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Reçu — 2 juillet 2026 Les Électrons Libres

Acétamipride : la peur doit-elle faire la loi ?

2 juillet 2026 à 21:36

L’acétamipride ? Un pesticide que toute l’Europe autorise, sauf la France, où son interdiction fragilise plusieurs filières agricoles. Pourtant, certains brandissent de terribles menaces sanitaires, études à l’appui. Mais concluent-elles vraiment ce qu’on leur fait dire ?

Imaginez que pour soigner un simple début de rhume, votre médecin vous interdise le paracétamol sous prétexte qu’une surdose peut détruire le foie, et vous ordonne à la place de prendre dix bains glacés par jour en priant pour que le soleil brille. C’est absurde. Pourtant, c’est exactement ce type de médecine médiévale que certains tentent d’imposer à notre agriculture. Une tribune en ligne, qui s’oppose avec fracas au retour de l’acétamipride et de la flupyradifurone dans nos champs sous couvert d’une urgence agricole, agite le chiffon rouge de l’apocalypse écologique quelques jours avant la rediscussion au Sénat de leur réintroduction encadrée. Mais lorsque l’on gratte le vernis de cette pétition alarmiste pour analyser ses sources, l’échafaudage s’effondre. Derrière les grands mots se cache une manipulation scientifique qui menace directement notre souveraineté alimentaire, sans pour autant sauver un seul brin d’herbe. Et tout ceci est d’autant plus inquiétant que des sociétés savantes, des chercheurs et des médecins en sont signataires. Aveuglement collectif ou véritables lanceurs d’alerte ?

Le mirage des alternatives magiques

L’argument phare de cette tribune tient en une promesse séduisante, celle selon laquelle nous n’aurions pas besoin de ces molécules car il existerait une panoplie d’alternatives prêtes à l’emploi, totalement inoffensives et d’une efficacité redoutable. C’est une belle histoire, mais elle ne résiste pas à l’épreuve des faits.

Une étude de référence menée par l’INRA et l’ANSES montre que la réalité du terrain est infiniment plus complexe. Les chercheurs y révèlent que pour remplacer à court terme ces substances de manière immédiate, quatre-vingt-neuf pour cent des solutions viables sont en réalité d’autres insecticides chimiques, principalement de la famille des pyréthrinoïdes. Or, les scientifiques écrivent noir sur blanc « En revanche, il n’a pas été possible d’identifier des substances ou familles de substances chimiques qui présenteraient de façon globale un profil de risque moins défavorable que les néonicotinoïdes. » Ils possèdent leur propre toxicité, notamment pour les milieux aquatiques, et favorisent l’apparition rapide de résistances chez les ravageurs.

Quant aux méthodes non chimiques, comme les prédateurs naturels ou les micro-organismes, elles ne garantissent pas à elles seules de maintenir les rendements comparés aux autres pays européens par exemple qui eux autorisent tous l’usage encadré de l’acétamipride par exemple. Très dépendantes des caprices de la météo, elles laissent les agriculteurs désarmés en cas d’attaque massive. Vouloir interdire les traitements ciblés sans solution robuste revient simplement à condamner nos récoltes au hasard climatique.

La science dévoyée et le mirage des doses infinitésimales

Pour frapper les esprits et faire frémir le consommateur et le législateur, la tribune n’hésite pas à brandir des risques majeurs pour la santé humaine, s’appuyant sur des études de biomonitoring qui montreraient une imprégnation généralisée de la population. Ce que les auteurs de la tribune évitent bien de préciser, c’est l’origine géographique, le contexte et surtout les doses réelles mises en évidence dans ces données.

La grande majorité des études scientifiques alarmistes sur lesquelles se base la tribune et qui sont consultables sur le site proviennent d’Asie, notamment de Chine ou du Japon. Or, transposer ces données à la France constitue une erreur méthodologique majeure sans étude de reproduction. En Asie, des molécules ultra-persistantes de première génération comme l’imidaclopride ou le dinotéfurane sont toujours pulvérisées massivement sur des cultures de base comme le riz ou le thé, avec des normes de résidus bien plus permissives qu’en Europe.

Chez nous, ces substances sont interdites depuis longtemps. Le débat français concerne l’acétamipride et la flupyradifurone, des molécules qui se dégradent rapidement et présentent un profil toxicologique sans commune mesure. De fait, les analyses d’exposition réelle montrent que l’apport journalier moyen estimé pour ces néonicotinoïdes est dérisoire, s’étendant de 0,53 à 3,66 μg/jour. Même l’apport le plus élevé mesuré toutes molécules confondues, qui atteint à peine 64,5 μg/jour pour le dinotéfurane1. Pour l’acétamipride, c’est 0,38 mg/j (0,005 mg/kg/j)., représente moins de 1 % de l’apport journalier admissible fixé par les autorités européennes. Nous sommes donc à des années-lumière des seuils de danger sanitaire, avec des expositions réelles bien trop faibles pour provoquer le moindre impact biologique ou clinique sur la santé humaine.

Nous rapportons ici plusieurs exemples d’approximations, d’omissions ou de glissements rhétoriques constatés après vérification des sources partagées.

Tout d’abord, il est question de la présence d’acétamipride dans l’eau de pluie. La référence existe bien : elle rapporte, au Japon, une détection dans 82 % des échantillons analysés, avec une concentration moyenne de 0,36 ng/L. Mais ce chiffre, présenté sans ordre de grandeur, produit artificiellement de la peur. 0,36 ng/L, cela signifie 0,00036 microgramme par litre, ou encore 0,00000036 milligramme par litre. À cette concentration, il faudrait boire environ 2,8 millions de litres d’eau de pluie pour atteindre 1 milligramme d’acétamipride, l’équivalent de ce que délivre en nicotine… une cigarette. Autrement dit, l’équivalent d’une piscine olympique. Et même en imaginant, de manière totalement irréaliste, qu’une personne boive chaque jour 2 litres de cette eau de pluie japonaise, elle n’absorberait que 0,72 nanogramme par jour2. Il lui faudrait alors environ 3 800 ans pour atteindre 1 milligramme.

La comparaison avec la nicotine d’une cigarette ne vise évidemment pas à dire que les deux substances seraient toxicologiquement identiques. Elle sert simplement à rappeler une évidence trop souvent oubliée dans ces tribunes militantes : détecter n’est pas exposer dangereusement. La toxicologie ne commence pas avec la présence d’une molécule, mais avec la dose, la voie d’exposition, la durée, le métabolisme et le seuil à partir duquel un effet biologique devient plausible.

Ici, l’effet rhétorique est classique : on transforme une trace analytique infinitésimale en signal sanitaire inquiétant. C’est le sophisme de la détection : faire croire qu’une molécule retrouvée grâce à des instruments capables de mesurer des fractions de milliardièmes de gramme correspond déjà à un danger pour la population.

De même, lorsqu’ils cherchent à faire peur en évoquant la présence de pesticides dans le liquide céphalo-rachidien des enfants, l’effet rhétorique repose davantage sur l’image que sur l’analyse du risque. La référence citée existe bien. Il s’agit d’une étude suisse pilote portant sur 14 enfants âgés de 3 à 18 ans, tous hospitalisés pour leucémie ou lymphome, chez lesquels des ponctions lombaires étaient réalisées dans le cadre de leur prise en charge. Les auteurs y retrouvent des métabolites de néonicotinoïdes dans le liquide céphalo-rachidien, notamment la N-desméthyl-acétamipride, principal métabolite de l’acétamipride, détectée dans 93 % des échantillons, à une concentration médiane de 0,0123 ng/mL. Mais que représente ce chiffre ? 0,0123 ng/mL, c’est 12,3 picogrammes par millilitre, ou 12,3 nanogrammes par litre. En retenant, par commodité, un volume total de LCR de l’ordre de 125 à 150 mL, cela correspondrait à environ 1,5 à 1,8 nanogramme dans l’ensemble du liquide céphalo-rachidien. Autrement dit, une quantité infinitésimale, rendue visible par la puissance des méthodes analytiques modernes. La comparaison avec la nicotine est là encore éclairante. Dans l’étude de Malkawi et al., la cotinine, métabolite de la nicotine, était mesurée dans le LCR des fumeurs à des concentrations de 27,3 à 457,1 ng/mL, soit environ 2 200 à 37 000 fois plus que la concentration médiane de desméthyl-acétamipride rapportée dans l’étude suisse. La nicotine elle-même y était mesurée entre 6,0 et 215,1 ng/mL, soit environ 500 à 17 500 fois plus. Même chez certains sujets passivement exposés au tabac, y compris des nouveau-nés de mères fumeuses, les concentrations de cotinine dans le LCR étaient supérieures de plusieurs ordres de grandeur.

La vraie question n’est donc pas : « a-t-on détecté quelque chose ? », mais : « à quelle dose, chez qui, dans quel contexte, avec quelle relation dose-effet, et avec quelle conséquence clinique démontrée ? » Or les auteurs de l’étude suisse sont eux-mêmes prudents. Ils précisent que leur population était restreinte, hautement sélectionnée, et non représentative d’une population pédiatrique générale. Ils soulignent aussi qu’aucun groupe témoin d’enfants sains n’a été inclus, ce qui empêche de savoir si ces expositions étaient spécifiques aux enfants atteints de leucémie ou de lymphome. Il est donc scientifiquement malhonnête de laisser entendre que cette étude démontrerait que « les enfants » auraient massivement des pesticides dans le cerveau, ou que ces traces expliqueraient leurs maladies. Elle montre une capacité de détection de métabolites à l’état de traces dans une population très particulière. Elle ne démontre ni un risque sanitaire aux doses mesurées, ni une causalité avec les cancers pédiatriques, ni une exposition représentative de l’ensemble des enfants. Enfin, le débat est d’autant plus biaisé que les sources d’exposition ne sont presque jamais discutées. Les néonicotinoïdes ne viennent pas seulement des champs. Certains usages domestiques ou vétérinaires, notamment les traitements antiparasitaires des animaux de compagnie contenant de l’imidaclopride, peuvent contribuer à des expositions domestiques. Faire porter tout le soupçon sur l’agriculture, sans examiner ces sources résidentielles, revient à construire un récit militant plutôt qu’une analyse toxicologique sérieuse.

Le paradoxe écologique du purisme

En croyant protéger la nature par une interdiction dogmatique, les signataires de cette tribune provoquent ce que les scientifiques appellent un transfert de risques. C’est le pire des paradoxes, où l’idéologie produit l’effet inverse de celui recherché.

Puisque les alternatives autorisées actuellement sont moins puissantes et beaucoup moins persistantes que les traitements ciblés — au point que les pucerons verts (Myzus persicae) ont déjà développé de fortes résistances génétiques face aux traitements de substitution classiques à base de pyréthrinoïdes (comme le Karaté K ou le Mavrik Jet), les rendant inefficaces — les agriculteurs n’ont d’autre choix, pour sauver leurs cultures de betteraves ou de fruits, que de multiplier les passages de tracteurs pour pulvériser d’autres produits chimiques. Le résultat opérationnel est désastreux avec une consommation de carburant en hausse, des sols tassés par le poids des machines et un impact global sur la biodiversité locale bien plus lourd qu’un traitement unique et maîtrisé.

C’est tout le problème de cette tribune : elle ne raisonne pas en balance bénéfices-risques, mais en dramaturgie de la peur pour arriver à ses fins, en arrivant au passage à convaincre d’autres scientifiques qui confondent alors croyance et pertinence scientifique. Elle cite des études hors contexte, mélange des molécules différentes comme si tous les néonicotinoïdes avaient le même profil toxicologique, transpose à la France des données issues de pays aux usages agricoles et aux réglementations très différentes, confond détection analytique et exposition dangereuse, danger théorique et risque réel, corrélation et causalité, la pire des erreurs. Elle mobilise des études précliniques chez l’animal comme si elles suffisaient à prédire un effet clinique chez l’humain aux doses environnementales mesurées. Elle agite la présence de traces dans l’eau de pluie, les urines ou le liquide céphalo-rachidien sans jamais discuter sérieusement des ordres de grandeur, des seuils toxicologiques, des voies d’exposition, ni des sources possibles non agricoles, notamment domestiques ou vétérinaires.

L’écologie de papier se transforme ici en une impasse agronomique et environnementale bien réelle.

Acétamipride : anatomie d’une machine d’influence

J’approfondis

Face à la binarité stérile des débats, il convient de défendre une vision pragmatique. La solution ne réside ni dans le tout-chimique d’autrefois, ni dans le grand saut dans le vide proposé par les pétitionnaires. L’avenir appartient à une écologie de précision, scientifique et technologique, et non dogmatique et populiste.

Plutôt que d’interdire par posture et d’importer ensuite des produits traités depuis les pays voisins, voire l’autre bout du monde, nous devons faire confiance à la science et au progrès. Cela passe par le développement de l’application ciblée, le recours à la sélection variétale et aux NGT pour rendre les plantes nativement résistantes aux pucerons, et l’utilisation de technologies de pointe pour ne traiter que là où c’est strictement nécessaire, à la dose minimale utile. C’est en stimulant l’innovation et en libérant l’ingéniosité de nos chercheurs et de nos agriculteurs que nous bâtirons une agriculture durable, résiliente et capable de nourrir la population en toute sécurité.

1    Pour un adulte de 77 kg (poids moyen en France), la Dose Journalière Admissible (DJA) s’élève à 15,4 mg/j (0,2 mg/kg/j) pour le dinotéfurane, interdit en agriculture européenne
2    Pour un adulte de 77 kg (poids moyen en France), la Dose Journalière Admissible (DJA) s’élève à 15,4 mg/j (0,2 mg/kg/j) pour le dinotéfurane, interdit en agriculture européenne

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Reçu — 1 juillet 2026 Les Électrons Libres

Stockage de l’eau : 12 mythes qui nous condamnent à la sécheresse

1 juillet 2026 à 20:06

La canicule s’achève à peine qu’une nouvelle crise menace : la sécheresse. Même scénario, même retard dans l’adaptation, même indignation tardive. Pourquoi ? Parce que le débat public sur l’eau reste pollué par de tenaces idées reçues.

Le contraste est saisissant. En vingt-cinq ans, la France n’est parvenue à créer que 5 à 10 millions de mètres cubes de nouvelles réserves d’eau. Pendant ce temps, le Maroc en construisait près de 2 milliards tandis que l’Espagne, notre voisine dont la production est quasi équivalente à la nôtre, avec un climat similaire à celui qui nous attend en 2100, dispose d’environ 22 milliards de mètres cubes de stockage pour sécuriser son irrigation.

Pourtant, l’Hexagone ne manque pas de pluie. Chaque année, le cycle des précipitations représente environ 500 milliards de mètres cubes d’eau. Le problème n’est pas la quantité qui tombe, mais l’impossibilité d’en conserver une petite partie jusqu’à l’été. La capacité de stockage agricole française représente à peine l’équivalent de quelques heures de précipitations à l’échelle nationale. Et pourtant, à Bruxelles comme à Paris, des députés sont à l’offensive pour essayer de couper les financements de nouveaux dispositifs.

Le cycle de l’eau

Avant même de discuter des conflits d’usage entre mégabassines, irrigation du maïs, arrosage des golfs ou refroidissement des datacenters, le débat français bute sur une incompréhension fondamentale : le cycle de l’eau.

L’eau n’est pas un stock qui pourrait venir à s’épuiser. C’est un flux perpétuel. L’eau consommée ne disparaît pas. Elle revient. Toujours. Mais pas forcément au bon moment. Ni là où elle est nécessaire.

Approximations hydrologiques…

Idée reçue #1 : « Les nappes phréatiques sont les meilleures des réserves… Pas besoin de bassines »

C’est vrai en Picardie, c’est faux dans le Poitou. Tout dépend de la géologie locale et du type d’aquifère. Dans une nappe inertielle (comme en Picardie), l’eau circule lentement. La nappe constitue effectivement une excellente réserve naturelle, et stocker son eau en surface serait absurde. À l’inverse, dans les zones ciblées par les retenues de substitution (comme les Deux-Sèvres), les aquifères sont fissurés ou karstiques. Dans ces nappes dites « réactives », l’eau circule à grande vitesse et n’y reste en moyenne qu’un mois avant de rejoindre l’océan. La nappe déborde l’hiver et se vide naturellement très vite à l’approche de l’été. Dans ce contexte géologique précis, le stockage de surface constitue une option adaptée pour conserver l’eau hivernale avant qu’elle ne file à la mer.

Idée reçue #2 : « Il existe des dispositifs de recharge des nappes phréatiques, qui sont plus écologiques que les mégabassines, pour un résultat similaire »

La recharge artificielle (par injection ou bassins d’infiltration) est une idée séduisante sur le papier, et qui fonctionne ailleurs, mais elle est totalement inadaptée dans ce contexte hydrogéologique précis. On l’a vu, les nappes du Poitou sont déjà saturées à 100 % par les pluies naturelles en hiver. Y injecter artificiellement de l’eau serait donc un non-sens physique. Non seulement on ne peut pas remplir une bouteille déjà pleine, mais l’eau ajoutée s’échapperait rapidement. Dans ce cas précis, le stockage en surface reste la seule solution technique pour conserver l’eau.

Idée reçue #3 : « Les petites retenues collinaires, c’est bien, mais les mégabassines, ce n’est pas pareil : on pompe dans la nappe ! »

Les retenues collinaires, qui captent le ruissellement, exigent un relief accidenté absent des plaines du Poitou. De plus, capter l’eau directement dans les cours d’eau en crue endommage le matériel à cause des sédiments et des débris. Le pompage hivernal en nappe résout ces contraintes en offrant une eau naturellement filtrée par le sol, prélevée au plus près des cultures. Une eau qui, dans un contexte karstique où nappes et rivières communiquent intensément, est hydrologiquement la même partout. L’enjeu n’est donc pas l’endroit où l’on pompe, mais la période : en hiver exclusivement, lorsque ces nappes réactives sont pleines.

Idée reçue #4 : « Quand on remplit les retenues d’eau, ça vide les nappes pour l’été »

On l’a vu, dans les zones de nappes réactives concernées par les projets de retenues, l’eau circule à grande vitesse et rejoint la mer en l’espace d’un mois environ. Le pompage hivernal n’a donc aucun impact sur le niveau estival des nappes.

Idée reçue #5 : « Lorsqu’on remplit les retenues, l’eau pompée manque aux écosystèmes, y compris marins, pendant l’hiver »

L’eau hivernale bénéficie aux milieux naturels avant d’atteindre la mer. Les apports d’eau douce jouent aussi un rôle important pour les estuaires et les écosystèmes côtiers. Mais l’objection oublie les ordres de grandeur en jeu. Dans les Deux-Sèvres, le remplissage complet requiert à peine 1,3 % de la pluie efficace hivernale, ne réduisant le débit des cours d’eau que de 1 % selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Un niveau bien insuffisant pour affamer le phytoplancton côtier. D’autant que les prélèvements sont strictement interdits si le niveau de la nappe est trop bas.

Idée reçue #6 : « La moitié de l’eau est perdue par évaporation »

Ce chiffre de 20 % à 60 % provient d’une grossière erreur d’interprétation d’une étude sur des lacs nord-américains. Celle-ci disait que l’évaporation représente 20 % à 60 % des pertes d’eau, et non que 20 % à 60 % du volume total d’eau est perdu par évaporation. Une nuance de taille. En réalité, l’évaporation est en grande partie compensée par les pluies qui tombent directement dans la retenue en hiver. Les retours d’expérience en Vendée et les données de l’Académie d’agriculture de France estiment la perte nette moyenne entre 2,3 % et 5 % du volume stocké, une perte qui, en période de canicule extrême, plafonne à 7,7 %. Très loin du gouffre hydrique annoncé.

Idée reçue #7 : « Les bassines, on n’arrivera pas à les remplir dans le futur à cause du réchauffement climatique »

L’impact du réchauffement sur le remplissage hivernal fait l’objet de prévisions contrastées. Si, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les précipitations hivernales ne devraient pas diminuer, l’augmentation de l’évapotranspiration à l’automne pourrait retarder la recharge des sols. Le risque n’est de toute façon pas écologique, aucun prélèvement n’étant autorisé si la nappe n’a pas atteint un niveau suffisant. Les milieux naturels restent donc sanctuarisés.

Idée reçue #8 : « Les retenues d’eau, c’est mauvais pour la biodiversité »

C’est vraisemblablement tout le contraire. D’après l’étude du BRGM dans les Deux-Sèvres, substituer les prélèvements d’été par du stockage hivernal permettrait d’augmenter le débit estival des cours d’eau jusqu’à +40 % sur certains tronçons. Un gain crucial pour limiter l’assec des zones humides remarquables, comme le Marais poitevin, et protéger la faune aquatique au moment le plus critique de l’année. Par ailleurs, l’accès à cette eau est conditionné à des engagements agroécologiques stricts pour les agriculteurs : réduction des pesticides, plantation de haies et création de corridors écologiques. Autant de mesures directement favorables à la restauration de la faune et de la flore locales.

Arguments d’autorité…

Idée reçue #9 : « Les mégabassines, c’est forcément de la maladaptation »

Là encore, c’est le contraire. Le GIEC les inclut explicitement dans ses rapports comme des solutions d’adaptation, tout en rappelant que leur efficacité aura des limites en cas de réchauffement trop important. Pour éviter ce piège, elles ne doivent pas être l’unique réponse mais s’inscrire dans une stratégie globale, comme c’est le cas dans les Deux-Sèvres, où le stockage est conditionné, on vient de le voir, à des engagements agroécologiques stricts et à une baisse globale des volumes prélevés.

Idée reçue #10 : « Les mégabassines, les scientifiques sont contre »

Disons que les « scientifiques en rébellion » ont tendance à prendre leur cas pour une généralité. Comme le rappelle Patrick Lachassagne, président du Comité français d’hydrogéologie (CFH) : affirmer de manière générale qu’une mégabassine n’est pas soutenable n’est « factuellement pas vrai », car l’impact est « très site-dépendant ». Il souligne qu’il faut faire la part des choses entre l’expertise technique et les opinions, dénonçant l’usage par certains de « pseudo-arguments hydrologiques » pour faire passer un message avant tout politique. Des institutions de référence comme le GIEC, le BRGM ou l’Académie d’agriculture confirment d’ailleurs la pertinence technique de ces projets sous conditions géologiques et réglementaires strictes.

… Et arrière-pensées idéologiques

Idée reçue #11 : « C’est une privatisation de l’eau ! »

C’est oublier que l’eau fait déjà l’objet de prélèvements légaux par de nombreux acteurs (distributeurs, barrages hydroélectriques ou particuliers), et surtout que ces retenues génèrent un bénéfice collectif. Remplacer les pompages d’été par du stockage d’hiver permet de relâcher la pression sur les nappes au moment le plus critique. Un dispositif qui profite aux milieux naturels et à tous les usagers en limitant les restrictions estivales.

Idée reçue #12 : « Les mégabassines, ça ne profite qu’à une poignée de privilégiés »

Encore une rhétorique qui ne résiste pas à l’examen des faits. Dans le projet des Deux-Sèvres, deux tiers des exploitations irrigantes de la zone sont engagées, soit 202 fermes sur 300. À Sainte-Soline, les 26 exploitations participantes ont une taille économique similaire, voire inférieure, à la moyenne régionale. On est bien loin de l’accaparement par une minorité d’agro-industriels voraces. D’autant que tous les agriculteurs, connectés ou non, bénéficient des réductions de restrictions estivales que permettent ces installations.

Les soulèvements de la raison

L’eau consommée (non restituée aux milieux) chaque année en France s’élève à 3,8 milliards de mètres cubes. L’agriculture représente à elle seule 61 % de cette consommation nationale, 60 % de la consommation annuelle se faisant entre juin et août, au moment précis où les cours d’eau ne transportent plus que 15 % de leur volume annuel. Le stockage hivernal de l’eau n’est donc ni un caprice productiviste, ni une hérésie écologique : employé à bon escient, c’est un levier de bon sens, mis en œuvre par l’humanité depuis la nuit des temps, pour pallier le déphasage entre besoins et disponibilité de la ressource.

Sécheresse : ces solutions adoptées ailleurs dont la France se prive

J’approfondis

Pourtant, en France, ce sujet subit le même traitement irrationnel que le nucléaire, la climatisation ou les OGM : un dénigrement systématique et une guérilla juridique permanente. Résultat : la France est à la traîne par rapport à ses voisins et doit se préparer à souffrir jusqu’à ce que l’évidence finisse, là aussi, par s’imposer. L’idéologie ne fait pas tomber la pluie. Elle n’arrose pas les cultures. Elle ne rafraîchit pas les logements. En revanche, elle essaie de torpiller les solutions. Opposons-lui enfin le soulèvement de la raison.

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Reçu — 30 juin 2026 Les Électrons Libres

Le réenchantement du monde

30 juin 2026 à 22:03

La France invente le progrès, mais ne l’adopte qu’à reculons, lorsque la nécessité lui force la main. Anatomie d’un peuple qui a cessé de désirer pour se contenter de subir.

Quand les contemporains de Max Weber montaient dans les premiers tramways, ils n’en connaissaient pas les rouages. Ils n’en avaient pas besoin. Il leur suffisait d’en saisir les grands principes et de savoir qu’un ingénieur, lui, les maîtrisait, et qu’aucune force occulte ne gouvernait la course de ce tube d’acier. Dans Le Savant et le Politique, opus d’une actualité saisissante, le sociologue allemand nommait cela le « désenchantement du monde », à savoir la disparition des explications magiques ou religieuses de notre environnement au profit d’une vision rationnelle, scientifique et bureaucratique. Le surnaturel reflue, les sorciers cèdent la place aux ingénieurs, et on laisse émerger une société de connaissance, basée sur la confiance dans ceux qui la produisent, la maîtrisent et la transforment en confort.

Le tramway est emprunté parce qu’on le comprend et que l’on a foi dans ceux qui le conçoivent. Le progrès, chez Weber, avançait à la vitesse d’une confiance, et la modernité pour lui était une marche triomphale vers la rationalité où l’innovation s’imposait par sa seule évidence.

Le paradoxe français : être à la pointe de la technologie et lui tourner le dos

Un siècle plus tard, la France semble avoir tourné le dos à cette ère. Le tramway est redevenu suspect. Nous avons réenchanté le monde et nous y avons projeté nos peurs : l’OGM est un Frankenstein, le nucléaire un prophète de l’apocalypse, la chimie un empoisonneur et la climatisation un climaticide. Nous avons même hissé le principe de précaution au rang constitutionnel, insigne honneur fait à une hésitation ayant sacralisé le risque hypothétique et excommunié quiconque ose le calculer ou le défier.

Notre pays, pourtant terre de génies — de Pasteur à Emmanuelle Charpentier, des frères Lumière à Yann LeCun, en passant par les utopies de Jules Verne —, invente un futur qu’il n’adopte qu’à contrecœur. Nous excellons dans l’invention, la recherche et l’imagination. Nos laboratoires, nos écoles et nos romans ont façonné des révolutions scientifiques et culturelles. Pourtant, dès qu’il s’agit de passer à l’action, nous tergiversons, nous débattons et nous attendons.

Et puis un jour la crise arrive, et soudain ce qui était un tabou devient une évidence.

L’art d’accepter l’innovation après la catastrophe

Dans un monde réenchanté, on n’embrasse plus ce que l’on comprend, mais ce que l’on subit. Toute notre histoire technologique tient dans la phrase de Jean Monnet : « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. » La chaleur que nous subissons depuis quelques jours en est l’exemple parfait.

Nous avons longtemps raillé la climatisation comme un vice américain, un gadget énergivore et polluant. Tandis qu’à Singapour, l’ancien Premier ministre Lee Kuan Yew déclarait que « la climatisation est la clé du progrès, qui a changé la nature de la civilisation » et en avait équipé un maximum de bâtiments publics, les Français, au motif de leur climat tempéré, étaient fiers de s’en passer. Les bâtiments sont construits sans elle, et les entreprises hésitent à investir. Il a fallu les 15 000 morts de 2003 pour qu’on impose, du bout des lèvres, une pièce rafraîchie dans nos Ehpad. Et nous revoilà, en cette fin de printemps 2026, démunis face à l’une des pires canicules de notre histoire récente, entre des classes devenues saunas, des hôpitaux étouffants et des logements irrespirables. Résultat, la climatisation devient un enjeu de santé publique et les ventes bondissent depuis quelques années. Trop tard pour les personnes âgées qui meurent chaque été et les enfants qui n’ont pu étudier correctement dans ces étuves.

Nous avons été le peuple de l’atome, par contrainte. Nous avons bâti une cinquantaine de réacteurs en deux décennies pour sortir de la dépendance au pétrole révélée par le choc de 1973, grâce à l’action de Pierre Messmer. Pourtant, dès les années 1990, le débat public se radicalise autour des risques, de la gestion des déchets et de la peur d’un nouveau Tchernobyl. Le nucléaire est devenu clivant, presque honteux, en dépit du confort qu’il apporte. Pendant des décennies, les gouvernements successifs freinent son développement et programment sa réduction de moitié, sous la pression du parti écologiste et d’une partie de l’opinion dans le cadre de tortueuses et cyniques négociations politiques. Il aura fallu la guerre en Ukraine, l’explosion des prix de l’énergie qu’elle a provoquée et les menaces de coupure de courant pour nous (re)convertir à ce que nous avions mis des années à renier. Face aux pénuries, le nucléaire redevient une solution, le président de la République annonce la relance des EPR et les écologistes les plus modérés admettent que le tout-renouvelables n’est pas pour demain. Une épiphanie trop tardive, car les délais de construction s’allongent et les coûts explosent. Nous aurions pu anticiper. Nous avons subi.

Nous avons mené la chasse aux passoires thermiques comme une croisade, jusqu’à ce que l’offre locative se tarisse et que l’on s’aperçoive que l’on ne peut retirer des centaines de milliers de logements du marché sans dommage. Le DPE a été allégé en urgence pour atténuer la crise du logement. Trop tard pour des millions de Français qui ont subi une inflation locative sans profiter d’une rénovation énergétique efficace.

Nous voyions le télétravail comme une menace pour la productivité et une atteinte à l’équilibre vie pro/vie perso. Il aura fallu un double confinement pour y convertir un quart des actifs et en faire une pratique normalisée de notre vie professionnelle. Trop tard pour les années perdues à subir des trajets épuisants.

Nous avons ignoré le poids des cotisations sociales jusqu’au jour où — voulant augmenter le pouvoir d’achat des salariés pour lutter contre l’inflation et endiguer les pénuries de recrutements — nous avons buté sur leur importance qui engloutit la moitié de la rémunération du travail. L’immense majorité de la classe politique se dote d’une offre programmatique pour les baisser dès 2027. Trop tard pour des générations de travailleurs dont le pouvoir d’achat s’est érodé année après année.

Les OGM et les vaccins, les prochains sur la liste ?

Parmi les nombreuses technologies encore honnies dans le débat public (comme le véhicule autonome, les phytosanitaires et, dans une moindre mesure, l’intelligence artificielle), deux sont particulièrement taboues malgré leur immense potentiel : l’édition génomique, héritière raffinée des OGM, nous offrant des cultures résistantes à la sécheresse et sevrées de pesticides ; et le vaccin, envers lequel les Français comptent parmi les peuples les plus défiants de la planète. Nous avons à moitié vécu la leçon avec le Covid, une pandémie jugulée en un temps record par une technologie à ARN messager que tant de Français ont reçue à contrecœur. Faudra-t-il une famine ou une nouvelle pandémie pour que nous acceptions enfin leur utilité ? Devrons-nous toujours payer en morts le prix d’une hésitation que la raison avait déjà levée ?

Le rôle du politique

Rien n’y oblige, si nos élus consentaient à tenir leur fonction. Réduits au commentaire, ils critiquent leurs prédécesseurs et leurs oppositions, déplorent des effets qu’ils n’ont pas su prévoir, s’indignent de carences qu’ils ont laissé prospérer, s’inventent des volontés qu’ils n’ont pourtant jamais exprimées.

Weber prônait pourtant une distinction établie des rôles : au savant de désenchanter le monde, d’établir ce qu’une technologie permet et ce qu’elle coûte ; au politique de trancher et d’agir. De l’homme d’État, il exigeait « la passion, le sentiment de responsabilité et le coup d’œil », ce don de voir venir et de répondre des conséquences avant qu’elles ne frappent.

Nous n’attendons pas de l’élu qu’il déplore le naufrage, mais qu’il l’évite. Non pas qu’il commente la technologie, mais qu’il en porte les usages bénéfiques. Non pas qu’il subisse le présent, mais qu’il se propose de tracer un avenir. La place du politique n’est pas dans le commentaire, mais dans la projection.

Lever le blocage technophobe

D’où vient ce blocage ? D’un recul de l’habitus scientifique et d’un rapport faussé à la modernité. La France aime le progrès en idée, elle qui a fait les Lumières, et le redoute en pratique, par crainte de la perte de contrôle, de l’inégalité, de la déshumanisation. C’est le pays du « oui, mais » : le nucléaire, c’est bien… mais c’est dangereux. Les OGM, c’est utile… mais c’est pas naturel. La climatisation, c’est pratique… mais ça consomme. Nous tenons le débat pour une vertu et l’action pour une faute, et nous délibérons jusqu’à ce que la crise tranche à notre place.

Le travers est ancien. Nous avons donné au monde le métier à tisser de Jacquard et laissé l’Angleterre en faire une révolution. Voilà notre signature, pionniers à l’atelier et timorés à l’usine. Le talent de l’amont, la peur de l’aval.

La France n’a pas un problème de génie, mais de désir. Et le désir, ça se travaille, ça s’attise, ça s’entretient. Nous inventons plus que nous n’osons employer. Nous préparons l’avenir dans nos laboratoires et nos romans, et nous l’enterrons dans nos lois. Il serait temps de l’en sortir. Faisons confiance à la science. Cessons de rougir du confort que nos inventions nous offrent, comme s’il fallait l’expier. Apprenons à anticiper plutôt qu’à réparer. Les Français n’attendent rien d’autre de ceux qui les gouvernent que de tracer un cap plutôt que de le subir. Ce sera l’un des grands enjeux de 2027.

Un peuple qui n’avance que sous la contrainte ne choisit jamais. Il subit, il s’incline, il regrette. Mais rien ne nous y condamne. Réapprenons à désenchanter le monde avant que la nécessité ne s’en charge, et à embrasser le progrès au lieu de l’attendre acculés. Le tramway de Weber est à l’arrêt. Montons-y par désir, non par peur.

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Reçu — 29 juin 2026 Les Électrons Libres

Climatisation : comment l’idéologie a étouffé les Français

29 juin 2026 à 19:15

La climatisation n’est pas interdite, mais… Après 13 jours d’une canicule peut-être meurtrière, les responsables publics minimisent leur influence sur le sous-équipement des logements. Pourtant, son installation est sciemment entravée par un véritable Léviathan administratif.

Le 24 juin 2026 est devenu la journée la plus chaude jamais enregistrée en France. La température moyenne nationale a été de 29,9 °C sur 24 heures, avec 44,1 °C à Saumur et 72 départements en vigilance rouge simultanément. À Paris, le thermomètre n’est pas descendu sous 27 °C la nuit. Météo-France parle d’une sévérité « au moins équivalente à 2003 », l’année où 15 000 personnes étaient mortes de chaleur en France.

Avec le réchauffement climatique, ces épisodes vont se multiplier. Les Français doivent donc pouvoir refroidir leur logement. À court terme, la climatisation est la seule solution simple, rapide à déployer et relativement abordable. Mais la France a construit un paradoxe absurde : on laisse chacun acheter un climatiseur monobloc mobile, bruyant et peu performant, tandis que les systèmes qui refroidissent vraiment — split fixe ou PortaSplit — sont ceux que les normes, les procédures et les risques juridiques découragent le plus.

Construction, rénovation : ces règles qui limitent la clim

En 2024, à peine 12 % des logements collectifs neufs déclaraient un système de refroidissement, et 7 % des maisons individuelles. Pourtant, 9 sur 10 sont équipées d’une pompe à chaleur réversible. Comment en est-on arrivé à cette aberration ? La fonction froid existe bel et bien, mais elle est désactivée pour rester dans les clous de la réglementation environnementale 2020 (RE2020), monstre réglementaire de plus de 1 800 pages mis en œuvre par décret.

Au cœur du dispositif se trouve le Bbio, l’indicateur qui mesure les besoins bioclimatiques d’un bâtiment. Dès qu’un promoteur déclare une climatisation, le calcul change : le logiciel suppose que les fenêtres resteront fermées en permanence, même la nuit. Il efface donc une partie du rafraîchissement naturel, fait grimper artificiellement le besoin de froid, puis oblige le projet à compenser par plus d’isolation ou de protections solaires, entraînant des surcoûts rarement acceptés par les promoteurs et par leurs clients.

Mais ce n’est pas tout. La RE2020 porte aussi cette obsession française de l’économie d’électricité, fût-elle abondante et bas carbone. Pour mesurer les émissions du froid, elle valorise l’électricité à 64 gCO²/kWh, soit environ le triple du mix français moyen. La climatisation est pénalisée sur une base artificiellement gonflée. Un rapport remis au gouvernement en 2025 proposait deux corrections simples ; il est resté sans suite.

Le biais ne concerne pas seulement le neuf. Coercitif depuis 2025, le diagnostic de performance énergétique (DPE) a été conçu autour du confort d’hiver, poussant à isoler toujours plus, sans traiter sérieusement la question du refroidissement et en pénalisant tous les équipements électriques, pompes à chaleur réversibles comprises. 40 % des logements pourtant classés A ou B sont des « bouilloires thermiques ». La rénovation énergétique a produit un parc mieux protégé du froid, mais trop souvent incapable de protéger ses habitants de la canicule.

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Parcours du combattant administratif

Dans l’ancien collectif, dès qu’une climatisation implique une unité extérieure sur une façade ou une partie commune, il faut obtenir un vote à la majorité absolue de tous les copropriétaires, absents compris. La loi ne distingue pas clairement la nuisance réelle du refus de principe, alors qu’aujourd’hui une unité moderne fait le bruit d’un réfrigérateur.

Sans autorisation, les tribunaux peuvent ordonner la dépose aux frais du propriétaire, parfois des années après. En pleine canicule, un locataire a été sommé par son syndic de retirer son PortaSplit, pourtant mobile, sans percement de façade ni travaux sur les parties communes. Son logement, classé F/G sous les toits, ne descendait pas sous les 30 °C la nuit. Quand l’appareil est fixé, en revanche, les tribunaux tranchent sans pitié. La Cour de cassation a validé en 2004 le retrait d’un climatiseur au seul motif qu’il nuisait à l’esthétique de l’immeuble. La règle qui proscrit un étendage de linge est dévoyée pour interdire un dispositif qui peut sauver des vies.

Si les copropriétaires sont d’accord, ou si l’on habite un logement individuel, reste à passer l’obstacle de la mairie. Une unité visible depuis la rue impose une déclaration préalable de travaux, examinée par la commune au regard du plan local d’urbanisme (PLU). D’une ville à l’autre, le même appareil peut être autorisé, habillé, déplacé ou refusé. À Paris, par exemple, le PLU bioclimatique n’admet la climatisation individuelle qu’en dernier recours, après épuisement des solutions passives.

Dans les zones protégées, la démarche est encore plus incertaine, puisque l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) peut bloquer une unité extérieure visible. Dans les cas les plus courants, son avis défavorable vaut refus automatique. Or, un tiers des logements de France métropolitaine se trouvent dans ces périmètres, et 44 % du parc locatif privé.

Même installée, la clim reste attaquable

Même avec l’accord de la copropriété, de la mairie et de l’ABF, un propriétaire n’est pas toujours au bout de ses peines, car l’installation reste contestable. Sur le fondement du trouble anormal de voisinage, un seul voisin peut, avec une expertise acoustique, faire condamner un propriétaire sans prouver de faute. Les tribunaux ordonnent alors travaux, dommages-intérêts, parfois la dépose aux frais du propriétaire. Le risque vise surtout les appareils mal posés, mais transforme parfois une installation conforme en bataille d’expertise sur plusieurs années.

Des locataires sans espoir

Pour les locataires, le droit de se protéger de la chaleur dépend d’abord du bailleur, qui peut refuser sans justification. Passer outre expose à une dépose à leurs frais, voire à la perte du dépôt de garantie.

Déjà peu incités par le parcours du combattant administratif, les propriétaires le sont encore moins dans les villes où les loyers sont encadrés : si les mensualités atteignent le plafond, ce qui est fréquent en zone tendue, ils ne peuvent compenser les sommes engagées par une augmentation.

Il y a pourtant encore plus mal lotis que les locataires du parc privé : les millions de Français en HLM. Toute transformation est interdite sans accord écrit de l’organisme gestionnaire et seul ce dernier peut déposer la déclaration en mairie. Or, l’Ancols, régulateur public du secteur, constate que les bailleurs sociaux appliquent « unanimement une politique de non-climatisation des logements », au nom de l’écologie et du coût pour les locataires.

Cette vision a été résumée dès le lendemain de la journée la plus chaude jamais enregistrée par David Belliard, président de la RIVP, gestionnaire de 68 000 logements sociaux parisiens. Sur BFMTV, il annonçait sans ambages son refus de climatiser son parc : un milliard d’euros sur dix ans pour rénover, mais pas un euro pour rafraîchir l’été.

Tout financer… sauf la clim

La France subventionne l’adaptation à la chaleur, mais presque jamais la climatisation. MaPrimeRénov’ exclut en geste isolé la pompe à chaleur air-air, pourtant l’équipement le plus accessible. Pour être aidé, il faut une rénovation d’ampleur, un gain de deux classes DPE, un audit et un accompagnateur agréé.

Le Fonds vert applique la même logique aux bâtiments publics : sa ligne « confort d’été » exclut la climatisation électrique, jugée « énergivore », et privilégie les solutions passives. Un maire peut financer des stores pour une école, pas un vrai refroidissement.

Ce refus dépasse les clivages. Le plan de 6,6 milliards d’euros de la Région Île-de-France pour ses 470 lycées vise explicitement un confort thermique « sans recours à la climatisation ». Tant pis si les canicules se succèdent.

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Sortir de l’impasse décroissante

Tous ces freins ne sont pas dus au hasard. Ils procèdent d’une même défiance envers le refroidissement actif, nourrie depuis des années par l’anti-nucléarisme et l’obsession de réduire la consommation électrique, même quand cette électricité est abondante et bas carbone. La décroissance s’est installée dans l’appareil d’État. En 2020, la Convention citoyenne pour le climat appelait déjà à « limiter le recours au chauffage et à la climatisation ». Depuis, la ligne n’a guère changé : le Haut Conseil pour le Climat et l’ONERC, l’observatoire national sur les effets du réchauffement climatique, qualifient la climatisation de « mal-adaptation », Santé publique France a longtemps hébergé une page intitulée « Pourquoi éviter la climatisation ? », et les politiques publiques financent encore l’ombre, les rideaux et les stores bien plus volontiers que le froid.

Il faut sortir de cette impasse mortifère. Reconnaître un droit à se protéger de la chaleur, y compris avec une unité extérieure. Un droit fondamental qu’aucun voisin de copropriété, aucun maire au nom du PLU ni aucun architecte des Bâtiments de France ne puisse arbitrairement bloquer. Ramener le facteur carbone du froid à la réalité du mix électrique français. Ouvrir MaPrimeRénov’ et le Fonds vert au rafraîchissement actif. Faciliter l’accord entre bailleurs et locataires. Et surtout cesser de traiter la climatisation comme un caprice de confort, alors qu’elle devient, canicule après canicule, une protection sanitaire élémentaire. La vie des plus fragiles en dépend.

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Reçu — 28 juin 2026 Les Électrons Libres

Électroscope #33 : un vaccin universel, une chirurgie par ultrasons et des puces miniatures

28 juin 2026 à 18:54

Se repérer sans GPS, soigner les cœurs sans chirurgie, miniaturiser les puces jusqu’aux frontières de l’atome, explorer le cœur de la Voie lactée, stopper les pandémies avant même qu’elles ne débutent… C’est parti pour Électroscope #33.

Avec le LocIndoor, l’armée de terre veut s’affranchir du GPS

Et si nos soldats pouvaient se repérer avec une haute précision dans une zone brouillée, sans le moindre signal GPS ? C’est l’exploit visé par une entreprise française qui veut améliorer l’équipement du fantassin français.

Depuis le retour des conflits de haute intensité, notamment en Ukraine, une chose est claire : les systèmes de positionnement (GPS, Galileo) ne sont plus infaillibles. En rendant la géolocalisation inopérante, le brouillage électromagnétique menace de rendre nos soldats « aveugles » et empêche la coordination des troupes sur le terrain. Pour contrer ce danger, l’armée française teste la technologie « LocIndoor », de la PME normande Sysnav.

Oubliez la dépendance aux satellites et aux centrales à inertie classiques ! Ce prototype, dont la version finale devrait faire la « taille d’une boîte d’allumettes de 50 g » et qui se fixe à la cheville du militaire, intègre une technologie de « tachymètre magnéto-inertiel » qui repose sur divers capteurs (accéléromètres, gyroscopes, magnétomètres…). Concrètement, le système capte en continu les infimes variations du champ magnétique terrestre et les fusionne, via une IA, à une reconnaissance précise des pas du soldat porteur.

Le boîtier est ainsi en mesure de calculer une position en 3D avec une dérive inférieure à 1 % de la distance parcourue, sans nécessiter de recalibrage. Dit autrement, la marge d’erreur de positionnement est « inférieure à 10 mètres après un kilomètre de marche à l’aveugle », de jour comme de nuit, en extérieur brouillé comme à l’intérieur d’un bâtiment !

« Nous cherchons une précision de classe métrique dans des situations de perte complète des informations, en sachant qu’un fantassin ne parcourra pas plus de quelques kilomètres en opération et qu’un kilomètre dans un bâtiment, c’est déjà beaucoup ! », souligne son fondateur David Vissière.

Présentée récemment au salon Eurosatory et intégrée au programme militaire Centurion, cette technologie souveraine ne sert pas qu’à déterminer la position d’un militaire sur une carte. Elle permet d’infuser des alertes critiques, de détecter de manière fiable si le soldat est à terre ou encore d’éviter les tirs fratricides. Mais son potentiel va bien au-delà du seul champ de bataille : le LocIndoor peut aussi équiper les pompiers intervenant dans des situations complexes ou encore sécuriser les travailleurs isolés…

Des ultrasons pour réparer les cœurs sans chirurgie ?

Et si une simple séance d’ultrasons suffisait à réparer certains cœurs défaillants, sans la moindre incision ni anesthésie générale ?

C’est la promesse désormais bien réelle de la deeptech française Cardiawave, qui annonce la commercialisation de sa solution « Valvosoft » après l’obtention de son marquage CE fin 2025. L’ennemi visé ? La sténose aortique sévère, une maladie liée au vieillissement qui calcifie la valve du cœur, l’empêchant de pomper le sang correctement. Jusqu’ici, la seule issue était le remplacement de la valve par une prothèse, une procédure inéligible pour des centaines de milliers de patients jugés trop âgés ou trop fragiles (et donc condamnés).

Grâce à dix ans de recherche associant l’Institut Langevin et l’Hôpital européen Georges-Pompidou, une alternative d’ingénierie acoustique non invasive a vu le jour. Le principe repose sur la cavitation ultrasonore : un appareil posé sur le thorax envoie des ondes sonores précises vers le cœur, en ciblant le tissu calcifié de la valve par imagerie échographique.

Ces ultrasons génèrent alors des « microbulles de cavitation éphémères ». En implosant, celles-ci libèrent une énergie mécanique microscopique qui fragmente le calcium interstitiel et redonne instantanément de la souplesse à la valve. L’avantage de ce procédé ? Il n’induit aucune lésion thermique et préserve les tissus sains environnants. De plus, cette procédure purement ambulatoire ne nécessite ni incision, ni cathéter, ni anesthésie générale…

Les résultats cliniques de l’étude pivot sont spectaculaires : chez les patients traités, la surface d’ouverture de la valve augmente de 43 % (par rapport à la progression naturelle de la maladie), avec un risque d’accident vasculaire cérébral lié à la procédure de… 0 % ! Ce traitement innovant marque donc le début d’une nouvelle ère pour la cardiologie mondiale, transformant une intervention redoutée en un soin de routine sécurisé.

Bienvenue dans l’ère de l’angström avec la nouvelle puce IBM

Et si la puissance des plus grands ordinateurs du monde pouvait tenir sur un composant 10 000 fois plus petit qu’un globule rouge ? Préparez-vous à plonger dans l’ère de l’angström, qui repousse les limites de la physique de la matière !

Pendant des décennies, l’informatique a suivi une règle simple : réduire la taille des puces à plat pour y tasser toujours plus de composants. Mais face aux limites de la miniaturisation spatiale bidimensionnelle, l’industrie a dû basculer vers des architectures 3D au cours de la dernière décennie. Dans cette logique, le géant IBM vient (à nouveau) de marquer l’histoire en dévoilant la première puce au monde gravée au nœud de 0,7 nm (soit 7 angströms) !

Ici, il convient de préciser que, dans ce domaine, un chiffre comme « 0,7 nm » ne désigne plus la dimension physique des pièces de la puce. Il fonctionne plutôt comme un label servant à prouver que l’on a réussi à concentrer encore plus d’efficacité et de transistors dans un même espace par rapport aux anciens modèles. La recette utilisée ? L’architecture « Nanostack ». Au lieu d’étaler les composants, IBM empile verticalement et décale les transistors de polarités différentes en 3D, grâce à une méthode d’intégration qui permet de coller deux tranches de silicium (wafers) avec une précision inouïe.

L’échelle est insaisissable pour l’esprit humain : un seul nœud Nanostack est environ 10 000 fois plus petit qu’un globule rouge humain. Et sur une surface de silicium équivalente à la taille d’un ongle, il est possible d’intégrer près de 100 milliards de transistors avec cette technologie ! Par rapport à la version 2 nm dévoilée par IBM il y a cinq ans, elle permet de « booster les performances brutes de la puce de 50 % à consommation égale, ou de réduire sa consommation d’énergie de 70 % à performance égale ».

« Cette puce marque un tournant décisif, propulsant la technologie au-delà de l’ère nanométrique pour atteindre l’échelle atomique. Grâce à notre nouvelle architecture Nanostack, nous ne nous contentons pas de fabriquer des transistors plus petits : nous réinventons la conception des puces pour apporter une puissance et une efficacité énergétique considérablement accrues. Cette innovation, une première dans l’industrie, pose les fondements de la prochaine ère de l’informatique », explique Jay Gambetta, directeur de la recherche chez IBM.

Une grande bénéficiaire sera l’intelligence artificielle générative, en permettant de lever un goulet d’étranglement pour les accélérateurs d’IA, à savoir les processeurs spéciaux conçus pour traiter les calculs complexes de l’intelligence artificielle de manière ultra-rapide et économe en énergie. Les projections estiment qu’ils pourraient atteindre, avec cette puce, une puissance inférentielle colossale de 9 000 TOPS (trillions of operations per second).

À cette échelle, l’entraînement des gigantesques modèles d’IA, qui requiert aujourd’hui des mois de calcul intensif, pourrait être réduit à « seulement deux ou trois semaines » ! IBM se donne cinq ans pour la commercialisation, avec l’aide du géant néerlandais ASML.

Le satellite européen Euclid dévoile le cœur de la Voie lactée

Et si la traque de la matière noire nous aidait à débusquer de nouveaux mondes cachés à des milliers d’années-lumière ? C’est la belle promesse du télescope spatial européen Euclid : initialement conçu pour sonder l’Univers sombre, il vient de livrer le panorama le plus vaste et détaillé du centre de notre galaxie en lumière visible.

Lancé à 1,5 million de kilomètres de la Terre, Euclid a pour mission originelle de traquer la structure cosmique de la matière noire. Mais en braquant son regard optique grand champ vers le « bulbe », le cœur hyper-dense de la Voie lactée, il a capturé une image historique de 324 mégapixels. En l’espace de 26 heures seulement, il a pu immortaliser 60 millions d’étoiles, là où un observatoire terrestre de pointe comme le célèbre observatoire Keck aurait nécessité environ 2 000 heures de temps d’observation.

Pour restituer la splendeur visuelle et l’information spectrale de cette région, l’astronome français Jean-Charles Cuillandre (CEA) a superposé ces données haute résolution avec les informations colorimétriques issues de la caméra MegaCam du télescope terrestre CFHT. Le résultat est une toile cosmique révélant la structure intime du bulbe : les vastes nébuleuses obscures chargées de poussière interstellaire qui absorbent la lumière, les amas de jeunes étoiles massives trahis par l’émission rougissante d’hydrogène ionisé, et la toile de fond dorée des milliards de vieilles étoiles froides qui composent le cœur de notre galaxie !

« L’industrie européenne a produit une merveille de technologie. On a créé un télescope qui était principalement conçu pour traquer l’Univers sombre, la matière noire, en observant des galaxies extrêmement lointaines et peu lumineuses. Et là, on a décidé de pointer Euclid sur la zone la plus brillante du ciel. Et ça marche, c’est extraordinaire ! », s’enthousiasme Jean-Charles Cuillandre.

Pourtant, la splendeur scientifique de ce panorama sert un autre impératif : le vrai but des chercheurs est de découvrir des exoplanètes grâce à un phénomène physique prédit par la relativité générale d’Einstein : la microlentille gravitationnelle. Lorsqu’une étoile passe devant un astre plus lointain, sa gravité courbe et amplifie la lumière. Si cette étoile-lentille possède des planètes, leur masse déforme subtilement ce signal lumineux, révélant leur présence.

En cartographiant avec une telle précision la position de ces 60 millions d’étoiles, Euclid pose les jalons d’une base de données inestimable. Une prouesse qui facilitera grandement le travail du futur télescope américain Nancy-Grace-Roman de la Nasa, lui-même spécialisé dans la détection en microlentillage, et qui pourra ainsi calculer avec une précision sans précédent la masse et la vitesse des étoiles-lentilles et des exoplanètes qui les entourent.

Un vaccin contre de multiples virus, même lorsqu’ils mutent !

Et si la prochaine pandémie mondiale était stoppée net avant même d’avoir pu commencer ? Grâce à la puissance de la biologie computationnelle, ce scénario d’anticipation pourrait devenir une réalité clinique porteuse d’un immense espoir.

Nous l’avons appris à nos dépens : la production d’un vaccin efficace prend du temps ! Il faut isoler une souche pathogène en circulation, concevoir un antigène spécifique, avant de le déployer. Et souvent, quand l’antigène est enfin prêt, le virus a déjà muté…

Pour sortir de cette impasse, des chercheurs de l’Université de Cambridge (via leur start-up essaimée nommée DIOSynVax) ont utilisé des algorithmes d’apprentissage automatique (machine learning) afin d’analyser l’intégralité des génomes de la famille des sarbecovirus (qui inclut le SARS-CoV-2). L’IA n’était pas ici chargée de rechercher les zones mutagènes, mais plutôt d’identifier les « régions hautement conservées » des virus : c’est-à-dire les « points de défaillance structurels » partagés par toute la famille virale et indispensables à la survie du pathogène.

À partir de ces données, l’algorithme a synthétisé numériquement un « super-antigène » conçu pour éduquer notre système immunitaire contre toute variation génétique future des sarbecovirus. Les premiers essais cliniques de phase I ont permis de prouver l’innocuité du dispositif. Celui-ci a été très bien toléré à toutes les doses testées, générant peu d’effets secondaires. Si la mesure de la réponse immunitaire a été rendue complexe par la forte immunité préexistante des volontaires (liée aux vagues Omicron), les analyses sanguines confirment que les cellules reconnaissent parfaitement les épitopes de ce super-antigène.

« Nous avons surmonté le problème des vaccins traditionnels, dont la protection est limitée. Nos vaccins universels continuent à protéger contre les virus même lorsqu’ils mutent en de nouvelles souches. Ils protègent non seulement contre de nombreuses variantes simultanément, mais aussi potentiellement contre des virus apparentés qui n’ont pas encore émergé et ne se sont pas encore transmis à l’homme », déclare Jonathan Heeney, responsable scientifique de la recherche.

Mieux encore, ce candidat-vaccin repose sur un vecteur ADN dit « thermostable », idéal pour les pays en développement, et pouvant s’administrer par injection intradermique. La preuve de concept étant validée, l’équipe prépare des essais de phase II à plus grande échelle. Par ailleurs, les chercheurs appliquent désormais la même méthode pour concevoir des super-antigènes ciblant la grippe aviaire et les virus des fièvres hémorragiques (comme Ebola). De quoi envisager un jour la création de banques mondiales de vaccins « prêts à être déployés » avant même l’émergence d’une nouvelle pandémie !

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Reçu — 27 juin 2026 Les Électrons Libres

La « révolution française » de l’agriculture de précision

27 juin 2026 à 18:02

Une révolution française dans l’agriculture 4.0, grâce à une initiative open source et open data qui bouscule les géants du secteur. Centipede-RTK, réseau collaboratif de géolocalisation centimétrique gratuit, redonne aux agriculteurs la maîtrise de leurs outils technologiques.

C’est une petite antenne en forme de soucoupe volante fixée au sommet d’un hangar agricole ou d’un tracteur. Pour le néophyte, elle est presque invisible. Pour l’agriculteur assis dans sa cabine, elle change tout…

Alors que Bruxelles accueillait le 31 janvier dernier la conférence FOSDEM, grand-messe internationale du logiciel libre, l’ingénieur Pierre Beyssac (aussi auteur pour les Électrons Libres) y présentait devant une salle comble les dernières avancées du projet « Millipede Caster ». Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais il est au cœur de Centipede-RTK, un réseau qui offre aujourd’hui une précision de guidage centimétrique à des milliers d’engins agricoles et de drones, et ce, gratuitement, dans de nombreux pays.

Loin d’être une simple alternative technique, ce projet incarne aussi une philosophie : celle de la reprise en main de l’outil de production par ceux qui l’utilisent. Face aux modèles propriétaires verrouillés par abonnements, Centipede oppose la force du collectif et de l’ouverture des données (open data).

L’impératif de la précision : pourquoi le mètre ne suffit plus

Pour comprendre la portée de cette innovation, il faut plonger dans la réalité de l’agriculture moderne. Depuis une vingtaine d’années, le pilotage à vue des machines ne suffit plus. Les enjeux économiques et écologiques imposent désormais une rigueur mathématique.

Or, les systèmes de positionnement par satellite classiques, appelés GNSS, que nous utilisons tous via le GPS américain ou le Galileo européen, offrent une précision qui oscille, dans le meilleur des cas, autour de 3 mètres environ. Une marge d’erreur qui est tout à fait acceptable pour une randonnée (et encore), mais désastreuse pour un tracteur qui doit passer entre des rangs de semis espacés de quelques dizaines de centimètres à peine...

C’est là qu’intervient la technologie RTK. Le principe est ingénieux : il vise à corriger les erreurs des signaux satellites causées par la traversée de l’atmosphère (la vapeur d’eau et l’activité ionosphérique). Pour ce faire, est utilisée une station de référence au sol, dont la position est connue au millimètre près. Cette base capte les signaux des mêmes satellites que le tracteur, calcule l’erreur de positionnement en temps réel et diffuse ses observations via Internet. Le récepteur de l'engin agricole traite ces données localement : il les corrèle avec la position fixe de la station pour déterminer l'erreur et affiner sa trajectoire.

Le résultat est spectaculaire : la précision devient centimétrique, voire de quelques millimètres avec le matériel le plus perfectionné.

Cette technologie permet l'autoguidage des engins, améliorant la précision de positionnement lors des passages dans les champs. Résultat : moins de carburant consommé, moins d’usure matérielle, mais aussi une forte réduction des intrants (engrais, produits phytosanitaires) qui, de plus, dans le cadre de l’agriculture de précision, ne seront appliqués que là où c’est strictement nécessaire. Autant de travail harassant en moins pour l’agriculteur qui n’a plus qu'à regarder le tracteur se conduire tout seul…

Les drones sont aussi de gros consommateurs de services RTK : agriculture de précision (analyse du stress hydrique ou d’infestation d’une parcelle), cartographie et inspection des infrastructures (les lignes haute tension, par exemple), usages militaires (interdits sur le réseau Centipede-RTK) et recherche.

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Reçu — 25 juin 2026 Les Électrons Libres

L’ère du shadow AI

25 juin 2026 à 20:28

Tous codeurs ? Longtemps, à quelques fichiers Excel près, les applications internes des entreprises étaient le pré carré du service informatique. Avec l’IA, tout ceci est en train de changer. Comment prendre le train en marche ? Et comment s’adapter ?

Prenez ce fichier avec trois onglets, deux boutons qui lancent des calculs, une colonne qu’il ne faut surtout pas trier, et une formule que seule Stéphanie comprend encore. Ce n’est pas propre. Mais derrière ce fichier imparfait se cache souvent un outil officieux mais essentiel : il répond à un besoin métier que les outils officiels ne couvrent pas.

Une équipe logistique veut croiser ses stocks avec les retards fournisseurs. Un commercial veut suivre ses relances sans attendre une évolution de son outil de suivi client.

L’ERP, le logiciel central qui gère une grande partie des opérations de l’entreprise, ne répond pas toujours exactement au besoin de l’équipe. Faut-il adapter l’outil central, le compléter, ou construire un outil dédié ?

En théorie, plusieurs options existent. En pratique, elles demandent souvent un projet, un budget et des mois de réunions. Un outil vendu en abonnement peut aider, si le problème ressemble assez à celui de beaucoup d’autres entreprises. Un consultant peut aussi intervenir, mais pas pour chaque micro-problème du quotidien.

Alors les métiers font ce qu’ils ont toujours fait : ils se débrouillent.

Cela commence souvent par un tableur partagé, une petite automatisation ajoutée au fil du temps, un abonnement pris sans vraiment demander, une règle transmise à l’oral ou un fichier que tout le monde utilise sans que personne ne l’assume vraiment. C’est ce qu’on appelle le shadow IT : des outils créés hors du circuit informatique officiel pour répondre à un besoin métier resté sans solution. Le phénomène n’a rien de nouveau. On a simplement mis un nom compliqué sur des pratiques qui existent depuis longtemps.

La nouveauté, c’est que l’IA ne se contente plus d’accélérer ces bricolages. Elle peut les transformer en véritables outils.

Quand l’IA passe de la discussion à l’action

Beaucoup d’entreprises ne découvrent pas l’IA via une grande stratégie. Elles la découvrent parce que leurs équipes s’en servent déjà. Selon une étude mondiale de l’University of Melbourne, en collaboration avec KPMG, menée auprès de 48 000 répondants dans 47 pays, plus d’un salarié sur deux utilise régulièrement l’IA au travail, souvent via des outils gratuits et publics non validés par l’entreprise.

Jusqu’à présent, le risque restait relativement contenu : on collait un mail ou un tableau dans ChatGPT, on récupérait une synthèse, puis on revenait dans ses outils. Avec les agents IA, on passe à un autre niveau. L’IA ne se contente plus de répondre dans une fenêtre de discussion : elle peut lire des dossiers, modifier des fichiers, créer une petite interface, interroger un logiciel métier ou lancer une action sur votre ordinateur.

Elle ne reste plus à côté du travail : elle entre dans les flux de l’entreprise. Le modèle devient le cerveau, les connexions aux autres outils deviennent les mains. C’est ce qui rend ces usages trop utiles pour être simplement interdits, mais trop sensibles pour rester invisibles. Dès qu’un agent peut agir sur des fichiers ou des outils, il faut savoir ce qu’il touche, quelles données il utilise et dans quel cadre il opère.

Le shadow IT n’est donc plus seulement un sujet de fichiers Excel ou de petits scripts oubliés. Il devient un sujet de shadow AI : des agents, des automatisations et des mini-applications capables d’agir directement sur le travail.

Créer une première app métier avec Codex

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Le vrai sujet : organiser une zone intermédiaire

Le débat est souvent présenté de façon trop simple : d’un côté, une IT accusée de bloquer l’innovation métier ; de l’autre, des métiers accusés d’avancer sans se soucier de sécurité, de conformité ou de maintenance.

Les deux visions contiennent une part de vérité, mais elles ratent le point central. Avec l’IA, et plus encore avec les agents, le coût de création d’un outil métier baisse brutalement. Une équipe peut transformer un fichier Excel en interface, générer un tableau de bord ou tester une automatisation en quelques heures.

Le risque n’est pas seulement que ces outils existent. Ils existent déjà, et ils continueront d’exister. Le risque, c’est qu’ils se multiplient sans cadre : des prototypes différents selon les équipes, des règles métier incohérentes, des données manipulées sans traçabilité, des résultats difficiles à vérifier, et des agents qui ne répondent pas toujours de la même manière à des besoins similaires.

La réponse ne peut donc pas être l’interdiction pure. Elle recréerait du shadow IT, ou du shadow AI, avec encore moins de visibilité.

Le bon enjeu est ailleurs : créer une zone intermédiaire entre le bricolage invisible et le grand projet informatique. Une zone où les équipes peuvent tester vite, mais où les outils créés restent visibles, compréhensibles et vérifiables.

Cela suppose quelques règles simples : données fictives ou peu sensibles au départ, limites documentées, règles explicites, connexions restreintes, revue légère dès qu’un prototype devient utile. L’objectif n’est pas de ralentir l’expérimentation. Il est d’éviter qu’un outil improvisé devienne critique sans que personne ne sache vraiment comment il fonctionne.

Le rôle de l’équipe informatique ne peut plus se limiter à dire oui ou non. Il doit aider à rendre ces usages fiables, homogènes et compréhensibles. Et les métiers doivent aussi monter d’un cran : créer un outil avec l’IA ne peut pas vouloir dire “j’ai cliqué, ça marche, quelqu’un d’autre assumera”.

Le prototype est facile. L’usage réel ne l’est pas.

Un prototype répond à une question. Un outil aide une équipe. Un système touche à des données, des droits, des décisions et parfois à plusieurs métiers à la fois.

C’est là que se joue la vraie bascule. L’IA rend la première étape beaucoup plus simple : passer de l’idée à un outil utilisable. Mais elle ne supprime pas les questions classiques de l’entreprise : qui maintient ? qui vérifie ? qui corrige ? qui a accès à quoi ? qui décide que cet outil devient officiel ?

Le danger commence quand un prototype utile devient progressivement indispensable, sans que personne ne l’ait vraiment décidé. Avec un fichier Excel, on pouvait encore ouvrir les onglets, retrouver une formule, demander pourquoi telle colonne ne devait pas être triée. Avec un agent IA, cette compréhension peut disparaître plus vite si les règles, les données et les limites ne sont pas écrites.

La question n’est donc plus seulement de savoir qui a le droit de créer ces outils. Elle est de savoir à quel moment l’entreprise les voit, les comprend et décide ce qu’ils doivent devenir.

Le fichier Excel d’hier tenait parfois le métier. L’agent IA de demain pourra le transformer. Reste à savoir si l’entreprise choisira d’accompagner ce mouvement, ou si elle le découvrira une fois que ces outils seront devenus indispensables.

En attendant, entrez dans l’ère du shadow AI maîtrisé : créez votre première application métier à partir d’un fichier Excel fictif.

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Fin de l’avion de combat franco-allemand : la France peut-elle voler seule ?

24 juin 2026 à 18:49

Clap de fin pour le projet d’avion franco-allemand dans le cadre du SCAF. Le Rafale, comme l’Eurofighter Typhoon, n’auront pas de successeur avant longtemps. L’aéronautique française va-t-elle reprendre son envol ou va-t-elle droit dans le mur ?

Les problèmes originels du SCAF

Le lancement du projet SCAF en 2017 était vicié dès l’origine, pour deux grandes raisons.

Tout d’abord, il s’agissait d’un mariage politique imposé à des industriels historiquement rivaux : le français Dassault et Airbus Defence and Space (basé à Munich). Il était convenu que Dassault soit maître d’œuvre pour la construction, et Airbus partenaire principal pour l’avion et chargé du cloud de combat et des effecteurs. Mais la question du leadership dans le programme s’est avérée impossible à résoudre.

Le principal argument de Dassault pour revendiquer sa préséance au sein du SCAF était sa compétence technique. Notre fleuron de l’aéronautique étant (avec ses sous-traitants français) le seul en Europe à pouvoir fabriquer un avion de combat en toute indépendance, en maîtrisant des savoir-faire non développés par nos voisins. Cet argument légitime sur le fond, tout comme la volonté de Dassault de protéger des technologies lorgnées par la partie allemande, a été perçu (parfois à raison) comme l’expression de l’arrogance française.

L’honnêteté impose de reconnaître que les Allemands ont pu être fondés à critiquer un manque d’esprit de compromis de la part de Dassault, et une volonté de s’imposer. Mais n’en déplaise à nos amis d’outre-Rhin, ils ont rapidement cédé au même péché, tout en prétendant défendre l’esprit de coopération face à l’intransigeance française. Une véritable campagne de dénigrement accusant (sans preuves) Dassault de vouloir s’arroger 80 % du programme avec le soutien du gouvernement français a ainsi été lancée dans la presse allemande, entre autres attaques. Ceci alors qu’Airbus avait la préséance sur l’essentiel des autres piliers du programme.

Ensuite, la volonté de rapprochement politique a primé sur les intérêts stratégiques. Le partenaire privilégié par la France pour développer un avion de combat était initialement le Royaume-Uni, en vertu à la fois d’accords de coopération entre les deux pays et de priorités stratégiques communes. Mais le Brexit a contribué à réorienter la France vers l’Allemagne, en cohérence avec la volonté française (beaucoup plus manifeste que du côté allemand) de faire progresser l’Europe de la défense à partir du couple franco-allemand. Tandis que la France s’éloignait du Royaume-Uni, ce dernier a riposté avec la création du Tempest, intégré par la suite au programme Global Combat Air Programme incluant le Japon et l’Italie. Pour nombre d’experts, industriels et militaires, Londres aurait pourtant été un partenaire bien plus pertinent.

SCAF : ce que Paris et Berlin peuvent encore sauver

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Le défi des nouvelles ambitions allemandes

Mais un troisième problème s’est ajouté, qui va bien au-delà du SCAF. Ce projet, tout comme le programme MGCS (Main Ground Combat System, articulé autour d’un char de combat de nouvelle génération), avait été lancé dans un contexte où l’Allemagne prenait beaucoup moins au sérieux les questions de défense, sur lesquelles la France gardait une forme de leadership. Les compromis devaient être facilités par l’équilibre au sein du couple franco-allemand, où l’avantage français sur le plan militaire contrebalançait en partie l’avantage démographique et économique germanique.

Or, l’invasion de l’Ukraine a fait entrer l’Allemagne dans son Zeitenwende, son « changement d’ère ». Berlin assume désormais clairement une volonté de leadership militaire en Europe, qui passe par l’objectif affiché de bâtir les forces conventionnelles les plus puissantes du continent, mais aussi par l’ambition de dominer l’industrie de défense européenne. Il était convenu à l’origine que la France, du fait de son ascendant dans l’aéronautique, serait leader sur le SCAF, et l’Allemagne, seul pays européen à continuer de produire des chars de combat, leader sur le MGCS. Berlin a progressivement perturbé les équilibres au sein du MGCS et remis en cause ceux du SCAF.

Splendide isolement

Il ne faut pas se faire d’illusion : dans le reste de l’Europe et au-delà, l’échec du SCAF n’est généralement pas imputé, comme en France, à des positions irréconciliables, voire à un manque de coopérativité de l’Allemagne, mais à une intransigeance française. Là où le patron de Dassault, Éric Trappier, est applaudi dans son pays pour sa défense opiniâtre des intérêts français, il est souvent critique à l’étranger pour sa propension à aller jusqu’à insulter des partenaires comme la Belgique.

Vu de l’étranger, la France est souvent perçue comme ce pays qui parle tant « d’Europe de la défense », mais à condition qu’elle soit française. Pour Paris, l’UE serait un si beau projet si la France était toute seule ! Après tout, notre pays, qui avait proposé de construire une Communauté européenne de défense, a torpillé ce projet en 1954, pour des raisons certes légitimes. Si le Rafale aura été un miracle tant sur le plan technologique qu’à l’exportation, il est aussi le résultat du fait que la France n’a pas réussi à s’entendre pour un avion de combat européen comme l’ont fait les Britanniques, Allemands, Italiens et Espagnols à travers l’Eurofighter.

Le mur budgétaire en vue

La France a eu raison, en particulier depuis la présidence de Charles de Gaulle, de privilégier à tout prix son indépendance dans ses programmes d’armement. Le problème est qu’elle peut de moins en moins en assumer le coût.

La principale motivation du SCAF, bien sûr, était de répartir celui-ci entre alliés, et de ne pas se concurrencer à l’export. Or, en se basant sur les coûts prévisionnels du SCAF, la France devra consacrer autour de 100 milliards d’euros si elle veut développer seule le successeur du Rafale. Chaque avion, avec son écosystème, pourrait coûter autour de 250 millions d’euros. De quoi interdire tout espoir de renforcer le format des forces aériennes. Et rien ne dit que nous serons en capacité de rééditer le miracle à l’exportation du Rafale, ce qui rendrait la filière insoutenable économiquement.

Face au mur budgétaire qui se profile, la France devra renoncer à d’autres programmes. Faudra-t-il abandonner le prochain porte-avions, d’où devrait décoller le futur avion de combat français ? En cas d’échec (plausible) du MGCS, la France sera encore plus démunie pour relancer une filière nationale de chars d’assaut, elle qui a cessé la production du Leclerc dès 2008 faute de clients à l’export et n’en fabrique pas d’autre modèle. Elle devra se résoudre à se passer de chars, ou à acheter probablement… allemand. Et cette perspective se rapproche dangereusement : si nous ne voulons pas attendre 20 ans pour nous doter d’un nouveau char, il nous faut engager dès maintenant un programme d’engins intermédiaires, français ou en coopération.

De l’autre côté, l’Allemagne n’a certes pas nos compétences pour bâtir seule un avion de sixième génération, mais a davantage de moyens. Son budget de défense, désormais deux fois supérieur au nôtre (108 milliards dont 25 milliards de fonds spéciaux pour l’Allemagne, contre 57,1 pour la France), pourrait lui ouvrir des portes, y compris celles de programmes internationaux dans lesquels l’Hexagone n’aurait pas sa place. L’annonce, au lendemain de l’abandon du SCAF par Berlin, de la réunion d’une équipe d’industriels allemands pour bâtir l’avion de combat de demain en dit long sur ses ambitions industrielles.

La France, dont les principaux partenaires et clients de l’industrie de défense se trouvent surtout hors d’Europe, risque de ne plus avoir les moyens de son « splendide isolement ». Mais il lui reste d’autres cartes. À commencer par la possibilité d’un programme d’avion de combat commun avec la Suède. Sur les plans technique et industriel, la Suède est en Europe la seule nation avec la France à produire seule un avion de combat moderne, avec le Gripen de Saab. L’industrie de défense suédoise est l’une des plus complètes d’Europe, héritage du souci d’indépendance d’un pays longtemps resté neutre. Sur les plans politique et stratégique, Paris et Stockholm se sont notoirement rapprochés ces dernières années, la France s’étant réveillée face à la menace russe, et la Suède, elle-même dans l’œil de Moscou, appréciant l’ambition française d’autonomie stratégique européenne. Un mariage entre Dassault et Saab paraît aller de soi, mais les Français ne devraient pas crier victoire trop vite. L’Allemagne aussi voit dans la Suède un partenaire de substitution ; elle avait déjà annoncé des discussions avec le pays scandinave avant même de mettre fin au SCAF. Et n’en déplaise à certains en France, Dassault devra faire preuve d’esprit de compromis avec Saab, et ne pas chercher à s’imposer partout.

Avec la meilleure industrie aéronautique d’Europe, la France peut encore crier cocorico. Mais la mort du SCAF pourrait être plutôt son chant du cygne. Il est encore temps de se réveiller.

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Reçu — 24 juin 2026 Les Électrons Libres

Climatisation : ces 12 idées reçues qui empêchent la France de s’adapter

23 juin 2026 à 17:53

À chaque canicule, le rituel est bien rodé. La France suffoque. Les écoles ferment. Les hôpitaux calfeutrent leurs fenêtres avec des couvertures de survie. Les médias conseillent de dormir dans des draps mouillés. Et l’État dégaine un numéro vert pour nous rappeler de boire. C’est alors qu’invariablement arrive quelqu’un pour expliquer que la climatisation ne serait pas la solution.

Répétés jusqu’à plus soif, les arguments culpabilisants, les freins administratifs et les idées reçues ont fini par imprégner profondément les esprits. Aujourd’hui, une majorité de Français reste persuadée que se priver de climatisation est un acte citoyen, 78 % considérant encore qu’elle n’est pas respectueuse de l’environnement. Conséquence : on continue, au nom de la sobriété énergétique, à construire des hôpitaux neufs partiellement climatisés comme à Nantes. Un pari de moins en moins justifiable, à mesure que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses.

L’exception culturelle française

C’est en 2024 que cette singularité française a éclaté aux yeux du monde. Tout à son ambition d’organiser les Jeux olympiques « les plus écologiques de l’histoire », Paris avait choisi de bannir la climatisation du village olympique, misant sur l’architecture bioclimatique pour garantir le confort des athlètes. L’expérience a tourné court. Les sportifs de haut niveau, dont la performance dépend du sommeil et de la récupération, ont refusé de servir de cobayes. Dès les premiers signes de forte chaleur, les délégations étrangères ont commandé en urgence des milliers de climatiseurs portatifs.

Deux ans plus tard, la réalité rattrape Paris, contrainte d’acheter dans l’improvisation 1 200 climatiseurs mobiles — moins de deux par école. Une démonstration par l’absurde des conséquences du bannissement moral de la clim : elle revient en urgence sous la forme de milliers d’engins mobiles, inefficaces et énergivores. L’exact opposé du but recherché.

Aux racines de cette diabolisation bien française de la climatisation, trois mythes qui ont la vie dure : le péché écologique, la solution parfaite et la chaleur supportable.

Le mythe du péché écologique

Idée reçue #1 : La climatisation est incompatible avec la lutte contre le réchauffement climatique

Cette critique repose sur une vision dépassée. En France, la plupart des climatiseurs sont des pompes à chaleur air / air réversibles, restituant 3 à 5 kWh de fraîcheur (ou de chaleur) pour 1 kWh consommé. Grâce à notre électricité largement décarbonée, la climatisation ne pèse que 0,8 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. Ce bilan, essentiellement lié aux fuites de fluides frigorigènes, est d’ailleurs amené à s’améliorer avec les nouvelles réglementations (cf. point suivant). À l’inverse, le chauffage hivernal émet 15 fois plus et reste le premier point noir du bâtiment. La pompe à chaleur réversible est en réalité un formidable atout écologique : en remplacement d’une chaudière fossile dans une maison normalement isolée, elle permet d’obtenir le même confort l’hiver plus la fraîcheur l’été, tout en réduisant les émissions de CO₂ de 95 %.

Idée reçue #2 : le principal problème de la clim, ce sont les gaz frigorigènes qui ont un pouvoir de réchauffement des milliers de fois plus puissant que le CO2

Certains fluides frigorigènes ont un Potentiel de Réchauffement Global (PRG) très important comparé au CO₂. Mais ce problème est en cours de résolution réglementaire et technologique. Les anciens fluides comme le R410A (PRG de 2088) ont déjà cédé la place au R32 (PRG de 675). Avec la réglementation européenne F-Gas, l’industrie va basculer d’ici 2027-2030 vers des fluides comme le propane R290, dont le PRG n’est que de 3. Le véritable enjeu n’est plus la technologie, mais la maintenance par des professionnels et le recyclage des anciens appareils pour éviter le rejet de fluides dans la nature.

Idée reçue #3 : L’air chaud rejeté par les clims contribue au réchauffement de la planète

Une climatisation ne crée quasiment pas de chaleur supplémentaire. Elle se contente de déplacer les calories de l’intérieur du logement vers l’extérieur, n’y ajoutant que la très faible énergie thermique dissipée par son moteur. Qu’un bâtiment rejette ses calories par réflexion solaire, par ventilation nocturne ou par climatisation, celles-ci finissent de toute façon à l’extérieur. Il n’y a donc pas plus de raison d’accuser sa clim de réchauffer la planète que ses fenêtres ou son isolation thermique.

Idée reçue #4 : La climatisation crée des îlots de chaleur urbaine

Les climatiseurs ne créent pas l’îlot de chaleur, qui naît de la minéralisation des sols (bitume, béton), du manque de végétation et d’une densité du bâti qui bloque la circulation de l’air. En rejetant la chaleur dans la rue, les climatiseurs peuvent aggraver le phénomène la nuit (+0,5 °C à +2 °C selon les métropoles). Dans un scénario extrême à Paris (neuf jours de canicule type 2003 avec 100 % des logements climatisés à 23 °C), la hausse nocturne pourrait atteindre +3,6 °C. Un chiffre global qui, selon l’auteur de l’étude, pourrait masquer de très fortes hétérogénéités locales, la chaleur pouvant s’accumuler dans les rues étroites ou les cours d’immeubles closes. Mais ce n’est pas une fatalité : la végétalisation, les toits réfléchissants et la centralisation des rejets en toiture ou vers des réseaux de froid collectifs peuvent fortement réduire cet effet.

Idée reçue #5 : La climatisation est un luxe de riche

Si le taux d’équipement est aujourd’hui inégal, la fraîcheur est d’abord un enjeu de santé publique. Les canicules frappent en priorité les plus vulnérables : les personnes âgées, les malades chroniques et les habitants prisonniers de bouilloires thermiques. Comme l’automobile, le réfrigérateur ou le lave-linge en leur temps, toutes les grandes innovations ont commencé par être l’apanage des plus aisés avant de devenir des outils d’émancipation du quotidien. En s’équipant les premiers, ils contribuent à faire baisser les coûts de production pour tous, un moyen très concret de faire “contribuer les riches”. Le progrès, c’est la démocratisation de l’accès au froid, pas l’égalité par la privation généralisée.

Il y a un siècle, la France diabolisait le chauffage

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Le mythe de la solution parfaite (Tout sauf la clim)

Idée reçue #6 : la climatisation est une maladaptation

La climatisation est l’exact inverse d’une maladaptation : ses effets secondaires se gèrent ; son absence, elle, tue. La lecture du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique est révélatrice de l’immense angle mort de l’administration française. Sur près de 400 pages, le mot « climatisation » n’apparaît que onze fois : huit concernent les transports, une le confort des animaux de ferme, et l’usage domestique n’est évoqué qu’à trois reprises, de manière négative. Dans un guide au titre évocateur, modifié depuis, Vivre avec la chaleur — Pourquoi éviter la climatisation ?, Santé Publique France prodiguait même ce conseil, finalement retiré : « Si vos moyens financiers le permettent, louez pendant quelques jours un logement mieux isolé de la chaleur. » Une indigence coupable pour un pays confronté à des canicules de plus en plus sévères.

Idée reçue #7 : Une maison bien isolée n’a pas besoin de climatisation

L’isolation et la climatisation sont complémentaires, pas concurrentes. L’isolation est passive (elle retarde l’entrée de la chaleur), la climatisation est active (elle extrait les calories accumulées). Lors d’une canicule prolongée, le bâti finit par saturer et l’isolation emprisonne la chaleur, transformant le logement en four. Les normes françaises de confort d’été (comme la RE 2020) reposent d’ailleurs sur des hypothèses déconnectées du réel, supposant par exemple, à l’heure du télétravail, qu’un logement est inoccupé durant les heures les plus chaudes de la journée. Isolation parfaite ou non, la clim devient désormais indispensable. D’autant que les chantiers de rénovation thermique globale étant lourds et coûteux, conditionner le droit au frais à une isolation parfaite revient de facto à condamner une majorité de Français à souffrir encore pendant plusieurs décennies.

Idée reçue #8 : Végétaliser les villes permet de se passer de climatisation

C’est l’ADEME qui le dit : un arbre mature équivaut à cinq climatiseurs fonctionnant 20 heures par jour. Le calcul physique est juste, mais la conclusion politique est trompeuse. Paris compte près de 200 000 arbres. Si cette équivalence était valable, cela reviendrait à dire que la capitale dispose déjà de l’équivalent d’un million de climatiseurs. Un arbre dissipe l’énergie en milieu ouvert par évapotranspiration, ce qui ne baisse la température de l’air que de 0,8 °C en moyenne et dans un périmètre limité. Surtout, en période de canicule extrême, le stress hydrique bloque la transpiration des arbres qui cessent alors de rafraîchir. La réalité est impitoyable : végétaliser Paris à hauteur de 10 % exigerait 12,2 millions de m³ d’eau par jour de canicule, soit cinq fois la consommation en eau potable de toute la région parisienne, ou la quasi-totalité du débit journalier de la Seine en 2100.

Idée reçue #9 : La climatisation va faire exploser le réseau électrique

C’est un classique de la rhétorique anxiogène, le même que pour les datacenters. Le véritable défi du réseau français reste l’hiver, où les pointes de chauffage exigent jusqu’à 50 GW de puissance supplémentaire. Les pics de climatisation estivaux ne représentent que 15 à 21 GW à l’horizon 2050, une situation qui, selon RTE, « ne fait pas apparaître de contraintes d’approvisionnement spécifiques aux vagues de chaleur ». De plus, la climatisation bénéficie d’une complémentarité unique : la demande de froid culmine précisément au moment où les panneaux photovoltaïques produisent le plus d’électricité solaire, constituant un élément stabilisateur majeur pour le système.

Idée reçue #10 : La solution, c’est la géothermie

Invoquée comme la nouvelle solution miracle par les discours politiques, la géothermie est séduisante car elle renvoie les calories dans le sol sans réchauffer la rue. Mais elle se heurte à un mur économique et structurel. Le chantier du siège de l’ADEME à Angers (3 kilomètres de forage pour plusieurs centaines de milliers d’euros) démontre que si cette solution est adaptée au tertiaire neuf, elle est inapplicable à grande échelle aux millions de logements existants, copropriétés dégradées ou écoles. En zone dense, où le sous-sol est déjà saturé par les réseaux de transports, de télécoms et d’énergie, les réseaux de froid urbains collectifs sont bien plus réalistes.

Le mythe de la chaleur supportable

Idée reçue #11 : Les pays chauds vivent très bien sans clim et les ventilateurs suffisent (variante : les brumisateurs, les bouteilles d’eau glacée, les draps humides aux fenêtres, les volets, etc)

À chaque canicule, le débat français se transforme en concours Lépine du système D (bouteille d’eau glacée devant un ventilo, vitres peintes au blanc de Meudon, draps mouillés). D’autres regrettent que Paris ne soit pas une médina ou un village troglodyte et proposent d’installer partout des tours persanes. Sauf qu’un climatiseur ne fait pas que refroidir : il déshumidifie l’air, ce qui est capital pour le confort physiologique. Un ventilateur ne refroidit ni ne déshumidifie rien ; il accélère simplement l’évaporation de la sueur et devient dangereux au-dessus de 35 °C. Les architectures en pisé, elles, ne fonctionnent que si les nuits restent fraîches. Enfin, l’argument de la sobriété des pays chauds repose sur une vision condescendante et obsolète : dès qu’ils en ont les moyens, ils s’équipent massivement. Débattre sérieusement de suspendre des draps mouillés plutôt que d’installer des pompes à chaleur performantes confine à l’absurde pour la septième puissance économique mondiale.

Idée reçue #12 : On peut très bien supporter d’avoir chaud

Cette injonction morale à endurer la souffrance thermique nie la réalité biologique et médicale. Selon l’Universal Thermal Climate Index, le stress thermique commence dès 26 °C, devient « fort » à 32 °C et « très fort » à 38 °C, alors qu’à l’inverse, face au froid, il ne débute qu’en dessous de 9 °C. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), le stress thermique détruira l’équivalent de 80 millions d’emplois à temps plein dès 2030 par pure perte de productivité, tout en faisant grimper en flèche les accidents du travail. Une étude de Harvard note une baisse de 13 % des capacités cognitives durant une canicule, tandis que plusieurs travaux associent la hausse des températures à une augmentation des comportements agressifs. Maintenir les intérieurs au frais est donc le socle du progrès social et de la santé publique. En atteste l’exemple de Singapour, qui combine chaleur et humidité suffocantes toute l’année. Selon son père fondateur, Lee Kuan Yew : « La climatisation est la clé du progrès. Elle a changé la nature de la civilisation. »

Pour en finir avec l’hypocrisie française

La France entretient une véritable névrose vis-à-vis de la climatisation. Nous acceptons que nos serveurs informatiques, nos centres commerciaux, nos studios de télévision et nos centres de décision soient climatisés en permanence, mais nous refusons que nos salles de classe, nos Ehpad, nos hôpitaux ou nos chambres à coucher le soient. Les critiques les plus virulentes contre le froid domestique sont d’ailleurs presque toujours formulées bien au frais, depuis des bureaux ministériels ou des plateaux de médias parfaitement régulés.

Cette asymétrie n’est plus tenable. Sauf à vivre dans une grotte ou dans une abbaye du XIIIᵉ siècle, la chaleur finit toujours par rentrer lorsque les températures extérieures restent élevées plusieurs jours d’affilée. L’isolation passive ne fait que retarder l’échéance ; pire, elle finit par emprisonner la chaleur et transformer l’habitation en thermos.

Face à des canicules appelées à devenir plus fréquentes, plus longues et plus intenses, disposer d’un outil capable d’extraire activement la chaleur des logements n’est plus un luxe. C’est un droit élémentaire : celui de ne pas mourir de chaud chez soi.

Pour un Plan Messm’air : Adapter la France aux canicules

En 1974, le Plan Messmer sécurisait la France face au choc pétrolier et au froid par l’atome. En 2026, un Plan Messm’air doit garantir notre sécurité face au chaud par le refroidissement. L’objectif n’est pas de subventionner à fonds perdus, mais de lever les verrous administratifs pour laisser les Français s’adapter. Une stratégie de bon sens en quatre piliers.

  • Choc de simplification : Libérons l’installation des équipements. Il faut revoir les normes qui la pénalisent, à commencer par la RE 2020, et mettre fin aux blocages abusifs des copropriétés et à l’arbitraire des autorisations d’urbanisme, y compris dans les périmètres protégés par les Architectes des Bâtiments de France.
  • Réalisme économique : Sortons du piège de MaPrimeRénov’, qui complexifie les démarches et dope artificiellement les devis. La pompe à chaleur réversible n’a pas besoin de perfusion publique : elle s’autofinance grâce aux économies massives de chauffage générées l’hiver. L’État doit simplement faciliter des prêts simplifiés, fléchés vers des équipements assemblés en Europe.
  • Urgence sanitaire : Protégeons les plus vulnérables. Le marché équipera naturellement le logement privé ; l’argent public, lui, doit se concentrer là où la chaleur tue. La climatisation doit devenir un équipement de sécurité obligatoire dans les écoles, les crèches, les Ehpad et les hôpitaux.
  • Souveraineté industrielle : Évitons le piège qui a détruit le photovoltaïque européen au profit de la Chine. La France doit préserver ses centres de R&D et ses usines en prenant une longueur d’avance sur les fluides à très faible PRG, comme le propane R290, et lancer un plan d’urgence de formation pour les frigoristes.

Le prix de l’idéologie

La balance bénéfice-risque de la climatisation est aujourd’hui extraordinairement favorable en France. Ses externalités négatives sont limitées et des réponses techniques matures existent pour les réduire.

La climatisation n’est ni une solution unique, ni une baguette magique. Elle est d’autant plus pertinente quand elle vient en complément de solutions passives comme l’architecture bioclimatique, les protections solaires ou encore la végétalisation urbaine. Mais en matière de coût, de rapidité de déploiement et d’efficacité immédiate, aucune autre technologie ne peut protéger aussi vite les populations. Nous l’accepterons, comme nous avons accepté le chauffage central, l’eau courante ou les vaccins — tous contestés, en leur temps, par les mêmes combats d’arrière-garde.

La question n’est plus de savoir s’il faut déployer la climatisation pour adapter le pays à la nouvelle donne climatique : la réalité biologique s’en chargera. La question est de savoir combien de temps nous mettrons encore à admettre l’évidence. Et combien de vies, d’accidents, d’échecs scolaires et de souffrances évitables auront été le prix de notre retard.

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Reçu — 22 juin 2026 Les Électrons Libres

À quand un entrepreneur au Panthéon ?

22 juin 2026 à 18:52

C’est une anomalie mondiale qui en dit beaucoup. Alors que Marc Bloch entre ce jour au Panthéon, nous constatons et déplorons l’absence totale d’entrepreneurs et bâtisseurs dans les temples mémoriels du monde entier.

Le Panthéon, temple républicain de la mémoire nationale, honore des hommes et des femmes politiques, des militaires, des savants, des écrivains, des résistants. Il n’honore pas, en revanche, les entrepreneurs, ces bâtisseurs qui, par leurs innovations, leurs industries et leurs visions, ont façonné la France moderne et contribué à son rayonnement mondial.

Le 9 octobre 2025, c’était Robert Badinter (1928–2024), avocat et homme politique, qui entrait au Panthéon. Ce 23 juin 2026, c’est au tour du grand Marc Bloch (1886–1944), historien et résistant, de voir la patrie lui être reconnaissante. À ce jour, aucun entrepreneur n’a jamais été admis ni même proposé à cette reconnaissance de la nation.

Quels obstacles pour panthéoniser un entrepreneur ?

Du point de vue du droit, le Panthéon n’est pas une institution dont l’accès serait régi par un règlement ou des critères légaux formalisés. Depuis la loi du 4 avril 1791 qui transformait l’église Sainte-Geneviève en « Panthéon des grands hommes », puis les décisions révolutionnaires et impériales qui ont suivi, le choix des personnalités inhumées ou célébrées relève de la décision souveraine du chef de l’État. Aujourd’hui encore, c’est le Président de la République qui, seul ou après consultation informelle d’historiens et de conseillers, prononce la panthéonisation. Aucune loi, aucun décret d’application, aucune charte du Centre des monuments nationaux ne définit de catégories admissibles ou exclues. Il n’y a pas de « jury d’admission », pas de critères objectifs écrits, pas de condition de nationalité stricte (ainsi Joséphine Baker, née aux États-Unis, y repose).

L’obstacle réside donc dans l’interprétation politique et historiographique de la maxime gravée sur le fronton : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Au fil des deux siècles, les présidents successifs ont opéré une sélection implicite fondée sur une hiérarchie des mérites : le service de l’État (hommes politiques), le sacrifice militaire ou résistant, la création intellectuelle et artistique, l’invention scientifique. L’entrepreneur, lui, a été rangé dans la sphère du privé, de l’intérêt personnel et du commerce, perçus comme étrangers à l’idéal républicain du service public. Cette doxa n’a jamais été inscrite dans un texte, mais elle s’est imposée comme une convention.

Des « panthéons » ailleurs

En Allemagne, la Walhalla, érigée en Bavière sur l’initiative du roi Louis Ier, fonctionne comme un temple germanique de la gloire. Ses bustes honorent des personnalités de langue germanique — écrivains, souverains, scientifiques, compositeurs et militaires — mais y règne une conception essentiellement culturelle et politique de l’excellence ; l’industriel ou le chef d’entreprise n’y a pas sa place.

Au Royaume-Uni, la mémoire nationale s’incarne dans une institution religieuse : l’abbaye de Westminster. Outre les sépultures royales, le Poets’ Corner et les chapelles rassemblent écrivains, musiciens, hommes d’État et savants (Newton, Darwin). L’anglicanisme britannique a sanctifié le génie politique, militaire et scientifique ; l’entrepreneur, lui, n’y est guère représenté.

Les États-Unis n’ont pas de panthéon unique, mais le National Statuary Hall au Capitole, où chaque État offre deux statues de ses grandes figures, en constitue l’approximation la plus proche. On y trouve une palette plus large que dans le Panthéon français — militants des droits civiques, éducateurs, scientifiques, parfois inventeurs — mais les chefs d’entreprise y demeurent exceptionnels. Notons toutefois que le désormais oublié Hall of Fame for Great Americans, créé à New York à la fin du XIXe siècle, avait, lui, intégré dès l’origine des figures techniques et industrielles comme Thomas Edison ou Eli Whitney, ce qui en fait une rare exception occidentale.

Plus proche de nous, le Panteão Nacional portugais (Lisbonne), le Panthéon des Hommes Illustres espagnol (Madrid) ou encore la Rotonde des Personnes Illustres au Mexique reproduisent le schéma français : elles consacrent des présidents, des résistants, des écrivains et des intellectuels, sans jamais élever au rang de héros national un bâtisseur d’entreprise.

De ce tour d’horizon ressort une constance frappante : qu’ils soient monarchiques, religieux ou républicains, les panthéons modernes honorent avant tout le souverain, le soldat, le penseur, le poète et, plus rarement, l’inventeur. La République française n’est donc pas seule à réserver ses plus hautes marques de reconnaissance publique aux vertus politiques, militaires et littéraires. Cette convergence transnationale révèle que la mémoire collective occidentale a longtemps considéré la création de richesses et l’audace industrielle comme des vertus privées, indignes du monument public.

Aux grands entrepreneurs, la patrie reconnaissante

Or, l’entrepreneur incarne des valeurs profondément républicaines : le mérite, la persévérance, le progrès, l’émancipation collective et le rayonnement universel. Constituer une « promotion entrepreneuriale » au Panthéon, rassemblant des figures issues de différents secteurs — infrastructures, mode, industrie, aéronautique, consommation, luxe, pharmacie — et de différentes époques, permettrait d’honorer la continuité d’un génie français de l’entreprise.

Nul chef de l’État n’a encore fait entrer au Panthéon de tels bâtisseurs. Pourtant, entreprendre est aussi honorable que représenter, diriger, combattre, résister, écrire, inventer, soigner ou plaider.

Cette reconnaissance donnerait aux entrepreneurs leur place légitime, rétablirait une mémoire collective au profit des générations futures, où l’économie et l’innovation compteraient autant que la politique, la guerre et les arts, et rappellerait que les œuvres de ces entrepreneurs parlent au monde entier.

Si la France panthéonisait des bâtisseurs, elle ne comblerait pas seulement une lacune nationale, elle deviendrait pionnière dans un monde où les grands pays ont tous un Panthéon qui les exclut.

Osons enfin « panthéoniser » des entrepreneurs

Plusieurs candidats méritent certainement d’avoir leur place dans notre récit national. Alors osons enfin « panthéoniser » des figures qui sauront redonner de l’optimisme et de l’audace aux Français. De l’artisan du XIXe siècle à l’industriel du XXe, du luxe aux infrastructures, voici dix noms qui disent la diversité et la pérennité de cet engagement :

  • Émile et Isaac Pereire (1800–1875, 1806–1880) — Banquiers et industriels, architectes de la révolution ferroviaire et de l’urbanisme haussmannien. Ils incarnent la modernité économique du XIXe siècle.
  • Joseph-Auguste Pavin de Lafarge (1806–1876) — Inventeur du ciment moderne, dont l’entreprise bâtira les grandes infrastructures de la France et du monde.
  • Louis Vuitton (1821–1892) — Artisan devenu entrepreneur, fondateur d’une maison devenue emblème du luxe et du savoir-faire français.
  • Gustave Eiffel (1832–1923) — Ingénieur et industriel, bâtisseur de la tour Eiffel, architecte de la statue de la Liberté, symbole mondial de la France républicaine.
  • Jeanne Lanvin (1867–1946) — Créatrice et chef d’entreprise, fondatrice d’une maison de couture encore active, pionnière de l’entrepreneuriat féminin.
  • André Citroën (1878–1935) — Industriel visionnaire de l’automobile, pionnier du marketing et de la production de masse à la française.
  • Marcel Dassault (1892–1986) — Industriel de l’aviation, figure de l’indépendance nationale et du génie aéronautique français.
  • Marcel Bich (1914–1994) — Cofondateur de Bic, inventeur d’objets universels, stylo, rasoir, briquet, adoptés par des milliards de personnes dans le monde.

Bien sûr, ces parcours ne sont pas tous sans ombres ; mais ceux des militaires et des hommes politiques déjà distingués le sont-ils davantage ? L’entrée au Panthéon n’est pas une canonisation papale, elle ne sacralise pas des saints.

Le moment est peut-être venu. Panthéoniser les grands entrepreneurs, c’est affirmer que la République se construit aussi par le travail, l’innovation et l’audace industrielle. C’est reconnaître que derrière chaque objet du quotidien, chaque symbole national, il y a des femmes et des hommes qui ont osé entreprendre. C’est ne pas oublier qu’aux yeux du monde et des Français, le Panthéon parle autant de ses hôtes que de la société qui les choisit.

Quatre-vingt-quatre personnalités sont panthéonisées en comptant Marc Bloch. Les fonctions de femme/homme politique et de militaire concernent 67 % d’entre elles (une personne peut endosser plusieurs fonctions). À ce jour, aucun entrepreneur n’y a été admis.

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Reçu — 21 juin 2026 Les Électrons Libres

Électroscope #32 : Scanner le corps et la terre, détruire les parasites et augmenter l’hôpital

21 juin 2026 à 17:42

Scanner l’intégralité de son corps, remplacer les pesticides par des UV, inventer le premier hôpital IA, lancer un satellite hyperspectral et célébrer l’IA souveraine… C’est parti pour Électroscope #32.

Midjourney présente son « alternative » à l’IRM et au scanner

Et si un simple bain d’une minute suffisait à cartographier l’intégralité de votre corps en 3D avec finesse ? C’est le pari fou de la célèbre intelligence artificielle, Midjourney, qui s’invite désormais dans le monde médical !

Seriez-vous prêt à troquer votre examen médical classique contre un passage régulier dans une sorte de scanner aquatique intelligent ? Midjourney, startup californienne mondialement connue pour générer des images époustouflantes à partir de requêtes textuelles, se lance dans la conception de matériel médical. Son ambition ? Créer une cartographie tridimensionnelle complète du corps en moins de 60 secondes.

Plutôt que d’utiliser les champs magnétiques d’une IRM ou les rayons X d’un scanner classique, le « Midjourney Scanner » s’inspire de l’écholocalisation des dauphins. Le patient est immergé à vitesse contrôlée dans un bassin d’eau. Il traverse alors un anneau incrusté d’un demi-million de micro-capteurs de la taille d’un grain de sable. En émettant des ondes ultrasonores sous une multitude d’angles et en analysant leur réverbération sur nos fluides et organes, le système acquiert des téraoctets de données acoustiques brutes. C’est ici que l’IA de Midjourney intervient : propulsée par une puissance de calcul de deux pétaflops par appareil, elle génère une modélisation 3D d’une précision au « dixième de millimètre ».

La stratégie commerciale se veut tout aussi disruptive. En partenariat avec Butterfly Network, spécialiste des dispositifs échographiques, Midjourney entend contourner les hôpitaux pour ouvrir des « Midjourney Spas », dont le premier verra le jour à San Francisco. Les deux entreprises visent une flotte mondiale de 50 000 scanners d’ici 2031. L’idée est d’encourager la prévention par des scans hebdomadaires ou mensuels…

« Nous pensons qu’il est tout à fait possible pour le monde, avec suffisamment d’imagerie précoce, d’éviter à l’avenir 30 % de tous les décès et 50 % de tous les coûts des soins de santé », assure l’entreprise.

L’idée est technologiquement séduisante, mais la prudence clinique reste de mise. La communauté médicale, et en premier lieu les radiologues, rappelle que la physique des ultrasons les rend incapables de traverser efficacement les structures osseuses comme le crâne ou les milieux gazeux (poumons, intestins), et n’apportent pas la texture détaillée d’une IRM. De plus, confier le diagnostic à une IA générative soulève bien sûr la crainte des « hallucinations » : le système pourrait-il inventer ou effacer une lésion pour rendre l’image visuellement cohérente ? Cette seconde critique relève toutefois d’une mauvaise interprétation de la technologie réellement employée (pas d’IA générative ici). Si la prouesse architecturale fascine, la validation scientifique par les autorités de santé (la FDA) sera le véritable juge de paix…

L’offensive des robots agricoles contre les parasites

Et si l’on remplaçait, au moins en partie, les pesticides par des tracteurs émetteurs de flashs de lumière mortels pour les nuisibles ? Une nouvelle génération de robots agricoles géants arpente déjà les champs californiens à la nuit tombée…

Face à la résistance des insectes aux produits phytosanitaires, une startup californienne nommée TRIC Robotics propose une alternative intéressante : abandonner « la chimie », trop souvent conspuée, au profit d’une approche photonique et robotisée.

Leur dernière création, la plateforme autonome « Luna », a été pensée pour se fondre dans le quotidien des agriculteurs. Semblable à un enjambeur agricole classique, elle cache en réalité un arsenal de haute technologie. Équipé de puissantes lampes à ultraviolets (UV-C), d’aspirateurs pneumatiques et de caméras haute résolution, ce robot parcourt les cultures durant la nuit. TRIC Robotics a choisi de cibler dans un premier temps les champs de fraises, l’une des cultures les plus dépendantes aux pesticides.

L’action de la lumière UV-C est foudroyante : celle-ci détruit directement l’ADN des nuisibles, empêchant la réplication cellulaire des microbes comme la reproduction des acariens. Les aspirateurs font le reste. Les robots sont en outre conçus pour opérer exclusivement de nuit. L’absence de lumière solaire privant certains pathogènes de leur capacité à utiliser les UV naturels pour réparer leur ADN, afin de maximiser la létalité du traitement. Mieux encore, une telle méthode épargne les insectes pollinisateurs diurnes, comme les abeilles.

Pour le moment hélas, ces mastodontes d’acier utilisent des générateurs diesel plutôt que des batteries (c’était le projet initial), afin de pallier le manque de bornes de recharge au milieu des immenses plaines agricoles américaines, et ont un coût de fabrication élevé. Ces robots sont donc proposés sous forme d’abonnement (« Robotics-as-a-Service »), pour alléger les frais initiaux des exploitants. Ils auraient déjà permis de réduire l’usage de pesticides « jusqu’à 70 % » lors des tests effectués sur la côte californienne…

L’hôpital augmenté : une IA française au chevet des malades

Et si l’intelligence artificielle servait de copilote aux médecins lors de vos futures consultations hospitalières ? Le CHU de Montpellier ouvre la voie avec une technologie d’avant-garde, une première en France et en Europe.

Dans les couloirs des hôpitaux, la surcharge administrative et la vétusté des systèmes informatiques épuisent les soignants, volant un temps précieux qui devrait être réservé aux patients. Pour briser ce cercle vicieux, le CHU de Montpellier vient de lancer un programme ambitieux : « Alliance Santé IA ». Soutenu par l’État à hauteur de 15 millions d’euros via le plan France 2030, l’objectif est de créer le premier « hôpital augmenté » d’Europe.

La singularité de ce projet, mené en partenariat avec la deeptech française ADLIN Science, réside dans son architecture. Contrairement à de nombreuses expérimentations qui confient l’analyse des données aux géants du cloud américain, le CHU de Montpellier a fait le choix de la souveraineté. Les dossiers médicaux, les imageries et les conversations ne quittent jamais l’enceinte numérique de l’hôpital. L’IA générative fonctionne ici « sur site », sur des serveurs locaux sécurisés, plaçant l’hôpital comme unique garant du secret médical.

L’équipe du CHU a développé cinq outils pour transformer le quotidien. L’outil star, « Erios », est un assistant vocal intelligent qui écoute les consultations, transcrit les comptes rendus et prépare les ordonnances, réduisant la charge de travail liée à la documentation. D’autres outils, comme « Aptitudes », utilisent l’IA pour simuler des patients virtuels afin de former les étudiants en médecine. Lors des premiers essais menés aux urgences pédiatriques, le temps gagné sur la paperasse a pu être réinvesti dans l’écoute et l’échange avec les familles. L’IA corrige même ses propres hallucinations grâce à un garde-fou médical.

« Imaginez que vous soyez admis aux urgences. Tous les examens que vous allez faire dans la journée, mais aussi vos anciennes analyses, les recommandations, les traitements que vous suivez, vont être vérifiés et synthétisés. Sont automatiquement rédigés les comptes rendus, les ordonnances ou synthèses médicales en quelques secondes. L’IA ne remplace pas notre travail, elle l’améliore. Elle nous assiste lors des consultations et nous aide à affiner nos pratiques et à renforcer la que la prise en charge », expliquent les médecins ayant participé aux tests.

Le satellite hyperspectral le plus précis au monde sera français

Et si nos satellites ne se contentaient plus de photographier la Terre, mais parvenaient à analyser sa composition chimique intime depuis l’espace ? Une pépite française s’apprête à bouleverser notre compréhension du monde !

Jusqu’ici, l’observation spatiale a reposé essentiellement sur l’imagerie radar pour acquérir des données topographiques, et sur l’imagerie optique, avec des capteurs limités à un nombre restreint de bandes spectrales pour analyser la surface. Mais la startup française Orus, pépite du New Space soutenue par le CNES, ambitionne de provoquer un saut technologique grâce à la « télédétection hyperspectrale ».

Leur constellation de microsatellites, dont le premier lancement est prévu pour 2027, va décomposer la lumière réfléchie par la Terre en centaines de bandes spectrales ultra-fines, allant de l’ultraviolet à l’infrarouge. Le niveau de détail est tel qu’il révélera la « signature spectrale » unique de chaque matériau, soit sa composition chimique, physique et moléculaire, sur chaque pixel d’une image.

« Nous allons détecter et identifier de manière extrêmement précise toutes les signatures spectrales qui existent dans chacun des pixels de l’image, que ce soient du gaz, des minéraux, des métaux, ou de la végétation. Nos produits et services s’adressent, de ce fait, à une grande variété de secteurs et d’applications, de l’agriculture à la défense, en passant par l’environnement, la sécurité ou les marchés financiers », indique Laurent Escarrat, cofondateur de l’entreprise.

Dans un contexte de tensions géopolitiques, les implications militaires sont colossales : face à des stratégies de camouflage, l’œil d’Orus pourra par exemple faire la différence chimique entre un véritable avion de chasse en aluminium rempli de kérosène, et un simple leurre en plastique posé sur une piste ennemie, évitant ainsi le gaspillage de missiles coûteux. De même, il pourra déterminer à l’avance l’humidité des sols pour éviter les risques d’embourbement des divisions blindées, en cas de conflit majeur.

Les applications civiles promettent également une révolution, commercialisée sous l’offre « HYP4Uses ». En agriculture, cette technologie permettra de détecter le stress hydrique dans les champs, ou une carence nutritionnelle, bien avant l’apparition de symptômes visibles sur les feuilles. Elle autorisera aussi le suivi de pollutions maritimes complexes ou l’identification de gisements minéraux sans devoir faire de forages préalables.

Le seul obstacle ? Ces données hyperspectrales génèrent des fichiers si lourds qu’ils satureraient les réseaux spatiaux. Pour y remédier, Orus a l’intention d’intégrer des modèles d’IA directement à bord des satellites : ces cerveaux internes seront chargés de trier et d’analyser les données en orbite, ne renvoyant sur Terre que l’information « utile ».

VivaTech 2026 : le salon fête son 10e anniversaire

Et si, pour fêter ses 10 ans, le salon VivaTech marquait le tournant décisif de l’Europe vers la souveraineté technologique face à la dépendance américaine ? En tout cas, l’État français entend bien tourner la page…

Au cours des derniers jours, la Porte de Versailles à Paris est devenue l’épicentre mondial de l’innovation lors de la dixième édition du salon VivaTech. Accueillant plus de 15 000 startups sur 70 000 mètres carrés, l’événement désire marké une rupture résumée par son slogan : « L’IA : l’impact, pas l’illusion ». Finie l’effervescence autour des simples générateurs de textes : l’IA européenne s’industrialise et s’ancre dans la vie réelle.

La startup française ShiftElec a ainsi présenté des « capteurs virtuels » pilotés par l’IA permettant de mesurer et d’optimiser en direct la consommation électrique des sites de production. Engie, avec ses solutions Raptor Maps et Aerones, s’en sert pour inspecter les fermes photovoltaïques par drones et proposer une réparation robotisée des éoliennes. Et en matière de santé, plusieurs outils opérationnels dédiés au diagnostic prédictif en oncologie et à la prévention de la récidive ont également été dévoilés.

Au-delà de la prouesse technologique, la souveraineté fut le maître-mot. L’Europe organise sa riposte technologique face à la dépendance américaine. L’annonce la plus retentissante est venue de l’État français : le remplacement des systèmes de la firme américaine Palantir par la solution souveraine de ChapsVision au sein de la DGSI. Le gouvernement français a aussi annoncé un plan d’investissement, qui inclut l’arrivée d’un chatbot sur le portail Ameli et l’accès à un « Assistant IA souverain » pour l’ensemble des agents publics.

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Reçu — 20 juin 2026 Les Électrons Libres

Super El Niño : la bombe climatique est amorcée

20 juin 2026 à 17:40

L’inquiétude monte. Alors que la planète bat des records de chaleur, les modèles météo annoncent un El Niño d’ampleur exceptionnelle. Mais de quoi parle-t-on vraiment ? Et faut-il s’attendre au pire ?

Sur les côtes du Pérou et de l'Équateur, les pêcheurs vivent depuis toujours au rythme d'une étonnante routine. Chaque année, les eaux d'ordinaire glaciales du Pacifique se réchauffent doucement sous l'effet d'un faible courant descendant vers le sud. Et comme ce phénomène saisonnier survient toujours aux alentours de Noël, les marins lui ont jadis offert un surnom de circonstance : « la corriente del Niño », en référence à l'Enfant Jésus.

Mais sous ses airs de cadeau de fin d'année, ce courant clément peut se transformer en véritable cauchemar. Certaines saisons, la température de l'eau grimpe dangereusement, privant l'océan des nutriments indispensables à la vie marine. Les poissons et les oiseaux désertent alors brutalement les côtes, condamnant des villages entiers à des mois de disette. C’est ainsi qu’au fil des décennies, la mémoire collective a fait basculer le sens de l'expression. Le nom poétique d'El Niño a perdu son innocence d'origine pour désigner exclusivement ces redoutables anomalies climatiques qui, aujourd'hui encore, viennent bousculer la météo mondiale.

Des bouleversements océaniques dont l’origine est parfaitement naturelle, mais dont les conséquences peuvent s’avérer catastrophiques, d'autant que le dérèglement climatique agit désormais comme un redoutable amplificateur. Même si ces événements refusent de se plier à un calendrier strict, nos modèles de prévision parviennent aujourd'hui à débusquer leur réveil plusieurs mois à l'avance. Et les signaux sont loin d’être rassurants : l'année 2026 sera bel et bien placée sous le signe d'El Niño, et l'épisode qui s'annonce promet d'être hors norme.

Des alizés à l’abondance

Pour appréhender la nature du bouleversement provoqué par El Niño, il s’agit d'abord de comprendre la mécanique qui régit le Pacifique en temps normal. Au large du Pérou et de l'Équateur, l'équilibre repose sur des vents infatigables appelés alizés. En soufflant sans relâche d'est en ouest, ils balayent la surface de l'océan et repoussent les eaux chaudes, ainsi que les nuages gorgés de pluie, très loin vers l'Indonésie et l'Australie.

Le déplacement constant de ces eaux de surface crée un vide le long des côtes sud-américaines. Pour le combler, des courants froids remontent directement des abysses. Connue sous le nom d'« upwelling », cette remontée d'eau profonde agit comme un formidable catalyseur biologique en amenant de précieux nutriments vers la surface, déclenchant une spectaculaire explosion de vie.

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Hexana, nouveau (super)phénix ?

19 mai 2025 à 16:03

Enterrée trop tôt, la filière des réacteurs à neutrons rapides renaît de ses cendres avec Hexana. En s’appuyant sur l’héritage du CEA, cette start-up française réinvente le nucléaire avec des SMR innovants, entre recyclage, souveraineté et vision d’avenir.

Il y a des histoires qu’on pensait terminées. Des rêves rangés dans les cartons, un peu jaunis, presque oubliés. La filière des réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium (RNR Sodium) faisait partie de celles-là. Après l’arrêt de Superphénix en 1997, puis l’abandon du projet ASTRID en 2019, le rideau semblait définitivement tiré sur cette ambition nucléaire française. Et pourtant… parfois, il suffit d’une étincelle. Celle-ci s’appelle Hexana.

La promesse des neutrons rapides : recycler les déchets nucléaires

Imaginez un feu qui se nourrit de ce que les autres considèrent comme perdu. C’est, en quelque sorte, ce que fait un réacteur à neutrons rapides. Là où les réacteurs classiques s’arrêtent, lui commence une seconde vie pour la matière nucléaire. Il transforme les rebuts en ressources, prolonge le cycle, et repousse les limites de l’énergie.

Contrairement aux réacteurs classiques, qui utilisent des neutrons « lents » pour fissionner l’uranium, les RNR utilisent, comme leur nom l’indique, des neutrons très rapides, ou plutôt « non ralentis ». Ces neutrons ont une capacité particulière intéressante : ils peuvent « casser » non seulement l’uranium classique, mais aussi d’autres éléments tels que du plutonium ou de l’uranium appauvri, des matériaux souvent considérés comme des déchets. Résultat : on peut recycler ce que d’autres jettent, et on produit plus d’énergie avec la même matière.

Avec ce type de réacteur, c’est un cercle vertueux qui s’envisage : le combustible usé des centrales actuelles pourrait devenir le carburant des futures centrales à neutrons rapides. Mieux encore, ces réacteurs peuvent réduire la durée de vie des déchets radioactifs les plus problématiques, ceux qui restent dangereux pendant des milliers d’années. En les « brûlant », on les transforme en déchets beaucoup plus faciles à gérer. En résumé : ils proposent une vision circulaire du nucléaire, où les déchets deviennent des ressources.

Pour fonctionner, ils ont besoin d’un fluide pour transporter la chaleur : ici, il s’agit de sodium liquide. Il chauffe très vite et très fort, ce qui permet de produire efficacement de l’électricité comme de la chaleur pour l’industrie. Il a toutefois un défaut : son caractère… explosif. En contact avec l’eau ou l’air, il peut s’enflammer ou réagir violemment. Cela exige donc des systèmes de confinement ultra-sécurisés, une véritable ingénierie de pointe, une maintenance délicate, et une surveillance constante.

Redonner vie à une filière que le monde nous enviait

Pendant des décennies, la France a été avant-gardiste, bénéficiant d’une avance sur le reste du monde en matière de réacteurs à neutrons rapides, qui faisait la fierté des équipes en charge. Des noms comme Rapsodie, Phénix et Superphénix résonnent encore dans la mémoire des ingénieurs et des chercheurs comme autant de promesses inachevées.

Hélas, malgré ce savoir-faire unique, cette filière a été peu à peu abandonnée principalement pour des raisons économiques et… idéologiques. À l’heure où l’atome devenait un sujet brûlant dans l’arène politique, les RNR se sont retrouvés pris en étau entre des exigences budgétaires de plus en plus strictes et une défiance croissante de l’opinion, alimentée par certains activistes. Démonisés, trop mal compris, ces réacteurs incarnaient un futur que le monde politique n’était plus prêt à attendre. La vision de long terme s’est effacée au profit d’une gestion plus immédiate, et jugée moins risquée (en apparence).

Le coup de grâce est venu en 2019 avec l’abandon du projet ASTRID, qui incarnait le renouveau, le RNR de nouvelle génération, celui qui allait régler les défis techniques de ses prédécesseurs. Mais le contexte énergétique et stratégique avait changé : les ressources en uranium restant abondantes, la priorité est allée aux EPR, et les arbitrages ont joué contre la recherche à long terme. La plupart y ont vu une décision catastrophique. Un crève-cœur. Certains ont même parlé de trahison, envers les générations futures.

Pourtant, les fondations posées au cours des décennies de recherche n’ont été ni vaines, ni perdues. Et aujourd’hui, des initiatives comme celle d’Hexana remettent la technologie sur le devant de la scène, avec une approche plus modulaire, flexible, et sans doute plus en phase avec les enjeux actuels. À partir des connaissances accumulées sur le projet ASTRID, et après des années de recherche, la startup propose une solution radicalement nouvelle.

Une vision neuve, portée par des pionniers du SMR

Le modèle d’Hexana n’est clairement pas celui des grandes cathédrales nucléaires du XXᵉ siècle, et il n’est pas question pour l’entreprise de « refaire Astrid », même si elle bénéficie des recherches initialement menées. C’est une approche qui se veut souple et évolutive. 

On parle ici de SMR (pour « Small Modular Reactors »), de petits réacteurs, contenant deux modules de 400 MWth chacun, produisant à la fois de l’électricité et de la chaleur industrielle à haute température (jusqu’à 500 °C), qui seraient implantés là où les besoins se font sentir, au plus près des réseaux en tension, des zones industrielles, ou dans les régions isolées.
Autre atout : avec sa plateforme énergétique modulaire et son approche hybride, Hexana veut combiner ses mini-réacteurs à neutrons rapides à un système de stockage thermique intelligent. « La chaleur sera stockée au sein de sels fondus, une technologie très spécifique empruntée au monde de l’énergie solaire à concentration, que nous sommes les seuls à développer en France, et à intégrer à un réacteur nucléaire », explique l’entreprise.

Pour faire battre le cœur de son réacteur, Hexana mise sur un carburant pas comme les autres : le MOX, un mélange savamment dosé de plutonium recyclé et d’uranium appauvri. Fabriqué à partir des combustibles usés d’EDF, ainsi que de coproduits générés lors de l’enrichissement de l’uranium, il permettrait de fermer le cycle du combustible nucléaire, et de renforcer au passage notre souveraineté énergétique.

Concernant la gestion du sodium liquide, l’entreprise s’appuie sur des décennies d’expertise « Made in France », et entend capitaliser sur les échecs et les réussites passés, en intégrant des technologies de pointe pour garantir la sûreté de ses installations. Systèmes intelligents, capteurs prédictifs : le problème demeure le même, mais l’approche pour le gérer change. Elle est plus précise, plus agile, plus moderne. « Nous faisons le choix de valoriser les acquis du passé et d’innover là où cela est nécessaire », rapporte l’équipe dirigeante.

Le printemps des start-up du nucléaire français

J’approfondis

Quels sont les objectifs de la jeune pousse ?

Le but du projet entrepreneurial : fournir une énergie constante, pilotable, décarbonée, mais également capable de s’adapter aux fluctuations industrielles ou aux pics de consommation. C’est la rencontre entre le nucléaire haute couture et les besoins concrets de notre époque. Une architecture dite de « 4ème génération » qui offre une réponse concrète à un défi énergétique majeur : moins de dépendance aux aléas météo, plus de souplesse sur le réseau, et une capacité inédite à répondre aux nouveaux usages industriels.

Début 2025, l’entreprise a levé 25 millions d’euros pour accélérer son développement. Une levée de fonds record dans le domaine, qui n’a rien d’anodine : elle incarne une confiance retrouvée dans cette technologie et dans ceux qui la portent aujourd’hui avec détermination. À ce stade, elle anticipe une mise sur le marché de son SMR aux alentours « de 2035 ».

Il y a dans cette aventure une forme de poésie. Un rêve d’ingénieur, bien sûr, mais aussi une foi sincère en la capacité de l’intelligence humaine à réparer ce qu’elle a abîmé, à améliorer ce qu’elle a inventé. Et qui sait ? Un jour peut-être, quand l’énergie d’un petit réacteur Hexana alimentera une usine ou un data center, on se souviendra qu’il a suffi d’une idée, d’une équipe… pour rallumer la flamme.

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Les Business Angels, ces super-héros méconnus de l’Économie

19 mai 2025 à 12:56

Les business angels sont-ils des flambeurs inconséquents, portés par l’amour du risque ? Des vampires de startups qui dépouillent leurs proies à la première réussite ? Ou des passionnés investis, qui apportent leur réseau, leurs compétences et leur expérience ?

Premier carburant financier des startups, sans lequel elles resteraient au stade de l’idée, ils sont surtout ceux qui prennent et assument les risques, souvent considérables. 90 % des startups échouent, entraînant la perte totale de l’investissement leur étant dédié. Les 10 % restants nécessitent une énorme patience (entre 7 et 10 ans) pour générer un retour sur investissement, appelé l’exit. Ainsi, un business angel investit de l’argent qu’il est prêt à perdre intégralement. Bien qu’en ayant souvent les moyens…

Prenons un exemple concret pour éclairer notre affaire. Imaginons l’un de nos anges investissant 20 000 € dans une startup de foodtech – domaine des technologies et innovations appliquées au secteur alimentaire – valorisée à 300 000 € en 2018. Six ans après, en 2024, la société, en réussite, est rachetée pour 15 M€. La part du business angel, après la dilution du capital liée à l’arrivée de nouveaux financements, se porte à 1,2 %, soit 180 000 €. Son retour sur investissement atteint neuf fois sa mise initiale. Sauf que, notre ange, dans le même temps, a misé sur neuf autres startups. Généralement, huit d’entre elles sont des fiascos, la dernière, sans générer de pertes, n’offre aucune plus-value. Au final le risque est bien conséquent, nécessitant courage, flair, patience, sans produire de jackpot, comparé à l’ensemble des investissements.

Pourtant, exceptionnellement, après des masses d’échecs, le business angel peut avoir misé sur une startup devenant ce qu’on appelle une licorne, à savoir une entreprise dont la valorisation dépasse le milliard d’euros, lui offrant un exit pouvant atteindre 100 fois sa mise initiale. Cela a pu être le cas des heureux ayant investi, par exemple 50 000 €, dans la société Airbnb, fondée par deux designers californiens en 2008. Ceux-là ont vu leur mise se transformer en millions de dollars. Mais ce jeu, qui est tout sauf à somme nulle, est réservé aux amateurs d’adrénaline capables de mettre quelques billets sur la table de départ et détenteurs d’un réel sang-froid assez peu partagé.

Pourquoi ne pas emprunter à la banque comme tout le monde ?

Parce que les banques exercent leur magistère dans le monde de l’entreprise traditionnelle. Elles exigent des bilans, des garanties, des business plans détaillés. Une startup, par définition, est une coquille vide avec une idée. Les business angels, eux, jouent un autre jeu : ils risquent leur propre argent, pas celui des clients ou des actionnaires. Ils œuvrent sans filet, ni parachute.

La France à la traîne ?

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Mais pourquoi font-ils cela ?

Parce qu’ils ont le goût de l’aventure, mais aussi et surtout celui de l’innovation. Ils diffèrent en cela des simples spéculateurs, peu préoccupés par l’objet de leurs investissements. Ils savent sentir les idées révolutionnaires qui vont changer la société, qu’importe que l’on juge que cela soit en bien ou en mal. Ils sont derrière les succès d’entreprises comme Uber, Airbnb, BlaBlaCar, OpenAI. Ils misent sur des projets parfois pensés par deux geeks phosphorants dans leur garage qui, un an après dirigeront 50 salariés, puis 1500 cinq ans plus tard. Mais ils ne s’arrêtent jamais, parce que le mouvement est dans leur ADN. Inlassablement, ils réinvestissent leurs gains dans d’autres projets, participant à stimuler l’écosystème dans lequel ils évoluent. Sans eux, des licornes françaises comme Doctolib, Back Market, Deezer ou ManoMano seraient restées des présentations PowerPoint sur un ordinateur.

Des mythes à déconstruire

Les startups financées par nos business angels charrient aussi leur lot de mythes et de critiques dont certains méritent d’être débunkés. 

Non, les business angels ne spolient pas les fondateurs des startups auprès desquelles ils s’engagent. Loin de là.  Ils achètent des parts à un prix reflétant le risque qu’ils prennent. Ils ne se « gavent » pas non plus sans travailler. Ils offrent mentorat, introductions, et passent des heures à relire des pitchs gratuitement, en sachant qu’ils perdront le plus souvent leur argent. Un léger motif de stress, quand même… Pas davantage qu’ils ne sont des vautours. Un vautour est un charognard qui guette votre mort pour vous dépecer. Le business angel est tout le contraire. Il vous met sous perfusion pour que vous viviez dans l’espoir de vous voir connaître l’épanouissement.

* Cet article ne constitue pas un conseil ou une recommandation en matière d’investissement et ne saurait être considéré comme une sollicitation ou une offre de vente ou d’achat de tout instrument financier. Il est destiné à une information générale et ne prend pas en compte les objectifs, la situation financière ou les besoins spécifiques d’un investisseur. Nous vous recommandons de consulter un professionnel du secteur financier avant de prendre toute décision d’investissement.

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E133 : la peur bleue de la menthe à l’eau

19 juin 2026 à 20:09

Il y a le sirop de menthe et ceux qui mentent… Connaissez-vous le E133, ce colorant bleu qui lui donne sa couleur caractéristique ? Sur les réseaux sociaux, vidéos virales et titres alarmistes en ont fait en quelques jours la nouvelle bête noire de l’alimentation. Au bout du compte, une tempête dans un verre de menthe à l’eau. Et une énième panique qui en dit moins sur ce colorant que sur notre rapport irrationnel au risque alimentaire.

N’en déplaise aux influenceurs autoproclamés spécialistes en santé publique, qui agitent des bouteilles de sirop comme s’il s’agissait de fioles radioactives, le E133, ou Bleu Brillant FCF, n’est pas considéré comme présentant un risque sanitaire aux niveaux d’exposition observés dans la population européenne. En 2010, l’EFSA (European Food Safety Authority) a réévalué ce colorant et abaissé sa Dose Journalière Admissible (DJA) de 10 à 6 mg par kilogramme de poids corporel, sans identifier d’élément justifiant une restriction ultérieure. Pourtant, l’application Yuka, à l’origine de la polémique, le classe parmi les substances à fuir.

Yuka, le business de la peur

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D’où vient cette vague de panique ?

L’histoire du E133 dans le sirop de menthe n’est pourtant pas neuve. Ce colorant synthétique est utilisé depuis des décennies pour donner à la menthe à l’eau sa couleur caractéristique. Ce qui a changé, c’est le regard que nous portons sur lui.

Depuis des années, une mécanique bien rodée transforme chaque additif, chaque molécule ou chaque procédé industriel en potentiel scandale sanitaire. Et peu importe les avis rendus par les agences sanitaires. Les conclusions mesurées, parfois rassurantes, peinent à rivaliser avec la puissance émotionnelle des gros titres anxiogènes. Un rapport de plusieurs centaines de pages concluant à l’absence de risque significatif passera souvent inaperçu face à une alerte savamment mise en scène. À force d’être exposé à ce type de contenu, le public en vient à surestimer certains risques tout en négligeant d’autres dangers objectifs, pourtant bien mieux documentés. Le E133 n’est que le dernier épisode de cette histoire.

Trente ans de science réglementaire, balayés en un tweet

Ce que cette panique révèle surtout, c’est une méconnaissance profonde du travail réglementaire qui encadre notre alimentation.

En Europe, aucun additif alimentaire ne se retrouve dans votre assiette par hasard. Avant d’être autorisé, il est évalué par l’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, qui examine les données toxicologiques disponibles, fixe des niveaux d’exposition acceptables et publie ses conclusions. Le système n’est pas parfait, mais il évolue au rythme des connaissances scientifiques.

Le E133 a ainsi été réévalué en 2010. Ce n’est pas un blanc-seing accordé à l’industrie. C’est le fonctionnement normal d’une autorité scientifique indépendante qui fait son travail.

L’affaire dite de Southampton illustre d’ailleurs la manière dont ce système réagit lorsqu’un signal sérieux apparaît. En 2007, une étude publiée dans The Lancet suggère un lien entre plusieurs colorants alimentaires et certains troubles du comportement chez l’enfant. Les autorités examinent alors les données disponibles et la Commission européenne impose un étiquetage spécifique sur les produits concernés. Le E133 ne faisait pas partie de ces colorants.

La dose fait le poison, et Paracelse avait raison avant X

Il y a un principe fondamental en toxicologie que les vidéos alarmistes mentionnent rarement. C’est Paracelse, médecin suisse du XVIe siècle, qui l’a formulé avec une clarté restée intacte aujourd’hui : « Toute substance est un poison, aucune n’est sans poison ; seule la dose fait qu’une chose n’est pas un poison. »

L’ironie de toute cette affaire, c’est que les milliers de personnes qui s’inquiètent du E133 dans leur sirop de menthe passent à côté de l’information la plus importante qui figure pourtant en toutes lettres sur la même étiquette : la teneur en sucre.

La Dose Journalière Admissible du E133 est fixée à 6 mg par kilogramme de poids corporel, soit 120 mg par jour pour un enfant de six ans pesant 20 kg. En retenant une concentration de 60 mg / L dans le sirop pur, cohérente avec les niveaux d’usage rapportés à l’EFSA et la dilution recommandée de 1 volume de sirop pour 12 volumes d’eau, l’enfant pourrait boire tous les jours sans risque — c’est le sens même de la DJA — environ 26 litres de menthe à l’eau, soit 130 verres de 20 cl. Cela correspondrait à deux litres de sirop pur. À raison d’environ 71 g de sucre pour 100 ml de sirop, il aurait alors absorbé près de 1,4 kg de sucre. Une dose extravagante.

Attirer l’attention des parents sur le colorant au lieu du sucre, c’est noyer le poison.

Le sucre, ce danger ordinaire qu’on préfère oublier

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Et si on commandait la pluie ?

18 juin 2026 à 20:29

Aux États-Unis, le Grand Lac Salé a perdu 73 % de son eau en 40 ans. S’il s’assèche, 2,5 millions d’Américains respireront un nuage chargé d’arsenic. Pour lutter, l’Utah fait le pari de confier une partie de son avenir hydrologique à un faiseur de pluie de 25 ans : Augustus Doricko.

En quelques années, Doricko est devenu la cible privilégiée de tous les fantasmes paranoïaques. Sa société, Rainmaker, déploie une armée de drones pour ensemencer les nuages et faire tomber la neige. Une technologie vieille de 80 ans remise au goût du jour, mais que certains confondent encore avec les « chemtrails », cette théorie complotiste qui prend les traînées de condensation laissées par les avions pour des largages de poison.

El Segundo (Californie), à quelques centaines de mètres de l’océan Pacifique. Dans un entrepôt sans climatisation, des ingénieurs en t-shirt manipulent des bidons métalliques contenant une poudre jaune-vert : de l’iodure d’argent, le secret de fabrication des faiseurs de pluie modernes. Ils forment l’équipe de Rainmaker.

Le Grand Lac Salé : autopsie d’une catastrophe annoncée

Pour comprendre l’urgence qui anime Doricko, il faut se rendre à 1 200 kilomètres de là, dans le nord de l’Utah. Le Grand Lac Salé, plus vaste lac salé de l’hémisphère occidental, est en train de mourir. Depuis les années 1980, il a perdu 73 % de son eau et 60 % de sa superficie. En 2022, il atteignait son niveau le plus bas jamais enregistré : 6 mètres sous sa moyenne historique.

La cause principale n’est pas le changement climatique (qui représente environ 9 % du déficit), mais la surexploitation humaine. L’Utah détourne chaque année plus de 2,5 milliards de mètres cubes d’eau, dont 70 à 80 % pour l’agriculture — principalement la luzerne et le foin destinés au bétail. Le lac accuse un déficit annuel de 1,5 milliard de mètres cubes depuis 2020.

Mais le pire est peut-être à venir. Le lit du lac, exposé par le retrait des eaux, est une véritable bombe toxique. Pendant plus d’un siècle, les activités minières, agricoles et industrielles y ont déposé de l’arsenic, du mercure, du plomb, du cadmium et d’autres métaux lourds. Aujourd’hui, plus de 2 000 kilomètres carrés de sédiments sont à l’air libre, et chaque tempête de vent les transforme en nuages de poussière toxique qui balaient la région de Salt Lake City et ses 2,5 millions d’habitants.

« Nous fixons le canon d’une arme chargée : la plus grande crise de santé publique que notre État ait jamais connue », alertent 300 professionnels de santé dans une lettre aux autorités de l’Utah. Le 21 mai dernier, le gouverneur Cox a déclaré l’état d’urgence pour sécheresse à l’échelle de tout l’Utah, l’hiver le plus chaud depuis 1874 n’ayant pratiquement pas rechargé le lac.

Les mesures d’arsenic sur le lit asséché du lac dépassent de dix fois les recommandations de l’EPA (Environmental Protection Agency) pour une exposition régulière.

La révolution des drones et de l’IA de Rainmaker

Pour mesurer ce qu’ils produisent, Rainmaker a déployé un arsenal de radars et de stations météo autour du bassin de la Bear River, dont les données alimentent Prophet, un système d’IA qui prédit en temps réel quels nuages sont ensemençables et isole la neige artificielle de celle qui serait tombée de toute façon.

Leur drone Elijah vole jusqu’à 5 000 mètres en conditions de givrage, pour 50 dollars de l’heure contre des milliers pour un avion piloté. Surtout, Rainmaker a obtenu de la FAA (Federal Aviation Administration) une dérogation unique aux États-Unis : le droit de voler dans les nuages, de nuit, en conditions de givrage et sans visibilité directe.

Rainmaker n’est pas seul sur ce marché, estimé à 430 millions de dollars en 2025 et dominé depuis 60 ans par des acteurs traditionnels comme Weather Modification Inc. Ces derniers utilisent des avions plutôt que des drones et n’ont jamais réussi à prouver précisément ce qu’ils produisent.

L’ensemencement des nuages, une technologie née d’un accident

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Dans l’Utah, le plus grand projet d’ensemencement de l’histoire américaine

Rainmaker est devenu le fer de lance d’un projet colossal qui consiste à augmenter les chutes de neige dans le bassin de la Bear River, principal affluent du Grand Lac Salé. Le projet s’inscrit dans une mobilisation historique. En septembre 2025, le gouverneur Cox a signé la « Great Salt Lake 2034 Charter » qui vise à restaurer le lac d’ici les Jeux olympiques d’hiver que l’Utah accueillera cette année-là. De plus, deux coalitions philanthropiques ont mis 200 millions de dollars sur la table. Partenaire majeur de l’opération, Rainmaker a gagné sa légitimité, et la pression qui va avec.

L’investissement public est conséquent. En cinq ans, l’Utah a multiplié son budget annuel d’ensemencement par 20, portant sa contribution annuelle à Rainmaker à 7,5 millions de dollars. L’Idaho a apporté un million de dollars supplémentaire ; l’Oregon, le Colorado et la Californie ont signé à leur tour. Des équipes de l’université d’État de l’Utah, de l’université de l’Utah et de l’université Brigham Young supervisent les opérations de Rainmaker et évaluent indépendamment les résultats.

Le 27 avril dernier, l’entreprise a annoncé avoir validé 82 signatures radar non ambiguës. Il s’agit de cas où ses drones ont directement déclenché des précipitations, pour un total de 540 millions de litres d’eau douce produits en Utah et en Oregon, soit une première mondiale pour un opérateur commercial. Joel Ferry, directeur des ressources naturelles de l’État, explique que « ce type de validation est critique ». « Si on peut le prouver scientifiquement, c’est tout l’enjeu. » Rainmaker précise que ce chiffre ne représente probablement qu’une fraction de sa production totale de la saison.

Quand la science affronte le conspirationnisme

Hélas, l’obstacle inattendu du complotisme se dresse sur la route de Rainmaker. Une fraction croissante de la population américaine est convaincue que les traînées blanches laissées par les avions dans le ciel ne sont pas de simples contrails (condensation de la vapeur d’eau des réacteurs), mais des chemtrails, c’est-à-dire des produits chimiques qui seraient délibérément répandus par le gouvernement pour contrôler la météo, empoisonner la population ou manipuler les esprits.

En juillet 2025, les agences américaines EPA et NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) ont dû publier une page entière pour expliquer que les « chemtrails » n’existent pas.

Doricko et son équipe font les frais de ces théories délirantes, mais très largement partagées, puisqu’au moins 30 % des Américains y croient au moins partiellement. En juillet 2025, des inondations meurtrières au Texas (plus de 130 morts) sont attribuées par une foule en ligne à Rainmaker, qui avait ensemencé des nuages 240 kilomètres plus loin, deux jours plus tôt.

Le général Michael Flynn, ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, exige des explications à ses 2,2 millions d’abonnés sur X. La représentante d’extrême droite Marjorie Taylor Greene annonce un projet de loi pour interdire la modification de la météo. « Les gens en ont assez des produits chimiques qui manipulent notre météo », écrit-elle, accompagnant son message d’une photo de Doricko.

Rainmaker réplique que ses opérations ne peuvent produire qu’une fraction de centimètre de pluie, pas les 50 cm qui se sont abattus sur certaines zones du Texas. Mais le mal est fait. Jonathan Jennings, météorologue responsable du programme d’ensemencement de l’Utah, a reçu des menaces de mort après avoir publié un simple article éducatif sur la technique.

Les limites de l’ensemencement de nuages

Aussi prometteuse soit cette technologie, l’ensemencement à lui seul ne sauvera pas le lac. À +15 % de précipitations, les apports actuels restent une goutte d’eau face au déficit annuel de 1,5 milliard de mètres cubes. Les chercheurs de l’université Brigham Young estiment qu’il faudrait réduire de 30 à 50 % la consommation d’eau dans le bassin versant (principalement l’irrigation agricole) pour ramener le lac à des niveaux sains d’ici 2050.

Jake Dreyfous, directeur de l’association Grow the Flow, résume la situation : « L’ensemencement est un élément dans notre boîte à outils. Mais la vraie solution, c’est de consommer moins d’eau. » Un message utile, mais politiquement délicat dans un État où l’agriculture représente une part importante de l’économie et de l’identité culturelle.

Pourtant, réduire la consommation ne signifie pas nécessairement en faire de même des rendements. Israël l’a prouvé depuis 50 ans avec le goutte-à-goutte, une invention aujourd’hui déployée dans 110 pays. La production agricole par litre d’eau a été multipliée par sept en 40 ans, sans augmenter la consommation.

Quant à l’Utah, où 80 % de l’eau part en irrigation agricole, il n’en est qu’à ses débuts. Les cultures génétiquement modifiées pour être économes en eau ouvrent une deuxième voie. Entre les drones de Doricko qui font pleuvoir, le goutte-à-goutte qui en gaspille moins et les semences de demain encore plus sobres, la sécheresse ressemble de moins en moins à une fatalité.

Dessaler la mer pour irriguer le désert

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Reçu — 17 juin 2026 Les Électrons Libres

La France, championne des cotisations, lanterne rouge de la croissance

17 juin 2026 à 20:25

Des aides aux entreprises, les exonérations de charges sur les bas salaires ? Le qualificatif révèle l’incohérence du monde politique, qui réclame du pouvoir d’achat, espère la réindustrialisation… mais taxe toujours plus le travail.

Seul pays d’Europe à n’avoir pas amorcé le début du commencement d’un redressement de ses comptes depuis le Covid, la France est obligée de tailler dans ses dépenses au fil de l’eau pour endiguer son déficit, sans jamais mesurer l’intérêt de ce qu’elle ampute. La dernière cible du gouvernement serait les allègements de cotisations, comptés comme une « dépense publique » alors qu’il s’agit d’une recette à laquelle l’État renonce, comme si chaque euro non collecté était un euro perdu pour la nation. Avant de décréter cette baisse des allègements (euphémisme technocratique pour désigner une hausse d’impôt), une question s’impose : à quoi servent-ils ?

La réponse est ambivalente et représentative du dilemme face duquel notre pays se trouve. Ces allègements sont incontournables pour faire entrer les moins qualifiés sur le marché du travail. Mais en même temps, ils figent les rémunérations à des niveaux très bas, entretenant la trappe à bas salaires dans laquelle est enclavée une grande partie des Français. Piégée par cette mécanique mise en place dans les années 1990, à une époque où la productivité alimentait la croissance naturelle des salaires, la France de 2026 se retrouve ainsi à devoir choisir entre leur suppression, qui accentuerait le taux de chômage, ou leur maintien, qui entretient la smicardisation.

Un choix impossible, que l’on doit à la décision d’asseoir le financement de notre protection sociale sur le travail — à un moment où les besoins étaient plus faibles qu’aujourd’hui — et à l’absence de revirement depuis, alors que la situation économique a évolué.

Dans un monde idéal, nous n’aurions jamais eu besoin de baisser artificiellement le coût du travail par leur biais, et l’économie française ne subirait pas leurs effets négatifs. Pour être efficace, le vrai débat ne doit pas porter sur la béquille mais sur la fracture initiale.

Un tremplin vers l’emploi, mais…

Un salarié produisant 10 € de richesses par heure ne sera pas embauché si le salaire minimum est de 12 €. Ces allègements ont donc pour but de ramener vers l’emploi ceux qui en sont exclus par une faible productivité. Cette architecture de baisse du coût du travail s’est bâtie entre le milieu des années 1990 et 2003 (Balladur, Juppé, Aubry et Fillon en ont été les artisans, ce dernier ayant concentré l’essentiel du dispositif sous 1,6 SMIC). Le chômage qui tutoyait alors les 11 % était la préoccupation centrale du débat public.

Ces mesures suivaient une logique de tremplin, aidant les entreprises à recruter un salarié à coût réduit, en attendant que des gains de productivité (bien plus vigoureux qu’aujourd’hui) fassent grimper mécaniquement sa rémunération au-dessus du niveau de rentabilité d’embauche. Et cela a fonctionné : entre 1997 et la crise de 2008, le taux de chômage a fondu de trois points pour atteindre 7,4 %.

La suppression aveugle de ces allègements, sans résoudre le problème de fond qu’ils sont censés régler, reviendrait à défaire cette réussite, au moment où la France vient de faire reculer son chômage structurel de 1,3 point depuis 2015. Le modèle Mésange de la direction du Trésor évalue à 12 500 les emplois détruits par milliard d’euros de hausse du coût du travail. Supprimer les 80 milliards d’allègements reviendrait donc à rayer d’un trait de plume près d’un million d’emplois et 100 milliards de PIB. Pas sûr que ce soit une bonne affaire sur le long terme.

450 000 emplois hors-jeu : la facture du SMIC à 1 700 euros

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L’architecture d’aide s’est muée en piège

Si la photographie montre que ces allègements sont utiles, le film raconte une autre histoire. La politique des allègements reposait sur l’hypothèse que les gains de productivité poursuivraient le rythme de la fin des années 1990. Il n’en fut rien. Depuis 2000, cette productivité, qui constitue le principal moteur finançant les hausses de salaires, n’a progressé que de 20 % en France. Le SMIC, seul salaire dont le niveau est décrété politiquement, a grimpé de 37 % en euros constants sur la même période.

Or, quand le législateur impose des hausses de salaires supérieures à la productivité, toute la chaîne des rémunérations finit par payer : entre 2000 et 2026, toujours en euros constants, le salaire médian n’a augmenté que de 21 % et celui des cadres de 9 %. En l’absence de productivité, cette générosité non financée a alimenté la « smicardisation » latente et avec elle le sentiment d’un travail qui ne paie plus.

En concentrant les allègements sous 1,6 SMIC (un seuil correspondant aujourd’hui peu ou prou au salaire médian), les pouvoirs publics ont planté une borne qui comprime tous les salaires en dessous d’elle. C’est le diagnostic du rapport Bozio-Wasmer : efficaces pour l’emploi peu qualifié, les allègements concentrés ont creusé une « trappe à bas salaires » décourageant toute progression au-delà du seuil. Depuis janvier 2026, un dispositif unique nommé le RGDU a certes repoussé cette borne à 3 SMIC, mais il n’a fait qu’aplanir la pente sans toucher au problème de fond, à savoir le financement social adossé au seul travail.

Les auteurs ont prolongé leur réflexion dans une note pour le Conseil d’analyse économique (CAE), publiée le 16 juin, dans laquelle ils décrivent les effets insidieux de ces allègements sur la progression des salaires : pour augmenter de 100 € le revenu disponible d’un travailleur sous le salaire médian, l’employeur doit supporter un coût salarial supplémentaire compris entre 300 et 400 €. Il est impossible, dans ces conditions, d’espérer recréer une dynamique salariale forte revalorisant le travail à sa juste valeur.

À force de revaloriser le SMIC plus vite que la productivité, nos élus en ont fait l’un des plus élevés d’Europe. L’indice de Kaitz, mesurant le ratio SMIC / salaire médian, est de 62 % en France, trois points au-dessus de la moyenne européenne, dix de plus que l’Allemagne. Concrètement, depuis le 1er juin, un salarié au SMIC perçoit environ, prime d’activité comprise, 1 750 euros par mois, quand le salaire médian s’établlit autour de 2 200 euros. La rémunération de la moitié des salariés tient donc dans un corridor de 450 euros. Et l’horizon est bouché : au rythme de 1 % de hausse annuelle que permet notre productivité, un salarié au SMIC ne gagnera que 2 200 euros à la fin de sa carrière, soit un euro et demi de pouvoir d’achat supplémentaire par mois. Difficile d’aiguiser sa motivation professionnelle dans de telles conditions.

La cotisation devient un impôt pour les riches

Le piège a un second versant. Concentrés sur la moitié basse des salaires, ces allègements ont reporté la charge du financement social sur le travail qualifié. Pour verser 1 euro à un ingénieur, une entreprise française doit en débourser 2,23, contre 2,02 en Allemagne et 1,59 au Royaume-Uni. La France taxe faiblement le travail le moins productif et lourdement celui qui l’est le plus, fragilisant ceux qui paient pour tous les autres.

Prenons un cadre payé 100 000 euros brut par an. Au titre de sa seule cotisation santé de 13 % (non plafonnée), il verse 13 000 euros à la branche maladie, quand la consommation moyenne de soins tourne autour de 3 000 euros par habitant. Il finance ainsi les soins de plus de quatre personnes à lui seul. La fable du salaire différé est ici caduque. Ce qu’il verse au-delà de ce qu’il recevra n’est pas une assurance socialisée, mais un impôt non contributif qui ne dit pas son nom. Et dans un monde où ces talents s’arrachent et se déplacent facilement, chasser nos « riches » du territoire revient à congédier les premiers sponsors de notre modèle social.

Le déséquilibre est aussi générationnel. Les retraités, qui concentrent la moitié de la consommation de soins, sont exemptés de cotisations maladie et bénéficient d’une CSG réduite. Le lien contributif, censé fonder la Sécurité sociale, est rompu à tous les étages.

Changer l’assiette : le vrai débat

Supprimer les allègements, c’est ôter la béquille et détruire un million d’emplois. Les conserver en l’état, c’est entretenir la trappe et surtaxer les talents. La France semble enfermée dans un dilemme : soit augmenter son taux de chômage, soit maintenir la smicardisation qui dévalorise le travail et démotive de nombreux salariés.

Pour en sortir, il faut remonter à la racine et inverser le choix, opéré au sortir de la Seconde Guerre mondiale, d’asseoir le financement de la quasi-totalité de notre protection sociale sur le seul travail. Les cotisations pèsent 17 % du PIB en France (record du continent) contre 0,8 % au Danemark. Ce que le travail finance chez nous, la TVA et l’impôt sur le revenu le portent là-bas, permettant aux Danois d’avoir un salaire net quasiment identique au salaire brut.

Pour imiter ce résultat, nous avons quelques leviers à notre disposition : la CSG, dont chaque point de hausse rapporte 16 milliards d’euros, et la TVA, dont chaque hausse d’un point en vaut 10. Aucun n’est indolore. Nos engagements européens plafonnant la TVA à 25 %, une hausse à ce niveau du taux normal rapporterait 50 milliards au mieux, soit autant qu’un alignement des taux réduits sur les 20 % actuels. Et elle frappe aveuglément les plus modestes comme les plus riches, avant de faire décrocher la consommation à moyen terme. La CSG, de son côté, mord sur tous les revenus et son augmentation renchérirait le coût du capital au moment où nous en avons le plus besoin.

Reste la piste de l’impôt sur le revenu, acquitté par seulement 46 % des ménages (et dont 10 % supportent 75 % des recettes totales). Il pourrait être élargi à tous les contribuables, même dans une proportion symbolique, pour réintéresser tous les citoyens à la gestion des finances publiques et recréer un pacte républicain où chacun participe à la marche du pays, même à un niveau modeste. C’est le levier le plus douloureux car le plus visible, mais c’est aussi une assiette large qui, si elle est supportée par tous, peut aider à alléger durablement le coût du travail.

Ne pas s’exonérer d’une baisse des dépenses

Ne nous y trompons pas : en l’absence d’une forte diminution des dépenses, la seule bascule d’assiette n’allègerait pas le fardeau fiscal, elle ne ferait que le déplacer. Tant que la dépense publique française restera la plus lourde des grandes économies développées, quelqu’un devra la financer. Pour que cette bascule se transforme en un vrai gain de pouvoir d’achat, il faudra dépasser la tuyauterie fiscale et s’attaquer à la dépense sociale, pensions et remboursements en tête. Or, les Français se cabrent à la moindre réforme des retraites comme à la plus modeste franchise médicale. Le chantier est autant fiscal que politique.

La France a gardé la fiscalité d’un pays riche, à la croissance vive et à la productivité conquérante, capable d’imposer lourdement ses talents parce qu’il savait les retenir. Ce pays a disparu, mais sa fiscalité lui a survécu. Elle pèse aujourd’hui sur une économie qui décroche et pénalise le travail qui tire encore la croissance. On ne taxe pas comme un champion quand on joue en division inférieure. Adaptons enfin notre fiscalité au terrain mondial et technologique où se joue désormais la partie.

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Reçu — 16 juin 2026 Les Électrons Libres

Les obligations : prêt, taux d’intérêt et duration

16 juin 2026 à 16:46

Les obligations représentent environ 40 % des titres cotés en bourse et la majorité des fonds euros. Pourtant, en 2022, les obligations et les fonds euros ont surpris beaucoup de monde par leurs mauvaises performances. Pourquoi ? Explications avec notre couple témoin, Sonia et Adam.

Adam a acheté ses premiers ETF (Exchange-Traded Funds) actions après l’article précédent. Satisfait, il a voulu aller plus loin et son banquier lui a proposé un « fonds obligataire diversifié ». Adam a dit oui sans vraiment comprendre ce qu’il achetait. Sonia, elle, a reçu son relevé d’assurance-vie pour 2022 : son fonds euros, celui qu’elle pensait « sans risque », avait rapporté à peine 1,5 %. Elle voulait savoir pourquoi.

Ces deux questions ont la même réponse. Il faut comprendre ce qu’est une obligation, pourquoi son prix change quand les taux d’intérêt bougent, et pourquoi certaines obligations sont plus sensibles que d’autres.

1. Une obligation, c’est un prêt à un émetteur

Quand l’État français veut financer ses dépenses sans augmenter immédiatement les impôts, il emprunte. Il le fait en émettant des obligations, des titres de dette qu’il vend aux investisseurs sur les marchés financiers. Les entreprises font de même. Une obligation assimilable du Trésor (OAT) est ainsi le mécanisme par lequel vous devenez, sans le savoir, créancier de l’État français chaque fois que votre assureur investit votre épargne en fonds euros.

Le fonctionnement est simple. L’émetteur, État ou entreprise, emprunte une somme : le nominal. Il s’engage à verser des intérêts réguliers : les coupons, exprimés en pourcentage du nominal, généralement une fois par an. Et il rembourse le nominal à une date fixée à l’avance : l’échéance. Tout est connu à l’avance, sauf une chose : la capacité de l’émetteur à honorer ses engagements. Si l’émetteur ne peut plus payer, on parle de défaut.

Ce qui distingue une obligation d’un prêt bancaire ordinaire, c’est sa négociabilité. Elle s’achète et se vend sur les marchés financiers, à un prix qui fluctue chaque jour. C’est précisément là que naissent les surprises.

👤 Sonia, prêteuse à l’État sur 10 ans

Sonia prête 1 000 € à l’État français via une OAT à 3 % sur 10 ans. Chaque année, elle perçoit 30 €. Dans 10 ans, l’État lui rembourse 1 000 €. Elle connaît à l’avance tous ses flux de trésorerie. Le risque de défaut de la France est considéré comme faible : elle est notée AA− par S&P depuis janvier 2026. Son risque principal n’est pas, pour le moment, le défaut. Il est ailleurs.

2. Quand les taux montent, le prix baisse

C’est la règle la plus contre-intuitive de l’investissement obligataire. Quand les taux du marché montent, le prix des obligations déjà émises baisse. Quand les taux baissent, leur prix monte. Cette relation est mécanique, inévitable, et vaut pour toutes les obligations à taux fixe.

Prenons un exemple pour expliquer ce mécanisme. Sonia détient une OAT à 10 ans qui verse 30 € par an (coupon de 3 % sur 1 000 €). Les taux du marché montent d’un point, à 4 %. Une nouvelle OAT de 1 000 € rapporte désormais 40 € par an. L’ancienne obligation de Sonia n’est plus aussi attractive : son prix de marché doit baisser jusqu’à ce que l’acheteur obtienne un rendement équivalent. La relation est symétrique à la baisse : si les taux tombent d’un point, l’obligation de Sonia à 3 % devient plus attractive et son prix monte au-dessus de 1 000 €.

Sonia ne perd rien si elle conserve son obligation jusqu’à l’échéance : elle recevra ses 30 € par an et ses 1 000 € au terme. Si elle doit revendre avant l’échéance en revanche, la moins-value est bien réelle.

Deux obligations, même rendement : pourquoi les prix divergent Quand les taux du marché passent de 3 % à 4 % (+1 point), une OAT 10 ans à coupon 3 % voit son prix de marché baisser à environ 919 €. Le détenteur qui attend l’échéance récupère ses 1 000 € intacts.

👤 Adam découvre la performance 2022 de son fonds

Adam avait souscrit un fonds obligataire « prudent » en 2021, à une époque où les taux européens étaient proches de zéro. En consultant son relevé début 2023, il découvre −11 % sur l’année. Il appelle son banquier, convaincu d’une erreur. Il n’y en avait pas. La BCE avait relevé ses taux directeurs de 0 à 2,5 % en 2022 pour contenir l’inflation. Les obligations à taux bas détenues dans le fonds avaient mécaniquement chuté. Ce n’est pas un scandale, c’est de la mécanique.

⚠ 2022 : le choc obligataire

En 2022, les banques centrales ont relevé leurs taux directeurs à une vitesse sans précédent depuis les années 1980. Le Bloomberg Global Aggregate Bond Index a perdu plus de 16 %, sa pire performance depuis sa création. Les fonds obligataires européens diversifiés ont perdu entre 10 et 15 %. Des épargnants qui croyaient leurs placements « sans risque » ont découvert que les obligations pouvaient baisser significativement (Bloomberg L.P., 2022).

3. La duration, c’est votre temps de patience

La relation taux / prix ne s’applique pas de la même façon à une obligation qui expire dans 3 mois et à une obligation à 30 ans. Il existe un outil pour quantifier cette différence : la duration. C’est la durée moyenne pondérée à laquelle vous récupérez votre mise, en tenant compte de la valeur temporelle de l’argent, c’est-à-dire du fait qu’un euro reçu aujourd’hui a plus de valeur qu’un euro reçu dans dix ans.

Le prix des obligations prend en compte la différence de gain futur entre un produit émis aujourd’hui et un produit déjà existant. Avec un coupon fixe de 30 € et un remboursement de 1 000 € dans 10 ans, le prix d’équilibre s’établit à environ 919 €, soit une baisse de 8 %. Ce chiffre n’est pas un hasard : il correspond à ce que prédit la duration, qui est d’environ 8 pour une OAT 10 ans à coupon de marché.

La règle de la duration : coupons et capital comme poids Une OAT 5 ans à coupon de 6 % : les coupons annuels (petits poids) et le remboursement du nominal (poids dominant) déterminent le point d’équilibre à 4,47 ans. La duration est inférieure à la maturité dès qu’il y a des coupons.

La règle opérationnelle à retenir est la suivante : une hausse de taux de 1 point entraîne une baisse de prix approximativement égale à la duration. Un fonds obligataire affichant une duration de 8 perd environ 8 % si les taux montent d’un point. Il en gagne environ 8 % si les taux baissent d’un point.

La duration d’un portefeuille est la moyenne pondérée des durations de chaque obligation qu’il contient. C’est pourquoi les sociétés de gestion publient toujours la duration de leurs fonds dans leurs rapports mensuels : c’est le premier chiffre à lire avant d’investir.

Baromètre de duration : sensibilité selon l’échéance Plus l’échéance est longue, plus la duration est élevée et plus l’obligation est sensible aux variations de taux. Les investisseurs exigent en contrepartie un rendement plus élevé pour compenser ce risque supplémentaire.

4. Deux risques à ne pas confondre : taux et crédit

La duration mesure le risque de taux : la sensibilité du prix à une variation des taux d’intérêt du marché. Mais il existe un second risque, indépendant : le risque de crédit, c’est-à-dire la probabilité que l’émetteur ne rembourse pas.

On appelle spread de crédit la prime de rendement exigée par les marchés au-dessus du taux sans risque pour compenser ce danger. Si le taux d’une OAT 10 ans est de 3 % et qu’une obligation d’entreprise de même maturité offre 4,5 %, le spread est de 150 points de base (1 point de base correspond à 0,01 %). En période de stress, les investisseurs fuient vers les obligations d’État — c’est la « fuite vers la qualité » — et exigent une prime encore plus élevée pour les obligations d’entreprises, ce qui fait mécaniquement baisser le prix des obligations déjà sur le marché.

Les deux risques peuvent se cumuler. En 2008, la hausse des taux et l’explosion des spreads de crédit ont frappé simultanément les obligations d’entreprises à haut rendement, entraînant des pertes proches de celles subies par les actionnaires.

👤 Adam, tenté par le rendement à 7 %

Le conseiller d’Adam lui propose un fonds obligataire affichant 7 % de rendement annualisé. Adam est séduit. Mais en lisant le Document d’informations clés (DIC), il découvre que le fonds investit à 70 % en obligations high yield, c’est-à-dire émises par des entreprises dont la notation est inférieure à BBB−. Le rendement élevé ne tombe pas du ciel : il rémunère un risque de défaut bien réel. Un rendement attrayant est toujours le signe d’un risque sous-jacent.

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5. Choisir son fonds obligataire en pratique

Mis à part pour les fonds euros, les salariés sont les Français les plus souvent confrontés aux fonds obligataires à travers leurs plans d’épargne entreprise (PEE). Comme pour les actions, la diversification est capitale : investir dans un fonds obligataire permet de répartir le risque sur de nombreux émetteurs, là où détenir les obligations d’un seul acteur serait aussi imprudent que de miser sur une seule action.

Face à un fonds obligataire, trois réflexes permettent d’évaluer le risque réel avant d’investir :

  • Le premier est de lire la duration affichée dans le rapport mensuel ou le Document d’informations clés. Un fonds avec une duration de 8 n’est pas adapté à un besoin d’argent à un horizon de 2 ans : une hausse de taux d’un point efface près de quatre ans de rendement. En règle générale, la duration du fonds ne devrait pas dépasser l’horizon de placement.
  • Le deuxième est de lire la répartition par note de crédit. La différence entre un fonds majoritairement en investment grade (de AAA à BBB−) et un fonds high yield ne se voit pas dans le nom du produit, mais dans les données publiées par la société de gestion dans ses rapports mensuels.
  • Le troisième est d’adapter ces deux paramètres au projet concret. Pour Sonia, la poche de sécurité disponible dans 3 ans appelle un fonds monétaire (duration proche de 0). Sa poche retraite à 25 ans tolère davantage de duration, et donc de risque de taux intermédiaire. Pour Adam, dont l’horizon est de 30 ans et la tolérance au risque élevée, un risque de crédit modéré peut se faire valoir, à condition de ne pas avoir besoin de revendre au mauvais moment.

La majorité des Français font de la prose sans le savoir : les fonds euros d’assurance-vie sont majoritairement composés d’obligations, conservées souvent jusqu’à leur terme, avec un mécanisme de réserves qui lisse les performances dans le temps. Sur le long terme, leurs rendements restent modestes, ce qui tient à leur faible niveau de risque.

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On distingue généralement quatre grandes familles selon la duration : les fonds monétaires (duration inférieure à 1), les fonds à court terme (duration de 1 à 3), les fonds intermédiaires (duration de 3 à 5), les fonds classiques (duration de 5 à 8) et les fonds longs (duration supérieure à 10). Chaque famille correspond à des profils de risque et à des horizons distincts.

Il existe par ailleurs des obligations indexées sur l’inflation, les OATi en France. Leur coupon réel de base est historiquement faible et elles restent exposées à la hausse des taux réels : en 2022, elles ont perdu autant que les obligations classiques. Leur intérêt est réel mais leur usage reste marginal dans un portefeuille de particuliers.

Les obligations jouent aussi un rôle crucial dans la gestion de la volatilité globale d’un portefeuille. En période de crise boursière, les investisseurs se réfugient souvent vers les obligations d’État, ce qui fait monter leur prix au moment même où les actions chutent. Cette corrélation généralement faible, voire négative, est le fondement de l’allocation dite 60/40 : 60 % en actions pour le moteur de croissance, 40 % en obligations pour amortir les chocs. C’est précisément cette mécanique, et ses limites, que l’article suivant explorera.

Les fonds monétaires occupent une place à part dans ce paysage : utiles pour gérer les rentrées et sorties d’argent, les transitions d’allocation ou la décapitalisation progressive, ils méritent d’être connus pour ce qu’ils sont réellement.

Les fonds monétaires, ni livret ni placement long

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En résumé

  • Une obligation = un prêt à un émetteur. Elle verse des coupons réguliers et rembourse le nominal à l’échéance. Le risque de défaut est réel, mais très irrégulier selon la qualité de l’émetteur.
  • La relation taux / prix est inverse. Quand les taux montent, le prix des obligations existantes baisse. Conserver les titres jusqu’à l’échéance annule ce risque de marché intermédiaire.
  • La duration mesure la sensibilité aux taux. Une duration de 8 signifie qu’une hausse de taux d’un point fait baisser le prix d’environ 8 %. Les obligations longues réagissent beaucoup plus que les courtes.
  • Risque de taux et risque de crédit sont distincts. Un fonds high yield à duration courte peut perdre massivement si les spreads s’élargissent. Il faut analyser les deux indicateurs de concert.
  • Adapter la duration à l’horizon. Ne sélectionnez pas un fonds à duration élevée si l’argent est nécessaire à court terme.
  • Les OATi (obligations indexées sur l’inflation) existent mais offrent un coupon réel de base faible et restent sensibles aux taux réels. Elles ne suppriment pas le risque de duration.
  • Obligations et actions se complètent dans un portefeuille. Leur corrélation souvent négative justifie la logique de l’allocation 60/40, qui fera l’objet de l’article suivant.

La prochaine étape :

Article nᵒ 2c, L’allocation d’actifs : combiner actions et obligations. Vous connaissez maintenant les deux grandes classes d’actifs, leurs moteurs de rendement et leurs risques propres. L’article 2c explore comment les combiner intelligemment dans un portefeuille : quel dosage adopter selon l’horizon et la tolérance au risque, et comment le cycle économique influence ce choix.

Adam et Sonia sont des personnages fictifs. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé

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Reçu — 15 juin 2026 Les Électrons Libres

Claude : stupeur et tremblements en Europe

15 juin 2026 à 18:57

La désactivation par les États-Unis de Fable 5 et de Mythos, les derniers modèles d’Anthropic, a provoqué un électrochoc. Elle a surtout éclairé la dépendance de l’Europe aux IA américaines, tout en lui offrant une opportunité d’affirmer sa souveraineté, portée par la France.

Dans un laboratoire de recherche européen, une équipe s’apprête à présenter une innovation médicale majeure. Les simulations finales, les optimisations de molécules et les validations croisées ont été conduites avec un nouveau modèle d’IA ultra-performant. La veille du dépôt, celui-ci est brutalement coupé par décision américaine. Des mois de données et de calculs deviennent soudainement inaccessibles, obligeant l’équipe à tout reprendre avec des outils moins efficients, au risque de voir un concurrent américain ou chinois déposer un brevet proche quelques semaines plus tard.

Cet exemple fictif (et certes caricatural) peut aussi s’appliquer au domaine militaire et à bien d’autres. Ainsi, nous pouvons envisager le cas d’une armée engagée dans une opération décisive. Au dernier moment, ses drones autonomes et ses systèmes de commandement tactique, alimentés par un modèle américain de pointe, perdent brusquement leurs capacités de reconnaissance et de prise de décision. Cloués au sol ou rendus imprécis, ils exposent les troupes au danger. Ces scénarios sont désormais possibles et plusieurs développeurs, y compris dans des domaines sensibles, en ont fait le récit ces derniers jours. Ils ont commencé à se matérialiser dans la nuit du 12 au 13 juin, lorsque Anthropic a dû désactiver mondialement ses modèles Fable 5 et Mythos 5 sur ordre du gouvernement américain.

À ce moment précis, des millions d’utilisateurs à travers le monde ont découvert avec stupeur que les modèles les plus avancés d’Anthropic, la société créatrice du LLM Claude, leur étaient soudainement retirés. Fable 5, lancé seulement trois jours plus tôt pour le grand public, et Mythos 5, sa déclinaison mais plus puissante orientée vers des usages sensibles en cybersécurité — qui n’était ouverte qu’à un cercle très restreint de sociétés éditrices de logiciels critiques —, ont été désactivés pour l’ensemble des clients. Anthropic a publié un communiqué expliquant avoir reçu une directive d’exportation du département du Commerce américain, sous l’autorité du secrétaire Howard Lutnick. Cette mesure, motivée par des préoccupations de sécurité nationale liées à un jailbreak (une faille de sécurité permettant de contourner les garde-fous de l’IA) signalé par les chercheurs du concurrent Amazon (qui sont parvenus à casser les limitations de Fable), imposait de suspendre l’accès aux modèles pour tout ressortissant étranger, y compris ceux travaillant au sein même d’Anthropic. Incapable de mettre en place un filtrage fiable par nationalité en temps réel, l’entreprise a préféré couper l’accès mondial à ses nouveaux modèles. Les plus anciens de la famille Claude demeurent en revanche accessibles, mais le choc provoqué par cette suspension brutale d’un système déjà largement déployé reste inédit.

Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions de plus en plus vives entre l’administration Trump et Anthropic. La société a d’ailleurs exprimé dans son communiqué une certaine frustration, qualifiant le jailbreak de relativement étroit et affirmant travailler à une résolution rapide, tout en se pliant à la loi américaine.

L’entreprise a auparavant montré des réticences face à certains contrats militaires et a longtemps mis en avant les risques globaux de l’IA pour plaider en faveur d’une régulation stricte. Elle se retrouve aujourd’hui confrontée aux conséquences de sa propre rhétorique de sécurité. Les États-Unis traitent désormais les modèles les plus performants comme des technologies stratégiques, comparables aux semi-conducteurs ou à l’armement nucléaire.

En France et plus largement en Europe, les réactions politiques ont fusé dans un mélange d’indignation, d’hypocrisie et d’incompréhension technique. Mais toutes, et c’est une première, semblent avoir saisi l’importance de l’affaire et découvert les conséquences de la vassalisation numérique de l’Europe. Des enjeux stratégiques que la plupart avaient jusque-là négligés, ne s’inquiétant que des régulations tatillonnes du continent et de son sous-investissement chronique.

L’affaire Anthropic a d’ailleurs été l’occasion d’une amusante parenthèse. Une rumeur virale a prétendu ces derniers jours que Mistral AI s’apprêtait à dévoiler un modèle surpuissant baptisé « Le Chaton Fat » ou « Le Gros Chaton », prétendument supérieur à Mythos 5. Il s’agit en réalité d’une vaste blague nourrie de fausses captures d’écran et de benchmarks inventés, à laquelle le PDG Arthur Mensch a lui-même répondu avec humour en confirmant ironiquement : « It’s actually le gros chaton ».

L’opportunité historique pour Mistral AI et l’Europe

Plus sérieusement, cet épisode pourrait pourtant se révéler comme offrant une opportunité historique pour l’Europe et pour des acteurs comme Mistral AI. En privant brutalement les entreprises, les laboratoires de recherche et les institutions publiques européennes d’un des modèles américains les plus performants, les États-Unis créent de facto un marché captif et peuvent donner des idées au Vieux Continent. Les données sensibles, les secteurs industriels stratégiques, les administrations et les projets de défense ne pourront plus dépendre d’outils dont l’accès repose sur le bon vouloir de Washington. Cette rupture renforce considérablement l’argument en faveur d’une IA souveraine, développée sur le sol européen et non soumise au Cloud Act, ni à l’extraterritorialité du droit américain.

Mistral AI peut ainsi espérer entrer dans une nouvelle dimension. Sa valorisation, encore modeste (bientôt autour de 20 milliards tout de même) au regard de celle atteinte par les leaders américains, pourrait vite augmenter si elle s’accompagne d’une mobilisation massive des pouvoirs publics et des investisseurs privés. Le rapatriement potentiel de talents européens travaillant dans les grands laboratoires américains, frustrés par les actuelles restrictions et par la perspective d’un accès limité aux modèles de l’Oncle Sam, constitue une aubaine supplémentaire pour densifier les équipes continentales et accélérer les progrès techniques.

Pour transformer cette opportunité, il ne suffira cependant pas de déclarations d’intention. Des investissements massifs et rapides s’imposent dans le calcul intensif, l’énergie et la recherche fondamentale. La France et l’Europe disposent ici d’atouts réels, à commencer par notre parc nucléaire capable d’alimenter des data centers, accusés d’être énergivores, de manière stable et décarbonée, sans dépendre des aléas des énergies intermittentes. Des partenariat publics-privés ambitieux, une accélération des programmes tels que France 2030, une simplification, voire un pacte de non-agression réglementaire, une fiscalité attractive pour les capitaux privés et une stratégie européenne cohérente deviennent indispensables. Sans cela, l’écart technologique risque de durer, si ce n’est de s’accroître. Les États-Unis pourraient alors inonder le marché européen de versions légèrement inférieures, juste assez performantes pour maintenir la dépendance tout en décourageant l’émergence de champions autonomes.

La position chinoise et les risques pour l’Europe

La Chine observe cette situation avec un intérêt gourmand. Peu entravée par les débats éthiques, elle peut accélérer son développement et proposer aux Européens frustrés des alternatives à bas coût et des modèles, parfois de la génération précédente, gratuits. Malheureusement pour Mistral, ces modèles chinois gratuits sont les meilleurs du marché, loin devant les siens. Cet épisode renforce sa position dans la formation des blocs technologiques et illustre les risques d’une Europe qui se tire régulièrement des balles dans le pied. L’AI Act, qui entrera pleinement en vigueur en décembre 2027, avec ses exigences bureaucratiques et son obsession régulatrice, contraste violemment avec la logique protectionniste américaine et la volontariste approche étatiste chinoise. En voulant encadrer, avant même d’avoir construit une industrie cohérente et au niveau de la concurrence, le continent freine ses propres innovateurs et risque de perdre une bataille peu alimentée par la notion de scrupule, ce qui pourrait conduire des entreprises comme Mistral à s’expatrier dans des contrées plus clémentes.

Perspectives géopolitiques

Au fond, cette affaire révèle le grand basculement géopolitique en cours dans le domaine de l’IA. Nous entrons dans une ère où la supériorité en cette matière déterminera non seulement la puissance économique, mais aussi les équilibres militaires et l’influence mondiale pour les décennies à venir. L’IA devient la sève des souverainetés et des enjeux de civilisation, exigeant une mobilisation industrielle, la sécurisation des secrets technologiques et une vision à long terme. Derrière le show des gesticulations trumpistes, les États-Unis l’ont compris en imposant leurs contrôles d’exportation. La Chine l’a intégré depuis longtemps dans sa stratégie d’État. L’Europe doit maintenant trancher entre une souveraineté réelle, coûteuse mais vitale, et une dépendance fainéante, s’appuyant sur le confort de sa prétendue supériorité morale, qui la reléguerait au rang de simple suiveur technologique.

L’IA, bien commun de l’humanité ?

Au-delà des blocs qui se durcissent, une autre voie, plus ambitieuse, mérite d’être explorée et ne serait pas éloignée des discours des fondateurs d’Anthropic : celle qui consisterait à considérer les modèles d’IA les plus avancés comme un bien commun de l’humanité, dont aucun État ne pourrait restreindre l’accès ou l’usage à des fins purement nationales, sur le modèle inverse du Cloud Act. Une convention internationale dédiée pourrait théoriquement protéger les pays intermédiaires contre une fracture technologique définitive qui les condamnerait à une éternelle dépendance. Cette perspective reste cependant, dans le contexte géopolitique actuel, largement utopique. Ni les États-Unis, qui traitent déjà l’IA comme un pilier stratégique, ni la Chine, engagée dans une course de puissance, n’accepteront de brider leur souveraineté technologique au nom d’un bien commun. L’Europe aurait beau porter cette philosophie, elle risquerait d’apparaître une fois de plus comme naïve face à des rivaux qui raisonnent en termes de rapport de forces. Reste qu’elle mérite d’être gardée comme horizon de réflexion, ne serait-ce que pour rappeler que la fragmentation totale du monde en blocs technologiques n’est pas une fatalité, même si elle reste l’idée la plus dominante aujourd’hui.

Indépendamment de ce vœu humaniste, transformer le choc provoqué par la suspension de Fable 5 en avantage pour l’Europe est possible. Mais cela suppose une profonde lucidité, une ambition collective et une réelle cohérence politique. Il faudra investir massivement dans les infrastructures et les talents, simplifier les règles qui brident inutilement l’innovation comme la cohésion européenne, miser pleinement sur les atouts énergétiques du continent et l’amener à construire une véritable stratégie industrielle commune, ce qui n’est pas son fort jusqu’à présent. Sinon, les discours sur la souveraineté resteront des mots creux dépourvus d’horizon. L’histoire jugera et les prochains mois seront décisifs.

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Reçu — 14 juin 2026 Les Électrons Libres

Électroscope #31 : un microscope révolutionnaire, des armes anti cancer et une percée dans le quantique

14 juin 2026 à 19:04

Découvrir de nouveaux médicaments, détruire les cancers réfractaires, dépister le cancer colorectal, corriger le quantique et inverser le vieillissement… C’est parti pour l’Électroscope #31 !

Voir l’invisible : des lasers pour découvrir des médicaments

Et si le secret pour vaincre les maladies incurables exigeait d’enfermer la puissance de 100 millions de soleils à l’intérieur d’un microscope ?

Depuis des décennies, la biologie structurale se heurte à un mur : pour étudier la forme de nos protéines humaines à l’échelle de l’atome avec l’aide d’un microscope électronique, il est nécessaire d’utiliser des électrons. Or, ces molécules biologiques sont si légères qu’elles n’interagissent presque pas avec ces faisceaux d’énergie, ce qui les rend presque invisibles. Jusqu’à présent, pour créer du contraste et rendre l’image visible, les scientifiques devaient « flouter » volontairement l’image, perdant ainsi de précieux détails…

Mais une véritable prouesse d’ingénierie optique baptisée « xLPP », développée conjointement par l’université de Californie à Berkeley et le laboratoire de recherche Biohub, vient d’apporter une solution. Le concept, autrefois jugé techniquement impossible, consiste à croiser deux faisceaux lasers d’une intensité colossale (soit entre 350 et 400 gigawatts par centimètre carré, ce qui est équivalent à près de 100 millions de fois le rayonnement du Soleil sur un cm² de sa surface) à l’intérieur même du microscope, sans aucun support matériel.

Ce croisement crée un champ de force qui déphase les électrons juste assez pour générer un contraste d’image parfait, sans détruire la résolution ni générer de reflets parasites. Le résultat est époustouflant : les chercheurs peuvent désormais observer avec une netteté sans précédent des protéines minuscules, directement à l’intérieur de cellules intactes !

Cette capacité à cartographier notre machinerie cellulaire dans son état naturel fournit des données d’entraînement d’une richesse sans précédent pour l’intelligence artificielle. En nourrissant les algorithmes avec ces images, les scientifiques vont pouvoir identifier de nouvelles « serrures » sur les protéines malades et concevoir des médicaments sur mesure pour des pathologies à ce stade incurables.

« Quand on peut observer les interactions entre protéines dans leur contexte, la biologie commence à prendre vie », illustre un responsable de Biohub.

Un « ciseau génétique » pour détruire les cancers réfractaires

Et si les cellules cancéreuses portaient en elles les germes de leur propre destruction, n’attendant qu’un simple signal pour s’autodétruire ? C’est la solution que propose une nouvelle application des ciseaux moléculaires CRISPR !

Historiquement, l’oncologie bloque sur les cancers dits « réfractaires » (qui ne répondent pas aux traitements), notamment ceux causés par la mutation du gène p53 (impliqué dans de nombreux cas humains). Quand ce gène protecteur mute, il perd sa forme, empêchant tout médicament classique de s’y accrocher pour le réparer.

Face à cette impasse, une équipe de chercheurs a eu l’idée de pirater le système de défense d’une bactérie : l’enzyme CRISPR-Cas12a2. Contrairement au célèbre Cas9 qui découpe l’ADN pour le modifier, Cas12a2 pratique la « politique de la terre brûlée ». Dans la nature, lorsqu’elle détecte un virus, elle s’active et déchiquette frénétiquement tout l’ADN environnant, provoquant le suicide de la cellule pour stopper l’infection.

Les scientifiques ont reprogrammé cette enzyme afin qu’elle s’attaque uniquement aux tumeurs humaines. Introduite dans la cellule malade, elle est conçue pour ne réagir qu’en présence de la signature génétique exacte du cancer (comme la mutation de p53). Dès qu’elle la repère, elle fragmente intégralement l’ADN de la cellule tumorale…

Cette méthode est remarquable par la précision de son ciblage. Une seule différence dans le code génétique suffit pour que l’enzyme épargne totalement les cellules saines. Capable de détruire les cellules cancéreuses les plus tenaces, celles devenues résistantes aux chimiothérapies, cette technologie transforme l’anomalie du cancer en une arme mortelle retournée contre lui-même.

« Non seulement cette approche nous permet de cibler les cancers que nous connaissons comme étant jusqu’ici considérés comme incurables, mais nous pouvons aussi l’adapter facilement et rapidement aux nouvelles mutations », explique Jennifer Doudna, co-auteure de l’article et prix Nobel de chimie pour ses travaux sur CRISPR-Cas9.

La prise de sang qui anticipe le cancer colorectal

Et si une simple prise de sang permettait d’enrayer le deuxième cancer le plus meurtrier de France avant même qu’il ne s’installe ?

Le cancer colorectal cause plus de 17 000 décès par an dans notre pays. La clé de son « succès » (et de notre malheur) est son développement silencieux : lorsqu’il provoque des symptômes, il est souvent déjà à un stade métastatique trop avancé. Bien qu’un dépistage précoce (test dans les selles) garantisse à 90 % la guérison, la réticence psychologique des patients est trop forte : le taux de dépistage chez les plus de 50 ans n’est que de… 28 %.

Pour contourner ce blocage, un consortium de chercheurs montpelliérains et niçois (incluant l’IRCM, l’IGF et l’IRCAN) a déployé le projet COLNET. Plutôt que de rechercher des traces de sang dans les selles ou de l’ADN de tumeur dans le sang, cette équipe a eu l’idée de traquer des signaux moléculaires bien plus subtils : les réactions du corps humain face à l’apparition des tout premiers polypes précancéreux.

Les scientifiques français ont découvert que le danger d’une tumeur réside autant dans la cellule malade que dans son environnement (le stroma). En effet, le cancer « corrompt » les tissus sains environnants pour se créer des autoroutes d’invasion et ainsi développer une résistance aux traitements. Le test COLNET détecte cette perturbation (via des micro-ARN et cytokines) bien avant que les tissus ne soient irrémédiablement altérés. « Dès le stade où on a un polype, ce marqueur apparaît déjà », souligne la chercheuse Julie Pannequin.

En identifiant avec précision les patients à risque chez les plus de 50 ans asymptomatiques, ce test sanguin est conçu pour orienter uniquement les cas nécessaires vers une coloscopie préventive. Avec cette découverte, l’objectif n’est plus de déclarer la guerre au cancer colorectal, mais de l’étouffer dans l’œuf grâce à un simple bilan de routine.

Ordinateurs quantiques : le coup de maître de Pasqal

Et si l’ordinateur du futur devenait enfin capable de corriger ses propres erreurs en plein calcul ? La deeptech Pasqal enregistre de nouveaux succès en la matière.

Depuis des années, l’informatique quantique promet de résoudre des problèmes hors de portée des supercalculateurs actuels. Mais elle se heurte à son talon d’Achille : les fameux « qubits », ses unités de calcul, sont très fragiles. La moindre perturbation thermique ou magnétique (le « bruit ») fausse les résultats. Pour que le quantique devienne utile au monde industriel, il faut inventer une machine tolérante aux fautes.

C’est un pas vers cet exploit que l’entreprise française Pasqal a annoncé en mai 2026. Utilisant des atomes neutres de rubidium manipulés dans le vide par de puissants lasers, leurs chercheurs ont créé des « qubits logiques ». Le principe ? Au lieu de se fier à un seul atome fragile, l’information est répartie de manière intriquée sur un réseau de plusieurs atomes, grâce à un bouclier mathématique appelé « code de détection ».

Et pour la première fois au monde, cette architecture n’a pas été utilisée pour de simples tests de laboratoire, mais pour une preuve de concept à l’échelle industrielle : la résolution de 1 000 équations différentielles complexes. Ces mathématiques sont vitales pour simuler l’aérodynamique des avions ou optimiser les flux financiers, entre autres…

En filtrant ses propres erreurs de contrôle, la puce logique de Pasqal a divisé le taux d’erreur par 10 sur les équations non linéaires par rapport aux qubits classiques. « Ce travail démontre que les qubits logiques ne sont pas seulement préférables en théorie : ils sont déjà plus performants sur une tâche de calcul réelle », explique Loïc Henriet, directeur technique de Pasqal. Cette démonstration confirme que l’architecture des qubits logiques ouvre la voie à une informatique quantique applicable aux défis industriels !

Une thérapie génique pour inverser la vieillesse (oculaire)

Et si la cécité liée à l’âge n’était plus une fatalité inéluctable, mais une simple horloge biologique que l’on pouvait « inverser » avec une nouvelle thérapie ?

Jusqu’à présent, une règle simple mais stricte régnait en neurobiologie : chez un adulte, un nerf optique endommagé ne repousse jamais. Ainsi, des maladies dégénératives comme le glaucome mènent inexorablement à la mort des cellules rétiniennes, les traitements actuels ne pouvant, au mieux, que ralentir l’échéance chez les patients atteints.

Mais l’entreprise Life Biosciences entend bien bouleverser cette fatalité avec une thérapie pionnière nommée ER-100, basée sur la « théorie de l’information du vieillissement ». Selon cette théorie, le vieillissement n’altère pas l’ADN lui-même, mais la façon dont la cellule le lit (l’épigénétique). Pour sauver les neurones visuels, ER-100 injecte dans l’œil un cocktail partiel de gènes dits « facteurs de Yamanaka ». Ces gènes seraient capables de « nettoyer » les marques du vieillissement et de ramener la cellule à un état métabolique juvénile, lui redonnant alors sa capacité de régénération…

Un défi de taille subsistait encore sur le plan technique : comment rajeunir les cellules sans déclencher de multiplication anarchique (et donc des cancers) ? La solution réside dans un interrupteur de sécurité intégré au traitement. Une fois injectée, la thérapie reste dormante. Le rajeunissement n’est activé que lorsque le patient prend un antibiotique spécifique par voie orale pendant 56 jours. Dès l’arrêt des pilules, le processus s’éteint en toute sécurité.

Actuellement en essai clinique de phase 1 validé par la FDA (un premier patient vient de recevoir sa première dose), cette technologie pourrait non seulement restaurer la vision perdue en raison de la dégénérescence du nerf optique, mais aussi prouver que la dégénérescence cellulaire liée à l’âge est une condition réversible.

« Nos recherches suggèrent que le vieillissement est principalement dû à la perte d’informations épigénétiques, et non à des dommages irréversibles. Cette étude clinique représente la première occasion de vérifier si la restauration de ces informations peut atténuer les maladies humaines », selon David Sinclair, co-fondateur de l’entreprise. Un chercheur dont les théories avant-gardistes divisent ses pairs et restent désormais suspendues aux résultats de ces premiers essais sur l’homme.

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