La hausse du prix du carburant fait bondir les ventes de voitures électriques

© Valerie Volcovici / REUTERS

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En janvier 2014, la barre est à bâbord. Un président de gauche, une Assemblée de gauche et, fait plus rare, un Sénat lui aussi à gauche. La fenêtre de tir est idéale pour le camp écologiste, qui voit là l’occasion de frapper un grand coup et de se débarrasser du glyphosate, dans le collimateur des Verts depuis 2012 et l’affaire Séralini.
Un projet de loi est alors porté par Joël Labbé, sénateur écologiste, avec une ambition claire : interdire l’herbicide controversé. Mais très vite, le camp écologiste comprend que la marche est trop haute, de nombreux cadres socialistes s’opposant à une interdiction pure et simple.
Joël Labbé se ravise et opte pour une stratégie du petit pas. Puisqu’il est impossible d’interdire les usages agricoles, autant commencer par les autres.
Devenue soudain beaucoup moins contraignante, et portée par un fort soutien populaire, la loi Labbé est adoptée en 2017 sans difficulté, malgré l’absence de véritable étude d’impact préalable. Les députés peuvent afficher leur engagement environnemental, l’opinion publique applaudit, et les municipalités, alors majoritairement à gauche, ne sont guère en position de protester.
Reste à savoir si cette loi a réellement servi l’environnement… ou si elle n’a été qu’un marchepied vers des ambitions plus larges.
D’un point de vue strictement scientifique, le glyphosate est loin d’être le pire des pesticides. C’est en tout cas la conclusion de l’EFSA, l’agence sanitaire européenne, qui a réévalué la substance en 2024 dans le cadre de sa réautorisation. Les risques sont jugés limités pour les insectes, les organismes du sol et les organismes aquatiques : les effets parfois attribués au glyphosate sur les amphibiens étant en réalité liés à un coformulant aujourd’hui interdit en Europe.
Le risque le plus notable concerne les petits mammifères terrestres, susceptibles de subir des effets chroniques. Rien, toutefois, de rédhibitoire, selon l’EFSA. Quant à sa persistance dans l’environnement, elle reste limitée : le glyphosate se dégrade relativement rapidement, et son principal métabolite, l’AMPA — également issu des lessives — est plus stable, mais encore moins toxique et ne présente pas de risque immédiat identifié.
En milieu urbain, on pourrait penser l’impact encore plus faible, le produit étant souvent appliqué sur des surfaces artificialisées. En réalité, l’usage municipal pose un problème spécifique : sur le bitume, les substances sont rapidement lessivées par la pluie. Par « effet toboggan », elles rejoignent trop rapidement les réseaux d’eaux usées, puis les milieux aquatiques, sans bénéficier de la filtration naturelle des sols agricoles.
Malgré cela, les volumes concernés étaient très modestes : l’usage municipal ne représentait qu’environ 1 à 2 % des quantités totales de glyphosate épandues, ce qui laisse penser à un effet environnemental globalement marginal.
Reste la question sanitaire. Si la toxicité aiguë n’est pas problématique, la toxicité chronique a cristallisé les débats, notamment depuis le classement en « cancérogène probable » par le CIRC en 2015. Mais l’EFSA, comme l’ensemble des agences sanitaires internationales, se veut rassurante et écarte tout « danger critique ». Concrètement, si effet sanitaire il y a, il serait très faible. Du moins pour la population générale.
Un point demeure toutefois sensible : l’exposition professionnelle. Les agents municipaux chargés de l’application du produit y étaient particulièrement exposés, parfois même davantage que les agriculteurs. Était-ce une raison suffisante pour interdire le glyphosate ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, la question ne se pose plus depuis neuf ans. Et les municipalités, mises au pied du mur, n’ont eu d’autre choix que de s’adapter face à ce choix précipité.
Et le problème, c’est qu’il n’existe ni solution unique ni produit miracle. Au contraire, les municipalités doivent désormais composer avec un cocktail de stratégies préventives, curatives et d’aménagement.
Dans les massifs et les zones non bitumées, la prévention domine : paillage, toiles géotextiles, plantations couvrantes capables d’étouffer les adventices…
Sur les surfaces goudronnées, en revanche, on entre dans le registre du curatif, avec un éventail de solutions toutes imparfaites, mais complémentaires. La plus répandue reste le désherbage mécanique, utilisant de petits engins équipés de brosses rotatives, capables d’arracher les herbes tout en nettoyant la voirie. Efficace en apparence… sauf que seules les parties aériennes sont détruites : les racines demeurent, et la repousse est rapide. Mais la principale limite de cette méthode reste les difficultés à prendre en charge les zones étroites ou peu accessibles.
Pour ces espaces difficiles, les communes peuvent recourir au désherbage thermique, qui décline toute une gamme de procédés : flamme, air pulsé, eau chaude ou mousse… Mais le plus souvent, seule la partie superficielle est brûlée, ce qui oblige à réitérer l’opération cinq à huit fois par an, contre seulement deux ou trois passages avec un herbicide systémique capable d’atteindre les racines. De plus, ces méthodes ont un coût énergétique élevé, avec, dans la plupart des cas, des émissions carbonées associées. Quant aux désherbants à eau chaude, leur consommation peut atteindre jusqu’à 500 litres par heure. Enfin, ces techniques ne sont pas sans risques : projections brûlantes, risques d’incendie… Pour les agents, la manipulation est délicate, et le danger de brûlure bien réel.
Reste enfin le désherbage manuel, souvent la seule option des petites communes, faute de moyens suffisants pour investir dans du matériel spécialisé. Mais le revers est connu : explosion du temps de travail, pénibilité accrue et multiplication des troubles musculo-squelettiques.
Aucun de ces moyens ne rivalise donc avec l’efficacité du glyphosate, et cela se traduit mécaniquement dans les budgets. Le désherbage thermique coûte plus de quatre fois plus cher qu’un traitement chimique ; le désherbage manuel, plus de cinq fois.

Mais alors qu’on se serait attendu à constater une explosion des budgets d’entretien lors de l’application de la loi Labbé, étonnamment, rien de tel ne s’est produit. Aucune flambée massive des dépenses de désherbage n’a été constatée. Par quel miracle ?
En deux mots : la gestion différenciée.
La ville de Rennes le reconnaît sans détour : « Le passage au zéro phyto sans changer les paysages et les aménagements est impossible dans le contexte budgétaire actuel. […] Les temps de travaux exploseraient de plusieurs dizaines de pourcents avec des résultats peu satisfaisants. » Autrement dit, maintenir le même niveau d’entretien qu’avant l’interdiction serait intenable.
Il a donc fallu changer de logique. Ne plus entretenir partout de la même façon. Adapter les aménagements.
Premièrement, en supprimant le désherbage des zones les plus chronophages. Plutôt que de lutter en permanence contre les herbes dans les allées gravillonnées ou les trottoirs sablés, des villes comme Rennes ont choisi… de les enherber. On remplace ainsi une tâche de désherbage minutieuse par une simple tonte, bien moins coûteuse en temps. Quant aux pieds de murs, pieds d’arbres ou îlots directionnels, autrefois maintenus nus ou recouverts de matériaux minéraux, ils deviennent des massifs arbustifs ou des espaces enherbés.
Deuxième levier : revoir les choix de plantation. Moins d’annuelles à renouveler chaque année, davantage de vivaces couvrantes, plus faciles à gérer.
Et enfin, certaines communes ont introduit un véritable zonage de l’entretien. À Montpellier, par exemple, les espaces sont classés en trois catégories : « Prestige », « Normal » et « Rustique ». Les secteurs centraux et parcs historiques bénéficient d’un entretien soigné — et coûteux — tandis que les zones périphériques « rustiques » se contentent d’un entretien minimal, avec des temps d’intervention à l’hectare jusqu’à vingt-quatre fois plus faibles.
La logique est limpide : en acceptant un entretien plus sobre sur une partie du territoire, on libère du temps et des moyens pour préserver la qualité là où elle est jugée prioritaire.
Mais cette stratégie a ses limites. Et la principale tient à son acceptation sociale. Dans des villes où les habitants s’étaient habitués à des abords impeccables et soigneusement entretenus, la revégétalisation de certaines zones est souvent perçue comme un simple défaut d’entretien, voire comme de la négligence. Face à l’apparition d’herbes folles, beaucoup ont le sentiment que la commune a cessé de faire son travail, alors que leurs impôts, eux, n’ont pas diminué.
Cette réticence est particulièrement forte lorsqu’elle concerne les cimetières. La dimension affective et culturelle de ces lieux rend, pour certains, difficilement acceptable la présence de végétation entre les tombes ou dans les allées, interprétée comme un manque de respect envers les défunts.
À cela s’ajoute parfois un sentiment de déclassement, notamment dans les quartiers périphériques populaires, où la gestion différenciée conduit souvent à un entretien minimal, ce qui peut renforcer l’impression d’être relégué au second plan.
Pour toutes ces raisons, la question de la végétalisation est devenue plus politique que jamais. Dans certaines villes, la grogne s’organise même en collectifs militants. L’exemple le plus connu reste sans doute le mouvement « Saccage Paris », dont l’un des chevaux de bataille consiste précisément à dénoncer la dégradation de l’entretien de la capitale.
Pour désamorcer ces réticences, les municipalités ont ainsi développé toute une stratégie de communication.
Les « mauvaises herbes » deviennent de la « flore spontanée » qu’il faut accepter, et la biodiversité urbaine est souvent invoquée pour justifier des choix d’entretien largement dictés, au départ, par des contraintes économiques. Panneaux explicatifs, signalétique positive, actions pédagogiques ou chantiers participatifs de désherbage : les communes multiplient les initiatives pour faire accepter ces nouvelles pratiques.
Mais, au-delà de la perception des habitants, un autre problème se pose : la dégradation de la voirie. Les méthodes alternatives tuant rarement les racines, la végétation repousse rapidement et peut endommager les revêtements et les infrastructures, d’autant que le désherbage est aujourd’hui moins systématique qu’autrefois.
À cela s’ajoute l’impact du désherbage mécanique lui-même : les brosses rigides des engins d’entretien sont particulièrement agressives pour les surfaces. Dégradation des joints, usure des enrobés, projection de graviers et de débris… Les effets commencent à se faire sentir sur de nombreuses voiries, d’autant que le phénomène s’auto-alimente : joints détériorés et fissures offrent de nouveaux espaces où s’accumulent terre et graines, favorisant l’installation d’une végétation toujours plus abondante.
Après plusieurs années d’application de la loi Labbé, une question se pose donc : l’entretien futur des voiries ne risque-t-il pas de devenir une véritable bombe budgétaire ? Une question d’autant plus difficile à trancher qu’aucune étude d’impact approfondie n’a véritablement évalué ces effets à long terme.
Au final, la loi Labbé — votée précipitamment, sans réelle évaluation des conséquences — a créé un enchaînement de difficultés : casse-tête technique pour trouver des alternatives, casse-tête organisationnel avec la gestion différenciée, et désormais casse-tête de communication pour faire accepter ces changements. Et demain, peut-être, un nouveau casse-tête budgétaire si la dégradation des voiries se confirme.
C’est d’autant plus regrettable qu’une voie intermédiaire existait. Plusieurs études montrent qu’une restriction ciblée — par exemple autour des bouches d’égout et à proximité des cours d’eau — combinée à des pulvérisations plus précises et mieux adaptées aux conditions météorologiques, aurait pu réduire jusqu’aux deux tiers les volumes de glyphosate utilisés, et jusqu’à 90 % les ruissellements vers les milieux aquatiques… tout en limitant fortement la hausse des coûts d’entretien.
Interdire est facile. Remplacer, beaucoup moins. Et, dans le cas du glyphosate, on découvre aujourd’hui qu’entre idéologie, contraintes techniques et réalités budgétaires, la nature du problème était peut-être moins chimique… que politique.
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Dan Blanchard vient de publier une nouvelle version de Chardet, une bibliothèque Python largement utilisée, sous licence MIT permissive, alors que les versions précédentes étaient sous licence GNU LGPL. Comment est-ce possible, étant donné que Dan est le responsable de cette bibliothèque, mais qu’il n’en est ni l’auteur originel ni le seul contributeur ? La réponse est très simple et d’actualité : cette version est une réécriture complète du projet, réalisée par l’IA Claude en cinq jours. Elle n’emprunte aucun fragment de code aux versions antérieures. Plus précisément, les quelques correspondances identifiées (1,3 % du code) ne sont pas spécifiques à Chardet. Elles correspondent à des idiomatismes dans les projets en Python.
Après avoir mené ses propres expériences, tout aussi convaincantes, Bruce Perens a récemment déclaré :
Je brise la vitre et déclenche l’alarme incendie ! Toute l’économie du développement logiciel est morte, disparue, finie, kaput !
Comme le souligne Bruce Perens, ce problème n’est pas spécifique aux logiciels libres. Les éditeurs de logiciels indépendants et leur modèle économique sont également ubérisés par les IA génératives. Et, bien sûr, cette question existentielle concerne également les ESN (i.e. les sociétés de service).
NdM: des infos complémentaires en provenance du lien ayant déjà généré quelques commentaires : d’abord l’auteur originel de Chardet demande d’annuler ce changement de licence qu’il considère comme une violation des droits ; et déjà au moins un ticket considérant un risque juridique « v7.0.0 presents unacceptable legal risk to users due to copyright controversy ». Sont aussi mentionnés un article LWN (accès réservé aux abonnés jusqu’au 19 mars et accès libre ensuite), et un autre cas de réécriture d’une application dans un autre langage et une autre licence, mais faite d’une toute autre manière avec GNU Coreutils (C, GPL) et uutils (Rust, MIT). Encore d’autres articles via Phoronix ou Slashdot ou LinkedIn ou…
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Toile de fond iconique aux trames de films comme « Minuit à Paris », « Moulin Rouge », « Inception », « La La Land » et « Ratatouille », la Ville Lumière attire, fascine et fait rêver tout autour du globe. Ce n’est pas un hasard si 38 millions de personnes viennent la visiter chaque année. Alors, à quelques jours du scrutin municipal, tirer le bilan de l’édile sortante n’est pas chose aisée, car il s’agit d’analyser les effets de sa politique sur une ville qui dispose de sa propre force d’attractivité et d’un nom qui se chante dans toutes les langues.
Pourtant, c’est un exercice nécessaire, car Paris n’est pas une ville musée. Plus de 2 millions de personnes y résident et tout autant y travaillent tous les jours. Et leur quotidien ne se résume pas à visiter le Louvre, se prélasser en terrasse à Saint-Michel ou prendre un selfie devant la tour Eiffel. C’est là toute la difficulté d’administrer un symbole comme Paris : éviter que la carte postale des touristes ne devienne un cauchemar pour les résidents.
Élue pour la première fois il y a douze ans à la mairie de Paris après en avoir été la première adjointe, Anne Hidalgo a été réélue en 2020, ce qui a constitué une petite surprise à l’époque, tant l’insatisfaction d’une partie des habitants semblait être importante. D’autant plus qu’elle n’a jamais su gagner son propre arrondissement, le XVe, indéfiniment destiné à la droite.
Pour comprendre l’ampleur du gâchis, revenons douze ans en arrière, au moment où Bertrand Delanoë transmet les clés de la ville à Anne Hidalgo. Il lui a légué une ville dynamique, à la dette (bien que non négligeable) maîtrisée, et dont l’attractivité internationale demeurait sans égale. Paris était alors régulièrement classée parmi les trois premières métropoles mondiales dans les grands indices de compétitivité. Le réseau de transports en commun, dense et structurant, constituait l’épine dorsale d’une mobilité urbaine enviée. Le lancement du Vélib’ en 2007 avait fait de Paris la capitale mondiale du vélo en libre-service. L’autopartage avec Autolib’ fonctionnait plus ou moins. Les berges de Seine étaient encore accessibles aux voitures, permettant une circulation fluide sur les axes structurants.
Un héritage à faire fructifier. À l’image du mobilier urbain traditionnel et parfois centenaire mis au rebut, il a été au contraire méthodiquement détricoté par une idéologie faisant primer l’affichage politique sur le pragmatisme opérationnel. Dès les premières années du mandat, une orientation nette s’est dessinée : Paris serait un laboratoire de la transformation écologique et sociale, quitte à bousculer les équilibres en place faisant le sel de la ville. L’ambition n’est pas critiquable en soi. Ce qui l’est, c’est la manière dont elle a été conduite : sans concertation réelle ni évaluation rigoureuse des effets induits de manière ex ante, et surtout sans considération suffisante pour les finances de la collectivité.
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