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Reçu aujourd’hui — 7 janvier 2026De tout et de rien

Le Venezuela, un avertissement pour la France

7 janvier 2026 à 05:46

Un pays surendetté, mais qui vit dans le déni. Des politiciens irresponsables, qui nient la réalité par calcul, et masquent leur vacuité derrière le « front républicain ». Des électeurs désabusés, qui se tournent vers ceux qu’on n’a « pas encore essayés ». La France de 2025 ? Non, le Venezuela de 1998.

14 décembre 1922, puits Barroso II, Cabimas. À l’aurore, autour d’un forage, quelques ouvriers s’activent machinalement. Depuis quelques années, les grandes compagnies pétrolières explorent le Venezuela. Sans grand enthousiasme, car le sous-sol semble bien moins prometteur qu’au Mexique ou aux États-Unis. Quand, soudain, un grondement sourd monte des entrailles de la terre.

Dans un fracas assourdissant, un mélange de gaz et de pétrole jaillit avec une violence inouïe. Pendant neuf jours, une colonne de 40 m de hauteur recrache l’équivalent de près d’un million de barils. Jamais une telle quantité de brut n’a été vue dans l’histoire de l’industrie pétrolière mondiale. Le pétrole recouvre les maisons, les arbres, les animaux, même les habitants. On interdit les feux de cuisson et les cigarettes, on éteint les lampes à huile. Une seule étincelle suffirait à faire exploser la région. La population, terrifiée, se terre dans l’obscurité.

Le neuvième jour, le jet s’arrête brusquement. Le puits s’est « auto-obstrué » par l’accumulation de sable et de roches remontés des profondeurs.

Pour les habitants, cela ne fait aucun doute. San Benito, saint patron imploré lors d’une procession fervente organisée sous la pluie mazoutée, a entendu leurs prières.

L’histoire du Venezuela est en marche.

Les Trente Glorieuses du Venezuela

Vingt ans plus tard, la ruée vers l’or noir a radicalement changé le Venezuela. Les voitures américaines inondent les rues de Caracas. Le pays vit du pétrole, pour le pétrole. L’agriculture a été abandonnée et l’industrie est jugée inutile. La monnaie, le bolivar, est si forte qu’elle permet de tout importer à bas coût.

Alors que le Brésil, le Chili ou l’Argentine basculent dans des dictatures militaires sanglantes, les grands partis vénézuéliens se partagent le pouvoir pour exclure les extrêmes, notamment les guérillas castristes.

Le pays connaît l’une des croissances les plus rapides au monde, parfois supérieure à celle du Japon. Des centaines de milliers d’Espagnols, d’Italiens, de Portugais et même de Français y émigrent, éblouis par ce nouveau « rêve américain ».

L’État investit massivement dans l’éducation et dans la santé. Caracas se transforme en une métropole futuriste, avec ses autoroutes suspendues, son campus classé au patrimoine de l’UNESCO et une scène culturelle bouillonnante. La « Suisse de l’Amérique » est née.

Le paradoxe de l’abondance

Le premier choc pétrolier éclate en 1973. S’il est catastrophique pour les pays importateurs de pétrole, pour les producteurs, c’est au contraire une aubaine. Le Venezuela n’est plus simplement riche, il est submergé par un afflux financier absolument sans précédent. Du jour au lendemain, les revenus de l’État sont multipliés par quatre. Le week-end, les rues de Miami se remplissent de Vénézuéliens fortunés. Pour les accueillir à Paris, Air France ouvre une ligne de Concorde vers Caracas.

Un homme va en profiter sans compter. Carlos Andrés Pérez, social-démocrate, est élu en mars 1974, peu de temps après l’explosion des prix. « Croisé de la justice sociale », il promet de mener une lutte acharnée contre les inégalités.

Au nom de l’idée que « le pétrole appartient au peuple », on nationalise l’industrie pétrolière. La loi impose une hausse généralisée des salaires, aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Les licenciements deviennent si coûteux qu’ils sont, dans les faits, presque impossibles.

L’administration recrute massivement : des centaines de milliers de postes sont créés et l’État embauche sans retenue. Dans les immeubles, la présence d’« ascensoristes » devient obligatoire : partout, un employé en uniforme appuie sur le bouton à votre place.

Enfin, le prix des aliments de base est fixé très bas par l’État, qui compense la différence en subventionnant directement les producteurs.

Les dépenses induites sont faramineuses. Comme on ne peut plus licencier, on n’embauche plus, et on s’accommode de salariés improductifs, dans le public comme dans le privé. La valeur du travail disparaît. Cela tombe bien : comme tout est subventionné, plus aucune entreprise ne cherche à être compétitive. Et le peuple commence à croire en deux mythes, celui de l’argent gratuit et celui de la consommation comme moteur de l’économie. Tant pis si tout est importé de l’étranger.

La réalité est bien plus brutale : le pays n’a jamais autant emprunté. En six ans, la dette a été multipliée par neuf, alors même que les revenus pétroliers ont été multipliés par quatre. Le Venezuela est un milliardaire qui réussit l’exploit de vivre au-dessus de ses moyens.

Au départ de Carlos Andrés Pérez en 1979, les intérêts de la dette commencent à dévorer une part de plus en plus importante du budget national. Herrera Campíns, chrétien-démocrate qui lui succède, promet de remettre les finances en ordre, mais sans couper dans le train de vie de l’État. Il tente une politique de libération tarifaire, mais le peuple, habitué à vingt ans de prix bas, exprime aussitôt son mécontentement dans la rue. 

Sous pression, Campíns fait marche arrière. Après tout, rien ne presse : avec la révolution iranienne, les prix du pétrole grimpent encore et le Venezuela reçoit toujours plus d’argent.
Sauf que cela ne dure pas. Et en ce « Vendredi noir » de 1983, la monnaie s’effondre.

Le RECADI, machine à corruption

Pour sauver le pays, il faudrait dévaluer. Mais le pouvoir ne peut s’y résoudre, d’autant que les élections approchent. Campíns invente alors le pire des stratagèmes : il subventionne la majorité des importations en dollars. La nourriture, les médicaments et les machines industrielles sont vendus selon l’ancien taux de change, comme si le bolivar ne s’était pas écroulé. L’État paie la différence !

Un procédé temporaire que son successeur, le social-démocrate Jaime Lusinchi, va institutionnaliser. Sans scrupule, il a été élu grâce à un slogan lunaire : « la crise, c’est un état d’esprit ». Le RECADI (Régimen de Cambios Diferenciales) devient alors la plus grande machine à corruption d’Amérique du Sud.

Pour s’enrichir, il suffit de créer une société écran qui déclare vouloir importer pour 1 million de dollars de denrées, comme du lait en poudre. L’État, pour aider le peuple, lui vend 1 million de dollars au taux préférentiel de 4,30 bolivars. Évidemment, l’entreprise n’importe rien, ou seulement une infime partie. Elle revend immédiatement ce million de dollars au marché noir, au taux de 15 bolivars, et empoche 10,7 millions de bolivars de bénéfice, directement pompés dans les réserves de la Banque centrale.

Pourquoi s’embêter à cultiver ou à produire, si on peut devenir millionnaire en simulant une importation ? L’agriculture et l’industrie disparaissent définitivement. Personne n’est dupe, mais tout le monde en profite : les riches s’enrichissent, la classe moyenne voyage à peu de frais et les plus pauvres achètent des denrées à des prix encore bas. Sauf qu’à la fin des années 1980, la situation est insoutenable : le remboursement de la dette représente la moitié du budget de l’État. Mais, encore une fois, personne ne veut regarder la réalité en face.

Grand Venezuela !

En décembre 1988, Carlos Andrés Pérez revient au pouvoir, après une campagne qui atteint le summum du cynisme politique. Les difficultés financières ne sont jamais abordées. Au contraire, l’homme promet le retour du grand Venezuela, les années fastes de son premier mandat à l’époque du premier choc pétrolier.

Sa cérémonie d’investiture a tout du couronnement, dans un faste qui défie l’entendement. Plus de vingt chefs d’État, dont Fidel Castro et François Mitterrand, font le déplacement au Théâtre Teresa Carreño, le plus grand et le plus moderne complexe culturel de l’époque. Des sommes astronomiques sont dépensées en banquets, en fleurs importées, en sécurité et en réceptions dans les hôtels cinq étoiles de Caracas.

Le lendemain, Carlos Andrés Pérez annonce que les caisses sont vides. Le pays n’a plus le choix : il doit se tourner vers le FMI.

L’organisme demande la fin du RECADI et de l’encadrement des prix, un programme de privatisations et le gel des embauches dans la fonction publique. En quelques jours, les prix sont multipliés par trois. Le coût de l’essence et des prêts immobiliers explose.

La révolte qui s’ensuit est incontrôlable. En quelques heures, tout Caracas est en feu. Les manifestants brûlent les bus, saccagent les magasins. Les uns transportent des carcasses de bœuf entières sur leur dos, les autres des téléviseurs, au milieu de rues jonchées de verre brisé.

© Bernardo Londoy, CC BY-NC-SA 2.0

Carlos Andrés Pérez, dépassé, ordonne à l’armée de rétablir l’ordre. Armés de fusils d’assaut et de munitions de guerre, les soldats tirent à balles réelles dans les quartiers populaires. C’est un carnage. Les morgues de Caracas débordent. On crée des fosses communes pour enterrer les corps à la hâte. Les ONG comptent près de 3 000 morts. La confiance dans le pouvoir politique est définitivement brisée.

© Bernardo Londoy, CC BY-NC-SA 2.0

L’espoir Hugo Chávez

Hugo Chávez, alors jeune officier, est horrifié de recevoir l’ordre de tirer sur ses compatriotes. Dans un pays où les institutions se délitent les unes après les autres, il tente en 1992 un coup d’État pour prendre le pouvoir. Emprisonné, il sera relâché en 1994 pour tenter de pacifier un pays au bord de la rupture.

À cause de la corruption et du manque de contrôle, la moitié du système bancaire s’écroule. L’État doit dépenser 11 % du PIB pour sauver les banques. L’inflation atteint 100 %. Peu de temps après, le prix du pétrole s’effondre. Le Venezuela est à genoux. La pauvreté, qui était de 15 % dans les années 1970, touche désormais plus de 60 % de la population.

Les Vénézuéliens, excédés, ne veulent plus entendre parler des partis traditionnels, de droite comme de gauche. Aucun n’a eu le courage de dire la vérité. Tous ont suivi la même politique dépensière et clientéliste.

La commission d’enquête chargée d’identifier les responsables des détournements du RECADI se contente de désigner un bouc émissaire, Ho Fuk Wing, un homme d’affaires chinois rapidement surnommé « le Chinois du RECADI ». Aucun ministre ni dignitaire n’est inquiété.

Ce simulacre attise encore le ressentiment d’un peuple à qui l’on demande des sacrifices, tandis que la classe dirigeante continue de vivre dans une impunité totale, sans jamais avoir à répondre de ses actes.

Dans ce contexte, Hugo Chávez semble être l’homme providentiel. L’ancien révolutionnaire adoucit son image. En costume trois pièces, il prend la voie de la normalisation. Comme ses prédécesseurs, il ne parle pas de sacrifices, mais de grands projets. Celui d’une nouvelle république, censée guérir de tous les maux.

Ses concurrents, à court d’idées, se lient dans l’urgence dans un « front républicain » pour lui faire barrage… Mais le peuple n’y croit plus. Après tout, pourquoi ne pas essayer Chávez ? La situation ne peut pas être pire.

En réalité, la politique qu’il met en œuvre ne fait que recycler les vieilles recettes de Lusinchi. Vingt-sept ans plus tard, 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et près de la moitié d’entre elle est dans l’incapacité de s’acheter le panier alimentaire de base.

Pendant des décennies, les Vénézuéliens ont préféré céder aux promesses démagogiques plutôt que d’affronter la réalité. « Le Venezuela est un pays riche ». « De l’argent, il y en a ». Autant de slogans qui permettaient d’éviter d’aborder les problèmes structurels. Il n’a jamais été question de créer de la richesse, seulement de mieux la redistribuer, avec cette conviction persistante que l’avenir ne pouvait pas être pire. Pourtant, les problèmes ne disparaissent pas parce qu’on détourne le regard. Les Vénézuéliens l’ont appris de la manière la plus brutale qui soit : il y a toujours plus profond que le fond. Essayons de nous en souvenir.

Merci à Cédric Mouret @ElPerezosoInfo, qui m’a soufflé l’idée de cet article et aidé à construire ce récit.

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Reçu hier — 6 janvier 2026De tout et de rien

Je serai à Marseille le 12 février 2026, de 14h à 16h, pour présenter une histoire de la sûreté #nucléaire sur le campus Saint-Charles de l’Université...

Michaël Mangeon @mangeon4.bsky.social posted:
Je serai à Marseille le 12 février 2026, de 14h à 16h, pour présenter une histoire de la sûreté #nucléaire sur le campus Saint-Charles de l’Université d’Aix-Marseille.

Si vous êtes dans le coin, on se retrouve là-bas !

Inscription : amuform.univ-amu.fr/isfin-Confer...

Microsoft CEO Begs Users to Stop Calling It "Slop"

6 janvier 2026 à 17:50
Le patron de Microsoft n'aime pas le terme "slop".
Comme beaucoup d'autres, je propose donc qu'on utilise "Microslop" à la place de "Microsoft".

Nadella n'est pas d'accord ? On s'en fou.
Lui il s'en fout bien totalement que les utilisateurs de ses produits ne veuillent pas d'IA. 🤷‍♂️
(Permalink)

GitHub - bquenin/interpreter: This application can translate text captured from any application running on your computer.

6 janvier 2026 à 09:22
Sous le coude : Un logiciel (qui fonctionne offline) qui permet de traduire en temps réel à l'écran des idéogrammes japonais.
J'imagine que ça doit être cool pour jouer à ces jeux japonais qui n'ont jamais été traduits.
(Permalink)

Iran — qui pour succéder aux mollahs ?

6 janvier 2026 à 05:10

Le régime des mollahs vacille. En coulisses, l’enjeu se porte sur la succession du pouvoir, sous la pression des puissances étrangères. De Reza Pahlavi à la société civile en passant par les Kurdes, la bataille s’annonce féroce, et les scénarios d’une transition sous haute tension.

L’Iran, ce géant du Moyen-Orient aux ressources immenses et à l’histoire plurimillénaire, se trouve aujourd’hui à un carrefour de son histoire. Le régime des mollahs, en place depuis la révolution islamique de 1979, pourrait enfin être dissous sur l’autel de la violente recomposition géopolitique mondiale actuelle et du volontarisme américain. Affaibli par la récente guerre des 12 jours menée par Israël, marqué par des sanctions internationales écrasantes, une économie chancelante et des soulèvements populaires récurrents qui appellent à un changement radical, il s’attend à subir une intervention conjointe des États-Unis et de l’État hébreu, appuyée par d’autres nations occidentales, avec le soutien de la résistance intérieure. Se pose alors ardemment la question de la succession, et des courants et figures qui pourraient l’incarner.

Pour le moment, l’opposition iranienne, fragmentée et souvent exilée, n’a pas su unir ses forces. Une démarche à laquelle elle s’emploie désormais au pas de charge, tout en regardant avec un intérêt méfiant la volonté d’intervention américano-israélienne, dont l’exécution serait de nature à déterminer la plupart des scénarios de transition, pour le meilleur ou pour le pire. Dans ce panorama complexe, plusieurs courants émergent, chacun avec ses figures emblématiques, ses forces et ses faiblesses, influençant non seulement l’avenir interne de l’Iran, mais aussi les équilibres géopolitiques régionaux.

Les monarchistes : la nostalgie d’une ère prospère et laïque

Le courant monarchiste, ancré dans la nostalgie de l’ère Pahlavi, qui symbolise pour ses soutiens une modernité laïque, une prospérité économique et une puissance régionale, pourrait aspirer à restaurer une monarchie parlementaire. Ce mouvement met l’accent sur la stabilité, le nationalisme persan et une transition pacifique vers des élections libres. Il gagne du terrain parmi les classes moyennes urbaines et les exilés. Les manifestations actuelles, qui émaillent le pays de slogans comme « Reza Reza Pahlavi, ceci est notre slogan national » ou « Pahlavi reviendra », en témoignent, même si beaucoup se souviennent de la répression pratiquée par le régime du Shah après la « Révolution blanche » de 1963.

Reza Pahlavi, fils du dernier shah, Mohammad Reza Pahlavi, incarne cette tendance. Exilé aux États-Unis, il se positionne comme un leader de transition, promouvant une plateforme de coopération nationale qui aurait déjà attiré des dizaines de milliers d’officiers et de fonctionnaires du régime prêts à déserter. Ses interventions récentes, comme ses appels à « inonder les rues » pour prendre le contrôle jusqu’à la chute du régime, ou ses messages saluant les « vrais héros » des manifestations et honorant les martyrs, soulignent sa volonté de jouer un rôle central dans la transition. Il ne s’annonce pas directement en successeur des mollahs, mais comme facilitateur de la transition démocratique, souhaitant que le peuple se prononce sur la forme de régime qu’il veut voir adoptée. Cependant, au cas où la monarchie parlementaire se dégagerait, le rôle pourrait difficilement lui échapper.

Si les États-Unis orchestraient la chute du pouvoir, les chances de ce courant seraient élevées, car Washington, prudent après les échecs en Irak et en Afghanistan, l’envisage comme une option stable et pro-occidentale, évitant le chaos d’une révolution populaire incontrôlée, même si le format monarchique ne lui complaît pas forcément. En Iran, le poids réel des promoteurs de Pahlavi reste significatif, mais variable selon les régions, avec une base estimée entre 25 et 35 % selon certaines analyses, renforcée par les récentes manifestations où des drapeaux Lion et Soleil ont été brandis.

À l’international, ce courant pèse par son réseau d’exilés, particulièrement aux États-Unis et en Europe, où il bénéficie d’une visibilité médiatique croissante. Ses rapports avec les grandes puissances sont favorables. Reza Pahlavi s’est rapproché du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Selon le grand reporter franco-iranien Emmanuel Razavi, interviewé par Atlantico : « Il a d’ailleurs un projet d’“accords de Cyrus”, qui ont vocation à créer un pacte d’amitié et d’entente avec les voisins de l’Iran, et avec Israël. » Quant à l’administration Trump, elle a exprimé un soutien clair aux manifestants, que Pahlavi a salué comme un encouragement décisif pour restaurer les liens historiques Iran-Amérique. L’Arabie saoudite sunnite, elle, y voit un allié potentiel pour contenir l’influence chiite iranienne et, surtout, restaurer la quiétude du commerce régional perturbé par le contexte.

Les « réformistes » : des « collabos » en quête de porte de sortie

Le terme « réformiste » en Iran n’a pas beaucoup de sens. Il désigne des figures intégrées au système théocratique qui promettent de pseudo-ajustements sans remettre en cause les fondements du pouvoir, dont ils profitent, en plus d’être partie prenante dans le narcotrafic qui incrimine les mollahs et détermine leurs liens avec le Venezuela. L’illustration en a été donnée par l’élection de Masoud Pezechkian, ancien pasdaran, à la présidence de la République islamique. Présenté comme un modéré, son mandat n’a pas atténué la répression, ni influé sur la terrible crise économique qui frappe le pays. Ces réformistes, autrefois représentés par des présidents comme Mohammad Khatami ou Hassan Rouhani, se révèlent être des illusions, souvent disqualifiées par le Conseil des gardiens de la Révolution ou boycottées par la population. Les 41 % de participation à la dernière présidentielle en sont l’expression, le taux le plus bas enregistré depuis 1979, reflétant un rejet massif du système.

Certes, des figures comme Azar Mansouri, tête du Front réformiste d’Iran, ont accueilli favorablement les licenciements dans les forces de sécurité, mais leur influence reste limitée à des cercles élitistes cooptés par le régime. D’autres, tels que Mostafa Tajzadeh, conseiller de Pezechkian, critiquent ouvertement la corruption depuis l’intérieur, mais leur action est entravée par la surveillance et les arrestations.

En cas d’intervention sur le sol iranien, les chances de survie de ce courant seraient faibles, car Washington privilégie des options plus pro-occidentales. Mais il faut toujours se méfier avec Trump, comme en témoigne l’exemple vénézuélien. Même si les réformistes sont totalement compromis, une éventuelle volonté de ne pas trop changer le (dés)ordre établi dans le pays leur offre une chance de jouer un rôle.

Pourtant, au sein de la population, leur poids est marginal, et ils sont incapables de mobiliser les masses, qui les perçoivent comme des complices de l’enfer qu’elles vivent. À l’international, ils sont le reflet conspué de la pérennité d’un régime honni, même si certains, des États-Unis à l’Europe, les voient comme des interlocuteurs potentiels pour un dialogue. Méfiance.

La société civile : une mosaïque éclatée

Au sein d’un pays dont il ne faut pas ignorer la dimension tribale (Perses, Azéris, Kadjars, Kurdes, Lors, Baloutches, Arabes iraniens, Turkmènes, Qashqai, Gilaks, Mazandaranis, Talyches, etc.), la société civile iranienne forme un réseau dynamique et décentralisé d’activistes, d’intellectuels et de citoyens qui défient le régime par des protestations spontanées et des campagnes pour les droits humains, représentant l’espoir d’un changement organique au-delà des structures politiques traditionnelles. Au sein de cette mouvance, plusieurs courants se distinguent, notamment le féminisme, incarné par le mouvement « Femme, Vie, Liberté », né en 2014 — voire bien avant concernant ses prémices — mais revivifié en 2022 après l’assassinat de Mahsa Amini pour un voile islamique mal porté. Ensuite, les mouvements syndicaux, où ouvriers et enseignants organisent des grèves massives contre l’inflation et les salaires impayés, comme les fermetures de boutiques à Téhéran et Ispahan récemment.

En tête de ces dynamiques se dégagent les noms de Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023, qui, depuis sa prison d’Evin, dénonce les exécutions et appelle à une convergence pluraliste pour un ordre post-islamique, mais aussi celui de Masih Alinejad, exilée aux États-Unis, parfois suspectée d’être trop proche des « réformistes », qui mobilise largement via les réseaux sociaux, ou encore Hamed Esmaeilion, porte-voix des familles des victimes du vol PS 752 abattu en 2020, et des cinéastes dissidents comme Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof, qui exposent la censure et la corruption à travers leurs œuvres.

Les chances de cette nébuleuse d’approcher le pouvoir restent assez minces en l’absence d’unité en son sein, et ce, même si son poids en interne est considérable parmi les classes éduquées, les jeunes, les étudiants et les travailleurs, formant le cœur des protestations actuelles.

Les Moudjahidines du peuple et le CNRI : l’opposition la plus connue en France, mais la plus controversée

Cette tendance islamo-marxiste, incarnée par l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien, représente la force d’opposition la plus structurée et la plus active à l’étranger. Fondée dans les années 1960, elle a participé à la révolution de 1979 avant de passer à la lutte armée contre les mollahs, subissant des exécutions massives dans les années 1980. Maryam Rajavi dirige ce courant depuis son exil en France, puis en Albanie. Elle multiplie les discours et les rassemblements, saluant les protestataires actuels comme une « armée de la liberté » et avertissant les forces de sécurité que « les tribunaux d’un Iran libre vous attendent ».

En réalité, ses chances d’accéder au pouvoir sont infimes. Beaucoup d’Iraniens ne lui pardonnent pas son rôle dans la révolution de 1979 et son alliance passée avec Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak, perçue comme une trahison nationale.

En Iran même, son influence reste très limitée à des réseaux clandestins et des unités de résistance, malgré les affirmations du régime qui en fait un ennemi déterminant. À l’international, les Moudjahidines pèsent grâce à un lobbying intense en Occident, mais c’est un leurre. Si Washington les a retirés de sa liste des organisations terroristes en 2012, leur passé les rend toxiques pour la plupart des acteurs concernés.

Les Kurdes : un miroir à deux faces

Parmi les forces ethniques susceptibles de jouer un rôle dans l’avenir post-mollahs, les Kurdes occupent une place particulière par leur implantation territoriale dans le nord-ouest de l’Iran et leur longue tradition de résistance armée face au centralisme théocratique de Téhéran. Ces mouvements mêlent revendications autonomistes, défense des droits culturels et aspirations démocratiques dans un contexte de répression intense, accentuée depuis les soulèvements de 2022. Souvent en exil ou dans des camps frontaliers en Irak, ils opèrent sous la menace permanente d’assassinats ciblés et de bombardements iraniens. Bien qu’ils partagent un rejet commun du régime, les divisions idéologiques et stratégiques entre factions d’obédience marxiste et nationaliste démocratique rendent leur unification difficile.

Le Parti démocratique du Kurdistan iranien (KDPI), fondé en 1945, est l’un des plus anciens et des plus établis parmi les mouvements kurdes d’opposition. Il incarne un rude courant nationaliste qui revendique une fédération iranienne accordant aux Kurdes une large autonomie culturelle, linguistique et politique, tout en ayant abandonné depuis les années 1990 la lutte armée comme moyen principal, au profit d’une stratégie diplomatique et d’un soutien aux protestations populaires intérieures. Dirigé depuis 2004 par Mustafa Hijri, le KDPI maintient des bases au Kurdistan irakien, où il dispose de forces peshmergas et d’un réseau clandestin actif en Iran.

Son influence reste significative dans les régions kurdes de Mahabad, Sanandaj ou Kermanshah, où il inspire grèves et manifestations, même si les attaques répétées du régime et les divisions internes limitent son rayonnement. À l’international, il bénéficie d’alliances avec d’autres partis kurdes régionaux et d’un lobbying en Europe pour obtenir des sanctions ciblées, mais il se montre très sceptique envers Israël, craignant d’être utilisé sans véritable engagement pour un changement de régime. Ses relations avec les grandes puissances sont pragmatiques. Il recherche le soutien diplomatique des États-Unis et de l’Europe, se méfie de la Turquie et de l’Arabie saoudite en raison de leur hostilité historique envers les Kurdes, tandis que la Chine et la Russie le considèrent comme un facteur de déstabilisation régionale, sachant qu’il a plusieurs fois exprimé son désir de voir émerger un Kurdistan unifié, au-delà de l’Iran.

L’autre grand mouvement kurde s’incarne dans le Komala, ou Organisation des travailleurs révolutionnaires du Kurdistan iranien. Fondé en 1969, il représente un courant d’inspiration marxiste-léniniste, centré sur la lutte armée et la révolution sociale contre le capitalisme théocratique. Il met l’accent sur l’égalité de classe, le respect de l’identité kurde et une transformation socialiste de l’Iran. Divisé depuis les années 2000 en plusieurs factions, dont le Komala Party of Iranian Kurdistan, dirigé par Abdullah Mohtadi, il conserve des camps en Irak et soutient activement les soulèvements nationaux, comme en témoigne son appel récent à transformer les grèves des commerçants et des ouvriers en insurrection généralisée contre le régime.

Il connaît depuis peu une modification profonde de ses structures, et sa direction commence à être dépassée par sa base, jeune, éduquée et bien moins attachée aux fondamentaux marxistes que ses aînés, en plus d’être très largement féminisée et d’affirmer son attachement à la nation iranienne, en plus de son appartenance kurde. Raison pour laquelle les puissances étrangères entretiennent avec lui un nouveau cycle de relations plus apaisé.

Mais ni le KDPI ni le Komala ne peuvent être envisagés comme des options nationales. L’enjeu les concernant consiste à voir leurs revendications d’autonomie s’éloigner d’une tentation de guerre civile — que le Komala rejette massivement — en les intégrant dans une potentielle fédération iranienne dans laquelle, comme pour d’autres tribus historiques, seraient respectées leurs particularités ethniques et leur attachement territorial, fondant une nation diverse mais soudée.

Restent enfin les nationalistes laïcs non monarchistes. Ils constituent un courant important, mais relativement discret, dans l’opposition au régime des mollahs. Ils s’inspirent souvent de l’héritage de Mohammad Mossadegh (Premier ministre du Shah, écarté par les Américains en 1953 après la nationalisation du pétrole de l’Anglo-Iranian Oil Company) et du Front national de l’Iran, la plus ancienne organisation pro-démocratique opérant encore en partie à l’intérieur du pays malgré une répression extrême. Ce groupe historique, fondé en 1949, regroupe des libéraux laïcs, des sociaux-démocrates et des nationalistes qui défendent une république démocratique, la séparation stricte entre religion et État et une identité iranienne centrée sur l’histoire préislamique et la souveraineté nationale. Mais leur poids réel en Iran reste limité par la surveillance et l’absence d’organisation de masse. Ils pèsent surtout parmi les intellectuels, les classes moyennes urbaines et les nostalgiques du nationalisme mossadeghiste.

Monarchistes, réformistes, nationalistes, Kurdes et mouvements issus de la société civile, chacun essaie aujourd’hui de se rapprocher de l’autre pour structurer une opposition de poids face à un régime des mollahs sous la menace de l’intervention militaire israélo-américaine qui se dessine. Lequel sera considéré, lequel tirera au mieux son épingle du jeu ? Surtout, face à un peuple iranien soucieux de déterminer seul son avenir, même s’il ne rejette pas un soutien étranger pour y parvenir, quelle sera la capacité d’une Amérique aux volontés hégémoniques de le laisser manœuvrer à sa guise sans provoquer le chaos ? Réponses bientôt.

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Reçu avant avant-hierDe tout et de rien

Police arrest 12 men at gay party after discovering condoms and HIV medication - LGBTQ Nation

5 janvier 2026 à 13:40
Fouyouyou... heureusement que la police est intervenue (Vous avez vu leur équipement ?!). Bon il n'y avait aucune relation sexuelle constatée lors de cette soirée, mais les hommes arrêtés avaient (*tremblez*) : Des PRÉSERVATIFS et des médicaments anti-HIV. De dangereux terroristes en puissance, donc. Bon les policiers n'ont trouvé aucune preuve d'activité illégale et n'ont retenu aucune charge, mais le gouvernement annonce qu'ils sont "préoccupés par ce type de comportement" et qu'ils "continuerons à surveiller les mouvements des groupes homosexuels".
Ouf heureusement que la police est là pour protéger le peuple des dangereux homosexuels.

La Malaisie, l'autre pays où ne PAS partir en vacances.
(Permalink)

Convertisseur Plus Code

5 janvier 2026 à 10:14
Sous le coude : un site pour convertir les coordonnées GPS depuis/vers les PlusCode.
(Les "Plus Code" sont une manière d'écrire des coordonnées GPS de manière plus concise.)

Par exemple, la place de la cathédrale de Strasbourg peut s'écrire :
- en latitude/longitude : 48.581568, 7.750138
- ou en PlusCode : 8FW9HQJ2+J3
(Permalink)

#8 : des implants cérébraux, du quantique et des drones agricoles

5 janvier 2026 à 06:16

Interfacer l’homme et la machine, recycler des pneus, changer la vie des asthmatiques, toucher du doigt le quantique, cultiver des fraises avec des drones… C’est parti pour Électroscope #8.

Neuralink : l’ère des cyborgs passe à l’échelle industrielle !

Bientôt, l’interface homme-machine ne sera plus limitée à quelques essais cliniques, mais déployée auprès de plusieurs milliers de patients à travers le monde. Neuralink prévoit d’industrialiser la pose de ses implants cérébraux dès 2026, grâce à l’automatisation de la chirurgie, assurée par le robot R1.

Conçu pour la neurochirurgie de très haute précision, le robot R1 automatise les gestes les plus délicats à l’échelle du micron. Il s’appuie sur une imagerie optique en temps réel, couplée à des algorithmes de vision artificielle, pour cartographier les vaisseaux sanguins à la surface du cerveau et les éviter lors de l’implantation. Les électrodes, plus fines qu’un cheveu, sont insérées une à une avec une précision supérieure à celle de la main humaine, limitant fortement les risques d’hémorragie.

Cette approche repose sur une méthode d’insertion inédite : les électrodes traversent directement la dure-mère, la membrane protectrice du cerveau, sans nécessiter son retrait. En réduisant à la fois l’invasivité et le temps opératoire, cette technique diminue les complications et rend possible une standardisation de la procédure, indispensable à un déploiement à grande échelle.

À ce stade, Neuralink s’adresse prioritairement aux personnes privées de mobilité ou de parole. Les retours des douze premiers patients font état de gains d’autonomie immédiats.

Noland, paralysé sous les épaules après un accident de plongée, dépendait jusqu’alors d’une canule buccale douloureuse et de l’assistance permanente de sa famille. Il navigue aujourd’hui sur Internet de manière autonome, joue à des jeux comme Civilization et étudie quotidiennement les mathématiques, la philosophie et les langues, au point d’envisager une reprise d’études.

Alex, devenu tétraplégique à la suite d’un accident de voiture, avait dû renoncer à sa passion pour la conception de pièces automobiles. Grâce à l’implant, il a repris la modélisation 3D, le graphisme et même la programmation, retrouvant une liberté créative qu’il pensait perdue.

Brad, atteint d’une sclérose latérale amyotrophique à un stade avancé, ne pouvait ni parler ni bouger et restait confiné chez lui à cause d’un système de suivi oculaire peu fiable. Il communique désormais à l’extérieur, assiste aux matchs de football de son enfant et recommence à se projeter, notamment à travers des projets de voyage.

Parallèlement à ces applications motrices, Neuralink, à travers le programme Blindsight, vise à restaurer la vision chez des personnes aveugles, y compris de naissance, en stimulant directement le cortex visuel. Le dispositif agit en stimulant directement le cortex visuel au moyen de fils ultra-fins, afin de générer des perceptions de lumière et de formes. En septembre 2024, la FDA lui a attribué le statut de dispositif innovant, permettant d’accélérer son processus réglementaire. Les premiers essais cliniques chez l’humain sont attendus en 2026. Neuralink recrute actuellement des volontaires aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni.

Quand deux chimies incompatibles s’unissent pour créer du caoutchouc « durable »

Sur le papier, cela semblait impossible. Dans les laboratoires du CNRS, une équipe de chimistes, en collaboration avec Michelin, a réussi à rapprocher deux procédés chimiques réputés incompatibles. Une avancée qui pourrait transformer en profondeur l’industrie du pneumatique et celle des matériaux élastiques.

Le point de départ est un problème bien connu des plasturgistes. Les caoutchoucs synthétiques classiques, très performants mécaniquement, sont fabriqués par un procédé dit de « polymérisation en chaîne ». Cette méthode crée une structure solide et durable, mais quasiment irréversible : une fois vulcanisé, le caoutchouc ne peut ni être refondu ni facilement recyclé. À l’inverse, les élastomères thermoplastiques, issus d’une « polymérisation par étapes », peuvent être fondus et recyclés, mais leurs performances restent inférieures à celles des caoutchoucs traditionnels.

Jusqu’ici, ces deux mondes ne se parlaient pas. Les chercheurs ont trouvé un moyen de les faire coopérer grâce à une catalyse innovante dite “commutable”. Concrètement, leur procédé permet de passer alternativement d’une chimie à l’autre au cours d’une même réaction, pour fabriquer des copolymères dits « à blocs », à l’architecture totalement nouvelle.

Le résultat : un matériau hybride qui combine la résistance et l’élasticité du caoutchouc vulcanisé avec la capacité des thermoplastiques à être refondus et réutilisés. En fin de vie, ces nouveaux caoutchoucs pourraient ainsi être chauffés, remodelés et recyclés sans perte notable de performance.

Cette découverte, récemment publiée et brevetée, a déjà été distinguée par le prix de l’innovation du Groupe français d’étude et d’application des polymères. Elle ne règle pas à elle seule la question environnementale des pneus, mais elle pose une première pierre concrète vers une véritable économie circulaire des matériaux élastiques, un objectif que l’industrie poursuit depuis des décennies.

Une avancée majeure pour les patients atteints d’asthme sévère

Le 16 décembre 2025, l’agence américaine du médicament (FDA) a donné son feu vert à un nouveau traitement qui pourrait profondément améliorer le quotidien des personnes souffrant d’asthme sévère. Le Depemokimab, commercialisé sous le nom d’Exdensur par le laboratoire GSK, devient le premier médicament biologique à action prolongée ciblant cette pathologie pouvant être administré à raison de seulement deux injections par an.

L’asthme sévère dit « éosinophilique » se  caractérise par une inflammation chronique des voies respiratoires. Jusqu’à présent, les biothérapies disponibles imposaient des injections mensuelles ou bimensuelles. Si ces traitements sont efficaces, leur fréquence représente une contrainte importante, à la fois logistique et psychologique, pour des patients déjà fragilisés par la maladie.

Le Depemokimab se distingue par une durée d’action beaucoup plus longue. Son efficacité repose sur une action ciblée et durable, qui permet d’espacer très fortement les administrations tout en maintenant un contrôle efficace de la maladie.

L’approbation de la FDA s’appuie sur les résultats des essais cliniques de phase III SWIFT-1 et SWIFT-2. Ces études ont montré que deux injections annuelles de 100 mg permettaient de réduire significativement le nombre de crises d’asthme sévères par rapport à un placebo. Les chercheurs observent notamment une diminution de 72 % des crises nécessitant une hospitalisation ou une prise en charge aux urgences.

Sur le plan biologique, le traitement agit en bloquant l’interleukine-5 (IL-5), une molécule clé de l’inflammation dite « de type 2 ». En empêchant le développement et la survie des globules blancs impliqués dans cette inflammation, le médicament réduit durablement l’irritation des voies respiratoires. Mais au-delà du mécanisme, la véritable rupture tient à la simplicité du suivi : une prise en charge semestrielle, au lieu de rappels fréquents.

Concrètement, pour les patients, cela signifie moins de rendez-vous médicaux, moins de rappels thérapeutiques et moins de place laissée à la maladie dans la vie quotidienne. Un asthme sévère, aujourd’hui souvent vécu comme une contrainte permanente, pourrait ainsi devenir une pathologie suivie à intervalles espacés, plus facile à intégrer dans une vie familiale, professionnelle et sociale normale.

Bientôt l’arrivée de l’informatique quantique, grâce à un qubit plus stable ?

Dans la course à l’ordinateur quantique, le principal défi n’est pas seulement la puissance, mais la stabilité. Pour comprendre l’enjeu, il faut d’abord rappeler ce qu’est un qubit : l’équivalent quantique du bit informatique classique, capable non pas de prendre la valeur 0 ou 1, mais les deux à la fois, grâce aux lois de la physique quantique. À l’hiver 2025, des ingénieurs de l’Université de Princeton ont annoncé dans la revue Nature une avancée importante : la mise au point d’un qubit supraconducteur capable de rester stable pendant plus d’une milliseconde.

Dit ainsi, une milliseconde peut sembler insignifiante. Mais en informatique quantique, c’est une durée exceptionnellement longue et une avancée cruciale. Car les qubits reposent sur des états quantiques extrêmement fragiles, qui se dégradent presque instantanément sous l’effet de leur environnement. Tant qu’un qubit reste stable, il peut participer aux calculs. Dès qu’il perd sa cohérence, l’information quantique disparaît et le calcul devient inutilisable. Or ce nouveau qubit reste cohérent environ trois fois plus longtemps que les meilleurs résultats obtenus jusqu’ici en laboratoire, et près de quinze fois plus longtemps que les qubits utilisés dans les machines industrielles actuelles.

La percée ne repose pas sur une nouvelle théorie complexe, mais sur un changement de matériau. Les chercheurs ont remplacé le niobium, habituellement utilisé dans les circuits supraconducteurs, par du tantale. Associé à des procédés de fabrication et de nettoyage extrêmement précis, ce choix de matériau permet de limiter les pertes d’énergie au niveau des interfaces du circuit qui perturbent le fonctionnement des qubits.

Autre point clé : cette innovation est compatible avec les architectures existantes. Il ne s’agit pas de repenser l’ordinateur quantique de fond en comble, mais de remplacer un composant par un autre plus performant. Selon l’équipe de Princeton, l’intégration de ces qubits au tantale dans des processeurs déjà en développement, comme ceux de Google ou d’IBM, pourrait réduire très fortement les erreurs de calcul — au point d’améliorer les performances effectives d’un facteur annoncé allant jusqu’à mille.

Cette amélioration de la fiabilité est essentielle : tant que les erreurs ne sont pas suffisamment maîtrisées, les ordinateurs quantiques restent cantonnés au stade expérimental. En prolongeant la durée de vie des qubits sans bouleverser les architectures existantes, Princeton rapproche un peu plus ces machines de la résolution de problèmes concrets, hors du seul cadre de la recherche.

L’agriculture de précision prend son envol avec les drones dans les fermes verticales

L’agriculture du futur ne se joue plus uniquement dans de vastes champs à ciel ouvert. Elle se développe aussi dans des environnements fermés, contrôlés et parfois empilés sur plusieurs étages : les fermes verticales. Une démonstration récente de 4D BIOS, entreprise américaine spécialisée dans ces technologies, illustre cette évolution avec l’utilisation de drones autonomes pour gérer des cultures hors-sol, ici des fraises.

Les images montrent une scène presque chorégraphiée. Dans des couloirs étroits bordés de murs de plantes, un drone sphérique se déplace avec une grande précision. Privé de GPS, il s’appuie sur une vision artificielle ultra-sophistiquée pour se repérer au millimètre près, évitant câbles et feuillages.

Équipé de caméras et de capteurs, le drone analyse chaque plant individuellement grâce à des algorithmes qui identifient les stades de croissance ou les premiers signes de stress hydrique ou de maladie. Ces informations sont ensuite regroupées dans un tableau de bord qui aide les agronomes à anticiper les rendements et à ajuster les conditions de culture.

L’objectif est très pragmatique. Dans les fermes verticales, des milliers de plants sont empilés en hauteur, ce qui rend les inspections manuelles longues, coûteuses et parfois imprécises. En automatisant cette surveillance — et demain peut-être des tâches comme la pollinisation ciblée ou la micro-pulvérisation — les drones permettent une gestion « plante par plante » à l’échelle industrielle.

Concrètement, pour le consommateur, ce type de technologie vise à produire localement, toute l’année, des fruits et légumes plus réguliers, avec moins de pertes et une utilisation plus fine de l’eau, de l’énergie et des intrants. Une agriculture plus technologique, mais aussi plus prévisible et plus proche des lieux de consommation, même en milieu urbain.

Chaque lundi, Les électrons libres vous propose un tour d’horizon des nouvelles électrisantes qui secouent le monde de la tech et œuvrent en faveur d’un progrès à même de changer votre quotidien.

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Droit international : l’Amérique franchit le Rubicon

4 janvier 2026 à 13:27

Quelles conséquences aura la capture de Maduro pour les Vénézuéliens comme pour l’ordre mondial ? Le coup de force américain, en dynamitant le droit international, risque-t-il de légitimer les futures agressions de Moscou ou de Pékin ? Décryptage d’un pari risqué.

L’opération américaine du 3 janvier, qui a abouti à la capture de Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores, en plein cœur de Caracas, a provoqué un séisme diplomatique mondial. Les explosions nocturnes à Fuerte Tiuna, La Carlota et La Guaira, soutenues par des hélicoptères Chinook et Apache, marquent une intervention directe sans précédent depuis des décennies. Cette action unilatérale, justifiée par Washington comme une exécution de justice contre un « narco-État », a immédiatement polarisé la communauté internationale. Même si, et c’est le plus étrange, elle ne changera pas forcément la réalité subie par les Vénézuéliens. Du moins, pas dans l’immédiat.

Les réactions sont convenues et alignées sur les intérêts géopolitiques de chacun. Les alliés traditionnels du régime Maduro – Russie, Iran, Chine et Cuba – ont unanimement condamné l’opération comme une agression armée flagrante et une violation de la souveraineté vénézuélienne. Surtout, l’Iran, fidèle partenaire du Venezuela dans le contournement des sanctions et le narcotrafic, qui ressent cette action comme un coup porté à son propre « axe de résistance » contre l’Occident. Quant à Cuba qui sent déjà passer le vent d’un boulet pouvant la toucher, comme l’a évoqué le Secrétaire d’État américain, Marco Rubio, elle a condamné  un « terrorisme d’État » perpétré par les États-Unis.

À l’opposé, tout aussi logiquement et assez éloignés des standards du droit international, des commentaires positifs émergent de pays alignés sur Washington ou hostiles au chavisme. En Argentine, Javier Milei a célébré sur X l’opération comme une avancée pour la « liberté », saluant la chute d’un régime qu’il qualifie – à raison – de tyrannique. En Italie, Giorgia Meloni a défendu une « intervention défensive légitime » contre un État promouvant le narcotrafic, tout en nuançant ses mots d’un rejet malin de l’usage de la force pour faire tomber un régime souverain. 

L’Europe, quant à elle, apparaît particulièrement passive et écartée des enjeux, pour ne pas dire de la marche de l’Histoire. Par la voix de Kaja Kallas, la cheffe de sa diplomatie, elle se contente de « suivre de près la situation », mais n’a rien dégainé d’autre qu’un appel convenu au respect des principes du droit international et de la Charte des Nations unies. Tout en réaffirmant que Maduro manque de légitimité depuis les élections frauduleuses de 2024 qui auraient dû voir gagner l’opposant Edmundo González. 

La France, via son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, rappelle le principe de non-recours à la force, soulignant qu’ « aucune solution politique durable ne peut être imposée de l’extérieur ». Un grand numéro de « en même temps » typique du macronisme, puisque le président de la République s’est lui réjoui de voir « le peuple vénézuélien […] débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro. », avant d’ajouter : « En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. » Des mots contradictoires et sans effets qui témoignent de la marginalisation européenne et de l’absence de responsabilité et de colonne vertébrale diplomatique française. 

L’UE, déjà divisée sur les questions énergétiques et migratoires, n’a ni les moyens ni la volonté de s’impliquer dans une crise dominée par les États-Unis, laissant le champ libre à sa realpolitik qui joue aux apprentis-sorciers avec le globe. Même si on peut noter, d’un point de vue purement technique (et un peu cynique), la qualité d’une opération militaire menée de main de maître par les forces spéciales américaines, qui plus est visant à écarter un narco dictateur que personne ne regrettera. 

Un précédent dangereux pour l’ordre mondial

Cette intervention américaine pose néanmoins des questions fondamentales quant au respect du droit international, créant un précédent qui pourrait ébranler l’ordre mondial établi depuis 1945. Le cadre juridique est clair. L’article 2(4) de la Charte des Nations unies interdit formellement le recours à la force armée contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État membre, sauf en cas de légitime défense (article 51) ou avec une autorisation explicite du Conseil de sécurité. Ici, aucune résolution onusienne n’a été adoptée, et il n’existe pas d’attaque armée préalable du Venezuela contre les États-Unis justifiant une action de défense préventive. L’opération, présentée par Washington comme une simple « exécution de justice » contre un individu inculpé pour narcoterrorisme (sur la base d’une décision du Southern District of New York datant de 2020), s’apparente plutôt à un enlèvement extraterritorial d’un chef d’État en exercice, ce qui viole les principes de souveraineté et de non-ingérence. 

Cette analyse se confronte toutefois à l’idée, brandie, notamment par Kaja Kallas, que Maduro avait en réalité perdu les élections de 2024 et manquait de légitimité démocratique. Cette illégitimité interne, reconnue par l’UE et une partie de la communauté internationale, pourrait théoriquement justifier une pression diplomatique ou des sanctions, mais elle ne saurait autoriser une intervention armée unilatérale d’une puissance étrangère au nom de ses propres intérêts sécuritaires (lutte contre le narcotrafic) ou économiques (accès au pétrole vénézuélien). Le droit international ne prévoit pas de « clause d’illégitimité » permettant à un État tiers d’imposer un changement de régime par la force. Cela relèverait d’une doctrine obsolète, comme la « doctrine Monroe » revisitée et d’ailleurs évoquée par Donald Trump pour se justifier, qui risque de miner la crédibilité des institutions onusiennes.

Un régime toujours en place

Sur la succession, la position américaine est ambiguë et révélatrice. Trump a affirmé que les États-Unis géreraient le Venezuela de manière intérimaire jusqu’à la transition, sans promouvoir Maria Corina Machado ou Edmundo González comme successeurs. Machado, lauréate du prix Nobel de la paix et figure de l’opposition, émerge pourtant comme une candidate naturelle. Mais l’administration Trump lui a mis un vent assez stupéfiant, semblant témoigner de son indifférence coupable au sort de la population. Le plan semble désormais se diriger vers une absence d’ingérence politique, à la condition de voir les compagnies américaines reprendre le contrôle de la manne pétrolière, laissant le pays en lambeaux et aux prises à la vengeance des brutaux lieutenants de Maduro, comme le ministre des Relations intérieures, de la Justice et.. de la Paix, Diosdado Cabello. On en vient à se demander si cette triste hypothèse ne procède pas d’un deal navrant pouvant être résumé ainsi : pétrole et Maduro, en échange d’une absence de réel interventionnisme futur. Il est encore prématuré pour l’assurer, mais les signaux envoyés ne sont vraiment pas encourageants, surtout pour les Vénézuéliens…

Dans tous les cas, cette approche unilatérale renforce l’idée d’un douteux coup d’éclat, dans lequel la prétendue préoccupation démocratique sert de prétexte à l’accomplissement d’objectifs personnels. Un classique de la diplomatie américaine, à la sauce trumpiste.

Légitimation d’une escalade potentielle

Le problème posé par cette intervention, même si l’on se réjouit vivement de la chute de Maduro et de la fin potentielle d’une dictature aux contours marxisants, est qu’elle légitime d’autres actions similaires à travers le monde, affaiblissant le principe de non-ingérence. Elle pourrait, a posteriori, donner un faux motif à Vladimir Poutine pour vendre son attaque de l’Ukraine en 2022, en créant un précédent où une grande puissance peut invoquer des menaces sécuritaires, réelles ou perçues, pour justifier une invasion unilatérale. Cela conduirait à encourager des escalades ultérieures, visant notamment des pays proches de l’Ukraine, y compris des membres de l’OTAN, comme les États baltes ou la Moldavie, avec des conséquences insoupçonnables sur la stabilité européenne et mondiale.

Les implications pour la Chine sont tout aussi alarmantes. Pékin, qui privilégie l’expansion par le commerce plutôt que par la guerre malgré ses provocations répétées et ses manœuvres militaires autour de Taïwan, pourrait se sentir légitime pour envahir l’île en invoquant des prétextes similaires, comme des menaces pour sa sécurité, une unification historique (à la manière de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine), ou une lutte fantasmée contre des influences étrangères. Bien qu’encore une fois, la Chine soit peu encline à une conquête mondiale par la force, ce précédent américain serait de nature à abaisser son seuil d’inhibition.

Enfin, cela renforce le rôle de la Russie et de la Chine comme défenseurs de la sphère non occidentale, symbolisée par les BRICS. Et ce n’est pas un hasard si la vice-présidente vénézuélienne, Delcy Rodríguez, est actuellement à Moscou ou que le brésilien Lula a fortement condamné l’intervention américaine. Cet ensemble de faits soulignent comment Moscou et Pékin se positionnent comme gardiens de la sécurité des ses supposés alliés face à l’Amérique et à l’OTAN, recomposant le monde en deux blocs rappelant les plus « belles » heures de la Guerre froide. D’un côté, un Occident mené par les États-Unis imposant ses normes par la force ; de l’autre, un axe eurasiatique défendant la multipolarité, fondé sur des régimes autoritaires.

Cette opération justifie également les prochaines ingérences américaines, non seulement dans la sphère de l’Amérique du Sud et de l’Amérique centrale – rappelant les interventions des années 1970-1990 au Panama, au Nicaragua ou au Grenade, souvent sous prétexte de lutte contre le communisme ou la drogue – mais aussi au-delà. Elle pourrait préfigurer des actions plus agressives contre des États comme l’Iran, l’opération vénézuélienne semblant coordonnée avec les actuels événements secouant le régime des mollahs. Selon nos informations, celles-ci devraient se matérialiser, à travers le bornage de téléphones et la localisation par satellite de potentielles cibles de dignitaires du régime, pouvant être éliminées par le Mossad, dont nombre d’agents agissent sur le territoire iranien.

Une recomposition de l’ordre mondial

En définitive, l’intervention au Venezuela accélère une recomposition profonde de l’ordre mondial, où le multilatéralisme incarné par l’ONU s’effrite face aux actions unilatérales des grandes puissances. Dans un espace où les États-Unis exercent une mainmise accrue sur le pétrole vénézuélien – les plus grandes réserves prouvées au monde –, cela risque de mener à des tensions énergétiques globales, avec la Russie et la Chine cherchant à contrer cette domination via des alliances alternatives, des sanctions croisées ou des disruptions sur les marchés mondiaux. Ce précédent est susceptible de plonger le monde dans une ère d’instabilité où la loi du plus fort prime sur le droit. Attention danger…

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La plongée en enfer du chavisme

4 janvier 2026 à 13:27

En dix ans, le PIB du Venezuela a été divisé par cinq — un effondrement supérieur à celui d’un pays en guerre. Près d’un quart de la population a fui la misère et la répression. Chute des prix du pétrole ? Sanctions américaines ? Les causes, plus profondes, prennent racine dans les fondements mêmes du chavisme.

Depuis plus de dix ans, le Venezuela s’est enfoncé dans une crise sans précédent. La population manque de tout : ruptures d’approvisionnement, services publics en ruine, salaires qui ne couvrent plus l’essentiel, familles éclatées par la nécessité.

L’argent facile du pétrole

Pourtant, le pays repose sur l’un des sous-sols les plus riches du monde. Bien avant Hugo Chávez, le Venezuela était déjà un État rentier : plus de 90 % de ses exportations provenaient du pétrole, tandis que l’industrie, l’agriculture et les secteurs non pétroliers étaient marginalisés. Lorsqu’il arrive au pouvoir, le baril se négocie autour de 10 dollars. Il grimpera jusqu’à 130 dollars sous sa présidence. Cette manne exceptionnelle transforme la rente pétrolière en système clientéliste : les revenus financent programmes sociaux et emplois publics, distribués en échange de l’allégeance au régime.

La loyauté remplace la compétence, le parti remplace l’administration, l’urgence remplace l’investissement. Le socialisme populiste n’administre pas seulement l’économie, il organise la dépendance.

La compagnie pétrolière publique PDVSA est devenue le symbole le plus parlant de cette transformation. En 2017, elle comptait 115 000 salariés, quatre fois plus qu’avant l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, tout en produisant quatre fois moins de pétrole. Les licenciements massifs de 2002 – 19 000 des 30 000 salariés du groupe – ont laissé des traces. Gouverner selon les besoins des amis s’est fait au détriment de la compétence technique et de l’avenir de la nation.

Si les largesses du pouvoir profitent dans un premier temps aux classes populaires, l’effondrement du prix du baril – 30 dollars en 2015 – fait s’écrouler tout le système comme un château de cartes. Sans épargne de précaution, sans fonds souverain crédible, sans accès normal aux marchés financiers, c’est un choc cataclysmique. Les autres pays pétroliers ajustent, puisent dans leurs réserves. Le Venezuela se contente d’imprimer de la monnaie.

Mais la chute des cours n’est pas la seule raison de la destruction de l’économie du pays. Celle-ci a commencé bien plus tôt.

Les racines du mal

En 2002, seulement quatre ans après son arrivée au pouvoir, Hugo Chávez fait face à une grève générale et à un conflit ouvert avec le secteur privé. La corruption, les expropriations arbitraires, les nationalisations sans compensation et la subordination de la justice au pouvoir politique ont entraîné une perte de confiance des entrepreneurs et des investisseurs.

Le président vénézuélien prend alors deux décisions politiques qui ont un impact économique majeur : le contrôle des prix et le contrôle des changes.

Parmi les produits concernés figure un pilier de l’alimentation vénézuélienne : la farine de maïs précuite, indispensable à la fabrication des repas. Le prix est fixé par décret, au nom de la « défense du pouvoir d’achat ». Sur le papier, l’intention est simple : empêcher les industriels d’augmenter les prix. Dans la réalité, le prix administré est rapidement inférieur au coût réel de production. À court terme, l’État compense partiellement. À moyen terme, l’inflation, la dégradation des infrastructures, la pénurie de devises et les contrôles bureaucratiques rendent cette compensation insuffisante.

L’entreprise dominante du secteur, Empresas Polar, alerte à plusieurs reprises : produire à ce prix signifie produire à perte. Les coûts explosent — énergie, transport, pièces détachées importées — tandis que le prix de vente reste figé. L’État refuse d’ajuster durablement, par crainte politique de reconnaître l’inflation.

La mécanique se met alors en place, implacable. Les usines ralentissent, puis s’arrêtent par intermittence. Les stocks disparaissent des supermarchés. La farine devient un produit rare. Les files d’attente s’allongent devant les magasins d’État. Le rationnement s’installe : un paquet par personne, certains jours seulement, parfois sur présentation de la carte d’identité ou du « carnet de la patrie ».

Dans le même temps, la farine ne disparaît pas vraiment. Elle change de circuit. Les sacs subventionnés sont détournés à la sortie des usines ou des entrepôts, revendus sur les marchés informels à cinq, dix, parfois vingt fois le prix officiel. Le contrôle des prix, censé protéger les plus pauvres, ne profite qu’aux dignitaires du régime. La farine n’est pas un cas isolé. Le riz, le lait, l’huile, le sucre, puis les médicaments, tous les biens de base subissent le même sort.

Dans le même temps, pour empêcher la fuite de capitaux, l’État s’arroge le monopole total de l’accès aux devises.

Acheter des dollars devient un privilège administratif. Toute entreprise souhaitant importer doit demander des devises à un organisme public. Le taux officiel est fixé très en dessous de la valeur réelle du bolivar. Le dollar subventionné devient aussitôt une rente.

Le système produit exactement l’inverse de l’objectif affiché. Les entreprises proches du pouvoir obtiennent des dollars bon marché, parfois pour les revendre sur le marché noir avec des marges énormes, parfois pour des importations fictives qui alimentent les réseaux politiques, militaires et clientélistes.

Les entreprises productives, elles, attendent ou sont refusées. Sans devises, elles ne peuvent plus importer de machines ni de matières premières. La production s’effondre.

Un marché noir du change devient la vraie référence de l’économie. Le pays fonctionne alors avec deux réalités : un taux officiel réservé aux initiés et un taux réel, illégal mais indispensable à la survie.

Sous Nicolás Maduro, le système se complexifie sans jamais être démantelé. Les taux se multiplient, l’arbitraire s’installe, la corruption explose. Le contrôle des changes alimente la fuite de capitaux, accélère la désindustrialisation et prépare l’hyperinflation.

Entre 2000 et 2018, on estime que plus de 150 milliards de dollars ont quitté le pays. Une moyenne de 3,5% du PIB chaque année.

L’inflation atteint 4 % par jour. Ce qui vaut 1 bolivar le lundi en vaut 1,27 le dimanche. 3,12 à la fin du mois. Plus d’un million et demi un an après. En 2021, le salaire mensuel minimum ne permet plus de s’acheter qu’une seule boîte d’œufs.

Si, dans les villes, les dollars sont devenus l’eldorado, dans les villages, c’est le café qui supplante la monnaie nationale. Les grains ne sont plus broyés, ils s’échangent.

Si les sanctions américaines n’ont rien arrangé, elles ne sont pas l’origine de la catastrophe. En 2014, sous la présidence de Barack Obama, Washington se limite à sanctionner individuellement quelques responsables impliqués dans la répression des manifestations. Les premières mesures réelles interviennent en 2017, lorsque Donald Trump coupe l’accès de PDVSA et du gouvernement vénézuélien aux marchés financiers internationaux. Et la rupture décisive ne survient que deux ans plus tard, avec l’interdiction faite aux entreprises américaines d’acheter du pétrole vénézuélien. Pour la première fois, le brut est directement visé. Mais à ce moment-là, la production a déjà été divisée par trois, les pénuries d’essence sont installées, et PDVSA est techniquement sinistrée. Les sanctions ne peuvent pas être la cause d’un déclin commencé bien avant leur mise en œuvre.

Aujourd’hui, près de 8 millions de Vénézuéliens ont fui le pays. Un quart de la population. Un exode qui a bouleversé la démographie de l’Amérique du Sud : pour la première fois, la Colombie, le Chili et le Pérou ont connu un solde migratoire positif.

Mais la pauvreté n’est pas le seul danger qui menace les Vénézuéliens.

Derrière la misère, la peur

Progressivement, le pouvoir est passé du clientélisme à la terreur, en s’appuyant sur ceux qui dépendaient le plus de lui : les colectivos. Enracinés dans les quartiers populaires, ces groupes pro-gouvernementaux organisent des distributions alimentaires, gèrent des radios communautaires, des jardins partagés, parfois des cliniques de fortune. Ils se présentent comme les « yeux et les mains du peuple », chargés de faire vivre la révolution au niveau local. Avec le temps, une partie d’entre eux a basculé. Ce sont devenus des milices. Les structures sociales se sont transformées en réseaux d’informateurs, puis en instruments d’intimidation, capables de terroriser la population.

En 2024, ils jouent un rôle central dans la répression des manifestations qui suivent la réélection contestée de Nicolás Maduro. Organisés en bandes de motards armés et cagoulés, ils tirent sur les foules ou les brutalisent. Pour intimider, ils peignent des croix sur les maisons des manifestants. À Caracas, presque chaque famille voit alors l’un des siens disparaître. Désignés comme « terroristes », les opposants sont arrêtés et emprisonnés sans procès.

De nombreux opposants, comme María Oropeza, soutien du candidat Edmundo Gonzalez Urrutia, sont kidnappés à leur domicile. Filmée en direct par la militante, la scène fait le tour du monde. Elle est détenue depuis dans le centre de détention d’El Helicoide, connu comme un lieu de torture.Aujourd’hui, les Vénézuéliens vivent dans la peur et dans le dénuement. En dix ans, l’espérance de vie a reculé de plus de trois ans. Et même de sept ans pour les personnes nées entre 2015 et 2020. L’avenir sera-t-il meilleur ? Rien n’est moins sûr. À l’heure où j’écris ces lignes, impossible de savoir si la capture de Maduro mettra fin au chavisme. Espérons-le, tant il fut destructeur.

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Venezuela : le tombeau de l’or noir

4 janvier 2026 à 07:07

Un cinquième des réserves mondiales — plus que l’Arabie saoudite ou l’Iran. Longtemps, le pétrole a été un cadeau du ciel pour le Venezuela. Avant que le chavisme ne tue cette poule aux œufs d’or, qui précipite aujourd’hui la chute de son tyrannique leader.

Longtemps, le pétrole a été un cadeau du ciel pour le Venezuela, qui possède les plus grandes réserves prouvées de la planète, devant l’Arabie Saoudite et l’Iran. Pourtant, le chavisme a progressivement tué la poule aux œufs d’or. Jusqu’à ce qu’elle se transforme aujourd’hui en poison fatal.

Dans les années 2000, le Venezuela récolte les fruits d’une flambée des prix du baril. Cliniques de quartier gratuites, subventions alimentaires, logements sociaux, aides aux plus démunis, carburant quasi gratuit… Élu en 1998, Hugo Chávez profite progressivement de cette manne pour mener une politique sociale massive. Se réclamant du bolivarisme, il revendique l’avènement d’un « socialisme du XXIe siècle ». Sa « Révolution bolivarienne » entraîne l’établissement d’une nouvelle Constitution, la promotion d’une forme de « démocratie participative » et la nationalisation des industries clés.

PDVSA, la compagnie pétrolière vénézuélienne, bénéficiait jusqu’alors d’une assez grande autonomie. Dotée de compétences techniques reconnues, elle investissait à l’étranger et dans son outil de production. Mais l’arrivée de Chávez la transforme progressivement en instrument politique et social, chargé de financer les priorités du régime.

« La patrie, le socialisme ou la mort » – Photo ©Ludovic Leroy

Les cadres techniques qui dénoncent l’incompétence de la nouvelle direction sont marginalisés. En 2002, plusieurs dirigeants de PDVSA sont publiquement révoqués, ce qui accentue la colère au sein du groupe. En décembre, une grande partie des employés arrêtent la production pendant plus de deux mois. La riposte est brutale : environ 19 000 cadres et salariés grévistes sont licenciés, sur les quelque 30 000 que compte alors l’entreprise.

Ils sont remplacés par d’ex-retraités, ou par des jeunes mal formés. La loyauté politique prime sur la compétence technique. La productivité de l’entreprise et la motivation des salariés s’effondrent. L’entretien des infrastructures est négligé. La corruption devient systémique. 

Les sous-traitants sont progressivement absorbés. Environ 70 entreprises chargées de l’entretien ou du transport du personnel passent sous le contrôle de PDVSA. Les postes clés sont majoritairement attribués à des militants chavistes. La méritocratie disparaît. Et avec elle, les capacités d’extraction.

Problème : le pétrole vénézuélien, notamment celui de la ceinture de l’Orénoque, n’est pas simple à produire ni à valoriser. Extra-lourd, il nécessite l’apport de diluants et des installations industrielles complexes — unités de mélange, de conversion et de craquage — pour devenir commercialisable. Longtemps importés des États-Unis ou du Nigéria, ces diluants deviennent difficiles à obtenir avec le durcissement des sanctions, et le pays se tourne vers l’Iran. Sans ingénieurs qualifiés, sans financement pour maintenir ces usines en état, la production décline inexorablement. La géologie impose ses contraintes, trop longtemps ignorées par l’idéologie politique.

Petropiar, site d’amélioration du brut extra-lourd de l’Orénoque – Photo ©Ludovic Leroy

Peu à peu, la compagnie se révèle incapable de maintenir correctement l’exploitation de certains gisements historiques, notamment autour du lac Maracaibo, pourtant parmi les plus accessibles du pays. Oléoducs non entretenus, puits abandonnés, équipements démontés et revendus comme ferraille… Le site se transforme par endroits en marée noire quasi permanente. Pour survivre, certains techniciens se reconvertissent dans des activités de subsistance et quittent progressivement la compagnie. Faute de carburant, les transports se dégradent, les coupures de courant se multiplient, et l’activité industrielle est régulièrement interrompue.

Les sanctions américaines mises en place à partir de 2017 ne sont que les derniers clous d’un cercueil déjà clos. Autour de nombreux sites pétroliers, l’air devient irrespirable. Le pétrole s’échappe en continu. La pollution touche la faune, contamine les cultures alentour et s’étend parfois au-delà des frontières. Au Brésil, des galettes de pétrole, attribuées par les autorités au Vénézuela, souillent régulièrement les plages du Nord-Est.

Sur plusieurs grandes unités de transformation du brut lourd, une majorité est aujourd’hui partiellement ou totalement hors service. Les remettre en état prendra des mois, exigera des investissements considérables et surtout un retour des compétences techniques qui ont déserté le pays.

À ce jour, une production limitée subsiste grâce à des coentreprises bénéficiant de dérogations aux sanctions. L’administration américaine a notamment accordé une licence exceptionnelle à Chevron, permettant une reprise partielle des opérations.

Les États-Unis disposent par ailleurs d’un débouché tout trouvé pour le pétrole de la ceinture de l’Orénoque : leurs raffineries, notamment sur la côte du Golfe du Mexique, étaient historiquement conçues pour le traitement de bruts lourds, notamment vénézuéliens. Elles n’ont pas pu se reconvertir pleinement au pétrole de schiste, très léger, sans le couper avec un brut plus dense — jusqu’ici principalement canadien — afin de fonctionner efficacement.

Contrôler le pétrole vénézuélien permettrait aux États-Unis de réduire leur vulnérabilité aux perturbations énergétiques dans le Golfe, d’influencer davantage les flux mondiaux et les prix, et de consolider le rôle du dollar dans le système pétrolier international — le fameux pétrodollar qui sous-tend une bonne part de la puissance financière américaine. Dans ce cadre, l’éviction de Nicolás Maduro ne s’analyse pas seulement comme une politique étrangère punitive, mais comme une stratégie de domination énergétique et monétaire.  

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Venezuela – Iran, l’alliance des narco-États

4 janvier 2026 à 07:05

Plateforme du Hezbollah et allié de l’Iran, le Venezuela de Nicolás Maduro était devenu un véritable narco-État. Pourtant, Washington vise davantage les puits de pétrole que les cartels. En géopolitique, la morale a moins de valeur que les intérêts stratégiques.

Une opération façon Mossad…

La stupeur a frappé le monde en ce 3 janvier après l’opération des forces spéciales américaines en plein cœur de Caracas, la capitale vénézuélienne, culminant avec la capture de Nicolás Maduro et de sa femme. Une intervention officiellement fondée sur les accusations de narcoterrorisme touchant le leader sud-américain. Elle s’inscrit dans une série d’actions militaires entamées dès l’été 2025, ayant visé des embarcations suspectées de transporter de la drogue, causant des dizaines de morts – parfois sans rapport avec le trafic, d’ailleurs – et exacerbant les tensions régionales. Mais surtout bien au-delà. D’où la réaction immédiate des autorités iraniennes, fortement impliquées dans l’affaire, dénonçant une agression impérialiste flagrante. Téhéran a réaffirmé son soutien indéfectible au Venezuela, qualifiant l’intervention des soldats US d’atteinte à la souveraineté et appelant à une levée des sanctions sur son programme nucléaire. Logique. Ces événements révèlent les liens profonds et multiformes entre les deux nations, unies par une alliance stratégique contre « l’impérialisme américain », les ventes d’armes et… le partage des profits mondiaux du narcotrafic, que nous évoquerons plus loin.

Le 30 décembre dernier, les États-Unis ont imposé de nouvelles sanctions contre dix individus et entités basés en Iran et au Venezuela, ciblant notamment le commerce d’armes, y compris des drones iraniens comme le Mohajer-6, largement employé par la Russie en Ukraine, et assemblé localement au Venezuela. Le Trésor américain accuse des figures comme José Jesús Urdaneta González, président d’Empresa Aeronautica Nacional SA (EANSA), d’avoir coordonné avec les forces armées vénézuéliennes et iraniennes la production de ces drones de combat. Maduro, dans ses ultimes déclarations, a d’ailleurs évoqué des dons iraniens de systèmes défensifs pour protéger le territoire vénézuélien, tandis que des rapports confirment la présence de ces appareils, symboles d’une coopération qui transcende le domaine militaire pour s’étendre au narcotrafic. L’administration Trump, qui a déjà saisi des tankers vénézuéliens comme le Nord Star, voit dans ces liens une menace directe à la sécurité des États-Unis, dans un pays frappé par une épidémie d’overdoses ayant causé plus de 70 000 morts annuels. Pourtant – et cela écorne le narratif américain –, la cocaïne vénézuélienne se déploie majoritairement en Europe.

Narco-État ?

Le concept de narco-État désigne un régime où le pouvoir politique se confond avec les réseaux de trafiquants de drogue, détournant l’appareil institutionnel au profit de ces activités illicites. Or, le Venezuela et l’Iran incarnent cette réalité, formant une alliance où la drogue n’est pas seulement une source de revenus, mais un instrument stratégique de subversion et de souveraineté économique. Sous Hugo Chávez puis Nicolás Maduro, le Venezuela s’est allié à l’Iran au nom de la lutte contre le « Grand Satan » américain, chacun en fonction de ses intérêts propres et de la défense de sa manne pétrolière.

Derrière le discours bolivarien se cache un deal entre nations au bord de l’asphyxie économique. Les Gardiens de la Révolution (pasdaran) trouvent en Amérique latine un partenaire géographique idéal, avec ses ports discrets, son marché noir pétrolier, ses routes de la cocaïne et sa haine de l’Occident.

Des officiers vénézuéliens et des membres du Hezbollah, le proxy libano-syrien des mollahs, ont organisé des ponts aériens de cocaïne et d’armes, parfois avec la médiation de la Force Al-Qods, la branche militaire des pasdaran. Tareck El Aissami, ex-vice-président de Maduro puis ministre du Pétrole, d’origine syro-libanaise, et Ghazi Nassereddine, ancien diplomate vénézuélien, lui aussi aux racines liées au pays du Cèdre, figurent parmi les figures clés de ce réseau, témoignant du pourrissement de la tête de l’État.

Les circuits passent par l’Afrique de l’Ouest – Lagos, Abidjan, Cotonou – puis par Dubaï, pivot logistique et bancaire. En 2024, selon les estimations croisées de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, 14 % du trafic mondial d’opiacés et près de 4 % de celui de cocaïne transitent encore par l’Iran.

À partir des années 2000, plusieurs rapports de la DEA et d’organisations américaines de sécurité mettent en lumière l’axe Caracas–Beyrouth–Bogotá–Buenos Aires. Des vols opérés par la compagnie aérienne iranienne Mahan Air, placée sous sanctions américaines, effectuent des rotations régulières entre Caracas et Beyrouth. L’opération Titan, en 2008, a permis d’intercepter plusieurs tonnes de cocaïne issues de ce système. Le Hezbollah agit comme facilitateur financier, blanchissant de l’argent du trafic et recevant une partie des profits pour financer ses opérations au Moyen-Orient.

Et ce, même si, en 2025, l’armée de l’air vénézuélienne prétend avoir détruit 39 avions appartenant à des trafiquants de drogue. Des actions masquant souvent, en réalité, la protection étatique accordée aux cartels alliés au régime contre leurs concurrents. Comme celui de los Soles, formé par des militaires de haut rang.

L’Iran, via son Drug Control Headquarters (DCHQ), rattaché au président, coordonne une politique antidrogue officielle tout en tolérant des flux illicites qui financent ses proxies. Notamment dans des ports, comme celui de Chabahar, qui servent de hubs pour des cargaisons suspectes.

Ayman Joumaa, trafiquant libanais œuvrant pour Téhéran, a exporté plus de 200 tonnes de cocaïne entre 2008 et 2012, blanchies via la Lebanese Canadian Bank. Le réseau de Mohamad Hamdar, démantelé en 2014, illustre cette mécanique. Cet agent du Hezbollah a servi de courroie entre les cellules financières iraniennes et des organisations criminelles comme La Oficina de Envigado, héritière du célèbre cartel de Medellín. Ces preuves, corroborées par des rapports comme celui de l’International Narcotics Control Strategy Report 2025, confirment le statut de narco-États de ces deux pays, où la drogue est devenue la colonne vertébrale d’un pouvoir informel, mobile et autofinancé.

Réelle lutte contre le narcotrafic ?

La posture américaine face à cette menace est résolument offensive, ancrée dans une stratégie de « pression maximale » visant à démanteler les réseaux irano-vénézuéliens. Les frappes aériennes sur des bateaux accusés de transporter de la drogue, les saisies de tankers et le déploiement d’un porte-avions en octobre 2025 pour des opérations antidrogue illustrent cette approche musclée.

Maduro est dépeint – à raison – comme le dirigeant d’un « narco-État », avec une récompense portée à 50 millions de dollars pour sa capture – qui n’iront finalement dans les poches de personne. Les sanctions du Trésor américain, qui ont désigné en 2017 ces structures comme Transnational Criminal Organizations, se sont multipliées, touchant récemment le Rayan Fan Group iranien et l’Empresa Aeronautica Nacional vénézuélienne. Washington accuse ces réseaux de miner la sécurité mondiale, en reliant le narcotrafic à des menaces plus larges comme le terrorisme et la prolifération nucléaire, justifiant ainsi l’escalade militaire. Et Maduro, prétendument ouvert à un pacte antidrogue avec les États-Unis et ayant « invité » des compagnies pétrolières américaines comme Chevron, a vu son régime reconnu comme une organisation narcoterroriste par Washington, voyant dans l’alliance irano-vénézuélienne une menace hybride combinant drogue, armes et terrorisme.

L’hypocrisie américaine – Convoitise du pétrole et politique à géométrie variable

Pourtant, cette fermeté américaine masque une hypocrisie profonde, motivée par la convoitise des vastes réserves pétrolières vénézuéliennes et une politique étrangère sélective qui privilégie les intérêts géopolitiques sur la cohérence morale. Parallèlement à ses actions vénézuéliennes, Donald Trump a accordé, le 1er décembre 2025, une grâce présidentielle complète à l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, condamné l’année précédente à quarante-cinq ans de prison aux États-Unis pour avoir facilité l’importation de centaines de tonnes de cocaïne, en protégeant des trafiquants et en recevant des millions en pots-de-vin. Des éléments laissant entendre que, sous couvert de lutte antidrogue, le président américain visait surtout à affaiblir le régime chaviste pour s’emparer des réserves pétrolières de Caracas.

Washington épargne les acteurs impliqués dans le narcotrafic tant qu’ils s’alignent sur ses intérêts politiques, révélant une duplicité où la morale cède le pas à la realpolitik. Cette incohérence sape la crédibilité de la croisade antidrogue, transformant une quête de justice en outil de domination, surtout lorsque les États-Unis consomment encore une part significative du pétrole vénézuélien malgré les sanctions…

Cet article, actualisé, s’inspire en grande partie du livre de son auteur, « La drogue au pouvoir », qui sortira début 2026, aux Éditions du Cerf.

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Toute une journée pour nous pondre cette merde.

Marcel @marcelaiphan.bsky.social posted:
Toute une journée pour nous pondre cette merde.
Macron, c’est le larbin de tous les criminels. Peu importe où on place la barre il est toujours en dessous.

Emmanuel Macron : Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le Président Edmundo González Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition. Je m’entretiens en ce moment avec nos partenaires de la région. La France est pleinement mobilisée et vigilante, notamment pour assurer la sécurité de ses ressortissants en ces heures d’incertitude.

"We support a transition" ?

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
"We support a transition" ?

bsky.app/profile/vond...

Quoted post from Ursula von der Leyen @vonderleyen.ec.europa.eu:
Following very closely the situation in Venezuela.

We stand by the people of Venezuela and support a peaceful and democratic transition.

Any solution must respect international law and the UN Charter.

Google a un comportement de violeur

3 janvier 2026 à 16:31
J'ai appuyé longuement par erreur sur le bouton "Home" de mon smartphone Android.
Google Gemini est apparu. L'IA de Google.
Je ne l'ai pas installé. Google l'a installé. Sans me demander mon avis. Sans me prévenir.
Il n'existe aucun paramètre permettant de le couper. Google n'entendra pas que vous n'en voulez pas.
Vous ne pouvez pas non plus le dé-installer, car il est intégré à l'application "Google" de base. Il faut donc dé-installer ou désactiver totalement l'application Google si vous voulez vous en débarasser.
Et dans la foulée, Google m'a envoyé deux mails. "Voulez-vous en savoir plus ? Voulez vous faire plus ?" À aucun moment dans le mail il n'y a "Je ne veux pas".
En fait, il n'y a même aucun lien permettant de se désabonner facilement des mails de Gemini.

Google ne veut pas entendre que vous n'en voulez pas, que vous n'êtes pas d'accord. Google ne veut pas entendre que vous voulez qu'il retire son Gemini de votre téléphone. Il ne veut même pas entendre que vous n'en ayez pas envie, que vous ne vouliez pas l'utiliser. C'est un comportement de violeur.

J'ai donc totalement viré l'appli Google (que j'avais dû réactiver à je ne sais plus quelle occasion), et j'ai créé un filtre Sieve sur mon serveur de mail afin de ne plus jamais voir les mails de Gemini.

Google a un comportement de violeur.
Microsoft aussi.

L'IA, c'est leur bite. Comme les violeurs, ils sont persuadés qu'elle est fantastique et qu'ils ont la plus grosse. Et que forcément, plus c'est gros mieux c'est. Et que vous en avez forcément envie. Alors ils vous la fourrent partout, sans votre consentement. Ils ne vous entendront pas dire "non", parce que pour eux c'est inconcevable.
(Permalink)

U.S. Captures Venezuelan Leader, Trump Says: Live Updates - The New York Times

3 janvier 2026 à 10:40
Attendez QUOI ?
Les USA ont bombardé un pays souverain et enlevé son président ???
Elle commence super mal cette nouvelle année.

EDIT: Ah d'accord. Le Venezuela a plus de réserves de pétrole que les Emirats Arabes Unis. Voilà pourquoi. L'international christo-capitalo-fasciste.

Edit : oh bordel 😖 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/05/donald-trump-reaffirme-que-les-etats-unis-ont-besoin-du-groenland-et-appelle-a-s-en-occuper-dans-vingt-jours_6660581_3210.html
(Permalink)
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