiques actuelles placent aujourd’hui le monde de 2100 autour de +2,8 °C.

Les émissions prévues en 2050 sont, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), 40 % inférieures à ce qu’elles auraient été sans les progrès de ces dernières années. Loin d’être un échec, l’Accord de Paris a enclenché un ralentissement spectaculaire de la catastrophe annoncée.

La conclusion s’impose alors d’elle-même : pour l’humanité comme pour la biodiversité, il ne s’agit plus de choisir entre adaptation et atténuation. Il faut agir sur les deux fronts. Accélérer le déploiement des voitures électriques, des pompes à chaleur, du nucléaire et des renouvelables. Innover, pour mettre sur le marché les technologies manquantes, comme l’acier vert ou le ciment décarboné. Avancer, plutôt que de s’écharper sur des postures idéologiques. C’est une question de survie.

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Microsoft device telemetry key to unmasking alleged Scattered Spider hacker - iTnews

6 juillet 2026 à 18:46
Un hacker de 19 ans, qui se croyait bien à l'abri derrière un VPN, s'est fait choper... à cause de la télémétrie de Windows. Comment ?
Toute installation de Windows possède un identifiant unique (GDID) utilisé pour diverses choses, notamment la télémétrie de Windows qui est envoyée à Microsoft.
Le hacker était derrière un VPN, mais en corrélant l'activité réseau de sa machine Windows (via son GDID unique) et l'activité de différents points de sortie VPN, ils ont pu le démasquer.
(En même temps, un hacker sous Windows c'est pas sérieux.)

Retenez bien: La télémétrie de Windows est activement utilisée par Microsoft vers les forces de l'ordre pour faire arrêter des gens.
Alors vous allez me dire : "Mais c'était un méchant !". Oui.
Oui comme les terroristes.
Et puis la définition de terroriste changera.
(Et je rappelle que Microsoft a déjà collaboré plusieurs fois avec des dictatures.)

EDIT: Voir aussi : https://www.pcmag.com/news/a-hackers-arrest-reveals-microsoft-can-track-users-via-a-windows-device

EDIT: Article en français : https://www.lesnumeriques.com/informatique/windows-est-un-logiciel-de-surveillance-un-identifiant-cache-piste-1-4-milliard-de-pc-meme-sous-vpn-la-preuve-vient-de-tomber-n258980.html


EDIT: Il semblerait que beacoup de gens trouvent que cette collaboration de Microsoft avec les autorités c'est une nouveauté. Alors en fait:
- Snowen : Collaboration de Microsoft avec la NSA depuis 2007 : https://sebsauvage.net/wiki/lib/exe/fetch.php?media=microsoft:microsoft-prism.jpg (https://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Snowden)
- Ben Ali : Collaboration de Microsoft avec la dictature de Ben Ali (Tunisie), Microsoft allant jusqu'à insérer des certificats dans Windows pour permettre l'espionnage. Microsoft a également formé la cyberpolice de la dictature. https://sebsauvage.net/wiki/doku.php?id=microsoft#:~:text=Microsoft%20a%20collabor%C3%A9%20avec%20la%20dictature%20Tunisienne
- Chine : Microsoft fournit depuis toujours une version modifiée de Windows et de Skype pour se conformer avec les volontés de la dictature. https://sebsauvage.net/wiki/doku.php?id=microsoft#:~:text=Skype%20en%20Chine
(Permalink)

face au RN qui est bien meilleur en yaka fokon. Une opportunité à saisir pour relever le niveau, parler d'écologie et plus de dogmes écologistes, de s...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
face au RN qui est bien meilleur en yaka fokon. Une opportunité à saisir pour relever le niveau, parler d'écologie et plus de dogmes écologistes, de solutions systémiques et pas de petits artifices ponctuels mais très médiatisables... Et autres démarches un peu constructives ?

D'autant plus que @lesecologistes.fr sont pas partis pour peser significativement aux prochaines élections, l'écologie est visiblement passée de mode,...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
D'autant plus que @lesecologistes.fr sont pas partis pour peser significativement aux prochaines élections, l'écologie est visiblement passée de mode, pour le meilleur et surtout pour le pire. Ce serait bien d'en profiter pour acter que la démagogie à base de yaka fokon c'est un peu léger

C'est qu'on n'est plus en 2015. Ça devient vraiment craignos aujourd'hui d'en être encore au stade de dire qu'il n'y a qu'à construire des renouvelabl...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
C'est qu'on n'est plus en 2015. Ça devient vraiment craignos aujourd'hui d'en être encore au stade de dire qu'il n'y a qu'à construire des renouvelables et on se passera du nucléaire, peu importe l'échéance. Il faudrait commencer à complexifier un peu la réflexion.

Mais c'est déjà pas mal d'être rentré dans une logique disant « mon idéologie est une impasse technique, il faut chercher des compromis technologiques...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
Mais c'est déjà pas mal d'être rentré dans une logique disant « mon idéologie est une impasse technique, il faut chercher des compromis technologiques pour que ça fonctionne. »

À quand ton tour, @yjadot.bsky.social, de franchir ce cap ?

Alors certes, construire des dizaines de GW et des centaines de GWh de batteries pose plein de questions, y compris écologiques, soigneusement mises s...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
Alors certes, construire des dizaines de GW et des centaines de GWh de batteries pose plein de questions, y compris écologiques, soigneusement mises sous le tapis, y compris par les écologistes.

Ces derniers temps, j'ai eu pas mal d'interactions avec des antinucs qui vantaient qu'avec les batteries, le problème de l'intermittence était résolu.

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
Ces derniers temps, j'ai eu pas mal d'interactions avec des antinucs qui vantaient qu'avec les batteries, le problème de l'intermittence était résolu.
Il y a une poignée d'années encore, comme Jadot aujourd'hui, ils auraient juste nié l'énorme problème de l'intermittence.

Quoted post from Yannick Jadot @yjadot.bsky.social:
Nous avons besoin des réacteurs #nucléaires existants ; il faut les sécuriser et recruter pour conserver les compétences.

Les nouveaux réacteurs, très chers, à l'horizon 2045 : je suis contre.

Nous devons investir dans les #ENR comme le monde entier ; nous avons les artisans et les entreprises !

Reçu — 5 juillet 2026 De tout et de rien

Électroscope #34 : vie artificielle, peau synthétique et fusion nucléaire

5 juillet 2026 à 20:42

Réinventer le vivant, simplifier l’implantation cérébrale, imprimer la peau… et les batteries en 3D, et assembler le cœur d’ITER… C’est parti pour Électroscope #34 !

Quand la science réinvente la « recette du vivant »

Et si, dans un jour pas si lointain, concevoir la vie devenait aussi simple que d’assembler un meuble en kit ou de coder un logiciel ? Deux percées scientifiques bousculent aujourd’hui nos certitudes sur les frontières du vivant…

D’un côté, imaginez une cellule créée à partir de rien, assemblée en laboratoire (à l’Université du Minnesota) à l’aide d’ingrédients chimiques totalement inertes. C’est le pari réussi de « SpudCell ». Des chercheurs ont glissé un mini-génome de seulement 90 000 paires de bases (contre 3 milliards chez l’être humain), réparti sur sept morceaux d’ADN indépendants, dans une minuscule bulle de gras, et ont ajouté un cocktail enzymatique contenant des protéines et des molécules indispensables aux réactions chimiques.

Contre toute attente, et c’est une première mondiale, cette cellule synthétique peut « accomplir un cycle de vie complet ». Elle s’alimente et grandit en absorbant des nutriments et en fusionnant avec des bulles « nourricières » grâce à l’ajout de protéines programmées à sa surface. Elle est aussi capable de répliquer son ADN et de se multiplier, sans machinerie interne complexe : elle accumule des protéines sur sa membrane, ce qui crée une tension physique qui la scinde naturellement en deux. Elle s’offre même le luxe d’évoluer et de s’adapter selon les lois de la sélection naturelle : les variantes absorbant le mieux les nutriments ont fini par supplanter les autres au fil des générations !

« C’est sans doute le projet le plus passionnant sur lequel j’ai jamais travaillé. Nous avons reproduit en chimie ce qui n’était possible qu’en biologie : l’ensemble des comportements d’une cellule. Cela prouve que les fonctions vitales les plus fondamentales, comme la croissance et la reproduction, ne nécessitent pas d’étincelle magique mystérieuse », souligne la professeure Kate Adamala.

Pendant ce temps, à Berkeley, la start-up Conception.bio utilise sa maîtrise de la bio-ingénierie pour bouleverser notre manière de naître. Sa promesse ? Transformer une simple prise de sang en cellules souches pluripotentes induites, puis en ovocytes humains fonctionnels, balayant les limites de l’âge, de la génétique ou de la stérilité. En produisant et en combinant des cellules souches et des cellules de soutien dans une structure en 3D, les scientifiques ont réussi à fabriquer ce qu’ils appellent des « mini-ovaires » artificiels, sur la base des travaux précurseurs (2016) sur des souris menés par Katsuhiko Hayashi.

« Nous sommes ravis de vous annoncer que nous avons généré les premiers ovocytes primaires humains à partir de cellules souches. Après un simple prélèvement sanguin, nous avons transformé des cellules sanguines en cellules souches, puis nous avons induit la différenciation de ces cellules souches en mini-ovaires humains contenant les ovocytes primaires », annonce l’équipe.

Une IA dédiée surveille ensuite la croissance de ces cellules pour s’assurer qu’elles suivent fidèlement le « modèle naturel ». L’équipe vient d’ailleurs de franchir un cap important : ses ovocytes de synthèse ont réussi leur entrée en méiose, soit l’étape cruciale où la cellule divise par deux ses chromosomes pour pouvoir être fécondée ultérieurement !

Certes, les lignées de SpudCell, encore incapables de fabriquer leurs propres ribosomes, s’éteignent après 5 à 10 générations, et Conception.bio doit encore amener ses ovocytes à pleine maturité pour qu’ils deviennent véritablement « fonctionnels ». Mais la trajectoire reste fascinante : en apprenant à fabriquer des structures autonomes et à révolutionner les bases de la fertilité, la science commence à réécrire les règles du vivant !

Évidemment, manipuler ainsi les briques élémentaires de l’existence soulève d’immenses questions éthiques. Pour SpudCell, la crainte des chercheurs résidait dans une éventuelle « privatisation du vivant » : c’est pourquoi l’organisation Biotic (qui détient le brevet) a choisi de partager cette technologie en « open-source ». Et concernant la reproduction humaine, le fait de s’affranchir finalement des limites physiologiques et génétiques naturelles va ouvrir d’intenses débats sur le contrôle et la redéfinition de la procréation…

Neuralink : la procédure d’implantation nettement simplifiée

Et si la « télépathie » et restaurer la vision ne tenaient plus qu’à un geste chirurgical si parfait qu’il s’infiltre dans le cortex sans même entailler son enveloppe protectrice ?

Permettre aux personnes handicapées de « piloter par la pensée » des objets, restaurer la vision ou la parole, traiter certains troubles neurologiques, voici les objectifs de Neuralink avec sa puce cérébrale ! Mais jusqu’ici, l’accès au cortex exigeait une découpe chirurgicale invasive de la dure-mère, soit la membrane protectrice crânienne. Désormais, tout change grâce à un protocole opératoire radicalement simplifié qui vient d’être dévoilé.

Les neurochirurgiens employés par l’entreprise vont, à l’avenir, pouvoir s’appuyer sur le robot de haute précision R1 pour insérer les électrodes directement à travers la dure-mère, sans jamais ni la couper ni la retirer. Guidé par une aiguille micrométrique en carbure de tungstène, cet automate implante les filaments dans le cortex avec une précision de l’ordre du micron. Sa force ? Le robot cartographie en temps réel la zone et évite ainsi le moindre micro-vaisseau sanguin visible en surface pour écarter tout risque de saignement. 

Une fois les fils posés, la micro-perforation résiduelle est scellée à l’aide d’une colle biologique spécifique (bioglue). Ce scellement préserve l’étanchéité du compartiment céphalo-rachidien et réduit drastiquement les risques infectieux post-opératoires.

« Pour la première fois dans le cadre de nos essais cliniques, nous avons inséré les fils d’électrode de notre implant directement à travers la dure-mère jusqu’au cortex, en la laissant intacte. Le participant contrôlait un curseur par la pensée moins d’une heure après, et sa convalescence se déroule comme prévu », assure Neuralink.

Cette simplification médicale va contribuer à lever le principal verrou à l’industrialisation de la puce N1. En effet, ce boîtier en titane de 23 mm, qui déploie 1 024 électrodes, devient ainsi bien moins risqué à poser ! Parallèlement à cette avancée, l’entreprise s’affaire à une « production en grande série » avec l’objectif d’équiper plus de 1 000 patients d’ici la fin de l’année 2026. L’interface cerveau-machine change définitivement de dimension…

Bientôt de la peau humaine imprimée en 3D à la demande ?

Et si la médecine pouvait réparer la peau humaine, directement dans la salle d’opération, au bénéfice des grands brûlés ? C’est le défi de la biotech lyonnaise Labskin Création, dirigée par Amélie Thépot.

Après neuf années de recherche, l’entreprise se prépare à introduire la bio-impression 3D de peau humaine directement dans les blocs opératoires. Pour rappel, soigner un grand brûlé avec sa propre peau exige soit de prélever de la peau saine sur une partie du corps pour la greffer ailleurs, soit de faire de la culture cellulaire (une technique qui demande beaucoup de temps). L’approche de Labskin Création veut changer cela !

En partenariat avec la plateforme 3d.FAB, les Hôpitaux civils de Lyon et le laboratoire IMoPA, la start-up a développé un protocole automatisé. Des fibroblastes et kératinocytes sont prélevés lors d’une biopsie du blessé, puis suspendus dans des hydrogels pour former des bio-encres. Au bloc, un bras robotisé BioAssemblyBot dépose ces encres de peau, couche par couche, sur la plaie. Le robot applique le derme, puis l’épiderme. Les deux couches fusionnent alors pour reconstituer une « peau fonctionnelle ».

« Grâce à cette technique, on va pouvoir greffer, exactement sur la zone brûlée, avec la bonne forme, la bonne profondeur, et en un seul temps opératoire. On peut greffer cette peau n’importe où », explique la co-fondatrice Amélie Thépot.

Ce projet, qui a bénéficié d’un financement de la Direction générale de l’armement (DGA) dans l’idée de déployer des unités mobiles sur les théâtres d’opérations, s’appuie sur un brevet fondateur déposé en 2015. Après des essais précliniques porcins prometteurs, la technologie va prochainement entamer ses premiers essais cliniques humains !

Les travaux de Labskin Création ont par ailleurs mené à la création d’une seconde biotech, Healshape, développant une technologie dérivée de prothèses mammaires imprimées en 3D pour les femmes ayant subi une mastectomie suite à un cancer du sein.

L’énergie sur mesure : l’impression 3D libère les batteries

Et si la forme de nos futurs objets technologiques n’était plus dictée par la rigidité géométrique de leurs batteries, en les rendant imprimables sur n’importe quel produit ? C’est l’innovation proposée par l’Université du Texas à El Paso (UTEP).

En collaboration avec les Laboratoires nationaux Sandia, des chercheurs ont développé une formulation d’électrolyte de gel polymère (GPE) entièrement imprimable en 3D. Publiés dans la revue Communications Engineering, ces travaux lèvent un verrou industriel majeur. 

Traditionnellement, la fabrication de composants au lithium exige des boîtes hermétiques sous atmosphère d’argon pour éviter toute réaction violente avec l’humidité. L’encre active développée au sein de l’UTEP élimine cette contrainte : elle s’imprime à l’air libre, dans des conditions ambiantes, par « stéréolithographie laser ». Ce mélange associe une résine acrylique photosensible et un électrolyte liquide à base de sel de lithium selon un ratio volumétrique de 1 pour 4, garantissant la viscosité idéale pour l’impression.

Ce gel solide affiche une conductivité ionique élevée, annoncée comme « comparable aux électrolytes liquides classiques », mais sans les inconvénients d’inflammabilité ou de fuites corrosives. L’équipe a validé cette liberté de conception en fabriquant des disques minces, des cubes d’un centimètre et des structures complexes en nid d’abeille ouvert.

« Pendant des années, la forme d’une batterie a dicté celle de l’appareil qu’elle alimentait. Nous démontrons qu’il est possible d’imprimer un composant de batterie à électrolyte haute performance de n’importe quelle forme et de le placer quasiment n’importe où. Cela ouvre de nouvelles perspectives aux concepteurs », selon Alexis Maurel, docteur en sciences et chercheur principal de l’étude.

Soutenue par la National Science Foundation, cette avancée ouvre la voie à des batteries structurelles innovantes, qui pourront un jour épouser directement la forme des boîtiers d’appareils portables, de capteurs médicaux implantés ou d’équipements aérospatiaux.

ITER : le cœur magnétique de la fusion prend forme 

Et si l’humanité devenait enfin capable de « mettre le Soleil en boîte » ? Cette image, presque poétique, résume le plus grand défi technique du XXIe siècle : reproduire sur Terre la physique des plasmas qui fait briller les étoiles.

À Cadarache, ce rêve fou a franchi une étape historique le 23 juin 2026 avec l’achèvement de l’empilement du solénoïde central d’ITER. Véritable cœur électromagnétique du réacteur, ce colosse a pour mission d’induire le courant initial au sein d’un plasma d’isotopes d’hydrogène et de stabiliser sa trajectoire afin de démarrer la fusion nucléaire.

Les chiffres donnent le vertige. Haut de 18 mètres et pesant près de 1 000 tonnes, cet aimant supraconducteur générera en son centre un champ magnétique de crête de 13 teslas. Une force colossale capable, en théorie, de « soulever un porte-avions militaire hors de l’eau ». Fruit d’une odyssée industrielle de quinze ans, il intègre plus de 43 km de câbles en niobium-étain qui ont été produits au Japon et refroidis à 4,5 K, puis façonnés ensuite par l’américain General Atomics pour former les modules. L’installation du sixième et dernier élément de 110 tonnes s’est jouée au millimètre près.

« Ce projet montre que, malgré les tensions politiques, on peut encore construire ensemble quelque chose de positif pour l’humanité », se réjouit Pietro Barabaschi, le directeur général d’ITER.

Rendez-vous en 2034 pour les premiers pas opérationnels de la machine, prélude au premier plasma de test l’année suivante. Le compte à rebours est lancé pour savoir si l’humanité parviendra enfin à dompter durablement l’énergie des étoiles !

Et aussi dans l’actu : la présence d’un gisement d’hydrogène naturel en Moselle a été confirmée avec des taux de concentration exceptionnels, atteignant 50 % à 2 400 mètres de profondeur. Plus on descend, plus elle s’accroît ! La ressource estimée est de 35 millions de tonnes. Mieux encore : le coût d’extraction est estimé à moins d’un euro le kilo d’hydrogène.

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L’article Électroscope #34 : vie artificielle, peau synthétique et fusion nucléaire est apparu en premier sur Les Électrons Libres.

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