« QUELQUE CHOSE DE GROS SE PRÉPARE AVEC LA FINANCE » - Frédéric Lordon - YouTube
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« Les étoffes entrent par ici », m’explique Ariane, la présidente des Ateliers Tisseyre, en tapotant la paroi sombre du cube de production, « les blousons sortent de l’autre côté. Jacquard s’occupe de tout ». Sur les dévidoirs extérieurs, des rouleaux de soie chamarrée et d’énormes bobines de fil tournent en continu. Tirés par de longs doigts articulés qui sortent du cube, l’étoffe et les fils s’engouffrent dans des fentes horizontales. Quelques minutes plus tard, l’unité robotisée recrache un blouson aux manches brodées de dentelle, conforme à celui que j’ai imaginé il y a une heure, avec l’aide d’un agent designer.
Ariane me le tend pour que je l’enfile, tandis que l’araignée de résine patiente pour l’envoyer vers l’unité de vérification de la qualité. Le blouson est parfaitement ajusté à mon scan corporel. Les biofibres arrivent maintenant à égaler la douceur de la soie naturelle. Les dentelles rappellent celles d’autrefois. Les Ateliers Tisseyre assument leur choix du haut de gamme. « Il y a vingt ans, il aurait fallu plusieurs jours pour produire ces pièces », précise Ariane. Avec les robomodules, un tel blouson sort en trente minutes. Un cube peut en produire deux cents par jour, et celui que je porte vaut plusieurs milliers d’euros dans une boutique de Shanghaï ou de Los Angeles. « Vous êtes très élégant ! » me lance Ariane avec un brin d’amusement. Je le prends comme la permission de l’endosser pendant le reste de ma visite, l’araignée attendra.
Depuis le début des années 2020, les robots ne sont plus cantonnés aux grandes chaînes d’assemblage : ils deviennent modulaires, mobiles et reconfigurables.
Dans l’automobile, la logistique ou l’électronique, des cellules de production flexibles remplacent progressivement les lignes rigides.
C’est déjà le cas chez Siemens, Ford ou Medtronic, qui utilisent des cellules robotisées flexibles pour l’électronique, l’automobile ou les dispositifs médicaux. Des robots mobiles de MiR et des plateformes collaboratives de Comau remplacent aussi les convoyeurs fixes. En Europe, plusieurs projets industriels testent des usines modulaires capables de se reconfigurer en temps réel.
En 2040, cette évolution est devenue la norme : les usines sont plus nombreuses, plus petites et capables de s’adapter en permanence à la demande. Moins polluantes, elles réinvestissent le tissu urbain et se rapprochent de leurs employés.
L’atelier Tisseyre est basé à Lyon et compte une centaine d’unités de production. Chaque cube occupe l’équivalent d’une pièce d’appartement. Ils sont régis par une famille d’agents intelligents qui travaillent en symbiose autour de Jacquard, fruit de cinq ans d’entraînement. Quand l’intervention d’un humain est nécessaire – pour changer une bobine, déplacer un robomodule ou constater un défaut de fabrication –, Jacquard envoie une demande aux techniciens de garde.
Grâce à ces robomodules, les chaînes d’assemblage n’ont plus besoin d’être horizontales : elles se déploient comme un ruban labyrinthique, enchâssé dans un espace clos et privé d’oxygène pour éviter les départs de feu. Il faut tendre l’oreille pour entendre le froissement des tissus et le cliquetis des aiguilles.
Pour visualiser le processus, j’enfile un casque 3D. À l’intérieur du cube, trente robomodules de tailles et de formes diverses se relaient pour couper, assembler, coudre et broder des blousons uniques par la taille, par la coupe, par les broderies incrustées. « Les unités de production autonomes ont ouvert la porte du sur-mesure, alors que ce n’était pas notre culture, il a fallu apprendre à travailler avec une multitude de petits clients, des particuliers », témoigne Ariane. « Depuis, nous expédions partout dans le monde et nos cubes n’ont rien à envier aux usines que les Chinois installent au Kenya. » Le recours aux robomodules permet de concevoir un cube en moins de deux semaines, pour un coût machine d’environ trois cent mille euros, hors ingénierie.
Face aux États-Unis, à la Chine, leaders incontestés de la machine intelligente, et à l’Inde, devenue elle aussi incontournable sur les logiciels et les équipements « propriétaires », la France a fait un pari différent : celui d’une robotique modulaire, interopérable, capable de produire ses propres innovations.
Des entreprises comme Galam Robotics (robots logistiques modulaires pour les flux tampons) ou MS-Innov avec son cobot MORFOSE (premier cobot modulaire industriel « made in France », adaptable pour le collage, le soudage ou la manutention) incarnent cette stratégie. Des projets européens tels qu’ODIN, DIMOFAC et PENELOPE développent aussi des usines reconfigurables dans l’automobile, l’aéronautique et l’équipement industriel.
Moins visible que les plateformes numériques, ce choix permet à la France de préserver ses savoir-faire tout en reconstruisant une base industrielle sur son territoire.
Les ateliers Tisseyre se sont installés il y a deux ans dans une ancienne tour HLM qu’ils ont entièrement réaménagée. « Le bâtiment était vide, nous avons tout cassé, car la production robotisée se conçoit en trois dimensions », se souvient Ariane. Sur les murs restés debout, des drones ont reproduit des tableaux de musée, des personnages en pourpoints, des femmes en robes de brocart, des enfants à collerettes. Des monte-charges relient les étages avec les magasins de stockage et la plateforme logistique du rez-de-chaussée, une caverne d’Ali Baba pleine de zips, de boutons et de lacets. Dehors, sur le parking, un dock de livraison accueille les conteneurs automobiles et autres camions autonomes. Les unités de recyclage circulaire sont installées dans les caves.
La plupart des flux sont gérés par les machines, toutefois les humains ne sont pas absents de la tour-atelier. « Les designers que l’on héberge au 4e étage viennent eux-mêmes récupérer leurs créations, comme vous venez de le faire », plaisante Ariane. « Les gros clients, on les voit en visio, quand ils ne communiquent pas directement avec les machines. »
L’atelier emploie plus de trois cents personnes. Une cinquantaine d’ingénieurs conçoivent ces cubes, qui évoluent constamment pour s’adapter aux besoins des designers. Des brigades de techniciens les assemblent et veillent à leur entretien. Et, comme toutes les opérations sont supervisées par des intelligences artificielles, l’entreprise a recruté une centaine de prompteurs de tous âges – souvent d’anciens codeurs qui se sont spécialisés dans l’interaction avec la machine. Ils dialoguent avec les agents intelligents et viennent en aide aux ingénieurs, aux techniciens et aux clients pour résoudre leurs problèmes.
La robotisation a fait disparaître une grande partie des tâches répétitives et des manutentions lourdes, améliorant nettement les conditions de travail dans les ateliers. Mais elle a aussi fait naître de nouveaux métiers, plus qualifiés et souvent plus intéressants : techniciens de maintenance avancée (spécialisés dans la maintenance prédictive des robots et cobots), opérateurs assistés par IA (qui pilotent et supervisent des systèmes automatisés), concepteurs de flux de production intelligents, ou encore « prompteurs » spécialisés dans l’optimisation des instructions données aux intelligences artificielles. Ces évolutions transforment profondément l’usine : les opérateurs traditionnels deviennent des pilotes de lignes automatisées, tandis que de nouvelles compétences en data, programmation et diagnostic par IA s’imposent. Dans l’industrie textile et la confection, les cobots et exosquelettes libèrent les travailleurs des gestes pénibles, laissant place à des rôles de supervision, de programmation et de contrôle qualité enrichis.
Une partie de ces travailleurs évolue désormais sous des statuts hybrides, entre salariat classique et formes d’indépendance (portage salarial, micro-entrepreneuriat ou missions pour plusieurs entreprises), permettant plus de flexibilité tout en posant des questions sur la protection sociale.
L’atelier Tisseyre est l’héritier d’une histoire longue : celle des canuts de Lyon. Ariane Tisseyre veille à ce que l’entreprise enregistre et protège les savoir-faire. Son plus gros investissement réside dans l’entraînement de plusieurs agents qui portent la mémoire des soyeux. Depuis que Jacquard a été homologué auprès de l’Union des Industries Textiles, l’entreprise peut désormais recourir aux gestes brevetés par d’autres et monnayer ceux qu’elle détient.
« Tout est dans le geste », confie Ariane, qui tient à ce que l’entreprise familiale se distingue dans la production de pièces d’exception. Sur le pignon de béton de l’immeuble, elle a demandé aux drones de peindre son tableau préféré, une version géante de la Dentellière de Vermeer, haute de trente mètres.
En 2026, l’IA a déjà commencé à transformer la chimie des matériaux : de nouvelles fibres issues de protéines, de cellulose ou de polymères biosourcés émergent dans les laboratoires et les premières applications industrielles.
La société japonaise Spiber produit la Brewed Protein, une fibre biosourcée et biodégradable obtenue par fermentation de sucres grâce à des micro-organismes. Elle imite la douceur de la soie, du cachemire ou de la laine, déjà utilisée dans des collections de The North Face, Untouched World, Iris van Herpen et plusieurs marques de prêt-à-porter et de haute couture.
Orange Fiber transforme les résidus d’oranges (peaux et pulpe) en une cellulose filable, donnant naissance à un tissu soyeux et biodégradable. De son côté, Lenzing propose le TENCEL Lyocell, issu de pulpe de bois venant de forêts gérées durablement, fabriqué dans un procédé en circuit fermé qui réutilise plus de 99 % des solvants et consomme nettement moins d’eau et d’énergie que les fibres classiques.
Le marché mondial des polymères biosourcés a atteint environ 4,5 millions de tonnes en 2025 et continue de croître à un rythme soutenu d’environ 11 % par an. Ils commencent à remplacer progressivement les matériaux issus du pétrole dans les fibres textiles.
À mesure que les matériaux deviennent recyclables ou biodégradables, l’industrie textile amorce sa sortie du modèle polluant hérité du XXe siècle.
« Vous ne partirez pas sans saluer celles qui travaillent au neuvième. » Au dernier étage, les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur un espace de travail accueillant, comme si on entrait chez des particuliers. On a gardé les murs à mi-hauteur, on a choisi des fauteuils tous différents, pour rappeler que ces lieux étaient autrefois habités. Les baies vitrées donnent une vue plongeante sur la ville. Il règne un calme absolu, à peine entend-on en fond sonore une musique orientale. Une trentaine de femmes âgées de cinquante à quatre-vingts ans sont penchées sur leur ouvrage.
Elles s’adonnent à la broderie, à la dentelle, au canevas et à d’autres arts du fil dont j’ignore le nom. Un androïde de première génération, le plus vieux robot de l’entreprise, arrive avec un chariot pour nous servir du thé. « Elles viennent travailler quand elles veulent, à leur rythme », murmure Ariane pour ne pas les déranger. Certaines répondent à des commandes des designers, d’autres créent des pièces uniques. Les plus habiles sont mieux rémunérées que les ingénieurs du troisième étage. « Depuis qu’on fait du sur-mesure, la demande a explosé », m’explique Aïcha, la doyenne des dentellières, en pointant du doigt la manche de mon blouson. « Ce morceau de dentelle qui sort du neuvième étage donne plus de valeur à ce vêtement que le travail des machines. »
Elles acceptent d’être filmées par les lampes-caméras, pour que leur geste ne soit jamais oublié par Jacquard. Mais au fond de l’atelier, quelques jeunes recrues viennent apprendre de ces grand-mères un art dont on disait, il y a vingt ans, qu’il allait mourir. Je caresse la dentelle de la manche en souriant lorsqu’Aïcha m’apprend qu’elle en est l’auteur. Je repense au tableau de Vermeer sur le pignon de l’immeuble. Les machines ont cousu ce blouson en trente minutes. Mais ce sont ces quelques centimètres carrés de fil blanc, fruit de son talent et de sa patience, qui me donnent le sentiment d’être vêtu comme ces princes dont les portraits ornent les étages. « Les dentellières vous l’offrent avec plaisir », conclut Ariane, alors qu’Aïcha acquiesce.
Oui, tout est dans le geste.
À mesure que la production de masse s’automatise, la valeur se déplace vers la conception, la personnalisation et les finitions soignées. Dans le textile comme dans d’autres secteurs, l’automatisation ne fait pas disparaître l’artisanat : elle en redéfinit la place, en le réservant aux gestes rares, visibles et chargés d’une forte valeur émotionnelle. Les machines et les robots prennent en charge les tâches répétitives et standardisées, tandis que la main de l’homme – ou son expertise – se concentre sur ce qui fait la différence : le détail qui touche, l’harmonie des matières, la touche finale qui raconte une histoire.
La personnalisation à la demande et la production en petites séries gagnent du terrain grâce à l’automatisation intelligente : machines à tricoter 3D (comme celles de Kniterate), découpe laser, impression numérique et systèmes de finition automatisés permettent de proposer des vêtements sur mesure sans surcoût prohibitif, tout en gardant les finitions haut de gamme (broderies complexes, coutures invisibles, traitements spéciaux) réalisées par des mains expertes.
Dans le luxe et le « made in France », des entreprises investissent dans l’automatisation des processus de base pour relocaliser la production, tout en préservant les savoir-faire artisanaux pour les étapes visibles et émotionnelles : pose de boutons précieux, finitions manuelles, contrôle qualité ultime ou customisation créative. Des initiatives soutenues par France 2030 ou des clusters comme EuraMaterials illustrent cette complémentarité entre technologie et savoir-faire humain.
Ainsi, loin d’opposer automatisation et artisanat, l’industrie textile invente un nouveau modèle où la machine amplifie l’humain, rendant le haut de gamme plus accessible, plus durable et encore plus désirable.
L’article Une usine textile en 2040 – la dentelle et les robots est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
Le mantra a longtemps résonné dans les couloirs du ministère de la Transition écologique et de l’ADEME : « L’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas. » Ce dogme de la sobriété a imposé l’isolation des bâtiments comme le préalable absolu à toute décarbonation. C’est la stratégie du « Insulate First » : l’interdiction morale de changer de chauffage sans avoir, au préalable, transformé sa maison en bouteille thermos.
Pourtant, cette approche décroissante par l’enveloppe se heurte aujourd’hui au mur de l’économie. Face à l’envolée des prix du gaz et du fioul, le gouvernement semble enfin opérer un virage pragmatique. Le plan d’électrification massif porté par Sébastien Lecornu marque la fin de cette schizophrénie française en programmant l’arrêt des chaudières gaz dans le neuf et en fixant un cap industriel clair : installer un million de pompes à chaleur (PAC) d’ici 2030.
Pour comprendre l’impasse actuelle, il faut revenir sur plus de vingt ans d’errements. La France a longtemps privilégié une vision comptable de l’énergie au détriment de l’urgence climatique.
Le péché originel réside dans le coefficient d’énergie primaire. En appliquant un malus arbitraire de 2,58 à l’électricité, l’État a artificiellement disqualifié l’électron propre. Pour 1 kWh consommé chez vous, on en comptabilisait 2,58 dans les statistiques officielles (ce coefficient est passé à 1,9 depuis le 1er janvier 2026). Résultat ? On a favorisé le gaz et le fioul, dont le coefficient est de 1, alors même que notre mix électrique est l’un des plus décarbonés au monde (environ 50 g de CO2/kWh).
À cette aberration statistique s’est ajoutée une gestion tarifaire désastreuse. En vingt ans, le prix de l’électricité pour les ménages a bondi de près de 80 %. En surchargeant la facture de taxes pour financer d’autres politiques ou en liant le prix du kWh nucléaire aux cours mondiaux du gaz, l’État a saboté le signal-prix de la décarbonation. Comment convaincre les citoyens de passer à l’électrique quand l’énergie la plus vertueuse est celle dont le prix est le plus instable ?
Cette schizophrénie a atteint son paroxysme avec la réglementation thermique RT2012, qui, en plus de favoriser l’installation de chaudières à gaz dans le neuf via le fameux coefficient de 2,58, a massivement soutenu le chauffage au bois. Pire encore, les aides aux PAC étaient jusqu’alors refusées si l’appareil, réversible, pouvait rafraîchir le logement, condamnant les Français à subir les canicules ou à s’équiper de climatiseurs mobiles inefficaces.
Parmi les erreurs de trajectoire, le soutien au chauffage au bois occupe une place de choix. Présenté comme écologique, il bénéficie de subventions massives qui se font au détriment direct de l’électrification.
En 2022 et 2023, les équipements bois (poêles et chaudières à granulés) ont capté près de 25 % du budget de MaPrimeRénov’, soit plusieurs centaines de millions d’euros par an. Cet argent public finance pourtant une source d’énergie dont le bilan sanitaire est calamiteux. Contrairement à une idée reçue, un poêle à bois moderne, même labellisé « Flamme Verte », émet plus de particules fines (PM2,5) et de composés organiques volatils (COV) qu’une vieille chaudière au fioul. En hiver, le chauffage au bois est le premier responsable de la pollution atmosphérique en France, bien devant le trafic routier.
Au-delà de l’air que nous respirons, cette pression sur la ressource sylvicole fragilise nos écosystèmes. L’exploitation intensive de la biomasse pour le chauffage peut mener à un appauvrissement des sols forestiers et dégrader des habitats essentiels à la biodiversité. En transformant des forêts vivantes en simples réserves de pellets, on réduit leur résilience face au changement climatique.
Enfin, l’argument de la « neutralité carbone » du bois est une illusion temporelle. Si le bois est théoriquement renouvelable, il ne l’est que sur un cycle de 30 à 80 ans. Or, c’est précisément le temps qui nous manque. Brûler un arbre aujourd’hui libère instantanément tout son carbone, alors qu’il faudra des décennies pour que la forêt le capture à nouveau. Dans la décennie critique 2020-2030, chaque poêle à bois installé est une dette carbone supplémentaire, là où la PAC offre une décarbonation immédiate.
L’isolation n’est évidemment pas inutile, mais elle est aujourd’hui mal hiérarchisée. Pour le parc immobilier construit avant 1974, le constat relève souvent d’une question de dignité. Des millions de Français vivent dans des passoires thermiques sans aucune isolation, où l’humidité et les parois froides rendent les logements insalubres.
Dans ce cas précis, l’isolation est parfaitement justifiée : elle offre un gain immédiat de confort et de santé publique, avec une rentabilité réelle souvent inférieure à dix ans. Mais l’isolation obéit à une loi physique incontournable : celle des rendements marginaux décroissants. Plus un bâtiment est initialement isolé, plus il est coûteux et inefficace d’ajouter des couches supplémentaires. S’acharner à transformer chaque maison en bâtiment BBC (Bâtiment basse consommation) est un gouffre financier pour un gain carbone dérisoire.

D’un point de vue rationnel, une fois le minimum décent d’isolation thermique atteint, la pompe à chaleur est la solution qui offre de loin le meilleur « coût d’abattement ». C’est-à-dire que, pour chaque euro investi, c’est avec une PAC que l’on réduira le plus les émissions de CO2.
Le match est sans appel. Prenons l’exemple d’une maison standard des années 1990, faiblement isolée, d’environ 150 m². Si elle est chauffée autour de 20 °C, sa facture atteindra facilement 3 600 € pour 2 000 litres de fioul. Réisoler l’ensemble coûtera aisément 50 k€ (hors aides) pour un gain sur la facture d’environ 1 900 € par an. Installer au contraire une pompe à chaleur (sans isoler) coûtera plutôt autour de 15 k€ (hors aides) pour un gain de 2 500 € par an. Le temps de retour sur investissement passe de 26 ans pour l’isolation à moins de 6 ans pour la PAC. Et il en va de même pour le CO2. Les gains d’émissions sont d’environ 3,4 tonnes par an pour l’isolation, contre 6,2 tonnes pour la pompe à chaleur.
De plus, une PAC s’installe en 48 heures et supprime instantanément 90 % des émissions de gaz à effet de serre d’un logement. Pour l’État comme pour le particulier, investir 15 000 € dans une PAC est une action climatique radicale. Investir 50 000 € dans une rénovation globale pour gagner les derniers pourcents d’efficacité thermique est un luxe que le calendrier climatique et le déficit budgétaire ne nous permettent plus.

La science confirme d’ailleurs ce pragmatisme. Une étude majeure de l’Université de Cambridge a analysé 55 000 logements sur douze ans et a montré que les économies d’énergie réelles après isolation sont systématiquement inférieures aux prédictions théoriques.
Il faut toutefois nuancer : l’effet rebond n’est pas toujours de 100 %. Les économies ne sont pas systématiquement annulées, mais elles sont très souvent amputées. Si une isolation permet d’économiser 40 % d’énergie sur le papier, mais que le comportement des usagers réduit ce gain à 20 %, le coût d’abattement carbone de l’opération double instantanément, rendant l’investissement public et privé encore moins rationnel face à une PAC.
Ce décalage s’explique d’abord par la réalité de la précarité énergétique. Les simulations estiment souvent que les familles se chauffaient à 20 °C avant les travaux. Or, de nombreux foyers vivaient en réalité à 15 °C dans une seule pièce chauffée. Après travaux, la physique ne se trompe pas : l’isolation réduit bien les déperditions, mais le comportement des habitants était mal anticipé, ces derniers préférant maintenir leur budget constant pour enfin obtenir un confort décent partout. C’est une victoire sociale, mais un échec climatique.
Enfin, l’efficacité de l’isolation est souvent sapée par un détournement de l’esprit des aides, le fameux effet « cobra ». De nombreuses rénovations dites « thermiques » servent en réalité à financer des travaux statutaires : changement de menuiseries pour l’esthétique, pose de portes plus sécurisées ou, pire, construction de vérandas et d’extensions qui augmentent la surface chauffée. On dépense alors des milliards pour un effet thermique marginal, voire contre-productif, là où le remplacement du vecteur de chauffage aurait eu un impact immédiat.
Soyons rationnels : le climat se moque bien des kWh consommés, il ne compte que les molécules de gaz à effet de serre. L’isolation doit retrouver sa juste place : un outil de lutte contre l’insalubrité pour le bâti ancien et un complément de confort. Elle ne doit plus être le verrou bureaucratique qui bloque l’accès à l’électrification.
L’objectif d’un million de PAC d’ici 2030 doit sonner la fin de l’ère du rationnement pour ouvrir celle de l’efficacité. Car si l’isolation est pertinente d’un point de vue énergétique, elle ne l’est que rarement d’un point de vue économique — et donc écologique. De même, la solution « isolation + bois », si séduisante sur le papier des subventions, échoue face à la réalité sanitaire et au calendrier carbone. Il est temps que la PAC joue le premier rôle de la décarbonation du chauffage et que le bois et l’isolation soient relégués au rôle de simples remplaçants.
L’article PAC vs isolation : pourquoi nous nous trompons de combat est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
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