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Sympa, hein ?
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C’est écrit noir sur blanc. Assumé. « Au-delà d’une expertise technique et scientifique, [l’ADEME] a progressivement pris en charge un rôle d’amplificateur des initiatives. L’agence intègre aujourd’hui la dimension sociale de la transition écologique en mobilisant les citoyens et l’ensemble des acteurs, pour tracer le récit d’un futur sobre et désirable. »
Cette phrase figure sur le site officiel de l’Agence de la transition écologique, dans la présentation de sa propre histoire. Elle résume, à elle seule, le cœur du problème. Tout est là : la revendication d’une sortie du champ de l’expertise pour entrer dans celui de la transformation sociale, et la mise en avant de la sobriété comme horizon indépassable.
En revendiquant la mission — inédite pour une agence publique — de définir un « récit » et de déterminer ce que serait un futur « désirable », l’ADEME franchit le Rubicon. Elle ne se contente plus d’éclairer la décision publique, elle entend orienter la société et prescrire des modes de vie. Sans aucun mandat démocratique pour cela.
L’ADEME trouve ses racines dans la crise énergétique des années 1970. Après le premier choc pétrolier de 1973, la France crée en 1974 l’Agence pour les économies d’énergie. François Mitterrand la fusionne ensuite avec le Commissariat à l’énergie solaire pour former l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie (AFME), et en confie la direction à Bernard Laponche, polytechnicien et ancien du CEA, devenu par la suite l’une des figures intellectuelles majeures de l’antinucléarisme français.
Cette nomination constitue un lot de consolation pour les antinucléaires, dont François Mitterrand s’était rapproché pendant sa campagne et qui s’estiment trahis par le maintien — à l’exception notable du projet de centrale de Plogoff — du programme électronucléaire français. L’agence se voit dotée de moyens importants, son budget étant multiplié par trois par rapport aux structures précédentes, avec pour mission affichée de rompre avec le « modèle productiviste ». Elle se développe dès lors sur une culture marquée par le rejet de l’énergie nucléaire.
Fin 1990, Brice Lalonde crée l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) en fusionnant l’AFME avec l’Agence nationale pour l’élimination des déchets (ANRED) et l’Agence pour la qualité de l’air (AQA). L’ADEME commence à fonctionner le 1ᵉʳ janvier 1992 avec cinq missions initiales reflétant les priorités environnementales de l’époque : pollution de l’air, déchets, sols pollués, économies d’énergie, développement des énergies renouvelables et lutte contre les nuisances sonores.
L’histoire de l’ADEME est celle de la construction progressive d’un bastion idéologique, portée par ses dirigeants. En 1997, la ministre de l’Environnement Dominique Voynet appelle à son cabinet Bernard Laponche pour orchestrer le sabordage de Superphénix, avant de placer à la tête de l’agence un proche, Pierre Radanne, figure des Amis de la Terre. Sous sa présidence (1998-2002), l’ADEME recrute massivement dans les sphères militantes et passe de multiples marchés à des associations amies. Un rapport confidentiel de l’IGF de mars 2000 dénonce même « des conflits d’intérêts, des procédures opaques, des gaspillages… ».
Dans le même temps, les missions de l’agence s’élargissent. Initialement centrée sur le conseil technique, l’ADEME devient progressivement opérateur de politiques publiques. Le Grenelle de l’environnement, puis la création du Fonds Chaleur, des fonds déchets et, à partir de 2010, des Programmes d’investissements d’avenir changent sa nature. L’agence ne se contente plus d’expertiser, elle sélectionne et finance. Sans évaluation systématique de l’efficacité réelle de la dépense.
Cette mutation atteint son apogée sous la présidence d’Arnaud Leroy (2018-2022), ex-député socialiste rallié à la majorité. L’agence change alors d’échelle sans changer de logiciel. Son budget explose, passant d’environ 600 millions à plus de 4,2 milliards d’euros en 2023. Ce « pognon de dingue » finance aussi un gonflement organisationnel : plus de mille agents répartis dans 17 directions régionales et sur 23 sites, un empilement de guichets, de structures intermédiaires et de dispositifs parfois redondants avec les services déconcentrés de l’État.

Aujourd’hui, cette continuité idéologique — illustrée par le blocage parlementaire de la nomination du pro-nucléaire Boris Ravignon — confirme l’autonomie d’une institution où la ligne des réseaux écologistes historiques, entretenue par des recrutements endogames, prime sur les inflexions successives de la politique énergétique nationale.
Ces partis pris s’incarnent dans le rapport Transition(s) 2050 (2021). Présenté comme un exercice de prospective, il propose plusieurs trajectoires reposant, à l’exception d’une, sur un socle commun : réduction massive des usages, transformation profonde des modes de vie et sobriété structurelle.
Le scénario dit de « sobriété », construit avec Négawatt et The Shift Project, est explicitement valorisé. Il prône une division par trois de la consommation de viande, 70 % d’agriculture biologique, une limitation forte de la construction neuve, une réduction de la mobilité, la généralisation des low-tech et une contraction du commerce international. On y évoque même, dans un doux euphémisme, une « frugalité choisie mais aussi contrainte ». Bref, de la décroissance pure et dure… qui ne s’applique pas au mélange des genres. Les mêmes associations financées et mobilisées comme expertes vendent ensuite formations, conseil et audits pour décliner les orientations qu’elles ont contribué à définir. Une économie circulaire financée par le contribuable.
Prolifèrent aussi, en parallèle, des projets anecdotiques ou symboliques qui gaspillent l’argent public sans aucun bénéfice climatique. Ainsi, la « carte verte » expérimentée à Angers, censée faciliter l’accès à l’alimentation au nom de la transition écologique, revient à subventionner les courses des bobos de centre-ville : 35 % des participants étaient des actifs CSP+ (contre 13 % en population générale) et 58 % des achats ont été réalisés dans des magasins Biocoop.
Plus grave encore, les orientations majeures promues par l’ADEME convergent vers des solutions aux impacts environnementaux plus que discutables, voire délétères.
Le diagnostic de performance énergétique (DPE) en est l’exemple le plus parlant. Pendant des années, l’électricité y a été pénalisée par un coefficient de conversion artificiellement élevé — fixé à 2,58 puis abaissé à 2,3 — alors même qu’elle est en France largement décarbonée. Concrètement, ce paramétrage revenait à surévaluer les émissions associées à l’électricité, dégradant mécaniquement la note des logements chauffés à l’électrique et favorisant, par comparaison, le gaz ou des solutions hybrides pourtant plus émettrices de CO₂. Ce choix n’était pas strictement technique, mais incitatif. Le coefficient a été négocié par l’ADEME dans le cadre de la RE 2020 afin de maintenir une pression forte en faveur de l’isolation, totem historique de l’agence, et qui freine le déploiement des pompes à chaleur. Autrement dit, un outil censé refléter la réalité carbone a été biaisé pour orienter les comportements, au prix d’un contresens climatique.
Autre paradoxe : l’entêtement à soutenir le chauffage au bois via le Fonds Chaleur, alors même que l’ADEME reconnaît qu’il constitue la première source d’émissions de particules fines en France (une proportion des PM2,5 qui pourrait même dépasser les 60 % selon les dernières évolutions méthodologiques), et que sa neutralité carbone repose avant tout sur une convention théorique. L’agence a bien lancé une vaste étude « Périclès » sur les émissions de particules ultrafines (les plus dangereuses) issues des systèmes de chauffage au bois, mais, bien que terminée en octobre 2024, ses résultats ne sont pas encore publiés à ce jour.

Enfin, le scénario « 100 % renouvelables » publié en 2015, initialement bloqué par la direction puis diffusé après avoir opportunément fuité dans Le Monde, qui le qualifie de « brûlot », illustre la dimension idéologique du débat. Fondé sur une méthodologie critiquée par RTE et la Cour des comptes pour avoir minoré les coûts de système et sous-estimé l’intermittence, il promeut une logique proche de l’Energiewende allemande, récemment qualifiée par le chancelier Merz de « grave erreur stratégique » et de transition « la plus coûteuse au monde ». Cette croyance persistante dans la faisabilité d’un système électrique reposant exclusivement sur les renouvelables a durablement brouillé le débat énergétique en France, jusqu’à ce que la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine en révèle brutalement les limites.
Aujourd’hui, l’opposition résolue de l’agence au développement du numérique l’entraîne dans les mêmes travers. L’ADEME ne se contente pas d’évaluer les impacts environnementaux du numérique. Elle s’est dotée d’un service spécifiquement dédié à la « sobriété numérique », signe que la réduction des usages y est pensée comme la finalité en soi. Ses propositions de moratoire sur le déploiement des data centers reviendraient à délocaliser leurs émissions vers des pays à l’électricité plus carbonée, tout en ignorant les enjeux de souveraineté industrielle et de puissance de calcul indispensables au pays.
Chaque fois que l’ADEME est mise en cause, ses défenseurs crient à l’attaque contre l’écologie. Mais c’est précisément pour cette dernière qu’il faut aujourd’hui questionner son existence. En substituant l’idéologie à l’expertise et le micromanagement infantilisant à la pédagogie, l’agence est devenue un frein à la transition.
Si un impératif de décroissance s’impose aujourd’hui, c’est celui de l’ADEME elle-même.
(L’idée de départ de ce papier est venue de la lecture des Illusionnistes de Géraldine Woessner et Erwan Seznec – Robert Laffont 2024)
L’article L’ADEME, décroissance impérative est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
C'était notre premier, pour les joueurs comme le MJ 🥲
Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
UN DRAGON EST MORT CE SOIR !
« Comment le système communiste a-t-il pu tenir ? Parce que pour éviter les ennuis, tout le monde faisait profil bas. Le pouvoir du système ne provient pas de sa véracité, mais de la volonté de chacun d’agir comme s’il était vrai. Et sa fragilité provient de la même source : dès qu’une seule personne cesse d’agir ainsi, l’illusion commence à s’effriter. » En citant Václav Havel, Mark Carney, Premier ministre canadien, a sonné la révolte. Et d’ajouter : « Quand les règles ne vous protègent plus, vous devez vous protéger vous-même ». L’hégémonie américaine n’est pas une fatalité, et la réponse n’est ni le déni ni le repli, mais une coopération ambitieuse entre puissances moyennes, fondée sur des valeurs communes de souveraineté, d’intégrité territoriale et de droits humains. Évidemment, ces valeurs pèsent peu sans puissance matérielle, mais elles peuvent en être le catalyseur. Et qui d’autre, mieux que l’Europe, peut relever ce défi, malgré ses faiblesses et ses hésitations à en démontrer sa capacité ?
Certes, le contexte inédit qu’elle affronte met à l’épreuve sa cohésion et sa souveraineté autant qu’il interroge sa capacité de leadership. Et ce, au moment où la politique commerciale agressive de Donald Trump accentue les frictions transatlantiques à un point jamais observé, avec sa volonté d’accaparer le Groenland et le pétrole vénézuélien. Une approche unilatérale qui traite les ressources comme des trophées géostratégiques. Ces positions, combinées à de nouvelles menaces tarifaires records, s’inscrivent dans un protectionnisme qui érode les fondements multilatéraux du commerce.
Une conjoncture à laquelle s’ajoute la guerre en Ukraine. Le soutien européen, continu, nécessaire, mais coûteux, s’accompagne d’une vulnérabilité énergétique et sécuritaire. Enfin, la situation en Iran — marquée par une répression violente, des tensions autour du nucléaire et des sanctions internationales — risque d’embraser davantage un Moyen-Orient déjà très affecté par le conflit à Gaza, et d’impacter les flux commerciaux comme de faire flamber les prix de l’énergie.
Au même moment, l’Europe ploie sous ses contradictions internes et sa constance à se tirer des balles réglementaires et juridiques dans le pied. Dans ce contexte délicat, l’accord commercial avec le Mercosur, qui devait ouvrir de nouveaux débouchés et sécuriser l’accès à des matières premières, afin de réduire notre dépendance, vient d’être remis en question par le Parlement européen et renvoyé vers la Cour de justice. Si cette action n’est pas suspensive, elle donne un coup d’arrêt aux projets entrepreneuriaux qui ont besoin de prévisibilité pour se concrétiser. Tant pis si, depuis 2021, le report de l’accord a déjà fait perdre à l’Europe 291 milliards d’euros.
Dans le même esprit, les normes environnementales et sociales très strictes, imposées sans politique de sécurisation ni d’exploitation de nos terres rares, exposent l’Europe à des risques de délocalisation et de perte de compétitivité face à des concurrents moins contraints, comme la Chine. L’Union a consciencieusement miné ce dont elle prétend se doter — la capacité d’agir et d’assumer une stratégie de puissance.
Certaines politiques nationales, en France notamment, aggravent cet état de fait. En témoigne le nouveau budget, qui risque bien plus de freiner les entreprises, et leur accès au capital, que de les libérer.
Après des années passées à contraindre et dénoncer la croissance, à se coucher devant chaque bombement de torse américain, comment brutalement changer de logiciel ? Nous sommes pourtant face à une occasion historique de prouver par l’exemple que la coopération est plus puissante que l’intimidation, et que l’isolement est un appauvrissement. Cette opportunité permettrait, aussi, de mettre à l’épreuve les discours populistes, en révélant leur difficulté à formuler des réponses crédibles aux rapports de force économiques réels — comme l’illustre l’incapacité de Jordan Bardella à proposer une stratégie opposable aux droits de douane de Donald Trump. Elle suppose enfin un effort collectif de lucidité, pour sortir d’une facilité ou l’indignation tient trop souvent lieu de projet.
Or, l’Union européenne dispose d’un arsenal d’instruments lui permettant d’affirmer son rôle de garante du droit international et d’un libre-échange fondé sur des règles équitables, transparentes et réciproques. Elle en donne un aperçu avec un projet visant à permettre la création d’une entreprise paneuropéenne entièrement en ligne, en 48 heures, en s’affranchissant des démarches propres à chaque État membre. Une telle initiative pourrait faciliter les levées de fonds transfrontalières et soutenir l’implantation puis la croissance des startups.
Parallèlement, l’Union progresse vers une autonomie stratégique, notamment pour les matières premières critiques, où les dépendances vis-à-vis de la Chine et, dans une moindre mesure, des États-Unis et de la Russie, sont dangereuses. La doctrine de sécurité économique, adoptée en 2023 et complétée fin 2025, fixe des objectifs concrets pour 2030. Extraire au moins 10 % des besoins sur le sol européen, transformer 40 % de ces matières au sein de l’UE, et recycler 25 % des volumes consommés. Plus de 160 propositions de projets ont déjà été soumises, couvrant l’extraction, la raffinerie et le recyclage. Cette stratégie d’« autonomie ouverte » ne relève pas de l’isolationnisme. Elle vise à affirmer la souveraineté européenne, à réduire les dépendances géopolitiques et à préserver un engagement multilatéral en faveur d’un commerce équilibré.
Contrairement à une idée reçue trop simpliste, l’Union européenne ne se contente pas de subir lors de la négociation des accords commerciaux. Clauses de sauvegarde et de réciprocité, « clauses miroirs » imposant aux partenaires des normes environnementales, sanitaires et sociales équivalentes à celles de l’UE : autant d’outils qui permettent à la Commission de suspendre ou de retirer des engagements en cas de manquement d’un pays tiers.
Ces accords incorporent aussi systématiquement des clauses sur les droits humains, la démocratie et l’État de droit, dont la violation peut elle aussi entraîner une suspension partielle ou totale des préférences commerciales. Par exemple, dans les relations avec l’Iran, elles conditionnent tout assouplissement des sanctions à des engagements vérifiables sur le nucléaire et les droits fondamentaux.
L’UE pousse également pour une réforme de l’Organisation mondiale du commerce afin de restaurer son organe d’appel. Face à la Chine, qualifiée de partenaire, concurrente et rivale systémique depuis 2019, une stratégie cohérente avec les États-Unis et le G7 vise à exercer une pression concertée sur ces pratiques déloyales.
Enfin, l’UE dispose d’un Instrument anti-coercition, adopté en 2023 et souvent qualifié de « bazooka commercial ». Il autorise la Commission à imposer des contre-mesures en cas de coercition par un pays tiers. L’Allemagne et la France viennent de plaider pour son activation. Cette approche transforme une potentielle vulnérabilité en une capacité de riposte unie, évitant les pièges du protectionnisme tout en défendant les intérêts européens.
En mobilisant ces instruments de manière cohérente, unie et déterminée, l’Europe peut consolider sa position sur la scène internationale. Non pas en se repliant sur elle-même, mais en imposant un cadre où l’État de droit et le libre-échange authentique l’emportent sur les logiques de puissance brute et les appétits unilatéraux. En agissant avec précision, en évitant les pièges de l’autoflagellation comme dans le dossier Mercosur, et en capitalisant sur ses atouts normatifs, l’Union peut transformer ces défis en opportunités pour réaffirmer son modèle. Celui d’une puissance qui défend des règles justes, protège ses intérêts économiques sans compromettre ses valeurs, et contribue à un ordre mondial stable, prévisible et mutuellement bénéfique.
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