Google Begins Offering Free SAT Practice Tests Powered By Gemini
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Soixante-huit milliards d’euros de budget annuel. Près d’un million d’enseignants. Un ministère tentaculaire, aujourd’hui confronté à une crise profonde. Crise des vocations, d’abord, avec des difficultés croissantes de recrutement. Crise du niveau des élèves, ensuite, illustrée par le décrochage de la France dans les classements internationaux, notamment PISA. Dans ce contexte, difficile de ne pas s’interroger sur les leviers capables d’enrayer cette spirale.
L’intelligence artificielle, entrée brutalement dans notre quotidien avec ChatGPT il y a trois ans, pourrait bien faire partie des solutions. Non pas en remplaçant les enseignants, scénario qui relève toujours de la science-fiction, mais en s’attaquant à un angle mort du débat public : le travail invisible du professeur. Car près de la moitié de son activité se déroule hors de la classe, entre préparation des cours et correction des copies.
À ce titre, l’Éducation nationale dispose d’un gisement considérable de gains d’efficacité grâce aux outils numériques. Un potentiel que les instances ministérielles ont d’ailleurs commencé à explorer, en lançant une stratégie de développement d’agents conversationnels destinés à accompagner élèves et personnels, et en proposant des parcours de formation spécifiquement dédiés à l’IA.
C’est dans ce cadre qu’en octobre dernier, la région Hauts-de-France organisait un vaste webinaire à destination de l’ensemble des enseignants, afin de présenter les promesses, les enjeux, mais aussi les risques liés à l’usage de l’intelligence artificielle. De nombreuses pistes ont été évoquées pour alléger le travail de préparation pédagogique. Mais une question, pourtant centrale, brillait par son absence : celle de l’assistance à la correction.
Il aura fallu qu’un enseignant ose poser la question frontalement pour que le sujet soit enfin abordé… et aussitôt refermé. Selon les formateurs présents, l’usage de l’IA comme aide à la correction n’est aujourd’hui « pas recommandé », voire carrément proscrit. En cause, des outils jugés encore peu fiables, des interrogations sur la protection des données personnelles et, surtout, une conviction profondément ancrée : la correction manuelle ferait partie intégrante de l’acte pédagogique et de l’identité professionnelle de l’enseignant.
Certes, reconnaissent-ils, la correction est « coûteuse en temps ». Mais elle participerait directement à la « construction de l’acte pédagogique ». Comment, sans elle, identifier les obstacles rencontrés par les élèves et ajuster son enseignement en conséquence ?
Une position ferme, et qui semble frappée au coin du bon sens.
Et pourtant, ce débat mérite mieux que des postures dogmatiques, même lorsqu’elles se parent d’une évidence de façade. Prenons donc le temps de regarder les chiffres, car la fameuse « construction de l’acte pédagogique » par la correction a un coût. Un coût élevé. Et pas uniquement pour la santé mentale des enseignants.
Rien que pour le baccalauréat, plus d’un million de copies doivent être corrigées chaque année, mobilisant environ un demi-million d’heures de travail cumulées. Une tâche souvent ingrate, faiblement rémunérée, qui représente pourtant à elle seule plus de 4 millions d’euros pour l’État. Mais se limiter aux examens serait réducteur. En moyenne, un enseignant consacre environ 4,6 heures par semaine à la correction, soit près de 11 % de son temps de travail total. Rapporté au coût global des enseignants en activité (environ 50 milliards d’euros par an), la seule correction des copies représente un ordre de grandeur de 5,5 milliards d’euros annuels. L’équivalent, peu ou prou, du budget du ministère de l’Agriculture.

Gardons toutefois les pieds sur terre : confier la correction à des IA ne ferait pas disparaître mécaniquement cette dépense. En revanche, cela pourrait libérer du temps enseignant pour des tâches moins pénibles et potentiellement plus utiles aux élèves. Moins de travail à la maison, c’est aussi la possibilité d’imaginer davantage de soutien individualisé, voire une évolution vers des classes à effectifs réduits. La perte de connaissance fine des élèves, invoquée pour justifier la correction manuelle, serait-elle alors réellement un problème… ou pourrait-elle être compensée autrement ?
D’autant qu’une correction automatisée pourrait fournir des retours détaillés sur les erreurs individuelles, identifier les difficultés récurrentes à l’échelle d’une classe, et n’exclurait nullement que l’enseignant lise un échantillon de copies à chaque devoir. Autrement dit, la correction par IA ne signifie pas l’abandon du regard pédagogique, mais sa réorganisation.
Et les bénéfices potentiels ne seraient pas uniquement comptables. Ils pourraient aussi être d’ordre pédagogique : davantage d’annotations pour les élèves, plus d’évaluations au cours de l’année, et peut-être même une plus grande équité, les résultats ne dépendant plus de la fatigue ou de la sévérité variable du correcteur.
À une condition essentielle, toutefois : que l’intelligence artificielle soit capable de faire ce travail avec un niveau de fiabilité suffisant.
Printemps 2024. En pleine « GPT mania », Thibaud Hayette, professeur de français dans l’académie de Lyon, décide de passer de la théorie à l’expérimentation. Avec l’accord de sa hiérarchie, il se procure sept copies de brevet et les soumet à ChatGPT. L’objectif est simple : tester, concrètement, la fiabilité d’un outil d’intelligence artificielle dans une tâche de correction.
Ce qui relevait encore, quelques années plus tôt, d’un « fantasme de prof » se révèle rapidement bien plus sérieux que prévu. La correction est quasi instantanée, richement commentée, et surtout, les notes attribuées par l’agent conversationnel s’avèrent remarquablement proches de celles des correcteurs humains. Une surprise, même pour l’enseignant.
Un point noir subsiste néanmoins : la reconnaissance de l’écriture manuscrite. L’OCR (la Reconnaissance Optique de Caractère), encore imparfaite, contraint Thibaud à retaper lui-même les copies. Un frein réel, mais depuis, de nouveaux modèles ont vu le jour, affichant des progrès constants.
Nous avons pu récupérer les copies utilisées par Thibaud afin de mener nos propres tests, et les résultats sont encourageants. Avec un taux d’erreur limité à 6%, Google AI Studio (utilisant le modèle Gemini 3 Pro) ne se trompe en moyenne que sur un mot sur dix-sept. Un ratio suffisamment faible pour ne pas entacher la compréhension globale d’une copie, mais qui reste problématique pour certains exercices, comme la dictée. Et sur des écritures particulièrement difficiles, l’OCR reste un obstacle. Du moins, pour l’instant.
Une fois cette étape franchie, les performances des modèles deviennent franchement impressionnantes. Nous avons testé quatre systèmes parmi les plus réputés du moment : Gemini 3 Pro (via Google AI Studio), Claude Sonnet 4.5, ChatGPT 5.2 et Mistral Large 3. À cela s’ajoute l’évaluation de la plateforme spécialisée Examino. Résultat : quel que soit le modèle, l’écart moyen sur la note globale par rapport à une correction humaine reste systématiquement inférieur à 10 %. Pour les modèles les plus performants, comme pour Examino, il tourne même autour de 6 %. Mieux encore, lorsque l’on répète plusieurs fois la correction d’une même copie, la variabilité aléatoire reste contenue, entre 3 et 4 %.

Mais un écart de 10 % avec un correcteur humain, est-ce déjà trop ? Pas nécessairement. Car il ne faut pas oublier que les correcteurs humains eux-mêmes ne sont pas infaillibles. S’il n’existe pas de statistiques officielles, les expérimentations disponibles évoquent généralement des écarts-types de 2 à 3 points sur 20, soit 10 à 15 %. Et dans certains cas, les différences entre correcteurs peuvent grimper à 10 points… voire davantage.

À l’aune de ces éléments, la variabilité observée avec les IA apparaît donc nettement inférieure à celle qui existe entre correcteurs humains. D’autant plus que la correction automatisée offre un avantage décisif : la possibilité de faire corriger plusieurs fois la même copie par la machine, puis d’en calculer une moyenne, afin de lisser les variations aléatoires. Une option tout simplement impossible à grande échelle avec une correction manuelle.
Si la faisabilité technique de la correction par IA ne fait désormais plus guère de doute, les principaux freins se situent ailleurs. Pour qu’une adoption à grande échelle devienne possible, encore faut-il que l’institution s’empare réellement du sujet. Or, à en juger par le contenu des webinaires et formations estampillés Éducation nationale, l’intelligence artificielle reste d’abord perçue comme un risque potentiel, bien plus que comme une solution opérationnelle.
Le « Cadre d’usage de l’IA en éducation » donne le ton sans ambiguïté, en rappelant que « l’utilisation de l’IA pose des questions éthiques, déontologiques et écologiques ». L’intention est louable : poser des garde-fous clairs pour prévenir les dérives. Mais le mieux est parfois l’ennemi du bien, et une focalisation quasi exclusive sur les risques supposés, au détriment des gains possibles, pourrait freiner durablement le déploiement de l’IA au sein des services.
Et quand bien même une volonté politique affirmée émergerait en faveur de l’usage de l’IA pour la correction des copies, sa traduction concrète dans les pratiques prendrait du temps. Avec ses effectifs pléthoriques et ses processus lourds, le ministère de l’Éducation nationale n’est pas réputé pour sa souplesse, et l’inertie institutionnelle y est souvent considérable.
À cela s’ajoute la réticence d’une partie du corps enseignant lui-même. Dans un climat général marqué à gauche par une technophobie ambiante, l’intelligence artificielle reste souvent perçue comme un outil superficiel et dispensable… voire comme une menace, en raison notamment des usages détournés qu’en font certains élèves.
Si, pour l’Éducation nationale, la perspective d’économies constitue sans doute le levier le plus efficace pour faire bouger les lignes, il ne faudrait pas perdre de vue l’essentiel. La correction automatisée pourrait avant tout apporter des bénéfices très concrets aux personnels, et plus encore à la jeunesse. Du temps et du confort retrouvés pour les enseignants, avec à la clé des heures précieuses libérées. Et, pour les élèves, des retours plus riches sur leurs productions, ainsi qu’une évaluation plus cohérente, plus lisible et mieux harmonisée.
S’il est probable que l’intelligence artificielle s’impose, dans un horizon relativement proche, comme un outil d’aide à la correction des copies d’examen, pour les usages plus quotidiens, en revanche, il faudra sans doute attendre que la profession ouvre les yeux sur cet outil, dont les promesses apparaissent aujourd’hui aussi enthousiasmantes que vertigineuses.
L’article Corriger des copies par IA, fiction ou réalité ? est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
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Lorsque Isabelle Filliozat publie J’ai tout essayé en 2011, rien ne laissait présager un tel raz-de-marée éditorial. Jusqu’alors, l’auteure prêchait plutôt dans le désert. Son précédent ouvrage consacré à l’éducation, Au cœur des émotions de l’enfant, paru en 1999, n’avait rencontré qu’un écho modeste. Mais cette fois, le succès est immédiat et massif, et sera le point de départ d’un véritable phénomène de société : En quelques années à peine, l’éducation « positive » qu’elle promeut s’impose progressivement comme une évidence, presque comme une nouvelle norme. Et son premier livre, rétrospectivement, est élevé au rang de texte fondateur du mouvement.
Dans la foulée, en 2014, la pédiatre Catherine Gueguen publie Pour une enfance heureuse. Là encore, le succès est spectaculaire. Forte de sa formation médicale, elle vient appuyer les intuitions de Filliozat (psychologue de formation) par des arguments issus des neurosciences. Les principes de l’éducation bienveillante gagnent alors un vernis scientifique qui achève de la légitimer aux yeux du grand public.
Mais de quelles thèses parle-t-on exactement ?
Tous les parents le savent : la parentalité ressemble souvent à un parcours du combattant. Dans ce contexte, la soif de réponses est immense, et c’est précisément là que ces ouvrages rencontrent leur public. Ils promettent des clés simples, directement applicables, presque des modes d’emploi pour parents démunis. Le tout enveloppé de valeurs auxquelles personne ne peut décemment s’opposer : le bien-être de l’enfant, la sérénité familiale, l’amour, l’épanouissement. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que ces livres deviennent des best-sellers.
D’autant que le message est clair : tout se joue pendant l’enfance. Faites les mauvais choix, commettez des erreurs éducatives (sous-entendu : ne respectez pas nos conseils), et vos enfants en paieront le prix toute leur vie.
Et parmi ces erreurs, la plus grave serait de stresser l’enfant. Catherine Gueguen alerte ainsi sur les effets délétères du cortisol, l’hormone du stress, qui provoquerait des dégâts irréversibles sur le cerveau en développement. À l’inverse, l’ocytocine — hormone de l’attachement et du bien-être — favoriserait un développement cérébral optimal. Conclusion : éviter à tout prix colères, frustrations et sanctions, au profit des câlins, et autres témoignages d’affection. Sous peine, là encore, de conséquences durables.
Dans cette logique, toute « violence éducative ordinaire » est proscrite. Bien sûr, les violences physiques sont bannies. Mais la notion s’étend bien au-delà : crier, punir, contraindre un enfant à faire quelque chose qu’il ne souhaite pas deviennent, eux aussi, des formes de violence psychologique.
Et si, malgré toute cette vigilance, une colère incontrôlée survient, il ne s’agit surtout pas d’un caprice. Les caprices, nous dit-on, n’existent pas. Ces débordements seraient des appels à l’aide, auxquels il faudrait répondre par de l’affection, de l’écoute, du réconfort, et surtout du dialogue. D’autant que, chez le jeune enfant, le cortex préfrontal, siège du raisonnement et du contrôle de soi, est immature. L’enfant serait donc gouverné par ses pulsions, incapable de planifier ou de se réguler. Dans ces conditions, toute sanction serait non seulement injuste, mais contre-productive. Alors qu’un sain dialogue permettrait de « reconnecter » le néocortex, qui reprendrait le dessus sur le cerveau limbique et le fameux « cerveau reptilien », responsables des émotions et des réactions instinctives.
Isabelle Filliozat pousse le raisonnement encore plus loin. Un enfant agité, qui court, grimpe, déborde d’énergie ? C’est parfaitement normal. « La vie, c’est le mouvement », affirme-t-elle. Chercher à canaliser ces comportements reviendrait à aller contre sa nature biologique. À l’inverse, un enfant trop obéissant devient suspect : il serait en réalité en état de stress ou de sidération. Face à un parent autoritaire, son cerveau reptilien déclencherait une réponse de paralysie.
Et chez l’adolescent ? La crise est présentée comme inévitable. Le cortex préfrontal, encore immature, empêche toute autorégulation efficace, tandis que le cerveau est inondé de dopamine, rendant le circuit de la récompense hyperactif. Punir un ado pour ses excès serait donc profondément injuste. Cela reviendrait à reprocher à un tout-petit de ne pas savoir marcher.
Pire encore, le cerveau adolescent étant en pleine reconfiguration, il doit expérimenter pour développer ses propres facultés. Si le parent décide à sa place, contrôle trop, cadre trop, le cerveau de l’adolescent ne « câble » pas l’autonomie attendue.
La conclusion logique est que, pour être juste et bienveillant, il faudrait laisser faire. Prendre du recul. Accepter les débordements comme des passages nécessaires. Insultes, violences, conduites à risque, consommation de substances ? Rien d’anormal : ce serait, là encore, la simple expression de sa nature.
Pris isolément, ces axiomes peuvent sembler relever du bon sens. Mieux encore, ils paraissent solidement adossés à des résultats scientifiques. Mais dès que l’on gratte un peu le vernis, la fragilité de l’argumentation apparaît rapidement.
L’article Élever sans frustrer ? Les illusions dangereuses de l’éducation bienveillante est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
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