Vue normale

Ukraine : la guerre des drones

27 février 2026 à 05:32

7 millions. C’est le nombre de drones que l’Ukraine va fabriquer cette année. Une arme que tout le pays, des start-up aux villages, s’emploie à construire et à soutenir avec frénésie. Au point de changer pour toujours le visage de la guerre ?

Paris, 20 février 2026. Le ministère des Armées vante une avancée de son pacte pour les drones aériens, signé en 2024, délégué à la start-up Harmattan AI. Résultat : 1 000 drones produits à moins de 1 000 euros. Mais à l’heure où la France proclame vouloir être prête à un conflit majeur « d’ici trois ou quatre ans », cette prouesse révèle aussi ses faiblesses. Le même jour, à l’autre bout de l’Europe, les armées ukrainienne et russe auront consommé entre 20 000 et 30 000 drones. Soit, en une matinée, l’équivalent de ce que produit toute l’industrie française en un an.

Kryvyi Rih, Ukraine, le soir même, à 60 kilomètres de la ligne de front. Avant d’aller se coucher dans le froid, une mère de famille laisse son smartphone allumé à la fenêtre de son immeuble. Une contribution à la défense collective de l’Ukraine : son appareil sert de détecteur acoustique au sein du réseau Sky Fortress, qui compte plus de 15 000 capteurs, pour la plupart des téléphones et micros montés sur des poteaux. Ceux-ci détectent des missiles et surtout des drones qui volent parfois trop bas pour les radars militaires. L’imprécision de ces capteurs en termes de localisation est compensée par leur nombre, qui permet – avec l’aide d’une intelligence artificielle – de trianguler rapidement la direction d’engins russes pour les intercepter.

Quelques jours plus tard, un agriculteur ukrainien reconnaît dans le ciel des drones russes fonçant vers Zaporijia et le notifie immédiatement sur l’application mobile ePPO. D’autres signalements de civils aident ainsi la défense à localiser et abattre la plupart des drones avant qu’ils n’atteignent la ville, où ils blesseront plusieurs enfants. Pendant ce temps, sur le front saturé par ces objets volants et des brouillages toujours plus intenses, le système Zvook monte en puissance et permet même de remonter jusqu’aux batteries d’artillerie russes et de les éliminer.

À travers tout le pays, ces remontées de terrain s’ajoutent à celles de quarante types de capteurs différents (radars, renseignement électronique, infrarouge, imagerie satellitaire ou encore flux vidéo). Elles sont ensuite traitées par des logiciels de fusion de données comme Virazh, développé dès 2014 et perfectionné notamment par un usage croissant de l’IA, et par le système d’information tactique Delta, incontournable dans le commandement ukrainien.

Quatre ans après l’invasion à grande échelle de leur pays par la Russie, telle est la base de la résilience des Ukrainiens : une défense totale, qui repose en partie sur la détermination de la population civile, qui vient au secours de l’armée. Et c’est cette approche qui a permis à l’Ukraine d’être aussi pionnière dans la révolution des drones.

Aux origines d’une révolution droniste

Car, dès 2014-2015, face à des moyens limités, ce ne sont pas les structures étatiques traditionnelles qui ont porté la modernisation, mais la société civile qui a impulsé l’acquisition et l’adaptation rapide de drones, dont Kyiv avait déjà perçu l’intérêt pour surveiller le front « gelé » du Donbass et, dès les premières semaines de la guerre, pour contrarier une armée russe bien plus nombreuse.

Il en est ainsi du Bayraktar TB2, drone tactique turc dernier cri, capable de monter jusqu’à 7 000 mètres et armé de missiles air-sol, acquis en partie grâce à la campagne de crowdfunding « People’s Bayraktar » lancée en juin 2022 par « l’autre Zelensky », le comédien Serhiy Prytula, devenu chef de guerre. Il s’est illustré contre l’ennemi au point que les soldats ukrainiens lui ont dédié une chanson. Hélas, les Russes ont vite trouvé la riposte, notamment grâce à leurs systèmes de brouillage, le rendant vite obsolète. Et le Kremlin a rattrapé son retard et s’est muni de redoutables drones iraniens Shahed, obligeant des milliers de résidents de Kyiv à se réfugier dans les stations de métro pour dormir, souvent par des températures glaciales.

Mais les Ukrainiens ont repris leur avance avec d’autres appareils peu coûteux, dont les performances étonnent rapidement les observateurs occidentaux.

Simplicité technique et génie tactique

C’est notamment le cas avec le UJ-26 Bober (« castor »), d’une portée de près de 1 000 kilomètres, lui aussi financé par les dons de citoyens et produit en masse. En mai 2023, il réussit même l’exploit de frapper Moscou.

Toujours sur la base du système D, l’année suivante, Kyiv recycle des ULM pour en faire des drones capables de porter 500 kilogrammes de charge utile à plus de 1 200 kilomètres. Avant que d’autres ne commencent à matraquer les raffineries russes à plus de 1 300 kilomètres de la frontière l’année suivante.

Ces drones font d’une pierre deux coups : ils affaiblissent sévèrement l’industrie pétrolière adverse et montrent à Poutine la vulnérabilité de son territoire. Les défenses aériennes russes sont dépassées à la fois par les caractéristiques des appareils, difficiles à détecter et à intercepter, et par la dispersion des sites à couvrir sur un territoire immense.

Le mélange de simplicité technique et de génie tactique des dronistes ukrainiens se retrouve dans des exemples moins spectaculaires, mais non moins utiles. Coûtant l’équivalent de 500 euros, le Chaïka (« mouette ») est fait de très léger balsa, utilise un moteur de tondeuse à gazon et s’avère capable de délivrer 3,5 kilogrammes d’explosifs à plus de 700 kilomètres. Les Ukrainiens les recouvrent d’aluminium pour amplifier leur écho radar, au point que les Russes les confondent avec des appareils bien supérieurs. Du bricolage en guise de stratégie efficace.

Il en est de même sur le plan naval. Privée de navires dès le premier jour de la guerre, l’Ukraine leur a substitué une flotte de drones pour conduire la première attaque navale de surface de l’histoire, endommageant plusieurs navires russes.

Parmi les prouesses de cette véritable guerre asymétrique que mène l’Ukraine en mer Noire, en 2025, un drone MAGURA V7 d’une valeur de 250 000 euros a abattu un chasseur russe Su-30 coûtant 50 millions de dollars. La même année, un autre type d’engin a détruit à quai un sous-marin russe de classe Kilo, justifiant la stratégie ukrainienne et sa volonté de valoriser ses entreprises innovantes.

Un écosystème connectant les start-up à l’armée

La mobilisation de ces sociétés a permis à Kyiv de faire exploser sa production de drones. Celle-ci est passée de 5 000 unités en 2022 à 300 000 en 2023, dépassant les 2 millions l’année suivante et les 4,5 millions en 2025, visant une production de 7 millions cette année, contre quelques milliers pour la France, donc. La filière ukrainienne des drones regroupe désormais plus de 900 entreprises de tailles très variables.

Des brigades aux start-up, le savoir-faire des dronistes ukrainiens se perfectionne ainsi grâce à des boucles courtes. Mais leur ennemi n’est pas en reste. Malgré ses rigidités, la Russie s’adapte constamment, opposant rapidement des contre-mesures à la moindre innovation des Ukrainiens, qui doivent rapidement progresser en retour. Ce qui n’est pas toujours suffisant.

La guerre des ondes

Car, s’il est un domaine où la Russie excelle et a vite compliqué la tâche des drones ukrainiens, c’est celui de la guerre électronique, à travers le brouillage de la navigation.

De plus en plus de soldats ukrainiens et russes portent des sacs à dos équipés de brouilleurs avec des antennes réglées sur plusieurs fréquences. C’est aussi le cas de drones terrestres pouvant désorienter ceux de l’ennemi. De quoi conduire les deux belligérants à s’équiper de drones à fibre optique. Une innovation majeure introduite par les forces du Kremlin. Guidés par des câbles, ces appareils résistent au brouillage et sont indétectables par le renseignement électronique, car ils n’émettent pas de signature.

Entre autres parades rudimentaires mais efficaces, les Ukrainiens déploient au sol des duos de pylônes reliés par un fil barbelé, qui tournent grâce à un moteur et coupent les câbles. Une autre solution consiste, pour les combattants, à se déplacer dans des pick-up à toit ouvert et à abattre les drones au fusil à pompe, plutôt que dans des véhicules blindés où ils risquent d’être brûlés vifs. C’est ce que s’acharnait à faire Oleksandr Hordienko, un agriculteur et député du conseil régional de Kherson. Il a abattu plus de 80 drones russes avec son fusil après que les Russes eurent détruit ses tracteurs, sa voiture et sa maison. Il a hélas lui-même été tué par un drone en septembre dernier, alors qu’il travaillait dans ses champs, refusant de quitter ses terres.

Orage d’acier et tempête de drones

Les drones ne représentaient au début de la guerre qu’une infime part de l’origine des pertes humaines et matérielles, la plupart étant dues à l’artillerie. Moins d’un an plus tard, 80 % des morts pouvaient leur être imputées. Mais jusqu’au début de 2024, elles concernaient surtout la ligne de front. La situation a depuis complètement changé.

Désormais, la « kill zone » s’étend jusqu’à 25 kilomètres derrière la ligne de contact entre les deux armées. Le quadrillage permanent du ciel par les drones a débouché sur une transparence du champ de bataille inédite dans l’histoire, compliquant la moindre manœuvre, et plus encore l’idée de surprise tactique. À hauteur d’homme, s’abriter derrière un mur ou un arbre, avancer dans un fossé ou rampant, est de peu de secours face à la mort venue d’en haut, les drones s’immisçant jusque dans les forêts ou les ruines, malgré leurs limites.

Des limites pour combien de temps ?

Car ils rencontrent encore des obstacles et des limites. À commencer par les éléments naturels, ainsi que l’a expliqué le sergent Dimko Zhluktenko à Business Insider en janvier : « La fin octobre a été un désastre. L’Ukraine devient brumeuse en automne, avec des nuages épais et bas […] Ils sont si épais qu’aucune caméra infrarouge ni thermique ne peut voir à travers, et pendant de nombreux jours, il a été totalement impossible de faire voler nos drones. À ce moment-là, les Russes ont profité des nuages, les utilisant pour couvrir leur avance à pied et en véhicules. » Il en est de même de la pluie et de la nuit, faute de matériel adapté en nombre suffisant. D’où le recours de plus en plus constant à l’intelligence artificielle, permettant d’améliorer la navigation des engins et leur capacité de reconnaissance de l’ennemi. Si les Ukrainiens s’interdisent de déléguer à l’IA la décision de tuer, chaque frappe étant validée par un humain, les Russes ne respectent pas cette règle et développent des essaims d’engins intelligents, qui devraient s’avérer redoutables sur le champ de bataille.

Pour le moment, les drones ne remplacent pas les soldats au sol lorsqu’il s’agit de tenir, de prendre ou d’occuper le terrain. Mais cette partie d’échecs entre les deux pays accélère la transition vers un nouvel âge de la guerre. Où les êtres humains seront progressivement marginalisés ?

Aurélien Duchêne est géopoliticien, spécialiste de la Russie. Dernier ouvrage paru : La Russie de Poutine contre l’Occident, Editions Eyrolles, 2024.

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L’art délicat de la démocratie par les bombardements

25 février 2026 à 20:32

Une intervention militaire étrangère peut-elle apporter la démocratie ? L’expérience semble montrer que ce n’est pas le cas. Pourtant, il existe quelques exceptions. L’Iran peut-il être l’une d’entre elles ?

Renverser les mollahs à Téhéran

Ce n’est peut-être pas, hélas, l’objectif prioritaire de la Maison-Blanche, qui a massé des forces militaires sans équivalent depuis plus de vingt ans et lancé à Téhéran un ultimatum expirant début mars, dont les termes sont clairs : signez un accord acceptable sur le nucléaire, les missiles balistiques et la fin des ingérences régionales, sinon…

Sinon, Washington déclenchera des raids aériens massifs détruisant non seulement les sites nucléaires et balistiques des mollahs, mais aussi (peut-être) son appareil de répression. Ce qui ouvrirait la voie à une nouvelle révolte pouvant emporter, cette fois, la République islamique. Comme un effet collatéral heureux d’une intervention ayant d’autres motivations. Un scénario plausible au risque toutefois de l’inconnu, même si est grand l’enthousiasme à l’idée de voir tomber un régime sanguinaire qui déstabilise le Proche-Orient. Car, au sein de l’opposition, monarchistes, républicains laïcs et ex-marxistes-léninistes se détestent cordialement, même s’ils tentent de se rapprocher depuis peu après plusieurs échecs. Ce qui pose la question : une intervention militaire extérieure peut-elle imposer la démocratie en général, et en Iran en particulier ?

Les raisons des fiascos

« Non, la démocratie n’arrive pas dans les valises des chars et les soutes des bombardiers d’un pays étranger », est la réponse, quasi instinctive, de la plupart des politiques et analystes. Ce qui peut se comprendre. Si la démocratie pouvait se décréter par la volonté des canons de puissances étrangères, la tentation serait grande de multiplier de telles interventions dangereuses entachées d’un paternalisme néocolonial.

En outre, les précédents historiques montrent bien plus d’échecs que de succès, faute de tenir compte de la complexité des dissensions politiques, ethniques et religieuses locales. Ne pas oublier non plus l’effet de ralliement autour du drapeau pouvant désigner l’étranger comme un « ennemi commun ». Même accueillies en sauveurs, les armées étrangères sont rapidement considérées pour ce qu’elles sont : des forces d’occupation. Qui devront partir pour laisser un peuple chercher seul de nouveaux équilibres institutionnels et partisans. Et précisément, après des décennies de dictature sanglante, ledit peuple manque de figures expérimentées, sauf dans les prisons, les cimetières ou en exil. Mais aussi, et surtout, de fondements institutionnels capables de piloter une marche pacifique vers le multipartisme, la liberté d’expression et de la presse.

Quelques contre-exemples

Mais ce dogme mérite d’être questionné. Il existe quelques contre-exemples historiques, à commencer par la première installation de la démocratie dans un grand pays européen, l’Angleterre à l’issue de la Glorieuse Révolution de 1688 ; le renversement du roi Jacques II par le corps expéditionnaire d’un prince batave (et son gendre), Guillaume d’Orange. L’instauration de la monarchie parlementaire y a ouvert la voie à deux siècles de stabilité et d’État de droit ; plus aucune révolution, situation insurrectionnelle, ou guerre civile, n’ont émergé depuis, alors que l’histoire de ce pays en était truffée à l’époque.

Plus récemment, en revanche, la plupart des tentatives ont échoué. Même si viennent à l’esprit quelques transitions réussies après la chute du nazisme en Allemagne, de Mussolini en Italie et de l’impérialisme japonais, en 1945. Des cas toutefois exceptionnels, avec des régimes hyper-criminels de guerre capitulant sans conditions et des pays intégralement occupés. Rien à voir avec ce qui pourrait s’envisager aujourd’hui, où le cahier des charges implicite défini par l’opinion publique occidentale est : peu de morts civils dans le camp d’en face, pratiquement aucun parmi nos militaires et une transition ordonnée. Quitte à oublier ce que disait Mark Twain : « Ceux qui veulent la démocratie sans un peu de désordre sont comme des paysans qui voudraient la pluie pour leurs récoltes mais sans les orages »…

Trois échecs majeurs et une illusion

La stratégie de « regime change » a ainsi connu trois échecs majeurs : en Afghanistan, les talibans renversés en 2001 sont revenus inéluctablement vingt ans plus tard, sans devenir « inclusifs », comme l’espérait avec une infinie naïveté, ou un cynisme consommé, Jean-Yves Le Drian, alors ministre des Affaires étrangères. Les États-Unis avaient mal évalué les complexités des inimitiés entre ethnies dans ce « cimetière des empires ». Leur action pouvait être résumée par la formule du sénateur Charlie Wilson, l’instigateur de l’aide américaine aux adversaires afghans des Soviétiques après leur invasion en 1979 : « On a tout bien fait au début et ensuite on a merdé, comme d’habitude ».

En Irak, après le renversement de Saddam Hussein, Washington a notamment sous-estimé – et surtout méconnu – les antagonismes entre chiites, sunnites et kurdes, conduisant à des arrangements et des rivalités dignes d’un mobile de Calder. Aussi, croire pouvoir tenir un pays de 27 millions d’habitants avec 130 000 soldats était particulièrement naïf. Quant à limoger les officiers sunnites de l’armée pour cause d’adhésion au parti Baas, et mettre ainsi au chômage 20 000 hommes formés à tuer pour qu’ils rejoignent Daech, ce n’était pas l’idée du siècle.

Enfin, après l’élimination de Kadhafi par les armées française et britannique durant le Printemps arabe, la démocratie n’a pas pu prendre racine dans un pays ravagé par 42 ans de terreur et de surveillance, surtout sur fond de pillage des arsenaux du régime.

Et si, il y a quelques semaines, certains ont rêvé que la capture du président vénézuélien, Nicolás Maduro, ouvrirait la voie à la démocratie, il ne faut pas se faire trop d’illusions. Le régime a sauvé sa peau en sacrifiant son numéro un lors d’un raid où il est invraisemblable que ses 32 gardes du corps cubains aient été neutralisés en quelques minutes par un commando américain héliporté et rentrant indemne. Or, leur élimination par une unité aux ordres de la vice-présidente Delcy Rodríguez paraît bien plus probable, signant une collusion avec l’Amérique dont le rétablissement de la démocratie n’était visiblement pas la priorité. Preuve en est la nouvelle tendance des deux pays à s’entendre comme larrons en foire, par la grâce de négociations encore inabouties sur les questions pétrolières.

Les leçons de l’Argentine et de la Serbie

Mais le pire n’est pas toujours sûr. On peut lister l’intervention américaine à Grenade en 1983 contre une dictature marxiste-léniniste, appuyée par quelques pays des Caraïbes, ayant vu la Première ministre de la Dominique, Eugenia Charles, saluer Ronald Reagan en ces termes cavaliers et laudateurs : « Mister President, you have big balls ! ».

Il en est de même du renversement du président gambien, Yahya Jammeh, ayant refusé de reconnaître une défaite électorale en Gambie en 2016 et éjecté de son poste par la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), menée par le Sénégal. On citera surtout l’Argentine, où la junte militaire totalement discréditée par l’humiliation nationale de la défaite face au Royaume-Uni durant la guerre des Malouines en juin 1982, a jeté l’éponge l’année suivante. Et la Serbie, en octobre 2000, où une révolte populaire majoritairement pacifique a emporté le régime délégitimé de Slobodan Milošević – affaibli par la perte du Kosovo suite à l’intervention de l’OTAN en 1999 –, ne faisant que 2 morts et 65 blessés, après des années de guerres fratricides et meurtrières.

Le point commun à ces opérations réussies ? Tout d’abord, pas de troupes étrangères sur le sol national et des pertes civiles faibles (aucune en Argentine). Les interventions militaires ont discrédité les régimes, mais ce sont les peuples qui ont achevé le travail. Deuxièmement, une situation économique, sociale et des libertés publiques très dégradées, accompagnées d’une inflation galopante, de pénuries critiques, d’une corruption endémique et d’un isolement international ayant rendu le régime très impopulaire. Troisièmement, une société civile relativement robuste, avec des syndicats, des ONG, des mouvements d’opposition tolérés, comme celui des mères de la place de Mai à Buenos Aires, ou Otpor (financé par Washington) à Belgrade, et des institutions étatiques fonctionnelles et pas entièrement peuplées de partisans du régime.

Une expérience préalable de la démocratie constitue aussi un plus, voire un must. Il faut admettre que la plupart des expériences réussies d’établissement de la démocratie par une intervention militaire extérieure ont plutôt été un… rétablissement ! L’Allemagne de 1945 avait connu une expérience d’État de droit robuste au XIXe siècle, quoique sous un régime autoritaire, ainsi qu’une période démocratique, bien que brève, avec la République de Weimar, malgré ses faiblesses originelles. Idem pour le Japon avec la période libérale Taisho entre 1913 et 1926. Grenade et la Zambie entrent aussi dans ce cas de figure. Quant à l’Argentine, elle avait vécu la majorité du temps sous le régime du multipartisme et des élections libres lors du siècle ayant précédé la junte militaire en 1976. La démocratie prend généralement du temps pour s’installer solidement. Rappelons que concernant la France, par exemple, il a fallu huit décennies et une ribambelle de révolutions, de coups d’État et de guerres perdues pour y parvenir.

Cinquième critère : des forces de répression qui n’étaient plus prêtes à « tirer dans le tas », comme résignées et conscientes de l’échec politique du régime qu’elles servaient. Les manifestants serbes ont ainsi pris d’assaut au bulldozer le siège de la télévision publique, puis le Parlement le 5 octobre 2000 sous l’œil placide de la police… voire en profitant de la complicité d’une partie du régime. La plupart des révolutions ont une composante discrète de coup d’État. Et la junte du général Galtieri à Buenos Aires a passé la main sans combattre.

L’Iran cocherait-il ces cases en cas de raids aériens américains ? Les points 1 et 2 certainement, un peu le point 3, considérant l’existence d’une société civile plus robuste qu’on ne pourrait le penser après 47 ans de théocratie, comme le montre le courage des étudiants ayant repris ces derniers jours leurs manifestations. L’Iran ne coche pas vraiment le point 4, malgré des ébauches de tentatives de démocratie jadis, mais sa jeunesse en grande partie éduquée et occidentalisée permet d’espérer. En revanche, pour le point 5, les Gardiens de la révolution et consorts semblent déterminés à ne rien lâcher…

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Geedge & MESA Leak: Analyzing the Great Firewall’s Largest Document Leak

1 février 2026 à 21:37
Oh la vache. Le Grand Firewall Chinois - l'un des plus gigantesques systèmes de surveillance et de censure - vient d'avoir une fuite de donnés. Plus de 500 Go de codes sources, de logs et de communications internes.
L'ensemble n'a pas encore été analysé.
(Merci à Aurélien pour l'info.)
(Permalink)

TikTok Already Getting Shittier Under The Ownership Of Trump’s Billionaire Buddies | Techdirt

28 janvier 2026 à 15:11
Trump et les américains savent que TikTok est immensément populaire.
Sous couvert de "protéger" le peuple américain, ils ont menacé de bannir TikTok dans tout le pays si les Chinois refusaient de céder la branche américaine. Ce qu'ils ont fait.
TikTok USA est donc maintenant la propriété de Larry Ellison, le PDG d'Oracle qui se vante d'avoir des fichiers sur 5 milliards de personnes (https://sebsauvage.net/links/?x1youw) et qui pensent que les gens se comporteraient mieux dans une société sous surveillance totale (https://sebsauvage.net/links/?OjjOlw).

Et devinez quels sont les premiers changements de TikTok ?
Surveiller les utilisateurs en collectant leur position GPS exacte.
(Ce qui peut être très pratique pour fliquer ceux qui filment - HASARD - la police, j'imagine.)

L'algo de recommandation de TikTok va bien sûr aussi rapidement changer (https://sebsauvage.net/links/?Bqa0GQ).

En gros, ils sont en train de faire très exactement ce qu'ils reprochaient aux Chinois: Trafiquer l'algo pour influencer et collecter plein de données.
(Permalink)

"On m'a dit clairement : le droit ne s'applique pas pour toi" : français, il a été détenu un mois aux États-Unis | France Inter

28 janvier 2026 à 10:23
Juste un exemple parmi tant d'autres. Personne l'est à l'abri d'être déporté par ICE. (Par même les américains eux-mêmes, même ceux qui sont persuadés d'être dans leur bon droit. C'est une police de la terreur.)

("Malgré ce calvaire, le jeune Français espère bien retourner un jour aux États-Unis,". Par contre je ne comprends pas cette obstination de ce jeune homme de retourner dans un état ditactorial.)
(Permalink)

Dans les camps de l'ICE, les droits humains bafoués quotidiennement

28 janvier 2026 à 10:16
"Malnutrition, viols, tabassages, meurtres, détention de milliers d’enfants, maltraitance de femmes enceintes ou d’enfants dans les camps de concentration de l’ICE"

Oui parce qu'il faut bien nommer les choses par leur nom : Des camps de concentration.

Pour ceux au fond de la classe qui n'ont plus la définition de ce qu'est un camp de concentration, Wikipedia est là : https://fr.wikipedia.org/wiki/Camp_de_concentration
"Un camp de concentration est un lieu fermé de grande taille construit pour regrouper et pour détenir une population considérée comme ennemie, généralement dans de très mauvaises conditions de vie. Cette population peut se composer d'opposants politiques, de ressortissants de pays avec lesquels le pays d'accueil est en état de guerre, de groupes ethniques ou religieux spécifiques, de civils d'une zone critique de combats, ou d'autres groupes humains, souvent pendant une guerre. Les personnes sont détenues en raison de critères généraux, sans procédure juridique, et non en vertu d'un jugement individuel. "
(Permalink)

ICE takes aim at data held by advertising and tech firms • The Register

28 janvier 2026 à 07:24
Vous n'avez rien à cacher, rien à vous reprocher ?
Vous vous en foutez d'utiliser des applications bourrées de trackers ?
Voilà que la milice de Trump - celle qui kidnappe et déporte - va toquer à la porte des databrokers pour voir comment ils pourraient utiliser les tonnes d'informations collectées par les applications pour cibler qui enlever.

On y est, là, précisément : Le capitalisme de surveillance (les entreprises qui gagnent de l'argent en collectant un maximum de données sur vous) collabore avec un état fasciste pour enlever et déporter des gens. Et ils gagnent de l'argent là dessus (puisque l'accès aux données est payant).

Les gens qui se font enlever par l'ICE n'avaient rien à se reprocher non plus. Ils travaillent, paient leurs impôts et respectent la loi. Mais ça ne changera rien.

EDIT: Et du coup, l'article de Ploum, bien sûr : https://ploum.net/2025-01-20-vous-etiez-prevenus.html

Edit: en parallèle, voir aussi : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/un-monde-connecte/l-ice-ou-l-arsenal-technologique-en-action-6817567
(Permalink)

Donald Trump et Stephen Miller ont créé une sorte de force de police secrète, qui en plus, n’a rien de secrète

19 janvier 2026 à 07:29
Une police secrète, avec Palantir comme système de fichage pour les cibler. La Gestapo en aurait rêvé. Merci aussi aux GAFAMs et aux databrokers qui vendent toute vos informations au gouvernement afin de faciliter le travail de cette police.
(Permalink)

‘ELITE’: The Palantir App ICE Uses to Find Neighborhoods to Raid

16 janvier 2026 à 08:19
Palantir aide la police ICE à cibler les personnes à kidnapper. Comme dit Morgan : "Un outil de profilage racial industrialisé, vendu comme une carte Google mais conçu pour faciliter les déportations arbitraires. Les nazis auraient adoré ça 😬" (https://shaarli.zoemp.be/shaare/1eo1iA)
(Permalink)

“Dans la République islamique, la prédation et la répression sont les deux faces d’un même système“

11 janvier 2026 à 07:47

Manque de soutien international, répression sanglante, dérives d’un pouvoir prédateur… Alors que la République islamique d’Iran vacille, Les électrons libres se sont entretenus avec l’avocat et médiateur iranien Hirbod Dehghani-Azar. Président  de l’Association Norouz et récipiendaire du prix international de la laïcité 2023, il documente les crimes contre l’humanité du régime afin de rendre possible l’établissement d’une justice internationale à son encontre.

Les Électrons Libres : Cela fait des années, si l’on remonte à 2009 avec le « mouvement vert » de contestation de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, que l’Iran connaît des périodes de manifestations et de contestation du régime des mollahs, sans que celui-ci vacille. En quoi la fronde actuelle est différente et pourrait s’avérer décisive ? Est-ce d’ailleurs vraiment le cas ?

Hirbod Dehghani-Azar : En réalité, cela fait près de 25 ans que la République islamique connaît des contestations populaires. La première différence, aujourd’hui, c’est la convergence des luttes. La vague partie fin décembre 2025 a certes été déclenchée par un choc économique (effondrement du rial, flambée des prix), avec un départ très significatif depuis les milieux marchands et le Grand Bazar de Téhéran, mais elle s’est très vite généralisée et politisée.

“C’est une lame de fond qui je l’espère va emporter ce régime.”

La deuxième différence, c’est la diffusion et la nature de la demande car nous ne sommes pas face à une revendication sectorielle, ni même à une simple alternance à l’intérieur du système. On voit se dessiner un mouvement national, très étendu géographiquement dont les slogans et les actes expriment l’aspiration à un changement intégral du système. Ce qui est frappant aussi, c’est son caractère décentralisé car il n’y a pas de “centre” unique. C’est une lame de fond qui je l’espère va emporter ce régime.

Lel : Donc décisif ?

HDA : J’en ai sincèrement l’impression, mais personne ne peut l’affirmer aussi vite d’autant que le régime a une capacité éprouvée à réprimer dans le sang. Et le fait qu’on soit, depuis le 9 janvier, sur une coupure numérique massive n’est pas de bon augure car c’est généralement le symptôme d’un pouvoir qui cherche à casser la coordination, à empêcher la circulation des images et à isoler les foyers de contestation. A réprimer dans le sang en toute impunité.

Lel : Est-ce d’ailleurs vraiment le cas ?

HDA : Les bilans restent mouvants, mais plusieurs sources crédibles font déjà état de centaines de morts et de milliers d’arrestations, ce qui confirme que nous sommes entrés dans une séquence lourde.

“Ce système a entraîné à la faillite du pays, à la famine et à l’isolement de toute la nation”

Lel : Vous dites d’un côté qu’il s’agit d’une vraie crise de régime, qui montre l’incurie du pouvoir, incapable d’endiguer la crise sociale, économique et humanitaire que traverse le pays, tout en vantant le niveau de l’administration, aux mains d’une génération qui a bénéficié de la qualité des universités. Pouvez-vous m’éclairer sur ce paradoxe ?

HDA : Ce n’est pas un paradoxe et je voudrais d’abord clarifier un point : je n’ai pas vanté le niveau de l’administration en tant que telle. Ce que je dis, c’est que la société iranienne, et notamment sa jeunesse, est compétente, éduquée, diplômée, et que le pays dispose en interne des ressources humaines nécessaires pour administrer un État moderne de manière qualitative, si le cadre politique le permettait.

La crise de régime, elle, vient du fait que ces compétences sont neutralisées. Le problème n’est pas l’absence de talents, c’est l’architecture du pouvoir. Aujourd’hui un nombre restreint de « dignitaires et responsables » du pays confisquent les actifs pour un profit personnel et une expansion d’une idéologie haineuse.

Ce système a entraîné à la faillite du pays, à la famine et à l’isolement de toute la nation.

Ce n’est pas la responsabilité des fonctionnaires mais bien celle des dirigeants et du modèle narco théocratique. C’est de ce système que la population ne veut plus.

“Sans peur, la rente ne tient pas et sans rente, l’appareil répressif ne tient pas.”

Lel : Vous documentez de longue date les crimes du régime iranien. De votre point de vue, le plus grave est-il dans la privation de liberté infligée au peuple et la répression violente permanente qu’elle implique, ou dans la manière dont les proches du régime, et notamment les pasdarans, ont systématiquement pillé les richesses du pays à leur profit. Ce qui fait d’ailleurs écho à ce que l’on découvre au Venezuela (mais aussi en Russie), avec un Maduro dont les avoirs accumulés semblent dépasser la dizaine de milliards de dollars ?

HDA : Je ne les oppose pas et dans la République islamique, la prédation et la répression sont les deux faces du même système. La privation de liberté, la violence d’État, la torture et les exécutions sont la blessure première, parce qu’elles détruisent la dignité et rendent impossible toute alternance.

En clair, sans peur, la rente ne tient pas et sans rente, l’appareil répressif ne tient pas.

C’est cette combinaison qui a conduit le pays à l’appauvrissement et à l’impasse, et qui explique que la colère actuelle ne vise plus une politique, mais le système lui-même.

Les crimes que nous documentons sont liés plus précisément sur les droits humains mais nous tentons aussi, avec d’autres, de créer une qualification de crime d’apartheid fondé sur le sexe et qui est consubstantielle à ce système.

Lel : Parmi les sujets essentiels concernant le régime, tout comme celui de Maduro, avec lequel il a été main dans la main, celui du narcotrafic, que je documente largement dans mon livre, « La drogue au pouvoir ». Comment un régime qui applique des peines extrêmement lourdes pour les trafiquants et les consommateurs sur son sol, insiste sur la radicalité religieuse, a-t-il pu pousser l’hypocrisie jusqu’à être devenu quasiment un narco-Etat (même si je sais que vous ne le voyez pas exactement ainsi) ?

HDA : Je ne suis pas, moi, un spécialiste « technique » du narcotrafic, et d’autres, comme vous, documentent beaucoup mieux que moi les connexions entre certains réseaux et le régime. Je peux citer, par exemple, Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali, qui ont travaillé sur ces sujets. [Auteurs de “La pieuvre de Téhéran”, Éditions du Cerf, 2025, NDLR]. Mais ce que je crois, très sincèrement, c’est que ces circuits relèvent d’abord d’une logique de rente et donc d’un moyen de financement et d’enrichissement pour les mêmes responsables et réseaux qui accaparent déjà une grande partie des richesses du pays, notamment via l’économie grise. Il y aussi une dimension stratégique de financement du chaos à travers l’argent de la drogue et d’autres trafics le chaos via, notamment des proxys. Quand les flux criminels se déploient, ils deviennent un outil de déstabilisation, parce qu’ils corrompent, fragilisent et empoisonnent nos sociétés.

“Reza Pahlavi a convaincu une partie importante de la population par son projet de transition et sa volonté d’unir l’opposition.” 

Lel : Nous avons publié un long dossier sur les différents courants qui représentent l’opposition iranienne et la forme que peut prendre un régime futur. Si beaucoup parlent de la possibilité de l’établissement d’une monarchie constitutionnelle sous l’égide de Reza Pahlavi, après une consultation populaire, il se murmure aussi que, de manière contre intuitive, le courant des « réformateurs », pourtant représenté par le président de la République islamique, Massoud Pezechkian, pourrait jouer un rôle moteur dans la transition et les négociations avec les puissances étrangères, comme les USA et Israël. Comment est-ce possible, si jamais c’est vraiment le cas ?

HDA : Il existe des outils internationaux pour accompagner une transition (expertise électorale, justice transitionnelle, appui institutionnel) et, surtout, l’Iran a les compétences en interne en s’appuyant sur une jeunesse éduquée, des professionnels et des fonctionnaires capables de faire tourner un État moderne. Il y a aussi la diaspora qui me semble vouloir se mettre à la disposition d’un projet de reconstruction du pays. S’agissant du choix du futur régime, il ne peut venir que du peuple, par une consultation libre. C’est aussi ce qui ressort des slogans scandés dans les rues.

Plus personne ne croit en une réforme « de l’intérieur ». La population demande un Iran démocratique, laïque et uni et, à écouter les slogans scandés dans l’ensemble du pays, Reza Pahlavi a convaincu une partie importante de la population par son projet de transition et sa volonté d’unir l’opposition. Mais je ne suis pas un politique, je suis un juriste. Ma vocation, notamment à travers notre association Norouz, est d’accompagner la transition en portant la voix de la société civile et en préparant les éléments utiles à une justice future contre les responsables et les bourreaux du régime, afin d’éviter la loi du talion. Le devoir de mémoire est indispensable à la cohésion nationale.

“La communauté internationale ne semble pas prête à soutenir spontanément le peuple iranien”

Lel : Dans ce processus, l’ONU pourrait jouer son rôle. Notamment à travers ses mécanismes dédiés à la transition démocratique. On pense à leur Programme pour le développement, ou à leur Fonds pour la démocratie. Mais comment pourrait-elle vraiment intervenir, alors que les différents membres permanents de son Conseil de sécurité sont frontalement opposés sur la question iranienne, certains étant des alliés de circonstance des mollahs, si l’on pense à la Russie et à la Chine, ou aux États-Unis qui cherchent à tirer la couverture à eux en sauveurs par la résolution de tous les conflits ?

HDA : Ce qui m’inquiète et me désole, c’est que la communauté internationale ne semble pas prête à soutenir spontanément le peuple iranien, alors que la priorité absolue devrait être la protection des civils. On voit trop souvent des calculs mercantiles et diplomatiques pendant que la population meurt, ce qui renvoie au régime le signal que la répression est « envisageable ».

Le Conseil de sécurité est largement paralysé, mais l’ONU ne se réduit pas à lui. Elle peut agir hors Conseil en documentant et préservant les preuves, ce qui est déjà mis en place, en soutenant la société civile et en préparant techniquement l’après (expertise électorale, appui institutionnel, justice transitionnelle). L’essentiel, c’est de rendre la répression plus coûteuse et d’empêcher que le sang versé soit effacé par des arrangements diplomatiques.

Lel : L’un des facteurs pouvant faire basculer la situation tient dans le rôle que pourraient jouer les Kurdes iraniens, qui semblent décidés à se mettre en action. Pouvez-vous nous éclairer sur le sujet ?

HDA : Les Kurdes iraniens peuvent être un facteur de bascule parce qu’ils ont une capacité d’organisation (réseaux locaux, grèves, discipline collective) et qu’ils sont souvent en première ligne face à une répression très dure. Leurs revendications portent sur l’égalité des droits, la fin des discriminations, les droits culturels et linguistiques, et souvent une forme de décentralisation. Le point stratégique, c’est qu’à travers des figures comme Abdullah Mohtadi [Leader du Komala, le parti d’obédience marxiste kurde, dont la base, jeune et féminisée ne fait plus de ces fondamentaux politiques l’essentiel de ses revendications, NDLR] , ils revendiquent aussi l’union autour d’un Iran démocratique, laïque et uni.

Lel : Depuis des années, outre d’être l’avocat de personnalités comme Nasrin Sotoudeh (prix Sakarov 2012) ou du mouvement Femme, vie, Liberté, vous documentez les crimes du régime iraniens post 1979. Dans quel but ? Pensez-vous qu’une juridiction internationale, un peu sur le modèle du Procès de Nuremberg, sous l’égide de la Cour pénale internationale, pourrait se mettre en place ?

HDA : Nous documentons ces crimes pour préparer la justice de demain. Pour établir la vérité, protéger la mémoire des victimes et faire en sorte que les responsables ne puissent pas compter sur l’oubli. C’est aussi pour éviter, le jour venu, la loi du talion, car une transition solide a besoin d’une justice organisée et pas d’une vengeance. Vous évoquez un « Nuremberg », pourquoi pas, mais ce n’est pas envisageable en l’état. En revanche, on peut imaginer que l’autorité de transition adhère au Statut de Rome, et l’hypothèse d’un accord au Conseil de sécurité existe, même si, soyons lucides, elle relève aujourd’hui du vœu pieux. Ce qui est concret, en revanche, c’est la Mission internationale indépendante d’établissement des faits de l’ONU, dont le mandat a été reconduit, et qui a précisément pour objet de collecter et préserver des preuves utilisables demain devant une juridiction ad hoc, devant des juridictions nationales, et aussi via la compétence universelle.

Lel : Un changement de régime passerait forcément par un changement de Constitution. Pouvez-nous, en tant que juriste, nous expliquer rapidement les fondements de l’actuelle, ses dangereux travers, et ce qui pourrait en être adapté à l’avenir dans le cadre d’un nouvel Iran ?

HDA : La Constitution actuelle repose sur la velayat-e faqih [littéralement, l’exercice par le juriste de la plénitude de la guidance de l’Imâm, NDLR], c’est-à-dire une souveraineté populaire de façade subordonnée à une tutelle religieuse incarnée par le Guide (dont la mort est réclamée et scandée par la population). Elle concentre le pouvoir réel dans des institutions non élues et verrouille l’alternance par des mécanismes de filtrage et de contrôle. Ses travers les plus dangereux sont clairs. Elle confisque le pouvoir, affaiblit les contre-pouvoirs et empêche l’existence d’une justice réellement indépendante. Elle organise aussi une discrimination structurelle, notamment fondée sur le sexe, en faisant de l’inégalité un principe de droit et en légitimant la répression des femmes. Enfin, elle porte une logique d’expansion idéologique qui ouvre la voie à l’ingérence extérieure, au nom d’une lecture politico-religieuse du “jihad”, au détriment de l’intérêt national et de la paix.

Dans un nouvel Iran, il faudra renverser ce noyau et consacrer la primauté des droits fondamentaux, l’égalité totale femmes-hommes, la séparation stricte des pouvoirs, des élections libres sans filtrage idéologique, une justice indépendante et un contrôle civil des forces armées.

Ce qui peut éventuellement être conservé, ce sont des éléments techniques d’organisation de l’État, mais uniquement après avoir supprimé la tutelle religieuse, la discrimination et les fondements juridiques de l’ingérence.

“Je rêve de retourner en Iran, ne serait-ce que pour une chose très simple et très intime, pouvoir me recueillir sur la tombe de mon père.” 

Lel : Question subsidiaire… Quel rôle envisagez-vous de jouer en cas de transition ? Et retournerez-vous en Iran ?

HDA : Je rêve de retourner en Iran, ne serait-ce que pour une chose très simple et très intime, pouvoir me recueillir sur la tombe de mon père.

Aujourd’hui, je suis mobilisé là où je suis, en ma qualité de citoyen français, et plus largement comme un homme engagé et un avocat. Si une transition s’ouvre, comme beaucoup dans la diaspora, je souhaite contribuer à la reconstruction de mon pays d’origine et mettre à disposition mes compétences.

J’ai 54 ans et je n’ai pas remis les pieds en Iran depuis mon arrivée, il y a 44 ans, en France, un pays qui m’a accueilli, et que je remercie sincèrement.

Photo originale © Thomas APPERT

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Iran, dans le miroir de la révolution

1 janvier 2026 à 06:41

2026, année de la libération pour l’Iran ?
Malgré la répression, des manifestations d’une ampleur inédite depuis des décennies ébranlent le régime des mollah. Animées par la force du désespoir économique, elles évoquent une version inversée de la révolution de 1979.

Le fantôme de 1979*

Janvier 1979. À Neauphle-le-Château, dans les Yvelines, à une trentaine de kilomètres de Paris, un vieil homme en turban noir reçoit chaque jour des journalistes venus du monde entier. À ses côtés, quelques étudiants iraniens traduisent ses paroles et expédient ses cassettes vers Téhéran. Ce religieux austère, que l’on disait oublié dans son exil, s’appelle Rouhollah Moussavi Khomeini. Il sera bientôt le Guide suprême de la République islamique, la plus haute autorité politique et religieuse du pays. En quelques semaines, son exil français devient le centre d’une révolution. Depuis son salon meublé d’un simple tapis, Khomeini dicte la chute d’un empire.

À des milliers de kilomètres de là, l’Iran du Shah vacille. Après trente-sept ans de règne autoritaire, Mohammad Reza Pahlavi a fait de son pays le laboratoire d’une paradoxale modernité autoritaire. Le « Roi des Rois » voulait rivaliser avec l’Occident, vantant ses réformes agraires, sa volonté d’industrialiser le pays, de l’alphabétiser et d’être le chantre de l’émancipation des femmes.

Mais la Révolution blanche qu’il avait lancée en 1963 a tourné court. Les mollahs, dépossédés de leurs terres et de leur pouvoir sur les zones rurales, crient vengeance. Quant aux paysans, beaucoup ont rejoint les villes et se sont entassés à leurs périphéries. Malgré l’émergence d’une classe moyenne ayant accédé à un certain confort, les bazaris, la bourgeoisie commerçante traditionnelle, étouffent sous la corruption et les exactions de la SAVAK, la police politique et le service de renseignement du Shah. L’Iran s’est enrichi, mais la modernité de Mohammad Reza Pahlavi n’a profité qu’à une élite. Le reste du pays vit dans la peur et la ferveur religieuse, un mélange explosif, nourri par la naïveté des communistes qui embarquent les fanatiques dans leur quête de justice sociale avant d’être emprisonnés, exterminés ou contraints à l’exil.

C’est un an plus tôt que l’étincelle jaillit. Une rumeur publiée dans un quotidien pro-régime insulte Khomeini. Les manifestations s’enchaînent, la répression s’abat. Les « vendredis noirs » de septembre font des centaines de morts sur la place Jaleh de Téhéran. L’armée tire sur la foule, mais les cortèges grossissent. Dans les mosquées, les prêches enregistrés de Khomeini circulent sous le manteau. Depuis la banlieue parisienne, sa voix promet la justice et l’humiliation des puissants.

Le 1er février 1979, le vol Air France n° 472 atterrit à Téhéran. À bord, Khomeini, 76 ans, rentre au pays. Deux millions d’Iraniens l’attendent sur la route de Mehrabad. Le cortège s’avance lentement dans un vacarme de klaxons et de prières. Ce jour-là, la monarchie millénaire prend fin. Le Shah, réfugié au Caire, ne remettra plus jamais les pieds sur sa terre. Dans les semaines qui suivent, les commissariats brûlent, la SAVAK est dissoute, les officiers du Shah exécutés. La République islamique est proclamée le 1er avril 1979, scellant la fusion du pouvoir spirituel et temporel sous la velayat-e faqih — le gouvernement du jurisconsulte.

La révolution iranienne ne se contente pas de chasser un monarque. Elle entend renverser l’ordre mondial et lancer un défi direct à l’Occident. Le 4 novembre 1979, une foule de jeunes islamistes franchit les grilles de l’ambassade américaine de Téhéran. Ils se baptisent « Étudiants musulmans suiveurs de la ligne de l’Imam ». Ils manifestent contre l’arrivée aux États-Unis du Shah, accueilli par Washington pour y être soigné. Le symbole leur est insupportable. Celui qui est tenu pour le despote corrompu de la Perse occidentalisée trouve refuge chez l’ennemi de la révolution. En quelques heures, cinquante-deux diplomates et membres du personnel sont pris en otages. Le monde bascule dans une crise diplomatique qui va durer 444 jours. Khomeini adoube les preneurs d’otages, qualifie l’ambassade de « nid d’espions » et transforme la crise en acte fondateur du nouveau régime. L’humiliation infligée à Washington devient un sacrement national. Sur les murs de Téhéran, on peint la haine du « Grand Satan ». Dans les cours d’école, les enfants apprennent à chanter « Marg bar Âmrikâ » comme une prière. Les manifestations s’étendent dans tout le pays.

À Washington, le président Jimmy Carter tente de dialoguer. En vain. Les sanctions économiques s’abattent : gel de 12 milliards de dollars d’avoirs iraniens, embargo commercial, rupture des relations diplomatiques. En avril 1980, l’opération Eagle Claw — la tentative de sauvetage des otages par une unité spéciale américaine — tourne au désastre. Huit GI’s meurent dans le désert iranien après une collision entre un avion de transport militaire C-130 et un hélicoptère. Les images font le tour du monde. Khomeini y voit un signe divin, triomphant : « Ils ont voulu porter atteinte à notre révolution avec cette opération ridicule. […] Que Carter sache que cette défaite est un nouveau scandale pour lui. […] C’est Dieu qui a fait échouer leur complot. Les sables du désert les ont arrêtés. »

Dans ce contexte, les Pasdaran, les Gardiens de la Révolution, prennent le contrôle des ports, des routes, des frontières et des télécommunications. Ils représentent l’armée idéologique de la République islamique, créée le 5 mai 1979 par décret de l’ayatollah Khomeini pour protéger la révolution contre ses ennemis intérieurs et extérieurs. Il ne s’agit pas d’une simple armée. C’est une structure parallèle aux forces régulières (Artesh), avec ses propres moyens terrestres, aériens, navals, la Force al-Qods pour les opérations extérieures et les Bassidj pour la répression interne. C’est par leur biais que le blocus va créer sa propre économie et opprimer la population sous le manteau d’un islamisme à la fois radical et hypocrite.

La libération des otages intervient le 20 janvier 1981, le jour même de l’investiture de Ronald Reagan. Le régime de Téhéran a attendu que Carter quitte la Maison-Blanche pour signer les Accords d’Alger, prévoyant la restitution des otages contre le déblocage partiel des avoirs iraniens gelés. Le message est clair — l’Amérique ne dicte plus le tempo. Mais le prix de cette victoire symbolique est immense. L’Iran se retrouve coupé de tout. Les sanctions financières s’étendent, les entreprises occidentales se retirent, les relations bancaires sont suspendues. Les exportations de pétrole s’effondrent. Les médicaments, les pièces détachées, les devises manquent. C’est la naissance du blocus iranien. Les cargaisons de pétrole brut s’entassent dans les ports du Golfe, sans acheteurs. En 1981, les revenus liés aux hydrocarbures chutent de plus de 70 %, passant d’environ 20 milliards de dollars à moins de 8 milliards. C’est un étranglement progressif, voulu par Washington pour épuiser la jeune République islamique. Dans ses sermons, Khomeini exhorte le peuple à l’autarcie, la khod-kafa’i. En surface, la rhétorique est celle du sacrifice. En profondeur, c’est la naissance d’une économie fondée sur les réseaux parallèles où le clergé bénit les trafics nécessaires à la survie de la révolution, dont ceux de drogues et d’armes…

Décembre 2025, la révolution inversée ?

Quarante-six ans après cette révolution à laquelle communistes et moudjahiddines du peuple (organisation islamo-marxiste) ont participé, avant d’être à leur tour victimes du régime, le pouvoir des mollahs vacille sous le poids de ses crimes et de son absence de réaction face à la terrible crise économique qui frappe le pays. Si les contestations ont été multiples et toujours réprimées dans le sang ces dernières années, comme celle née en 2022 après l’assassinat par la police des mœurs de la jeune Mahsa Amini, pour un voile mal porté, les manifestations qui secouent l’Iran en cette fin décembre semblent de nature à véritablement mettre le règne des ayatollahs en danger. Elles expriment une profonde colère accumulée contre un système corrompu, égoïste et brutal, qui a transformé un pays riche en ressources en enfer — le blocus n’y étant pas non plus étranger.

Tout est parti de la dégradation fulgurante de la situation économique. Une hyperinflation galopante, atteignant 48,6 % en octobre et 42,2 % en décembre 2025, a fait exploser les prix alimentaires et vu la monnaie locale, le rial, chuter à un niveau abyssal. Il faut désormais échanger plus de 1,4 million de rials pour obtenir 1 dollar. Les commerçants, premiers touchés, ont fermé boutique à Téhéran dès le 29 décembre, notamment dans le bazar, le poumon économique de la ville. La révolte s’étend rapidement. Après les bazaris, les étudiants sont maintenant dans la rue et affrontent les forces de l’ordre, tandis qu’Ispahan et Mashhad rejoignent le soulèvement, lui donnant de l’ampleur. Un mouvement qui rappelle une version inversée de la révolution de 1979, déjà largement fondée sur des motifs économiques. Reste à attendre encore la réaction, potentiellement décisive, des Kurdes, dont Mahsa Amini était originaire, déjà largement impliqués dans la révolte de 2022.

Un régime divisé et à bout de forces

Les divisions au sein du gouvernement éclatent maintenant au grand jour, révélant les failles d’un système autoritaire théocratique où le clergé chiite exerce un pouvoir absolu, incorporant des éléments démocratiques factices comme l’élection du président. Ce dernier, le « réformiste » — un mot dépourvu de toute réalité — Masoud Pezeshkian, élu en 2024, appelle à « écouter les revendications légitimes des manifestants », sans que la police ne l’entende.

Le président du Parlement, du même camp que le chef de l’État, évoque les « difficultés économiques » du peuple, trahissant une peur palpable au sommet. Mais ces voix « modérées » se heurtent à la surdité du Guide suprême, Ali Khamenei, terré dans son bunker, qui refuse tout compromis, préférant la répression via les Bassidj et les Pasdaran.

Pourtant, selon nos informations, nombre de réformistes, sentant le vent tourner, commencent à fuir le Titanic institutionnel et rejoignent, les uns l’opposition centriste, les autres la frange nationaliste des contestataires, les derniers, les tenants d’un retour à une monarchie constitutionnelle incarnée par le fils du Shah renversé en 1979, Reza Pahlavi.

Les manifestants profitent également d’un contexte favorable, marqué par les difficultés internes et externes rencontrées par les mollahs — retour de Trump à la Maison-Blanche, pressions sur le programme nucléaire, guerre contre Israël via ses proxies comme le Hezbollah, le Hamas ou les Houthis yéménites.

Les forces de l’opposition : vers une cause commune sous la bannière de Reza Pahlavi ?

Face à cette tyrannie agonisante, l’opposition iranienne, longtemps fragmentée, sent poindre son heure. Ses courants divers — monarchistes, républicains, libéraux démocrates, activistes des droits des femmes, prisonniers politiques et familles de victimes — convergent vers une volonté de faire cause commune pour renverser la République islamique. Le débat sur la forme future du gouvernement — monarchie constitutionnelle ou république — est reporté à l’après-chute, priorisant l’unité contre l’ennemi commun.

Au centre de ces adversaires du pouvoir émerge effectivement la figure de Reza Pahlavi, dont le nom résonne dans les rues de Téhéran et au-delà. Il incarne un visage rassembleur, à même d’orchestrer une transition démocratique. En exil depuis 1979, il appelle à la désobéissance civile massive, invitant les forces de sécurité à rejoindre le peuple contre un régime « incompétent et criminel ».

Reza Pahlavi – photo © Emmanuel Razavi

Soutenu par des prisonniers politiques, des personnalités publiques et une diaspora active, il dépasse les clivages, prônant une démocratie laïque, les droits humains, la défense des minorités et l’intégrité territoriale. Lors d’une récente conférence de presse, il a exhorté les manifestants à rester unis pour « mettre fin au régime des ayatollahs », appelant tous les segments de la société — commerçants, étudiants, militaires — à se joindre au mouvement.

Des rassemblements comme celui de Munich, en juillet 2025, où il a réuni des dissidents pour un « moment historique », illustrent cette unification. Encore néanmoins relative, tant il existe de dissensions historiques entre les différents courants. Pahlavi sera-t-il reconnu comme leader pouvant incarner la phase de transition vers un gouvernement provisoire et des élections libres ? La question demeure. Mais des activistes pro-républicains, autrefois opposés, le soutiennent désormais.

La jeunesse technophile : l’arme secrète de la résistance iranienne

Dans cette bataille pour la liberté, la particularité de la résistance iranienne réside dans sa jeunesse, dans un pays dont la population ne dépasse pas 32 ans de moyenne d’âge. Très éduquée, hyperconnectée et farouchement technophile, comme Les Électrons libres, elle amplifie le mouvement avec une ingéniosité qui défie la censure du régime. Habituée à contourner les barrières numériques imposées par les mollahs (via des applications cryptées comme Signal et Telegram, ou des VPN pour masquer les IP), cette jeunesse coordonne des manifestations éclairs, courtes et précises, permettant de fuir avant l’arrivée des Bassidj ou de la police, tout en assurant une synchronisation nationale. Grâce à elle, les mêmes slogans, les mêmes actions se déploient simultanément à Téhéran, Ispahan ou Mashhad.

Ce lien technologique tisse aussi un pont solide avec la diaspora iranienne, malgré les récits antagonistes propagés par le régime pour semer la discorde. Les deux mondes restent connectés, alimentant des dossiers explosifs (comme ceux sur la contrebande d’or par la Force al-Qods), produits par des binationaux enquêteurs. Parfois, ces connexions infiltrent même le cœur du régime, où certains acteurs, contraints par la nécessité de nourrir leur famille, ne soutiennent pas les mollahs par conviction mais par volonté de survivre.

Une clé de cette opposition réside aussi dans des réseaux de hackers, qui contrecarrent les cyberopérations du régime menées par des agents entraînés par la Russie, experte en ingérence étrangère. Face à un réseau internet bas débit maîtrisé par le gouvernement, les résistants iraniens ont obtenu le repositionnement de satellites occidentaux pour accéder à un haut débit, facilitant la coordination des mouvements. Des rassemblements comme le « Free Iran Rally » à Paris en février 2025, ou les « Assises de la jeunesse iranienne », en octobre, soulignent comment cette génération insurgée, assoiffée de liberté, entretient le flambeau de la résistance.

En cette fin 2025, l’Iran arrive à un carrefour historique de son chemin. La puissance de la contestation, aidée par des circonstances plus favorables que jamais, permettra-t-elle à ce grand pays, vieux de 2 500 ans, de retrouver sa splendeur et son rôle de guide de la civilisation moyen-orientale ? Nous l’ignorons, mais nous l’espérons.

* La première partie de cet article est librement inspirée du chapitre XV du livre de l’auteur de l’article, La drogue au pouvoir, à paraître aux Éditions du Cerf, début 2026.

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CUII Liste - Gesperrte Domains

29 décembre 2025 à 19:32
Liste des domaines bloqués par les fournisseurs d'accès allemands. Il doit y avoir des choses intéressantes à explorer là dedans.
À quand la même liste pour les fournisseurs français ?

Edit : pour la France, on me signale https://censxres.fr/technique/
et https://ooni.org/post/2025-france-report/
(Permalink)
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