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Reçu — 20 décembre 2025 De tout et de rien

Writing Code Is Fun - davidcel.is

20 décembre 2025 à 18:47
« I became a software engineer because writing code is fun. Thinking through hard problems, designing elegant solutions, seeing the things you’ve built working for the first time… these moments are all deeply satisfying, so why in the world would I ever surrender them to AI? »
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1980 – 2025 : Voiture électrique, le calme avant la tempête

20 décembre 2025 à 06:29

Comment, de produit de niche, la voiture électrique est-elle passée à un standard réglementaire imposé en 2035 ? Une opportunité industrielle que la Chine a exploitée avec une efficacité redoutable. L’Europe pourra-t-elle résister ?

Au début des années 1980, la voiture électrique végète dans des niches marginales, survivant à peine aux chocs pétroliers qui l’avaient brièvement ressuscitée. Les prix du carburant se stabilisent et les moteurs thermiques règnent en maîtres. Fin de partie pour les watts ? Au contraire. Ce calme est celui qui précède les violentes tempêtes. Et le marché va être vite secoué par une électrification à marche forcée sous la pression de la cause environnementale.

En attendant, comme nous l’avons vu au terme de notre précédent épisode, seuls quelques utilitaires discrets, comme les fourgonnettes de livraison de lait en Grande-Bretagne, perpétuent une tradition silencieuse. Même si quelques étincelles jaillissent encore. On pense, en 1985, au Sinclair C5, ce tricycle électrique à pédalage assisté, et à sa promesse de mobilité urbaine abordable à un rythme de 24 km/h avec 32 kilomètres d’autonomie. Mais son manque de sécurité et de protection contre les intempéries le condamne à un échec retentissant, avec à peine 5 000 exemplaires écoulés. Aux États-Unis, des conversions artisanales sur base de Renault 5 ou des flottes postales maintiennent une flamme ténue, encouragées par des lois fédérales favorisant la recherche sur les hybrides et les électriques.

Le tournant vert

Les années 1990 imposent un tournant brutal, porté par l’inquiétude environnementale qui s’amplifie. Le trou dans la couche d’ozone et les premiers débats sur le réchauffement climatique poussent les régulateurs à l’action. En Californie, le California Air Resources Board exige dès 1990 des quotas de véhicules à zéro émission. General Motors répond avec l’EV1 en 1996, une berline aérodynamique à batteries nickel-métal hydrure qui offre 160 kilomètres d’autonomie et une accélération fluide, séduisant ses locataires par son silence envoûtant. Mais en 2003, la marque rappelle et détruit la plupart des 1 117 exemplaires produits, invoquant des coûts insurmontables, des seuils de fabrication impossibles à respecter et un réseau de recharge insuffisant, alimentant durablement les soupçons de sabotage par les lobbies pétroliers.

General Motors EV1

D’autres pionniers s’engouffrent toutefois dans la brèche ouverte. Toyota lance la RAV4 EV en 1997, Honda l’EV Plus en quantité limitée, Nissan l’Altra EV en 1998 avec les premières batteries lithium-ion de série. Des start-up comme AC Propulsion expérimentent des prototypes fulgurants, tels le tzero, qui abat le 0 à 100 km/h en 3,7 secondes.

AC Propulsion tzero

L’aube du nouveau millénaire voit les hybrides servir de pont vers l’électrique pur. La Toyota Prius, commercialisée mondialement dès 2000 après son lancement japonais en 1997, associe essence et électricité pour réduire drastiquement la consommation, devenant un symbole écologique vendu à des millions d’exemplaires. En France, Venturi dévoile la Fétish en 2006, première sportive électrique de série.

Venturi Fétish

Mais c’est Tesla, fondée en 2003 et dirigée par Elon Musk dès 2008, qui bouleverse tout. La Roadster de 2008, sur châssis Lotus et batteries lithium-ion, offre plus de 320 kilomètres d’autonomie et des performances de supercar, avec 2 500 unités vendues jusqu’en 2012.

Tesla Roadster

Les années 2010 accélèrent la démocratisation du phénomène. Nissan lance la Leaf en 2010, une compacte familiale accessible qui dépasse les 500 000 ventes mondiales et reste leader du marché jusqu’en 2020. General Motors, elle, propose la Volt, hybride rechargeable. Puis Tesla frappe un grand coup avec la Model S en 2012, une berline luxueuse offrant 480 kilomètres d’autonomie et des mises à jour logicielles à distance, suivie de la Model X en 2015.

Tesla Model S

Tandis qu’en Europe, Renault sort sa petite Zoé dès 2013, qui s’impose comme le best-seller continental pour un usage principalement urbain. Et BMW, plus innovant, invente la i3, en fibre de carbone.

Renault Zoé

Les ventes mondiales explosent : un million de véhicules rechargeables cumulés en 2015, dix millions en 2020. La Norvège mène la danse avec près de 75 % des ventes de véhicules neufs électriques en 2020 grâce à des incitations fiscales massives. Dans le même temps, les coûts des batteries lithium-ion chutent de moitié en quelques années, rendant les modèles plus abordables.

La folie électrique

Depuis 2020, la transition s’emballe, portée par des engagements industriels colossaux et des réglementations implacables. Tesla domine avec la Model 3 en 2017 et la Model Y en 2020, cette dernière devenant la voiture la plus vendue au monde en 2023, avant de céder la médaille au Toyota RAV4 en 2024. Cependant, cette suprématie de Tesla vacille en Europe à partir de la réélection de Donald Trump, dont le milliardaire démiurge Musk est un temps un fervent partisan, avant de le quitter.

Ses ventes s’effondrent en 2025, avec une régression de 40 % en juillet dans l’Union européenne, seulement 77 000 unités écoulées sur les sept premiers mois contre 137 000 l’année précédente, et des baisses encore plus marquées en Allemagne, où Musk soutient publiquement l’AfD, le parti d’extrême droite local. Ces positions politiques, incluant des discours incendiaires, déclenchent des boycotts massifs, tandis que des concurrents comme BYD en profitent pour grignoter des parts de marché.

Entre 2022 et 2025, les ventes cumulées de véhicules rechargeables atteignent plus de 70 millions d’unités, avec une part de marché mondiale dépassant 20 %. Certains constructeurs historiques, longuement rétifs à cette révolution, finissent eux aussi par céder à la puissance de la fée électricité. Volvo abandonne les thermiques pures dès 2019. Quant à Volkswagen, elle investit massivement dans sa plateforme électrique, tout en voyant Cupra, la marque satellite de sa filiale Seat, se lancer tête baissée dans l’aventure avec des électriques sportives « plaisir », telles la Born VZ puis la Raval, cherchant à contrer la stratégie plus aseptisée de Tesla. Quant à Peugeot, elle vise l’électrification totale en Europe d’ici 2030.

Une transformation à marche forcée d’autant plus indispensable qu’à l’autre bout du monde, un géant commence à étendre son ombre sur le marché, faisant trembler l’Europe et les États-Unis.

L’ombre de Pékin

Quand la Chine décide de mettre le paquet dans un domaine, elle ne plaisante pas et déploie des efforts que nulle autre nation ne sait mettre en branle avec une telle intensité. C’est le cas dans le secteur qui nous intéresse ici, où elle a capturé près des deux tiers des ventes globales et franchit le seuil symbolique d’un véhicule électrique sur deux circulant dans son immense marché intérieur.

Cette domination ne doit rien au hasard. Dès les années 2000, tandis que le Vieux Continent tergiverse encore, Pékin lance une politique industrielle ambitieuse, injectant des centaines de milliards de dollars en subventions, incitations fiscales, mise en concurrence féroce des marques et investissements massifs dans la recherche, tout en imposant des quotas stricts aux constructeurs pour favoriser les « nouveaux véhicules énergétiques ». Contrôlant plus de 70 % de la production mondiale de batteries — grâce à des géants comme CATL et BYD —, la Chine fait chuter les coûts de manière spectaculaire, rendant ses modèles souvent moins chers et mieux équipés que leurs équivalents thermiques, même sans aides.

Des marques comme BYD, qui dépasse Tesla en ventes de véhicules purement électriques dès 2025, ou Geely et Xpeng, inondent le marché d’offres abordables, innovantes et couvrant tous les segments, tandis que l’État déploie un réseau de recharge dense et des programmes d’échange de véhicules anciens. Cette stratégie offensive permet non seulement de conquérir le marché domestique, mais aussi d’exporter massivement, malgré les barrières douanières croissantes en Europe et aux États-Unis, forçant les constructeurs occidentaux à une remise en question profonde face à cette concurrence implacable.

Cette domination chinoise place l’Europe dans une position délicate, coincée entre sa dépendance accrue aux batteries et véhicules importés de l’Orient et ses ambitions climatiques, ambitieuses mais périlleuses pour son industrie. Et ce, malgré une récente volonté, notamment française, de se doter de ses propres gigafactories, hélas confrontée à des coûts élevés, des retards et une concurrence impitoyable.

Une ambition nouvelle, mal préparée, mais boostée — peut-être trop — par l’objectif de l’Union européenne visant à atteindre une réduction de 100 % des émissions de CO₂ pour les voitures neuves à partir de 2035, équivalant à une interdiction pure et simple des moteurs thermiques. Une demande mal acceptée qui, sous la pression conjuguée de l’industrie en crise, des consommateurs réticents face aux prix élevés et de la concurrence asiatique déloyale, a obligé l’UE à opérer un revirement pragmatique.

Elle vient tout juste d’assouplir son ambition, la ramenant à un seuil de 90 % d’électriques à l’horizon envisagé, autorisant une part limitée de thermiques et d’hybrides sous conditions strictes de compensation carbone. Ce recul, porté notamment par l’Allemagne et l’Italie, vise à préserver des emplois et une compétitivité fragile, tout en maintenant la trajectoire vers la neutralité carbone en 2050. Il souligne en réalité assez cruellement le piège dans lequel l’Europe s’est engouffrée, dépendante d’un rival qui dicte désormais les règles du jeu.

La guerre est déclarée et ne fait que commencer. Reste à déterminer qui en sera le vainqueur…

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Reçu — 19 décembre 2025 De tout et de rien

Quand la DGSI récidive et se réengage avec le sulfureux Palantir | France Culture

19 décembre 2025 à 14:33
À l'époque de la Trumpisation de l'Amérique, on ne peut pas faire plus con comme accord.
Et avec la FISA, je présume que ça veut dire que les USA peuvent mettrent leur nez dans les données de la direction générale de la Sécurité intérieure. C'est pas une énorme connerie, ça ?

En France, on fait de l'informatique souveraine en utilisant les services des américains. LOGIQUE !
Mais si, ayez CONFIANCE !
https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/12/19/google-thales-premiere-offre-franco-americaine-certifiee-cloud-de-confiance_6658634_3234.html
"Google-Thales, première offre franco-américaine certifiée « cloud de confiance »"

Visiblement l'existence de la loi américaine FISA n'a toujours pas percolé jusqu'au cerveau de ces grands décideurs 🤷‍♂️
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Jeûne et cancer : le piège des gourous

19 décembre 2025 à 05:09

« Affamer la tumeur », jeûner pour « mieux supporter la chimio »… Depuis quelques années, des naturopathes et des influenceurs sans scrupules présentent le jeûne comme un allié, voire même comme une solution miracle face au cancer. Aujourd’hui, le danger ressurgit, car une nouvelle étude prometteuse pourrait être instrumentalisée par ces thérapeutes autoproclamés.

Le consensus médical est sans appel : ni l’Institut national du cancer (INCa) ni les experts en nutrition ne recommandent le jeûne ou les régimes restrictifs. Aucun bénéfice thérapeutique n’a été démontré chez l’homme, alors que les risques, eux, sont tragiquement documentés : dénutrition sévère, sarcopénie (fonte musculaire) et chute de la tolérance aux traitements. Les gourous de la « détox » profitent pourtant du flou de certaines recherches préliminaires pour faire croire que le jeûne peut remplacer la médecine.

L’affaire Éric Gandon, ce naturopathe mis en examen en 2023 pour homicide involontaire après plusieurs décès lors de stages de « jeûne hydrique », illustre jusqu’où peut aller l’emprise. À l’instar de Thierry Casasnovas ou de feu Irène Grosjean, ces figures ont bâti leur influence sur le rejet de la médecine, provoquant des pertes de chance vitales. Malheureusement, leurs idées se sont diffusées dans la société, à tel point qu’aujourd’hui, la question de l’efficacité du jeûne revient très souvent en consultation.

Une étude prometteuse…

Pourtant, une étude parue dans la revue de référence Nature apporte de nouveaux éléments, qui pourraient, au premier abord, sembler aller dans leur sens. Mais ses résultats sont très ciblés. Elle ne concerne qu’un cas bien particulier : les cancers du sein sensibles aux hormones, pour lesquels les patientes suivent un traitement hormonal spécifique.

En testant le jeûne sur des souris, les chercheurs ont découvert un mécanisme surprenant : le manque de nourriture provoque un pic de cortisol, l’hormone du stress. Ce cortisol agit comme un interrupteur qui « reparamètre » les cellules cancéreuses : il éteint les gènes qui les font grandir et allume ceux qui freinent leur multiplication. Résultat ? Le traitement classique devient plus efficace. Mieux encore, les scientifiques ont réussi à obtenir un effet similaire sans faire jeûner les animaux, simplement en utilisant un médicament à base de cortisone. Si ces résultats sont passionnants, attention à ne pas en tirer des conclusions trop vite, ou à les généraliser.

… mais limitée

Encore une fois, le processus n’est valable que pour une forme précise de cancer du sein. Pour d’autres types, activer cet interrupteur biologique pourrait être dangereux et accélérer la progression de la tumeur.

L’essentiel de la démonstration repose sur des souris. Chez les patientes, les données restent trop limitées : on observe des changements biologiques, mais rien ne prouve encore que cela augmente les chances de guérison.

L’hormonothérapie dure souvent entre 5 et 10 ans. Imposer des cycles de jeûne répétés sur une période aussi longue est physiquement épuisant et presque impossible à tenir pour les patientes au quotidien.

L’étude suggère que des médicaments (corticoïdes) pourraient imiter l’effet du jeûne. Mais, utilisés sur le long terme, ils entraînent des effets secondaires lourds : fonte musculaire, fragilité des os et baisse des défenses immunitaires.

Enfin, le point le plus critique est le risque vital de dénutrition. Le jeûne peut provoquer une perte de poids et de muscle (sarcopénie) qui affaiblit le corps face à la maladie. Un patient dénutri tolère moins bien ses traitements, ce qui diminue ses chances de s’en sortir.

À ce jour, aucun organisme officiel, comme le réseau NACRe, ne recommande le jeûne. Ces pistes de recherche doivent impérativement rester dans le cadre d’essais cliniques encadrés par des médecins.

Attention aux fausses promesses

Il faut rester vigilant : certains charlatans vont sans doute utiliser le nom prestigieux de la revue Nature pour prétendre que « le jeûne guérit le cancer ». Un slogan mensonger. Ces vendeurs d’espoir construisent leur business sur la détresse de patients prêts à tout pour guérir. La réalité scientifique est beaucoup, beaucoup plus nuancée, et c’est cette nuance qui protège les malades. Transformer une hypothèse de laboratoire en certitude commerciale est une dérive grave. En attendant des preuves solides chez l’homme, les faits sont clairs : cette étude ne justifie ni le jeûne à domicile, ni l’arrêt des traitements classiques. Le meilleur conseil reste le plus simple : une alimentation équilibrée et suffisamment riche en protéines. C’est cet apport nutritionnel qui permet de maintenir la masse musculaire, de limiter la fatigue et d’aider l’organisme à mieux tolérer les thérapies classiques.

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Reçu — 18 décembre 2025 De tout et de rien

Hors France, le dernier pays d'Europe à recycler son combustible usé.

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
Hors France, le dernier pays d'Europe à recycler son combustible usé.

actu.fr/normandie/la...

En provenance des Pays-Bas, un convoi de 8,6 tonnes de combustibles usés arrive à Orano La Hague
(actu.fr) Un convoi de combustibles nucléaires usés venu des Pays-Bas est arrivé ce 17 décembre 2025 au terminal ferroviaire de Valognes pour être recyclé à l’usine Orano de La Hague.

La France, championne du logement social… et du mal logement

18 décembre 2025 à 05:58

En France, 4 millions de personnes souffrent de mal-logement. 350 000 sont sans-abri. Pourtant, l’État dépense 16 milliards d’euros par an en APL et propose un parc social parmi les plus vastes d’Europe. Pourquoi, alors, le mal-logement persiste-t-il ?

L’offre de logement est étouffée par l’explosion du coût de la construction (renchéri par une réglementation environnementale hors de contrôle) et la frilosité des édiles à délivrer des permis de construire.

La demande est asphyxiée par le durcissement des conditions d’emprunt par l’État et l’importance des droits de mutation, verrouillant l’accès à la propriété pour les ménages modestes.
Le logement social est, quant à lui, devenu un piège. Vu comme un totem indépassable trônant au panthéon des mesures dont la remise en cause serait inhumaine, il ne remplit plus son rôle.
Avec 4,5 millions de logements sociaux bénéficiant à 11 millions de personnes, la France est théoriquement très bien dotée en la matière. Pourtant, avec 70 % de la population éligible, il est impossible de satisfaire tout le monde. 2,8 millions de ménages sont ainsi aujourd’hui en attente d’un logement, tandis que des centaines de milliers de foyers aisés en profitent, sans en avoir besoin.

Lorsqu’ils évaluent l’efficacité d’une politique publique, les économistes sont souvent confrontés à un biais de ciblage : l’effet Matthieu. Théorisé par Merton et Deleeck dans les années 1980, il reprend le principe biblique de l’évangile éponyme : « à celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a ».

Pour corriger cet effet, les gouvernants élargissent leurs politiques sociales : si leur cible sont les 10 % les plus pauvres, alors ils rendent éligibles les 20 % les moins riches pour être sûrs d’atteindre leur but. Une largesse qui coûte cher et qui, dans le cas d’un secteur contingenté comme le logement, produit d’importants dysfonctionnements. C’est ainsi que les ménages les plus pauvres (appartenant au premier décile, avec un revenu de moins de 1 005 € par mois) vivent à part égale dans le parc social et dans le parc privé. En parallèle, 400 000 foyers (soit 1 million de personnes), appartenant aux trois derniers déciles de revenus et étant au-dessus des plafonds d’éligibilité, en profitent indûment.

La file d’attente s’explique en grande partie par le faible taux de rotation : 8 % contre 24 % dans le secteur privé. Dit autrement, il y a trois fois moins de déménagements dans les HLM chaque année que dans le parc locatif privé. Et l’on comprend aisément la raison : pourquoi quitter un logement subventionné où le loyer est en moyenne à 6,52 €/m² quand le marché en demande 14 € ? Pourquoi subir un taux d’effort moyen (à savoir la part du revenu dédiée au logement) de 25 % lorsqu’on peut rester à 15 % ? Une disparité expliquant la différence d’âge médian des locataires : 53 ans dans le secteur social, contre 42 ans dans le privé, avec des taux d’occupation de plus de dix ans du même bien respectivement de 31 % et 12 %. La devise du logement social pourrait donc aisément être : « j’y suis, j’y reste ! »

Le logement social profite ainsi aux ménages non précaires, notamment aux retraités, qui ont pourtant un niveau de vie moyen supérieur au reste de la population. Lorsque l’on interroge les bailleurs sociaux sur la typologie de leurs occupants, ils l’assument, confessant préférer des ménages solvables, s’acquittant de leur loyer, plutôt que des ménages présentant un risque de défaut de paiement. Quand un ménage voit sa situation s’améliorer drastiquement par rapport à ses conditions d’entrée, il n’a quasiment aucun risque d’en être exclu, même s’il dépasse allègrement les plafonds.

Le logement social ne se contente pas de mal cibler, il immobilise. Les quinze zones les plus dotées en HLM sur le territoire affichent un taux de chômage supérieur de 4 à 8 points à la moyenne nationale. Les bénéficiaires sont donc prisonniers de zones peu dynamiques, incapables de saisir des opportunités professionnelles ailleurs, faute de pouvoir assumer des loyers plus élevés.

Enfin, le fait que les travailleurs précaires soient exclus du parc social constitue un important facteur d’inégalité sociale, notamment dans les métropoles, où les concernés sont obligés d’allonger leur temps de transport, soit vers des zones dotées en HLM, soit vers des villes où le loyer est plus faible.

La « réparation » du logement social passera par la correction de ses deux faiblesses : son ciblage et sa localisation. Cela implique un changement de logiciel, en subventionnant les personnes plutôt que les murs, en passant du logement social au ménage social. Cette idée permet de faire passer le parc théorique de 4,5 millions de logements à 38 millions, permettant à chacun de choisir son lieu de vie, sans être prisonnier d’un statut ou figé sur un territoire.

Concrètement, comment cela fonctionne ?

  • Les APL, les avantages de loyers en HLM et autres aides connexes sont fusionnés en une allocation unique et personnalisée, calculée en fonction des revenus réels du ménage et de sa situation. Le nombre de bénéficiaires est revu à la baisse, mais en donnant des moyens plus conséquents aux plus précaires. L’effort est ainsi ciblé sur ceux qui en ont réellement besoin, ce qui réduit de facto le nombre de ménages subventionnés.
  • L’aide est versée directement au bailleur, pour gommer la dimension inflationniste des APL, où le pouvoir d’achat des locataires est artificiellement gonflé. Lors de la mise sur le marché de son bien, le propriétaire n’aura ainsi aucune idée de l’avantage de loyer potentiel dont pourra profiter le locataire, et n’aura donc que le prix du marché comme référence. Le nombre de ménages subventionnés étant réduit par rapport à la situation actuelle, il ne sera pas incité à dévier de ce prix de référence. À l’image d’une enchère silencieuse, s’il décide de fixer un prix trop élevé, il ratera sa potentielle transaction.
  • L’aide maximale est ainsi plafonnée pour éviter les dérives, et chaque ménage est régulièrement notifié du loyer qu’il peut envisager s’il est toujours éligible au dispositif.

Exemple : Pauline (aide-soignante) et Yassine (commis de cuisine) louaient précédemment un HLM à Créteil pour 450 € par mois (subventionné à hauteur de 300 € mensuels). Avec ce système, ils peuvent louer un deux-pièces à Saint-Ouen, se rapprochant ainsi de leur lieu de travail dans le 18e arrondissement, pour 750 € par mois. Leurs faibles revenus les rendant éligibles au système, ils continuent à ne verser que 450 € par mois, l’État versant directement la différence au bailleur privé. Ce dernier n’aura pas intérêt à aller au-delà du prix de marché (ici 750 €), car la demande est rendue très mobile par ce système et n’est plus figée sur un territoire restreint. Pauline et Yassine peuvent aller où ils le souhaitent, indépendamment des offres de logements sociaux, et récupérer ainsi du pouvoir de marché.

Pour être efficace, ce système doit s’accompagner d’une libération totale des contraintes sur la construction, pour opérer un choc d’offre nécessaire à l’augmentation de la concurrence sur ce marché. L’effet sur la hausse des loyers sera ainsi contenu par les hausses conjointes de la demande et de l’offre de logements, et par une amélioration de la mobilité des habitants, voyant leurs zones de recherche d’un bien s’élargir drastiquement. La transformation du logement social en ménage social se fera en fusionnant tous les dispositifs existants en un seul, et ne coûtera donc pas un seul euro supplémentaire aux finances publiques. Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle dépense publique, mais d’une nouvelle clé de redistribution des aides existantes, pour qu’elles se concentrent sur ceux qui en ont le plus besoin.

Les bénéfices attendus sont nombreux : fin des ghettos, fin des attentes interminables, exclusion des retraités aisés monopolisant indûment cet avantage, exclusion des ménages dépassant les plafonds, libération de ressources pour les plus précaires, diminution du nombre de travailleurs pauvres condamnés à des temps de trajet interminables, augmentation du nombre de logements accessibles, fin du clientélisme local et, surtout, amélioration de la mobilité des salariés, diminuant à terme notre taux de chômage.

Pour mettre en place un tel dispositif, l’IA sera essentielle, calculant l’aide en temps réel, sous les contraintes budgétaires qu’on lui opposera, tout en s’adaptant aux changements de situation des ménages. Une centralisation de la décision supprimant l’effet d’aubaine et les décisions locales injustes, et une automatisation des besoins qui permettra d’en finir avec les biais de ciblage provoqués par l’effet Matthieu, garantissant ainsi que chaque euro public profite à ceux qui en ont vraiment besoin.

En résumé, une réforme favorisée par l’IA, protégeant les plus précaires, punissant les abus, améliorant l’efficacité de la dépense sociale et redonnant du sens aux politiques publiques. Pourquoi s’en priver ?

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Reçu — 17 décembre 2025 De tout et de rien

Tristan Nitot✓: "George Clooney est un acteur…"

17 décembre 2025 à 08:17
"George Clooney est un acteur.
Mettez le dans un rôle de chirurgien devant une caméra et il fera et dira des trucs que les non-chirurgiens trouverons crédibles. Au bout d’une heure, l’audience non-chirurgienne sera satisfaite du spectacle.
Mettez Clooney dans une vraie salle d’opération et un vrai patient, ce dernier mourra parce que Clooney ne connaît rien ni à la chirurgie ni à sa pratique.

Ceci est un message sur les LLM et l’IA générative. "
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Ridicule

17 décembre 2025 à 08:10
La bulle d'IA nous casse passablement les gonades, mais trouvez un peu de réconfort en imaginant le ridicule absolu de ces boîtes quand ça s'écroulera, à l'image des boîtes qui étaient tellement à fond sur les NFT ou Metavers.
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