Vue normale

Low-Tech : le mirage écolo-bricolo

13 mai 2026 à 17:30

Un four solaire maison, un vélo-cargo flambant neuf appuyé à une cabane abritant des toilettes sèches, de bons moments en famille consacrés à la réparation des objets du quotidien… Séduisante sur le papier, que vaut vraiment la low-tech ?

Dans le paysage intellectuel de la transition écologique, la « Low-Tech » jouit d’une aura de sainteté. Née d’une inquiétude légitime face à l’ampleur des crises environnementales, cette mouvance se présente volontiers comme le bras armé technique de la décroissance. Portée par des figures comme l’ingénieur Philippe Bihouix (L’Âge des Low-tech) ou les expérimentations médiatisées du Low-tech Lab, elle promet une rédemption par la simplicité. En s’appuyant sur le triptyque « Utile, Accessible, Durable », elle s’inscrit dans la droite lignée de la « technologie intermédiaire » d’E. F. Schumacher (Small is Beautiful, 1973) et de la « convivialité » d’Ivan Illich (La Convivialité, 1973). L’idée est séduisante : se libérer de l’aliénation high-tech pour retrouver une autonomie artisanale et résiliente.

Pourtant, si l’intention est louable, force est de constater que la low-tech n’a toujours pas fait la démonstration de son efficacité concrète pour résoudre les crises systémiques qu’elle dénonce. Ce malentendu originel tient souvent à une confusion entre la sobriété de l’usage et une forme de nostalgie technique qui, sous couvert de vertu, ignore les lois élémentaires de la physique, de l’économie et de la sociologie.

L’arbitraire moral comme boussole

Ce flou conceptuel commence dès la définition même des besoins. Contrairement à l’éco-conception, qui s’appuie sur des Analyses de Cycle de Vie (ACV) normées (ISO 14006) et des données quantifiables, la low-tech repose sur une appréciation éminemment subjective de l’utilité. C’est ici que s’invite ce qu’on pourrait appeler l’arbitraire moral. On décrète, avec une assurance parfois doctorale, qu’un écran 4K est un caprice de la modernité, tandis qu’un vélo-cargo serait l’alpha et l’oméga du transport vertueux.

Cette hiérarchisation des besoins fait fi de la diversité des conditions humaines. Pour une personne âgée isolée en EHPAD, le téléviseur n’est pas un gadget aliénant, mais un lien cognitif et social vital, bien plus « utile » qu’un vélo-cargo dont elle n’aura jamais l’usage. En voulant régenter chaque gramme de cuivre au nom d’une éthique de la rareté, la low-tech risque de transformer la sobriété en un ascétisme autoritaire qui frappera d’abord les plus fragiles, et plus largement tous ceux dont les goûts et les besoins diffèrent de la norme imposée — par qui au fait ?

Le mythe de « l’ancien »

Dès lors que l’on substitue le jugement moral à l’analyse technique, on finit par sacrifier l’efficience sur l’autel de la simplicité. L’un des piliers du mouvement est en effet la réparabilité par la rusticité. Matthew B. Crawford, dans son Éloge du carburateur (2016), livre de chevet de Philippe Bihouix, vante la satisfaction métaphysique de comprendre et de réparer son moteur. C’est une philosophie de vie respectable, mais un désastre environnemental.

Le carburateur est simple, certes, mais il est thermodynamiquement médiocre. L’injection électronique, cette « boîte noire » tant décriée, n’est pas née d’une volonté de complexifier pour le seul plaisir sadique de quelques ingénieurs cupides : elle est la réponse indispensable aux normes sanitaires et environnementales modernes. Elle a, avec d’autres innovations techniques, permis en un demi-siècle de réduire d’un facteur 10 à 100 les émissions de polluants locaux (CO, NOx, particules fines) et de diviser par deux la consommation, grâce à un ajustement à la micro-seconde du mélange air-carburant.

Ce plaidoyer pour la simplicité s’appuie souvent sur un biais de nostalgie tenace qui idéalise le passé pour mieux condamner le présent. Qui n’a pas entendu l’éloge de la 2CV de grand-père, réparable avec un bout de fil de fer ? Si la 2CV était accessible, elle exigeait un entretien permanent, rouillait de peur et affichait le bilan sécuritaire d’un cercueil sur roulettes.

De même pour la machine à laver « increvable » de nos aïeux : si elle semblait durer 30 ans, c’est qu’elle ne servait qu’une fois par semaine. Aujourd’hui, une famille moyenne sollicite son équipement cinq fois plus souvent. À usage équivalent, la machine moderne — bien que plus complexe — affiche une fiabilité supérieure tout en consommant jusqu’à trois fois moins d’eau et d’électricité. Elle offre aussi de meilleures performances de lavage malgré des lessives globalement moins agressives et donc moins polluantes qu’autrefois. La longévité d’autrefois n’était pas le fruit d’une ingénierie supérieure, mais d’une sous-utilisation structurelle.

Le mythe de l’obsolescence programmée

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L’industrie, championne méprisée de l’optimisation

Si la simplicité d’usage est une illusion environnementale, la simplicité de fabrication l’est tout autant. On imagine souvent l’industrie comme un monstre gaspilleur par opposition à l’artisanat économe. C’est méconnaître la réalité de l’ingénierie. L’industrialisation, dans un marché concurrentiel, est, par nécessité, la science de l’optimisation extrême. Un ingénieur utilise le calcul de structure pour ne jamais surdimensionner une pièce, là où le bâtisseur low-tech, faute d’outils de mesure, gaspille de la matière par « sécurité ».

L’un des avatars les plus populaires de cette méconnaissance est le culte du « fait-maison », qui se révèle être un non-sens d’un point de vue énergétique. La cuisson du pain chez soi, par exemple, entraîne une perte essentielle de chaleur pour une seule baguette dans un four domestique, alors que le four d’un boulanger, mieux isolé et maintenu à température, produit des milliers d’unités avec une dépense électrique par kilo de 20 à 50 fois inférieure.

De même, les yaourts domestiques, chauffés par de simples résistances électriques, sont loin du rendement bien supérieur des pompes à chaleur industrielles utilisées en usine. Là encore, le fait maison présente une consommation d’électricité de l’ordre de 3 à 5 fois supérieure par unité à celle du yaourt industriel.

L’industrie ne se limite pas à la mutualisation de l’énergie, elle pratique aussi le nesting (optimisation de découpe) pour minimiser les chutes de matière, qu’il s’agisse de chutes générales ou de chutes de tôle, là où le bricolage local génère un résidu massif. En réalité, une usine de précision produit des objets dont les tolérances au micron minimisent les frottements et maximisent les rendements. Sacrifier cette précision et cette optimisation revient à accepter un gaspillage énergétique et matériel structurel au nom d’un folklore de l’autonomie.

Le vélo : un faux ami de la basse technologie

Nulle part ce malentendu entre « simplicité apparente » et « excellence industrielle » n’est plus visible que dans l’étendard favori de la mouvance : le vélo. C’est pourtant un contresens historique savoureux. La bicyclette moderne est le pur produit de la haute industrie du XIXe siècle. Elle a nécessité l’invention de l’acier tubulaire de précision, de la vulcanisation complexe du caoutchouc et des roulements à billes de précision micrométrique.

Sans cette infrastructure industrielle lourde et centralisée, un vélo pèserait 40 kg et perdrait 30 % de son rendement par friction. Le vélo est une réussite éclatante de l’industrie de pointe, pas du bricolage de récupération.

Le coût social du puritanisme et l’effet rebond

Cette idéalisation de l’outil « simple » ne se heurte pas qu’à la physique ; elle bute aussi sur un mur social. La low-tech est, par nature, une technologie pour « valides » qui ont du temps libre. Elle exige l’effort physique, la rusticité et de nombreuses connaissances. Pour une personne handicapée, la haute technologie (domotique, fauteuils électriques, prothèses bioniques pilotées par des interfaces neuronales) est la condition de son autonomie. Il en va de même pour la haine de la publicité, accusée de créer des besoins « artificiels ». Outre le mépris du libre arbitre qu’elle suppose, cette critique ignore que la publicité, certes imparfaite, permet de fluidifier le marché et de faire connaître les nouvelles solutions vertes et innovantes.

Ce puritanisme, qui voit d’un mauvais œil l’assistance électrique des vélos sous prétexte qu’elle contient du lithium, est le meilleur allié du statu quo : à force de refuser une dose de technologie nécessaire, on laisse les gens dans leurs voitures de 1,5 tonne. De même, la low-tech génère son propre effet rebond : un four solaire qui ne fonctionne qu’en été à midi ne remplace jamais une cuisinière, il s’y ajoute. La tiny house finit souvent par augmenter l’empreinte matérielle globale sous couvert de minimalisme, en devenant une résidence secondaire au fond du jardin, louée sur Airbnb.

Le plastique, ce paria pourtant indispensable

J’approfondis

Conclusion : L’innovation introuvable

En fin de compte, malgré plus de 20 ans de discours enthousiastes, la contribution majeure de la low-tech à l’histoire des techniques reste essentiellement cosmétique ou philosophique. Le mouvement excelle dans le « système D », mais se heurte à une contradiction physique insurmontable : son inefficience intrinsèque et son refus de la standardisation lui interdisent d’offrir des solutions réellement massifiables. Alors qu’on rénove péniblement 100 000 logements par an à l’aide de techniques et matériaux conventionnels, imaginer en rénover 500 000 à l’aide de paille et de terre crue relève de la pensée magique.

Contrairement aux leviers de démultiplication portés par la « croissance verte », la low-tech, restant confinée à une échelle artisanale et à un public d’initiés militants, n’a pas encore fait la démonstration de sa capacité à répondre rapidement et massivement aux besoins d’une population mondiale en croissance. Plutôt que de prôner une forme de régression romantique, ne devrions-nous pas défendre une « Haute Technologie Verte » ? Il s’agit tout simplement de miser sur les technologies qui permettent réellement de décarboner à l’échelle — comme celles mises en avant dans les rapports du GIEC : véhicules électriques, pompes à chaleur, énergies renouvelables, nucléaire ou carburants de synthèse. La transition mérite mieux que du folklore et du bricolage.

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Les aides publiques aux entreprises augmentent plus vite que les aides sociales | Le Club

13 mai 2026 à 06:21
😊👉 Donner un pognon de dingue aux entreprises privées
😒✋ Aider les personnes à se manger et se chauffer

Et après ils arrivent quand même à se poser la question "Mais pourquoi le gens ne veulent pas faire d'enfants".
À TON AVIS, MON CHATON ?

La pauvreté et la misère ne sont pas des fatalités. Ce sont des choix politiques.
(Permalink)

How ChatGPT serves ads. Here's the full attribution loop.

13 mai 2026 à 06:16
DING DONG !
C'est l'heure de payer.
Quoi ? Vous pensiez que les IAs c'était gratuit ?
Non seulement ça coûte un pognon fou, mais les investisseurs commencent à s'agacer. Voici dont l'arrivée de la publicité dans les IAs.
Et ça commence toujours par la collecte de données, ce que décrit cet article.
Avec des cookies pour vous tracer, bien sûr, ce qui va permettre aux annonceurs d'avoir un peu plus d'informations sur votre profil.
(Permalink)
Reçu hier — 12 mai 2026 De tout et de rien

Bridge returned error 0! (20585)

See https://curl.haxx.se/libcurl/c/libcurl-errors.html for description of the curl error code.

Details

Type: HttpException
Code: 0
Message: cURL error Operation timed out after 5002 milliseconds with 0 bytes received: 28 (https://curl.haxx.se/libcurl/c/libcurl-errors.html) for https://public.api.bsky.app/xrpc/app.bsky.feed.getAuthorFeed?actor=did%3Aplc%3Atoudj53egawswz2ypw3zyn2u&filter=posts_and_author_threads&limit=30
File: lib/http.php
Line: 185

Trace

#0 index.php(73): RssBridge->main()
#1 lib/RssBridge.php(39): RssBridge->{closure:RssBridge::main():37}()
#2 lib/RssBridge.php(37): BasicAuthMiddleware->__invoke()
#3 middlewares/BasicAuthMiddleware.php(13): RssBridge->{closure:RssBridge::main():37}()
#4 lib/RssBridge.php(37): CacheMiddleware->__invoke()
#5 middlewares/CacheMiddleware.php(44): RssBridge->{closure:RssBridge::main():37}()
#6 lib/RssBridge.php(37): ExceptionMiddleware->__invoke()
#7 middlewares/ExceptionMiddleware.php(17): RssBridge->{closure:RssBridge::main():37}()
#8 lib/RssBridge.php(37): SecurityMiddleware->__invoke()
#9 middlewares/SecurityMiddleware.php(19): RssBridge->{closure:RssBridge::main():37}()
#10 lib/RssBridge.php(37): MaintenanceMiddleware->__invoke()
#11 middlewares/MaintenanceMiddleware.php(10): RssBridge->{closure:RssBridge::main():37}()
#12 lib/RssBridge.php(37): TokenAuthenticationMiddleware->__invoke()
#13 middlewares/TokenAuthenticationMiddleware.php(10): RssBridge->{closure:RssBridge::main():33}()
#14 lib/RssBridge.php(34): DisplayAction->__invoke()
#15 actions/DisplayAction.php(54): DisplayAction->createResponse()
#16 actions/DisplayAction.php(89): BlueskyBridge->collectData()
#17 bridges/BlueskyBridge.php(164): BlueskyBridge->getAuthorFeed()
#18 bridges/BlueskyBridge.php(633): getContents()
#19 lib/contents.php(104): CurlHttpClient->request()
#20 lib/http.php(185)

Context

Query: action=display&bridge=BlueskyBridge&data_source=getAuthorFeed&user_id=tristankamin.bsky.social&feed_filter=posts_and_author_threads&include_reposts=on&format=Atom
Version: 2025-08-05 (git.master.d8a5269)
OS: Linux
PHP: 8.4.16

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mruac

Cette technologie ignorée qui pourrait tuer l’hantavirus avant qu’il ne vous tue

12 mai 2026 à 18:01

3 morts. Un gouvernement en alerte. Des quarantaines de 45 jours. Mais, 5 ans après le COVID, avons-nous tiré la moindre leçon ? Car il existe une technologie, vieille de près d'un siècle, capable de mettre fin à tout cela. Et nous refusons toujours de la déployer…

Le virus s'appelle Andes. C'est l'unique souche d'hantavirus connue capable de se transmettre d'humain à humain, une exception dans cette famille de virus habituellement confinée aux rongeurs. Mortalité brute : 30 à 40 %. Pas de traitement spécifique, pas de vaccin homologué, juste des soins de support. L'incubation peut atteindre 6 semaines, ce qui transforme chaque contact en bombe à retardement épidémiologique.

Le MV Hondius a quitté l'Argentine début avril pour une croisière ornithologique. Depuis, le virus a fait son chemin : un premier mort à bord, des passagers débarqués dispersés dans plusieurs pays, une quarantaine de jours d'errance avant qu'un port européen accepte de recevoir le navire. Dimanche 10 mai : arrivée à Tenerife. Ambulances, combinaisons, masques FFP2, transferts par petits groupes. Les 5 Français sont rapatriés à l'hôpital Bichat. Et l'un d'eux s’avère symptomatique dans l'avion. Sébastien Lecornu prend un décret d'isolement en urgence. 45 jours de quarantaine à domicile pour chacun.

Toute cette mobilisation pour quelques personnes alors qu’il existait une façon de ne pas en arriver là.

La lumière qui tue tout ce qui vole

Ces informations enregistrées, maintenant, essayez d’envisager une technologie capable d'inactiver n'importe quel pathogène aéroporté (virus, bactérie, spore) en une fraction de seconde, sans distinction d'espèce, de résistance aux antibiotiques ou de capacité à échapper aux vaccins. Une technologie qui serait potentiellement capable de fonctionner contre l'hantavirus, comme elle le fait avec la grippe, le COVID, la tuberculose, ou le prochain virus que nous n'avons pas encore nommé.

Cette technologie existe, elle s'appelle le far-UVC.

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Polémique autour d'un kill switch pour le noyau Linux - Le Monde Informatique

12 mai 2026 à 14:40
My 2 cents:
C'est pas un peu du cassage de couilles ???
"Oui mais ça suffit pas !"
MAIS BIEN ÉVIDEMMENT QUE ÇA NE SUFFIT PAS.
Mais en attendant, ça permet d'éviter un piratage (au risque d'avoir des fonctionnalités qui ne marchent plus) en attendant un patch.

Perso je préfère perdre temporairement des fonctionnalités (le temps d'avoir le patch) plutôt que devoir réinstaller un système from scratch parce qu'il a été compromis.
(après je suis pas adminsys, hein.)
(Permalink)

Mais c'est fort intéressant tout ça !

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
Mais c'est fort intéressant tout ça !

Quoted post from Michaël Mangeon @mangeon4.bsky.social:
📖 Article du jour

Avant Zoé, premier réacteur nucléaire français, qui diverge en décembre 1948, la France aurait peut-être pu faire diverger l’un des premiers réacteurs nucléaires au monde, au cœur de la Seconde Guerre mondiale.

Petit fil 🔽🧶

1/10

Pour améliorer l’éthique de leurs systèmes, les constructeurs d’IA se tournent vers les religions - Next

12 mai 2026 à 08:40
Y'a absolument rien qui va.
La religion pour avoir une éthique et une morale, VRAIMENT ?
La religion qui dit que la femme est un être inférieur qui doit être soumis à l'homme ? Celle qui a validé l'esclavage ? Celle qui massacre des peuples au nom de l'évangélisation ? Celle qui torture qu nom de l'inquisition ? Ou bien celle qui laisse violer des enfants ?
(Permalink)

Can Someone Please Explain Whether Cloudflare Blackmailed Canonical? | flyingpenguin

11 mai 2026 à 18:48
Les serveurs de Canonical (Ubuntu) ont été attaqués (attaque DDOS) pendant 20 heures. Canonical est client (payant) de CloudFlare. Le site web de l'attaquant... est également protégé par CloudFlare.

Pourquoi CloudFlare n'a rien fait ?
Parce que si on résume : CloudFlare protège gratuitement l'attaquant et fait payer la victime. Y'a pas comme un problème, là ?
(Permalink)
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