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RTX Spark Superchip : la vision de Nvidia au défi Windows 11

1 juin 2026 à 15:57

Penser une puce comme le RTX Spark ne se fait pas en un claquement de doigts. Nvidia a donc pris son temps pour élaborer une solution qui puisse venir chatouiller la concurrence actuelle des puces Qualcomm sous Windows 11. La marque a fini par sortir un SoC qui risque de faire un peu plus qu’un peu de bruit, si elle est bien déployée.

RTX Spark

La fin de l’exclusivité accordée à Qualcomm par Microsoft a pris fin en octobre 2023, on aurait pu penser que Nvidia et son RTX Spark attendent alors Microsoft au tournant pour lancer une puce capable de prendre le relais de l’offre concurrente. Cela n’a pas été le cas et il aura fallu attendre trois ans pour voir une réponse technique aux Snapdragons. Trois années pendant lesquelles Nvidia ne s’est pas tourné les pouces. Avec son partenaire Mediatek en charge de l’implantation des cœurs ARM Cortex, la marque a tissé un double écosystème : à la fois technique en proposant une solution assez brillante sur le papier. Mais aussi logicielle avec tout un ensemble de partenaires prêts à soutenir son initiative.

En parallèle de ses trois années d’attente, Nvidia a pu constater les efforts menés par Microsoft pour améliorer sa plateforme d’émulation technique. Au frais du système d’exploitation et de son concurrent Qualcomm, Windows 11 a peaufiné ses routines pour proposer une couche de gestion des puces ARM désormais beaucoup plus solide que les offres précédentes. C’est donc dans des conditions concurrentielles très avantageuses qu’est annoncée la nouvelle gamme de puces RTX Spark.

On ne parle pas encore de circuits spécifiques comme des Nvidia N1 ou Nvidia N1X mais d’une « gamme » plus large. Une manière de voir l’étendue possible du dispositif. La puce, gravée en 3 nm par TSMC proposera jusqu’à 20 cœurs Nvidia Grace (supposément 10 Cortex-X925 et 10 Cortex-XA725) et proposera un circuit graphique made-in-Nvidia séparé. Deux éléments qui seront réunis à la mémoire vive par une jonction NVLink C2C promettant 600 Go/s de bande passante. 

  NVIDIA N1X NVIDIA N1X NVIDIA N1 NVIDIA N1
Cœurs CPU BIG 10 × Cortex-X925 9 × Cortex-X925 8 × Cortex-X925 7 × Cortex-X925
Cœurs CPU LITTLE 10 × Cortex-A725 9 × Cortex-A725 4 × Cortex-A725 3 × Cortex-A725
GPU Streaming Multiprocesseurs 48 SM 40 SM 20 SM 16 SM
Cœurs CUDA 6 144 5 120 2 560 2 048
Mémoire 16 à 128 Go LPDDR5x
(16 canaux)
16 à 128 Go LPDDR5x
(16 canaux)
8 à 64 Go LPDDR5x
(8 canaux)
8 à 64 Go LPDDR5x
(8 canaux)
PCI Express 12 × PCIe Gen 5
5 × PCIe Gen 4
12 × PCIe Gen 5
5 × PCIe Gen 4
8 × PCIe Gen 5
3 × PCIe Gen 4
8 × PCIe Gen 5
3 × PCIe Gen 4
TDP 45 à 80 W 45 à 80 W 18 à 45 W 18 à 45 W

C’est un des points clés de cette offre, ce dialogue ultra rapide entre les éléments. La possibilité de piloter jusqu’à 128 Go de mémoire vive LPDRR5x va probablement attirer l’attention des amateurs d’IA locales. Nvidia annonce que le circuit proposera jusqu’au quintuple des débits d’un PCIe Gen 5 x5. Un énorme avantage pour les LLM. La marque emploie ici les éléments techniques mis au point pour ses gammes professionnelles

On comprend au passage pourquoi Qualcomm annonce enfin ses Snapdragon C à destination de machines beaucoup plus entrée de gamme. Tant que la marque se sentait seule et sans concurrence, elle pouvait se lâcher sur les puces haut de gamme. Désormais en compétition avec Nvidia, elle doit ouvrir sa gamme vers d’autres secteurs.

La gamme de machines qui pourra accepter ces puces est assez vaste mais un détail doit retenir l’attention. Si Nvidia parle d’un TDP de 1 watt seulement pour les usages les plus légers, la puce devrait atteindre les 80 watts à son pic de performances. Cela nécessite un dispositif de refroidissement adapté mais reste très impressionnant en face de l’ensemble des cœurs alignés. On imagine qu’ici également, les optimisations effectuées sur les puces professionnelles ont été fructueuses.

La partie graphique est impressionnante, il s’agit d’un ensemble de cœurs Blackwell RTX additionnant 6144 cœurs CUDA, soit l’équivalent d’une solution RTX 5070. Quand vous mettez bout à bout un SoC 20 cœurs, des milliers de cœurs CUDA, un énorme paquet de mémoire vive et une bande passante qui fonce à Mach-100, vous obtenez une recette assez ébouriffante pour pénétrer le marché.

Un lancement de RTX Spark sous haute surveillance

On ne sait pas quel scénario attendre de cette puce RTX Spark. Pour le moment, Nvidia annonce de multiples partenaires intéressés par cette puce. Un liste de plusieurs machines a été dressée chez les acteurs classiques du marché : Asus, Dell, HP, Lenovo, MSI et… Microsoft. un dernier acteur dont on comprend ici qu’il ne fera plus de cadeau d’exclusivité à Qualcomm pour ses gammes Surface.

Nvidia va se retrouver face à des choix pour cette sortie. Si la marque laisse le marché choisir ses implantations de RTX Spark, leur avenir semble déjà tout tracé. Les puces ne seront probablement pas données et leur appréciation par le grand public sera, au mieux, tiède à leur sortie. Nvidia n’indique pas de tarif pour ses puces mais il semble logique de les classer dans un positionnement Gaming assez élevé. On imagine mal le nouveau processeur venir organiser un sabordage concurrentiel des puces RTX mobiles classiques et on peut donc s’attendre à des tarifs assez élevés. 1499€, 1749€, 1999€ ou plus, ne semblent pas délirants pour ces futurs portables.

Voilà tout le problème aujourd’hui. Si Nvidia ne gère pas finement la distribution de ses puces, alors les constructeurs seront plus enclins à proposer les versions les plus haut de gamme possible. Sans considération d’un public de particuliers. Il sera moins risqué de lancer un produit RTX Spark avec 128 Go de mémoire vive à 3000€ sachant que dans tous les cas les pros se les arracheront plutôt que des modèles en 32 Go de mémoire  vive a 2000€ qui risquent de n’intéresser pas grand monde.

C’est sans doute pour cela que Nvidia met en avant toute la partie écosystème de son offre. Le DLSS pour augmenter le nombre d’images affichées, Le RayTracing pour la qualité de rendu, la baisse de la latence avec Reflex, le pilotage d’écran G-Sync et des fonctions d’IA variées dont le RTX Modding et ACE. 

Une foule de studios et de développeurs suivront le lancement de RTX Spark

Une foule de studios et de développeurs suivront le lancement de RTX Spark

Mais c’est également pour cela que la marque a sollicité de nombreux développeurs. Pour s’assurer que leurs prochains produits supportent les fonctions implantées. Une tâche facilitée par le simple fait qu’un cœur CUDA reste un cœur CUDA, qu’il soit intégré dans un circuit graphique secondaire ou celui du RTX Spark. 

Il faudra donc surveiller l’ensemble de cette sortie et rester très attentif à la qualité des offres annoncées mais aussi à celles réellement disponibles en magasin. Personne ne veut froisser Nvidia en ce moment et je suppose qu’aucun constructeur ou développeur ne prendrait le risque de ne pas adhérer à sa nouvelle offre. Mais il est possible que pour certains des constructeurs la proposition globale ne fonctionne tout simplement pas en 2026. Que seule l’offre visant des pros ait du sens. Comme cela a été le cas pour les Strix Halo d’AMD.

Le risque étant alors que les livraisons de machines « grand public » en 16/32 Go de mémoire ne soient que très limitées et pour coller aux attentes de la marque. Puis, que le gros de l’offre finisse par n’arriver que sur des modèles 128 Go. Des modèles vendus à des prix beaucou beaucoup plus élevés. Un écueil que le RTX Spark doit absolument éviter s’il veut percer comme un processeur viable pour les marchés grand pûblic face à AMD et Intel.

RTX Spark Superchip : la vision de Nvidia au défi Windows 11 © MiniMachines.net. 2026

Bambu Lab se prend les pieds dans le tapis des licences

27 mai 2026 à 09:48

Bambu Lab c’est une success story. De jeunes ingénieurs passionnés qui rassemblent leurs compétences pour proposer des imprimantes 3D d’excellente facture. La marque lance un premier modèle en 2020 via un financement participatif. Le succès est au rendez-vous et la reconnaissance est rapide. Après quelques modèles qui montrent tout son savoir-faire, le résultat est là. En quelques années, Bambu Lab est devenu un acteur phare. Passant devant des marques présentes depuis bien plus longtemps.

Bambu Lab X2D + AMS COMBO

Bambu Lab X2D + AMS COMBO

Ses imprimantes sont efficaces, la marque a réussi à se bâtir une communauté loyale et ses produits sont souvent considérés comme des solutions parfaites pour les créateurs2. Au fur et à mesure que leurs imprimantes se déploient, Bambu a annoncé des fonctions de plus en plus ambitieuses, proposé des solutions innovantes et marqué des points sur un marché que certains pensaient déjà totalement bouché.

Comme beaucoup d’autres constructeurs avant eux, et en particulier Prusa, Bambu Lab souffre d’un problème assez récurrent que connaissent les sociétés à succès. La marque « inspire » beaucoup ses concurrents. J’avais pour habitude de dire que les imprimantes 3D chinoises étaient des produits Prusa avec deux ans de retard. Désormais j’ai plus tendance à dire que l’inspiration vient de Bambu Lab. Et cette inspiration n’a plus que 12 mois de retard. Idées, intégrations, fonctions et même design, la marque Bambu est fort copiée. À peine lance-t-elle un produit que son look et ses spécifications se retrouvent chez des produits concurrents.

Creality Sparkx i7

Creality Sparkx i7

Un exemple récent avec l’imprimante SparkX i7 de Creality. La marque avait pour habitude de proposer des modèles cartésiens très sobres et bruts de décoffrage. Leur dernière née est clairement sous inspiration Bambuléenne. Cela va de la robe blanche du châssis au petit élément qui tourne en façade de la tête d’impression pour montrer l’activité de l’extrudeur.

Ces évolutions concurrentielles, Bambu Lab ne peut pas y faire grand-chose. Les produits d’autres marques restent suffisamment différents et le concept d’impression tellement globalisé qu’il apparait impossible de tenter de les attaquer.

Bambu Lab voit rouge mais se trompe de cible

Il y a quelque temps, un développeur indépendant publie un bout de code, une évolution du logiciel OrcaSlicer. Paweł Jarczak ne se doute probablement pas à ce moment-là que sa version maison d’OrcaSlicer va mettre le monde de l’OpenSource et de l’impression 3D en ébullition. OrcaSlicer c’est un Slicer, c’est à dire un outil qui sert à traduire en langage compréhensible par une imprimante 3D, le volume de l’objet à imprimer. Une sorte d’interprète qui définit comment imprimer les choses. Une étape indispensable pour l’impression d’un objet.

La version de ce slicer développée par Pawel a un but très précis : outrepasser les limitations imposées par le constructeur qui obligent à passer par ses serveurs pour pouvoir imprimer en local. On en avait parlé en janvier 2025 lorsque la marque avait annoncé ce mouvement de fermeture de son écosystème. Les imprimantes mises à jour avec le dernier firmware maison ne pourraient plus passer par un réseau local pour imprimer, mais uniquement via leurs serveurs. Le simple réglage de l’appareil ou l’accès à son flux vidéo, tout devra d’abord faire le tour de la terre avant de déclencher quoi que ce soit sur une imprimante pourtant installée à 3 mètres dans le même bureau. Un choix qui n’avait pas été apprécié par les internautes, ils y voyaient un recul important dans leur droit de propriété et d’usage.

L’exemple souvent donné pour comprendre ce recul est simple. Imaginez que vous ayez un travail d’impression à faire pour un tiers, ou même un projet personnel qui vous tient à cœur et que vous voulez garder secret. Il devient impossible d’utiliser votre imprimante Bambu Lab sans avoir peur que le fichier de votre impression se retrouve stocké sur un serveur qui ne vous appartient pas. Surtout que la marque propose également un service d’hébergement de fichiers 3D à imprimer. Des professionnels de l’impression 3D annoncent un peu partout qu’ils reçoivent des demandes de leurs clients exigeant un contrat qui les oblige à une impression 100% locale. Une sorte de contrat qui les protège de toute fuite de données pour éviter l’espionnage industriel. Autrement dit, pour ces professionnels, le recours à une imprimante de la marque Bambu Lab est aujourd’hui proscrit.

Avec son petit bout de logiciel, Paweł Jarczak permettait donc à des propriétaires de la machine de ne pas passer par la case « internet » et d’imprimer totalement via un réseau local. Plus besoin de passer par Bambu Studio, le Slicer maison qui force à utiliser les serveurs de Bambu. La version d’OrcaSlicer fait le boulot. Un changement mineur qui n’affecte en rien la marque, qui ne voit même plus passer le travail d’impression, et qui arrange bien les affaires de la communauté d’utilisateurs soucieuse d’employer leur matériel comme bon leur semble.

Pourtant Bambu Lab ne voit pas cette évolution logicielle d’un très bon œil. On ne sait pas pourquoi, ni sur quelle base juridique mais elle envoie alors à Pawel un courrier de mise en demeure lui intimant l’ordre de retirer son code. Son argumentaire est simple. C’est à la fois une violation des conditions d’utilisation de la marque et la preuve d’un travail de décompilation et de rétro-ingénierie de son code source. Code source fermé et propriétaire, selon eux. 

Un code source pas si fermé que cela

Le développeur a alors partagé sa mésaventure en ligne, mettant en avant son incompréhension devant cette menace. En effet, le code en question est issu d’une licence open source très particulière dont Bambu Lab a pu profiter et qu’elle veut aujourd’hui protéger. Il s’agit d’un code de type AGPL. Une licence spécifique qui permet à tout le monde d’utiliser le code en question, même pour des besoins commerciaux, à condition de laisser son propre développement avec la même licence. Or si on regarde l’historique de développement du logiciel qui est censé être protégé, fermé et propriétaire, on découvre que le logiciel Bambu Studio est bien lui-même issu d’un autre produit.

L’historique exact est limpide. Au commencement était Slic3r, un logiciel développé à partir de 2011 sur lequel s’appuient la majorité des slicers modernes. Lancé sous licence open source AGPLv3, il autorisait donc sa modification complète et sa recompilation sous un autre nom à condition expresse de permettre à d’autres de prendre les logiciels en découlant pour les modifier à leur gré. La société Prusa a ainsi pris Slic3r et l’a modifié pour lui faire mieux comprendre les évolutions et le développement de ses propres imprimantes. Une manière d’optimiser nativement le processus d’impression et de proposer un service aux petits oignons à ses clients. Mais si Prusa a modifié Slic3r, la marque a ensuite proposé PrusaSlicer sous la même licence AGPLv3 avec l’ensemble des sources nécessaires pour que n’importe qui puisse modifier le tout à son tour.

Chose faite alors par… Bambu Lab ! La marque a lancé son propre logiciel Bambu Studio sur la base du travail de Prusa et lui a à son tour apporté des modifications propres à ses besoins. Elle a ensuite fait comme tout le monde, proposé le code de son logiciel en ligne pour que tout un chacun puisse le modifier. Ainsi est apparu un autre Sliver, OrcaSlicer. Une solution gratuite et libre codéveloppée de manière plus indépendante, sans être rattachée à une marque d’imprimantes en particulier. Et c’est donc ce dernier OrcaSlicer qui a été modifié par Paweł Jarczak pour outrepasser les restrictions de Bambu. 

Le plus drôle étant qu’en 2022, Josef Prusa, à la tête des imprimantes du même nom, publiait sur Twitter la remarque ci-dessus. Ils avaient injecté dans le code source de leur propre Slicer une remontée d’information des logiciels utilisant leur développement du code source. Cette remontée listait alors la version 2.4.0 de Bambu Slicer qui avait simplement posé un nouveau design cosmétique sur le code pur de Prusa. Ce « ping » du serveur de Prusa n’était pas spécialement problématique, juste quelques données statistiques. Mais c’est un des points qui sert d’excuse à Bambu pour attaquer Pawel.

Une réaction épidermique et, il faut le dire, complètement idiote

En réaction donc, les avocats de Bambu ont envoyé une mise en demeure pour fermer cette brèche. En accusant Pawel d’intrusion, de se faire passer pour leur produit et de poser des risques de sécurité. Allant jusqu’à parler de risque pour toute leur infrastructure. La marque a, en outre, interdit à Pawel de publier leurs échanges, ce qui ne laissait alors qu’un combat déséquilibré entre une marque avec une énorme communauté et un simple particulier.

Manque de bol pour Bambu, la communauté du libre s’est engagée aux côtés de Pawel. D’abord pour dire que les revendications étaient infondées, ensuite pour leur dire de déposer vraiment plainte s’ils s’en sentaient réellement légitimes. Ils auraient eu du mal à défendre un argumentaire tel que le leur en se basant sur les licences employées. La SFC, l’association Software Freedom Conservancy, a mis également son nez dans l’aventure. En analysant les actions de Bambu, elle a pu relever deux infractions à la licence AGPLv3 : le recours à une bibliothèque spécifique dont le code n’a pas été publié en est une. Ce bout de code étant justement la partie opaque qui oblige à passer par les serveurs de la marque. On comprend qu’est ici tout le problème. Si Bambu a laissé cette partie du code totalement dans le noir, c’est bien parce que cette obligation est absolument non nécessaire, totalement artificielle. Le simple fait de limiter l’accès à Pawel Jarczak au droit de modifier ce code est une seconde violation de la licence AGPLv3. Forte de ces deux éléments, la SFC a récolté plus de 100 000 $ de dons pour pouvoir répondre aux poursuites annoncées au côté du développeur.

Le plus étrange dans cette affaire est que Bambu Lab n’a rien à gagner à chercher des poux à cette communauté. Je suppose que 99% de leur clientèle utilise le logiciel Bambu Studio d’origine, passe par leur serveur et ne voit pas le souci posé par toute cette histoire. La marque vise avec cette attaque des utilisateurs chevronnés et pointilleux, ceux qui vont au mieux ne pas vouloir de ce logiciel, au pire ne plus jamais acheter d’imprimante de la marque. En attaquant Pawel Jarczak, ils ont fait ce que beaucoup de sociétés de ce type font régulièrement : ouvrir la boite de Pandore d’un côté tout en lançant ce qu’on appelle un effet Streisand de l’autre. Et cela en plus de se faire détester par toute population de clients potentiels. Population généralement experte et fort écoutée dans ses recommandations produits.

Enfin, avant leur e-mail de menace juridique, le code source de Pawel n’était pas spécialement actif. Depuis, la situation a énormément changé.

Un contrefeu appelé Baltobu

Le 23 mai, nous apprenions que Bambu Lab revenait en arrière et laissait tomber toute idée de mise en accusation du développeur. Il faut dire que la SFC n’est pas la seule à avoir mis son nez dans l’aventure. Après Louis Rossmann, Jeff Gerling et le site Gamers Nexus qui n’y sont pas allés de main morte avec leurs déclarations, l’arrivée d’une entité juridique a changé la  donne. Cette entité est capable de se battre juridiquement à armes plus égales avec une société. Elle est également très écoutée car porteuse de nombreux projets. Elle a su récupérer plus de 100 000$ de dons et promet désormais de lancer un nouveau projet baptisé Baltobu.

Baltobu va se baser sur le code de Pawel pour proposer son alternative aux contournements des limitations imposées par Bambu Lab. Une idée qui a pour objet de dégager le développeur solo du problème. Au lieu d’attaquer un particulier qui devrait se défendre seul, Bambu devrait attaquer la SFC directement. L’idée de Baltobu est de proposer une plateforme de contournement ouverte et d’encourager les développeurs à y travailler. Mais aussi d’avoir une forme juridique aux commandes composée de spécialistes du code et du droit. En particulier des licences open source. Une entité clairement moins facile à intimider qu’un développeur solo. 

Avec Baltobu, les propriétaires d’imprimantes Bambu Lab vont récupérer les droits d’imprimer en local via un développement d’Orca Slicer. Le tout en se basant sur le code source non divulgué, contraire à la licence AGPLv3 que la SFC encourage à décompiler.

De son côté, Bambu assure désormais que tout cela est né d’une incompréhension. Arguant que le fait de parler de ses conditions d’utilisation a été perçu comme une menace légale alors que ce n’était pas le cas. Une pirouette pour essayer de ne pas sortir de cette aventure trop perdant d’un point de vue image.

La ferme d’imprimantes 3D Bambu Lab de ZBdesigns

La morale de cette histoire

Ce qu’il faut retenir de toute cette aventure va un peu plus loin qu’une bataille étouffée dans l’œuf entre juristes. La tentative de Bambu Lab est finalement assez anecdotique sur le fond. Ils ont des avocats pointilleux et ont mal évalué leur action. Ils vont passer pour des procéduriers pénibles, ce qui ne fera probablement que peu bouger les lignes. Ceux déjà convaincus que la politique commerciale limitante de la marque verront leur avis renforcé. Quant aux fans séduits par la capacité de celle-ci à proposer des impressions de qualité, ils ne verront probablement pas le problème.

Ce que nous révèle cette histoire est un peu plus large que cela. De plus en plus d’entreprises veulent contrôler l’usage de leurs produits sous la contrainte de fonctionner obligatoirement par leurs serveurs. C’est vrai pour des logiciels évidemment, mais au travers de ces outils, de plus en plus de matériel est également concerné Bambu Lab en est un très bon exemple pour deux raisons.

D’abord parce que cela n’a aucun sens de forcer à passer par leur serveur. Le matériel peut tout à fait fonctionner en local sans avoir à envoyer ses fichiers à l’autre bout de la terre dans un Data Center inconnu. Certains modèles proposés par la marque sont d’abord sortis avec cette option d’impression en local, via un réseau classique, avant d’être contraints à une évolution vers l’usage d’un serveur distant suite à une mise à jour. Ce changement unilatéral de droits d’utilisation est alarmant.

Ensuite, comme on en a fait l’expérience avec pas mal de produits domotiques par exemple, le risque de perdre l’usage de son matériel est important. Le jour où le serveur distant a un problème, le jour où la société qui propose les produits met la clé sous la porte, votre matériel devient inopérant. J’ai une multiprise programmable, par exemple, achetée il y a bientôt 8 ans, qui est « coincée » dans un scénario spécifique. Je ne peux plus la reprogrammer. En cause, la disparition du serveur loué pour la piloter par une société qui existe toujours mais qui a arrêté ce produit pour se tourner vers une autre plateforme domotique. Résultat, le produit marche, la société existe mais impossible de profiter pleinement du matériel acheté.

Le fait qu’une organisation à but non lucratif comme la SFC puisse réveiller une communauté entière, dégager rapidement des sommes rondelettes pour faire face à d’éventuels frais d’avocat et surtout mettre une certaine pression médiatique sur une marque qui vit de son image est également révélateur. La SFC et certains influenceurs importants de cette communauté maker sont allés jusqu’à défier Bambu Lab de porter l’affaire en justice. Montant ainsi qu’il n’était pas question qu’une société sans aucun appui légal puisse montrer les dents. Forte face à un développeur solo, Bambu Lab s’est comportée comme tous les harceleurs le font quand une communauté soudée se dresse devant eux. Elle est repartie en s’excusant, invoquant une incompréhension des deux parties.

Le retour de bâton peut faire mal, pour Bambu. Les sommes déjà récoltées par la SFC pour la défense de Pawel seront finalement réinjectées pour permettre le développement de Baltobu en embauchant des développeurs. Cela, plus les travaux d’une communauté experte, va probablement aboutir à la création d’un nouveau projet sous licence AGPLv3 qui rendra caduques toutes les tentatives d’enfermement des imprimantes de la marque.

C’est évidemment un signal fort pour toutes les entreprises tentées par ce genre de pratique. Ne pas respecter les licences open-source dont elles profitent est déjà grave mais personne n’a les moyens financiers de rendre justice. Mais tenter de casser la philosophie implicite de ces développements et attaquer ses développeurs ne sera pas laissé impuni. 

Je n’ai aucun souci avec le fait que certaines imprimantes professionnelles imposent de passer par des serveurs spécifiques, en utilisant un matériel spécifique et avec des consommables spécifiques. Cela existe et c’est probablement pour une bonne raison que ces marques imposent des limitations. Je n’ai pas de problème avec cela car leurs développements sont internes et non basés sur un code qu’il faut par nature partager, leur matériel est souvent exemplaire et surtout c’est clairement stipulé dans le contrat lors de sa signature

Pour d’autres, si l’acheteur n’a pas été mis au courant de ces limitations en amont et découvre qu’une simple mise à jour va lui enlever une certaine liberté d’usage, c’est une autre histoire. Laisser passer la mésaventure de Paweł Jarczak ouvrirait une brèche importante. Brèche qui pourrait se conclure rapidement par d’autres limitations d’usages.

Pourquoi ne pas faire payer le passage par le serveur de Bambu ? Un abonnement mensuel ou un abonnement au nombre d’impressions ? Pourquoi ne pas limiter les filaments exploitables à une liste décidée par le constructeur avec l’usage de puces RFID par exemple ? Faire perdre la liberté d’usage des produits aux utilisateurs est souvent une excellente source de revenus. Les constructeurs le savent et il ne se passe probablement pas une journée sans qu’une idée de ce type ne jaillisse dans la tête de certains de leurs dirigeants.

Bambu Lab se prend les pieds dans le tapis des licences © MiniMachines.net. 2026

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