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Reçu — 15 juin 2026 De tout et de rien

Claude : stupeur et tremblements en Europe

15 juin 2026 à 18:57

La désactivation par les États-Unis de Fable 5 et de Mythos, les derniers modèles d’Anthropic, a provoqué un électrochoc. Elle a surtout éclairé la dépendance de l’Europe aux IA américaines, tout en lui offrant une opportunité d’affirmer sa souveraineté, portée par la France.

Dans un laboratoire de recherche européen, une équipe s’apprête à présenter une innovation médicale majeure. Les simulations finales, les optimisations de molécules et les validations croisées ont été conduites avec un nouveau modèle d’IA ultra-performant. La veille du dépôt, celui-ci est brutalement coupé par décision américaine. Des mois de données et de calculs deviennent soudainement inaccessibles, obligeant l’équipe à tout reprendre avec des outils moins efficients, au risque de voir un concurrent américain ou chinois déposer un brevet proche quelques semaines plus tard.

Cet exemple fictif (et certes caricatural) peut aussi s’appliquer au domaine militaire et à bien d’autres. Ainsi, nous pouvons envisager le cas d’une armée engagée dans une opération décisive. Au dernier moment, ses drones autonomes et ses systèmes de commandement tactique, alimentés par un modèle américain de pointe, perdent brusquement leurs capacités de reconnaissance et de prise de décision. Cloués au sol ou rendus imprécis, ils exposent les troupes au danger. Ces scénarios sont désormais possibles et plusieurs développeurs, y compris dans des domaines sensibles, en ont fait le récit ces derniers jours. Ils ont commencé à se matérialiser dans la nuit du 12 au 13 juin, lorsque Anthropic a dû désactiver mondialement ses modèles Fable 5 et Mythos 5 sur ordre du gouvernement américain.

À ce moment précis, des millions d’utilisateurs à travers le monde ont découvert avec stupeur que les modèles les plus avancés d’Anthropic, la société créatrice du LLM Claude, leur étaient soudainement retirés. Fable 5, lancé seulement trois jours plus tôt pour le grand public, et Mythos 5, sa déclinaison mais plus puissante orientée vers des usages sensibles en cybersécurité — qui n’était ouverte qu’à un cercle très restreint de sociétés éditrices de logiciels critiques —, ont été désactivés pour l’ensemble des clients. Anthropic a publié un communiqué expliquant avoir reçu une directive d’exportation du département du Commerce américain, sous l’autorité du secrétaire Howard Lutnick. Cette mesure, motivée par des préoccupations de sécurité nationale liées à un jailbreak (une faille de sécurité permettant de contourner les garde-fous de l’IA) signalé par les chercheurs du concurrent Amazon (qui sont parvenus à casser les limitations de Fable), imposait de suspendre l’accès aux modèles pour tout ressortissant étranger, y compris ceux travaillant au sein même d’Anthropic. Incapable de mettre en place un filtrage fiable par nationalité en temps réel, l’entreprise a préféré couper l’accès mondial à ses nouveaux modèles. Les plus anciens de la famille Claude demeurent en revanche accessibles, mais le choc provoqué par cette suspension brutale d’un système déjà largement déployé reste inédit.

Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions de plus en plus vives entre l’administration Trump et Anthropic. La société a d’ailleurs exprimé dans son communiqué une certaine frustration, qualifiant le jailbreak de relativement étroit et affirmant travailler à une résolution rapide, tout en se pliant à la loi américaine.

L’entreprise a auparavant montré des réticences face à certains contrats militaires et a longtemps mis en avant les risques globaux de l’IA pour plaider en faveur d’une régulation stricte. Elle se retrouve aujourd’hui confrontée aux conséquences de sa propre rhétorique de sécurité. Les États-Unis traitent désormais les modèles les plus performants comme des technologies stratégiques, comparables aux semi-conducteurs ou à l’armement nucléaire.

En France et plus largement en Europe, les réactions politiques ont fusé dans un mélange d’indignation, d’hypocrisie et d’incompréhension technique. Mais toutes, et c’est une première, semblent avoir saisi l’importance de l’affaire et découvert les conséquences de la vassalisation numérique de l’Europe. Des enjeux stratégiques que la plupart avaient jusque-là négligés, ne s’inquiétant que des régulations tatillonnes du continent et de son sous-investissement chronique.

L’affaire Anthropic a d’ailleurs été l’occasion d’une amusante parenthèse. Une rumeur virale a prétendu ces derniers jours que Mistral AI s’apprêtait à dévoiler un modèle surpuissant baptisé « Le Chaton Fat » ou « Le Gros Chaton », prétendument supérieur à Mythos 5. Il s’agit en réalité d’une vaste blague nourrie de fausses captures d’écran et de benchmarks inventés, à laquelle le PDG Arthur Mensch a lui-même répondu avec humour en confirmant ironiquement : « It’s actually le gros chaton ».

L’opportunité historique pour Mistral AI et l’Europe

Plus sérieusement, cet épisode pourrait pourtant se révéler comme offrant une opportunité historique pour l’Europe et pour des acteurs comme Mistral AI. En privant brutalement les entreprises, les laboratoires de recherche et les institutions publiques européennes d’un des modèles américains les plus performants, les États-Unis créent de facto un marché captif et peuvent donner des idées au Vieux Continent. Les données sensibles, les secteurs industriels stratégiques, les administrations et les projets de défense ne pourront plus dépendre d’outils dont l’accès repose sur le bon vouloir de Washington. Cette rupture renforce considérablement l’argument en faveur d’une IA souveraine, développée sur le sol européen et non soumise au Cloud Act, ni à l’extraterritorialité du droit américain.

Mistral AI peut ainsi espérer entrer dans une nouvelle dimension. Sa valorisation, encore modeste (bientôt autour de 20 milliards tout de même) au regard de celle atteinte par les leaders américains, pourrait vite augmenter si elle s’accompagne d’une mobilisation massive des pouvoirs publics et des investisseurs privés. Le rapatriement potentiel de talents européens travaillant dans les grands laboratoires américains, frustrés par les actuelles restrictions et par la perspective d’un accès limité aux modèles de l’Oncle Sam, constitue une aubaine supplémentaire pour densifier les équipes continentales et accélérer les progrès techniques.

Pour transformer cette opportunité, il ne suffira cependant pas de déclarations d’intention. Des investissements massifs et rapides s’imposent dans le calcul intensif, l’énergie et la recherche fondamentale. La France et l’Europe disposent ici d’atouts réels, à commencer par notre parc nucléaire capable d’alimenter des data centers, accusés d’être énergivores, de manière stable et décarbonée, sans dépendre des aléas des énergies intermittentes. Des partenariat publics-privés ambitieux, une accélération des programmes tels que France 2030, une simplification, voire un pacte de non-agression réglementaire, une fiscalité attractive pour les capitaux privés et une stratégie européenne cohérente deviennent indispensables. Sans cela, l’écart technologique risque de durer, si ce n’est de s’accroître. Les États-Unis pourraient alors inonder le marché européen de versions légèrement inférieures, juste assez performantes pour maintenir la dépendance tout en décourageant l’émergence de champions autonomes.

La position chinoise et les risques pour l’Europe

La Chine observe cette situation avec un intérêt gourmand. Peu entravée par les débats éthiques, elle peut accélérer son développement et proposer aux Européens frustrés des alternatives à bas coût et des modèles, parfois de la génération précédente, gratuits. Malheureusement pour Mistral, ces modèles chinois gratuits sont les meilleurs du marché, loin devant les siens. Cet épisode renforce sa position dans la formation des blocs technologiques et illustre les risques d’une Europe qui se tire régulièrement des balles dans le pied. L’AI Act, qui entrera pleinement en vigueur en décembre 2027, avec ses exigences bureaucratiques et son obsession régulatrice, contraste violemment avec la logique protectionniste américaine et la volontariste approche étatiste chinoise. En voulant encadrer, avant même d’avoir construit une industrie cohérente et au niveau de la concurrence, le continent freine ses propres innovateurs et risque de perdre une bataille peu alimentée par la notion de scrupule, ce qui pourrait conduire des entreprises comme Mistral à s’expatrier dans des contrées plus clémentes.

Perspectives géopolitiques

Au fond, cette affaire révèle le grand basculement géopolitique en cours dans le domaine de l’IA. Nous entrons dans une ère où la supériorité en cette matière déterminera non seulement la puissance économique, mais aussi les équilibres militaires et l’influence mondiale pour les décennies à venir. L’IA devient la sève des souverainetés et des enjeux de civilisation, exigeant une mobilisation industrielle, la sécurisation des secrets technologiques et une vision à long terme. Derrière le show des gesticulations trumpistes, les États-Unis l’ont compris en imposant leurs contrôles d’exportation. La Chine l’a intégré depuis longtemps dans sa stratégie d’État. L’Europe doit maintenant trancher entre une souveraineté réelle, coûteuse mais vitale, et une dépendance fainéante, s’appuyant sur le confort de sa prétendue supériorité morale, qui la reléguerait au rang de simple suiveur technologique.

L’IA, bien commun de l’humanité ?

Au-delà des blocs qui se durcissent, une autre voie, plus ambitieuse, mérite d’être explorée et ne serait pas éloignée des discours des fondateurs d’Anthropic : celle qui consisterait à considérer les modèles d’IA les plus avancés comme un bien commun de l’humanité, dont aucun État ne pourrait restreindre l’accès ou l’usage à des fins purement nationales, sur le modèle inverse du Cloud Act. Une convention internationale dédiée pourrait théoriquement protéger les pays intermédiaires contre une fracture technologique définitive qui les condamnerait à une éternelle dépendance. Cette perspective reste cependant, dans le contexte géopolitique actuel, largement utopique. Ni les États-Unis, qui traitent déjà l’IA comme un pilier stratégique, ni la Chine, engagée dans une course de puissance, n’accepteront de brider leur souveraineté technologique au nom d’un bien commun. L’Europe aurait beau porter cette philosophie, elle risquerait d’apparaître une fois de plus comme naïve face à des rivaux qui raisonnent en termes de rapport de forces. Reste qu’elle mérite d’être gardée comme horizon de réflexion, ne serait-ce que pour rappeler que la fragmentation totale du monde en blocs technologiques n’est pas une fatalité, même si elle reste l’idée la plus dominante aujourd’hui.

Indépendamment de ce vœu humaniste, transformer le choc provoqué par la suspension de Fable 5 en avantage pour l’Europe est possible. Mais cela suppose une profonde lucidité, une ambition collective et une réelle cohérence politique. Il faudra investir massivement dans les infrastructures et les talents, simplifier les règles qui brident inutilement l’innovation comme la cohésion européenne, miser pleinement sur les atouts énergétiques du continent et l’amener à construire une véritable stratégie industrielle commune, ce qui n’est pas son fort jusqu’à présent. Sinon, les discours sur la souveraineté resteront des mots creux dépourvus d’horizon. L’histoire jugera et les prochains mois seront décisifs.

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OpenAI Execs Are Panicking

15 juin 2026 à 11:45
#EstCeQu'onEstÉclatementDeLaBulleYet ?
Ça se pourrait.

EDIT: Sur le même sujet : "OpenAI Losses Increased Nearly 8X in 2025, With Spending Hitting $34 Billion" ("Les pertes d'OpenAI ont été mutipliées par 8 en 2025, les dépenses atteignant 34 milliards de dollars.")
https://www.wheresyoured.at/exclusive-openai-financials/
(Permalink)

DeltaChat

15 juin 2026 à 06:39
Plus le temps passe, plus je me dis que DeltaChat est une purin de bonne idée.
Je suis content de Signal mais je garde précieusement DeltaChat car je considère que c'est actuellement une des rares alternatives viables (si Signal part en vrille) et DeltaChat a même quelques avantages par rapport à Signal.

J'essaie de poser les raisons qui me font apprécier DeltaChat (et aussi ce qui la distingue de Signal):

- L'application DeltaChat existe pour Android, iOs, Windows, Mac et Linux.
- Votre profil DeltaChat réside sur votre smartphone ou ordinateur, pas sur le serveur. Les serveurs DeltaChat ne voient qu'un identifiant unique aléatoire, ils ne voient pas votre photo de profil ni même le nom du compte.
- Conséquence: Les seules méta-données qu'un serveur DeltaChat voit sur un message sont: identifiants expéditeur et destinataire, taille du message (et bien sûr les adresses IP quand vous envoyez/recevez les messages).
- Les comptes ne sont pas énumérables (Vous ne pouvez pas récupérer la liste des comptes d'un serveur DeltaChat). Donc les comptes ne sont pas spammables (Quelqu'un ne peut vous contacter *que* si vous lui avez donné votre QRCode ou lien d'invitation.)
- Comme vous ne pouvez pas vous faire spammer, c'est un lieu "safe" d'échange, pour la famille et les amis.
- Comme le spam n'est pas un soucis, DeltaChat n'a pas besoin de votre numéro de téléphone ou email pour créer un compte.
- Comme il n'y a pas de mécanisme de découverte, les serveurs DeltaChat ne récupèrent pas vos contacts (pas même des hashs comme le fait Signal).
- À la création d'un compte cela utilise le serveur par défaut, mais vous pouvez ajouter d'autres serveurs de relai (https://chatmail.at/relays) à votre compte. Cela fait de DeltaChat l'une des rares messagerie chiffrée de bout en bout décentralisée (Si le serveur principal tombe, vos messages vont continuer à être acheminés via les relais). [1]
- Un serveur de relai DeltaChat, c'est même auto-hébergeables (et léger).
- Vous pouvez avoir plusieurs identités DeltaChat (Signal ne vous en permet qu'une).
- La discussion "Messages enregistrés" est une discussion avec vous-même. C'est synchronisé entre vos appareils, c'est donc très pratique pour transférer rapidement un texte ou un fichier.
- Tout comme dans Signal, les discussions de groupe sont possibles.
- DeltaChat possède également une fonction de "canal d'information" : Vous seul pouvez poster, et ceux à qui vous avez donné le lien peuvent venir lire. Pas de discussion, juste un canal d'information.
- La partie qui a l'air cool (mais que je n'ai pas encore explorée) ce sont les applications web (https://webxdc.org/apps/) [3]. Par exemple une liste de course ou un calendrier partagé entre participants. Les applications sont utilisables dans DeltaChat directement, et les données de ces applications sont également chiffrées de bout en bout pour tous les participants.


(Notez que si vous êtes un utilisateur de longue date de DeltaChat, le projet ne recommande plus de passer par votre serveur de mail habituel. DeltaChat propose un serveur dédié, léger et rapide.)

Signal a quand même pour lui la possibilité de faire expirer les liens d'invitation/mise en relation.
EDIT: On peut aussi réinitialiser l'URL/QRCode d'invitation de DeltaChat (menu ... > Réinitialiser le code QR).

Plus le temps passe, plus DeltaChat s'améliore. C'est plein de bonnes idées, c'est fiable, c'est simple à utiliser.

Les inconvénients de DeltaChat :
- pas de découverte des contacts (mais c'est aussi ce qui fait la sécurité de DeltaChat : pas de spam possible).
- pas de backups automatiques (on peut faire un backup manuel des discussions) [2]
- il n'est pas possible de revoquer un appareil (les serveurs ne gardent pas la trace des appareils, c'est une volonté).
- il n'y a pas vraiment d'administration des groupes (tous les membres d'un groupe ont les mêmes droits).

EDIT: Ah oui, et Signal tourne sur l'infra d'AWS. Si les USA décident d'une sanction contre un pays, AWS cessera de répondre pour ce pays, bloquant de fait les utilisateurs de Signal. Les multiples relais de DeltaChat, faciles à héberger, empêchent ce genre de censure. On me dit même dans l'oreillette que quand Signal ne fonctionne pas en Chine, DeltaChat continue de fonctionner.

[1] oui xmpp est décentralisé, mais si le serveur de votre compte xmpp tombe, vous ne recevez plus les messages. DeltaChat fonctionnera encore si votre serveur initial d'inscription tombe.
[2] Ceci dit, le fait d'avoir plusieurs appareils connectés fait de chaque appareil un "backup" automatique complet car il reçoit tous les messages au fur et à mesure qu'ils sont émis/reçus.
[3] Parmis les applications DeltaChat, on trouve: calendrier partagé, édition de texte collaborative, sondages/votes/planification de dates, checklists, comptes à rebourd, HyperCard, dessin, suivi du temps (timetracking), chiffrement de texte et fichiers, tableur, mini-blog/journal (exportable en html/pdf), suivi de tâches, liste de dépenses en commun, liste de souhaits... les possibilités sont très chouettes.
Et le tout, sans sortir de l'application, et chiffré de bout en bout pour les participants.


Si vous voulez un peu plus de détails techniques, il y a cet article : https://blog.feld.me/posts/2025/03/deltachat-is-actually-good-though/
(Permalink)
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