Vue normale

Incendiées, admirées, disputées : l’histoire méconnue des forêts françaises, ce trésor précieux et menacé

GRAND RÉCIT - Les forêts, que des incendies dramatiques ont ravagées cet été, sont, depuis toujours, au cœur de l’histoire de France. La peur de leur disparition occupe les esprits depuis la deuxième moitié du XIXe siècle.

© Bridgeman Images / Erich Lessing / Bridgeman Images / Bridgeman Images / Patrice Cartier / CC BY-SA 3.0

La forêt gauloise, forêt au XVIIIe siècle, gemmage des pins dans les Landes au début du XXe siècle et le monument aux victimes de Canéjan mortes dans l’incendie de 1949.

Jean-Christian Petitfils : « Nous ne sommes pas guéris des excès de la Révolution française »

ENTRETIEN - Dans un maître-ouvrage, le biographe des Bourbons et de Jésus insiste sur le rôle central de la violence dans le déclenchement de la Révolution comme dans son déroulement. Et rappelle combien elle reste prégnante dans la culture politique contemporaine.

© Darchivio/opale.photo

Journée du 10 août 1792 : la prise du Palais des Tuileries, derrière les barreaux sont visibles la reine Marie Antoinette et le roi Louis XVI, d'après le dessin à la plume de François Gerard (1770-1837).

Entre émancipation et ultraviolence, le vrai visage de la Révolution française raconté à travers quatre événements décisifs

EXCLUSIF - Dans son nouvel ouvrage La Révolution française, l’historien Jean-Christian Petitfils raconte, dans un style fluide et vivant, la décennie 1789-1799, qui changea le visage et le destin de la France. Extraits.

© musée national du château de Versailles

Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789, Anonyme.

L’espérance de vie, un produit de synthèse

12 août 2026 à 15:59

Non, ce n’était pas mieux avant. Vraiment pas. En un siècle, l’humanité a gagné quarante ans d’espérance de vie. Pas grâce à la sagesse des anciens, mais grâce à des molécules, des vaccins et à quelques chercheurs de génie. Une révolution silencieuse, l’une des plus grandes de l’histoire humaine.

Voici une question simple : savez-vous ce qui vous aurait tué si vous étiez né il y a deux cents ans ? Pas forcément la guerre. Pas forcément la famine. Très probablement une infection. Une eau contaminée. Une plaie mal nettoyée. Une pneumonie. Une rage de dents devenue septicémie. En 1900, l’espérance de vie mondiale était d’environ 31 ans. Aujourd’hui, elle dépasse 71 ans. Ce bond prodigieux n’est pas tombé du ciel. Il est devenu possible lorsque nous avons compris que nos ennemis invisibles avaient un nom, une forme et qu’ils pouvaient être combattus.

L’enfer ordinaire d’avant la médecine moderne

Pour comprendre l’ampleur du chemin parcouru, il faut accepter de regarder en face ce qu’était la vie avant la révolution médicale. Jusqu’au XIXᵉ siècle, les villes d’Europe étaient des bouillons de culture au sens le plus littéral du terme. Les humains vivaient au milieu de leurs animaux, les excréments contaminaient les puits et les rivières, et les maisons en bois, humides, sombres et mal ventilées, offraient un terrain idéal à la vermine et aux micro-organismes. Comme l’a sobrement noté un historien de l’époque, « du point de vue de la santé, la seule chose à dire en leur faveur est qu’elles brûlaient facilement ». Et avec elles, les parasites et les maladies qu’elles abritaient.

La peste revenait régulièrement ravager les villes. À Besançon, elle frappa quarante fois entre 1439 et 1640. La peste noire du XIVᵉ siècle avait tué une part immense de la population européenne. À Londres, en 1349, plus de deux cents cadavres étaient enterrés chaque jour dans un seul cimetière. Face à cela, que proposaient les médecins ? Des saignées. On ligaturait le bras du patient, on ouvrait la veine, on le vidait d’une partie de son sang, ce qui achevait souvent les plus faibles. En France, rien qu’en 1846, trente millions de sangsues furent utilisées à des fins médicales. Pour des résultats nuls, voire négatifs.

Les mères mouraient en couches. Les enfants mouraient de rougeole, de scarlatine, de coqueluche. Les blessés mouraient d’infection faute d’antibiotiques. Les opérés mouraient sur la table faute d’anesthésie, ou dans les jours suivants faute de désinfectants. Vieillir, dans ce monde-là, c’était perdre la vue, perdre l’usage de ses jambes, souffrir longtemps et mourir tôt.

Médecine sans chimie : qui veut vivre comme un roi ?

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Portrait d'un roi assis sur son trône doré, laissant apparaître ses organes et genoux enflammés en transparence.

Fiat lux !

Pendant des millénaires, l’humanité a combattu un ennemi qu’elle ne pouvait pas voir. Lorsque Joseph Jackson Lister met au point le microscope achromatique, les micro-organismes deviennent enfin visibles. Louis Pasteur en tire les conséquences : ces créatures invisibles gâtent le lait, le vin et, surtout, elles tuent les gens. La pasteurisation devient une arme d’hygiène publique. Pasteur développe aussi des vaccins contre la rage et le charbon. La guerre contre les microbes pouvait commencer.

Mais c’est un médecin hongrois méconnu, Ignaz Semmelweis, qui signe l’un des actes fondateurs de la médecine moderne. En 1846, il observe que les femmes meurent beaucoup plus en couches lorsque les médecins arrivent directement de la salle d’autopsie. Son intuition est fulgurante : ils transportent quelque chose de mortel sur leurs mains. Sa solution aussi : les laver à l’eau de chaux chlorée. Résultat : la mortalité maternelle est divisée par dix, de près de 20 % à moins de 2 %.

Un geste chimique d’une simplicité déconcertante, encore fallait-il qu’il devienne accessible à tous. Connu depuis l’Antiquité, le savon était longtemps resté un produit de luxe ou de lessive. Son industrialisation au XIXᵉ siècle, notamment grâce aux travaux du chimiste Michel-Eugène Chevreul, en fit un outil de santé publique. Dans les hôpitaux, les maternités, les casernes, partout où le lavage des mains se généralisa, la mortalité infectieuse recula. Aujourd’hui encore, l’OMS estime que le simple lavage des mains au savon pourrait prévenir près d’un million de morts par an. Pour quelques centimes.

L’eau potable, un miracle chimique et industriel

Si Semmelweis fut le premier à établir le lien entre hygiène et survie, c’est l’eau potable qui porta cette logique à l’échelle d’une civilisation entière. Au XIXᵉ siècle, boire un verre d’eau dans une grande ville relevait d’une prise de risque inconsidérée. Le choléra, transmis par une eau contaminée par les matières fécales, frappait par vagues dévastatrices. À Londres, l’épidémie de 1854 tua plus de 600 personnes en deux semaines dans un seul quartier. C’est le médecin John Snow qui, en cartographiant les cas, identifia la pompe de Broad Street comme foyer de contamination et convainquit les autorités d’en retirer la poignée. L’épidémiologie moderne était née.

Mais identifier le problème ne suffisait pas. Il fallait une solution. Elle arriva sous la forme de la chloration de l’eau. Dès les premières décennies du XXᵉ siècle, les grandes villes commencèrent à désinfecter leurs réseaux d’eau potable. Les résultats furent spectaculaires : la typhoïde recula fortement et le choléra disparut partout où l’eau traitée et l’assainissement progressèrent.

Aujourd’hui, cette révolution nous paraît si banale que nous n’y pensons plus. Ouvrir un robinet et obtenir instantanément une eau potable semble une évidence. C’est pourtant le fruit de plus d’un siècle de recherche, d’investissements et d’infrastructures. À l’échelle mondiale, l’accès à l’eau potable a permis de réduire drastiquement la mortalité liée aux maladies diarrhéiques, qui tuent encore près de 500 000 enfants de moins de cinq ans chaque année. Un chiffre qui reste effrayant, mais qui se comptait en millions il y a seulement quelques décennies.

De la variolisation au vaccin

L’histoire de la vaccination commence dans les ruelles de Constantinople, au début du XVIIIᵉ siècle. Lady Mary Wortley Montagu, femme de l’ambassadeur britannique en Turquie, y découvre une pratique étrange : des femmes introduisent sous la peau d’enfants sains de la matière prélevée sur les pustules de malades de la variole afin de provoquer une forme légère de la maladie et une immunité durable. Défigurée par la variole et ayant perdu son frère, elle fait inoculer son propre fils en 1718. De retour en Angleterre, elle convainc la famille royale de suivre son exemple. La pratique se répand.

Environ 2 % des personnes inoculées en mouraient, un risque qui paraît énorme. Mais la variole naturelle en tuait près d’une sur trois. Le calcul était vite fait.

En 1796, Edward Jenner franchit l’étape décisive. Observant que les laitières ayant contracté la vaccine, une variole bovine bénigne, sont immunisées contre la variole humaine, il inocule le liquide d’une pustule de vaccine à un enfant de huit ans, James Phipps. Après une légère fièvre, le garçon guérit. Jenner l’expose ensuite à la vraie variole ; l’enfant n’attrape rien. Le vaccin était né, ainsi baptisé d’après le latin vacca (la vache).

Le fléau, qui tuait 400 000 Européens par an au XVIIIᵉ siècle et laissait les survivants aveugles ou défigurés, a été déclaré éradiqué par l’OMS en 1980. C’est, à ce jour, la seule maladie humaine entièrement rayée de la carte.

Vaccins : victime de leur succès

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Un homme en tenue de sport verte court à côté d'un double translucide à tête de veau, observé par un scientifique.

Fleming, la pénicilline et le miracle ordinaire

28 septembre 1928. Alexander Fleming rentre de vacances dans son laboratoire londonien, notoirement désordonné, et remarque quelque chose d’étrange sur une boîte de Petri oubliée. Un champignon a envahi une culture de staphylocoques, et autour de lui, les bactéries sont mortes. « C’est amusant », aurait-il dit. C’était, en réalité, l’une des découvertes les plus importantes du XXᵉ siècle.

La pénicilline, développée à partir de cette observation, bouleverse la médecine. Lors du Débarquement de juin 1944, ce « médicament miracle » sauve de la gangrène des milliers de soldats alliés. Dans les années qui suivent, les antibiotiques transforment le traitement des infections bactériennes, rendent la chirurgie plus sûre et sauvent des millions de vies.

Avant la pénicilline, un simple bobo au genou pouvait conduire à la mort. Une éraflure infectée, une dent cariée ou une angine mal soignée pouvaient dégénérer en septicémie fatale. Aujourd’hui, une boîte d’amoxicilline à quelques euros règle souvent l’affaire en dix jours. Cette banalité est peut-être le plus grand miracle chimique du quotidien.

Les héros méconnus et les remèdes à quelques centimes

La révolution médicale n’est pas seulement faite de grands noms. Elle est aussi faite de solutions modestes, presque ridicules par leur simplicité. Maurice Hilleman voulait devenir gérant de supermarché. Heureusement pour nous, il n’en fit rien, car ce microbiologiste américain développa plus de vingt-cinq vaccins, dont celui contre la rougeole, une maladie que l’on a tendance à considérer comme bénigne, mais qui tuait autrefois des millions d’enfants.

Plus humble encore : la thérapie par réhydratation orale. Dans les années 1970, les diarrhées tuaient massivement les enfants, souvent par déshydratation. La solution ? Un simple mélange de sel, de sucre et d’eau. Testée sur près de 3 000 patients lors d’épidémies de choléra au Bangladesh, elle réduisit la mortalité d’environ 95 %. Son coût ? Quelques centimes par dose. The Lancet la considère comme l’une des avancées médicales les plus importantes du XXᵉ siècle. Elle sauve encore près d’un million d’enfants chaque année.

On aurait encore pu citer l’insuline, l’anesthésie moderne, les corticoïdes, les antirétroviraux, les traitements contre l’hypertension, les statines, les chimiothérapies, les moustiquaires imprégnées, les tests de diagnostic, les antiseptiques, les solutés de perfusion, les traitements antiparasitaires… Si cette liste vous paraît longue, souvenez-vous que c’est précisément sa longueur qui a fait celle de notre espérance de vie.

Ni oubli, ni banalisation

Les progrès de la médecine finissent par devenir accessibles au plus grand nombre. En 1900, un pays avec un revenu par habitant de 1 000 dollars enregistrait une mortalité infantile de 20 pour 100 naissances. Un siècle plus tard, un pays au même niveau de richesse n’en déplorait plus que 7. Même sans croissance économique, la mortalité infantile aurait diminué des deux tiers grâce à la diffusion du savoir médical et des techniques de prévention.

Un pays disposant aujourd’hui d’un PIB par habitant de 3 000 dollars peut espérer la même espérance de vie qu’un pays qui, en 1870, aurait eu un PIB de 30 000 dollars. La science a démocratisé la longévité. Elle a rendu accessible à tous ce qui relevait autrefois du privilège.

Des millions de personnes meurent encore de maladies que nous savons prévenir ou traiter, simplement parce qu’elles n’ont pas accès aux soins. C’est inacceptable et cela reste un défi collectif. Mais la tendance est sans ambiguïté. En un siècle, nous avons plus que doublé notre espérance de vie. Nous avons vaincu des fléaux millénaires. Nous avons appris à combattre les ennemis invisibles qui nous tuaient pour un verre d’eau contaminée, une simple égratignure ou un accouchement.

Contrairement aux idées reçues, la chimie ne fait pas que polluer des rivières. Elle vous a aussi sauvé la vie. Probablement plusieurs fois. Et sans doute celle de vos enfants. Sans que vous le sachiez.

Pourquoi avons-nous peur de la chimie ? Et à qui profite cette peur ?
Tout l’été, Les Électrons Libres publient quelques extraits de leur nouveau livre : Naturellement chimique.

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Les 5 éclipses solaires qui ont marqué l’histoire, avant celle du 12 août 2026

11 août 2026 à 11:15

Connues par les humains depuis des millénaires, les éclipses n'ont cessé de fasciner. Mais au-delà des croyances qui y sont parfois associées, et de l'attrait qu'elles génèrent auprès du grand public, elles sont aussi sources d'importantes découvertes scientifiques. Certaines ont même été particulièrement décisives dans l'histoire des sciences.

L’histoire mouvementée de la chimie

5 août 2026 à 17:19

Des alchimistes à Mendeleïev, elle a transfiguré la condition humaine. Mais depuis les scandales de Bhopal, de l’amiante ou encore de la chlordécone, la confiance s’est brisée. La chimie est-elle devenue notre ennemie ?

En 1751, l’encyclopédiste Gabriel-François Venel reconnaissait déjà qu’« il ne sera pas une affaire aisée […] de déterminer d’une manière incontestable et précise ce que c’est que la Chimie ». Merci, Monsieur Venel. Avec des encyclopédistes comme vous, on n’a plus besoin d’ennemis. Comment peut-on parler de l’histoire de la chimie si même les grands esprits des Lumières avaient du mal à dire ce qu’est la chimie ? Car, à la vérité, la chimie a eu une histoire avant d’avoir un nom. Si l’on accepte, faute de mieux, une définition moderne, celle du Robert, alors la chimie est la « science qui étudie les divers constituants de la matière, leurs propriétés, transformations et interactions ». Selon cette définition, l’humanité fait de la chimie depuis fort longtemps : produire du cuivre par fusion de minerais vers 5400 av. J.-C. dans les Balkans, utiliser de l’amandier broyé pour potabiliser de l’eau en Égypte dès 2000 av. J.-C., fabriquer du verre en chauffant un mélange de sable, de calcaire et de cendres de salicorne à Ninive vers 2500 av. J.-C., c’est faire de la chimie.

Ceux qui, de nos jours, ont le privilège d’assister à une coulée de fonte ou de verre sont fascinés. Imaginez alors le regard que devaient porter les hommes de l’époque sur ces artisans capables de produire du cuivre ou du verre. Étaient-ils des mages bienveillants ou de dangereux sorciers ? Sans doute un peu des deux. Cette ambiguïté traverse toute l’histoire de la chimie, des alchimistes aux industries chimiques modernes.

Alchimie, la naissance d’une science

« Nil, Nil, Nil, fleuve impétueux et tumultueux, tu es comme notre reine, la source de la vie. »

C’est à Alexandrie, grand carrefour intellectuel et marchand du monde antique, que naît l’alchimie. Grecs, Égyptiens, Juifs et Phéniciens s’y croisent. Les marchandises y affluent de toute la Méditerranée, mais aussi d’Arabie, de Nubie et parfois d’Inde. Là, les premiers alchimistes, philosophes grecs imprégnés de traditions hermétiques orientales, cherchent à répondre à une question fondamentale : de quoi le monde est-il fait, et pourquoi la matière se transforme-t-elle ?

Au tournant des IIIᵉ et IVᵉ siècles, Zosime de Panopolis, dont les écrits sont les plus anciens textes alchimiques conservés, décrit des ateliers remplis de fours, d’alambics et de creusets. Derrière leurs théories erronées, comme les quatre éléments d’Aristote et la transmutation des métaux, les alchimistes mettent pourtant au point une méthode féconde : observer, manipuler, chauffer, distiller, consigner les résultats et les transmettre.

L’alchimie échoue à fabriquer de l’or, mais elle réussit quelque chose de bien plus précieux. Elle invente les fondements qui donneront naissance à la chimie.

De Boyle à Domagk, la Grande Promesse

À partir du XVIIᵉ siècle, le nom d’alchimie laisse progressivement place à celui de chimie, mais la discipline conserve son ambition fondamentale de comprendre le monde afin de l’améliorer. La différence est ailleurs. Peu à peu, les intuitions, les symboles et les spéculations cèdent la place à l’observation, à la mesure et à l’expérience.

Lorsque Robert Boyle publie The Sceptical Chymist en 1661, il invite les savants à se méfier des certitudes héritées de la tradition. Un siècle plus tard, Antoine Lavoisier donne à cette révolution ses outils les plus puissants. Armé d’une simple balance, il démontre que la matière ne disparaît ni ne se crée au cours des transformations chimiques : elle se conserve. La chimie cesse alors d’être un art des métamorphoses pour devenir une science de la mesure.

L’étape suivante consiste à dépasser une autre frontière, celle qui sépare le monde vivant du monde minéral. En 1828, Friedrich Wöhler réalise la synthèse de l’urée à partir de composés minéraux. Pour la première fois, une substance associée aux êtres vivants est obtenue artificiellement en laboratoire. Ce qui relevait jusque-là de la nature devient accessible à l’expérimentation humaine.

Les éléments chimiques sont identifiés, classés, ordonnés. En 1869, Dmitri Mendeleïev propose sa classification périodique : une carte du monde matériel, capable d’organiser les éléments connus et même de prévoir l’existence de ceux qui n’ont pas encore été découverts. Les molécules cessent alors d’être des curiosités de laboratoire pour devenir des outils. Avec la mauvéine de William Perkin, la chimie ouvre l’ère des colorants de synthèse. Avec la dynamite de Nobel, elle révolutionne les mines et les grands travaux, mais aussi la guerre. Avec les engrais minéraux, les antiseptiques, les anesthésiques et les premiers médicaments de synthèse, elle entre dans les champs comme dans les hôpitaux. Pour la première fois, elle ne se contente plus d’observer la matière mais commence à la concevoir. Désormais, la chimie s’impose comme l’un des grands moteurs de la révolution industrielle, transformant durablement l’agriculture, la médecine, les transports, l’habitat et l’industrie textile.

1950 – 1990, la trahison

Au milieu du XXᵉ siècle, la chimie semble donc avoir tenu ses promesses. Pourtant, à partir des années 1960, le doute s’installe progressivement.

Thalidomide, DDT, amiante, Seveso, Bhopal, chlordécone… Autant de noms étranges, autant de scandales sanitaires. Certains désignent des médicaments, d’autres des pesticides, des matériaux industriels ou des accidents d’usine. Tous sont différents. Tous relèvent, sous un aspect ou un autre, du domaine de la chimie. Et dans l’esprit du public, ils finissent par raconter une histoire commune : celle d’un progrès qui aurait échappé à ses créateurs.

La réalité est naturellement plus complexe. Certaines de ces affaires relèvent de l’accident industriel, d’autres de l’erreur scientifique, d’autres encore de la fraude ou de l’inaction politique. Pourtant, derrière leur diversité apparente, trois mécanismes reviennent sans cesse : l’ignorance, la perte de maîtrise et l’incapacité à agir malgré les connaissances disponibles.

La thalidomide : dès 1957, on prescrit la thalidomide contre les nausées de la grossesse, un médicament présenté comme remarquablement sûr. Quelques années plus tard, des médecins constatent une augmentation spectaculaire des cas de phocomélie, une malformation congénitale rare caractérisée par l’absence ou le raccourcissement des membres. L’enquête finit par établir le lien avec la prise de thalidomide pendant la grossesse. Plus de dix mille enfants seraient nés avec des malformations dans le monde.

Cette tragédie ne révèle pas une fraude ou une dissimulation délibérée. Elle révèle surtout les limites des connaissances de l’époque. Les protocoles d’évaluation des médicaments étaient encore rudimentaires et les effets tératogènes des médicaments étaient alors mal connus et insuffisamment recherchés lors des essais préalables.

Bhopal : dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, une fuite massive d’isocyanate de méthyle survient dans une usine de pesticides de la société Union Carbide à Bhopal, en Inde. Le gaz toxique se répand sur les quartiers environnants. Panique, asphyxies, brûlures pulmonaires : plusieurs milliers de personnes meurent dans les jours qui suivent. Les conséquences sanitaires se feront sentir pendant des décennies.

Contrairement à la thalidomide, les dangers du produit étaient connus. La catastrophe résulte d’une accumulation de défaillances : maintenance insuffisante, systèmes de sécurité désactivés, procédures dégradées et graves manquements dans la gestion du site.

Le chlordécone : cet insecticide est utilisé pour lutter contre le charançon du bananier. Son efficacité est réelle, sa toxicité aussi, et connue depuis longtemps. Dès les années 1970, plusieurs études alertent sur ses effets sanitaires et sa persistance exceptionnelle dans l’environnement. Le produit est interdit aux États-Unis à partir de 1977, après une intoxication massive de travailleurs dans une usine de Virginie. En France, son autorisation de mise sur le marché n’est retirée qu’en 1990 et, grâce à plusieurs dérogations, son utilisation se poursuit aux Antilles françaises jusqu’en 1993, soit seize ans après son interdiction américaine.

Le résultat est aujourd’hui bien connu : une contamination durable des sols, des cours d’eau et de certaines productions alimentaires. Cette fois, le problème n’est pas l’ignorance. Les risques étaient connus. C’est l’incapacité à traduire suffisamment vite ces connaissances en décision publique. Une question demeure : pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps ?

Amiante : la mère de tous les scandales sanitaires

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Illustration 3D du buste d'une personne révélant des poumons enflammés et brisés.

Rebâtir la confiance

Les scandales sanitaires de la seconde moitié du XXᵉ siècle ont profondément marqué les opinions publiques, allant jusqu’à faire le lit des théories du complot les plus absurdes. Pourtant, ils ont produit un effet moins visible. Ils ont conduit à la création ou au renforcement de dispositifs de contrôle sans précédent dans l’histoire des sciences et de l’industrie.

Aujourd’hui, la mise sur le marché d’un médicament, d’un pesticide ou d’une substance chimique s’inscrit dans des cadres réglementaires beaucoup plus exigeants qu’autrefois. Toxicité aiguë, toxicité chronique, cancérogénicité, mutagénicité, reprotoxicité, écotoxicité, devenir environnemental : chaque propriété doit être documentée, discutée et évaluée. La société n’a pas supprimé le risque ; elle a appris à le surveiller.

En France, cette surveillance repose sur un ensemble d’institutions spécialisées. L’ANSES évalue les risques sanitaires liés aux produits chimiques, aux pesticides ou à l’alimentation. Les Agences de l’eau suivent l’état chimique des rivières, des nappes phréatiques et des milieux aquatiques. Les DREAL inspectent les installations industrielles, contrôlent les sites classés et veillent à l’application des réglementations environnementales. À l’échelle européenne, le règlement REACH impose aux industriels de produire les données nécessaires à l’évaluation des risques et de démontrer que les usages prévus des substances sont maîtrisés, renversant ainsi une logique ancienne où la preuve du danger incombait souvent à la collectivité.

Ces institutions ne sont ni infaillibles ni omniscientes. Elles commettent des erreurs, comme toute organisation humaine. Mais elles constituent probablement l’un des héritages les plus importants des crises sanitaires du siècle dernier. Derrière ces acronymes parfois austères travaillent des milliers de femmes et d’hommes — ingénieurs, chimistes, toxicologues, hydrogéologues, inspecteurs et techniciens — dont le métier consiste précisément à douter, vérifier, mesurer et contrôler.

Cette réalité est souvent méconnue du grand public. La chimie contemporaine compte parmi les activités humaines les plus encadrées et les plus surveillées. Chaque prélèvement d’eau, chaque mesure atmosphérique, chaque inspection d’usine, chaque étude toxicologique est le produit d’une leçon tirée des erreurs du passé.

L’histoire de la chimie moderne n’est ni celle d’un progrès ininterrompu, ni celle d’une succession de catastrophes. C’est l’histoire d’une discipline qui a permis à l’humanité de se nourrir, de se soigner, de se chauffer, de se déplacer et de s’habiller, tout en découvrant, parfois douloureusement, les conséquences inattendues de ses propres inventions.

La confiance n’est pas un état permanent. Elle se construit pas à pas, se perd très vite et se reconstruit difficilement. Peut-être est-ce là la véritable leçon de cette histoire mouvementée. Il ne s’agit pas de faire confiance par principe, mais de comprendre comment cette confiance se construit, se mérite et se préserve, jour après jour.

Les années folles du radium

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Portrait surréaliste d'un mannequin translucide souriant les yeux fermés.

Pourquoi avons-nous peur de la chimie ? Et à qui profite cette peur ?
Tout l’été, Les Électrons Libres publient quelques extraits de leur nouveau livre, disponible en précommande (-5%) : Naturellement chimique.

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Le voyage d’Ulysse : les prétendants, le mendiant, et la mélancolie de Pénélope

LES 12 JOURNÉES DE LA VIE D’ULYSSE (11/12) - Ayant éventé la ruse de Pénélope, les prétendants se font toujours plus pressants. Et font subir mille outrages à ce mendiant qui vient d’arriver.

© Matias Del Carmine / Delcarmat

Pénélope face à ses prétendants, en attendant le retour d’Ulysse.

La découverte d’une NES spéciale dans un love hotel relance une vieille légende urbaine sur Nintendo

1 août 2026 à 15:02

Les légendes urbaines du jeu vidéo, on adore ça. Rien de mieux qu'un bon vieux mythe sur un jeu ou une console rétro pour partir dans une quête de savoir interminable et passionnante. Notre histoire d'aujourd'hui s'intéresse à un modèle particulier de NES retrouvé dans un love hotel au Japon.

De Jeanne d’Arc à de Gaulle, les leçons des grands hommes et des grandes femmes qui ont fait la France

RÉCIT - Le succès au cinéma des deux volets de La Bataille de Gaulle est un fait social et politique majeur. Il souligne aussi combien notre pays est orphelin de ces figures nationales qui, du cardinal de Richelieu à l’homme du 18 Juin, ont fait sa gloire.

© sdp / Photo Josse / Bridgeman Images / Â Photo Josse / Heritage Images / Bridgeman Images

Jeanne d’Arc, Napoléon et de Gaulle.

Il y a deux mille ans, plusieurs dizaines de milliers de langues auraient été parlées dans le monde

Avec le développement de l’agriculture, la sédentarisation des chasseurs-cueilleurs nomades aurait permis un foisonnement linguistique, suggère une nouvelle étude. Un “âge d’or” qui aurait vu cohabiter plusieurs dizaines de milliers de langues, avant un déclin de cette diversité.

© PHOTO NICOLAS THIBAUT/PHOTONONSTOP/AFP

La pierre de Rosette, symbole des langues disparues.

Mysore, le royaume indien qui a défié l’East Indian Company

Inde - XVIIIᵉ siècle. Dans son entreprise de conquête du sous-continent, la redoutable Compagnie britannique des Indes orientales se heurte au royaume de Mysore. Il lui faudra quatre guerres pour en venir à bout.

© Photo Wikimedia Commons.

Portrait de Tipû Sultan réalisé vers
1790-1800 par un artiste indien anonyme
à Mysore.

L’affaire de Suez, quand Londres et Paris ont cessé d’être des grandes puissances

En 1956, ce n’est pas le détroit d’Ormuz qui se trouvait au cœur d’une crise internationale, mais un autre axe stratégique : le canal de Suez. L’Égypte célèbre dimanche 26 juillet le 70ᵉ anniversaire de sa nationalisation par le président Nasser. En tentant d’annuler sa décision par la force, Français et Britanniques s’étaient heurtés aux Américains et aux Soviétiques. Et ils avaient dû plier.

© Photo Gamma-Keystone/Getty Images

Le président égyptien Gamal Abdel Nasser, le 26 juillet 1956, jour où il annonce la nationalisation du canal de Suez devant une foule réunie à Alexandrie.

Car Story #27 : La belle histoire de la Renault 25

24 juillet 2026 à 09:44

Les échecs des constructeurs français dans le haut de gamme sont légion. Depuis de nombreuses années, le pays du luxe et du bon goût peine à convaincre dans un segment où les Allemands ont, peu à peu, pris un avantage décisif. Il existe néanmoins quelques exceptions avec quelques irréductibles gauloises, qui ont essayé de résister – encore et toujours – aux envahisseurs. On pense bien naturellement à la Citroën DS mais aussi à la Renault 25 !

Redéfinir le haut de gamme français

Renault 25
Le style de la Renault 25 a nécessité de nombreuses propositions avant d’être figé – Renault Communication – Droits réservés

Les Renault 20 et 30 étaient de bonnes berlines à hayon. Si leur carrière a été honorable dans l’hexagone, le duo français a peiné à convaincre en dehors de ses frontières. Voilà ici une marge de progression toute tracée pour la remplaçante de ces deux modèles. Tout a commencé durant l’année 1978 avec le lancement du projet 129. Avant d’élaborer un cahier des charges, la régie nationale des usines Renault a décortiqué l’offre disponible sur le marché. Pour ce faire, les têtes pensantes de la marque ont analysé l’Opel Ascona, la BMW Série 5 ainsi que la Peugeot 604.

Alors même que le projet 129 n’en est qu’à ses balbutiements, Renault a, en parallèle, fait tester une maquette réalisée par Marc Deschamps. Pour ce faire, le constructeur a invité des clients potentiels à l’Hôtel Hilton de Paris. Cette maquette d’une longueur de 5m00 ne préfigurait pas encore la future 129. Néanmoins, cette maquette a visiblement inspiré les designers qui ont œuvré sur ce projet. En effet, de nombreux éléments se sont retrouvés sur le modèle de série.

La genèse complexe du projet 129

Projet 129 - Rafale
Le projet Rafale Jean-François VENET avait les faveurs de Robert OPRON – (C) Renault Communication – Droits réservés

Souvent attribuées à Robert Opron et à Gaston Juchet, les lignes de la grande Renault sont nées dans la douleur. Les premières maquettes de la 129 ont été présentées en 1979. Pour le premier round, 3 maquettes étaient proposées afin d’essayer de trouver la bonne formule. L’une de ces propositions était l’œuvre d’un prestataire extérieur : Marcello Gandini ! L’Italien, qui travaillait désormais à son compte, venait de quitter la maison Bertone où il a été remplacé par… un certain Marc Deschamps. Ce dernier n’a donc pas œuvré sur le projet 129. L’apport de Deschamps s’est donc limité à cette fameuse maquette testée à l’Hilton. Face à la proposition de Marcello Gandini, Gaston Juchet avait dégainé deux solutions : une berline à coffre traditionnelle ou une berline à hayon qui s’inscrivait dans la lignée des Renault 16 et 20/30.

Cette première confrontation n’a pas permis de geler le style de la future grande Renault. Néanmoins, elle a écarté la proposition du styliste italien. Le centre de style de Renault avait donc la responsabilité de formuler une proposition pouvant satisfaire sa direction. Et ce n’était pas une mince affaire car d’une part, le service marketing de la marque semblait pousser pour que la berline statutaire de la marque adopte le coffre classique et d’autre part car le cahier des charges de la 129 était mouvant ! De quoi donner beaucoup de travail sur la planche (à dessin) de Gaston Juchet !

Venet vs Juchet : la bataille des stylistes

Projet 129 - Bicaero
C’est finalement Gaston JUCHET qui signa la R25 avec sa « Bicaero » – (C) Renault Communication – Droits réservés

Ce dernier n’était d’ailleurs pas un vainqueur par KO. Car après avoir éliminé Marcello Gandini, il a dû faire face à la concurrence interne. En effet, en octobre 1979 de nouvelles maquettes ont été présentées à la direction. Outre les nouvelles propositions de Gaston Juchet – toujours une à coffre et une à hayon, deux autres maquettes dites « Rafale » ont fait leur apparition. Elles étaient l’oeuvre de Jean-François Venet. Et c’est l’une de ces deux propositions qui semble avoir les faveurs de Robert Opron, le patron du bureau de style de Renault. Avec son hayon bulle, cette proposition de Venet permettait de conserver un hayon tout en donnant l’impression d’avoir un coffre. C’est une ligne de type « deux-corps et demi ».

Gandini signe l’intérieur de la grande Renault

Un intérieur signé Gandini
Une petite touche italienne pour la R25. La planche de bord est l’œuvre de Marcello Gandini – (C) Renault Communication – Droits réservés

Pour autant, l’affaire n’était pas encore entendue et le style de la future 129 n’a, une nouvelle fois, pas été figé. Juchet et Venet ont du retourner à leur planche à dessin pour un affrontement final ! Alors qu’il semblait battu d’avance, Gaston Juchet ne s’est pas découragé et lors de la présentation suivante, en février 1980, il a dégainé une maquette dite « Bicaéro ». Il s’agissait d’un deux-corps et demi, avec un hayon bulle, doté d’une ligne moderne et bien dans son temps. Cette proposition a – enfin – mis tout le monde d’accord ! Mais c’était sans compter sur ce cahier des charges en perpétuelle évolution. Alors que l’affaire semblait entendue, Gaston Juchet a dû raccourcir la 129 de 10 cm ! Ce dernier s’est exécuté, ce qui a permis de clore cette saga en 1981.

Le choix de l’habitacle a visiblement été bien moins complexe que le design extérieur. Écarté d’emblée pour le style externe, Marcello Gandini n’en avait pas pour autant fini avec la 129 ! En effet, sa proposition de planche de bord a visiblement séduit les décideurs qui lui ont donc confié le soin de réaliser l’habitacle de son futur haut de gamme.

La 129 devient la Renault 25

Renault 25 GTS
La commercialisation de la Renault 25 a débuté en mars 1984 – (C) Renault Communication – Droits réservés

Le 20 novembre 1983, Renault a levé le voile sa nouvelle grande berline. Destinée à remplacer les Renault 20 et 30, la nouvelle venue a sobrement été baptisée « Renault 25 ». Il a fallu attendre quelques mois supplémentaires afin de pouvoir l’acquérir, sa commercialisation n’ayant débuté qu’en mars 1984. Moderne, confortable et dotée d’une excellente tenue de route, cette voiture, produite à Sandouville, offrait un niveau de raffinement jamais vu sur une voiture française. Elle était également plus légère que sa devancière avec un gain de poids de l’ordre de 60 kg. Pourtant, la R25 embarquait des équipements inédits qui ont fait sa légende comme le fameux satellite qui permettait de commander la radio sans bouger les mains du volant ou encore les lève-vitres à impulsion.

Satellite Radio - Renault 25
Souvent copié, jamais égalé ! La R25 a étrenné la fameux satellite qui permet de commander la radio sans lâcher le volant – (C) : Renault Communication – Droits réservés

Il y avait aussi et surtout la mythique synthèse vocale. Que serait la Renault 25 sans sa fameuse voix synthétique qui pouvait vous dégainer un « Porte arrière gauche mal fermée ». Cela se produisait assez souvent lorsqu’un garnement faisait exprès de mal fermer sa porte afin de faire parler la voiture. Oui, l’auteur de ces lignes plaide coupable !

Douvrin et PRV : des moteurs robustes pour la R25

La Renault 25, ici en finition GTX faisait appel à des mécaniques robustes – (C) Renault Communication – Droits réservés

Sous le capot, on retrouvait essentiellement des mécaniques qui avaient déjà officié sur les R20 et les R30. L’offre se composait donc de 4 cylindres de type « Douvrin » et du fameux V6 PRV. En essence, la gamme débutait par un 1995cm3 de 103 ch sur les finitions TS et GTS. Ce bloc pouvait recevoir une boîte mécanique à 5 rapports de type longue (7 CV) ou courte (9 CV). Plus que sa puissance, la force de la finition TS était son Cx de 0.28. Elle a ainsi été, durant un court instant, la berline la plus aérodynamique au monde. L’Audi 100 lui a ravi ce titre dès l’année suivante.

Le V6 PRV a trouvé une bonne place dans le compartiment moteur de la R25 – (C) Hatem BEN AYED

Suivait ensuite le 2165 cm3 à injection de la finition GTX. Ce bloc offrait une puissance de 123 ch et proposait ainsi un bel agrément de conduite. Cette 11 CV fiscaux recevait une boîte mécanique à 5 rapports et permettait de filer sur l’autobahn à presque 200 km/h. Pour passer la barre des 200 et profiter de prestation de haut vol, il fallait savourer la R25 avec un 6 cylindres ! La grande Renault avait reçu le V6 PRV dès son lancement. Baptisée V6 injection, elle embarquait un bloc de 2664 cm3 pour une puissance de 144 ch.

La R25 n’oublie pas le grands rouleurs

La R25 GTD était animée par un diesel atmosphérique de seulement 64 ch – (C) Renault Communication – Droits réservés

Les grands rouleurs pouvaient également opter pour des motorisations diesel. Là encore, le constructeur au losange a fait appel à des moteurs « Douvrin ». La gamme débutait avec le 2068cm3 atmosphérique de la TD. Il offrait la modeste puissance de 64 ch et ses performances étaient indignes d’une voiture de ce standing. Pour plus d’assurance sur la route, il valait mieux opter pour les Turbo D et les Turbo DX. Grâce à l’aide d’un turbo, la puissance du Douvrin diesel grimpait à 85 ch et son couple à 18,5 mkg à 2000 tr/min.

Belle, sûre et bien équipée, la Renault 25 semblait filer à toute allure vers la route du succès. Mais, comme trop souvent avec le haut de gamme français, des errements de jeunesse ont malheureusement terni sa réputation en dehors de l’Hexagone. La finition, impardonnable à ce niveau de gamme, des premiers modèles a brisé cet élan, notamment outre-Rhin. Si on y ajoute, quelques soucis électroniques de jeunesse… Et voilà, notre Renault 25, cantonnée à un rôle d’irréductible Gaulois, capable de se défendre sur ses terres mais incapable de partir à la conquête du Monde.

Encore plus de Renault 25 avec la Limousine

Renault 25 Limousine
La Renault 25 Limousine offrait un bel espace aux jambes à l’arrière – (C) Renault Communication – Droits réservés

La R25 a bien tenté de monter en gamme avec l’arrivée de la Limousine en octobre 1984. Plus longue de 22,5 cm, elle était notamment destinée à véhiculer le Président de la République ainsi que les principaux ministres. Hélas pour Renault, le succès n’a pas été au rendez-vous et l’auto a peiné à séduire au-delà de l’administration française ! Heuliez ne l’a produite qu’une seule année à 832 unités. Ces exemplaires ont reçu le V6 injection, le Turbo D ou encore… le V6 Turbo à partir de mars 1985.

Le V6 Turbo était disponible aussi bien sur la berline que la Limousine. A noter, la face avant spécifique aux 6 cylindres – (C) Renault Communication – Droits réservés

Malgré une cylindrée abaissée à 2458 cm3, l’adjonction d’un turbo – technologie alors très en vogue chez Renault – et l’adoption de manetons décalés ont permis de tirer 182 ch du PRV. Ce bloc n’était pas spécifique à la Limousine et pouvait donc également se savourer au volant de la berline bien plus vive et légère ! Associée à une boîte mécanique à 5 rapports, la 25 abattait alors le 0 à 100 km/h en seulement 7s7 et le 1000m départ arrêté 28s9. Cette version disposait, comme la V6 injection, d’une face avant avec des optiques doubles et des clignotants déportés dans le bouclier avant.

En 1987, la gamme s’est enrichie d’une version TX motorisée par un 1995cm3 à injection délivrant une puissance de 120 ch. Ce fut la dernière évolution de la Renault 25 « phase 1 ».

Opération modernisation pour la Renault 25

Renault 25 phase 2 d'entrée de gamme
Les R25 restylées d’entrée de gamme, comme cette GTS, avaient les clignotants intégrés dans le bloc phare – (C) : Renault Communication – Droits réservés

En 1988, la grande Renault a connu un restylage assez important. A bord, à l’exception du nouveau volant, les changements n’étaient pas flagrants mais ont permis d’améliorer la finition de manière significative. En revanche, à l’extérieur l’opération modernisation a été assez profonde. À l’avant, le minois a subi un lifting assez important.

En avance sur son temps, la 25 avait adopté un nouveau bouclier, une nouvelle calandre ainsi que des feux avant monoblocs intégrant les phares et les clignotants. Il faudra attendre les années 2000 pour que cette coquetterie se généralise à l’ensemble de l’industrie automobile ! Cette innovation ne concernait pas les versions haut de gamme, qui avaient des phares à double parabole. Cette configuration d’optique imposait de déporter les clignotants sur le bouclier avant.

La poupe arrière a également reçu des modifications. Les feux, désormais de couleur anthracite, avaient abandonné leurs stries antisalissure tandis que le bouclier arrière a été modernisé.

Sous le capot, la grande nouveauté a été l’adoption d’un nouveau V6 injection de 2849 cm3 de 153 ch. Ce bloc, toujours un PRV, a remplacé le 2,5 V6. Ce moteur, toujours ouvert à 90°, a adopté les manetons décalés de la V6 Turbo afin d’équilibrer son fonctionnement.  Du côté des diesel, le J8S atmosphérique, à savoir le 2,1 diesel a vu sa puissance passer de 64 à 70 chevaux. Outre la finition TD, il pouvait désormais s’associer à une finition GTD à l’équipement moins chiche.

R25 Baccara : une idée du luxe à la française

Renault 25 Baccara
Bienvenue à bord de la Renault 25 Baccara – (C) Renault Communication – Droits réservés

La plus chic des Renault 25 a fait son apparition en juin 1989. Disponible en V6 ou en V6 Turbo, la Baccara offrait du luxe et du raffinement. Outre les incontournables sièges en cuir et les jantes BBS, la dotation de série comprenait du bois précieux (loupe d’orme), un hayon motorisé, l’ABS, sans oublier la fameuse housse sous la plage arrière. Elle permettait notamment de ranger un costume ou une robe de soirée !

La gamme 25 s’est aussi également enrichie d’une finition TXI motorisée par 1995cm3 à 12 soupapes. Disposant également d’une injection, ce bloc offrait 140 ch. La finition GTX a, quant à elle, vu sa puissance passer de 123 à 126 ch tout en conservant le même moteur ! Comme la V6, cette dernière pouvait d’ailleurs recevoir une nouvelle boîte automatique à 4 rapports.

La Baccara proposait une housse permettant de ranger un costume ou une robe sous la tablette du coffre – Renault Communication – Droits réservés

En 1990, la Renault 25 faisait figure de vétérane sur son segment. Pour autant, elle n’avait pas encore dit son dernier mot face à de nouvelles rivales aux dents longues, comme les Citroën XM et les Peugeot 605. Alors que Peugeot venait de lancer une 605 SV24 de 200 ch, la régie a répliqué en portant la puissance de la V6 Turbo à 205 ch ! C’était l’arbre qui cachait la forêt car en adoptant le catalyseur, la TXI ainsi que la TI ont perdu 4 chevaux. Leur puissance était désormais de 136 ch. La puissance de la V6 injection a été abaissée à 153 ch au lieu de 160. À noter également que sur certains marchés étrangers, la 2.0 injection a vu sa puissance passer de 120 à 107 ch. Ce ne sont pas moins de 13 chevaux qui ont été sacrifiés sur l’autel de l’écologie !

Le sprint final de la Renault 25

Renault 25 phase 2
Les Renault 25 les plus huppées, comme cette TXI, adoptait des phares à double parabole. Les clignotants devaient alors migrer dans le bouclier avant – (C) Pierre-Jean VERGER, Renault

En 1991, la 25 entamait sa dernière ligne droite. Si les V6 et V6 Turbo ont gagné la suspension pilotée, la gamme commençait à se simplifier tandis que les séries spéciales avaient tendance à se multiplier. La production a finalement pris fin le 13 octobre 1992. La Renault 25, exclusivement produite à Sandouville, a été fabriquée à 780 976 exemplaires. Si elle a eu du mal à exister en Europe face à la concurrence allemande, la 25 a connu un beau succès dans l’Hexagone. Un carton plein que sa remplaçante, la Safrane, n’est pas parvenue à rééditer.

Les petites histoires de la grande Histoire

Gamme Olympique Renault
Comme l’ensemble de la gamme Renault, la 25 a fait l’objet d’une série spéciale « Olympique 92 » – (C) Renault Communication – Droits réservés

Maintenant que vous en savez plus sur la Renault 25, il est temps pour nous de vous partager quelques petites anecdotes.

La carrière de la Renault 25 regorge de petites histoires. Et forcément, nous avons très envie de les partager avec vous.

La Renault 25, une voiture d’État

La Renault 25 a été une voiture qui avait ses entrées à l’Élysée et à Matignon – (C) Renault Communication – Droits réservés

« Le gang des R25 » c’est ainsi qu’était surnommé les ministres socialistes sous François Mitterrand. Ce sobriquet était employé d’une manière générale les principaux hommes d’État encartés à gauche. Ces derniers avaient opté pour la grande berline de la Régie Nationale quand leurs prédécesseurs se fournissaient plutôt dans le privé (principalement chez Citroën).

Les errements de jeunesse de la Renault 25, c’est Raymond Lévy, le président de Renault entre 1987 et 1992 qui en parlait le mieux. Lors d’une visite de l’usine de Flins, ce dernier a déclaré que sa Renault 25 devait aller au garage tous les mois !

Des séries spéciales et un Break pour la Renault 25

La Renault 25 break a été étudiée mais n’a pas été validée par la direction du Losange – (C) Renault Design

Comme beaucoup de voitures des années 80, la R25 n’a pas échappé à la mode de série spéciale. Manager, Olympique 92 ou encore Courchevel et Méribel ont marqué la carrière de la Renault 25.

Un prototype de Renault 25 Break avait été proposé à Renault, mais la marque au losange ne l’a pas validé…

… De quoi laisser le champ libre à l’entreprise belge EBS, qui proposa un kit permettant de transformer la R25 en Break.

La Renault 25 des taxistes

Renault 25 Taxi
Nous sommes en 2026 et ce taxi Renault 25 Turbo DX n’a pas encore pris sa retraite – (C) Hatem BEN AYED

Comme pour le Renault Espace de première génération, la compagnie de taxis parisiens G7 a fait acquisition de Renault 25 avec un aménagement spécial. Ces taxis se reconnaissaient à leur couleur bleu et rouge !

Une Renault 25 qui continuerait à faire le taxi en France en 2026 peut sembler être une idée un peu loufoque! Et pourtant, une version Turbo DX de couleur Bordeaux continue de transporter des passagers en région parisienne.

Renault 25 : La voiture qui parle

Nous ne pouvions naturellement pas finir cet article sans laisser le mot de la fin à la Renault 25

Renault Communication - Droits réservés

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Le film L’Odyssée est né grâce à un chien… et c’est Nolan qui le dit

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On le croyait obsessionnel du gigantisme, adepte des décors pharaoniques et des concepts scientifiques complexes. Pourtant, c’est une émotion d’une simplicité désarmante qui a scellé le destin de L'Odyssée. Christopher Nolan l'avoue lui-même : s'il a fini par porter le chef-d'œuvre d'Homère à l'écran, c'est avant tout grâce à un chien.

L’Odyssée : pensant tourner avec 20 personnes, Matt Damon se fait charger par 500 soldats en pleine nuit

21 juillet 2026 à 16:55

Pour la prise de Troie dans L'Odyssée, Christopher Nolan n'a pas lésiné sur la figuration. Alors qu'il pensait tourner un face-à-face à petite échelle, Matt Damon s'est retrouvé submergé par une marée humaine propulsée dans le noir complet.

Que sont devenues les économies des esclaves brésiliens ?

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L’Odyssée de Christopher Nolan : un produit marketing irréprochable qui peine à capturer le mythe

CRITIQUE - Christopher Nolan adapte l’Odyssée dans un film-fleuve tissé de péripéties mais contemporain jusqu’à la caricature.

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Un Picte vers 580 apr. J.-C. dans l’actuelle Écosse, alias Matt Damon dans le rôle d’Ulysse.

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RÉCIT - L’Odyssée est le récit d’un fabuleux voyage dont Victor Bérard s’est efforcé, au début du XXe siècle, de reconstituer les étapes. En se mettant dans son sillage, on fait mieux que les retrouver : on participe à une course au trésor qui permet d’enrichir le réel de la poésie même qu’il a suscitée.

© thomas Goisque / Thomas Goisque

Sylvain Tesson arrive aux îles Galli (ou île des Sirènes dans la mythologie) à bord du voilier Akhenaton sur la route d’Ulysse longeant la côte Amalfitaine au sud de la baie de Naples
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