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Reçu aujourd’hui — 9 janvier 2026De tout et de rien

Data centers : peurs sur l’avenir

9 janvier 2026 à 06:05

Les data centers sont devenus des infrastructures critiques de nos sociétés numériques. Sans eux, pas de cloud, pas d’intelligence artificielle, ni de souveraineté numérique. La France dispose de solides atouts pour les accueillir. Alors pourquoi leur implantation suscite-t-elle une opposition croissante, comme au Bourget ?

Leur rôle stratégique est aujourd’hui reconnu par les États et l’Union européenne. La France compte déjà 300 à 320 data centers, ce qui la situe au 3e ou 4e rang européen, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni et au coude à coude avec les Pays-Bas. Idéalement située au carrefour des grands flux numériques au sein de l’Europe et avec l’Afrique ou l’Amérique, elle dispose en outre de l’un des mix électriques les plus faiblement carbonés au monde, d’un réseau électrique stable et d’un tissu industriel solide. Autant d’atouts qui devraient la conduire à en faire un secteur d’excellence, en cohérence avec ses objectifs climatiques et de souveraineté numérique. C’est pourtant au nom de l’environnement et de la santé publique qu’un projet porté par l’aménageur Segro au Bourget (Seine-Saint-Denis) cristallise une opposition locale d’une rare virulence.

Un projet à zéro artificialisation nette

Le projet prévoit l’implantation d’un centre de données sur un ancien site logistique H&M de la ZAC du Commandant-Rolland, sur une emprise de 3,7 à 4,1 hectares. La surface de plancher atteindrait 25 300 m², pour une puissance de raccordement de 75 MW et une consommation annuelle estimée à 526 GWh, soit environ 3,2 fois la consommation électrique du Bourget.

L’installation comprendrait 33 groupes électrogènes, des batteries de secours lithium-ion, des systèmes de refroidissement au fluide R1234ze, ainsi qu’un projet de récupération de chaleur fatale — la chaleur dissipée par les équipements informatiques, susceptible d’être valorisée pour alimenter un réseau de chauffage urbain ou des bâtiments voisins —, à ce stade non contractualisé. Le site est situé en zone urbaine dense, à proximité immédiate de logements et d’établissements recevant du public.

Sur le plan foncier, le projet s’inscrit toutefois dans une logique classique. Les data centers sont des bâtiments compacts, peu consommateurs de voirie et de stationnement, et moins gourmands en foncier qu’un entrepôt logistique ou une zone commerciale. Cette réalité contraste avec certains discours militants, comme celui de Charlie Hebdo évoquant des « forêts de béton qui dévorent le territoire », alors même que, le plus souvent, ces infrastructures permettent, comme ici, la réhabilitation d’une friche industrielle et la création d’emplois locaux.

Une opposition locale virulente et hautement politisée

Plus de 18 000 personnes ont signé la pétition réclamant l’arrêt immédiat du projet, un chiffre élevé rapporté aux 15 000 habitants de la commune. Le texte mobilise deux registres. D’une part, celui du désastre écologique, évoquant les « millions de litres d’eau pour refroidir les machines », une « consommation d’électricité monstrueuse » et un projet qui « ne servirait qu’à stocker des données, sans améliorer le quotidien ». D’autre part, celui du sentiment d’abandon territorial, avec des formules telles que « assez de mépris pour la Seine-Saint-Denis », « territoire déjà saturé, déjà sacrifié » ou encore « dépotoir énergétique de l’Île-de-France ». Un sentiment qui traduit, en négatif, la réalité d’un département devenu le pôle principal d’accueil de data centers et des emplois qualifiés qui vont avec.

Cette hostilité est relayée par le député LFI Aly Diouara, déjà opposé au data center de La Courneuve ainsi qu’à… la réalisation d’une liaison cyclable entre la Courneuve et Bobigny le long de la RD 986. Ici, il invoque le principe de précaution et des « risques sanitaires, environnementaux et contentieux », en s’appuyant sur l’avis de la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) — avis qui ne conclut à aucun moment à l’existence de risques sanitaires avérés.

Même tonalité chez Vincent Capo-Canellas, sénateur UDI de la Seine-Saint-Denis et ancien maire du Bourget, qui évoque un risque de dévalorisation immobilière et dénonce une « absence de concertation ». Un paradoxe, en pleine enquête publique.

Quant au MNLE 93 (section locale du Mouvement national de lutte pour l’environnement), il s’oppose frontalement au projet, qualifié d’« enjeu de santé publique en zone urbanisée », une expression sortie de nulle part.

Un avis maximaliste

Tous les opposants s’appuient sur l’avis de la MRAe du 30 juin 2025, qui constitue le socle technique du débat. L’avis relève des insuffisances méthodologiques et formule treize recommandations portant sur le bruit, l’air, les risques industriels, les champs électromagnétiques et les effets cumulés. Il souligne notamment la « forte présence de logements et d’établissements recevant du public à proximité du site » et demande de « compléter l’analyse des risques en intégrant des scénarios d’accidents graves incluant les effets sur les populations riveraines ».

L’avis ne conclut ni à un danger avéré, ni à un dépassement réglementaire, ni à l’inacceptabilité du projet. En revanche, il adopte une posture de précaution maximale, en privilégiant systématiquement les hypothèses les plus défavorables, au-delà des exigences réglementaires, sans jamais se prononcer explicitement sur la maîtrise des impacts.

Sur les champs électromagnétiques, la MRAe évoque des « carences du dossier initial » et demande des compléments d’analyse en raison « d’équipements qui génèrent des champs électromagnétiques aux effets peu documentés », alors même que les niveaux attendus relèvent de sources électriques classiques et demeurent très inférieurs aux seuils réglementaires.

Votre sèche-cheveux est-il plus dangereux qu’un data center ?

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Le fluide frigorigène R1234ze — développé pour remplacer les HFC à fort effet de serre et autorisé par la réglementation européenne —, choisi pour les 48 groupes froids du site, fait l’objet d’une demande d’évaluation de ses produits de décomposition dans l’atmosphère, lesquels « pourraient très fortement relativiser sa qualité de gaz peu responsable d’effet de serre ». Un gaz que la MRAe assimile, à la différence de la réglementation, à un « PFAS », en questionnant son impact « tant sur la santé des populations que sur les milieux ».

Sans surprise, cette posture est aujourd’hui instrumentalisée politiquement, transformant des demandes de compléments méthodologiques en arguments de refus de principe, un glissement déjà relevé par Les Électrons libres.

La dérive idéologique de l’Autorité environnementale

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Des risques et nuisances limités dans un environnement exposé

Les risques industriels associés aux data centers sont documentés, encadrés et globalement faibles. Le principal concerne l’incendie, lié aux installations électriques, aux batteries ou aux cuves de stockage du carburant des générateurs. Les data centers figurent parmi les bâtiments industriels les plus surveillés — détection précoce, compartimentage, systèmes d’extinction spécifiques — et les incidents recensés ont causé des dommages matériels, sans victime civile ni impact sanitaire extérieur durable documenté. L’incendie spectaculaire d’OVHcloud à Strasbourg en 2021 en est une illustration.

Les risques liés aux batteries lithium-ion restent théoriques et extrêmement rares en exploitation réelle. Les groupes électrogènes, utilisés essentiellement lors de tests ou de coupures électriques, fonctionnent quelques dizaines d’heures par an, avec un niveau de risque comparable à celui d’hôpitaux ou de grands immeubles tertiaires.

Les nuisances sont elles aussi modérées et ponctuelles : bruit de ventilation, tests de groupes électrogènes, émissions atmosphériques limitées dans le temps. Rapportées à l’environnement existant du Bourget — bruit aérien, autoroutes A1 et A3, nœud ferroviaire, tissu industriel dense —, elles apparaissent marginales. Dans ce contexte, un data center constitue objectivement l’un des usages industriels les moins perturbateurs du secteur.

Peur de l’avenir, peur pour l’avenir

Le projet de data center du Bourget révèle un paradoxe français : un pays objectivement bien placé pour accueillir des infrastructures numériques stratégiques, aux nuisances limitées, mais où chaque implantation locale devient le réceptacle de peurs, de slogans et d’instrumentalisations.

Un paradoxe résumé par ce commentaire laissé sur le site de la pétition : « Ces data centers sont des aberrations écologiques, gros consommateurs d’électricité et d’eau, tout ça pour Google, Meta et autres, leurs moteurs de recherche et leurs algorithmes pour vous gaver d’informations peu rigoureuses, voire fausses, ou pire, tendancieuses. » Un propos lui-même nourri de fausses informations, qui se révèle ainsi ironiquement victime de ce qu’il prétend dénoncer.

Entre un avis environnemental poussé à l’extrême de la précaution et son exploitation politique maximale, le débat a glissé du terrain des faits vers celui de la peur. Si l’absence de preuve ne vaut pas preuve de l’absence, elle ne peut non plus justifier un soupçon permanent et une obstruction de fait. À force de voir du danger partout, le risque est de compromettre une ambition industrielle pourtant cohérente avec nos atouts énergétiques et, au nom d’un sentiment d’abandon territorial ressenti, voire entretenu, de priver un territoire des leviers économiques directs (emplois) et indirects (impôts) dont il a précisément besoin.

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?️A 00h, les rafales atteignent jusqu'à 182 km/h à Barneville-Carteret dans la Manche avec vent moyen sur 10 min à 124 km/h sous la tempête Goretti.

Keraunos @keraunos.org posted:
🌬️A 00h, les rafales atteignent jusqu'à 182 km/h à Barneville-Carteret dans la Manche avec vent moyen sur 10 min à 124 km/h sous la tempête Goretti.

Les 213 km/h relevés à Gatteville-le-Phare le sont sur une station + élevée que la norme et donc la valeur n'est pas représentative de l'environnement.

Reçu hier — 8 janvier 2026De tout et de rien

Non pas qu'on ne fasse rien non plus.

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
Non pas qu'on ne fasse rien non plus.
Mais depuis 25 ans, le gros effort de la transition énergétique reste sur le secteur électrique, donc n'apporte aucun bénéfice sur les émissions de gaz à effet de serre.

On avait de l'avance et on veille à ne pas la garder.

Rappelons cependant qu'on repose sur nos acquis.

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
Rappelons cependant qu'on repose sur nos acquis.
On ne peut pas dire que la France soit une locomotive de la transition énergétique ; elle l'a été dans les années 60 à 80 (par accident) et c'est ça qui nous offre, avant tout, ces bons résultats. Et ce n'est que le secteur de la prod électrique.

Le famoso nuage de points annuel.

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
Le famoso nuage de points annuel.

Quoted post from Thomas @thomasthefrench.bsky.social:
New year, new graphs ! The 2025 flavor is here.

thomasprojects.net/botelectrici...

Well it does not change so much on the form. You will find the same plots as previous year but updated with new data.

Sorry for the alt text, but i don't know what to say. It is a scatter plot with lot of data. I can provide raw data if necessary.
Here it is a graph showing the exchange between countries. I can provide raw data if necessary.
And here a cumulative plot showing the total balance of exchange of several countries. I can provide raw data if necessary.

On parle souvent des conséquences catastrophiques de la politique sanitaire du gouvernement Trump, portée par son secrétaire à la santé complotiste et...

Astropierre @astropierre.com posted:
On parle souvent des conséquences catastrophiques de la politique sanitaire du gouvernement Trump, portée par son secrétaire à la santé complotiste et antivax Robert Kennedy Jr., à la fois aux US, mais aussi dans le reste du monde.

En voici un exemple terrifiant.

Thread à dérouler ci-dessous

1/16

Robert Kennedy Jr et Donald Trump montrant un document signé

États‑Unis : des experts alertent sur les « premières étapes d’un génocide » contre les personnes trans

8 janvier 2026 à 09:01
"Des spécialistes du « génocide » tirent la sonnette d’alarme sur la situation des personnes trans, non binaires et intersexes aux États‑Unis, estimant que le pays pourrait être entré dans « les premières phases d’un processus pouvant conduire à des violences de masse » à leur encontre."
(Permalink)

J'étais un peu déçu de ne pas avoir de neige, mais je me gaussais quand tout le monde gelait cette semaine et qu'il faisait 1 °C ici, tout comme je so...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
J'étais un peu déçu de ne pas avoir de neige, mais je me gaussais quand tout le monde gelait cette semaine et qu'il faisait 1 °C ici, tout comme je souris avec cynisme lorsque frappent les canicules alors qu'on tient 23 °C.

Mais là, mon sourire s'efface 😬

Quoted post from Météo-France @meteofrance.com:
🔴🟠 La tempête #Goretti va traverser le pays jeudi fin de journée et dans la nuit : très fortes rafales de #vent et risque important de vagues-submersions.

Elle abordera les côtes de la Bretagne dès la fin de l’après-midi, puis le nord et l’ouest.

👉 Restez informés : vigilance.meteofrance.fr/fr

Carte de l'Hexagone montrant les fortes rafales de vent sur l'Hexagone : - 130 à 150 km/h dans le département de la Manche, pouvant atteindre 160 km/h sur le littoral, - 100 à 120 km/h sur les départements le long des côtes de la Manche, avec des pointes pouvant atteindre 140 km/h sur les caps les plus exposés, - 90 à 110 km/h sur le littoral atlantique, - 80 à 100 km/h dans l’intérieur des terres, du nord de la Nouvelle-Aquitaine à l’Auvergne et sur une grande moitié nord du territoire

Logement : pour sortir de la crise, il faut dépenser moins

8 janvier 2026 à 06:11

43 milliards. La France dépense des fortunes pour le logement. Et pourtant, le marché locatif traverse une pénurie sans précédent, tandis que la construction atteint son plus bas niveau depuis la Seconde Guerre mondiale. Comment expliquer ce paradoxe apparent ? Et surtout, existe-t-il une autre voie ?

Le marché du logement français traverse une crise structurelle d’une ampleur inédite. Tous les voyants sont au rouge. L’offre locative s’évapore dans les métropoles, la concurrence pour un simple appartement devient délirante et les loyers s’envolent. Cette pénurie pousse à des extrémités sordides, certaines étudiantes en venant à troquer des « services sexuels » contre un toit. Face à ce mur, la construction est à l’arrêt. De l’Île-de-France au reste du pays, selon les statistiques nationales, les mises en chantier et les permis de construire dévissent brutalement.

Dans le même temps, les aides publiques directes au logement — APL, avantages fiscaux, subventions à la rénovation — représentent pas moins de 43,1 milliards d’euros. Soit quatre fois le budget de la justice !

La France dispose aussi du parc social le plus vaste d’Europe : 4,5 millions de logements HLM accueillent 11 millions de personnes. 70 % de la population est théoriquement éligible ! Mais 2,8 millions de ménages attendent un logement social, tandis que 400 000 foyers dépassent les plafonds de revenus et continuent d’en profiter.

Malgré cet interventionnisme massif — ou plutôt à cause de lui —, la production actuelle est deux fois inférieure à la demande. L’Union sociale pour l’habitat estime les besoins réels à 518 000 nouveaux logements par an. Quant au parc existant, il subit le choc normatif de plein fouet. Le ministère de la Transition écologique confirme lui-même que 567 000 logements locatifs privés pourraient sortir du marché, car classés G sur l’échelle du DPE.

Face à cette terrible pénurie, la réponse de l’État français est toujours la même : davantage de réglementation, davantage de subventions, davantage de contrôles. APL, encadrement des loyers, quotas de logements sociaux, normes environnementales… Pour quel résultat ? Les Français ne sont pas mieux logés malgré des dépenses publiques bien plus élevées que chez leurs voisins.

Le secteur est asphyxié par une tempête réglementaire. Côté coûts, la norme RE2020 et l’obligation de céder 30 % des programmes à perte (loi SRU) plombent l’équilibre financier. Côté délais, la bureaucratie impose une lenteur absurde. Il faut sept ans pour construire un immeuble en France, contre quatre en Allemagne. Enfin, la fiscalité confiscatoire (jusqu’à 60 % de taxes sur les loyers, explosion de la taxe foncière) et l’instabilité juridique (DPE, encadrement) achèvent de faire fuir les investisseurs.

Construire profite à tous, donc aux plus modestes

Face à la pénurie, une objection revient systématiquement : « construire des logements neufs, c’est construire des logements de luxe pour les riches. Ça ne résout pas le problème des plus modestes. » Cette intuition est contredite par l’ensemble de la littérature économique.

Un corpus de recherches publié dans les meilleures revues académiques démontre que la construction de logements neufs — même haut de gamme — bénéficie à tous les segments du marché via deux mécanismes complémentaires. D’abord, sur le court terme, les « chaînes de vacances » : les ménages aisés qui emménagent dans le neuf libèrent leur ancien logement, permettant à d’autres d’y accéder, qui eux-mêmes libèrent le leur, et ainsi de suite. Ensuite, sur le long terme, le « filtering » (filtrage) montre qu’à mesure qu’ils vieillissent, les logements descendent naturellement vers des segments moins chers. Mais ces deux mécanismes ne fonctionnent que si l’offre neuve est suffisante. Sinon, le processus s’inverse. Les riches achètent les vieux logements, chassant les pauvres (gentrification).

Une étude d’Evan Mast, publiée dans le Journal of Urban Economics, a suivi ces chaînes sur six cycles de déménagements dans les grandes métropoles américaines. Résultat : pour chaque immeuble neuf construit dans un quartier aisé, 40 % des déménagements finaux concernent des quartiers dont le revenu moyen est inférieur à la médiane.

Plus frappant encore : une étude suédoise ayant analysé l’ensemble des bâtiments et de leurs occupants entre 1990 et 2017 révèle la rapidité stupéfiante du mécanisme. Les chercheurs ont suivi chaque cycle de déménagements : le 0 désigne les ménages aisés qui emménagent dans le neuf, le 1 ceux qui s’installent dans les logements qu’ils viennent de libérer, le 2 ceux qui prennent la place des précédents, et ainsi de suite.

Résultat : dès le premier cycle — c’est-à-dire dès que les premiers occupants du neuf libèrent leur ancien logement —, les principaux bénéficiaires sont les ménages les plus modestes (quartile de revenus le plus bas). Aux cycles 3, 4 et 5, ceux qui déménagent gagnent moins de la moitié de ce que gagnent les riches du 0. En quelques mois, le déménagement des ménages aisés se diffuse à travers toute la distribution des revenus ! La conclusion des auteurs est sans appel : « Il n’est pas nécessaire de construire des logements directement abordables pour les ménages modestes ; ils bénéficieront de toute façon de l’effet de ruissellement. »

Austin, laboratoire de l’abondance de logements

J’approfondis

Quid de l’impact direct sur les loyers ? Dans les quartiers populaires américains, la construction d’immeubles neufs les a fait baisser de 5 à 7 % dans un rayon de 250 mètres par rapport aux logements plus éloignés.

Une étude récente menée à Helsinki entre 2021 et 2024 apporte une confirmation supplémentaire : dans un rayon de 200 mètres, la baisse est de 1,5 % après une nouvelle construction. Plus révélateur encore, les grands projets de plus de 60 logements produisent une réduction de 6 % sur les loyers environnants — et ce, même dans un contexte de marché atone marqué par un excès d’offre hérité de la pandémie.

Le constat le plus fascinant vient des États-Unis. Les villes qui ont laissé les promoteurs construire massivement des appartements de luxe ont vu les loyers chuter de manière généralisée. Le phénomène est tel qu’au dernier trimestre 2025, dans de nombreuses zones à forte offre, les logements anciens du marché libre sont désormais moins chers que ceux régulés et « abordables ». Dans le domaine libre, cela conduit à produire des loyers inférieurs à ceux du secteur aidé ! Des appartements privés accessibles à tous sont ainsi devenus plus économiques que des unités pour lesquelles il faut pourtant remplir des critères de revenus, être citoyen ou résident permanent, et bien souvent gagner à une loterie d’attribution.

Sortir de l’impasse de la rareté

La France s’épuise à financer une pénurie qu’elle organise elle-même par un excès de normes et de régulations. Le choix est désormais limpide : persister à bloquer la construction par pureté idéologique, ce qui condamne les plus précaires à des loyers prohibitifs, ou accepter de bâtir massivement.

Car le coût de l’inaction est un suicide social et économique. La pénurie agit comme une taxe privée sur la croissance qui brise l’ascenseur social. Elle piège les talents dans des bassins d’emploi sinistrés et empêche les entreprises de recruter. Aujourd’hui, un salarié qui quitterait une région en crise pour un meilleur poste à Paris ou Lyon verrait son niveau de vie baisser, son gain en termes de revenu étant immédiatement capté par la rente foncière.

Mais dissipons ici un malentendu géographique. L’urgence n’est pas de densifier un Paris intra-muros déjà à la limite du possible, avec 20 000 habitants au km². Le véritable gisement foncier dort juste de l’autre côté du périphérique. En première et deuxième couronne, des communes entières, pourtant parfaitement connectées — et bientôt irriguées par le Grand Paris Express —, affichent encore des densités de village. C’est là, autour de gares RER souvent bordées de simples pavillons, que se joue la bataille. Il est aberrant d’avoir investi des milliards dans des transports lourds pour desservir des zones qui refusent d’accueillir de nouveaux habitants.

Préfère-t-on vraiment la satisfaction morale consistant à refuser de voir « les riches » obtenir de beaux appartements, quitte à condamner les classes populaires à la précarité locative ? Le paradoxe est d’autant plus absurde que la construction fait mécaniquement baisser les prix — autrement dit, elle nuit aux intérêts des propriétaires actuels, ceux-là mêmes qui bloquent les projets par peur de voir la valeur de leur patrimoine diminuer.

New York et la dérive collectiviste et racialiste du logement

J’approfondis

La solution n’est ni de gauche ni de droite. Elle est surtout universaliste au sens propre du terme, permettant d’offrir une abondance de nouveaux logements profitant à toutes les classes sociales. Imaginez une France où les jeunes actifs n’auraient plus à choisir entre un deux-pièces hors de prix et une colocation étouffante. Où les familles pourraient s’agrandir sans fuir à 50 kilomètres de leur lieu de travail. Où les entreprises trouveraient à proximité de leur activité les employés dont elles ont besoin. Où les budgets des ménages, soulagés de centaines d’euros de loyer chaque mois, se reporteraient sur la consommation, l’épargne, les loisirs. Encourager la construction ne coûte rien au contribuable. Bien au contraire, cela génère des recettes fiscales, crée des emplois, dynamise l’économie locale et libère du pouvoir d’achat pour des millions de ménages.

La question n’est pas de savoir si la France peut se permettre de créer plus de logements dans les grandes villes, mais de savoir combien de temps elle peut encore accepter de payer le prix faramineux de la rareté.

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