Asus Memory : Asus à la tête d’une division mémoire ?
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Asus Memory, ce serait la solution à tous les problèmes du fabricant de portables en matière de composants mémoire. Cette rumeur nous vient du site Sakhtafzarmag, habitué à lancer des affirmations du genre avec parfois des infos qui s’avèrent exactes et d’autres fois des paris erronés. Dans tous les cas, cela ne résoudrait rien à court terme et pas grand chose à long terme.
Ce serait aujourd’hui le rêve pour Asus, lancer sa propre marque de mémoire vive pour ne plus être dépendant de ses fournisseurs. Devenir fabricant de RAM serait une solution qui lui permettrait de proposer d’abord le composant dans ses portables et PC de bureau. Mais également de lancer une branche type Asus Memory qui fonctionnerait parfaitement bien dans son écosystème. Avec ses filiales comme Republic of Gamers, proposer des déclinaisons de modules DDR serait évidemment très intéressant financièrement. La rumeur est cependant difficile à croire. Entre les investissements colossaux, le calendrier probable et les risques financiers, le lancement d’un tel service parait difficile à envisager.
Un portable Asus ROG équipé de mémoire Samsung
Etat des lieux
Pour Asus, cela aurait du sens de développer une usine de fabrication de mémoire et cela pour plusieurs raisons. La première est que sans mémoire vive disponible, Asus va être – comme tous les fabricants de PC – en grande difficulté en 2026. Ce n’est pas tant l’augmentation de prix qui est problématique, la marque sait que les clients vont craquer faute de choix alternatifs. C’est la disponibilité des modules qui pose un vrai problème. Même en décidant de fabriquer des portables avec moitié moins de mémoire qu’en 2025, le compte n’y sera pas.
Aujourd’hui, les grandes marques comme les assembleurs reçoivent seulement 20 à 40 % des commandes qu’ils passent. Certains fabricants de barrettes de mémoire vive ont indiqué avoir quasiment épuisé leur stock en réserve et ne pas avoir été livrés depuis des mois par les trois principaux fabricants de puces DDR. Autrement dit, la crise n’est pas encore à son point culminant et nous devrions connaitre une situation encore pire dans quelques semaines.
Pour Asus, l’absence de livraison de mémoire vive se traduit par l’impossibilité de produire et de vendre ses ordinateurs. Ce qui veut dire des usines totalement à l’arrêt avec des charges et des salariés à payer. Mais, cela veut également dire que ses services d’intégration via sa filiale Pegatron (et sa sous filiale ASRock) seraient également impactés. Ses usines de fabrication de cartes mères et autres composants PC seront tout aussi affectées puisque sans mémoire disponible ou vendue à un tarif prohibitif, on sait déjà que l’ensemble du marché va se contracter.
Idem pour le marché de la carte graphique avec l’impossibilité de sortir ses produits sans mémoire vive. Le constructeur est hyperdépendant de cette ressource pour fonctionner. En investissant dans une usine de fabrication, Asus pourrait non seulement relancer sa production mais s’ouvrir de nouveaux marchés. Il semble donc logique, à première vue, que la marque veuille s’émanciper.
Le complexe de fabrication de semiconducteurs de Samsung à Pyeongtaek.
Asus Memory : un investissement important en capital et en temps
Reste que le scénario est difficile à envisager pour différentes raisons. La première est évidemment financière. Il est impossible de savoir combien couterait l’implantation d’une usine capable de simplement suffire aux besoins d’Asus en mémoire vive. Mais cela se chiffre en milliards de dollars. Asus annonçait un bénéfice net de 848 millions de dollars en 2024 au total, une année fastueuse puisque le même bénéfice était deux fois moins important en 2023. L’impact financier de l’investissement dans cette usine serait donc colossal. Outre les sommes nécessaires à emprunter pour lancer les opérations, le calendrier assez long de réalisation et l’effet sur les dividendes pourraient inquiéter les principaux porteurs des titres de la société.
La création d’une usine Asus Memory réclamerait également du temps. Il faut d’abord trouver un lieu adapté à cette implantation. Par le passé, on a vu des entreprises de semi-conducteurs pourtant chouchoutées par les gouvernements passer de longs trimestres à négocier ce type de lieu. L’espace et les infrastructures nécessaires sont difficiles à piloter. Il faut des aménagements spécifiques pour le matériel à implanter. De l’eau en quantité, suffisamment d’énergie, un réseau routier, des habitations pour le personnel. Ce n’est pas une mince affaire que d’implanter ce type d’infrastructure.
En France, il faut 17 mois en moyenne pour sortir une usine standard de terre. Pour une usine capable de produire de la mémoire vive au niveau des capacités techniques demandées, il faudrait des années. Pour atteindre une production de masse juste suffisante pour qu’Asus puisse retrouver son niveau d’avant la crise dans ses différentes succursales, il faudrait encore plus de temps.
Les circuits de commandes pour obtenir les différents composants sont également à considérer. Le carnet de réservation des rares marques qui savent fabriquer les outils de gravure sont plein pour de nombreuses années à l’avance. Ces sociétés sont elles-mêmes dans une situation très tendue. Les composants nécessaires à la réalisation physique des puces mémoire ne sont pas mieux. On n’achète pas les wafers de silicium vierges au supermarché du coin.
Un complexe d’habitation construit par Pegatron au Vietnam pour loger ses salariés
Outre la partie physique du problème, il y a par ailleurs la fabrication intellectuelle de ces mémoires. Le personnel à former pour exploiter les outils dans l’usine, mais aussi et surtout le développement des processus et des brevets nécessaires à la réalisation de ces composants. On se souvient de la société chinoise CXMT dont nous parlions en novembre. L’entreprise fondée en 2016 débute tout juste son développement de mémoire DDR5 en s’appuyant sur ses propres développements et brevets. Évidemment, Asus Memory pourrait acheter ou obtenir des licences afin de fabriquer de la mémoire vive sur les processus d’un tiers3. Mais cela affecterait son coût de production. En permettant à Asus de fabriquer de la mémoire avec les process de Micron ou Samsung, ces sociétés fragiliseraient leurs propres marges.
Tout cela demanderait donc du temps et énormément d’argent pour un projet dont la rentabilité serait compliquée à cerner.
Les composants DDR5 16Go de Samsung sont gravés en 12 nanomètres
Un pari très risqué sur le temps long
Si tout le monde a choisi de ne pas fabriquer ce type de composants, si Intel est le dernier concepteur et fabricant de processeur hyper complexe. Si les divisions Samsung Memory peuvent refuser de livrer la division Samsung Smartphone pour des histoires de rentabilité. Si tout le monde a fait le choix de la sous-traitance, c’est pour de bonnes raisons d’intégration dans l’économie mondiale. En particulier le jeu d’une concurrence féroce qui a fait baisser les prix de tous ces composants hyper complexes au fil des ans. Sans les problèmes très spécifiques liés à l’IA aujourd’hui, les prix seraient encore extrêmement bas. Ce besoin de fabriquer de la mémoire vive pour les constructeurs est donc hyperponctuel et contextuel.
Ceux qui vous expliquaient il y a quelques mois qu’Intel devait absolument se séparer d’Intel Foundry, sa division de fabrication de processeurs. Ceux-là sont aujourd’hui en train d’expliquer pourquoi Asus devrait absolument avoir sa propre usine de fabrication de mémoire vive. Il y a là un drôle de retournement de situation dans un secteur où chaque décision prise met des années à devenir réalité.
Fabriquer sa mémoire, c’est horriblement cher, très compliqué et fort difficile à rentabiliser. Éponger les milliards de dollars d’investissement dans une usine et les dettes nécessaires à la création de celle-ci ne peut se faire que sur le très long terme. Or rien ne nous dit que d’ici à ce que les premières barrettes de DDR5 Asus Memory sortent un jour, la situation du marché mondial ne se soit pas entièrement retournée.
Que deviendrait Asus Memory si la situation retournait à celle d’aout 2025 ?
Les scénarios plausibles sont nombreux. Le premier serait un abandon d’un des acteurs de l’IA qui revendrait ses parts à un second acteur qui serait d’un coup riche de tout le matériel nécessaire pour son développement. Pas besoin de rafler toute la mémoire vive en sortie d’usine, le marché reviendrait à une situation plus saine et les prix de la mémoire retomberaient. Ce qui empêcherait une rentabilité des investissements rapide pour Asus Memory. Celle-ci n’étant possible qu’avec un prix de la mémoire vive qui a explosé ces derniers mois.
Le second serait une augmentation de production des principaux acteurs. Samsung, Micron et SK Hynix sont déjà à la tâche. Ils ont déjà lancé le développement de nouvelles lignes de production avec de nombreuses extensions ou créations d’usines depuis des années. Asus serait donc un nouvel acteur sur un marché dont le calendrier prévoit déjà une embellie le temps que ses propres puces sortent.
Le troisième serait un renforcement de la production mondiale au moment de la sortie des composants Asus. Les géants de la mémoire ne veulent pas augmenter leurs cadences de production parce que la situation d’une mémoire hyperchère les arrange. Ils pourraient décider d’augmenter leur production sur ce marché très volatil afin de rendre la rentabilité d’un nouveau concurrent beaucoup plus compliquée. Si les concurrents fabless payent leur mémoire moins cher qu’Asus, l’avantage recherché deviendrait alors un handicap.
Enfin, en devenant concurrent de ses anciens partenaires, Asus pourrait subir les foudres de ceux-ci et passer en bas de la liste des clients à livrer. HP, Lenovo et Dell absorberaient facilement la totalité des composants que les fabricants voudraient bien leur livrer.
La situation des SSD n’est pas au beau fixe non plus
Et même si tout fonctionne, Asus Memory prendrait un énorme risque
La rumeur du site Sakhtafzarmag indique une mise en production de mémoire chez Asus d’ici la fin du second trimestre 2026. Un scénario fort peu crédible. Six mois pour établir un tel outil de production n’est absolument pas crédible. Ou alors Asus aurait pris cette décision dans le plus grand secret il y a des années en arrière. S’il suffisait d’une demi-année pour lancer la production mémoire, HP, Dell, Lenovo et Apple auraient déjà communiqué dessus.
En imaginant un scénario parfait, un site d’installation découvert et signé en six mois seulement. Une usine qui sort sans pépins en vingt-quatre mois. Une période de tests qui débute douze mois plus tard et une production en masse qui commence dans la foulée après seulement six mois de tests. Ce scénario idyllique ferait que la première barrette mémoire Asus Memory sortirait en… 2030 ? Qui sait ce qu’il va se passer en attendant ?
On nous parle d’un mouvement de survie pour Asus avec cette volonté de se lancer dans la production de mémoire, mais l’urgence n’est pas 2030, c’est 2026. Si l’année prochaine Asus ne peut produire que 40 % de ses ordinateurs portables et que ses cartes mères ne se vendent plus, cela va être très compliqué pour la marque. Si ces 40 % sont proposés plus chers et avec moins de mémoire qu’en 2025 sur les segments gaming et grand public, le risque de problèmes à très court terme sont réels. Et cela ne concerne pas uniquement la mémoire mais également le stockage. À moins qu’une rumeur nous indique qu’Asus voudrait se lancer dans la fabrication de SSD ?
Outre le fait que la production de la mémoire vive peut se retourner et la mémoire revenir en masse pour plein de raisons différentes, le scénario d’une évolution d’Asus en tant que fabricant de composants parait fort improbable. Asus Memory est une bonne idée aujourd’hui à la veille du CES 2026 en janvier. Mais beaucoup plus complexe sur le temps long.
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