L’association HOP obtient un procès contre le fabricant d’imprimantes Epson
Good.
J'espère que Epson sera condamné. Les fabricants d'imprimantes à jet d'encre sont - collectivement - une bande de salopards.
(Permalink)
Lorsqu’on me demande de parler de l’avenir en cancérologie, je suis toujours partagé entre deux tentations. La première serait de céder à l’enthousiasme, car en vingt ans, un nouveau monde thérapeutique s’est ouvert à nous : immunothérapie, thérapies ciblées, PROTAC, vaccins, médecine personnalisée, et maintenant l'ère de l’IA dont on attend beaucoup. Tout semble annoncer une révolution permanente. La seconde serait de tempérer, presque par réflexe, tant notre métier nous apprend que le cancer résiste aux slogans, car au quotidien nous perdons encore trop de patients. La vérité est en fait aujourd’hui un mix des deux : jamais nous n’avons eu autant d’outils pour comprendre et traiter les cancers, mais jamais nous n’avons aussi clairement vu ce qui nous échappe encore. Car le chemin est encore long pour éradiquer cette maladie multiforme et qui « apprend » à résister sous la pression des traitements.
Pendant longtemps, nous avons pensé le cancer comme une masse de cellules folles qu’il fallait détruire. Couper, irradier, empoisonner sélectivement : chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie. Ces armes restent indispensables. Elles guérissent déjà beaucoup de patients. Mais elles se heurtent à une réalité biologique que chaque oncologue connaît : ce n’est pas toujours la masse tumorale visible qui fait perdre la bataille, c’est ce qui reste après. Quelques cellules, invisibles, qui s’adaptent, qui restent endormies des années parfois. Capables de repartir lorsque tout semblait contrôlé… La fameuse « épée de Damoclès » qui empêche de parler de guérison pendant des années, par prudence.
C’est là que se trouve peut-être le véritable graal qui permettra de battre tous les cancers : non pas seulement réduire la tumeur, mais éliminer les cellules capables de la faire renaître.
On les appelle souvent, avec prudence, les cellules souches cancéreuses. L’expression est imparfaite, discutée, parfois trop simplificatrice. Il ne s’agit pas forcément d’une caste fixe et éternelle de cellules capables de tout. Il s’agit plutôt d’un état : une capacité à se renouveler, à résister, à changer d’identité, à survivre aux traitements et à reconstituer une maladie plus agressive. Le cancer n’est pas une armée de cellules uniformes. C’est une société cellulaire instable, avec ses hiérarchies, ses trahisons, ses refuges dans certains organes et ses métamorphoses.
Ces cellules résistantes posent trois problèmes majeurs.
D’abord, elles encaissent mieux les traitements. Elles réparent leur ADN, expulsent certains médicaments de leur enclave cellulaire, ralentissent leur division, se cachent dans des niches pauvres en oxygène. Là où la chimiothérapie frappe surtout les cellules qui prolifèrent vite, elles savent parfois attendre. Elles ne gagnent pas en affrontant frontalement le traitement ; elles gagnent en survivant à l’orage.
Ensuite, elles vivent protégées par leur environnement. Une tumeur n’est pas seulement faite de cellules cancéreuses. Elle contient des vaisseaux, des fibroblastes, des cellules immunitaires, une matrice, des signaux inflammatoires, des gradients d’oxygène, des contraintes mécaniques. C’est un organe malade. Le microenvironnement tumoral n’est pas un décor : c’est un complice, indépendant évidemment de toute volonté. Il peut nourrir la résistance, empêcher les lymphocytes d’entrer, épuiser ceux qui entrent, sélectionner les clones les plus agressifs. Vouloir guérir le cancer sans comprendre cet écosystème, c’est vouloir assécher un marais en coupant quelques roseaux.
Enfin, ces cellules sont plastiques. C’est peut-être le point le plus dérangeant. Nous aimerions identifier une cible stable, un marqueur définitif, une signature qui dirait : « Voici la cellule à abattre ». Mais le cancer bouge. Une cellule peut perdre un état différencié, redevenir plus primitive, changer de programme sous la pression du traitement. On ne combat donc pas seulement des cellules ; on combat des trajectoires biologiques qui évoluent dans le temps et auxquelles nous n’avons pas accès.
Que faire alors ?
La première piste est évidente : tuer directement ces cellules résistantes. Trouver leurs dépendances propres, leurs vulnérabilités métaboliques, leurs voies de signalisation, leurs marqueurs de surface. C’est l’approche classique : identifier une cible, développer un médicament, sélectionner les patients. Elle est nécessaire, mais probablement insuffisante. Car si la cellule change, la cible change avec elle.
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Nous sommes le 2 juin. Et aujourd’hui, Parcoursup rend son verdict. Comme lors de la publication d’un résultat d’examen, des centaines de milliers de lycéens auront les yeux rivés sur leur écran, attendant fébrilement une décision susceptible de définir un nouveau cap dans leur vie. Mais contrairement au baccalauréat, il y aura peu d’effusions de joie. Car seuls quelques candidats privilégiés auront dès ce soir la certitude de ce qui les attend l’an prochain. Pour la plupart, ce ne sera qu’une amère frustration… et le début d’une longue attente qui pourrait se prolonger jusqu’en septembre.
Tour à tour exutoire des déceptions ou bouc émissaire commode de l’échec, le fonctionnement de la célèbre plateforme reste largement méconnu du grand public. L’occasion, ici, d’en savoir davantage sur les mécanismes qui la régissent…
Retour en janvier. Pour les lycéens — et souvent leurs parents — vient le moment de se confronter à la redoutée plateforme et de formuler les fameux vœux. L’appréhension est bien réelle. Pourtant, malgré sa réputation désastreuse, Parcoursup se révèle techniquement plutôt réussi.
L’interface est stable, claire et relativement intuitive. Grâce à une carte interactive fluide et à des filtres précis, les candidats peuvent découvrir des formations parfois méconnues et élargir leurs horizons. Les fiches de chaque cursus centralisent les informations essentielles : critères de sélection, taux de pression, profils attendus, débouchés… Quant au nombre généreux de vœux autorisés, il permet de construire une stratégie souple, mêlant ambitions, choix réalistes et solutions de secours. Reste que cette abondance d’informations peut vite devenir déroutante pour des adolescents de 17 ans, dont l’autonomie face à un tel océan de possibilités est très variable.
Malgré tout, la phase de constitution des dossiers se déroule généralement sans trop d’accrocs. Fin mars, une fois les vœux confirmés et les dossiers bouclés, beaucoup de candidats se passent la remarque que, finalement, ce n’était pas si compliqué. Il ne leur reste plus qu’à attendre. Du moins le croient-ils, car le véritable marathon de Parcoursup ne fait alors que commencer.
Début juin, la phase d’admission s’ouvre enfin. Chaque élève découvre alors le sort réservé à ses vœux : accepté (« Oui »), refusé ou placé sur liste d’attente. Pour beaucoup, le verdict est frustrant : les formations les plus convoitées restent hors de portée et l’attente commence.
Une règle simple s’applique alors : un candidat ne peut conserver qu’une seule proposition d’admission à la fois. Lorsqu’il reçoit plusieurs réponses positives, il doit en choisir une et renoncer aux autres dans un délai très court. C’est ce mécanisme qui fait tourner la machine. Chaque refus libère une place immédiatement proposée au candidat suivant.
L’algorithme est ainsi condamné à patienter à chaque étape. Il doit laisser aux candidats le temps de réfléchir, de comparer et de décider. Et si la plupart des élèves finissent par obtenir une place avant la mi-juillet, le processus se poursuit ensuite en mode estival avec, pour les moins chanceux, une attente qui continuera de grignoter l’été jusqu’à la rentrée de septembre.
Cette lenteur, souvent critiquée, n’est pourtant pas un accident. Elle résulte d’un choix assumé par le ministère : supprimer l’obligation de classer ses vœux par ordre de préférence avant les admissions. Sous l’ancienne plateforme APB (« Admission Post-Bac »), cette hiérarchisation précoce générait un stress considérable et poussait de nombreux élèves à effectuer des choix stratégiques plutôt que sincères.
Une liberté qui a un prix. APB s’appuyait sur un outil mathématique redoutablement efficace : l’algorithme des « mariages stables ». Grâce aux listes de préférences fournies à l’avance par les élèves et les établissements, l’ordinateur pouvait calculer en une seule fois une répartition optimale. Sans hiérarchisation préalable, ce calcul éclair devient impossible. Parcoursup doit désormais fonctionner « au fil de l’eau », au rythme des réponses des candidats. Il est condamné à la lenteur d’un gigantesque jeu de dominos.
Une procédure interminable, avec à la clé une issue loin d’être toujours heureuse. Contrairement au baccalauréat, qui affiche fièrement près de 92 % de réussite, le bilan de Parcoursup est nettement plus nuancé.
Certes, les chiffres officiels sont rassurants : en 2025, seuls 38 candidats n’auraient pas trouvé d’affectation à l’issue de la procédure, sur près de 980 000 inscrits. Mais un rapport parlementaire dresse un tableau moins flatteur. Selon ses estimations, près d’un quart des candidats n’obtiendrait pas la formation qu’ils convoitaient, tandis qu’entre 10 000 et 12 000 jeunes se retrouveraient sans aucune solution.
Mais la statistique la plus sévère est celle-ci : seuls 34 % des lycéens jugent le système « juste et équitable ». L’attente, les désillusions et l’impression de subir des décisions incompréhensibles nourrissent une frustration profonde. Une frustration qui se cristallise souvent sur la plateforme elle-même, alimentant un malentendu tenace : beaucoup pensent que Parcoursup sélectionne les candidats, alors qu’elle n’en est en rien responsable.
Car la plateforme n’est en réalité qu’un intermédiaire entre les lycéens et les établissements. Ce ne sont pas les algorithmes de Parcoursup qui décident qui mérite une place, mais les formations elles-mêmes. Chaque établissement constitue une Commission d’examen des vœux chargée de classer les dossiers, anonymisés, selon ses propres critères. Notes, appréciations, spécialités suivies, motivation, parcours personnel : chaque formation élabore sa propre recette d’évaluation.
Le problème est qu’avec parfois plusieurs milliers de candidatures à examiner, les jurys ne peuvent pas étudier chaque dossier avec la même attention. Ils s’appuient donc sur des outils de préclassement, des « algorithmes locaux », qui se fondent principalement sur les résultats scolaires.
C’est sans doute de là que naît le sentiment d’injustice, car ces outils restent souvent opaques pour les candidats, qui peinent à comprendre pourquoi ils ont été retenus ou, au contraire, écartés.
En théorie pourtant, la loi interdit qu’une machine décide seule. Les enseignants sont censés relire les dossiers, examiner les lettres de motivation et prendre en compte les parcours atypiques. En pratique, le volume de candidatures et le manque de temps rendent souvent l’examen expéditif. On se souvient d’ailleurs de cette candidate admise dans plusieurs formations après avoir remplacé sa lettre de motivation… par une simple recette de brownie.
Au-delà de l’examen des dossiers, un autre facteur vient fausser la donne. Pour favoriser la mixité sociale, le système impose des quotas stricts lors des admissions : jusqu’à 50 % de bacheliers technologiques en IUT, ou encore un seuil minimum de boursiers ou d’élèves ruraux selon les formations. Si l’intention initiale est louable, son application soulève des questions légitimes.
Dans les faits, la gestion de ces quotas souffre d’un vrai manque de transparence et engendre un fort sentiment d’injustice. Pour atteindre les pourcentages exigés, il peut arriver que d’excellents dossiers soient purement et simplement écartés au profit d’élèves au profil beaucoup plus fragile. Pour les équipes pédagogiques, voir le mérite académique ainsi relégué au second plan est parfois mal accepté. Surtout, cette mécanique entraîne une véritable perte d’efficacité : admettre des jeunes qui n’ont pas les prérequis nécessaires les expose directement au décrochage et à l’abandon en cours d’année.
Enfin, ce système oublie souvent un critère essentiel : la géographie. Les IUT recrutant au niveau national, un jeune boursier peut se voir proposer une place à l’autre bout de la France. Mais sans moyens financiers suffisants pour assumer un tel déménagement, il se retrouve alors exposé à une forte précarité étudiante. Un cruel paradoxe pour un dispositif censé, à l’origine, faciliter l’ascenseur social.
Mais la principale source d’injustice se situe ailleurs : au cœur même des données qui alimentent Parcoursup, qui proviennent majoritairement du contrôle continu réalisé dans les lycées. Les épreuves nationales ? Exclues. Le baccalauréat, bien trop tardif, n’arrivant qu’en juin.
Avancer ces examens a déjà été testé, avec pour seul résultat des élèves démotivés et des classes ingérables en fin d’année. Quant à organiser des épreuves standardisées en hiver, cela relève du casse-tête logistique.
Pour tenter d’unifier les pratiques, l’Éducation nationale a bien mis en place des « protocoles d’évaluation »… Mais dans les faits, il s’agit souvent d’une coquille vide administrative. Les équipes y rédigent des règles volontairement floues pour avoir la paix, et même lorsqu’elles jouent le jeu, cela n’harmonise en réalité rien à l’échelle nationale.
Le système s’apparente donc à un véritable Far West de la notation, avec des notes qui n’ont pas du tout la même signification selon l’établissement concerné. Certains lycées d’excellence notent sévèrement pour préserver leur prestige, tandis que des établissements privés sont accusés de pratiquer la « double notation » pour doper artificiellement les dossiers de leurs élèves sur la plateforme.
Dans ce chaos chiffré, les jurys du supérieur finissent parfois par limiter les risques en se repliant sur des « lycées de confiance », favorisant mécaniquement les grands établissements au détriment d’excellents élèves issus de lycées moins cotés.
Pour corriger ces biais, certaines formations s’appuient sur des algorithmes comparant la note de l’élève à la moyenne de sa classe. L’astuce est pertinente pour repérer un très bon profil dans un lycée qui note sévèrement, mais elle a aussi ses limites, comme celle de pénaliser les élèves des bonnes classes.
Restent alors les éléments qualitatifs. Mais face à l’afflux massif de candidatures, les lettres de motivation et CV sont souvent peu exploités. Et même lorsqu’ils sont lus, les biais restent nombreux. À l’ère de l’intelligence artificielle, le traditionnel texte de motivation est devenu une formalité parfois creuse. Sans compter l’influence du milieu familial, qui joue un rôle décisif dans la qualité de l’accompagnement.
Pire encore, certains candidats ont recours à des « coachs Parcoursup » privés aux tarifs élevés. Un marché de l’angoisse, réservé aux familles les plus aisées, qui accentue encore les inégalités d’un système déjà bien fragile.
Au fond, Parcoursup n’est qu’un miroir : il ne crée pas les inégalités qu’on lui reproche, il les révèle. Le problème tient moins à la plateforme qu’à l’impossibilité structurelle de disposer de données parfaitement comparables entre établissements, et à la difficulté d’harmoniser des évaluations humaines par nature hétérogènes.
À terme, seule une forme d’évaluation standardisée pourrait réduire ces écarts et objectiver davantage le contrôle continu. L’essor de l’intelligence artificielle pourrait y contribuer, à condition d’une volonté politique forte, ce qui, au regard des réticences institutionnelles envers ces outils, ne semble pas imminente.
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