Geedge & MESA Leak: Analyzing the Great Firewall’s Largest Document Leak
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C'est l'époque où les Provinces-Unies, cette confédération de sept régions rebelles issues des anciens Pays-Bas espagnols, émergent comme une puissance inattendue sur la scène européenne, au regard de leur taille modeste. Nées de la révolte contre la domination ibérique initiée en 1568 par Guillaume d’Orange, ces territoires du Nord (Hollande, Zélande, Utrecht, etc.) s’affranchissent progressivement d’un empire catholique oppressif pour forger une république protestante, tolérante et commerçante. C’est l’Âge d’or néerlandais, une ère de prospérité fulgurante alimentée par le commerce maritime, les innovations techniques et une flotte qui, prenant la suite de l'Espagne et du Portugal, domine les mers, reliant les Provinces-Unies aux Indes orientales via la Compagnie des Indes orientales, fondée en 1602.
Amsterdam, avec son port à l'activité bouillonnante et ses canaux labyrinthiques, devient le centre névralgique de ce miracle économique et un symbole d'ouverture, attirant marchands, artistes et penseurs de toute l’Europe, dont nombre de réfugiés de l'intolérance, comme Descartes ou John Locke, le père du libéralisme. Cette transformation culmine en 1648 avec le traité de Westphalie, qui consacre l’indépendance formelle des Provinces-Unies, posant les bases des Pays-Bas actuels, un État unifié dont nous avons déjà narré dans ces colonnes la grande habileté économique.
Dans ce paysage d’abondance et d’innovation, une fleur venue d’ailleurs s’impose comme un emblème inattendu : la tulipe. Introduite en Europe occidentale vers la fin du XVIe siècle par l’intermédiaire de l’Empire ottoman, où elle ornait les jardins des sultans et symbolisait la perfection divine, elle arrive aux Provinces-Unies grâce à des botanistes comme Carolus Clusius, qui, en 1593, plante les premiers bulbes à l’Université de Leyde. Rapidement, la fleur captive l’élite néerlandaise. Ses pétales vifs, ses formes variées et ses couleurs chatoyantes, allant du rouge éclatant au jaune doré, en passant par des motifs panachés rares, deviennent un signe de raffinement et de statut social. Dans une société calviniste où la richesse s’affiche discrètement, posséder un jardin de tulipes équivaut à exhiber une fortune subtile.
Au fil du temps, cette fleur transcende son rôle ornemental pour s’ancrer dans l’identité nationale des Pays-Bas. Aujourd’hui encore, les champs infinis de tulipes dans le parc floral de Keukenhof (le plus grand du monde), à l’ouest du pays, attirent des millions de visiteurs. La fleur incarne l’esprit néerlandais, entre exaltation de la beauté éphémère et renaissance éternelle offerte par le printemps. Un rappel de la fugacité de la vie dans une nation où l’eau menace constamment les digues.
Pourtant, au-delà de sa grâce florale, la tulipe joue un rôle central dans l’histoire économique mondiale, marquant les débuts d’une aventure spéculative connue sous le nom de tulipomanie, entre 1634 et 1637.
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Lorsque l’indépendance de l’Algérie, en juillet 1962, met fin aux essais nucléaires dans le Sahara, la France cherche un nouveau site d’expérimentation. Après étude, le choix se porte sur les atolls inhabités de Mururoa et Fangataufa, en Polynésie française. Il tient surtout à la très faible densité de population de ces lieux. L’île habitée la plus proche, Tureia, compte alors une centaine d’habitants à 100 km, et l’archipel des Gambier, quelques centaines, à 400 km.
Le premier essai atmosphérique, baptisé Aldébaran, a lieu le 2 juillet 1966. Un désastre. Le nuage radioactif dérive vers l’archipel des Gambier au lieu de la direction initialement prévue, provoquant une contamination des populations locales… qui leur est dissimulée, sans leur offrir de protection particulière. Les autorités estiment l’exposition faible – de l’ordre de 5 millisieverts (mSv), proche des limites alors considérées comme acceptables – et préfèrent éviter toute communication susceptible de susciter un rejet populaire contre des essais présentés comme inoffensifs. Des évaluations ultérieures ont confirmé une exposition moyenne autour de 5 mSv, mais avec de fortes incertitudes liées aux habitudes alimentaires des habitants.
Les essais suivants sont mieux contrôlés. Dans la plupart des cas, les panaches radioactifs se dirigent vers l’Amérique du Sud, à plus de 7 000 km. Seuls quelques tirs contaminent Tureia ou les Gambier, sans atteindre le niveau d’Aldébaran. En 1974, lors de la dernière année des essais atmosphériques, c’est Tahiti – à 1 200 km – qui est touchée. Un épisode crucial pour évaluer l’impact sanitaire des tirs. La grande majorité des Polynésiens vit sur la côte ouest de l’île, qui est relativement épargnée grâce à l’absence de fortes précipitations lors du passage du nuage atomique. À l’inverse, la côte est et certaines zones centrales subissent des retombées plus importantes. Les doses estimées restent incertaines (habitudes alimentaires, déplacements), mais sont de l’ordre de 1 mSv à l’ouest et de quelques mSv à l’est.
Ces niveaux de contamination sont-ils réellement préoccupants ? La radioactivité naturelle varie selon les régions, mais elle atteint souvent plusieurs mSv par an. Un scanner médical délivre couramment quelques mSv. Les travailleurs du nucléaire eux-mêmes peuvent recevoir annuellement jusqu’à 20 mSv, et la limite pour le public (hors sources naturelles et médicales) est fixée à 1 mSv sur la même période. Un seuil volontairement très protecteur, et non une valeur au-delà de laquelle le danger devient significatif.

Le manque de transparence (voire les dissimulations des autorités) nourrit pourtant une profonde et compréhensible défiance. Beaucoup de Polynésiens restent convaincus d’un impact sanitaire majeur, certaines associations évoquant même un « crime contre l’humanité ». Pourtant, les données épidémiologiques n’en témoignent pas. La fréquence globale des cancers en Polynésie n’est pas supérieure à celle de la métropole, sauf pour le cancer de la thyroïde, dont l’incidence élevée s’observe aussi dans d’autres régions du Pacifique et semble davantage liée à des facteurs génétiques. Une étude demandée par le gouvernement à l’INSERM conclut que « les rares études épidémiologiques ne mettent pas en évidence d’impact majeur des retombées des essais nucléaires sur la santé des populations polynésiennes ». Un effet faible ne peut être exclu, mais un impact massif est incompatible avec les observations.
Faute de signal épidémiologique clair, on peut recourir aux modèles de risque établis à partir des survivants d’Hiroshima et Nagasaki. Ils suggèrent que l’exposition aux essais aurait pu provoquer quelques dizaines de cancers supplémentaires en Polynésie. À titre de comparaison, la même population connaît naturellement plusieurs dizaines de milliers de ces pathologies. Pour une dose de 1 à quelques mSv, la probabilité de développer un cancer radio-induit reste très faible, bien inférieure à 1 pour 1 000.
Cette analyse rationnelle contraste fortement avec la perception dominante en Polynésie, alimentée par des associations indépendantistes ou antinucléaires. Conscient d’une responsabilité historique, l’État a créé en 2010, via la loi Morin, un dispositif d’indemnisation pour les personnes atteintes de cancers découlant potentiellement des essais conduits. Une commission a examiné chaque dossier, dont la grande majorité n’a pas été reconnue, tant le lien de causalité apparaissait très improbable au vu des doses reçues.
Face à la frustration suscitée par ces refus, la méthodologie a été modifiée, de manière à ce qu’une exposition d’au moins 1 mSv valide la qualité de victime. Une inflexion qui a entraîné une nette hausse des indemnisations, voyant plusieurs centaines de dossiers être acceptés, alors même que la probabilité réelle d’un cancer radio-induit reste hypothétique.
Ce seuil de 1 mSv reste néanmoins hors d’atteinte pour la majorité des habitants de Tahiti, les doses estimées sur la côte ouest — où vit l’essentiel de la population — étant inférieures à ce niveau. Pas de quoi satisfaire la majorité des demandeurs, donc… D’où l’appel à la représentation nationale, sous la forme d’un chantage émotionnel sur ce sujet sensible et culpabilisant pour l’État. Sous l’impulsion des députés Mereana Reid Arbelot (Polynésie française) et Didier Le Gac (Finistère), une proposition de loi a donc été déposée pour faire disparaître ce seuil. Et ce, au prétexte de l’absence de fondement scientifique de celui-ci, au passage fort commode, puisqu’il repose sur l’idée que nul ne peut exclure un rôle de la radioactivité dans la survenue d’un cancer, y compris à faibles doses.
On notera le renversement de la charge de la preuve. Normalement, une personne physique ou morale est considérée coupable si l’on peut démontrer qu’elle est la cause d’un désordre, au-delà d’un doute raisonnable. Ici, l’État est considéré coupable et responsable de la survenue d’un cancer, car on ne peut pas démontrer que ce n’est pas le cas.
Sans surprise, le texte a été adopté à l’unanimité par les 60 députés présents à l’Assemblée nationale le 29 janvier. Il va permettre à plusieurs milliers de personnes ayant vécu en Polynésie à l’époque des essais et ayant développé un cancer d’être officiellement reconnues comme victimes, sans condition de dose minimale. Selon les estimations financières, le coût pour l’État pourrait atteindre l’ordre du milliard d’euros. Rien que ça, alors même que la dette de la France ne cesse d’enfler.
Si cette mesure répond à une attente forte, elle rompt totalement avec une approche scientifique, mais aussi probabiliste. Elle ouvre la voie à des indemnisations pour des cas où la responsabilité des essais apparaît en réalité très improbable. Une politique qui s’exonère des faits et de la rigueur, mais grève réellement les finances publiques sur l’autel de l’émotion…
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