FreshRSS

🔒
❌ À propos de FreshRSS
Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
Hier — 27 septembre 2021Flux principal

EDF entame officiellement des discussions pour racheter l’activité nucléaire de General Electric (GE)

27 septembre 2021 à 10:43
edf entame discussions racheter activite nucleaire ge - L'Energeek

Ce 23 septembre 2021, EDF et General Electric (GE) ont officiellement confirmé être en négocations pour un rachat d’une partie de l’activité nucléaire du groupe américain (en particulier les turbines Arabelle qui équipent les centrales françaises) par l’énergéticien français. La cession concernerait les anciens actifs nucléaires d’Alstom, passés sous pavillon américain en 2014.

L’ancienne activité nucléaire d’Alstom va-t-elle revenir dans le giron français ?

L’affaire est aussi sensible que cruciale pour l’avenir industriel et énergétique de la France. Voici plusieurs mois que General Electric (GE) a annoncé sa volonté de revendre ses 80% de parts dans la co-entreprise Geast, qui gère les ex-activités nucléaires d’Alstom, en particulier les turbines Arabelle qui équipent les centrales nucléaires françaises (les 20% restant étant toujours détenus par Alstom).

Geast est le fleuron d’Alstom Energy, racheté en 2014 par GE. A l’époque, ce choix de confier à un industriel américain des actifs stratégiques pour la filière nucléaire française avait été beaucoup critiqué. Aujourd’hui, GE, dans une situation financière précaire, veut absolument revendre Geast. L’Etat français a conservé une action préférentielle (golden share) dans le capital de Geast, qui lui donne un droit de veto sur l’identité du repreneur.

Ce 23 septembre, EDF et GE ont confirmé être en négociations pour un rachat par l’énergéticien français des 80% de Geast détenus par GE. Après avoir récupéré Framatome suite au naufrage d’Areva, EDF pourrait bien prendre le contrôle de la fabrication des turbines Arabelle. La solution semblerait logique si la France veut continuer de s’appuyer sur le nucléaire pour sa transition énergétique.

Mais le patron d’EDF, Jean-Bernard Lévy, ne semble pas prêt à prendre une telle décision sans de solides garanties de l’Etat français. EDF fait en effet face à une dette de 40 milliards d’euros, et doit investir massivement dans les années à venir.

EDF prêt à prendre le contrôle des turbines Arabelle détenu par GE, mais uniquement si l’Etat passe commande de nouveaux réacteurs nucléaires

L’échec du projet Hercule résume bien les paradoxes dans lequel est pris l’énergéticien, pilier de la sécurité énergétique française et de son électricité historiquement peu chère, mais faisant face à de vrais soucis de rentabilité (entre autre à cause de l’Arenh, qui force EDF à revendre à prix réduit une partie de son électricité nucléaire à ses concurrents fournisseurs d’électricité).

Dès lors, EDF ne rachètera pas Geast si l’Etat français ne passe pas commande de nouveaux réacteurs nucléaires de nouvelle génération. Une décision reportée au-delà de la présidentielle de 2022, et qui sera l’un des sujets les plus stratégiques et polémiques à gérer pour la prochaine mandature.

« Sur le plan énergétique, dans le contexte de hausse des prix, assurer la filière nucléaire pour éviter à la France de dépendre de l’éolien et du gaz est un vrai sujet pour le prochain président de la République », estime notamment le directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières, l’économiste Patrice Geoffron. Les syndicats militent pour le maintien des emplois et des compétences, et sont donc plutôt favorable à un rapprochement avec EDF.

Symboliquement, ce week-end a aussi vu se dérouler deux manifestations à Lyon, à propos de la décision de prolonger de dix ans la centrale nucléaire de Bugey. Plusieurs associations et ONG anti-nucléaires ont ainsi réclamé la fermeture de cette centrale, ce 25 septembre 2021. Ce même jour, l’association Les Voix du Nucléaire tenait à Lyon la 5ème édition de Stand Up For Nuclear, qui vise à informer sur les enjeux et problématiques réels de l’énergie nucléaire, notamment dans l’optique d’une transition énergétique.

L’article EDF entame officiellement des discussions pour racheter l’activité nucléaire de General Electric (GE) est apparu en premier sur L'EnerGeek.

À partir d’avant-hierFlux principal

Naines brunes : que sont vraiment ces « étoiles ratées » ?

25 septembre 2021 à 13:00

Les naines brunes sont des objets célestes atypiques. Ils sont parfois considérés comme des « étoiles ratées » ou « avortées ». Que signifie cette expression ? [Lire la suite]

Abonnez-vous à notre chaîne YouTube pour ne manquer aucune vidéo !

L'article Naines brunes : que sont vraiment ces « étoiles ratées » ? est apparu en premier sur Numerama.

Taxonomie verte européenne : la France déterminée à y inclure le nucléaire

13 septembre 2021 à 10:09
taxonomie verte europeenne france inclure nucleaire - L'Energeek.jpg

Durant la réunion des ministres des Finances de l’Union Européenne, à Kranj, en Slovénie, ce 10 septembre 2021, le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire, a lancé un nouvel appel à inclure le nucléaire dans la taxonomie verte des énergies « durables », qui permettent de lutter contre le changement climatique.

Taxonomie verte et nucléaire, un enjeu économique, industriel et environnemental

La lutte d’influence continue dans l’Union Européenne sur la question de l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie verte. Cette liste regroupe les énergies jugées « durables », favorisant la lutte contre le changement climatique, et donc éligibles aux investissements « verts ». Une question centrale pour une industrie nucléaire particulièrement dépendante d’investissements de départ lourds, et notamment pour la France, qui doit encore trancher sur l’avenir de cette filière.

Le 21 avril 2021, la Commission Européenne a publié une première version de cette taxonomie verte, mais en suspendant sa décision sur le nucléaire. Sur cette question, deux groupes de pays s’opposent : l’un, mené par la France et six pays de l’Europe de l’Est (Hongrie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie) défend l’intégration du nucléaire dans la taxonomie ; l’autre, mené par l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, l’Espagne et le Luxembourg, s’y oppose farouchement.

Alors que de nombreux analystes estiment que la décision pourrait tomber après les élections législatives allemandes de fin septembre 2021, la France, par la voix de son ministre de l’Economie Bruno Le Maire, a réaffirmé sa position face à l’ensemble de ses partenaires européens.

Bruno Le Maire appelle à lutter contre le changement climatique avec une approche « scientifique » et non « idéologique »

Bruno Le Maire a en effet profité de la réunion des ministres des Finances de l’Union Européenne au château de Brdo, à Kranj, en Slovénie, ce 10 septembre 2021, pour déclarer : “soit nous luttons contre le changement climatique avec une approche idéologique et nous échouerons, soit nous luttons contre le changement climatique avec une approche scientifique et dans ce cas nous réussirons. Mais cela signifie reconnaître la valeur ajoutée de l’énergie nucléaire”.

Je veux juste rappeler aux autres Etats membres et aux citoyens européens que deux rapports d’experts sont arrivés à la même conclusion, à savoir que l’énergie nucléaire est nécessaire pour lutter contre le changement climatique”, a argumenté ensuite le ministre français de l’Economie.

Fin mars 2021, notamment, le Centre commun de recherche (CCR), le service scientifique de la Commission européenne, a conclu qu’aucune « analyse ne fournit de preuves scientifiques que l’énergie nucléaire porte atteinte à la santé humaine ou à l’environnement davantage que les autres énergies” susceptibles d’intégrer la taxonomie. Par ailleurs,, le nucléaire a sur toute sa durée de vie un impact carbone équivalent ou inférieur aux énergies renouvelables (hydro-électricité, solaire, éolien).

“Il n’y a aucune raison pour que l’énergie nucléaire ne soit pas incluse d’ici la fin de l’année dans la taxonomie européenne”, conclue avec force Bruno Le Maire.

L’article Taxonomie verte européenne : la France déterminée à y inclure le nucléaire est apparu en premier sur L'EnerGeek.

Quel avenir pour les anciens sites miniers d’uranium en France ?

6 septembre 2021 à 14:08
Quel avenir pour les anciens sites miniers d’uranium en France ?

L’arrêt des dernières activités d’exploitation minière de l’uranium sur le sol français date de 2001.  Les anciens sites miniers font aujourd’hui l’objet d’un suivi et d’une surveillance environnementale poussés, menés par Orano sous le contrôle de l’Etat, et en lien avec les parties prenantes locales. Pour certains sites une nouvelle vie débute, comme en témoignent par exemple les reconversions en parcs photovoltaïques.

La mine de Jouac, en Haute-Vienne, dernière mine d’uranium française en activité, a cessé sa production d’uranium en juin 2001. Cette fermeture, qui a marqué la dernière étape des activités d’exploitation du minerai d’uranium sur le sol français, n’a pas pour autant marqué la fin de l’histoire des sites miniers. Entre 1948 et 2001, l’exploitation de ce minerai a conduit à la production de 80 000 tonnes d’uranium, et les activités d’exploration, d’extraction et de traitement ont concerné près de 250 sites en France, répartis sur 26 départements. Des sites que la société Orano, dont une des activités concerne le suivi de ces anciennes mines, s’attache aujourd’hui à réaménager et à en assurer la surveillance environnementale.

Un suivi environnemental

Dès lors, l’arrêt de l’exploitation du minerai n’a pas signifié l’abandon de ces sites industriels. L’Etat veille au grain, en régissant le suivi environnemental de ces anciens sites miniers grâce à un plan de surveillance imposé par arrêté préfectoral qui en contrôle l’impact environnemental et sanitaire. Exemple à Bertholène, en Aveyron, ancien site minier fermé depuis 25 ans. Fin 2020, la commission de suivi de site annuelle, rassemblant préfecture, administration, ancien exploitant (Orano), ainsi que les collectivités locales et les associations, a eu lieu, et a permis comme il se doit d’évoquer les résultats de la surveillance, sur quatre thématiques : l’eau, l’air, les végétaux et la faune aquatique. De quoi rassurer les habitants, alors que les résultats se sont révélés “conformes aux exigences réglementaires en vigueur”. Pour la préfecture, “les éléments présentés par Orano et l’inspection des installations classées ont permis de souligner les mesures prises pour réduire au maximum l’impact du site sur son environnement et le maintien de la surveillance malgré l’arrêt des activités”. Les équipes d’Orano effectuent ainsi, à l’échelle de la France, plus de 6 500 prélèvements par an, et réalisent plus de 35 000 analyses sur ces échantillons.

Un soin particulier est apporté à la gestion des eaux. Orano y consacre de 3 à 5 millions d’euros par an, en particulier pour les travaux de rénovation et d’amélioration des stations de traitement, avec mise en place de procédés innovants. Un investissement nécessaire pour améliorer en continu la qualité des eaux rejetées par les anciens sites miniers, même si ces rejets respectent d’ores et déjà les teneurs réglementaires. Exemple sur le site de Bessines sur Gartempe, en Haute-Vienne, où une station traite 400 000 m3 d’eau par an. Olivier Masset, responsable Après-mines France chez Orano, témoigne : “Zéro radioactivité rejetée dans la rivière ce n’est pas possible et ce n’est pas une réalité naturelle. On en élimine un maximum de façon à être dans les limites réglementaires. Notre rejet est de 0,3 milligramme d’uranium par litre.” Une valeur inférieure à la limite réglementaire locale de 0,6 mg/L pour l’uranium, et bien inférieure à la limite nationale de 1,8 mg/L.

Quant à la gestion des stériles miniers, ces terres, sables ou roches ne contenant pas ou très peu d’uranium, Orano s’est vu confier par l’Etat en 2009 la mission de service public de réaliser leur recensement sur l’ensemble des anciennes régions minières uranifères, et a réalisé les travaux nécessaires en application du principe de précaution, et ce malgré l’absence de risque sanitaire significatif démontré. Ces travaux de regroupement des stériles sur les anciens sites miniers, sur les 64 zones concernées, ont été finalisés en 2020.

Une seconde vie pour les anciens sites miniers

Mais ces anciennes mines ne sont pas condamnées à ne rester que les vestiges sous surveillance d’un passé lointain. Un nouvel avenir est possible, et Orano s’emploie à donner une seconde vie à ces sites sur l’ensemble du territoire français. Des plans de reconversion, établis en concertation avec les parties prenantes locales, permettent de créer une seconde vie, souvent en lien avec la préservation de l’environnement et de la biodiversité. Certaines anciennes mines, comme celle de Puy de l’Age, en Haute-Vienne, sont des zones forestières. Le réaménagement consiste alors à revégétaliser le site et à l’intégrer au sein du paysage existant, en privilégiant les espèces locales. Un autre exemple, également en Haute-Vienne, sur l’ancienne mine à ciel ouvert de Bellezane : le choix de la méthode de réaménagement a permis au faucon pèlerin, espèce protégée, de trouver un habitat favorable et de s’implanter durablement sur place.

D’autres terrains voient fleurir des panneaux photovoltaïques. Dans le Limousin, sur le site des Masgrimauds, le maire de Mailhac-sur-Benaize a été autorisé à implanter un champ de panneaux solaires de 6 hectares. A partir de 2022, EDF Energies nouvelles sera en mesure de les exploiter. Une reconversion qui peut aussi concerner les sites de stockage de résidus : toujours dans le Limousin, celui de Bessines-sur-Gartempe sera bientôt reconverti en centrale solaire. De même, à Sèvremoine, dans le Maine-et-Loire, où se situe le site de l’Écarpière, un projet de reconversion en centrale solaire a été déposé au conseil municipal. Neoen, entreprise française spécialisée, a été retenue pour y développer un champ photovoltaïque. A la clé, une reconversion écologique, et des retombées économiques pour la commune, estimées à 80 000 euros annuels, qui s’ajouteront à celles de la centrale solaire déjà en place sur l’emprise de l’ancienne usine de traitement. L’objectif d’Orano est de permettre à termes l’implantation de 13 parcs photovoltaïques d’ici 2025, avec une puissance maximale de 132 MWc, l’équivalent de la consommation annuelle moyenne d’environ 65 000 foyers, c’est-à-dire celle d’une ville comme La Rochelle.


Pour en savoir plus sur les réaménagements des anciens sites miniers uranifères en France, Orano a développé une application permettant de localiser les anciens sites miniers, de consulter les plans, de connaître les dates et les méthodes d’exploitation, etc. CartOmines (site consultable par le grand public)

 

L’article Quel avenir pour les anciens sites miniers d’uranium en France ? est apparu en premier sur L'EnerGeek.

Nucléaire : après 6 mois d’arrêt, le réacteur n°2 de la centrale de Chooz redémarre

2 septembre 2021 à 07:10
nucleaire reacteur n2 centrale chooz redemarre - L'Energeek

Ce mardi 31 août 2021, la centrale nucléaire de Chooz, dans les Ardennes, a annoncé la reconnexion au réseau de son réacteur numéro 2, après 6 mois d’arrêt. Cette interruption faisait suite à une visite de maintenance et à la détection d’une anomalie dans les gaines accueillant le combustible. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait donné son feu vert au redémarrage le 13 août 2021.

Après des investigations de sécurité poussées, l’ASN autorise le redémarrage du réacteur n°2 de la centrale de Chooz

D’une puissance de 1 450 MW, le réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Chooz, dans les Ardennes, située sur la Meuse, a été reconnecté au réseau ce 31 août 2021, d’après un communiqué officiel de la centrale, après six mois d’arrêt.

Le 12 février 2021, le réacteur avait été stoppé pour une maintenance, pour permettre notamment le déchargement des assemblages de combustible. Mais un examen approfondi de l’ASN montrait que les gaines renfermant le combustible “présentaient une desquamation préoccupante, correspondant à une corrosion d’épaisseur pouvant excéder 100 micromètres”.

Dès lors, l’ASN, qui n’avait pour autant détecté aucune fuite, avait demandé l’arrêt prolongé du réacteur, le temps de mener des investigations de sécurité, pour vérifier la cause de ces anomalies, et si elles étaient de nature à perturber la bonne marche du réacteur.

Au final, l’ASN a pu donner son feu vert à la relance du réacteur : “sur la base des expertises réalisées par EDF et de ses propres expertises avec le soutien technique des équipes de l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), (l’ASN) a considéré que les conditions de sûreté requises étaient remplies pour un redémarrage”, précise l’agence.

Altrad en pôle pour racheter à Engie sa filiale de maintenance Endel, spécialisée dans le nucléaire

Actualité nucléaire, toujours, le prestataire de service industriel Altrad a annoncé, ce 31 août 2021, être rentré en négociations exclusives avec Engie pour le rachat de sa filiale de maintenance industrielle Endel, spécialisée notamment dans le nucléaire, et forte de 5 200 salariés.

Engie avait mis en vente cette filiale courant 2020, pour se recentrer notamment sur le énergies renouvelables et les infrastructures. Le montant de l’opération n’a pas été révélé, mais les analystes estiment que, compte tenu des difficultés structurelles et du déficit endémique d’Endel, le montant pourrait être nul ou négatif.

L’opération devrait être conclue “d’ici début 2022”, sous réserve de l’approbation des autorités réglementaires et après consultation des instances représentatives du personnel d’Endel. Cette acquisition devrait permettre à Altrad d’ouvrir “une nouvelle page de son développement en France, en renforçant et diversifiant son offre industrielle en ingénierie et en mécanique”.

L’article Nucléaire : après 6 mois d’arrêt, le réacteur n°2 de la centrale de Chooz redémarre est apparu en premier sur L'EnerGeek.

La fusion nucléaire franchit une étape vers un « soleil artificiel » comme source d'énergie propre

18 août 2021 à 10:54

Cette expérience de fusion nucléaire, menée début août 2021, est à 70 % du seuil d'ignition, un seuil déterminant pour une source d'énergie rentable. [Lire la suite]

Voitures, vélos, scooters... : la mobilité de demain se lit sur Vroom ! https://www.numerama.com/vroom/vroom//

L'article La fusion nucléaire franchit une étape vers un « soleil artificiel » comme source d’énergie propre est apparu en premier sur Numerama.

Pour la CEE-ONU, tenir les objectifs climatiques impose d’utiliser le nucléaire

16 août 2021 à 07:49
cee onu objectifs climatiques nucleaire - L'Energeek

Dans un rapport publié ce 11 août 2021, la CEE-ONU, la Commission Economique de l’Onu pour l’Europe, l’ex-URSS, les Etats-Unis et le Canada, affirme que, pour décarboner l’énergie et tenir les objectifs climatiques (rappelés récemment par le rapport du Giec), le nucléaire est indispensable. Cette technologie a déjà évité l’émission d’importantes quantités de gaz à effet de serre, et son développement est, pour l’ONU, une nécessité.

D’après la CEE-ONU, « les objectifs climatiques internationaux ne seront pas tenus si l’énergie nucléaire est exclue »

La Commission économique pour l’Europe des Nations unies (CEE-ONU, ou UNECE en anglais) a été établie en 1947 pour favoriser la coopération économique entre ses pays membres. Contrairement à ce que son nom indique, elle ne se limite pas à l’Europe : certes, tous les Etats européens (y compris la Turquie) font partie de ses 56 membres, mais s’y ajoutent les Etats-Unis, le Canada, et toutes les anciennes républiques soviétiques, y compris la Russie.

Ce groupe de pays représentent donc une part importante de l’économie mondiale. Les membres de la CEE-ONU représentent ainsi 33 % des émissions de CO2 mondiales. Ce 9 août 2021, le Giec a présenté la première partie de son sixième rapport sur le climat, qui pointe l’urgence absolue du changement climatique, et la nécessité d’agir le plus rapidement possible.

C’est donc dans le prolongement de ce texte que la CEE-ONU a publié, ce 11 août 2021, un rapport sur l’opportunité que représente l’énergie nucléaire pour répondre aux défis climatiques. La conclusion est sans appel : « les objectifs climatiques internationaux ne seront pas tenus si l’énergie nucléaire est exclue ».

« Les objectifs climatiques internationaux ne seront pas tenus si l’énergie nucléaire est exclue »

C’est bien de mettre les anti-nucléaires face à leurs responsabilités, surtout venant d’une commission de l’ONU.

Quelques explications sur le contenu de ce rapport.#Thread
pic.twitter.com/8auWoF1Bok

— laydgeur (@laydgeur) August 12, 2021

Le texte commence par un bilan de l’impact positif du nucléaire sur les émissions de CO2 dans les pays de la CEE-ONU ; en effet, l’énergie nucléaire émet aujourd’hui, sur tout son cycle de vie (y compris l’extraction et le transport d’uranium, la construction des centrales, le traitement des déchets et le démantèlement), autant de CO2 que l’éolien, et moins que la photovoltaïque.

Le rapport de la CEE-ONU estime que, depuis 50 ans, le nucléaire a évité l’émission de 75 milliards de tonnes de CO2. Sur cette période, seule l’hydro-électricité en a évité davantage (100 Gt), l’ensemble des autres technologies bas-carbone n’ont évité « que » 15 Gt – sur une période de temps certes plus courte, car leur essor à grande échelle date d’une quinzaine d’année.

Le nucléaire a permis de sauver un million de vie…

Ces faibles émissions carbone se traduissent également sur la santé publique, sous forme de pollution de l’air évitée : le rapport estime ainsi que « l’utilisation historique du nucléaire a permis de sauver plus d’un million de vies ».

En matière d’impact sur la santé humaine et les écosystèmes (changement climatique, euthropisation et acidification, occupation au sol, toxicité), c’est également, de toutes les énergies renouvelables, la plus vertueuse, juste devant l’éolien, mais loin devant l’hydro-électricité et les technologies solaires.

Dans l’ensemble des pays de la CEE-ONU, le nucléaire représente 20 % de la production d’électricité, ce qui en fait la première source d’électricité bas carbone (43 % du total). Le rapport évoque aussi le fait que, dans la majorité des cas, les centrales nucléaires ne servent qu’à produire de l’électricité, alors que la chaleur qu’elles émettent pourrait être valorisée pour le chauffage urbain, pour la chaleur industrielle, voire pour produire de l’hydrogène décarboné.

En terme de coût, la CEE-ONU rappelle que le nucléaire impose d’importants investissements de départ mais qu’une fois en opération, son coût est modique. « Dans de nombreuses régions du monde, l’énergie nucléaire est l’un des options les plus compétitives en termes de coûts pour la production d’électricité », précise d’ailleurs le rapport.

« Pour les pays qui choisissent de mettre en œuvre cette technologie, l’énergie nucléaire est une source importante d’électricité et de chaleur à faible teneur en carbone qui peut contribuer à atteindre la neutralité carbone et donc à atténuer le changement climatique et à réaliser l’agenda 2030 pour le développement durable », conclue Olga Algayerova, Secrétaire exécutive de la CEE-ONU.

L’article Pour la CEE-ONU, tenir les objectifs climatiques impose d’utiliser le nucléaire est apparu en premier sur L'EnerGeek.

Nucléaire : EDF finalise la cession de ses actifs dans la coentreprise américaine CENG

9 août 2021 à 12:42
nucleaire edf cession actifs coentreprise americaine ceng - L'Energeek

Ce lundi 9 août 2021, EDF a annoncé, via un communiqué de presse, la finalisation de la cession de sa participation de 49,99% dans Constellation Energy Nuclear Group (CENG) à son partenaire de coentreprise, l’américain Exelon. Ce désengagement marque la fin de la tentative d’EDF de développer sa technologie nucléaire aux Etats-Unis, et s’inscrit dans la volonté du groupe de céder ses actifs non stratégiques.

EDF cède sa participation dans la coentreprise CENG, opérateur nucléaire civil aux Etats-Unis

La fin de l’aventure américaine pour le nucléaire d’EDF. Ce 9 août 2021, EDF a officialisé, via un communiqué de presse, la cession de ses 49,99% de parts de CENG à son partenaire dans la coentreprise, Exelon.

[Communiqué de presse] EDF annonce avoir réalisé la cession de sa participation de 49,99% dans Constellation Energy Nuclear Group (CENG), à son partenaire dans la joint-venture, Exelon Generation.

— EDF (@EDFofficiel) August 9, 2021

C’est à la charnière des années 2000 et 2010 qu’EDF, souhaitant développer son activité nucléaire aux Etats-Unis, avait pris cette participation de 49,99% dans les activités nucléaires de l’électricien américain Constellation Energy.

Mais EDF s’est heurté à de nombreux obstacles, techniques (notamment le coût des assurances) et financiers (concurrence d’autres méthodes de production de l’électricité, en particulier les gaz de schiste), et a fini par renoncer à installer des EPR sur le sol américain. Dans l’intervalle (en 2011), Constellation Energy avait été racheté par un autre énergéticien américain, spécialisé dans le nucléaire, Exelon.

Un désengagement programmé dès 2014, officialisé fin 2019

En 2014, EDF négocie alors un accord avec son nouveau partenaire pour une éventuelle cession de ses actifs dans CENG, via une option de vente à Exelon, exerçable par EDF entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2022. Dans le même temps, EDF déléguait à Exelon l’opération des cinq réacteurs nucléaires possédés par CENG, sur trois sites d’activité dans les états de New York et du Maryland pour une capacité totale de 4 GW.

Le 20 novembre 2019, EDF notifie l’exercice de cette option de vente de CENG à Exelon“à sa juste valeur. En janvier 2020, EDF valide officiellement le processus de vente, dans le cadre de son programme de cessions d’actifs non stratégiques, afin de répondre aux difficultés financières du groupe.

Au final, le montant de cette cession est de 885 millions de dollars (environ 753 millions d’euros). Pour rappel, en 2016, date à laquelle EDF avait dévalué ses actifs dans CENG, la député européenne Corinne Lepage critiquait la stratégie américaine du groupe en déclarant : “EDF a investi en pure perte 6 milliards de dollars dans Constellation Energy, avec l’ambition de construire des centrales nucléaires”. EDF a annoncé avoir reçu les fonds ce vendredi 6 août 2021.

L’article Nucléaire : EDF finalise la cession de ses actifs dans la coentreprise américaine CENG est apparu en premier sur L'EnerGeek.

Projet Hercule : la scission d’EDF en deux (ou trois) n’aura pas lieu

2 août 2021 à 07:43
projet hercule scission edf aura pas lieu - L'Energeek

Ce 28 juillet 2021, le gouvernement français a annoncé que le projet Hercule, rebaptisé « Grand EDF », qui prévoyait la scission d’EDF en deux ou trois entités, pour permettre une réforme de l’Arenh, était reporté jusqu’à la prochaine mandature présidentielle. Sur fond d’opposition avec les syndicats, le gouvernement n’est pas parvenu à s’entendre avec la Commission Européenne. Ce 29 juillet 2021, EDF a présenté ses derniers résultats financiers, avec d’importants bénéfices pour le premier semestre 2021.

Le projet de scission d’EDF en plusieurs entités repoussé après la prochaine présidentielle

Hercule, chapitre final ? Après des mois de négociation, le gouvernement vient de signer l’arrêt du projet de réorganisation d’EDF en deux ou trois entités, pour au moins un an. Ce 28 juillet 2021, le gouvernement a annoncé que, faute d’un accord avec la Commission Européenne, ce projet (baptisé d’abord « Hercule », puis renommé « Grand EDF ») ne pourrait aboutir avant la fin de la mandature présidentielle d’Emmanuel Macron. Son éventuelle mise en place est donc reportée au-delà de la prochaine élection présidentielle de 2022.

« Il n’est pas envisageable d’avoir un projet de loi au Parlement dans l’immédiat », a reconnu une source gouvernementale auprès de l’Agence France Presse. Ce projet était combattu par l’ensemble des syndicats du groupe EDF, qui craignaient un véritable démantèlement de l’énergéticien public, ainsi que par la majorité de l’opposition parlementaire, de La France Insoumise aux Républicains, en passant par le Parti Socialiste et le Parti Communiste.

« C’est pour nous une belle et grande victoire à mettre à l’actif du rapport de force des travailleurs avec la CGT, qui n’a jamais attendu une quelconque annonce. Nous resterons pour autant vigilants, car les discussions entre le gouvernement et la Commission européenne vont se poursuivre », a commenté Sébastien Menesplier, secrétaire général de la Fédération nationale Mines Energie CGT.

Désaccord avec la Commission Européenne et les syndicats

Pour renforcer la rentabilité d’EDF, le gouvernement souhaitait rénover le mécanisme de l’Arenh, cette électricité d’origine nucléaire vendue par EDF à un tarif régulé aux autres fournisseurs d’énergie. Mais la Commission Européenne a conditionné cette rénovation à une scission d’EDF en deux ou trois entités.

Le but était de séparer les activités stratégiques et régulées (nucléaire, transport d’électricité) dans un groupe 100% public (EDF « Bleu”) des activités ouvertes à la concurrence (énergies renouvelables, distribution d’électricité), dans un groupe partiellement privatisé (EDF « Vert »). La gestion des barrages hydro-électriques devait basculer vers une quasi-régie, baptisée EDF “Azur”.

Le gouvernement s’est retrouvé dans une situation intenable, en martelant sa volonté de maintenir un groupe intégré, mais pris entre la Commission Européenne, qui souhaitait une franche séparation entre les différentes branches (notamment pour éviter que les subventions de l’Etat ne viennent soutenir des activités concurrentielles) et les syndicats, qui refusaient totalement la privatisation partielle d’EDF “Vert”, craignant à la fois pour le statut des agents et pour l’intégrité du groupe.

« Il y a eu des progrès, mais il n’y a pas d’accord global. (…) On est toujours convaincus de la nécessité de faire cette réforme », a déclaré une source gouvernementale. « EDF est un monopole national, verticalement intégré, qui a formidablement réussi grâce au nucléaire. Il cumule tous les facteurs pour déplaire à la sensibilité moyenne de la Commission européenne, anti-contrôle par l’État, et anti-nucléaire », a commenté l’économiste Élie Cohen pour nos collègues de La Croix.

Ce 29 juillet 2021, dans la foulée de cette annonce, EDF a présenté ses résultats pour le premier semestre 2021, en nette hausse, avec un bénéfice net de 4,172 milliards d’euros contre une perte de 701 millions sur la même période en 2020.

L’article Projet Hercule : la scission d’EDF en deux (ou trois) n’aura pas lieu est apparu en premier sur L'EnerGeek.

Nucléaire : les parlementaires critiquent l’abandon du projet Astrid

23 juillet 2021 à 07:23
nucleaire parlementaires abandon projet astrid - L'Energeek

Ce 21 juillet 2021, l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a publié un rapport revenant sur l’abandon par la France, en 2019, du projet de réacteur nucléaire de 4ème génération Astrid. Pour les parlementaires signataires, le report « à la fin du siècle » de ce projet de haute technologie est dommageable en terme d’indépendance énergétique, d’image de la filière de la recherche nucléaire française et, surtout, de gestion de déchets radioactifs.

Deux parlementaires publient un rapport critique sur l’abandon du projet Astrid

En août 2019, le Commissariat à l’énergie atomique annonce que le projet Astrid est abandonné jusqu’à « au moins la fin du siècle », mettant fin à l’un des plus importants programmes de recherche français en cours.

Astrid (pour Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration) était un projet de réacteur nucléaire de quatrième génération – l’EPR de Flamanville et les futurs EPR 2 (dont la France pourrait s’équiper en cas de renouvellement du parc nucléaire) sont des réacteurs de troisième génération.

Le projet Astrid s’appuyait sur la construction, dans la centrale de Marcoule (Gard), d’un prototype de réacteur avec un circuit de refroidissement au sodium. Ce type de réacteur s’annonçait comme plus sûr, plus efficace et produisant moins de déchets que les réacteurs actuels.

Ce 21 juillet 2021, l’OPECST a présenté un rapport à charge sur cette décision d’abandonner le projet Astrid, sans aucune concertation parlementaire, en notifiant sénateurs et députés par un « simple article de presse ». Le rapport, rédigé par le sénateur Stéphane Piednoir et le député Thomas Gassilloud, s’interroge donc sur la stratégie nucléaire de la France à long terme.

Pour Stéphane Piednoir, Astrid « répondait à la question de l’indépendance énergétique. Ensuite, il aurait permis une meilleure gestion des déchets radioactifs, puisqu’il aurait exploité de l’uranium recyclé. Enfin, c’était une préservation des acquis de la recherche, puisqu’Astrid prenait le relais de 60 années de travaux scientifiques ».

Crainte sur l’image de la recherche nucléaire française et sur la gestion des déchets radioactifs

Les deux co-auteurs détaillent les impacts de cet arrêt sur la réputation de la recherche française à l’international, et même auprès des étudiants français : « L’image de l’industrie nucléaire française dans le monde en ressort écornée. C’est une annonce soudaine qui a semé le doute sur la cohérence de la démarche française. Nous risquons d’être perçus comme peu fiables, notamment par les Japonais qui étaient liés à Astrid », expose Stéphane Piednoir. « C’était un projet phare en recherche et développement, et son abandon a eu un impact négatif sur les étudiants », poursuit-il.

Mais c’est sur la question-clé de la gestion des déchets que cet abandon semble le plus dommageable aux deux parlementaires. En effet, le projet Astrid prévoyait d’utiliser partiellement des déchets radioactifs usagés comme combustible.

Or, la politique française du traitement des déchets s’appuyaient justement sur ce recyclage pour répondre à la situation d’après 2030. A cette, en effet, les piscines de La Hague devraient être pleines, et les futurs nouveaux centres de stockage ne devraient pas être opérationnels avant 2034. « La suspension d’Astrid ne dit rien de ce que l’on propose à la place, qui permettrait de répondre aux impératifs de stockage. Pour l’instant, je ne peux toujours pas vous dire comment nous allons va faire », concluent avec inquiétudes les deux parlementaires.

L’article Nucléaire : les parlementaires critiquent l’abandon du projet Astrid est apparu en premier sur L'EnerGeek.

Nucléaire : lutte d’influence dans l’Union Européenne autour de la taxonomie verte

6 juillet 2021 à 11:59
nucleaire union europeenne taxonomie verte - L'Energeek

Ce vendredi 2 juillet 2021, un courrier envoyé à la Commission Européenne a été rendu public. Il émane d’un groupe de cinq pays, menés par l’Allemagne, aux cotés de l’Autriche, du Danemark, de l’Espagne et du Luxembourg : ils réclament aux instances de l’Union Européenne de ne pas inscrire le nucléaire dans la taxonomie verte, cette liste des activités énergétiques éligibles aux financements verts. Cette lettre survient trois mois après un courrier similaire, mais défendant le nucléaire, porté par la France et sept Etats de l’Europe de l’Est.

L’inclusion du nucléaire dans la taxonomie verte de l’Union Européenne, une question cruciale qui divise

Le 21 avril 2021, l’Union Européenne a publié sa taxonomie sur la finance verte, une liste d’activités énergétiques jugées cohérentes avec l’objectif de neutralité carbone en 2050, et donc éligibles aux financements publics.

La Commission avait à l’époque repoussé son choix sur l’épineuse question du nucléaire, pris entre les militants de son inclusion dans la taxonomie, au motif qu’il est la source d’énergie disponible émettant le moins de CO2 durant son cycle de vie, et ceux qui la refusent, estimant que les déchets millénaires qu’il produit sont incompatibles avec une vision durable du monde.

Un mois avant, fin mars 2021, la France et six pays de l’Europe de l’Est (Hongrie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie) avaient demandé à la Commission d’inclure le nucléaire dans sa taxonomie.

« Nous sommes convaincus que toutes les technologies neutres ou à faibles teneurs en carbone qui contribuent à la neutralité carbone (…) devraient non seulement être reconnues par l’UE, mais également soutenues activement », écrivait à l’époque ce clan des sept.

Cette feuille de route avait reçu le soutient de l’organe scientifique interne à Bruxelles, le Centre de recherche commun (CCR), le 2 avril 2021, un an après que l’AIE ait publié une recommandation similaire.

L’Allemagne en chef de file de l’opposition au nucléaire

Mais, ce 2 juillet 2021, l’Allemagne a pris la tête de l’opposition à ce financement vert du nucléaire, via une autre lettre, elle aussi adressée à la Commission, et co-signée par l’Autriche, le Danemark, l’Espagne et le Luxembourg.

« Nous craignons que l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie n’endommage de manière permanente son intégrité, sa crédibilité, et donc son utilité. De nombreux épargnants et investisseurs perdraient confiance dans les produits financiers commercialisés comme “durables” s’ils devaient craindre qu’en achetant ces produits, ils financent des activités dans le domaine de l’énergie nucléaire », expose le courrier.

L’argument principal n’est donc ni technique, ni même en lien direct (du moins en apparence) avec les choix énergétique et l’idéologie des signataires : ils estiment simplement que la présence du nucléaire décrédibiliserait les produits financiers durables.

L’ironie de l’histoire, c’est que l’Allemagne soutient l’inclusion du gaz naturel (qui, lui, émet des gaz à effet de serre…) dans cette même taxonomie, comme « énergie verte de transition ». Ce gaz naturel est d’ailleurs, avec les renouvelables, le pilier de la volonté allemande d’abandonner à la fois le nucléaire et le charbon dans sa production d’électricité.

La lettre présente également un argument plus « classique », à savoir que les énergies de la taxonomie ne doivent pas « causer de préjudice important ». Les signataires rappelle ainsi que le nucléaire est une « technologie à haut risque », et qu’ « après 60 ans d’utilisation de l’énergie nucléaire, pas un seul élément combustible n’a été éliminé de manière permanente dans le monde ».

L’article Nucléaire : lutte d’influence dans l’Union Européenne autour de la taxonomie verte est apparu en premier sur L'EnerGeek.

Belfort : vers une conversion aux SMR nucléaires pour les salariés licenciés de GE ?

28 juin 2021 à 10:38
belfort conversion smr salaries licencies ge - L'Energeek

Suite à l’annonce par GE, fin mai 2021, de plus de 1 000 licenciements en France, notamment sur le site industriel de Belfort, les syndicats et les entrepreneurs locaux, réunis au sein d’une association, Apsiis, travaille sur des projets de reconversion industrielle. Ce 25 juin 2021, cette association a indiqué son ambition de devenir un acteur de l’énergie nucléaire, notamment en créant à Belfort une unité de production de SMR, ces petits réacteurs nucléaires modulaires.

L’Apsiis, une association pour maintenir les compétences industrielles à Belfort, suite aux licenciements chez GE

Prendre le taureau par les cornes. Fin mai 2021, le géant américain General Electrics (GE), en grande difficulté, a annoncé son intention de supprimer plus de 1 000 postes en France, essentiellement sur le site de Belfort (construction de turbines à gaz) et en région parisienne. GE emploie 4 000 personnes à Belfort, dont 1 900 dans l’unité de turbines à gaz.

Face à la fragilité du géant américain et à ses menaces régulières de réduction d’emploi, les syndicats GE de Belfort avaient réuni plusieurs entrepreneurs locaux, ainsi qu’EDF, Cap Gemini Engineering ou l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard, pour fonder l’Association de Préfiguration de Sociétés d’Intégration et Ingénierie Systèmes (Apsiis).

Cette association s’est donné pour but de conserver des activités industrielles à Belfort pour maintenir localement des compétences menacées par les suppressions d’emplois chez GE. L’Apsiis veut ainsi, également, conserver un bassin d’emplois industriels à Belfort. L’association reçoit pour cela le soutien des collectivités locales.

L’Aspiis veut faire de Belfort un site de construction de SMR nucléaires

Ce 25 juin 2021, l’Aspiis a indiqué qu’elle voulait devenir un acteur du marché des SMR (Small Modular Reacteur). Ces petits réacteurs nucléaires modulaires, qui équipent déjà porte-avions et sous-marins nucléaires, pourraient permettre de construire, pour l’international, des petites centrales nucléaires. Plus de soixante-dix projets de ce type sont recensés dans le monde. Début avril 2021, EDF a d’ailleurs présenté les contours de SMR Nuward, son projet de mini-réacteur civil.

“Les centrales SMR doivent être commercialisées et conçues à Belfort”, a ainsi déclaré au cours d’une conférence de presse Philippe Petitcolin, co-fondateur de l’Apsiis. Cette annonce survient au lendemain de la validation de plusieurs aides publiques pour l’association.

La Région Bourgogne Franche-Comté a ainsi voté un soutien de 100 000 euros, sous réserve d’un investissement privé de valeur équivalente. La Communauté d’agglomération du Grand Belfort a, quant à elle, accordé une subvention de 32 000 euros à l’Apsiis.

“Le soutien de la Région vise à répondre au désengagement progressif du groupe General Electric dans le Nord Franche-Comté. Cette aide va permettre de soutenir de nouvelles activités économiques afin de préserver des emplois et surtout les compétences en intégration”, a ainsi déclaré Marie-Guite Dufay, présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté.

L’article Belfort : vers une conversion aux SMR nucléaires pour les salariés licenciés de GE ? est apparu en premier sur L'EnerGeek.

Japon : redémarrage d’un réacteur nucléaire

24 juin 2021 à 16:56
Japon : redémarrage d'un réacteur nucléaire

Pour la première fois depuis 2011 et la catastrophe de Fukushima, le Japon a remis en service un réacteur nucléaire de la centrale de Mihama. Ce réacteur, vieux de plus de quarante ans, a bénéficié de l’aval des autorités japonaises. Alors que le pays ambitionne d’atteindre la neutralité carbone en 2050, le gouvernement souhaite relancer la filière nucléaire face à une opinion publique fortement divisée sur le sujet.

Feu vert pour le réacteur nucléaire de Mihama

Ce n’est pas vraiment une surprise. Mercredi 23 juin, le réacteur numéro de 3 de la centrale nucléaire de Mihama, au Japon, a redémarré pour la première fois depuis dix ans. Quelques jours seulement après la catastrophe de Fukushima, en 2011, le réacteur avait été stoppé. L’état japonais avait alors pris la décision de stopper les réacteurs nucléaires les plus anciens, ceux qui dépassaient la limite des 40 ans d’exploitation. La mesure de sécurité répondait alors aux attentes de l’opinion publique japonaise. Mais en freinant sa filière nucléaire, le pays s’est coupé d’une part importante de ses ressources énergétiques.

Depuis, les discussions sont allées bon train entre Kansai Electrice Power Co. et les autorités japonaises. L’entreprise privée est le principal fournisseur d’électricité pour la région du Kansai. Elle alimente notamment la mégalopole formée par Kyoto, Osaka et Kobe. Et elle travaille depuis plusieurs années à la remise en service de certains de ses réacteurs. En 2016, elle a obtenu l’accord de l’Autorité de Sûreté Nucléaire pour redémarrer le réacteur n°3 de la centrale de Mihama. L’année dernière, à l’été 2020, ce sont les autorités japonaises qui ont donné le feu vert décisif. Le redémarrage du réacteur, ce mois-ci, est donc l’aboutissement d’un projet au long cours.

Où en est la filière nucléaire au Japon ?

Ce redémarrage est aussi un signal fort envoyé à la filière nucléaire japonaise. Il s’agit du premier réacteur de plus de quarante ans à décrocher son autorisation de redémarrage depuis 2011. Et d’autres réacteurs pourraient prochainement bénéficier du même feu vert.

Pour rappel, le Japon compte encore 39 réacteurs nucléaires opérationnels. Avec le réacteur de Mihama, ils sont désormais 9 en fonctionnement. Parmi les 20 réacteurs stoppés depuis dix ans, d’autres pourraient redémarrer grâce à l’intervention du gouvernement japonais. En 2019, ce sont pas moins de 12 réacteurs nucléaires qui ont fait l’objet d’un grand programme d’expertise pour envisager un potentiel redémarrage. Par ailleurs, même si la durée limite d’exploitation d’un réacteur nucléaire est fixée à 40 ans au Japon, le gouvernement ménage la possibilité d’une prolongation de 20 ans si les conditions de sécurité sont respectées.

Plan de relance du parc nucléaire au Japon

Alors va-t-on assister à une renaissance du parc nucléaire japonais ? Entre 2011 et 2015, l’ensemble des réacteurs nucléaires du Japon étaient stoppés. Le redémarrage de la filière nucléaire prend du temps et avance très lentement. Une lenteur dénoncée par les principaux acteurs du secteur de l’énergie. Mais le gouvernement japonais fait face à une hostilité de la part de la population envers le nucléaire. L’état compte venir à bout des réticences de la population en progressant en douceur sur le dossier. Depuis 2015, 13 réacteurs nucléaires ont redémarré au Japon. Et une douzaine d’autres pourraient redémarrer d’ici 2025.

Le gouvernement japonais compte notamment sur son objectif de neutralité carbone pour faire évoluer l’opinion publique. Dans un pays qui a longtemps eu la culture de l’atome, le pari peut s’avérer payant. Le Japon ambition de devenir neutre en carbone en 2050. Or la production d’électricité nucléaire pourrait grandement contribuer à atteindre cet objectif. En 2010, le pays était encore le troisième producteur d’électricité nucléaire dans le monde. Le coup d’arrêt porté au nucléaire “a rendu le Japon plus dépendant des combustibles fossiles” d’après le rapport de l’AIE de mars 2021. De fait, le Japon tire 31,5% de son électricité du charbon, et 35% du gaz naturel. Une situation qui rend le Japon trop dépendant de ses importations de charbon et de gaz. Et les énergies renouvelables ne progressent pas assez vite pour assurer la baisse de l’empreinte carbone du pays. Le défi du nucléaire décidera donc de l’avenir énergétique du Japon.

L’article Japon : redémarrage d’un réacteur nucléaire est apparu en premier sur L'EnerGeek.

La réaction en chaîne redémarre à Tchernobyl ?

13 mai 2021 à 12:20

Contexte ?

‘It’s like the embers in a barbecue pit.’ Nuclear reactions are smoldering again at Chernobyl

C’est ainsi que le sujet est rentré dans l’actualité. Par un très bon article de Science Mag, paru le 5 mai.

Puis c’est arrivé en France. La nuance s’est perdue, s’est retrouvée, la précision s’est dégradée… Puis, les pseudo-comptes de médias sur Twitter, vous savez, ceux qui jamais ne donnent de sources et résument une info en un seul tweet qui doit être le plus accrocheur possible, et bien ils se sont emparés du sujet.

🇺🇦 FLASH | A #Tchernobyl, une réaction de fission #nucléaire est en train d'émerger dans le sarcophage et "menace une nouvelle fois le #pays" déclare Maxim #Saveliev.

(Slate) #nuclearenergy

— Conflits France (@ConflitsFrance) May 12, 2021

Si vous avez quelques éléments de physique nucléaire, de physique des réacteurs, vous pouvez arrêter votre lecture ici et lire l’article de Science Mag (en anglais) ou celui de Thrust My Science (en français).

Sinon… On reprend.

La fission nucléaire et la réaction en chaîne

J’ai publié sur ce blog, très récemment, un billet pour rappeler le principe de la réaction de fission en chaîne. Donc ici, je vais faire très concis :

  • Certains atomes, comme l’uranium 235 (naturel), l’uranium 233 ou le plutonium 239 (l’un et l’autre de synthèse), sont fissiles : dans certaines conditions, il est possible de fragmenter le noyau de l’atome en plusieurs éclats.
  • Cette réaction de fragmentation est la fission ; et elle libère une quantité colossale d’énergie.
  • La fission est généralement induite par une interaction, une collision en quelque sorte, entre le noyau et un neutron baladeur.
  • La fission libère elle-même des neutrons, qui peuvent donc à leur tour induire de nouvelles fissions. C’est la réaction en chaîne.

À Tchernobyl, ce sont des flux de neutrons en hausse qui suscitent l’attention. Pas une réaction en chaîne, mais ce qu’on appelle une augmentation de la réactivité ; nous y reviendrons.

D’où viennent les neutrons ?

La fission nucléaire produit ses propres neutrons. Mais, comme l’œuf et la poule, est-ce la première fission qui produit les premiers neutrons ? Mais par quoi est-elle induite, cette première fission ? Ou bien sont-ce les premiers neutrons qui produisent les premières fissions ? Mais ces neutrons viennent d’où s’il n’y avait pas de fission avant ?

L’œuf et la poule. Les deux cas de figure coexistent.

Fission spontanée

La fission ne demande pas toujours de neutron en amont pour la déclencher.

Certains atomes radioactifs, pourtant parfois considérés comme non-fissiles, ont une infime fraction de leurs désintégrations radioactives qui ne se font ni sous la forme de désintégration α, ni de désintégration β. L’uranium 238, par exemple, présent en abondance dans le cœur d’un réacteur (pour rappel, l’uranium 238 représente 99,3% de l’uranium naturel ; et les réacteurs type Tchernobyl fonctionnaient à l’uranium naturel ou très faiblement enrichi, donc au minimum 99% d’uranium 238), présente 50 fissions spontanées par million de désintégration. Une tonne d’uranium 238 affiche 12 milliards de désintégrations par seconde, dont environ 700 000 fissions spontanées. Chacune émettant entre 2 et 3 neutrons, ce sont 1,5 millions de neutrons qui sont ainsi libérés, chaque seconde, dans une tonne d’uranium 238.

Par ailleurs, dans un réacteur nucléaire, l’uranium 238 absorbe beaucoup de neutrons, ce qui conduit à le transformer en plutonium 239, 240, 241… Le plutonium 240, justement, est tout à la fois considéré comme non-fissile mais sujet à la fission spontanée. Dix fois moins que l’uranium 238 : seulement 5 fissions par million de désintégration. Cependant, le plutonium 240 est beaucoup plus radioactif que l’uranium 238. Un kilogramme de plutonium 240 affiche 8500 milliards de désintégration par seconde, dont 43 millions de fissions spontanées, libérant près de 100 millions de neutrons par seconde.

Récapitulons.

AtomeUranium 238Plutonium 240
Masse1 tonne1 kilogramme
Fissions par million
de désintégration
505
Désintégrations par seconde12 milliards8500 milliards
Fissions par seconde700 00043 millions
Neutrons émis par seconde1,5 millions100 millions

Les masses que je propose, d’une tonne et d’un kilogramme, sont totalement à titre indicatif et ne représentent pas l’inventaire du cœur du réacteur 4 de Tchernobyl (qui doit comporter environ 100 tonnes d’uranium 238 et au plus quelques kilogrammes de plutonium 240), ni de l’inventaire accumulé dans la salle où un risque de réaction en chaîne est suspecté.

Notez également que cette forte tendance à la fission spontanée rend le plutonium 240 extrêmement indésirable dans les armes nucléaires et est le facteur limitant la production de plutonium de qualité militaire dans des réacteurs non-optimisés pour.

Vous l’aurez compris, de nombreux neutrons sont émis spontanément dans les débris du cœur du réacteur. L’œuf.

Réactions induites par la radioactivité

La fission n’est pas le seul moyen d’émettre des neutrons. Soumis à un rayonnement α, voire à un rayonnement γ, certains atomes, comme le béryllium, vont réagir par l’émission de neutrons.

Dans le cœur d’un réacteur, les émetteurs de rayonnement α sont légion : uranium et plutonium en tête.

Ainsi, des interactions entre différents rayonnements, spontanés, et des matériaux stables ou instables, du cœur ou du réacteur, peuvent conduire à la production d’un flux de neutrons.

La poule.

Quelle vie pour les neutrons ?

Virtualisons une région du cœur accidenté du réacteur 4 de Tchernobyl, effondré dans cette fameuse salle souterraine. On va y retrouver :

  • du combustible : uranium 238 en abondance, petites quantités d’uranium 235, de plutonium
  • des produits de fission : césium, baryum, strontium…
  • quelques actinides mineurs, qui peuvent aussi être sources intenses de rayonnements α et de fission spontanée : américium, curium…
  • des débris du cœur : graphite, gaines du combustible, tuyauteries d’eau éclatées ou fondues…
  • des débris du bâtiment : gravats, câbles, tuyauteries, sable et plomb…
  • des absorbants de neutrons : barres de contrôle du réacteur, absorbants ajoutés en post-accidentel…

La composition est inconnue, pas homogène, et de géométrie quelconque.

Et dans cette région virtuellement délimitée que l’on considère, sont émis, disons, un million de neutrons par seconde par les réactions spontanées d’œuf et de poule énoncées ci-avant.

Que va-t-il arriver à ces différents neutrons ? Et bien, voici ce que l’on peut imaginer, avec des valeurs fantaisistes à titre d’illustration :

  • 100 000 vont rencontrer des noyaux fissiles et réussir à provoquer des fissions, produisant 250 000 nouveaux neutrons que l’on dira « de deuxième génération ».
  • 100 000 vont rencontrer des noyaux fissiles, mais être absorbés sans réussir à produire de fission.
  • 200 000 vont réussir à s’échapper de la région virtuelle et atteindre d’autres salles de la centrale, voire l’extérieur ; une partie sera mesurable et permettra de suivre indirectement ce qui se passe dans la région.
  • 600 000 vont être absorbés par les débris du cœur, du bâtiment, ou par les absorbants ajoutés à cette fin.

Et si l’on regarde les 250 000 neutrons de deuxième génération, ils vont se répartir de la même façon : 25 000 vont provoquer des fissions produisant 60 000 neutrons de troisième génération, 50 000 vont s’échapper, le reste va être absorbé.

La troisième génération, de 60 000 neutrons, va également en laisser échapper 12 000, en utiliser 6 000 pour la fission (donc 15 000 neutrons de quatrième génération), et perdre le reste dans les absorbants.

Sur ces trois générations, il est intéressant de noter que 262 000 neutrons se sont échappés, dont une partie aura été détectée par les moyens de surveillance.

Arrêtons le compte là, vous comprenez bien que chaque génération, le nombre de neutrons diminue fortement : c’est ce qu’on appelle un mélange « sous-critique ». La réaction en chaîne est incapable de s’auto-entretenir, elle s’étouffe de génération en génération, et s’il n’y avait pas de production de neutrons par fission spontanée ou par les rayonnements α et γ, cela ferait 35 ans qu’on ne mesurerait plus un neutron.

Criticité

On dit d’un mélange de matière fissile et d’autres substances qu’il est critique quand fission produit à son tour exactement une nouvelle fission.

Dans notre cas, le mélange serait critique si, pour un million de neutrons initialement, par exemple :

  • 200 000 s’échappaient – pas de changement de ce côté là,
  • 350 000 étaient absorbés… par les absorbants, débris, etc.,
  • 50 000 étaient absorbés par des noyaux fissiles sans réussir à produire de fission,
  • 400 000 étaient absorbés par des noyaux fissiles, produisant des fissions, et donc libérant 1 million de nouveaux neutrons.

Et alors, la réaction boucle : le réacteur est stable, on dit qu’il est critique. Dans un réacteur nucléaire, aussi dramatiquement connoté soit le terme « critique », il est l’état normal, réaction en chaîne stable, contrôlée.

Dans le cas précédent, nous étions « sous-critiques ». Il existe un troisième état, « surcritique » : c’est lorsque notre million de neutrons initial induit encore plus de fissions, et l’on se retrouve avec plus d’un million de neutrons une génération plus tard.

Dans un cas légèrement surcritique, on passerait, génération après génération, de 1 000 000 de neutrons à 1 050 000, puis 1 102 500, puis 1 157 625, puis 1 215 506… (ici, +5% par génération). C’est par exemple le cas d’un réacteur nucléaire dont on fait monter la puissance, après un redémarrage ou pour suivre la demande du réseau électrique. C’est une augmentation exponentielle, certes, mais d’une extrême lenteur : il faut 16 générations pour atteindre une population de 2 000 000 de neutrons dans une même génération. Dans le contexte de la pandémie de covid-19, c’est analogue à un R0 de 1,05.

Dans un cas fortement surcritique, le nombre de neutron augmente… Beaucoup plus vite. Peu de pertes de neutrons ou d’absorption sans fission (dite « absorption stérile »). On va avoir initialement 1 000 000 de neutrons puis, par exemple, 1 400 000 à la deuxième génération, 1 960 000 à la troisième… On dépassera largement les deux millions dès la quatrième. Ici, ce serait un R0 de 1,4. La limite théorique étant celle d’un R0 supérieur à 2 : la population de neutrons double à chaque génération, l’exponentielle est extrêmement raide. Ces cas fortement surcritiques sont ceux des bombes atomiques… Ou du réacteur 4 de Tchernobyl lors de l’accident du même nom.

Mais revenons-en au Tchernobyl d’aujourd’hui.

Les braises sous les cendres

La situation à Tchernobyl aujourd’hui est indéniablement sous-critique. Pas de réaction en chaîne, il y a un flux constant de neutrons par les réactions spontanées, mais qui n’est pas amplifié par les fissions induites.

Précédemment, je proposais le scénario suivant :

Première génération1 000 000
Neutrons échappés200 000
Neutrons absorbés par des éléments non fissiles600 000
Neutrons absorbés de manière stérile par des éléments fissiles100 000
Neutrons qui entraînent une fission100 000
Deuxième génération250 000
Neutrons échappés 50 000
Neutrons absorbés par des éléments non fissiles 150 000
Neutrons absorbés de manière stérile par des éléments fissiles 25 000
Neutrons qui entraînent une fission 25 000
Troisième génération62 500
Neutrons échappés 12 500
Neutrons absorbés par des éléments non fissiles 37 500
Neutrons absorbés de manière stérile par des éléments fissiles 6 250
Neutrons qui entraînent une fission 6 250

Avec, sur les trois générations, 262 500 neutrons qui s’échappent.

Cependant, récemment, on a mesuré une augmentation du nombre de neutrons détectés aux limites du bâtiment. Davantage de neutrons qui s’échappent, donc.

Deux interprétations possibles. La première est qu’il y a une augmentation du taux de neutrons qui s’échappent. Par exemple, une structure locale qui s’est effondrée qui change la géométrie, et des neutrons qui étaient auparavant absorbés s’échappent à présent. Exemple :

Scénario de baseNouveau scénario
Première génération1 000 0001 000 000
Neutrons échappés200 000250 000
Neutrons absorbés par des éléments non fissiles600 000550 000
Neutrons absorbés de manière stérile par des éléments fissiles100 000100 000
Neutrons qui entraînent une fission100 000100 000
Deuxième génération250 000250 000
Neutrons échappés 50 00062 500
Neutrons absorbés par des éléments non fissiles 150 000137 500
Neutrons absorbés de manière stérile par des éléments fissiles 25 00025 000
Neutrons qui entraînent une fission 25 00025 000
Troisième génération62 50062 500
Neutrons échappés 12 50015 625
Neutrons absorbés par des éléments non fissiles 37 50034 375
Neutrons absorbés de manière stérile par des éléments fissiles 6 2506 250
Neutrons qui entraînent une fission 6 2506 250

Au bilan, nous n’avons pas du tout d’évolution sur la réaction en chaîne… Mais le nombre de neutrons en fuite passe de 262 500 à 328 125 (+25%).

La seconde interprétation est que le taux de fuite n’a pas changé… mais que la population de neutrons a augmenté. Que la réaction en chaîne est moins sous-critique, qu’elle s’atténue plus lentement, génération après génération. Cela peut avoir deux causes :

  • Soit les neutrons absorbés par des éléments fissiles entraînent plus souvent de fissions (moins de « captures stériles »)
  • Soit l’absorption par les débris, absorbants, etc., est moins efficace, et davantage de neutrons sont absorbés par des éléments fissiles.

On va mettre en application ce second cas.

Scénario de baseNouveau scénario
Première génération1 000 0001 000 000
Neutrons échappés200 000200 000
Neutrons absorbés par des éléments non fissiles600 000550 000
Neutrons absorbés de manière stérile par des éléments fissiles100 000125 000
Neutrons qui entraînent une fission100 000125 000
Deuxième génération250 000312 500
Neutrons échappés 50 00062 500
Neutrons absorbés par des éléments non fissiles 150 000171 900
Neutrons absorbés de manière stérile par des éléments fissiles 25 00039 100
Neutrons qui entraînent une fission 25 00039 100
Troisième génération62 50097 700
Neutrons échappés 12 50019 500
Neutrons absorbés par des éléments non fissiles 37 50053 700
Neutrons absorbés de manière stérile par des éléments fissiles 6 25012 200
Neutrons qui entraînent une fission 6 25012 200

Beaucoup de chiffres, hein ? Mais finalement, c’est assez simple à comprendre : tout a augmenté. Évidemment les neutrons qui s’échappent et que l’on détecte, qui sont passés de 262 500 à 282 000 (+7%), mais également le nombre de neutrons à chaque génération, qui diminue toujours, mais moins vite. Toujours pour faire un parallèle avec la pandémie, le R0 demeure inférieur à 1, mais remonte un peu. Pas de quoi relancer l’épidémie pour autant, puisque chaque malade contamine en moyenne moins d’une personne. Et pas d’exponentielle. Simplement la preuve d’une circulation résiduelle du virus… La preuve d’une variation du nombre de fissions produites.

Conséquences ?

La situation demeure stable à Tchernobyl. C’est la première chose à garder en tête : il n’y a pas d’emballement, il n’y a pas de réaction en chaîne auto-entretenue, il n’y a pas d’évolution d’ensemble de la situation.

De plus, dans un réacteur accidenté, il n’est pas anormal de voir des variations d’activité, on s’attend à ce que l’élément perturbateur ayant conduit à cette variation soit tôt ou tard épuisé, ou compensé par un autre élément perturbateur.

Cependant, il ne peut pas être exclu aujourd’hui que la sous-criticité continue à se déliter progressivement. Que le R0 augmente. Que l’on se rapproche de 1 – d’un état critique.

Critique, au sens de la neutronique, de la physique nucléaire, pas au sens médiatique. Critique, au sens où la réaction en chaîne parvient à s’auto-entretenir.

Et alors, irait-on vers un deuxième accident de Tchernobyl ?

Assurément, non. Une situation de forte surcriticité comme à Tchernobyl, avec dégagement important d’énergie et donc potentiel destructeur, c’est exclu, parce que les conditions d’obtention d’une telle réactivité sont hors d’atteinte. En revanche, l’atteinte d’une criticité oscillante, avec des moments où le milieu devient légèrement surcritique, s’étouffe, redémarre, se ré-étouffe… N’est pas exclu. En pareil cas, l’émission d’énergie est très faible, sans conséquence. En revanche, l’émission de neutrons et de rayonnements γ devient considérable, avec de forts risques d’irradiation grave pour tout le monde aux alentours.

Le risque est alors de rendre le démantèlement futur du réacteur infernal, faute de pouvoir garantir que l’on n’aura pas des flashs de neutrons pendant que des personnels seront aux alentours. Voilà pourquoi l’on surveille, pourquoi on envisage dès maintenant d’identifier les causes et les parades à éventuellement mettre en œuvre.

Si vous voulez vous faire une idée plus précise de ce qu’est un « accident de criticité », les conséquences que cela peut avoir, prenez le temps de découvrir la sombre histoire de l’accident de Tokai Mura.

Merci pour votre lecture, et gardez la tête froide : ça inclut aussi bien de ne pas s’alarmer pour rien… Que de survivre à l’agacement suscité par les alarmistes.

Je sais, ça vaut pour moi aussi.

tristankamin

Désintégration : radioactivité et fission

6 mai 2021 à 12:57

Suite à ce thread, on m'a posé à au moins deux reprises une question qui m'a interpellé tant la réponse me parait être une évidence, aujourd'hui, alors je vais faire un tout petit rappel sur la physique d'un réacteur nucléaire.https://t.co/jyz1OnU9JC

— Tristan Kamin ☢ (@TristanKamin) November 4, 2020

Les questions qui m’ont été adressées proviennent d’une confusion entre deux phénomènes ayant lieu à l’échelle du noyau de l’atome (noyau → « nucléaire », par étymologie). La désintégration radioactive, et la fission nucléaire. Et ce sera également l’occasion de parler de transmutation.

La désintégration radioactive

Types de rayonnements

La désintégration est un phénomène spontané, c’est à dire qu’il n’a pas besoin d’être provoqué, il se déroule sans initiateur et de manière aléatoire dans les noyaux des atomes dits « radioactifs » (ce qui signifie… « qui sont susceptible de se désintégrer spontanément », justement).

Le noyau d’un atome, c’est un agrégat de deux types de particules, les neutrons et les protons. Les uns et les autres affichent une masse quasiment identique, mais le proton est électriquement chargé (sensible à un champ électrique, donc), tandis que le neutron est… neutre.

©IN2P3

Lors d’une désintégration radioactive, la modification est subtile. Un cas typique est celui d’un neutron qui se transforme en un proton, ce qui implique un changement de charge électrique… Compensé par l’éjection d’un électron : une particule beaucoup plus petite et légère, mais de charge opposée à celle du proton. Cette émission d’électrons est ce qu’on appelle le rayonnement β- (lisez « bêta moins »), qu’on raccourcit souvent par β, en oubliant le « moins » (parce que, certes, il existe un rayonnement β+, mais dans de rares cas de figure, donc la pratique conduit à souvent assimiler « β- » à « β »).

Il existe une autre forme de radioactivité assez courante, c’est le rayonnement α (« alpha »). Dans ce cas, le noyau initial se voit arracher un fragment comportant deux protons et deux neutrons, ce qui correspond au noyau de l’atome d’hélium.

©IN2P3

Énergie des rayonnements

Dans un cas comme dans l’autre, le phénomène libère une petite quantité d’énergie. Celle-ci se trouve sous la forme d’énergie cinétique, donc, en fait, de vitesse de la ou des particule(s) éjectée(s). Cette énergie, bien qu’importante à l’échelle d’une particule, est infime à l’échelle des quantités d’énergie que nous sommes habitués à manipuler au quotidien. C’est pourquoi aucune de nos unités habituelles, le (kilo)wattheure, le Joule, n’est appropriée. On comptera plutôt en « électrons-volt », notés eV, ou « mégaélectrons-volts », notés MeV, qu’il n’est pas question d’expliquer ici. Retenez simplement qu’il s’agit d’une unité de mesure de l’énergie (pour les curieux : 1 MeV ≈ 0.2 millionième de millionième de Joule).

L’énergie libérée par la radioactivité α ou β, exprimée en MeV, donc, varie selon l’atome initial qui s’est désintégré.

Pour le plutonium 238 par exemple, dont la désintégration s’accompagne d’un rayonnement α, on est à 6 MeV par particule α émise. Cet exemple n’est pas innocent : c’est cette énergie, de désintégration du plutonium 238, que l’on met à profit pour produire de la chaleur et, au final, de l’électricité, dans les « Générateurs Thermoélectriques à Radioisotope » qui équipent plusieurs missions d’exploration spatiale à la surface de Mars (Curiosity, Perseverance) et vers les objets plus lointains du système solaire (Voyager, Cassini-Huygens…).

Autre exemple, l’iode 131. Celui-ci est le radionucléide le plus redouté en cas d’accident de réacteur nucléaire, à l’origine de nombreux cancers de la thyroïde au Bélarus, en Ukraine et en Russie après la catastrophe de Tchernobyl. Avec lui, on a un rayonnement β d’énergie un peu inférieure à 1 MeV.

Dernier exemple, le tritium (ou hydrogène 3), dont on parle énormément dans le cadre des futurs rejets des eaux contaminées de Fukushima-Daiichi. On est encore sur un rayonnement β, mais dont l’énergie est d’à peine 0,02 MeV.

Mesure de la radioactivité

La radioactivité d’un matériau radioactif donné est donc liée au matériau en question, et est caractérisée par le type de rayonnement et l’énergie des particules émises. Mais ce n’est pas tout : pour mesurer la radioactivité, on va s’intéresser avant tout au nombre de désintégrations par seconde.

Alors, certes, j’ai dit que le phénomène de désintégration était spontané et aléatoire, ce qui laisse penser qu’il n’y a pas de régularité. Mais… Mais si, en fait.

À l’échelle d’UN atome radioactif, disons de carbone 14, on sait qu’elle va avoir lieu, mais on ne sait pas prédire à quel moment. C’est à ce titre qu’elle est aléatoire : elle peut survenir à tout moment, mais l’atome peut aussi rester du carbone 14 pendant des dizaines de milliers d’années avant de se désintégrer. Bien entendu, moins l’atome est stable, moins on devrait attendre avant de voir une désintégration.

Seulement, voilà, on regarde assez rarement un seul atome. Le moindre milligramme de carbone 14 contient quarante milliards de milliards d’atomes radioactifs. À l’échelle d’un si grand échantillon, la désintégration se met à suivre certaines règles. Si l’on ne sait dire quels atomes dans le lot se désintègreront ) quel instant, on sait dire que le nombre totale d’atomes de carbone 14 va diminuer exponentiellement, comme ceci.

Après un certain temps, environ 5700 ans, on aura vu se désintégrer la moitié de notre milligramme de carbone 14. Encore 5700 ans plus tard, il ne restera plus qu’un quart de l’échantillon initial. Puis, après encore 5700 ans, plus que le huitième, etc.

Si l’on sait dire comment évolue notre échantillon de carbone 14 avec le temps, cela veut dire que l’on sait à quelle vitesse il se désintègre ou, autrement dit, combien de désintégration par secondes y ont lieu à chaque instant.

La désintégration par seconde, c’est l’unité de mesure de la « quantité » de radioactivité ; on appelle ça un Becquerel, noté « Bq », du nom du bonhomme ayant découvert le phénomène.

Ainsi, notre milligramme de carbone 14, il s’y produit 150 millions de désintégrations par seconde. On dira qu’il présente une activité de 150 MBq (mégabecquerels). Évidemment, au fur et à mesure que notre quantité de carbone 14 diminuera, sa radioactivité diminuera aussi : après 5700 ans, il ne s’y produira plus que 75 millions de désintégrations par seconde ; autrement dit, son activité aura diminué à 75 MBq. Cette durée est ce qu’on appelle la « période », ou « demi-vie » du carbone 14.

C’est par cette logique que l’on peut dater le carbone issu de tissus vivants : le taux de carbone 14 par rapport au carbone total, est fixe tant que l’organisme est vivant, puis, après la mort de l’organisme, il diminue selon cette logique. Donc si l’on regarde le taux de carbone 14 d’un tissu aujourd’hui, on peut remonter plusieurs millénaires jusqu’à la date de sa mort – aux imprécisions près.

Radioactivité appliquée au combustible nucléaire

On a parlé d’iode, de plutonium, de carbone, de tritium, mais l’idée de ce billet, c’est d’appliquer tout ça à l’énergie nucléaire ! Alors, allons(y.

Dans une tonne d’uranium enrichi, soit 955 kg d’uranium 238 et 45 kg d’uranium 235, il se produit quinze milliards de désintégrations d’atomes d’uranium par seconde (15 GBq). Cela représente une perte de 6 picogrammes d’uranium, toujours par seconde, autrement dit, 0,2 milligrammes par an. Avec environ 4 MeV par désintégration, on obtient une production d’énergie de… 10 mW. Oui, dix milliwatts, de chaleur, à partir d’une tonne d’uranium. Pour comparaison, la chaleur libérée par un corps humain au repos est dix mille fois supérieure.

Ce n’est donc pas ce phénomène que l’on peut espérer utiliser en réacteur.

Ce n’est pas la radioactivité de l’uranium qui le consomme (enfin, à raison de 0,2 milligrammes par an, sur une tonne…) ni qui produit la chaleur. C’est le second phénomène que nous devons discuter…

La fission nucléaire

Là, tout de suite, il n’est plus question de transformations subtiles du noyau, pas de proton qui se transforme en neutron, pas d’émissions de minuscules électrons… Et ce n’est pas non plus un phénomène spontané (sauf à la marge).

Conditions d’obtention

S’il existe énormément d’atomes radioactifs différents, bien plus que d’atomes non-radioactifs en fait, les atomes qui peuvent fissionner sont moins nombreux. Et dans la nature, ils sont très peu nombreux. En fait ils sont au nombre de… Un. L’uranium 235. Mais on sait également en synthétiser à assez grande échelle : le plutonium 239 et l’uranium 233 (respectivement produit par transmutation -on y reviendra- à partir de l’uranium 238 et du thorium 232, que l’on dit non pas « fissiles » mais « fertiles »).

Bien. Pour la fission, il nous faut donc un atome fissile. Généralement de l’uranium 235. Et, je le disais, elle n’est pas spontanée : elle est induite, il faut un déclencheur, et le déclencheur est généralement un neutron qui se balade librement et qui vient percuter le noyau fissile. C’est la collision entre le noyau fissile et le neutron qui provoque la fission.

Phénomène de fission

Et la fission, c’est quoi ? C’est très simple : c’est l’éclatement du noyau fissile en deux fragments, de natures chimiques variées, et de tailles/masses variables mais relativement proches.

©IN2P3

Et en plus de ces deux fragments que l’on appellera « produits de fission », la fission va libérer quelques neutrons solitaires qui vont à leur tour pouvoir provoquer de nouvelles fissions : c’est la réaction en chaîne. En moyenne, 2,2 neutrons par fission pour l’uranium 235.

©GSI

Et parfois, un troisième produit de fission est libéré, beaucoup plus petit que les deux autres, et toujours le même : du tritium.

La réaction en chaîne de fissions a deux qualités notables. La première, c’est que c’est un phénomène induit et non spontané ; et si on le provoque, cela veut dire qu’on peut espérer le contrôler, réguler la vitesse de la réaction en chaîne. Et la seconde qualité, c’est l’énergie libérée à chaque fois : 200 MeV ! Un noyau d’uranium 235 qui fissionne, c’est 43 fois plus d’énergie que s’il se désintégrait. Et dans un réacteur nucléaire, on va faire fissionner l’uranium beaucoup, beaucoup plus vite qu’il ne se désintègre.

Fission appliquée au combustible nucléaire

En moyenne, dans un réacteur nucléaire, au sein d’une tonne d’uranium (soit, pour rappel, 45 kg d’uranium 235 et 955 kg d’uranium 238), on va faire fissionner une douzaine de kilogrammes d’uranium 235 par an. Pour atteindre cette consommation, c’est un milliard de milliards de fissions par seconde qu’il faut entretenir ! Oui, les quinze milliards de désintégrations par seconde que l’on avait par simple radioactivité sont loin…

L’uranium 235 se consomme donc par fission à un rythme de 0,4 milligrammes par seconde pour une tonne d’uranium initial -que l’on comparera aux 0,2 milligrammes par an perdus du fait de la radioactivité- pour une puissance libérée de 30 MW (mégawatts). On saute donc neuf ordres de grandeur par rapport aux 10 mW (milliwatts) provenant de la radioactivité.

Récapitulatif : radioactivité | fission

Iconographie

À l’exception du portrait d’Henri Becquerel, toutes les images de ce billet proviennent du merveilleux site laradioactivite.com.

Et la transmutation, alors ?

Il existe une troisième forme de transformation, induite elle aussi, que peut subir la matière nucléaire.

Comme la fission, elle passe généralement par l’absorption d’un neutron… Mais sans induire de fission ensuite. Le neutron reste absorbé, soit parce que la fission n’est pas toujours garantie, même pour les noyaux fissiles, soit parce que le noyau qui l’a absorbé n’était pas fissile.

Et l’on change ainsi la nature nucléaire de l’atome : du cobalt 59 (le cobalt naturel, stable) on passe au cobalt 60 (radioactif), par exemple.

Il s’agit souvent d’une réaction parasite, dont on se dispenserait bien. L’exemple ci-dessus l’illustre bien. Certains aciers utilisés en construction ou en métallurgie, y compris nucléaire, comportent du cobalt, dont la seule forme stable existante dans la nature est le cobalt 59. Exposé à un flux de neutron, comme celui s’échappant du cœur d’un réacteur nucléaire, le cobalt 59 transmute en cobalt 60, radioactif et même assez fortement irradiant. C’est un des plus gros gêneurs dans le démantèlement nucléaire, et c’est lui, avec sa demi-vie de seulement 5 ans, qui incite à différer le démantèlement de quelques décennies (stratégie en vigueur dans de nombreux pays, dont la France jusqu’en 2006 où le démantèlement immédiat est devenu la stratégie de référence).

Mais la transmutation peut également être utilement mise à profit. On a levé ce voile précédemment en mentionnant les atomes « fertiles ». L’uranium 238 est 140 fois plus abondant, dans la nature, que l’uranium 235. Et le thorium 232 est encore 3 fois plus abondant. Mais ils ne sont pas fissiles… En revanche, en les exposant à un flux de neutrons, on peut « fertiliser » ces noyaux « fertiles » pour les transformer en plutonium 239 et uranium 233, l’un et l’autre fissiles. Et nous voilà à créer de la matière fissile !

La transmutation offre d’autres possibilités, comme la fabrication de radionucléides très spécifiques à usage médical.

Certains font également la promesse de mettre ce phénomène à profit pour réduire les quantités de déchets radioactifs à gérer. C’est un peu ce qu’on fait en transformant l’uranium 238 (un peu inutile) en plutonium (fissile), mais l’on pourrait également envisager de transformer certains produits de fission aux demi-vie trop longues en produits de fission à vie courte. Par exemple, l’iode 129 est un des produits de fission les plus dérangeants dans la gestion à long terme des déchets radioactifs ; d’une part en raison de sa demi-vie de seize millions d’années, et d’autre part en raison de sa grande mobilité dans l’eau et la roche : à ce titre, il fait l’objet d’une attention renforcée dans la conception du stockage géologique.

En revanche, en transmutant l’iode 129 en iode 130, ce dernier ayant une demi-vie de quelques heures, on règlerait rapidement le problème : il suffirait de le laisser reposer quelques jours pour se retrouver avec une bonbonne de xénon stable. Évidemment, la mise en œuvre est bien plus complexe que ça.

Et les rayonnements gamma, alors ?

Dans cet article, vous aurez entendu parler de rayonnements α et β… Mais les rayons γ (« gamma »), pourtant bien connus, seraient passés à la trappe ?

En fait, le rayonnement γ réside en une émissions de photon, les particules sans masse ni charge électrique lesquelles, selon leur fréquence (croissante ci-après), sont appelées onde radio, micro-ondes, infrarouges, lumière, ultraviolets, rayons X ou rayons γ.

De fait, si l’on n’émet qu’un photon, on n’a pas transformation de matière, juste une libération d’énergie pure. Or, dans cet article, nous avons décrit différentes transformations ayant lieu au niveau du noyau atomique : désintégration, fission, transmutation…

Mais sachez que souvent, ces réactions produisent des atomes surexcités, qui vont éliminer leur trop-plein d’énergie par émission d’un photo… γ, bien souvent.

Si l’on en revient au cobalt 60, il va généralement se désintégrer en nickel 60 excité en émettant un rayonnement β de faible énergie (0,3 MeV). Mais le noyau de nickel 60 va ensuite se désexciter en émettant successivement deux particules γ, de 1,2 et 1,3 MeV chacune. Ça sera toujours du nickel 60, car pas de transformation du noyau, mais pour les personnels affectés au démantèlement, ce seront ces photons γ, le problème, pas le rayonnement β.

tristankamin

La limite d’âge à 40 ans des centrales nucléaires

1 mai 2021 à 19:44

Ce billet est une reprise d’un thread pour revenir sur un sujet qui a fait l’objet de nombreux commentaires dernièrement : le fonctionnement des réacteurs nucléaire au-delà de leur quarantième année de service.

Préambule

Il se dit, essentiellement chez les opposants au nucléaire, que les centrales ont été conçues pour un maximum de 40 ans, après quoi elle doivent nécessairement être mises à l’arrêt.

Alors, immanquablement, quand l’Autorité de sûreté nucléaire dit qu’un fonctionnement jusqu’à 50 ans est envisageable sous des conditions qu’elle précise, les opposants hurlent au complot, à la connivence entre l’Autorité et les industriels au mépris de la santé humaine.

Mais si ce n’est pas 40 ans la limite, quelle est-elle ? D’où vient-elle ? Qui la fixe ?

J’avais déjà proposé des éléments explicatifs à ce sujet dans un précédent article. Complétons donc…

Non, ce nombre de 40 ans ne sort pas d’absolument nulle part. Il existe effectivement une durée de service prise comme hypothèse à la conception, laquelle sert de base au dimensionnement pour les ingénieurs qui y travaillent, car on ne peut naturellement pas leur demander de concevoir quelque chose qui durera indéfiniment : ils eurent une durée cible à prendre en considération.

Celle-ci fut de 25, 30 ou 40 ans selon les réacteurs et les époques. Mais un ingénieur ne conçoit pas un équipement pour qu’il fonctionne au maximum le temps prévu dans le cahier des charges, c’est une évidence, non ? C’est une durée minimale ! Et, compte tenu des marges prises à la conception, qui sont généralement larges dans l’industrie, très larges dans l’industrie de l’époque, extra-larges dans l’industrie nucléaire de l’époque (faute des moyens de calculs poussés dont nous disposons aujourd’hui), ce minimum peut tout à fait, en théorie, être dépassé.

Au-delà des 40 ans

En pratique, cela exige tout de même une maintenance, une surveillance, des études et des justifications, et c’est ce qu’exigent les autorités de sûreté dans tous les pays avant d’autoriser toute extension de durée de service. Des réacteurs dont on attendait 40 ans de fonctionnement initialement sont déjà autorisés à continuer jusqu’à 60 ans; par exemple aux USA. Les exploitants d’une poignée de réacteurs, dans ce pays, ont même déjà fourni les éléments à l’autorité de sûreté locale pour obtenir une autorisation de service jusqu’à 80 ans, et le processus a été initié pour de nombreux autres réacteurs. À ce jour, le maximum à retenir serait plutôt 80 ans que 40, donc.

Et si Greenpeace transforme un minimum de 40 ans en maximum, ne faisons pas la même erreur : 80 ans est bien un maximum, réglementaire (et donc jusqu’à preuve du contraire), ce qui ne veut pas dire que tous les réacteurs pourront atteindre cet âge. Un réacteur, c’est une machine extrêmement complexe, composée de centaines ou milliers de km de tuyauteries, câbles, et des centaines de robinets, de pompes, de composants divers.

La totalité moins deux de ces équipements est remplaçable.

Donc à ces deux exceptions près, sous condition d’une maintenance appropriée, la durée de service théorique d’un réacteur nucléaire est infinie. Ces deux exceptions sont l’enceinte de confinement et la cuve. Et, dans la pratique, la limitation la plus sévère est la cuve. La cuve, c’est un élément du « circuit primaire », un cylindre d’une douzaine de mètres de long pour quatre de large, dans laquelle l’eau circule de bas en haut en rencontrant le combustible, le cœur du réacteur, où l’énergie de la réaction nucléaire est transmise à l’eau qui s’échauffe alors.

La cuve est exposée à un flux intense de neutrons en provenance du cœur, qui en dégrade les propriétés mécanique : tenue aux chocs mécaniques, aux chocs thermiques, à la pression… Et on doute franchement de pouvoir la remplacer si besoin. D’où le fait qu’elle soit la limite pratique à la durée de service d’un réacteur.

Et c’est en modélisant la dégradation de ses propriétés mécaniques au fur et à mesure de son irradiation que les concepteurs de nos réacteurs ont estimé la durée de service desdits réacteurs. En modélisant. Dans les années 60.

Aujourd’hui, on connaît plutôt bien l’état des cuves. Il « suffit » d’analyser (c’est loin d’être simple, mais ça se fait). Et, évidemment, on connaît de manière plus fiable les cuves dans leur état actuel… Que les ingénieurs ne l’estimaient. Ça peut sembler stupidement évident, mais c’est un véritable sujet : aux yeux de certaines personnes, il vaudrait mieux faire confiance, pour connaître l’état actuel de nos cuves, aux concepteurs d’il y a cinquante ans qu’aux analystes aujourd’hui ; les estimations seraient plus fiables que de simplement constater. Mystère.

Quelles différences entre la conception et aujourd’hui ?

L’on peut discuter de quelques exemples d’hypothèses, faites à l’époque, alors totalement légitimes, mais qu’il est tout aussi légitime de rejeter ou de questionner aujourd’hui. Et l’invalidation de ces hypothèses contribue à expliquer que les durées de service augmentent par rapport aux estimations initiales.

Les marges

Il y en a un jeu d’hypothèse qu’il est très simple de remettre en question, ce sont toutes celles liées aux marges de calcul. Les modèles simples de l’époque, par rapport aux simulations numériques d’aujourd’hui, ce n’est pas la même affaire. Ils connaissaient la plupart des limites de leurs modèles, les imprécisions de leurs calculs, les simplifications qu’ils devaient adopter. Et en ingénieurs compétents et conscients, ils compensaient ces approximations par des marges. Les marges d’erreurs aujourd’hui sont plus fines, puisque l’on a une connaissance bien plus pointues du comportement des aciers sous irradiation. Et l’on a donc « du mou », une marge historique dont on n’a plus la nécessité aujourd’hui.

Ce gain sur les marges d’erreur est en partie « consommé » par des exigences de sûreté plus sévères aujourd’hui. Autrement dit, une partie de la marge d’erreur a été convertie en marge de sécurité : on envisage des scénarios beaucoup plus contraignants, pour les matériaux par exemple, qu’à l’origine, et donc les marges historiques nous permettent de justifier que ces scénarios plus contraignants sont gérables.

Et ce gain sur les marges d’erreur est également en partie du temps gagné sur la durée de service de la cuve.

Le taux d’utilisation

Un autre exemple d’hypothèse à revoir, c’est celle sur la quantité d’énergie produite.

Je n’ai pas fait mes exercices de bibliographie pour connaître quelles hypothèses exactes étaient considérées. Mais il ne me paraît pas déraisonnable d’imaginer qu’à la conception, on s’attendait à ce qu’un réacteur fonctionne en moyenne (donc, compte tenu des arrêts planifiés ou imprévus) à 90% de sa capacité, et ce pendant 40 ans. Autrement dit, qu’un réacteur de 900 MW (ils représentent la majorité du parc français aujourd’hui, avec 32 réacteurs sur 56) produirait 284 TWh d’électricité en 40 ans.

Or, la production électrique est directement liée à la production d’énergie nucléaire ayant eu lieu dans la cuve, et donc au nombre de fissions, et donc au nombre de neutrons émis, et donc à l’irradiation accumulée par la cuve (provenant notamment des neutrons). Donc un réacteur qui a moins produit, c’est, toutes choses égales par ailleurs, une cuve qui a moins été irradiée, et a donc moins vieilli.

Si, dans la pratique, le réacteur a passé plus de temps qu’attendu à l’arrêt, ou s’il a du faire du suivi de charge, c’est à dire faire varier sa puissance pour s’adapter à la demande, sa capacité a pu n’être utilisée qu’à 75% en moyenne, par exemple. La production électrique en 40 ans s’est alors établie à 237 TWh. Par rapport à la prévision initiale de 284 TWh, il reste donc 47 TWh à produire ; soit 8 ans de service à raison de 6 TWh par an.

La géométrie du cœur

Encore une hypothèse de conception que la réalité n’a pas respectée.

Typiquement, on renouvelle le cœur d’un réacteur à raison d’un tiers tous les ans. Donc le combustible passe, au total, 3 ans en cuve.

Plus il est vieux, moins le combustible possède d’éléments fissiles (uranium 235), et plus il contient de produits de fission qui absorbent les neutrons et donc réduisent la réactivité, l’efficacité du combustible. Pour compenser, on met le combustible neuf en périphérie du cœur, et à chaque rechargement, on le rapproche du centre du cœur parce qu’il a vieilli. Donc, la première année, il est sur l’extérieur, la deuxième année, il est sur une couronne intermédiaire et la troisième année, il la passe en plein milieu du cœur.

Et chaque année, on sort le combustible qui est en plein milieu, usé, on décale tout, on met du combustible neuf en périphérie, et on repart pour un an. C’est très schématisé, mais c’est l’idée. Quel rapport avec l’usure de la cuve ?

C’est le fait de mettre le combustible neuf, le plus réactif, et donc le plus gros émetteurs de neutrons – irradiants pour la cuve, je le rappelle – en périphérie, au plus proche des parois de la cuve. Celle-ci est donc d’autant plus fortement irradiée… Et c’est quelque chose que l’on avait bien identifié à la conception.

Mais entre temps, on s’est mis à faire une sorte de panachage du combustible neuf / un peu vieilli / très vieilli, pour trouver le meilleur compromis possible entre optimisation de l’utilisation du combustible et usure de la cuve. Et la conséquence, c’est que l’on gagne encore des années. Attention toutefois, l’utilisation, dans certains réacteurs, de combustible MOX (combustible recyclé à base de plutonium) a l’effet inverse, et a limiter le gain obtenu par le changement d’agencement du combustible dans le cœur.

Les transitoires

Un dernier exemple d’hypothèse de conception, le nombre de transitoires, doux ou rapides, subis par la cuve. Un transitoire, c’est un changement, plus ou moins brutal, des conditions de fonctionnement. Typiquement, une variation de pression ou de température, d’autant plus nocive à l’intégrité du circuit qu’elle est brutale.

Ces transitoires sont, autant que possible, limités en ampleur et en vitesse en fonctionnement normal, mais pas inévitables. Et ils sont à compléter des arrêts d’urgence pour des incidents et accidents.

Dans les études de conception, les ingénieurs d’alors ont pris en considération ces transitoires, avec des hypothèses, par exemple d’un à deux arrêts d’urgence par an et par réacteur. Valeur qui fut vérifiée pendant des années, mais aujourd’hui, la moyenne est plutôt autour de 0,5 arrêt d’urgence par an et par réacteur. Donc moins de stress mécanique pour le circuit primaire, et des années de gagnées.

Les limites ne sont pas que techniques

Les éléments présentés depuis le début de cet article sont à considérer sous condition d’une maintenance appropriée de tous les autres équipements du réacteur, voire leur remplacement périodique. Or, la maintenance a un coût, qui peut, à la longue, être élevé.

Et c’est pour ça que, dans la pratique, ce qui détermine quasiment toujours la fin de vie d’un réacteur, ce n’est rien de tout ce que je viens de vous expliquer. Ce peut être un accident, mais le plus souvent, c’est une décision politique (Fessenheim, Allemagne…) ou une décision économique. Car, quand la maintenance pour garder en service un réacteur coûte plus cher que ce que le réacteur rapporte en vente d’électricité… Alors c’est souvent une bonne raison pour son propriétaire ou exploitant de décider de son arrêt définitif.

Ce fut le destin de pas mal de réacteurs aux États-Unis en particulier, d’autant plus aux USA, il y a deux facteurs de complications pour la rentabilité des réacteurs nucléaires : le boom du gaz de schiste qui tire les prix de l’électricité vers le bas, et donc réduit la rentabilité des réacteurs, et les centrales qui comptent 1 seul réacteur, moins rentables que lorsqu’elles en comptent 2 ou plus, pour des raisons de mutualisation des compétences et matériels.

Conclusion

À l’issue de cet article, vous connaissez les trois principaux signaux indiquant la fin de vie d’un réacteur nucléaire :

  • Une décision politique en ce sens.
  • La non-rentabilité.
  • L’usure excessive de la cuve.

Et aucunement quelque chose d’aussi grossier que le nombre des années, contrairement aux allégations trompeuses de petits hommes verts.

Démystification rapide

Greenpeace France propose 10 raisons, selon eux, de fermer une centrale nucléaire après ses 40 ans. À la lumière des éléments présentés dans cet article, répondons-y…

« Les centrales nucléaires n’ont pas été conçues ni testées pour durer plus de 40 ans »
Conçues non, mais testées si, au regard de toutes les centrales déjà autorisées à fonctionner plus (dont certaines approchent déjà les 50 ans).

« Les centrales nucléaires, leurs matériaux et leurs équipements vieillissent mal, ce qui affecte la performance des réacteurs. »
La performance affecte la production et donc la rentabilité économique. Si les exploitants souhaitent prolonger un réacteur, c’est que celui-ci est rentable. Lorsqu’il ne l’est pas, soit ils font ce qu’ils peuvent pour qu’il le redevienne, soit ils le mettent à l’arrêt, ça s’est déjà vu.

« Certains composants essentiels s’abîment mais ne sont pas remplaçables. »
Cela induit que la durée de service n’est pas infinie. Pas qu’elle est de 40 ans.

« Les réacteurs nucléaires souffrent aussi d’anomalies et de défauts de fabrication. »
Connus, suivis, et qui peuvent évoluer jusqu’à avoir rogné les marges de sûreté et donc conduire à exiger l’arrêt définitif. Décision qui appartient à l’ASN, mais qui n’est pas conditionnée à un âge, ce serait absurde.

« Les réacteurs ont été imaginés dans les années 1970 et 80 »
Ce qui veut dire qu’ils ont bénéficié de 50 ans de suivi, de retour d’expérience international, d’évolutions matérielles et organisationnelles. Et donc qu’on les connaît bien mieux aujourd’hui qu’à l’époque. Je rappelle qu’au titre de ce suivi, en France, chaque installation nucléaire fait l’objet d’une réévaluation complète de sa sûreté entre l’exploitant, l’ASN et l’IRSN, pour s’assurer de sa conformité aux standards de sûreté en vigueur (et pas seulement ceux à la conception).

« Les vieilles centrales ne seront jamais aux normes les plus récentes. »
Si, cf. tweet précédent. Aux normes les plus récentes qui leurs sont applicables, pas aux normes des réacteurs neufs. Pour avoir des réacteurs neufs, il faut construire des réacteurs neufs.

« Tous les ans, EDF demande des dérogations pour contourner les normes de sûreté. »
Et soit fournit les justifications auprès de l’ASN pour les obtenir, donc en proposant des moyens palliatifs permettant d’un côté de gagner en sûreté ce qu’ils perdent de l’autre, soit n’obtient pas ces dérogations.

« Le risque d’accident grave augmente. »
Non, Greenpeace confond tout simplement le fait qu’on identifie de plus en plus de sources de risques au fil des années (retour d’expérience, consolidation des connaissance…) avec une prétendue augmentation du nombre de ces sources. Comme je le mentionnais précédemment, une réévaluation de sûreté décennale est pratiquée pour s’assurer de la conformité aux standards en vigueur -> le risque d’accident grave diminue au fil du temps. Par exemple avec le retour d’expérience post-Fukushima.

« Les centrales polluent l’environnement au quotidien. »
Propos qui ne brille que de sa vacuité et ne mérite pas débat : on se doute qu’ils étaient à la peine pour arriver à 10 arguments). Je vous propose de juste admettre, dans le cadre de cet article, que c’est éventuellement un argument contre le nucléaire, mais sans rapport avec une limite à 40 ans.

« Prolonger la durée de vie des réacteurs, ça coûtera cher et on ne sait pas encore combien. »
Le processus d’échange tripartite entre l’ASN, l’IRSN et EDF est continu, donc si, on sait de manière relativement précise combien ça va coûter, et c’est clairement rentable. Et c’est clairement admis dans le monde entier, cf. cet extrait piqué à l’Agence internationale de l’énergie.

Policy and regulatory decisions remain critical to the fate of ageing reactors in advanced economies. The average age of their nuclear fleets is 35 years. The European Union and the United States have the largest active nuclear fleets (over 100 gigawatts each), and they are also among the oldest: the average reactor is 35 years old in the European Union and 39 years old in the United States. The original design lifetime for operations was 40 years in most cases. Around one quarter of the current nuclear capacity in advanced economies is set to be shut down by 2025 – mainly because of policies to reduce nuclear’s role. The fate of the remaining capacity depends on decisions about lifetime extensions in the coming years. In the United States, for example, some 90 reactors have 60-year operating licenses, yet several have already been retired early and many more are at risk. In Europe, Japan and other advanced economies, extensions of plants’ lifetimes also face uncertain prospects.
Economic factors are also at play. Lifetime extensions are considerably cheaper than new construction and are generally cost-competitive with other electricity generation technologies, including new wind and solar projects. However, they still need significant investment to replace and refurbish key components that enable plants to continue operating safely. Low wholesale electricity and carbon prices, together with new regulations on the use of water for cooling reactors, are making some plants in the United States financially unviable. In addition, markets and regulatory systems often penalise nuclear power by not pricing in its value as a clean energy source and its contribution to electricity security. As a result, most nuclear power plants in advanced economies are at risk of closing prematurely.

Bref. Une fois n’est pas coutume, on cherchera en vain la vérité dans la communication de Greenpeace. De la démagogie, de l’appel à l’émotion, des arguments foireux qui défient la technique, et répéter en boucle les mêmes inepties pour établir une sorte de vérité alternative qui leur sied davantage, voilà ce qu’ils ont à offrir…

tristankamin

Expositions professionnelles aux radiations en 2019

1 mai 2021 à 18:10

Connaissez-vous les remsteaks ? #thread #radioprotection #nucléaire

Pour comprendre ce jeu de mot, il faut savoir que la dose efficace ou équivalente de radioactivité, qui se mesure aujourd'hui en Sievert (Sv, mSv, µSv…), s'exprimait autrefois dans une autre unité. pic.twitter.com/CpIFs2EV24

— Tristan Kamium ☢ (@TristanKamin) October 24, 2020

Il s’agissait du « Röntgen equivalent man », abrégé « rem », remplacé par le Sv en 1979 mais encore assez utilisé en particulier en Amérique du Nord. Heureusement, la conversion est simple : 1 Sv = 100 rem. Ou 1 rem = 10 mSv. Et à une époque où la limite annuelle de dose qu’étaient autorisés à recevoir annuellement les employés du nucléaire atteignait 50 mSv voire plus dans certains pays (contre 20 mSv/an aujourd’hui en France au maximum), et bien cela faisait, pour les plus exposés, quelques rems. Ceux dont les métiers les exposaient aux plus fortes doses étaient parfois appelés « steaks à rem », ou « remsteak ». Un mélange poétique de chair à canon, de rumsteak, et de radioactivité. L’expression pouvait être utilisée aussi bien sur le ton humoristique… Que pour dénoncer des pratiques industrielles qui les exposaient excessivement sans respect pour les risques encourus.

Disons que le principe de démarche ALARA, qui exige que l’on cherche à maintenir l’exposition des travailleurs « As Low As Reasonably Achievable », n’a pas forcément toujours été un standard… Hélas.

Et tout ceci était une bien trop longue introduction pour vous dire que l’IRSN a publié son rapport 2020 sur l’exposition aux rayonnements des professionnels en France en 2019.

395 000 travailleurs suivis, dans six domaines (industrie nucléaire, non nucléaire, recherche, médical, aviation et autres), 76% n’ayant reçu aucune dose mesurabl, et 5 (pas 5%, 5 tout court) ayant dépassé la limite légale de 20 mSv.

Les statistiques par rapport à 2018 ne sont pas idéales. On va y revenir, mais notez que la dose moyenne sur les 24% ayant pris de la dose s’élève à 1,20 mSv, contre 1,12 mSv en 2018.

À toutes fins utiles, je rappelle qu’un français moyen reçoit en moyenne 4,5 mSv par an, dont environ 3 de sources naturelles (radon, rayonnements telluriques, cosmiques) et 1,5 de sources artificielles (médical). Avec d’assez importantes disparités selon les modes de vies. Lieu d’habitation (exposition au radon ou altitude), consommation de fruits de mer ou de cigarette, suivi médical… L’IRSN donne quelques illustrations. Des niveaux d’exposition, qu’ils soient naturels ou artificiels, auxquels aucun effet sur la santé n’est connu. Donc pas de quoi s’inquiéter pour les 1,20 mSv de moyenne pour les travailleurs 😉

La limite légale à 20 mSv prend elle-même de bonnes marges par rapport aux niveaux d’exposition où l’on connaît des effets probabilistes sur la santé. 5 personnes qui dépassent cette dose, c’est à la fois peu et beaucoup. Peu, parce que l’on revient de loin, très loin. Mais beaucoup, parce que l’on peut faire bien mieux aujourd’hui – même si c’était pire encore en 2018.

Alors, vous demandez-vous sans doute, quel secteur a un peu trop irradié ses effectifs ? N’en déplaisent à certaines ONG et politiques, ce n’est pas l’industrie nucléaire… Ni l’industrie tout court.

Il s’agit du domaine du médical et du vétérinaire. Qui n’avait déjà pas été épargné par la direction de l’Autorité de Sûreté Nucléaire lors de la remise de son rapport annuel à l’OPECST sur l’année 2019.

La catégorie « Autres », quant à elle, regroupe notamment les secteurs d’activité suivants : la gestion des situations de crise, l’inspection et le contrôle, les activités à l’étranger, et les activités de transport de sources dont l’utilisation n’est pas précisée.

Dans les doses hautes mais encore dans la limite légale, avec 11 personnes entre 15 et 20 mSv engagés en 2019, toujours le même secteur médical, ainsi que l’industrie non-nucléaire, mais qui fait appel à des sources de rayonnements ionisants.

Typiquement, il s’agit des radiographies gamma de soudures, un moyen de contrôle de la qualité d’une soudure qui fait appel à une source de rayons gamma, et donc aux risques d’exposition externe qui vont avec.

Ensuite, on arrive sur le territoire de l’industrie nucléaire. Beaucoup d’industriels s’imposent des limites de doses inférieures à la limite légale, à des fins d’exemplarité… Ou pour avoir des marges avant la limite légale en cas de dépassement accidentel.

Idem pour ces doses égales à moins de la moitié de la limite réglementaire, 5 à 10 mSv en 2019. Attention, en raison de la taille de la cohorte, je passe les données en pourcentages dans les graphiques.

Ensuite, entre 1 et 5 mSv, donc des doses professionnelles comparables à celles reçues pour les personnes non exposées, on arrive dans le domaine… Des expositions professionnelles à la radioactivité naturelle.

Ces travailleurs là sont en quasi-totalité les personnels navigants de l’aéronautique civile – et, dans une très moindre proportion, de l’aéronautique militaire. Parce qu’en altitude, on perd 10 km d’atmosphère protectrice contre les rayonnements cosmiques. Et, au cumul du nombre d’heures de travail, ces personnels navigants reçoivent une radioactivité naturelle environ deux fois supérieure au public. D’où une surveillance simple, mais bien réelle, de leur exposition.

Sont aussi concernés (à raison de moins de 0,1% de la dose collective) les travailleurs dans le traitement des terres rares, les activités minières (essentiellement de surveillance), et quelques autres industries.

La dose collective, c’est tout simplement la somme des doses reçues par chaque individu d’une cohorte. Une cohorte de 100 personnes à 5 mSv/personne en moyenne aura reçu une dose collective de 500 Homme.mSv. Un groupe de trois individus ayant reçu 1, 5 et 9 mSv -> Dose collective de 15 H.mSv. Et si on divise par le nombre de personnes, 15 H.mSv/3 H = 5 mSv, c’est la dose moyenne reçue dans la cohorte. Vous avez compris l’idée ?

Je vous explique ça parce que l’on va à présent comparer les doses collectives d’une année sur l’autre. Je l’ai dit au début, la tendance est plutôt à la hausse. Cette évolution, sans relever d’enjeu sanitaire, doit néanmoins inciter à se poser des questions, et les bonnes. À commencer par se demander dans quels secteurs la hausse est la plus marquée, pour ensuite en étudier les causes. Et voilà les évolutions des doses collectives sur trois ans, par domaine :

La taille de la cohorte a très peu augmenté, donc ce n’est pas ce qui explique l’évolution, que l’on retrouve aussi dans les doses individuelles moyennes :

On a des hausses dans pas mal de domaines. Pas le médical/vétérinaire, et c’est une très bonne nouvelle, quasiment pas dans l’industrie non nucléaire, ce qui est une plutôt bonne nouvelle.

Le gros de l’augmentation est porté sans équivoque par deux domaines : l’industrie nucléaire et l’exposition naturelle.

Pour l’industrie nucléaire, le motif est bien connu : le Grand Carénage est à son maximum, il y a énormément de maintenance réalisée dans les centrales, et la maintenance est une activité souvent assez dosante. Sur les 45 H.Sv, 31 viennent effectivement de la logistique et de la maintenance, autrement dit, les prestataires. 6 de l’exploitation courante des réacteurs, 2 de la propulsion nucléaire, de la fabrication du combustible et 1 du démantèlement d’installations.

Est-ce que ça justifie une augmentation des doses reçues par les personnels, je ne sais pas, mais en tout cas, ça l’explique.

Enfin, l’augmentation de l’exposition à la radioactivité naturelle… M’a beaucoup surpris. Il n’y a pas eu d’envolée du trafic aérien en 2019 à ma connaissance, même un ralentissement en fin d’année. Alors ? En fait, j’aurais pu commencer mon thread par :

« Le saviez-vous ? Les cycles d’activité du soleil ont une influence mesurable sur la radioactivité reçue en France par les professionnels exposés aux rayonnements et suivis par l’IRSN ».

En effet, l’IRSN explique que le Soleil éjecte en permanence des particules avec une intensité qui varie selon un cycle d’environ onze ans. Ça je pense que tout le monde le sait à peu près. Pas forcément 11 ans, mais que ça varie de manière cyclique. Or, ce flux de particules, le vent solaire, va induire un champ magnétique qui va en dévier une partie et moduler le rayonnement cosmique. Le bouclier magnétique de la Terre, en quelque sorte. En particulier rayonnement d’origine galactique. Et, ce que j’ignorais : c’est lui la principale contribution aux altitudes de vol des avions !

Ainsi, le rayonnement cosmique atteignant la Terre est moindre lorsque l’activité solaire est forte et inversement. Donc la baisse d’activité solaire induit une augmentation des doses reçues par les personnels navigants (et les passagers) !

C’est sur cette anecdote que je clos ce panorama de la dosimétrie des professionnels en 2019. Merci à l’IRSN pour leur travail toujours propre et rigoureux 🙂

tristankamin

La Pierre Jaune

15 février 2021 à 10:04

Un roman d’investigation sur un accident nucléaire à l’usine de la Hague, à la médiatisation outrancière telle qu’on ne sait pas si un peu de réalisme est incorporé à la fiction, ou l’inverse…

Part. I.

Part. II.

Part. III.

Part. IV.

Part. V.

tristankamin

La Pierre Jaune, Pt. V.

13 février 2021 à 17:24

Retrouvez aux liens ci-après les première, deuxième, troisième et enfin quatrième partie de cette série. Nous continuons à commenter le script de cette vidéo :

"Un attentat contre le site nucléaire de La Hague serait au moins 7 fois plus grave que Tchernobyl" | La centrale est-elle assez sécurisée en cas d'attaque terroriste? Geoffrey Le Guilcher l'a imaginé dans un scénario catastrophe et rappelle les recommandations en cas d'accident. pic.twitter.com/twqbjoyXmd

— Konbini news (@konbininews) February 3, 2021

Quand on parle de ce sujet, on nous accuse souvent de donner des idées aux terroristes.

Je ne pense pas que ce soit un reproche pertinent, en effet. Une des missions, sans doute la mission fondamentale, des acteurs de la protection contre les malveillances en tout genre, c’est de toute façon d’anticiper les idées que pourraient avoir des terroristes.

Mais en fait, les terroristes ne nous ont pas attendu pour avoir ces idées : la preuve, en 2011, quand les Américains sont allés tuer Oussama Ben Laden à Abbottabad au Pakistan, ils ont dans la foulée publié une série de documents qu’ils ont trouvé dans l’ordinateur du cerveau des attentats du 11 septembre. Dans ces documents, il avait deux rapports sur le nucléaire en France, dont l’un était signé justement par l’expert allemand qui a alerté sur la faille de l’usine nucléaire de la Hague.

Selon cet article, les documents en question, qui ont été retrouvés au domicile du célèbre terroriste, étaient le rapport Nuclear France Abroad de 2009 et de France on Radio­active Waste Management de 2008, deux documents de Mycle Schneider, le militant antinucléaire mentionné dans le précédent billet et de ses proches (WISE-Paris, etc.).

Ce sont des rapports publics, synthétisant des informations publiques, sans focus particulier sur la sécurité et la protection contre la malveillance. Il va de soi que si ces documents comportaient des informations compromettantes pour la sécurité nationale, Mycle Schneider et les siens seraient derrière les barreaux. Donc avoir retrouvés ces documents à Abbottabad indique que Ben Laden et ses équipes s’étaient intéressés au nucléaire français… Et c’est tout. Il n’est pas permis d’en déduire si une attaque était envisagée, ni laquelle.

Mais, effectivement, ils s’y étaient au moins intéressés, et donc on ne peut pas reprocher aux militants antinucléaires d’aborder le sujet. En revanche, on peut leur reprocher d’en dire n’importe quoi.

Ça peut paraître dingue que l’État français sache qu’un attentat de cette ampleur ou un accident seraient possible sur l’une de ces installations nucléaires et qu’il ne fasse rien.

Et c’est un bon exemple de n’importe quoi, justement. Ce qui fait plaisir, c’est que le journaliste-auteur ne fait pas comme s’il découvrait quelque chose de notoirement connu, il a conscience que ce qu’il raconte est connu, au moins des autorités.

Mais il considère que rien n’est fait en réponse à ce risque. Est-ce :

  • parce qu’il n’a pas cherché à savoir ce qui était fait, donc en a déduit que rien n’était fait ?
  • parce que les trois idées qu’il a eu ou qu’on lui a suggéré n’ont pas été retenues qu’il en a déduit qu’aucune autre idée n’avait pu être mise en œuvre ?
  • parce qu’il n’a pas trouvé ce qui était fait qu’il en a déduit que rien n’était fait ?

En fait, le problème du nucléaire c’est qu’il est né dans le secret, il s’est construit dans le secret… Le problème c’est que ce secret n’existe pas : on peut trouver toutes les informations qu’il nous faut, elles existent déjà sur Internet ou dans les journaux. L’État, lui, se drape dans cette croyance, qui est fausse, selon laquelle le secret le protège encore.

Là, on tombe dans un paradoxe typique… Des complotistes. Vous savez, ces gens persuadés de toutes leurs forces de grandes magouilles pour dissimuler la vérité au monde entier… Tout en étant convaincus qu’il « suffit de faire ses propres recherches » pour trouver la vérité ? Ceux qui pensent trouver sur Youtube des démonstrations qui échappent aux esprits les plus brillants de ce monde ?

Ici, nous sommes dans cette même configuration, mais inversée : parce qu’il trouve des informations sur internet, le journaliste-auteur considère que rien n’est secret. Sans envisager que les secrets sur lesquels repose vraiment la protection puissent être… secrets. Et donc hors de sa portée.

Pourtant, les élus ayant participé en 2018 à la Commission d’Enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires l’ont bien constaté : ne parvenant à se faire habiliter Confidentiel ou Secret Défense, ils n’ont pu consulter certaines informations techniques sur la protection des installations nucléaires contre les malveillances… Et notamment des piscines d’entreposage de combustible vis-à-vis d’un projectile (avion, missile…).

Oui, l’industrie nucléaire a des origines militaires et donc est née dans le secret. Et si aujourd’hui les activités militaires et civiles sont bien séparées, si la transparence est devenue la norme en matière de sûreté… La protection contre les menaces de nature militaire (terrorisme, notamment) reste, elle, dans le secret. Et que ce journaliste ait échoué à accéder aux informations tenues secrètes devrait l’inciter à penser que le secret est bien protégé, et non pas que ces informations… N’existent pas.

Je pense qu’il n’y a qu’une catastrophe qui pourra nous faire prendre conscience du problème. Et je préfère qu’elle arrive d’abord en fiction pour tenter de nous faire prendre conscience de cet énorme talon d’Achille, plutôt qu’elle arrive en vrai. Même si, malheureusement, il faut souvent attendre les vraies catastrophes pour avoir des vraies prise de conscience.

A deux doigts de souhaiter une catastrophe pour pouvoir dire « Ha, j’avais raison ». Heureusement qu’il ne s’agit que d’un livre… Ça serait grave de le présenter comme un journaliste d’investigation.

La boucle est bouclée.

tristankamin

❌